Le son du grisli

Jazz, musiques expérimentales et autres










Joe McPhee : Tenor & Fallen Angels (Hat Hut, 1977)

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This record is one that I keep coming back to over and over and over. The words that come to mind when I listen to it are « master », « poet », and « honest ». Each time I listen to this record I hear new things. It's completely compelling, engaging, and overwhelming in the same way Brahms overwhelmed me when I was a kid, or the way I have been knocked out by the work of a great novelist. It's incredible that this was a record that McPhee made in the earlier part of his career. He could have stopped after this record and still be a living legend. But he has continued to expand his mastery and artistry over his long career, and has maintained the intensity and integrity he had on this record to this day. Heroic!

Joe McPhee : Tenor & Fallen Angels (Hat Hut / Amazon)
Enregistrement : 1976. Edition : 1977. Reédition : 2000.
CD : 01/ Knox 02/ Good-Bye Tom B. 03/ Sweet Dragon 04/ Tenor 05/ Fallen Angels
Daniel Levin © Le son du grisli

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Daniel Levin est violoncelliste. Il a récemment publié Fuhuffah et a joué aux côtés de Joe McPhee dans l'Open Ensemble emmené par Joe Giardullo sur Red Morocco

Trio X: Live in Vilnius (No Business - 2008)

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Enregistré en mars 2006, voici Live in Vilnius transposé sur deux trente-trois tours allant à la vitesse de quarante-cinq. La rareté de la chose épouse ainsi l’entente intacte de Joe McPhee, Dominic Duval et Jay Rosen.

Au gré d’improvisations, de compositions que les membres du trio se partagent, et d’airs de diverses natures (puisque signés Ornette Coleman, Thelonious Monk, Billie Holiday, Richard Rodgers ou Anton Dvorak), Trio X déploie d’autres preuves d’un jeu intense mis au service de grandes relectures (My Funny Valentine aux sources de Valentines in a Fog of War, God Bless The Child), donc, et de passion dévorant le corps même des instruments (exaltations de McPhee sur Lonely Woman et Law Years, archet décadent de Duval sur Memories of the Dream Book).

Après avoir donné déjà une convaincante lecture d’Evidence, les musiciens en reviennent à Monk : Blue Monk éraillé mais en démontrant en guise de conclusion d’un concert d’exception aujourd’hui retenu sur les cinq cent exemplaires de Live in Vilnius.

LP: A.01/ Visions of War, Valentines in a Fog of War A.02/ Going Home B.01/ Dance of Our Fathers, Lonely Woman, Law years C.01/ Smiles for Samuel, The Basic Principles, God Bless The Child D.01/ For Don Cherry, Memories of the Dream Book, In Our Sweet Way D.02/ My Soul Cries Out, Blue Monk >>> Trio X - Live in Vilnius - 2008 - NoBusiness. Distribution Metamkine.

Trio X déjà sur grisli
Roulette at Location One (Cadence Jazz - 2006)
The Sugar Hill Suite (CIMP - 2004)

Joe McPhee déjà sur grisli
Intimate Conversations (Not Two - 2007)
N.Y.N.Y. 1971 (HatOLOGY - 2006)
Next to You (Emouvance - 2006)
Remembrance (CJR - 2005)
Rules of Engagement, Vol. 2 (Drimala - 2003)
Voices and Dreams (Emouvance - 2001)
Interview

Dominic Duval déjà sur grisli
Monk Dreams (NoBusiness - 2009)
Songs for Krakow (Not Two - 2007)
Monkinus (CIMP - 2006)
Rules of Engagement, Vol. 2 (Drimala - 2003)
Interview

Jay Rosen déjà sur grisli
Intimate Conversations (Not Two - 2007)

McPhee, Trzaska, Rosen: Intimate Conversations (Not Two - 2007)

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A Cracovie – Alchemia, toujours – Joe McPhee (saxophone ténor) et Jay Rosen (batterie) ouvraient Intimate Conversations en duo, augmenté lorsqu’arrive Mikolaj Trzaska (saxophones, clarinette basse), musicien de l’endroit ayant œuvré à une avant-garde polonaise appelée « yass » et entendu déjà auprès de Lester Bowie, Peter Brötzmann ou des frères Oles.

D’interventions communes – entrelacs improvisés et réfléchis – en solos motivants, McPhee et Trzaska construisent avec le soutien discret de Rosen – qui adresse au milieu du disque un bel hommage à Max Roach – un dialogue de sages, capables quand même d’emportements mais davantage intéressés par l’idée d’une interaction comptant sur la mesure profitable à toute première rencontre : posément, les trois hommes s’entendent alors, réléguant toutes définitions – le free jazz est un oxymore, écrit McPhee dans les notes qui accompagnent le disque – pour mieux composer un bouquet rare de méditations subtiles.

CD: 01/ Was It Something I Said ? 02/ Maybe Not 03/ If I Would I Could 04/ Did I Forget Darfur/What God ? 05/ An intimate Conversation #1 06/ An Intimate Conversation #2 07/ North Star (For Max Roach) 08/ An Intimate Conversation #3 09/ Dom’s Matrix 10/ Snowflakes on Flowers 11/ And Then 12/ King to King’s Bishop >>> Joe McPhee, Mikolaj Trzaska, Jay Rosen - Intimate Conversations - 2007 - Not Two [téléchargement].

Two Bands And A Legend: I See You Baby (Smalltown Superjazz - 2007)

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Restes de l’enregistrement du premier album de Two Bands And A Legend – projet réunissant The Thing, Cato Salsa Experience et Joe McPheeI See You Baby présente trois reprises valant bien le pressage d’un EP.

Celle d’I See You Baby de Groove Armada, d’abord, sur lequel Cato Salsa prend l’ascendant, et commande les riffs efficaces prêts à porter la voix de Joe McPhee en personne. En fond, un baryton tare de ses graves une balance jusque là dévolue aux guitares. Plus anecdotique, la courte interprétation du Nation Time de McPhee, ouverte ensuite par un grand duo de saxophones évidemment free, mais poussive, bientôt, notamment à cause de l’inspiration peu convaincante du clavier.

En guise de conclusion : Our Prayer, thème signé Donald Ayler qui dépose en filigrane le portrait de son frère, hymne aylérien au carré sur lequel déraillent, intuitifs, les instruments à vent. Pièce, aussi, qui vaut presque à elle seul la raison d’être du EP.

CD: 01/ I See You Baby 02/ Nation Time 03/ Our Prayer

Two Bands And A Legend - I See You Baby - 2007 - Smalltown Superjazz. Distribution Differ-ant.

Joe Giardullo: Red Morocco (Rogue Art - 2007)

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A la tête d’un ensemble de 14 musiciens (parmi lesquels on trouve Daniel Levin, Joe McPhee, Lori Freedman, ou Dom Minasi), Joe Giardullo donnait en 2005 de belles couleurs au Third Stream de George Russell.

Ajoutant à son étude de la théorie une pratique en compagnie de partenaires compétents, Giardullo convoque ainsi quelques fantômes entre quelques phases improvisées : Gershwin autant que Schönberg sur les soupçons de cordes appliquées à OPB. Ailleurs, une musique impressionniste disparaît peu à peu sous l’insistance des cuivres (Memory Root), une progression contemporaine dispose des notes soudaines de piano sur d’autres mouvements de cordes. Et puis, en guise de conclusion, Giardullo peint sur Red Morocco un univers ouaté, subtil et décisif. Qui confirme la réussite d’une expérience dans laquelle beaucoup se sont perdus.

CD : 01/ OPB 02/ OPG 03/ 2T(m) 04/ Memory Root 05/ OPD 06/ Q-2G(e) 08/ Calabar 09/ Hikori 10/ Red Morocco

Joe Giardullo Open Ensemble - Red Morocco - 2007 - Rogue Art.

Spiritworld: Live at the CUE Art Foundation (Witnissimo - 2006)

SpiritworldDepuis plus de trente ans, le peintre américain Jeff Schlanger nourrit un projet personnel appelé musicWitness, qui le porte à rendre sur papier et sur l'instant des impressions glanées lors des concerts de musique créative auxquels il assiste. Le 8 avril 2005, lors d'une exposition de ses travaux au CUE Art Foundation de New York, il investissait l'exercice devant caméras, le temps d'un concert donné par William Parker, Oluyemi Thomas (Positive Knowledge), Joe McPhee et Lisa Sokolov.

En lente procession, les musiciens prennent place parmi les peintures et les sculptures. Soprano sous le bras, McPhee attend son heure, qui suivra de peu celle de la vocaliste Lisa Sokolov. Impressionnante, elle tisse avec le saxophoniste des entrelacs étourdissants quand Parker et Thomas se chargent de percussions diverses (cymbales, gongs, cloches et bols). L'ensemble divague ainsi sur les rives d'une Asie intérieure transportée dans la 25e rue.

La seconde improvisation voit Parker retrouver son instrument de prédilection, la contrebasse. Plus perturbés, la voix et les vents se chargent de mettre au jour une musique urbaine dont les référents se trouvent moins capables d'apaiser les tourments exposés. Sous le coup des heurts improvisés, les gestes de Schlanger -  Ralph Steadman coloré - traduisent le propos des musiciens ou illustrent leur pratique, pour atteindre, au final, la révélation fidèle d'un moment exceptionnel.

DVD: 01/ Spiritworld: Live Concert at CUE 02/ musicWitness: Genesis & Testimony 03/ musicWitness: Vision Gallery

Spiritworld - Live at The CUE Art Foundation - 2006 - Witnissimo.

The C.T. String Quartet: Reqiphoenix Nexus (Cadence Jazz Records - 2006)

ctStringsliFormé par Dominic Duval (contrebasse), Thomas Ulrich (violoncelle), Jason Kao Hwang (violon) et Ron Lawrence (alto), le C.T. String Quartet profite d’un concert donné en 1999 à la Knitting Factory pour exposer Reqiphoenix Nexus, précis d’harmonie discordante expliqué en trois points.

Si quatre archets devisent d’abord au son d’entrelacs subtils, le résultat ne satisfait pas longtemps les musiciens, qui s’empressent de faire éclater, entre quelques pauses décidées, les aigus de pizzicatos précipités, sacrifiant toute logique à un Part 1 enfin déconstruit en distribuant les charges dissonantes, tant qu’ils peuvent investir sans compromission le premier plan.

Liberté que Part 2 ne peut leur permettre d’obtenir. Accueillant Joe McPhee, le quartette s’y inquiète davantage de confectionner des nappes sur lesquelles le soprano de l’invité trouvera l’assurance qui le laissera aller à quelques postures relevant d’un free jazz emporté. McPhee accompagné comme il faut, forcément irréprochable.

Avec son départ, Part 3 peut débuter : progression lasse soumise à plusieurs accès de fièvre. Sur le grand et grave archet de Duval, les violons grincent et se répètent, arrachent quelques notes inattendues, pour se laisser terrasser enfin par le gimmick qu’impose la contrebasse. Rassurant, et conseillant d’en finir ici avec l’exposé sensible qu’est Reqiphoenix Nexus.

CD: 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3

The C.T. String Quartet - Reqiphoenix Nexus - 2006 - Cadence Jazz Records. 

Trio-X: Roulette at Location One (Cadence Jazz - 2006)

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Enregistré le 4 Mars 2005 à New York, Roulette at Location One du Trio-X ne peut décevoir qui attend toujours autre chose de Joe McPhee, Dominic Duval et Jay Rosen. Huitième enregistrement, et autant de réussite.

Au soprano, McPhee hésite entre quelques assauts de free et la citation plus calme de My Funny Valentine, quand Rosen plaque un brin de funk sur le jeu de Duval. Accrochant les cordes de son archet, le contrebassiste amène souvent le trio sur le chemin de l’improvisation tempétueuse (David Danced, Improvs and Melodies od Themes).

Plus lâche, la section rythmique fait naître quelques impressions : blues apaisé qui devra faire avec de soudaines postures latines décidées par Rosen (Going Home), ou évocation orientale en chemin vers la déconstruction, qui finira par prendre les atours d’un free jazz soutenu (Sunflower Musings).

Polymorphe, le décorum institué par Rosen et Duval permet aux trouvailles de Joe McPhee de trouver toujours un refuge adéquat. Mises en valeur, elles redistribuent leur confiance à l’entier trio, qui n’a plus qu’à sceller dans l’allégresse un long et brillant set.

CD: 01/ Funny Valentines of War 02/ Improvs and Melodies of Themes 03/ David Danced : Variations on Ellington 04/ Sunflower Musings 05/ Going Home

Trio-X - Roulette at Location One - 2006 - Cadence Jazz.

Eric Dolphy, Tender Warrior, L’eredita Musicale di Eric Dolphy (Sardegna e Jazz - 2005)

dolphyeregrisliEn 2004, le festival « Ai confini tra Sardegna e Jazz » s’intéressait particulièrement à l’œuvre d’Eric Dolphy (disparu 40 ans plus tôt). Pour l’occasion, colloques et concerts étaient organisés, qui revenaient sur l’homme, son œuvre, son influence. Publié en 2005, Tender Warrior rassemble un livre et un disque, pose les scellés et fait figure de résumé.

Quand le livre revient sur les effets de la carrière du clarinettiste, saxophoniste et flûtiste, sur le jazz et les musiques improvisées, interroge à son propos une pléiade de musiciens (tels que Joe McPhee, Jef Sicard, Ken Vandermark, Otomo Yoshihide), donne à lire sa dernière interview et retranscrit la discographie du maître élaborée par ses biographes Vladimir Simosko et Barry Tepperman, le disque offre une sélection des concerts donnés cette année là à Santa’Anna Arresi.

Pêchant ici dans le répertoire de Dolphy, improvisant là, les musiciens rendent des hommages différents. Des polyphonies étranges du launedda accompagnées par les tablas et darboukas (pour le résultat approximatif de Red Planet de Coltrane on Launeddas, enchaînant leurs solos plus que naïvement) à l’interprétation par l’Eric Dolphy’s Memorial Barbecue d’Out to Lunch et Out There sur le mode brouillon, en passant par le duo Tim Berne (saxophone) / Umberto Petrin (piano) au contemporain pompier, l’auditeur avait de quoi craindre le pire.


Heureusement, Nexus, formation locale plutôt en verve, enchaîne une composition personnelle et la Jitterbug Waltz, passant d’un free radical à une impression atmosphérique, pour rendre ensuite avec les honneurs 245 et Lotsa Potsa. Le duo Matthew Shipp / David S. Ware, ensuite, improvisant Two for Eric, combinant leurs improvisations individuelles, toutes à l’écoute de l’inspiration. Courte, l’improvisation ramasse assez d’évidences pour excuser les faux pas pratiqués ailleurs sur le disque.

En guise de conclusion, un extrait d’un des derniers concerts de Dolphy. En compagnie du Bob James Trio, le 1er mars 1964, Dolphy passe d’un instrument à l’autre sur la partition déposée par ses accompagnateurs. Dissonant, stimulant et dense, Strenght And Unity dévoile sans doute ce qu’aurait pu être sa musique par la suite : plus étrange, forcément ; plus inédite encore.

CD: 01/ Coltrane on launeddas: Red Planet 02/ Tim Berne e Umberto Petrin: Serene 03/ Nexus: Vertical Invaders #1, Jitterbug Waltz, 245, Lotsa Potsa 04/ Eric Dolphy’s Memorial Barbecue: Out to Lunch, Out There 05/ Eric Dolphy: Strenght and Unity

Eric Dolphy, Tender Warrior, L’eredita Musicale di Eric Dolphy, Sardegna e jazz, 2005.

Joe McPhee: N.Y.N.Y. 1971 (HatOLOGY - 2006)

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Captation d’un concert donné en 1971 par le Survival Unit de Joe McPhee, N.Y.N.Y. 1971 est l’enregistrement qui décida Werner Uehlinger à fonder Hat Hut, label fêtant aujourd’hui ses 30 ans au son d’une réédition prenant les allures intactes d’un savant retour aux sources.

Auprès de Clifford Thornton, son mentor, McPhee passe du saxophone ténor à la trompette, conduisant d’abord un free hurlant à l’intensité portée par les coups de grosse caisse d’Harold E. Smith (Black Magic Man), pour déconstruire ensuite son Nation Time. Moins vif que dans sa version originelle (publiée jadis par CJRecords, rééditée aujourd’hui par Atavistic), le morceau profite de l’apport du piano de Mike Kull pour afficher des intentions plus lascives, parmi lesquelles celle de Thornton, déposant au cor un lyrisme charmeur.

Ainsi, un parallèle évident avec le quartette historique de Coltrane court ici ou là : sur Song For Lauren, progression distinguée que l’on bouscule parfois, ou Harriet, rappelant tous deux Alabama. Ailleurs, un free expiatoire prend le dessus, qu’il soit mené par les intersections sans nombre des instruments à vent (Message from Denmark), ou par les répétitions lancinantes de McPhee et Thornton, les interventions compulsives de l’alto de Byron Morris (The Looking Glass I).

Les attaques virulentes toujours contrebalancées par quelques résolutions délicates, N.Y.N.Y. 1971 s’impose aujourd’hui encore comme un enregistrement de premier ordre. Qui, un des premiers, aura porté au jour l’éclat déroutant des contrastes.

CD: 01/ Annoucement 1 02/ Black Magic Man 03/ Annoucement 2 04/ Nation Time 05/ Song For Lauren 06/ Annoucement 3 07/ Message from Denmark 08/ The Looking Glass I 09/ Harriet

Joe McPhee Survival Unit - N.Y.N.Y. 1971 - 2006 (réédition) - HatOLOGY. Distribution Harmonia Mundi.

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