Le son du grisli

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Zusaan Kali Fasteau : Prophecy (Flying Note, 2011)

zusaan kali fasteau prophecy

Ni CD-carte de visite, ni performance sportive, Prophecy récapitule les pôles d’intérêt de Zusaan Kali Fasteau. Ces derniers passent par plusieurs axes : le plus évident reste celui des musiques carnatiques que la musicienne frôle sans totalement y succomber. Ailleurs, l’improvisation demeure le pôle le plus consistant voire le plus convaincant. Et quand la musicienne embouche un serein et fluide soprano, le jazz ressuscite quelque peu. Restent quelques lignes transgenres n’appartenant à aucune communauté identifiable. Preuve que la multi instrumentiste (sheng, ney, mizmar, kaval, saxophone, violoncelle, piano, batterie…) prend très au sérieux son rôle de musicienne sans frontières.

En plusieurs étapes, William Parker, croise les cordes de sa ronde contrebasse avec celles, très inquiètes, du violoncelle de SZ Fasteau. Et, parfois le violon anxiogène de Shela Somalia Richards trouble encore plus cette étrange et pénétrante friction. Au soprano, Zusaan délivre chocs et uppercuts puis convoque une confusion des plus troublantes. Restent que ces improvisations, trop souvent écourtées, mériteraient des chapitres plus entiers et plus autonomes. Une prochaine fois sans doute.

Zusaan Kali Fasteau : Prophecy (Flying Note)
Enregistrement : 1987-1992. Edition : 2011.
CD : 01/Prophecy 02/ Nomad’s Festival 03/ Inner Ear 04/ Lunar Wisdom 05/ Invocation 06/ Encoding Delight 07/ Birsong 08/ The Message 09/ The Gyre 10/ Sonic Deep 11/ Monsoon 12/ Celestial Sea 13/ Curved Space 14/ Cosmopolis 15/ Benevolence
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Free Jazz Expéditives : Joe McPhee, Mikołaj Trzaska, Peter Brötzmann, William Parker, Gunter Hampel, Frank Wright, Louis Moholo

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gunter_hampel_nownessGunter HampelThe Essence in the Nowness of Reality (Birth, 2010)
Après avoir invité Daniel Carter, Sabir Mateen et Steve Swell, à augmenter le quartette qu’il forme avec Johannes Schleiermacher, Andreas Lang et Bernd Oezsevim, Gunter Hampel enregistrait en studio le 30 septembre 2009 cet Essence in the Nowness of Reality. S’il concède plusieurs fois et même allègrement la direction à l’un ou l’autre de ses partenaires, Hampel démontre d’une écriture assurée qui ne s’interdit pas de donner souvent dans un free collégial. Et puis, toujours, cette évocation de figures musicales qui, même si d’avant-garde, ne renièrent pas la tradition : Eric Dolphy, Steve Lacy

moholo_spiritual_knowledgeLouis Moholo : Spiritual Knowledge and Grace (Ogun, 2011)
Un concert empêché des Blues Notes à Eindhoven et Frank Wright qui traînait par là : la rencontre du ténor et de Louis Moholo (batterie), Dudu Pukwana (saxophone alto, piano, voix) et Johnny Dyani (contrebasse) date de 1979. Le temps de prouver que deux saxophones virulents peuvent s’entendre sur une valse avant d’emprunter un motif aux allures de folklore (Ancient Spirit). Et puis d’élever, après échange d’instruments, une pièce de musique intensive dont le nom révèle la nature de ce qui l’anime : Contemporary Fire.

kali_fasteau_alternate_universeKali Z. Fasteau, William Parker, Cindy Blackman : An Alternate Universe (Flying Note, 2011)
Certes, la prise de son de cet Alternate Universe enregistré en 1992 par Kali Fasteau (piano, violoncelle, saxophone soprano…), William Parker (contrebasse) et Cindy Blackman (percussions), est assez médiocre. Pourtant, on y entend quand même deux archets qui en imposent au point de faire oublier toutes longueurs (divagations au clavier électrique) et frappes frustes. Un soprano, enfin, qui peine à innover sous l’influence de Coltrane.

mcphee_synchronicityJoe McPhee Survival Unit III : Synchronicity (Harmonic Convergence, 2011)
Dans le Survival Unit III on trouve Joe McPhee à la clarinette et au saxophone alto, Fred Lonberg-Holm au violoncelle amplifié et Michael Zerang à la batterie. Sur Synchronicity – 33 tours qu’accompagne un CD du même enregistrement augmenté d’un titre –, McPhee divague en écorché sur les reliefs subtils que dessine Zerang et fait front aux assauts de l’archet crachant de Lonberg-Holm. Ici un hommage à Maryanne Amacher, là un clin d’œil à Hendrix : plus que libre, le trio attache des noms à son condensé de musiques inspirées.

trzaska_clarinet_quintetIrcha, Joe McPhee  : Lark Uprising (Multikulti, 2010)
Pour transformer l’Ircha de Mikołaj Trzaska en Clarinet Quintet, McPhee retrouvait l’instrument à Poznan en 2009 – les trois autres clarinettistes : Waclaw Zimpel, Pawel Szambuski et Michal Gorczyski. La marche lente d’une coalition promettant le soulèvement prochain, la peine à suivre changée en mélodie, les revirements et les sursauts, forment un hymne de clameurs et de répétitions hors norme. Après le Clarinet Summit de John Carter ou la Clarinet Family d’Hamiet Bluiett, une réunion de clarinettistes trouve donc encore à dire sous la conduite de Trzaska.

peter_brotzmann_goosetalksPeter Brötzmann, Johannes Bauer, Mikołaj Trzaska : Goosetalks (Kilogram, 2010)
Sur ce Goosetalks enregistré au Dragon Club de Poznan en février 2008, Mikołaj Trzaska encore, aux côtés de Peter Brötzmann et Johannes Bauer. Saxophones alto et ténor, clarinettes et trombone, donc, servent un art de la mesure qui a fait fi du temps puis des pièces d’insistance volontaire. A mi-parcours, un chahut de basse-cour amusée ; en conclusion, un air d’Albert Ayler : l’altercation tranquille. 

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Kali Z. Fasteau : Animal Grace (Flying Note, 2010)

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Des Alpes à Harlem, Kali Fasteau a fait entendre son Animal Grace : en trio en 2005 avec Bobby Few, Wayne Dockery et Steve McCraven ; en duo avec Louis Moholo deux ans plus tard.

Si l’échange avec Moholo n’est pas mis en valeur par la qualité de l’enregistrement, il profite de l’adhésion des coups secs du batteur aux excentricités sonores de Fasteau – trop emportée au piano, elle invente avec plus d’esprit au son d’autres instruments (flûte, mizmar, saxophone soprano, voix qu’elle transforme en machines, violon enfin). L’association est iconoclaste, voire étrange, autant qu’éclatante.

Plus tôt donc, dans le canton des Grisons, Fasteau donnait un concert à l’Uncool Festival en compagnie de Bobby Few (piano), Wayne Dockery (basse) et Steve McCraven (batterie). Classique d’apparence, le quartette bouscule les codes mais déçoit au son d’une mixture musicale d’un clinquant inapproprié : tombant quelques fois sur le son juste à force de tentatives nombreuses (flûte, voix et soprano encore), Fasteau doit faire avec le verbiage de partenaires hésitant entre pose free jazz et airs cabotins. Retour à New York alors : réécoute réparatrice de l’association Kali Z. Fasteau / Louis Moholo.

Kali Z. Fasteau : Animal Grace (Flying Note)
Enregistrement : 2005-2007. Edition : 2010.
CD : 01/ Impulse 02/ Cultivation 03/ Swan’s Flight 04/ All Things 05/ Mongezi’s Laughter 06/ Past Futur Present 07/ A Gift 08/ Airstreams 09/ They Speak Through Me 10/ Melting Ice 11/ Jumping on the Drums 12/ From Above
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

noah

Noah Howard was an enthusiastic pioneer of the Avant-Jazz scene that started in the 1960s.  He brought a bayou warmth and swing from his hometown of New Orleans to his own blues-infused version of the new jazz.  He enjoyed life and people, and traveled and shared his music all over the world.

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Kali Fasteau, Kidd Jordan: Live at The Kerava Jazz Festival, Finland (Flyin Note - 2008)

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Au Kerava Jazz Festival, édition 2007, Kali Fasteau retrouvait le saxophoniste Kidd Jordan et le percussionniste Newman Taylor Baker, puis établissait le dialogue au moyen d’instruments divers.

Incisive dès l’ouverture, elle rejoint le ténor au son d’une zurna – sorte de hautbois originaire du Proche Orient – pour consacrer ensuite un nouvel instrument à chaque échange. Défilent alors piano, flûtes, clavier électrique, violon, percussions et saxophone soprano, qui interrogent toujours autrement le contact établi avec Jordan. Expérimentale ou lyrique, Fasteau pêche parfois par excès de naïveté (noyant ses flûtes en delay ou faisant toute confiance à un son de harpe sorti d’un vieux clavier), quand elle démontre ailleurs ses possibilités iconoclastes : expérimentations électroniques appliquée à ses partenaires sur Talking Trance ou grand duo de free jazz sur un Exponantial Time qui la voit passer à la batterie.

Jordan, quant à lui, n’abandonne jamais Kali Fasteau à ses élucubrations, mais la suit parfois comme pour l’amadouer, puis la ramène dans le champ d’un jazz singulier, qu’elle confronte depuis plus de trente ans à ses interrogations personnelles de la modernité.

CD: 01/ Sound Tranceport 02/ Trancendance 03/ Reed Trance Plant 04/ Received Wisdom 05/ Sibelius Suite 06/ Talking Trance 07/ Violit Violines 08/ Exponential Time 09/ Sound Science

Kali Z. Fasteau, Kidd Jordan, Newman Taylor Baker - Live at The Kerava Jazz Festival - 2008 - Flying Note.

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Kali Fasteau, Rafael Garrett : Memoirs of A Dream (Flying Note, 2000)

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En présentant deux enregistrements de performances, Memoirs of a Dream revient sur la collaboration initiée en 1971 au sein de The Sea Ensemble par le couple Kali Fasteau / Rafael Garrett.

Improvisant d’abord dans un studio de Hollande en 1975, le duo tire le meilleur de la large palette d’instruments dont ils disposent et qu'ils maîtrisent en utilisant le re-recording. Entamé par les pizzicatos en cascades de la contrebasse de Garrett, Streaming Love accueille les intuitions de Fasteau, traduites à la harpe ou au piano, et prend la forme d’une expression plus que libre. Assez bien défendu, le free jazz déployé perd un peu de son rythme et appréhende des déconstructions évanescentes, rendues par la clarinette de Garrett et le violoncelle de Fasteau.

Presque naturellement, le couple s’est donné pour but de former un langage, œcuménique et sincèrement nomade. Seule contrainte, sans doute, le passeport requis par l’usage. Alors, des terres explorées au son de flûtes typées (Shakuhachi, Kaval, Nai) dévoilent par endroits des effets de voix mystérieux, et rendent une harmonie du monde faite refuge temporaire.

Deux ans plus tard, en concert à Ankara, Fasteau et Garrett ouvrent de façon plus minimaliste ce qui deviendra Come From Deep. Les percussions légères logent stridences et dissonances avant qu’un piano et une clarinette choisissent d’élaborer ensemble un swing titubant. Bienveillant, l’endroit invite le couple à tresser des influences orientales, balayées bientôt par un free éloquent.

Jusqu’à ce que l’éloquence instrumentale reconduise au langage : vocalises impénétrables cherchant à établir la communication, rêvant de transmission et de partage immédiat. Tous deux permis par le final, qui résout l’équation au moyen d’une sorte de blues du désert, abouti et sage. Et marque le repère où se termine le voyage. Initiatique et volubile. Insoupçonnable et caressant.

Zusaan Kali Fasteau, Donald Rafael Garrett : Memoirs of A Dream (Flying Note).
Réédition : 2000.
CD1: 01/ Streaming Love - CD2 : 01/ Come From Deep
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Kali Fasteau: Vivid (Flying Note - 2001)

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C’est à la toute fin des années 1960, que l’anthropologue émérite Zusaan Kali Fasteau décida de pratiquer un free jazz particulier, nomade et donc enrichi souvent. Enrichi encore, en 1998 et 1999, quand la multi instrumentiste donne 3 concerts aux Etats-Unis et au Canada, en compagnie – Joe McPhee excepté – de la jeune garde du jazz moderne.

Mis en avant, les saxophones : les sopranos de Fasteau et McPhee, l’alto de Sabir Mateen, ne cessent d’entamer des courses jubilatoires (Red), tissent quelques entrelacs (Tangerine), ou élaborent un free au-dessus de tout soupçon sur la section rythmique de William Parker, Hamid Drake et Ron McBee (Magenta).

Et l’expression libre explorée sérieusement de mener à plusieurs autres propositions : quête d’un apaisement revigorant (Chartreuse, Sea Green), blues chargé d’appréhension (Heliotrope), ou incursions en terres orientales mais pas étrangères : Sun Yellow ou Turquoise, sur laquelle la voix de Fasteau poursuit sans cesse la note de son autre instrument.

Car le jazz mis ici en pratique réserve une place de choix aux voix : celle de Fasteau, donc, qu’elle peut retoucher sur l’instant (Red) ou dont elle évalue la capacité à atteindre les hauteurs (Magenta), mais aussi celle de Drake, rassurée, sur Tamil Blue, par les percussions de McBee, qui avait mené juste avant une incursion chantée en Afrique désertique (Sienna).

Histoire, peut-être, de nuancer un peu la part belle faite, sur Vivid, aux instruments à vent. Préférence qui aurait été impossible à rendre sans la délicatesse de qui n’en étaient pas pourvus : la sensibilité de Parker, l’autorité pleine de retenue de Drake, ou les imprécations feutrées de McBee, nimbant tous trois les interventions irréprochables de Mateen, McPhee et Fasteau.

CD: 01/ Orange 02/ Red 03/ Turquoise 04/ Aquamarine 05/ Sun Yellow 06/ Chartreuse 07/ Tangerine 08/ Sienna (This Moment) 09/ Tamil Blue 10/ Royal Purple 11/ Pimento 12/ Heliotrope 13/ Violet 14/ Sea Green 15/ Magenta

Kali Fasteau - Vivid - 2001 - Flying Note. Import.

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