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Le son du grisli
19 février 2013

Lean Left, Ab Baars, Steve Noble : Live at Café Oto (Kollaps, 2012)

lean left live at café oto

De deux soirs que passa Lean Left au Café Oto (11 et 12 septembre 2011), le label Kollaps a fait deux trente-trois tours – et même deux objets soignés : derrière le kraft découpé, trouver plusieurs pages de photographies en noir et blanc signées Andy Moor. Quatre faces reviennent donc sur les seconds sets de ces soirées – premiers sets publiés par Unsounds sur Live at Café Oto – à l'occasion desquels intervenaient deux invités : Ab Baars et Steve Noble.

Ainsi Baars permet-il au groupe d'équilibrer souffleurs et guitaristes : avec Ken Vandermark, le Hollandais s'oppose à la paire Andy Moor / Terrie Ex Hassels sous l'arbitrage (et les provocations) de Paal Nilssen-Love. L'espace est réduit et les musiciens jouent des épaules pour s'en extraire : phrases libertaires et tensions étouffées permettront d'abattre tous les murs – comprendre échelles de style et même de temps.

Avec Steve Noble, c'est forcément Nilssen-Love qui trouve un appui de taille : les guitares se font en conséquence agaçantes davantage et le saxophone plus virulent avant que la conversation n'engage Vandermark (son art du rebond incite ici à rebaptiser la formation : McLean Left, jeu de mot n'est pas coutume) et les batteurs dans un fantasque jeu de surenchère – voici les guitares torves faites catalyseurs de choix. Il est des abattages et des surenchères supérieures, nous disent ici Lean Left et ses deux invités.

Lean Left, Ab Baars : Live at Café Oto, Day One (Kollaps / Instant Jazz)
Enregistrement : 11 septembre 2011. Edition : 2012.
LP : A/ Day One / Set Two / Part One B/ Day One / Set Two / Part Two

Lean Left, Steve Noble : Live at Café Oto, Day Two (Kollaps / Instant Jazz)
Enregistrement : 12 septembre 2011. Edition : 2012.
LP : A/ Day Two / Set Two / Part One B/ Day Two / Set Two / Part Two
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

7 février 2013

Satanic Abandoned Rock & Roll Society : Bloody Imagination (Mikroton, 2012)

Satanic Abandoned Rock & Roll Society Bloody Imagination

C’est bon, vous pouvez maintenant oublier Les Rallizes Dénudés et autres Acid Mothers Temple, car voici le Satanic Abandoned Rock & Roll Society. Guitares, synthés et processeurs, se livrent une bataille dérangée qu’a allumée une Bloody Imagination.

Les belligérants ont pour noms Tetuzi Akiyama (qui joue en plus de sa guitare de… l’épée de samouraï), Naoaki Miyamoto, Utah Kawasaki et Atsuhiro Ito. On ignore ce qui a mis le feu aux poudres mais après quelques coups de mitraillette, l’électricité claque et toute l’atmosphère tremble. Bienvenue dans un délire cosmique transcendantal où tous les sons sont permis (larsens, bruits de moteurs, sifflements, interjections, cris de douleurs, crachotteries en tous genres) et qui demande bientôt du renfort : vous, en l’occurrence, vous qui n’avez pas peur de grincer des dents ni des oreilles, lisez la vidéo de propagande ci-dessous (bien qu'elle mente un peu par sa douceur), et engagez-vous pour défendre une belle et noble cause, celle du satanic bordello !

Satanic Abandoned Rock & Roll Society : Bloody Imagination (Mikroton / Metamkine)
Enregistrement : 12 septembre 2004.Edition : 2012.
CD : 01/ Bloody Imagination
Pierre Cécile © Le son du grisli

27 juillet 2012

Trespass Trio : Bruder Beda / Angles (8) : By Way of Deception (Clean Feed, 2012)

trespass trio bruder beda

Quatre compositions de Martin Küchen et une improvisation : l’hommage du Trespass Trio à Bruder Beda, moine d’origine juive déporté à Terezin en 1942, est intense.

L’art de Küchen – rare, redisons-le –, que Per Zanussi et Raymond Strid comprennent et accompagnent en conséquence avec justesse, imagine ici un mémorandum de sons mesurés, lentement imbriqués les uns aux autres, qui composent enfin un disque-relique où l’on trouve un peu de l’âme d’un frère. Sa forme opte pour le rapprochement du jazz et de cette Echtzeitmusik que Küchen loua ici même : «  Trespass Trio, il n’y a pas de doute, c’est une sorte de jazz, même si l’on y entend un million d’autres influences. Et puis, à côté de ça, je joue pas mal en qualité de faiseur de son : là, je me base sur des textures et des événements qui interviennent sur l’instant et j’utilise mon instrument de façon plus anti conventionnelle – même si cette pratique tend à devenir la nouvelle convention à la mode ! Je ne vois vraiment pas comment on pourrait qualifier cette musique : « improvisation » n’est pas tout à fait exact, alors « Instant compositions » ou, comme ils disent à Berlin, « Echtzeitmusik », seraient peut-être des propositions plus viables… »

Second élément de la discographie du trio (après ...Was There To Illuminate The Night Sky…, sur le même label), Bruder Beda va donc plus loin dans ces réminiscences de jazz dissoutes en précautions improvisées. Ainsi, la figure de Beda émerge-t-elle d’un hymne sur lequel Küchen se fait maître de distorsion (non pas de la note, mais tout bonnement de son instrument) et les stations de son chemin de croix sont-elles encadrées par un archet tranquillisant et rehaussées des interventions d’un percussionniste de miniatures ajourées. Ici, comme sur Bruder Beda Ist Nicht Mehr, l’alto peut réclamer la tempête : la tempête suivra alors, mais fugace, qui en annonce une autre, tout aussi courte qu’elle : ces quelques minutes d’A Different Koko improvisé. Partout ailleurs, c’est l’expression terrible mêlée au recueillement sur une allure de déposition. Une musique de l’instant assez forte pour durer longtemps.

Trespass Trio : Bruder Beda (Clean Feed / Orkhêstra International)
17 juin 2011. Edition : 2012.
CD : Ein Krieg in Einem Kind (Take 3) 02/ Don’t Ruin Me 03/ Bruder Beda Ist Nicht Mehr 04/ Todays Better than Tomorrow 05/ A Different Koko 06/ Ein Krieg in Einem Kind (Take 4)
Guillaume Belhomme © le son du grisli

angles by way of deception

Si Angles – autre groupe qu’emmène Küchen avec cette « sorte de jazz » en tête – n’est pas le projet le plus enthousiasmant du saxophoniste, il n’en est pas moins capable de surprises. Dans sa version octette, enregistré à Lubiana l’année dernière, il revêt ainsi les atours d’un marching band profitant de gimmicks renforcés ou jouant des collisions provoquées par un soudain embouteillage (Dactyloscopy). On peut regretter que tous les membres de l’orchestre n’aient pas le charisme de leur meneur : à défaut, certains démontrent une implication féroce (Eirik Hegdal aux saxophones, et Kjell Nordeson, batteur d’Exploding Customer).

Angles : By Way of Deception (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1er juillet 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ By Way of Deception 02/ Dactyloscopy 03/ Today is Better than Tommorow 04/ Lets Speak About the Weather (and not about the war) 05/ Don’t Ruin Me / Lets Tear the Threads of Trust
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

18 décembre 2012

Branche, Chrysakis, Soloveitzik, O' Sullivan, Vidal, Wigens : Magnetic River (Aural Terrains, 2012)

thanos chrysakis magnetic river

Magnetic River – du groupe formé de Sébastien Branche et Tom Soloveitzik (saxophones ténor), Thanos Chrysakis (laptop, electronics, piano), James O’Sullivan (guitare) et Jerry Wigens (clarinette) – est ce genre de musique improvisée que l’on dirait écrite sur du papier millimétré, où les queues des notes n’en finissent pas de faire des lignes et des graphiques. Mais de la feuille les dessins parviennent à se libérer.

Avec eux, arrivent jusqu’à nous des mélopées d’instruments que l’on reconnaît rarement, ou plutôt de leur image que renverraient des miroirs déformants. Des bourdonnements, des résonances, des vibrations, des sons parallèles et des sons diffus / informes / multiformes, viennent tous au secours du minimalisme des liens qui l’attachent à sa trop sévère définition : ici abstrait, là mélodique, là rythmique et là languissant. D'impressionnants graphiques dessinés sur du papier transparent.

EN ECOUTE >>> Magnetic River

Sébastien Branche, Thanos Chrysakis, Tom Soloveitzik, James O' Sullivan, Artur Vidal, Jerry Wigens : Magnetic River (Aural Terrains)
Enregistrement : avril 2011. Edition : 2012.
CD : 01-05/ I-V
Héctor Cabrero © Le son du grisli 

18 décembre 2012

The Royal Improvisers Orchestra : Live at the Bimhuis (Riot Impro, 2011)

royal improvisers orchestra bimhuis

The Royal Improvisers Orchestra est constitué d’une vingtaine de musiciens. Le saxophoniste et clarinettiste Yedo Gibson en est le fondateur. Un soir de 2008, on les enregistre au Bimhuis. Et ainsi, l’on découvre un combo soucieux d’improviser sans (se) déborder.

Une première plage (Collective Improvisation) déserte peu à peu les espaces pour s’offrir quelques acomptes de frayeur avant chaos foudroyant. Plus loin, les voix oscillent entre tortures et tentations. Les autres conductions regorgent d’un même sérieux : déconstruction du motif in Burocratie, ambiance de fête foraine entrecoupée de solennels solos d’alto in Imigratie Walk, effrois et médisances sur fond de glissendi ligetien in Truism Turism, délirium baroque in His Composition. Soit The Royal Improvisers Orchestra : combo raisonnablement prometteur.  

The Royal Improvisers Orchestra : Live at the Bimhuis (Riot Impro)
Enregistrement : 2008. Edition : 2011.
CD : 01/ Collective Improvisation 02/ Burocratie 03/ Imigratie Walk 04/ Truism Turism 05/ His Composition
Luc Bouquet © Le son du grisli

13 décembre 2012

Radu Malfatti : darenootodesuka (B-Boim, 2012)

radu malfatti darenootodesuka le son du grisli

En concert à Londres (Cut & Splice Festival), Radu Malfatti et le collectif Wandelweiser soignaient en 2011 l’esthétique parcimonieuse qu’ils ont en commun. Dans le disque publié sous étiquette B-Boim, une nouvelle citation de… Francis Brown : « Cessé-je d’exister entre des vagues de son ? ».

Malgré l’indice, noter que l’enregistrement se nourrit moins de silences que ne l’ont fait les derniers travaux improvisés de Malfatti. C’est que l’écriture commande au tromboniste et à ses partenaires –  Antoine Beuger (flûte), Jürg Frey (clarinette), Marcus Kaiser (violoncelle), Michael Pisaro (guitare) et Burkhard Schlothauer (violon) – de signifier davantage dans une note partagée. Dans les pas de quelques « maîtres » (Feldman, Wolff, Scelsi, Bryars), mais avec un penchant peut-être plus affirmé encore pour le délitement musical, le groupe interroge le pouvoir licencieux des harmoniques, à sons couverts : fréquences et vibrations.

Les souffles de Malfatti, Beuger et Frey, se superposent alors aux cordes frottées de Kaiser, Pisaro et Schlothauer. Et vice-versa. Dites du bout des lèvres et suspendues à de fragiles poignets, les notes longues franchissent des paliers qui sous leur poids soudain s’affaissent – puisque la partition ne fait entendre que ce qui est voué à disparaître. Enfin, la respiration des musiciens toujours met en danger les phrases qu’ils ont osées : le conflit sert l’ellipse, dont Malfatti a fait un art fabuleux.

Radu Malfatti : Darenootodesuka (B-Boim)
Enregistrement : 5 novembre 2011.  Edition : 2012.
CD (tirage de 78 copies) : 01/ darenooteduseka
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

7 décembre 2012

Liudas Mockūnas, Barry Guy : Lava (NoBusiness, 2012) / Maya Homburger, Barry Guy : Tales of Enchantment (Intakt, 2012)

liudas mockunas barry guy lava le son du grisli

Avec Liudas Mockūnas, Barry Guy poursuit sur NoBusiness son oeuvre enregistré en compagnie de saxophonistes épais – le label n’a-t-il pas plus tôt produit ses rencontres avec Mats Gustafsson en The Thing (Metal!), Tarfala Trio (SYZYGY) et en simple duo (Sinners, Rather than Saints) ?

Lui aussi rompu au duo (Ilk et NoBusiness l’ayant respectivement associé à Stefan Pasborg et Marc Ducret, pour des résultats certes peu convaincants), le saxophoniste (soprano, ténor et basse) lituanien se mesure donc à une contrebasse de taille. De la main, Guy agrippe un lot de cordes qui chantent sous tensions et obligent le soprano à opérer derechef un repli dans un motif conciliant. Plus loin, le même saxophone réagira en furieux sur coups d’archet rapide et le ténor disputera la moindre seconde d’espace à son partenaire.

Plus grave encore est la seconde face : le saxophone basse progressant à notes comptées pour mieux convaincre la contrebasse qu’un accord est nécessaire. De mouvements circulaires en effets d’archet rebondissant, Guy y travaillera : le contraste étant souvent chez lui gage de qualité, Lava en bénéficiera. 

EN ECOUTE >>> Nebula II >>> Singularity

Liudas Mockūnas, Barry Guy : Lava (NoBusiness)
Enregistrement : 2 avril 2011. Edition : 2012.
LP : A1/ Nebula I A2/ Nebula II A3/ Nebula III A4/ Fumarole – B1/ Event Horizon B2/ Singularity B3/ Dark Matter
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

maya homburger barry guy tales of enchantment

C’est en inspirés – par la peinture d’Elena Gutmann notamment sur Tales of Enchantment – que Maya Homburger et Barry Guy reviennent à leur duo classique. Toujours sur la ligne de feu, violon baroque et contrebasse profonde chantent sous cape et font œuvre de folie éclectique. Ombreux ou flamboyant, réfléchis ou affranchis (roue libre sur Going Home), le duo met son grand art au service de compositions différentes pour êtres signées Guy, Kurtág, Biber... 

Maya Homburger, Barry Guy : Tales of Enchantment (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 13-15 décembre 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Veni Creator Spiritus (Hymne 9th century and improvisation) 02-08/ Barry Guy "Hommage à Max Bill" (2–8) 09/  H. I. F. Biber (1644 –1704) Mystery Sonata No 6 "The Agony in the Garden" 10/ György Kurtág "Hommage à J. S. B." 11/ H. I. F. Biber Mystery Sonata No 9 "The Carrying of the Cross" (with introduction and interlude by Barry Guy) 12/ Barry Guy "Going Home" 13-19/ Barry Guy "Tales of Enchantment" (13 –19) for Elana Gutmann 20/ H. I. F. Biber Mystery Sonata No 15 "The Coronation of the Virgin" (Canzona and Sarabanda)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

21 novembre 2012

Vinny Golia : The Ethnic Project (Kadima Collective, 2012)

vinny golia the ethnic project

Pour goûter les rencontres de Vinny Golia avec des contrebassistes – d'Haunting the Spirits Inside Them... (Music & Arts, 1992) à Mythology (Kadima Collective, 2000) en passant par 11 Reasons to Begin (Music & Arts, 1996) –, comment être déçu par The Ethnic Project, qui donne à l’entendre souffler en instruments exotiques (danso, moxeneo, kaval, ganzi, zurla, nokhan, tarogato, hulusi…) aux côtés de Joëlle LéandreLisa Mezzacappa, Barre Phillips et Bertram Turetzky ?

Déstructurations ludiques ou paysages miniatures avec Philipps, batailles prestes ou recherches sonores avec Léandre, délicats pas de deux ou chant de la terre avec Mezzacappa, harmonies rares et opposition féroces avec Turetzky – qui va de coups d’archet saillant en claques magistrales –, voilà les manières qu’a Golia de faire sien l’instrument rare. En conclusion, il joue seul et enregistre sur plusieurs plages des cornemuses écossaises en hommage à Paul Dunmall. De quoi revoir toute définition de l'ethnique.   

Vinny Golia : The Ethnic Project (Kadima Collective)
CD : 01/ Viba2 02/ Vibe6 03/ Vijo1 04/ Vili4 05/ Vibe5 06/ Viba4 07/ Vijo3 08/ Vili5 09/ Viba6 10/ Vili7 11/ Vibe1 12/ Vibe4 13/ Vijo2 14/ Viba5 15/ Bonus Track (dedicated to Paul Dunmall)
Enregistrement : 2011/ Edition : 2011.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

25 octobre 2012

Josh Berman : There Now (Delmark, 2012)

josh berman there now

Le Gang du cornettiste Josh Berman aime à s’incarner selon son humeur en une fanfare dixie (Liza), en un orchestre swing (I’veFound a New Baby), en un combo bebop (Sugar) ou, encore,en un groupe de blues (Mobile and Blues).  Mais, à chaque fois, sitôt le thème exposé (ou parfois déjà lors du dévoilement de ce thème), les membres du Gang malmènent ce dernier, le dévoient, le corrompent, se jouent de lui. Car, si ses membres maîtrisent l’art d’Armstrong, Ellington, Parker ou Muddy Waters, ils ont aussi assidument fréquenté Eric Dolphy, Rahsaan Roland Kirk et Lester Bowie. Alors, respect et irrévérence, de faire bon ménage ici.

De son amour de la tradition et de son refus de la nostalgie, le cornettiste Josh Berman nous avait déjà entretenus dans le bien nommé Old Idea qui paraissait voici 3 ans sur le label Delmark. Sur ce même label, historique firme chicagoane, Berman en octet propose aujourd’hui There Now. Et nous convainc tout autant : l’esprit frondeur et facétieux, la pertinence des musiciens, complices de longue date de Berman (mention spéciale au contrebassiste Joshua Abrams et au vibraphoniste Jason Adasiewicz) emportent totalement l’adhésion.

One Train May Hide Another, troisième morceau de l’album au titre-programme, pourrait en servir d’exemple. La machine bien huilée roule tranquillement jusqu’à son mitan, pour soudain exploser en route et révéler brisures cuivrées, éclats boisés, métaux épars. La mécanique ainsi démontée finira cependant par se rassembler et repartir tant bien que mal, mais en conservant cette légère claudication symptomatique de ce que le Gang de Berman pourrait désigner comme sa propre conception du swing.

Josh Berman & His Gang : There Now (Delmark)
Edition : 2012.
CD : 01/ Love Is Just Around the Corner 02/ Sugar 03/ One Train May Hide Another 04/ Cloudy 05/ Jada 06/ Liza 07/ I've Found a New Baby 08/ Mobile and Blues.
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

20 octobre 2012

Sonny Simmons : Staying on the Watch / Music from the Spheres (ESP, 1966)

sonny_simmons_par_jason_weiss

L’illusion du progrès en arts modernes est souvent problématique. On sait bien que, sous l’effet d’une simple impression, ce qui peut sembler être une nouveauté frappante aujourd’hui peut se trouver assez vite vieilli et fatigué. Mais j’ai toujours été impressionné par la manière dont la plupart des disques ESP d’il y a cinquante ans sonnent encore frais et provocateurs aujourd’hui.

Un exemple parmi d’autres : le grand Sonny Simmons, sa musique et son jeu au saxophone alto sont tellement forts, courageux, résistants à toutes épreuves, qu’il est étonnant qu’il ne soit pas devenu un des jazzmen les plus célèbres de cette époque et même de la nôtre. Lorsqu’on réécoute son premier disque en tant que leader, Staying on the Watch, on entend la sensibilité des modernistes qui venaient de le précéder (Coltrane, Dolphy) mais aussi un lyrisme, un feu et une oreille qui lui sont propres. Notez la place qu’il réserve à l’éblouissante trompette de Barbara Donald, alors sa femme.

Leur deuxième disque, Music from the Spheres, sorti peu après sur ESP et sur lequel on entend des musiciens tels que le batteur James Zitro et Bert Wilson au saxophone ténor, tient toutes les promesses du compositeur singulier qu’est Simmons, à la fois osé et très swingant. Tous auraient dû mener une vie musicale longue et abondante, faite d’opportunités et de rencontres à la hauteur, et ne pas se contenter d’une descendance, mais voilà… En tout cas, le miracle est qu’il a non seulement survécu aux pires souffrances mais qu’il joue toujours (et comment!), plus apprécié en Europe qu’aux USA, certes, et soutenu par de jeunes labels enthousiastes, tels que Improvising Beings. Parfois, on a quand même de la chance : le bel art peut tenir aussi longtemps que toute une vie.

Sonny Simmons : Staving on the Watch (ESP)
Enregistrement : 30 août 1966. Edition : 1966.
LP : 01/ metamorphosis 02/ A Distant Voice 03/ City of David 04/ Interplanetary Travelers
Sonny Simmons : Music from the Spheres (ESP)
Enregistrement : Décembre 1966. Edition : 1966.
LP : 01/ Resolutions 02/ Zarak's Symphony 03/ Balladia 04/ Dolphy's Days
Jason Weiss © Le son du grisli

always_in_troubleJason Weiss est écrivain. Jeudi prochain, 25 octobre, il présentera son nouveau livre, Always in trouble : An oral history of ESP-Disk, the most outrageous record label in America, au Souffle Continu à Paris. Après quoi, le saxophoniste Etienne Brunet improvisera en solo.

31 juillet 2012

The Fish : Moon Fish (Clean Feed, 2012) / Jean-Luc Guionnet, Thomas Tilly : Stones, Air, Axioms (Circum-Disc, 2012)

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On reconnait The Fish à sa transe continue. Pour Jean-Luc Guionnet, Benjamin Duboc et Edward Perraud, le fil ne doit jamais rompre, la tension ne doit jamais retomber. Et si modulation il y a, elle ne peut s’entretenir que dans le crescendo et, seulement, dans le crescendo.

Donc : ne pas dévier mais s’autoriser quelques suspension (duos, solo) avant la reprise des hostilités. Et dans chaque cas de figure, faire de ces courts passages en duo (le solo de batterie n’est là que pour conclure la troisième improvisation) un tremplin vers de nouvelles attaques soniques. Et, toujours, répéter le motif, ce dernier s’arrachant à sa solitude quand l’un ou l’autre se charge d’en faire écho ou unisson. Ici, trois improvisations (la dernière ne semblant pas couvrir son intégralité) aux fureurs intenses, soutenues. Remarquable à nouveau.

The Fish : Moon Fish (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.  
CD : 01/ Moon Fish 1 02/ Moon Fish 2 03/ Moon Fish 3
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Passé d’un instrument à vent à un autre, Jean-Luc Guionnet s’adonne ici à l’orgue – celui de la Cathédrale Saint-Pierre de Poitiers, dont la tuyauterie paraît faite de geysers fontaine et gazeux. L’effet des notes projetées sur l’architecture et leur agencement par Thomas Tilly forme un disque qui raconte le parcours de propulsions au son de drones, oscillations, vacillations, rondes mécaniques, ronflements, sirènes…  Qui aime se perdre en labyrinthe pourra aussi chercher à en apprendre sur l’étude du site et les mesures qui ont présidé à la conception de ces quatre pièces.

Thomas Tilly, Jean-Luc Guionnet : Stones, Air, Axioms (Circum-Disc)
Edition : 2012.
CD / Flac : 01/ SAA1 (Air Volume) 02/ SAA2 (For Standing Waves) 03/ SAA3 (For Standing Waves, Disturbances) 04/ SAA4 (Close, Bells, Architectural Remains)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

11 juin 2012

MonoMono : ADSR (Firework Edition, 2011)

monomono adsr

En quatre titres (dont les premières lettres forment une sorte de sigle, ADSR), les Suédois de MonoMono m’ont presque réconcilié avec la méthode de « Suédois sans peine » que j’ai abandonnée il y a des années (presque en même temps que mes rêves d'aller me faire voir jour dans ce pays). Car le duo parle beaucoup, & dans sa langue maternelle la plupart du temps.

Je ne comprends donc rien à ce qui se dit sur le disque, mais l’effet de ces paroles est un plus indéniable pour leur musique électronique, qui rappelle Kraftwerk tout en poussant un peu dans l’expérimentation minimale ou encore Bruce Gilbert. Les orgues et les potentiomètres donnent dans une musique à codages où les craquements et les larsens batifolent. Alors que la voix fait preuve de sévérité (parfois de monotonie), l’électronique s’amuse de sons hétéroclites qui rappellent souvent ceux des jeux vidéo de consoles à bits restreints. Pas nouveau, certes, mais il y a de l’idée.  

MonoMono : ADSR (Firework Edition).
Enregistrement : 2008-2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Attack 02/ Decay 03/ Sustain 04/ Release
Pierre Cécile © Le son du grisli

6 juin 2012

Jean-Claude Jones : Myelination (Kadima Collective, 2011)

jc jones myelination

La myéline est une graine de protection enveloppant les fibres nerveuses. En disparaissant, elle facilite l’apparition de la sclérose en plaques, maladie dont est atteint le contrebassiste Jean-Claude Jones. Enregistrées et ralenties à l’aide d’un logiciel, ces molécules en mouvement forment un magma sonique souterrain, brumeux et continu.

JC Jones et quelques-uns de ses amis musiciens se sont frottés aux vibrations de la protéine des myélines en six improvisations aux fortunes diverses : le contrebassiste et son archet se débattent et luttent contre ce fiel sonique ; les clarinettes d’Harold Rubin et de Yoni Silver imitent, prolongent et écartèlent la matière ; la saxophone baryton de Steven Horenstein ne s’y risque guère ; la voix de Yael Tai l’ignore et dédouble sa plainte ; le soprano d’Ariel Sibolet et les percussions d’Haggai Fershtman égalisent et perpétuent un roulis sans fin ; Jake Marmer brouille sa poésie de craquements incessants. Un disque étonnant et attachant.

JC Jones : Myelination (Kadima Collective / Improjazz)
Enregistrement : 2006-2011. Edition : 2011.
CD : 01/ 18 aas 02/ Inducing One 03/ JC’s Remix 04/ 18 aas 05/ Voices 06/ AnHag 07/ 18 aas 08/ Inducing Two 09/ Underskin Orchestra
Luc Bouquet © Le son du grisli

19 avril 2012

Burkhard Stangl : Hommage à moi (Loewenhertz, 2011)

burkhard stangl hommage à moi

Cet hommage que s’adresse non sans malice Bukhard Stangl a valeur de rétrospective. Trois disques – qui peuvent être augmentés d’un DVD et d’un livre (en allemand) – reviennent sur le parcours d’un guitariste entendu, entre autres formations, en Ton Art, Efzeg ou Polwechsel – combinaisons dévouées toutes à des formes musicales réfléchies.

Sur le premier disque, Stangl expose des compositions écrites pour ensembles, sur lesquelles il dirige l’Extented Heritage – présences de John Butcher, Angelica Castelló et dieb13 – le temps de pièces d’électroacoustique ténébreuse : au récitatif diaphane inspirée d’un solo de Butcher (Concert for Saxophone and Quiet Players) ou comblée de field recordings et progressant au rythme d’un vaisseau fantôme soumis à grand vent (Los vestidos blancos de Mérida). Ailleurs, c’est son amour pour les voix et les souffles que Stangl trahit au son d’une rencontre Angélica Castelló / Maja Osojnik / Eva Reiter.

Le deuxième disque est celui d’intelligents divertissements. C’est l’endroit où se mêlent de concert expérimentations et contemplations. Là où Stangl contraint un clavier à accepter son destin électronique (Angels Touch), contrarie la trompette de Gabriël Scheib-Dumalin en lui imposant un vocabulaire réduit (For a Young Trumpet Player), concocte des miniatures explosives au moyen de collages hétéroclites et de numérique affolé que pourront chahuter Klaus Filip ou Christof Kurzmann (Nine Miniatures), s’oppose au piano à la cithare de Josef Novotny (En passant), enfin, transforme l’Extended Heritage en ensemble de musique baroque autant que fantasque (Come Heavy Sleep).

Sur le troisième disque, on trouve la réédition de l’incontournable Ereignislose Musik – Loose Music, jadis édité par Random Acoustics. Là, Stangl dirige Maxixe, grand ensemble élaboré au début des années 1990 dans lequel on trouve Radu Malfatti, Werner Dafeldecker, Max Nagl, Michael Moser… En concerts, les musiciens peignent une musique de traîne que des nasses et verveux faits de cordes de guitare, de violons et de contrebasse, cherchent à capturer, empêchés toujours par des voix qui s’opposent et préviennent (dont celle de Sainkho Namtchylak). Après quoi Stangl dirige en plus petits comités des pièces de nuances voire de discrétions.

Ainsi, ces travaux et ces souvenirs regorgent de trouvailles. Leur intelligence est égale, née de celle de Burkhard Stangl, qui fait qu’on y reviendra souvent : au gré des envies, du moment, des surprises…  

Burkhard Stangl : Hommage à moi (Loewenhertz)
Enregistrement : 1993-2009. Edition : 2011.
CD1 : Kompositionen für Ensembles : 01/ Concert for Saxophone & Quiet Players 02/ WOLKEN.HEIM.breathing/clouds 03/ My Dowland 04/ Los vestidos blancos de Mérida – CD2 : Divertimenti : 01/ Angels Touch 02/ Ronron 03/ For a Young Trumpet Player 04-06/ Three Pieces of Organ 07-14/ Nine Miniatures 15/ Come Heavy Sleep – CD3 : Ereignislose Musik – Loose Music : 01/ Konzert für Posaune und 22 instruments 02-04/ Drei Lieder 05/ Trio Nr.1 06/ Uratru
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

19 janvier 2012

Alon Nechushtan : Dark Forces (Creative Sources, 2011)

alon_nechushtan_dark_forces

Neuf mouvements en tension extrême, parcourus de forces obscures et rougeoyantes, qui font émerger par masses lentes et graves des phénomènes sonores hérissés de possibles, aux irisations inquiétantes : respirations saturées, grincements de portes, larsens, bruits de lames de couteaux, scintillements métalliques presque cristallins, étirements de tracés lumineux aux formes mystérieuses, glissandi de cordes scabreux, rires…

Neuf métamorphoses formidablement orchestrées et interprétées par onze musiciens (cuivres, bois, contrebasse et deux guitares électriques jouées par Henry Kaiser et Elliott Sharp), qui déploient des morphologies ambigües, comme électronisées, évoquant par jeux de latence successifs, des sons environnementaux – la mer, le vent, un oiseau –, un bestiaire fantastique, tout une jungle, selon d’étranges processus d’involution et d’évolution, de défiguration et de refiguration.

Une expérience d’écoute intense où l’ombre et le non-vu – le non-ouï – activent en silence une puissante fantasmatique.

Alon Nechushtan : Dark Forces (Creative Sources / Metamkine)
Edition : 2011.
CD : 01-10/ 01-10
Samuel Lequette © Le son du grisli

30 décembre 2011

Micro_Pénis : Tolvek (Doubtful Sounds, 2011)

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Pour avoir aimé LP, je me suis posé une question en écoutant Tolvek : Micro_Pénis serait-il un groupe à concept-albums ? Puis une deuxième : est-ce que celui-ci serait raté ?

Bien sûr on y trouve quand même des choses puisque la musique de Micro_Pénis tient autant de l’acte chirurgical (on pense au Kommissar Hjuler avec dans la bouche la fraise d’un dentiste aveugle) que du sport de combat. Des cris se chamaillent avec des guirlandes de mots abscons, la musique expérimentale est régressiste et même parfois débilitante = des paires de claques indus données à Tristan Tzara qui hurle. A la fin, un clairon fait la nique à des éclats d’obus et disparaît dans une traînée de poudre. Au-dessus des corps, des mouches s’en donnent à cœur joie et délivrent la moralité de l’histoire : Micro_Pénis peine à la branlette !

EN ECOUTE >>> Kami Fak'r >>> Glory Holes

Micro_Pénis : Tolvek (Doubtful Sounds)
Edition : 2011.
LP : Evil Dead / Schnaka schlim / Sagesse asiatique / Kolossal abschluss / Berlusconi / Encore Noël / Elle avait du sang dans la culotte / Cocorico (poulet mort sur tas de fumier) / Professionnels / Chimio / Molto safto / Kami Fak'r / Ein fustiger traum / Glory holes / Lorsque la lune est pleine je le sens vraiment
Pierre Cécile © Le son du grisli

30 décembre 2011

Sissy Spacek : RIP + Dash/Anti-Clockwise (Gilgongo, 2011)

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Enregistrés en 2008 (pour certains en compagnie de membres de Yellow Swans, Paul Costuros ou Peter Kolovos), les dix titres de RIP disent assez bien de quoi retournent, malgré leur formes diverses, les travaux de Sissy Spacek.

C’est que John Wiese, Corydon Ronnau et Jesse Jackson, rendent ici hommage à leurs ambitions dérangées au son d’un lot d’expérimentations aussi sévères qu’illuminées. De collages inquiets aux larsens étouffés en grandes déflagrations, d’effusions acoustiques (ici des cordes de piano, là des éléments de batterie) en vociférations instrumentales (Wiese) et expectorations (Ronnau), Sissy Spacek invente dans le bruit et la fureur ; fulmine en espérant bien ne jamais devoir reposer en paix.

Sissy Spacek : RIP (Gilgongo)
Enregistrement : 2008. Edition : 2011.
CD : 01/ Intro 02/ Open Fire 03/ Mystery Drummer 04/ The Drummer 05/ Terminal 06/ Mono No Aware 07/ Face Glue 08/ Plush 09/ Ruse 10/ Did You Ever Try Sleeping
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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La réédition sur un même disque de Dash et Anti-Clockwise rassemble 58 miniatures (allant de 4 à 39 secondes) que John Wiese et Corydon Ronnau ont enregistrées avec Lasse Marhaug et Will Stangeland. C’est-là une noise à l’emporte-pièce qui fait défiler en frénétique des cris terribles et des coups qui les ignore. De grandes déchirures à entendre. Why do tou need to sound like a human if you don’t feel like one ? disait récemment John Wiese à Lasse Marhaug (in Personal Best #1)... 

Sissi Spacek : Dash/Anti-Clockwise (Gilgongo)
Réédition : 2011.
CD : 0-20/ A 21-37/ Anti-Clockwise 38-58/ B
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

14 novembre 2011

Erik Carlsson : The Bird and the Giant (Creative Sources, 2011) / Chip Shop Music : You Can Shop Around... (Homefront, 2010)

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Oserais-je dire qu’Erik Carlsson est un batteur lo-fi ? Sans le regretter. Au contraire, ce côté lo-fi ferait partie de sa personnalité. Il rehausserait même les morceaux de The Bird and The Giant.

La musique de ce solo de percussionniste est lente, on la dirait parfois jouée à l’aveugle. Pourtant elle est d’une précision épatante. On la dirait concrète ici (Heavy Rest) expérimentale ailleurs (Hope, Perhaps Feelings). On pourrait plus rapidement dire qu’elle peut tout se permettre : de remuer des clochettes, d’éclater de larsens, de faire des noeuds avec des harmoniques...

Qui ne connaît pas encore Erik Carlsson, Suédois qui a joué auprès d’autres Suédois (Mats Gustafsson, Martin Küchen…) devrait saisir cette deuxième carte de visite qu’il a fait éditer. Car ses contrastes disent tout de sa grande personnalité.

Erik Carlsson : The Bird and The Giant (Creative Sources / Metamkine)
Edition : 2011.
CD : 01/ Could Be Emotional 02/ Heavy Rest 03/ Hope, Perhaps Feelings 04/ The Dead Spirit 05/ Something Else Somewhere
Pierre Cécile © Le son du grisli

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L’année dernière, paraissait sur Homefront le second enregistrement de Chip Shop Music, l’association de Martin Küchen (saxophone alto, radio), Paul Vogel (clarinette, ordinateur), Erik Carlsson (percussions, électronique) et David Lacey (percussions, électronique).

Ce sont trois temps enregistrés à Dublin en 2009. Sur ceux-là, courent des notes au déploiement aussi intensif que délicat : leurs origines sont diverses mais elles ont le soupçon en commun. C’est une musique en perpétuelle ébauche qui peine à faire aussi bien que Looper – projet de Küchen aux vues smilaires – mais dont les espoirs évanouis parviennent à faire trembler quelques rumeurs et remonter à la surface un lot de moments capiteux.

14 octobre 2011

Free Jazz Expéditives : Joe McPhee, Mikołaj Trzaska, Peter Brötzmann, William Parker, Gunter Hampel, Frank Wright, Louis Moholo

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gunter_hampel_nownessGunter HampelThe Essence in the Nowness of Reality (Birth, 2010)
Après avoir invité Daniel Carter, Sabir Mateen et Steve Swell, à augmenter le quartette qu’il forme avec Johannes Schleiermacher, Andreas Lang et Bernd Oezsevim, Gunter Hampel enregistrait en studio le 30 septembre 2009 cet Essence in the Nowness of Reality. S’il concède plusieurs fois et même allègrement la direction à l’un ou l’autre de ses partenaires, Hampel démontre d’une écriture assurée qui ne s’interdit pas de donner souvent dans un free collégial. Et puis, toujours, cette évocation de figures musicales qui, même si d’avant-garde, ne renièrent pas la tradition : Eric Dolphy, Steve Lacy

moholo_spiritual_knowledgeLouis Moholo : Spiritual Knowledge and Grace (Ogun, 2011)
Un concert empêché des Blues Notes à Eindhoven et Frank Wright qui traînait par là : la rencontre du ténor et de Louis Moholo (batterie), Dudu Pukwana (saxophone alto, piano, voix) et Johnny Dyani (contrebasse) date de 1979. Le temps de prouver que deux saxophones virulents peuvent s’entendre sur une valse avant d’emprunter un motif aux allures de folklore (Ancient Spirit). Et puis d’élever, après échange d’instruments, une pièce de musique intensive dont le nom révèle la nature de ce qui l’anime : Contemporary Fire.

kali_fasteau_alternate_universeKali Z. Fasteau, William Parker, Cindy Blackman : An Alternate Universe (Flying Note, 2011)
Certes, la prise de son de cet Alternate Universe enregistré en 1992 par Kali Fasteau (piano, violoncelle, saxophone soprano…), William Parker (contrebasse) et Cindy Blackman (percussions), est assez médiocre. Pourtant, on y entend quand même deux archets qui en imposent au point de faire oublier toutes longueurs (divagations au clavier électrique) et frappes frustes. Un soprano, enfin, qui peine à innover sous l’influence de Coltrane.

mcphee_synchronicityJoe McPhee Survival Unit III : Synchronicity (Harmonic Convergence, 2011)
Dans le Survival Unit III on trouve Joe McPhee à la clarinette et au saxophone alto, Fred Lonberg-Holm au violoncelle amplifié et Michael Zerang à la batterie. Sur Synchronicity – 33 tours qu’accompagne un CD du même enregistrement augmenté d’un titre –, McPhee divague en écorché sur les reliefs subtils que dessine Zerang et fait front aux assauts de l’archet crachant de Lonberg-Holm. Ici un hommage à Maryanne Amacher, là un clin d’œil à Hendrix : plus que libre, le trio attache des noms à son condensé de musiques inspirées.

trzaska_clarinet_quintetIrcha, Joe McPhee  : Lark Uprising (Multikulti, 2010)
Pour transformer l’Ircha de Mikołaj Trzaska en Clarinet Quintet, McPhee retrouvait l’instrument à Poznan en 2009 – les trois autres clarinettistes : Waclaw Zimpel, Pawel Szambuski et Michal Gorczyski. La marche lente d’une coalition promettant le soulèvement prochain, la peine à suivre changée en mélodie, les revirements et les sursauts, forment un hymne de clameurs et de répétitions hors norme. Après le Clarinet Summit de John Carter ou la Clarinet Family d’Hamiet Bluiett, une réunion de clarinettistes trouve donc encore à dire sous la conduite de Trzaska.

peter_brotzmann_goosetalksPeter Brötzmann, Johannes Bauer, Mikołaj Trzaska : Goosetalks (Kilogram, 2010)
Sur ce Goosetalks enregistré au Dragon Club de Poznan en février 2008, Mikołaj Trzaska encore, aux côtés de Peter Brötzmann et Johannes Bauer. Saxophones alto et ténor, clarinettes et trombone, donc, servent un art de la mesure qui a fait fi du temps puis des pièces d’insistance volontaire. A mi-parcours, un chahut de basse-cour amusée ; en conclusion, un air d’Albert Ayler : l’altercation tranquille. 

14 juin 2011

Otherways and Free Space : Life Amid the Artefacts (Emanem, 2011)

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Peu à peu, grâce à Martin Davidson, se dévoile la grande histoire de l’improvisation made in England. En parallèle au Spontaneous Music Orchestra, John Stevens avait mis en place Free Space, groupe d’improvisateurs à géométrie variable (de six à douze musiciens). Outre le fidèle Trevor Watts (noter par ailleurs la présence de John Russell), s’y distinguait l’altiste de la « seconde génération » Herman Hauge, lequel allait créer Otherways autour d’un trio saxophone, contrebasse et batterie (Herman Hauge, Marc Meggido, Dave Solomon) + invités (ici Simon Mortimer, Nigel Coombes).

Ce sont ces deux formations que nous découvrons ici. Sérieuse et impliquée était la recherche de tous ces improvisateurs. Le jazz est absent de Free Space mais retrouve quelques-uns de ses arômes avec Otherways (Unamoured) ; la démarche radicale et collective des premiers s’opposant à celle, plus identifiable (un soliste et des accompagnants), des seconds. Ainsi l’alto d’Hauge brillait de mille feux, à mi-chemin des brûlants souffleurs de la new thing et d’un certain Evan Parker. Mais tout ceci était réversible et d’autres enregistrements le confirmeront sans doute. A suivre donc…

Otherways & Free Space : Life Amid The Artefacts (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1973 & 1984. Edition : 2011. 
CD : 01/ Intermediate 02/ Altitudes 03/ Unamoured 04/ Gesture 05/ Aranata 06/ Lucid 07/ Zeal
Luc Bouquet © Le son du grisli

15 février 2011

Daunik Lazro : Horizon vertical (Hors Œil, 2011)

dauniksliDepuis une dizaine d’année Daunik Lazro a délaissé l’alto au profit du baryton.  Moins de satellites, plus de possibilités : les sons qui sortent du baryton de Lazro sont des sons qui écorchent le convenu. Ce sont des sons de batailles, propulsés contre l’arrogance des chefs. Ce sont des sons que beaucoup ne veulent pas entendre et que beaucoup n’entendront jamais. Des sons qui interrogent et bousculent un monde (à jamais ?) servile. Ce sont surtout de sons qui s’accordent et se réfléchissent aux partenaires du saxophoniste (ici Raymond Boni, Jérôme Noetinger, Jean-Luc Guionnet, Emilie Lesbros, Clayton Thomas, Kristoff K.Roll, Aurore Gruel, Michel Raji, Louis-Michel Marion, Qwat Neum Sixx). Au détour d’un concert, le saxophoniste dit le plaisir d’avoir joué quelque chose qui n’était jamais apparu jusque-là.

Et puis Daunik parle. Il parle de sa rage, de son désespoir, de ses tourments, de la perte, des expériences passées, des influences (Bechet, Dolphy, Ornette, Lyons, Portal). Avec le photographe Horace, il se souvient d’Ayler à Pleyel, des spectateurs qui partaient en masse, de ceux qui hurlaient leur dégoût et des autres qui criaient leur joie. Encore une bataille. Perdue ou gagnée ? Sommes-nous assez sereins, aujourd’hui, pour seulement envisager d’y répondre ? Et il parle encore. Il parle d’astrologie, du corps qui flanche, des substances illicites qui l’ont transporté dans une autre dimension.

Souvent, Christine Baudillon filme le saxophoniste, immobile. Minutieusement, elle enregistre le vent dans les branches. Elle superpose les axes. Un filet d’eau coule. Des feuilles mortes jonchent le sol. Le mouvement est lent et Tarkovski n’est pas loin. Et surtout, elle n’impose rien, ne bouscule rien. Cinéaste humble et investie, elle n’interfère pas : elle enregistre et témoigne. Seulement cela. Et ce cela est immense.

En bonus, un livret de photographies commentées par le saxophoniste lui-même. Un passé pas si lointain : des duos, des trios, des quartets et des visages jamais figés, toujours en mouvement. Un DVD indispensable mais vous l’aviez sans doute compris.

Christine Baudillon : Daunik Lazro : Horizon vertical (Hors Œil Editions)
Edition : 2011.
Luc Bouquet © Le son du grisli

4 janvier 2011

Voix Expéditives : Guylaine Cosseron, Savina Yannatou, Barry Guy, Keith Tippet, Julie Tippett, Antoine Beuger

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Guylaine Cosseron : Avant les mots (Petit Label, 2010). Si le titre de ce recueil vocal solo inquiète quelque peu (orientant d’emblée l’audition et faisant se profiler les tutélaires Schwitters, Minton ou Ghérasim Luca – ce dernier, moins inarticuleur qu’explorateur « après les mots »), l’a priori s’efface à l’écoute de ses dix miniatures (que leur brièveté, pour la plupart, sauve) : le théâtral n’est que frôlé et l’organique parfois utilement poussé au-delà des diphonies et autres laryngomintoneries, vers le pur bruit, quasi synthétique. (gt)

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Savina Yannatou, Barry Guy : Attikos (Maya, 2010). Enregistré au Bimhuis en mai dernier, cet intéressant duo de la chanteuse grecque – qu’on connaît chez ECM – et d’un Barry Guy (contrebasse) respirable fait soigneusement alterner les modes de jeu et les ambiances, les pièces improvisées et les morceaux concertés (traditionnels arrangés ou compositions personnelles) : ainsi songe-t-on tantôt à Lauren Newton & Joëlle Léandre, tantôt presque à Angélique Ionatos & Renaud Garcia-Fons… sans aller jusqu’au Journal Violone II de Barre Phillips néanmoins. (gt)

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Couple in Spirit (Keith & Julie Tippett) : Live at the Purcell Room (Ogun, 2010). Ce disque m’a proprement soigné de la tentation cynique de railler la symbiotique béatitude du « couple in spirit » – pour reprendre le nom sous lequel Keith (piano + accessoires divers) et Julie (voix + petites percussions) Tippett apparaissent en tant que duo, depuis quelques décennies. Tous deux déploient, dans ce troisième témoignage phonographique de leur collaboration, gravé en novembre 2008, une pièce unique – avec ses méandres – et sereinement architecturée : en action, un prenant travail de tisserands ! (gt)

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Antoine Beuger : Keine Fernen Mehr (Edition Wandelweiser, 2010)
Deux disques de sifflements. Low volume required : des notes sifflées qui retiennent votre attention, comme si un autre que vous-même vous sifflait en tête. Antoine Beuger, que l'on a entendu avec Radu Malfatti, siffle longtemps et la pollution sonore ou le dérangement mélodique qu’il cause est formidable à entendre. (hc)

17 décembre 2010

Rob Brown, Daniel Levin, Anthony Braxton, Mikolaj Trzaska, Vanessa Rossetto, Jean-Luc Guionnet, Didier Lasserre...

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Rob Brown, Daniel Levin : Natural Disorder (Not Two, 2010)
Deux attitudes président à cette nouvelle rencontre Rob Brown (saxophone alto) / Daniel Levin (violoncelle), datée de novembre 2008. La première les incite à se laisser aller au gré d’une tendresse leur inspirant le minimum (On the Balance, Skywriting) ; la seconde les force à se mesurer avec un à-propos plus convaincant (Put Up of Shut Up, Setting Off, Briar Patch). La seconde attitude l’emportant sur la première, l’écoute de Natural Disorder y gagne en conséquence – retour notamment à Setting Off, sur lequel Levin sape toutes intentions mélodiques de Brown à coups d’archet salvateur.

hub75

Paul Hubweber, Philip Zoubek: Archiduc Concert : Dansaert Variations (Emanem, 2010)
Le premier au trombone le second au piano préparé : Paul Hubweber et Philip Zoubek enregistrés à L'Archiduc (Bruxelles) le 2 novembre 2007. Soutenant d’abord les longues notes d’Hubweber, Zoubek le rejoint sur le front et clame à son tour : riche, le vocabulaire qu’il découvre à l’intérieur de son instrument. Le langage est alors fait de trouvailles ravissantes, d’amusantes réactions aux sources sonores extérieures et de longueurs inévitables (conclusion basse de Plafond).

gtm75

Anthony Braxton, Anne Rhodes : GTM (Synthax) 2003 (Leo, 2010)
En 2003, Anthony Braxton extirpa de son Large Ensemble la chanteuse Anne Rhodes pour enregistrer avec elle GTM (Synthax) 2003. Les deux Compositions (339 et 340) nées de la rencontre diffèrent par leurs principes et leurs qualités. Ainsi, la première s’avère stérile pour mélanger chant, électronique et saxophones, avec une confiance qui empêche que l’on se pose des questions sur la teneur de l’amalgame, tandis que la seconde se donne des airs de danse frivole impliquant les musiciens davantage sans qu’ils parviennent à convaincre pour autant.

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Tomasz Szwelnik, Mikolaj Trzaska : Don’t Leave Us Home Alone (Kilogram, 2010)
Pas moins de 19 pièces au programme de Don’t Leave Us Alone de Tomasz Szwelnik (piano preparé) et Mikolaj Trzaska (saxophone alto, clarinette basse). La supplique fait effet, alors on force l’écoute de folies distinctives, ici dans l’attente d’une réaction de la part de l’autre, là dans la surenchère expressionniste (Smoke Was Gathering Under the Eyelids en écoute ci-contre), ailleurs encore dans l’élaboration d’atmosphères ombreuses. A la clarinette, Trzaska emmène l’exercice avec une autorité qui transforme à chaque fois l’échange improvisé en dialogue supérieur (Strokind A Dragon’s Muzzle).

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Hwaet : Hwaet (Abrash / Music Appreciation, 2010)
Nouvel élément de l’œuvre hétéroclite de Vanessa Rossetto : rétrospective d’enregistrements réalisés depuis 2007 avec Steven Flato sous le nom de Hwaet. De compositions en improvisations, le duo confectionne en amateurs éclairés des combinaisons de bruits divers (parasites radio, souffles, field recordings, larsens, etc.). Parfois fragile, l’ensemble peut libérer de beaux airs de musique inquiète qui doivent beaucoup au violon espiègle de Rossetto ou au mauvais sort que l’on réserve à l’intervention des voix humaines.

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Didier Lasserre, Jean-Luc Guionnet : Out Suite (Entre deux points, 2010)
En formations différemment inspirées par le jazz (Snus et Nuts pour le premier, Return of the New Thing et The Ames Room pour le second), Didier Lasserre et Jean-Luc Guionnet avaient déjà fait de belles choses de leur intérêt pour les virulences. En duo, les voici se mesurant une poignée de minutes durant. Ici, la verve est égale pour ne pas dire habituelle, et la curiosité tient des deux méthodes de conciliation mises en place, efficientes : batterie stimulant d’abord l’implacable jeu d’alto ; même batterie amortissant ensuite toutes rafales jlg sur peaux apaisantes.

29 octobre 2010

ICP Orchestra : Jubilee Varia (HatOLOGY, 2010)

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L’ICP Orchestra à entendre sur Jubilee Varia fut enregistré en 1997 en concert à Zurich. Réduit au nonette, il fomente des combinaisons d’un fatras supérieur pour rapprocher une improvisation en verve et un retour aux excentricités ludiques. 

Deux grandes pièces au programme (Jubilee Varia et Jealousy) découpées en trois parties. Piano et batterie ouvrent la première : Misha Mengelberg et Han Bennink dialoguent à coups de phrases cinglantes avant de passer le relais à la combinaison Reijseger / Honsiger / Glerum, section de cordes pertinemment emmêlées, puis aux souffles conjoints de Moore, Baars, Heberer et Wierbos, le temps de défendre un mambo nonchalant : ¿Quién será? détourné avec humour.

A Bit Nervous Jealous? Me?, Next Subject et Rollo I font ensuite Jealousy. La même équipe au chevet d’une composition baroque feignant d’avoir perdu la raison : là, l’orchestre passe pour être de salon avant de mettre en lumière l’échappée belle d’un de ses éléments : les archets accordés n’en faisant qu’un, qui semble tenir plus que tout à déserter l’ensemble à la dérive. C’est ensuite un développement plus turbulent – archets contre clarinette malgré le rôle d’entremetteur que s’est réservé Mengelberg – et le retour aux danses : l’ICP Orchestra en appelle une autre fois à la réhabilitation du swing, mais un swing dont la témérité et l’effronterie sont les premiers gages de modernité.

ICP Orchestra : Jubilee Varia (HatOLOGY / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 1997. Réédition : 2010.
CD : 01-03/ Jubilee Varia 04-06/ Jealousy (A Bit Nervous Jealous? Me? / Next Subject / Rollo I)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

12 juillet 2010

Evan Parker : Set (Psi, 2010)

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Set est dédié à la microbiologiste Lynn Margulis, théoricienne de l’endosymbiotique. Deux courtes improvisations captées en studio ouvrent et clôturent le disque. On s’intéressera plutôt à la seconde – la plus longue, enregistrée en concert à Donaueschingen le 18 octobre 2003.

Set Part 2 (concert) débute, assez furieusement, avec le trio acoustique Evan Parker / Barry Guy / Paul Lytton. Jusque là, rien d’anormal. On connaît. On reconnaît. On peut s’y lasser ou s’y affoler. Ainsi, s’égrènent les cinq premières minutes avant que Richard Barrett, Paul Obermayer, Lawrence Casserley, Walter Prati et Marco Vecchi mettent en branle leur électronique dingue : transformations et déformations, monde grouillant, mitraillages continus, signalétique affolée, gargarismes et ressacs, prison sonique jamais tempérée. Pour peu que l’on soit un familier de l’Electro-Acoustic, la surprise n’est (toujours) pas de mise. Puis, à tour de rôle, saxophoniste, contrebassiste et percussionniste vont s’installer en solo (là aussi…). Solos très rapidement brouillés, décuplés, décapités, intrigués par un monde électronique halluciné et saillant (à ce petit jeu, c’est la percussion de Paul Lytton qui s’invite avec le plus d’étrangeté et de transmission). La surprise vient alors de ce chaos final énorme et bouillonnant. Presque définitif. Pour peu, on en redemanderait. Mais avec le boulimique Evan, on sait que ce n’est pas nécessaire. La suite ne sera pas très longue à venir…

Evan Parker : Set (Psi / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2003. Edition : 2009.
CD : 01/ Set Part I (studio) 02/ Set Part 2 (concert) 03/ Set Part 3 (studio)
Luc Bouquet © Le son du grisli

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