Joe McPhee : Topology (Hat Hut, 1981)

Ce texte est l'un des 18 qui composeront le troisième volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing, à paraître début mai. Son tirage étant limité 100 exemplaires, réservez le vôtre en adressant 7 euros au son du grisli via PAYPAL ou par chèque à G. Belhomme, 47, rue du Connétable 60500 Chantilly France.
Pour avoir voulu connaître à quoi ressemblait son premier souvenir de musique, j’obtins de Joe McPhee ceci : « C’est une expérience assez traumatisante, que j’ai vécue à l’âge de 3 ans. En Floride, pendant un orage, notre maison a été frappée par la foudre et réduite en cendres. Le lendemain, je suis retourné à son emplacement en compagnie de mon grand-père… Je me rappelle alors une chanson qui passait à la radio, dont les paroles étaient: « Daddy I Want a Diamond Ring ». Je me souviens aussi de la mélodie. »
L’électricité dans l’air et l’environnement-nébuleuse : au jazz qu’il découvrit au contact de Clifford Thornton – sur la boîte de carton de Topology, McPhee précise pour expliquer une reprise de « Pithecanthropus Erectus » que l’écoute de Charles Mingus lui révéla de quoi retournait le jazz moderne –, voici ce que Joe McPhee imposa souvent. Le raccourci veut ce qu’un raccourci peut valoir ; il conseille, en tout cas, de revenir à ce disque que le multi-instrumentiste (trompette d’abord, saxophone ténor ensuite, mille autres choses alors) enregistra avec John Snyder au synthétiseur au milieu des années 1970 : Pieces of Light, publié par le peintre Craig Johnson sur CjRecords – réédité sur CD par Atavistic.

Après Johnson, ce sera Werner Uehlinger qui assurera Joe McPhee de son soutien : « Après être tombé sur les premières productions de CjR, Werner Uehlinger a profité d’un voyage d’affaires aux Etats-Unis pour venir nous rencontrer, Craig Johnson et moi, au domicile de Craig. Nous avons dîné ensemble et nous lui avons fait écouter quelques cassettes que nous pensions alors sortir sur CjR. Il a aimé cette musique et a décidé de publier lui-même une de ces cassettes. C’était une idée lancée comme ça, sans même qu’il envisage la création d’un label. Mais finalement, c’est à partir de là qu’est né Hat Hut Records. »
Après avoir publié un concert daté de 1970, Black Magic Man, Uehlinger prescrit à McPhee quelques séjours en Europe pour le bien de son catalogue : l’Américain y donne des concerts à Willisau et Bâle (The Willisau Concert, Rotation), y enregistre en 1976 un solo de taille (Tenor) et puis rencontre André Jaume et Raymond Boni, avec lesquels il enregistrera souvent : en duos, trios, et plus large ensemble, comme c’est le cas ici – « Topology », morceau-titre qui occupe deux des quatre faces du double LP, est d’ailleurs signé du trio. Dans cette version originelle du Joe McPhee Po Music, assemblée les 24 et 25 mars 1981, on trouvera aussi : Daniel Bourquin (saxophones alto et baryton), Pierre Favre (percussions), Radu Malfatti (trombone, micro-electronics, percussions), François Méchali (contrebasse), Michael Overhage (violoncelle), Irène Schweizer (piano) et Tamia (voix).

L’électricité dans l’air et l’environnement-nébuleuse, Boni s’en charge d’abord sur « Age » : à force de courtes phrases, Schweizer réveille, elle, un volcan sur les flancs duquel rouleront des sonorités rares. De plaintes délirantes en hymne déboussolé (celui de « Blues for New Chicago »), le groupe va et investit bientôt le champ de la reprise : ce sera « Pithecanthropus Erectus ». L’absence de contrebasse et la voix de Jackie McLean manquent, à la première écoute, mais ceci n’est qu’une question d’habitudes, que le collectif s’occupe de mettre à mal : le baryton de Bourquin et le ténor de McPhee en verve, le trombone de Malfatti en inquiétudes, l’unisson d’envergure auquel se plient tous les souffleurs enfin, auront fait vriller l’erectus sus-cité. Un hommage à Pia, et voici l’heure de donner à entendre de quoi retourne cette Po Music, concept que le musicien tira de ses lectures d’Edward de Bono. McPhee, vingt-cinq ans plus tard : « Voici l’explication simplifiée de la Po Music : il s’agit de se servir du concept de provocation pour abandonner une série d’idées établies au profit de nouvelles. Voilà le concept que j’ai emprunté au Dr. De Bono. Po est un symbole, un indicateur de langage qui souligne qu’il faut user de provocations et montre que les choses ne sont pas forcément ce qu’elles ont l’air d’être. Par exemple, j’ai enregistré la composition de Sonny Rollins appelée « Oleo » sans être un joueur de bebop ; et le bebop est en lui-même une vie à part entière. Mon interprétation essaye de conduire la musique à un nouvel endroit. J’ai toujours espéré que mon nom (Joe McPhee) serait aussi un symbole de provocation… Une forme de langage. »
Les réactions en chaîne que l’on trouve en « Topology » montrent de quoi la méthode est capable : décharges en cascades modelant toute atmosphère quiète, interaction de principes opposés commandant de grands renversements. McPhee encore : « Les concepts et les théories ne m’intéressent que si elles produisent des résultats. Tout change et tout devient possible. » Les disques à suivre du Joe McPhee Po Music – par lequel passeront Milo Fine, Léon Francioli, Urs Leimbgruber ou Fritz Hauser – le diront à leur tour : « tout change et tout devient possible. »

Joe McPhee : Ibsen’s Ghosts (Not Two, 2011)

Enregistrées le 21 février 2009 au Victoria Theater d’Oslo, cinq improvisations en appellent aux fantômes d’Ibsen : elles sont l’œuvre d’un quartette que forment Joe McPhee, Jeb Bishop, Ingebrigt Haker-Flaten et Michael Zerang.
Au ténor – et rien qu’au ténor –, McPhee invite ses partenaires à suivre son inspiration, qui le mène de mélodies lasses en fuites improvisées : là, les oppositions peuvent aboutir sur la coalition d’une boucle de trombone et d’un solo piqué de saxophone (deuxième improvisation) ; ailleurs, l’archet, brillant, peut recueillir les désillusions expérimentales (débuts de la troisième improvisation, qui gonflera sous les effets d’une exhortation commune) et la batterie renvoyer sèchement telle intervention (troisième improvisation).
Rapprochés par des intérêts communs défendus auprès de Vandermark ou Brötzmann, McPhee et ses partenaires réussissent où d’autres peinent : inventer sur l’instant des formes qui épousent leur vaillance.
Joe McPhee : Ibsen’s Ghosts (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 21 février 2009. Edition : 2011.
CD : 01-05/ Improvisation #1 - Improvisation #5
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Joe McPhee, Michael Zerang : Creole Gardens (NoBusiness, 2011) + Christoph Erb / Jim Baker / Michael Zerang (Exchange, 2011)

Ces « jardins créoles » ont fleuri sur le souvenir d’un concert, daté de 2009, que Joe McPhee et Michael Zerang ont donné ensemble. Ils sont un hommage à la Nouvelle-Orléans que rehausse une entente d’exception développée en Survival Unit ou Brötzmann Chicago Tentet...
En ouverture, la trompette est distributive et la caisse claire inquiète de récupérer chacune de ses notes sur frottements légers. Mais Zerang ose bientôt des éléments de ponctuation que McPhee respecte au son d’un hymne pénétrant. Il fera de même un peu plus tard à l’alto : ce qu’il dit à l’instrument, qu’il soit trompette ou saxophone, personne d’autre que lui n’aurait pu le dire, ni même l’inventer. C’est que derrière chacune des phrases de McPhee, sereines en apparence, pointe une anxiété tenace.
Aires de jeu obligeant ses usagers à évoluer en véloces, ces Creole Gardens se souviennent du passage des marching bands et des milliers d’airs qui ont contribué à l’histoire de la ville. Mais ce sont aussi des œuvres ouvertes que McPhee et Zerang arrangent selon l’instant, en carré du recueillement éclairé par d’intenses lueurs d’espoir.
EN ECOUTE >>> Congo Square Dances / saints and Sinners >>> Crescent City Lullaby
Joe McPhee, Michael Zerang : Creole Gardens (New Orleand Suite) (NoBusiness)
Enregistrement : 24 septembre 2009. Edition : 2011.
CD / LP : 01/ Congo Square Dances / Saints and Sinners 02/ Rise / After the Flood 03/ Crescent City Lullaby 04/ And Now Miss Annie, The Black Queen 05/ The Drummer – Who-Sits On-The-Drum
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
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Sur cet échange qui date du 11 juin 2011, Michael Zerang improvise en compagnie de Jim Baker (synthétiseur analogique, piano) et Christoph Erb (instruments à vent). Si Zerang est celui des trois qui fait le plus œuvre d’inventions et si Erb sait se montrer surprenant aussi bien au saxophone ténor qu’à la clarinette basse, ne leur reste plus qu’a espérer que Baker parvienne lui aussi à convaincre. Fantasque au synthétiseur mais souvent démonstratif, pâtissant d’une inspiration aléatoire au piano, il peut tout de même, de temps à autre, rendre la rencontre irréprochable.
Christoph Erb, Jim Baker, Michael Zerang : Erb / Baker / Zerang (Exchange)
Enregistrement : 11 juin 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Situr 02/ Opisthoproctidae 03/ Fesch 04/ Tauch 05/ Sakana 06/ Ogcocephalus 07/ Devon
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Free Jazz Expéditives : Joe McPhee, Mikołaj Trzaska, Peter Brötzmann, William Parker, Gunter Hampel, Frank Wright, Louis Moholo

Gunter Hampel : The Essence in the Nowness of Reality (Birth, 2010)
Après avoir invité Daniel Carter, Sabir Mateen et Steve Swell, à augmenter le quartette qu’il forme avec Johannes Schleiermacher, Andreas Lang et Bernd Oezsevim, Gunter Hampel enregistrait en studio le 30 septembre 2009 cet Essence in the Nowness of Reality. S’il concède plusieurs fois et même allègrement la direction à l’un ou l’autre de ses partenaires, Hampel démontre d’une écriture assurée qui ne s’interdit pas de donner souvent dans un free collégial. Et puis, toujours, cette évocation de figures musicales qui, même si d’avant-garde, ne renièrent pas la tradition : Eric Dolphy, Steve Lacy…
Louis Moholo : Spiritual Knowledge and Grace (Ogun, 2011)
Un concert empêché des Blues Notes à Eindhoven et Frank Wright qui traînait par là : la rencontre du ténor et de Louis Moholo (batterie), Dudu Pukwana (saxophone alto, piano, voix) et Johnny Dyani (contrebasse) date de 1979. Le temps de prouver que deux saxophones virulents peuvent s’entendre sur une valse avant d’emprunter un motif aux allures de folklore (Ancient Spirit). Et puis d’élever, après échange d’instruments, une pièce de musique intensive dont le nom révèle la nature de ce qui l’anime : Contemporary Fire.
Kali Z. Fasteau, William Parker, Cindy Blackman : An Alternate Universe (Flying Note, 2011)
Certes, la prise de son de cet Alternate Universe enregistré en 1992 par Kali Fasteau (piano, violoncelle, saxophone soprano…), William Parker (contrebasse) et Cindy Blackman (percussions), est assez médiocre. Pourtant, on y entend quand même deux archets qui en imposent au point de faire oublier toutes longueurs (divagations au clavier électrique) et frappes frustes. Un soprano, enfin, qui peine à innover sous l’influence de Coltrane.
Joe McPhee Survival Unit III : Synchronicity (Harmonic Convergence, 2011)
Dans le Survival Unit III on trouve Joe McPhee à la clarinette et au saxophone alto, Fred Lonberg-Holm au violoncelle amplifié et Michael Zerang à la batterie. Sur Synchronicity – 33 tours qu’accompagne un CD du même enregistrement augmenté d’un titre –, McPhee divague en écorché sur les reliefs subtils que dessine Zerang et fait front aux assauts de l’archet crachant de Lonberg-Holm. Ici un hommage à Maryanne Amacher, là un clin d’œil à Hendrix : plus que libre, le trio attache des noms à son condensé de musiques inspirées.
Ircha, Joe McPhee : Lark Uprising (Multikulti, 2010)
Pour transformer l’Ircha de Mikołaj Trzaska en Clarinet Quintet, McPhee retrouvait l’instrument à Poznan en 2009 – les trois autres clarinettistes : Waclaw Zimpel, Pawel Szambuski et Michal Gorczyski. La marche lente d’une coalition promettant le soulèvement prochain, la peine à suivre changée en mélodie, les revirements et les sursauts, forment un hymne de clameurs et de répétitions hors norme. Après le Clarinet Summit de John Carter ou la Clarinet Family d’Hamiet Bluiett, une réunion de clarinettistes trouve donc encore à dire sous la conduite de Trzaska.
Peter Brötzmann, Johannes Bauer, Mikołaj Trzaska : Goosetalks (Kilogram, 2010)
Sur ce Goosetalks enregistré au Dragon Club de Poznan en février 2008, Mikołaj Trzaska encore, aux côtés de Peter Brötzmann et Johannes Bauer. Saxophones alto et ténor, clarinettes et trombone, donc, servent un art de la mesure qui a fait fi du temps puis des pièces d’insistance volontaire. A mi-parcours, un chahut de basse-cour amusée ; en conclusion, un air d’Albert Ayler : l’altercation tranquille.
Soldier of the Road. A Portrait of Peter Brötzmann (Cinésolo, 2011)

Saluant le soixante-dixième anniversaire de Peter Brötzmann, ce documentaire de plus de 90 minutes (augmentées d'une heure d'interviews complémentaires – avec Evan Parker, Han Bennink, Fred Van Hove, Michael Wertmüller, Jost Gebers, Brötzmann – et d'extraits de concerts principalement captés courant 2009 : le Chicago Tentet, le trio d'anches Sonore avec Gustafsson et Vandermark, le quartet avec McPhee, Kessler et Zerang) est servi par une image, un son et un montage impeccables que l'on doit à Bernard Josse ; il se bâtit autour d'entretiens menés par le journaliste & photographe Gérard Rouy – certainement le meilleur connaisseur en la matière – que viennent ponctuer archives historiques, témoignages, séquences de concerts, scènes au jardin, à l'atelier, à l'hôtel ou dans la nature.
Au fil du déroulement biographique & thématique de ce film, s'élabore le portrait d'un musicien (et peintre de valeur !) d'une vraie modestie et d'une belle lucidité ; son regard rétrospectif sur les années 68, par exemple, est édifiant : Brötzmann explique que la réception de la musique improvisée y était difficile, les avant-gardes politiques de l'époque préférant Joan Baez au free « trop élitiste » (le récit de l'épisode où le futur libéral-libertaire vert Cohn-Bendit s'oppose à la tenue d'un concert vaut le coup...). La question politique est intelligemment prise en compte, sans emphase inutile, et si la pensée peut être « globale » (lorsque s'anime Evan Parker contre le rouleau niveleur de l'Europe bureaucratique et normalisatrice), l'action sait se faire « locale » (Brötzmann s'envisageant comme simple fédérateur de collectifs, manières de micro-sociétés temporaires). La dimension historique et spécifiquement allemande se voit également abordée de façon fort pertinente, qu'il s'agisse du désir de rompre avec le passé, du souvenir des années 45-50 (qui m'a ramené à certaines des plus belles pages de Günter Grass) ou de l'enracinement à Wuppertal (dont Wenders filma lui aussi le tramway suspendu dans son hommage à Pina Bausch).
On comprend vite, devant ce très beau documentaire, que si son titre – Soldier of the Road – peut attirer certains amateurs de clichés sur « le free teuton et guerrier », il est à entendre bien différemment (Parker en glisse d'ailleurs l'explication dans son intervention, et l'on pourra se rappeler que le film de Laurence Petit-Jouvet sur Kowald s'intitulait Off the Road...) : chemineau, arpenteur du monde, « forçat » d'une route qu'il envisage dans sa continuité, Peter Brötzmann a quelque chose aussi du Wanderer.
Bernard Josse, Gérard Rouy : Soldier of the Road. A Portrait of Peter Brötzmann (Cinésolo / Instant Jazz)
Edition : 2011.
DVD.
Guillaume Tarche © Le son du grisli
Soldier of the Road sera diffusé le jeudi 25 août au cinéma le Palace, Mulhouse, dans le cadre du festival Météo. Entrée libre sur réservation.
Joe McPhee, Chris Corsano : Under A Double Moon (Roaratorio, 2011)

L’année dernière en concert aux Instants Chavirés, Joe McPhee (saxophones alto et soprano, trompette) et Chris Corsano (batterie) composaient avec tempérance et puis tempéraments. Pièces à retrouver sur vinyle : Under A Double Moon.
Dark Matter. La distance, d’abord : celle que Corsano décide de mettre entre une fougue retenue et la voix singulière de son partenaire. L’éducation, ensuite : la frappe est mesurée mais en développement certain : les tremblements prennent corps et les rebonds portent bientôt les airs que McPhee invente d’un instrument à l’autre. Lent intermède, New Voices est une ballade étendue : la ligne mélodique est forte, son impression immédiate ; aussi intense est le son de soprano qui la chante. Conscient sans doute de ce qui se joue là, Corsano n’intervient qu’à mi-parcours. Son absence était une autre forme d’intervention, son silence une action latente et les gestes légers qu’il se permet ensuite célèbrent la sûreté d’un tendre savoir-faire d’accompagnateur.
Le batteur s’en tiendra d’ailleurs à cet humble statut, même lorsqu’il s’agira d’appuyer davantage les coups qu’il distribue. Sur For Giuseppe Logan et In Lieu of Flowers, le swing est modifié, sédimenté, et parvient avec finesse (discrétion, voire) à faire dériver le motif que McPhee fait tourner à l’alto, ou les phrases suspendues d’un soprano poignant, qui résonnent encore quelques minutes après avoir été dites. Dosage efficient de tempérance et de tempéraments, donc, Under A Double Moon profite de la ponctuation sur laquelle Joe McPhee et Chris Corsano ont sur l’instant organisé leurs échanges : points de suspension et d’exclamation fondus en beau discours.
EN ECOUTE >>> For Giuseppe Logan > In Lieu of Flowers
Joe McPhee, Chris Corsano : Under A Double Moon (Roaratorio / Metamkine)
Enregistrement : 16 mars 2010. Edition : 2011.
LP : A1/ Dark Matter (1st Part) A2/ Dark Matter (2nd Part) B1/ New Voices B2/ For Giuseppe Logan B3/ In Lieu of Flowers
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Joe McPhee, Ingebrigt Håker Flaten : Blue Chicago Blues (Not Two, 2010)

En 2007, au Vivians Palace de Chicago, Joe McPhee et Ingebrigt Håker Flaten donnaient ensemble un concert. Au duo de chercheurs de sonorités drues, on dut alors des trouvailles changeantes.
De miniature illuminée sur laquelle la contrebasse avale chacune des répétitions du saxophone (Truth in the Abstract Blues) – inversion des rôles un peu plus tard sur Requiem for an Empty Heart – en bouquets de rages contenues avec force (Cerulean Mood Swing, I Love You Too Little Baby), McPhee et Håker Flaten jouent de phrases insistantes mises au service d’un art nerveux de la confrontation.
Eu égard à son rang – histoire (la sienne) et géographie (Chicago Blues) –, McPhee prend le pas sur l’échange mais en laissant toujours à son partenaires assez d’espace pour inventer et même dé-tonner : l’archet se fait ainsi grinçant et frénétique, voire contraire, sur The Shape of Blues to Come. Assez donc pour réinventer le genre : Some Blues but Not the Kind Thats Blue, prévenait déjà Sun Ra.
Joe McPhee, Ingebrigt Haker Flaten : Blue Chicago Blues (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 2007. Edition : 2010.
CD : 01/ Truth in the Abstract Blues 02/ Cerulean Mood Swing 03/ Requiem for an Empty Heart 04/ I Love You Too Little Baby 05/ The Shape of Blues to Come 06/ Legend of the Three Blind Moose
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Joe McPhee emmènera ce mardi soir aux Instants Chavirés le Survival Unit III, trio qui l'expose auprès du violoncelliste Fred Lonberg-Holm et du percussionniste Michael Zerang.
McPhee, Brötzmann, Kessler, Zerang : The Damage Is Done (Not Two, 2010)

Toujours ici : penser à Ayler. Reconsidérer le spasme et ne plus jamais faire de la convulsion un cri de révolte. Ou alors : pas uniquement. Entendre et étendre le message. Ne jamais l’éteindre. A ceux qui le peuvent encore : écouter et ne plus prendre fuite. Faire en sorte que leur cri ne soit pas cri dans le désert. Douter car à qui cette musique chante-t-elle aujourd’hui ? Qui en est assez sage pour en décrypter l’élan ?
Penser à Ayler donc. Mais fuir les comparaisons. Il serait facile de dire que Peter Brötzmann serait Ayler et que Joe Mc Phee serait Don Cherry et Don Ayler réunis (Je est donc deux autres). Et puis Kent Kessler serait…et puis Michael Zerang serait… Oublier tout cela, oublier l’avoir pensé, écrit.
C’est leur troisième disque. C’est un double CD. Enregistré en public (16 mars 2008. Alchemia. Cracovie). Il n’y a pas de round d’observation. Pas d’indications ou de clin d’œil. Juste un chant gorgé d’amour. Gagné d’amour. Et de hargne, si vous le voulez à tout prix. Mais je ne vous suivrais pas sur cette voie. Ici, je n’entends que quatre musiciens qui cherchent, s’autorisent à se tromper de route, à brouiller le convenu (le deuxième CD malaxe la palette sonique, croise des souffles inquiets). « McPhee est perdu, en retrait, gêné par l’ogre Brötz » brailleront les spécialistes. Laissons-les brailler : qu’il est doux de n’être pas spécialiste. Ici : juste enthousiaste à cette libre et envoutante musique.
Joe McPhee, Peter Brötzmann, Kent Kessler, Michael Zerang : The Damage Is Done (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD1 : 01/ The Damage Is Done 02/ Alchemia Souls - CD2 : 01/ A Temporary Trip 02/ With Charon 03/ On the Acheron 04/ Into the Hades
Luc Bouquet © le son du grisli
Joe McPhee, Dominic Duval, Jay Rosen, Mikolaj Trzaska : Magic (Not Two, 2009)

Enregistré à Cracovie en 2007, Magic devait célébrer la rencontre de Trio-X et de Mikolaj Trzaska mais est allé plus loin que cela : jusqu’à la formation d’un quartette, dit McPhee dans les courtes notes de pochette, qui, pour être né sur la scène de l’Alchemia, porte maintenant le nom de Magic.
Ainsi, ensemble, Joe McPhee (trompette de poche, saxophone ténor), Dominic Duval (contrebasse), Jay Rosen (batterie) et Mikolaj Trzaska (saxophone alto, clarinette basse), cultivent le mystère le long de deux disques d’une musique d’atmosphère en mouvement perpétuel, intense et lasse, volontairement et toujours décousue. Les plages méditatives ne respectent jamais le rythme qu’il arrive à Duval et Rosen de tenter d’imposer (The Magician) – Rosen prendra sa revanche en solo sur I Remember Max, Duval la sienne tout aussi seul sur Contra-Ception – et ne cèdent de quelques pouces de terrain qu’aux propositions d’angoisses faites par Trzaska à l’alto récalcitrant (War Criminal) ou à la clarinette basse traînant ses plaintes obscures (Sex Toys).
Rares sont les moments où McPhee et Trzaska vocifèrent : Turtles Crossing et Live in Alchemia quand même, et puis sur la fin de Return of the Terror, pièce qui révèle la formule juste que les musiciens ont cherchée partout dans la mesure et la virulence contrite : celle d’une improvisation autrement radicale pour avoir mis en valeur le charme de ses inquiétudes.
Joe McPhee, Dominic Duval, Jay Rosen, Mikolaj Trzaska : Magic (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 2007. Edition : 2009.
CD1 : 01/ The Magician 02/ War Criminals 03/ Sex Toys 04/ I Remember Max - CD2 : 01/ Return of the Terror : 02/ Contra-Ception 03/ Political Striper 04/ Turtles Crossing 05/ A Night in Alchemia 06/ Transaction
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Joe McPhee : Tenor & Fallen Angels (Hat Hut, 1977)

This record is one that I keep coming back to over and over and over. The words that come to mind when I listen to it are « master », « poet », and « honest ». Each time I listen to this record I hear new things. It's completely compelling, engaging, and overwhelming in the same way Brahms overwhelmed me when I was a kid, or the way I have been knocked out by the work of a great novelist. It's incredible that this was a record that McPhee made in the earlier part of his career. He could have stopped after this record and still be a living legend. But he has continued to expand his mastery and artistry over his long career, and has maintained the intensity and integrity he had on this record to this day. Heroic!
Joe McPhee : Tenor & Fallen Angels (Hat Hut / Amazon)
Enregistrement : 1976. Edition : 1977. Reédition : 2000.
CD : 01/ Knox 02/ Good-Bye Tom B. 03/ Sweet Dragon 04/ Tenor 05/ Fallen Angels
Daniel Levin © Le son du grisli

Daniel Levin est violoncelliste. Il a récemment publié Fuhuffah et a joué aux côtés de Joe McPhee dans l'Open Ensemble emmené par Joe Giardullo sur Red Morocco.












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