Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Trio 3, Vijay Iyer : Wiring (Intakt, 2014)

trio 3 vijay iyer wiring

Vieilles recettes pour élan neuf ? Assurément mais avant cela, l’invité Vijay Iyer vampirise le temps d’une de ses compositions (The Prowl) le raffiné Trio 3 (Oliver Lake, Reggie Workman, Andrew Cyrille). Drumming sautillant et risqué, équilibre périlleux, contrebasse visqueuse : le tour de force vire au désastre.

Vieilles recettes pour élan neuf ? Assurément quand le quartet s’offre la liberté de creuser profond et droit : chaudes coulées de piano, convulsion naturelle de l’altiste, précision millimétrée du contrebassiste. Wiring bouscule le free des origines ; Rosmarie suspend et conditionne les espaces ; Chiara fait grincer la valse et nous rappelle au souvenir du tendre Curtis Clark.

Vieilles recettes pour élan neuf ? Précisément quand Andrew Cyrille – en solitaire – active ses toms royaux et réveille un What About (Byg Records, 1969) de grande mémoire.

écoute le son du grisliTrio 3, Vijay Iyer
Wiring (extraits)

Trio 3, Vijay Iyer : Wiring (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ The Prowl 02/ Synapse II 03/ Willow Song 04/ Shave 05/ Rosmarie / Suite for Trayvon (and Thousand More) 06/ I. Slimm 07/ II. Fallacies 08/ III. Adagio 09/ Wiring 10/ Chiara 11/ Tribute to Bu
Luc Bouquet © Le son du grisli


Scott Walker, Sunn O))) : Soused (4AD, 2014)

scott walker sunn o))) soused

J’avoue que les hypothèses se bousculent quand je me questionne sur les raisons de telle collaboration (Scott Walker & Sunn O))) aujourd’hui comme avant eux Anthony Braxton & Wolf Eyes, Evan Parker & John Wiese, Mats Gustafsson & Merzbow, Arto Lindsay & Paal Nilssen-Love…). Peut-être la recherche de nouvelles expériences ou de nouveaux publics ? l’envie de briser le quotidien discographique ?... Les peut-être sont légion alors je finis par me poser l’unique question qui vaille : la sauce prend-elle ou non ?

Même si l’on savait depuis Pola X que Walker Scott était capable de chanter dans le bruit, on n’osait imaginer l’ex-idole des sixties scotché à un ampli crachant du drone doom. Et pourtant, avec son fidèle Peter Walsh, le voici frayant avec Stephen O’Malley, Greg Anderson et TOS Nieuwenhuizen et ce, sans rien changer à son lyrisme habituel – ce qui est d’ailleurs tout à son honneur.

Sur quatre titres de sa composition, le voilà dans la pénombre déguisé en Cassandre qui clame ses  textes sur de grosses guitares sans cesse frôlées par des corneilles que le groupe a lâchées en studio. Alors alors alors, quoi penser de Scott O))) ? Surprenant bien sûr, alternant des minutes d’équilibre et des couplets ampoulés, mais mais mais quand Herod 2014 passe sous le laser de la platine, aucune équivoque : c’est le simple auditeur que je suis qui se retrouve scotché à l’enceinte. J’avoue que Mathilde (autres temps, autres mœurs) m’avait fait moins d’effet…  



Scott Walker, Sunn O))) : Soused (4AD / Souffle Continu)
Edition : 2014.
CD / 2 LP : 01/ Brando 02/ Herod 2014 03/ Bull 04/ Lullaby
Pierre Cécile © Le son du grisli

pratella

 

Piiptsjilling : Moarntiids (Midira, 2014)

piiptsjilling moarntiids

Ce serait mentir que de dire que l’usage du Flamand n’a pas freiné (d’un grand coup) l’enthousiasme qu’aurait pu faire naître en moi la découverte (même si Moarntiids est la troisième production du groupe) du Piiptsjilling de Mariska Baars (qui signe la belle peinture de la pochette), Jan & Romke Kleefstra et Rutger Zuydervelt (plus connu sous le nom générique de Machinefabriek).

Mettant en musique la poésie de Jan Kleefstra, le trio en adopte (semble-t-il) les codes : la traduction des textes qui ont inspiré les quatre morceaux du CD parlent (merci au digipack pour la traduction) de murmure, d’endormissement, d’ombres et de reflets de lumière dans l’eau… C’est dire que la musique de Machinefabrik aurait pu convenir au projet, mais en choisissant Piiptsjilling pour s'atteler au projet, c’est peut-être autre chose qui en sort. Guitares électriques avec un peu de delay, ce qu’il faut d’électronique et des voix fantomatiques (en plus de celle qui récite) concoctent une pop atmosphérique matinée, un krautrock planant, une americana d'Amsterdam nouvelle… Passée la surprise du premier titre, tout ça est assez convaincant !

écoute le son du grisliPiiptsjilling
Moarntiids (extraits)

Piiptsjilling : Moarntiids (Midira)
Edition : 2014.
01/ Flinter Djippe See 02/ Kobbeswerk 03/ Slykklauwers 04/ Sûnder Wyn Nea Itselde
Pierre Cécile © Le son du grisli

Rasmus Borg, Henrik Munkeby Nørstebø : 120112 (Edition Wandelweiser)

rasmus borg henrik munkeby norstebo 120112

Il m’arrive de rêver. Et alors je rêve d’instruments de musique qui n’existent pas. Ou qui n’existent plus, qui sait ?, peut-être ont-ils existé un jour ? Lorsque je ne rêve pas, je passe des disques, et sur ces disques les instruments dont je rêve ne figurent jamais. Impossible d’entendre mes chimères. Jusqu’à ce que 120112, qui n’est qu’une date parmi d’autres, m’explique qu’un instrument dont on rêve, un instrument-chimère, peut-être la somme de deux instruments qui existent.

Le piano et le trombone, par exemple. Rasmus Borg (le piano) et Henrik Munkeby Nørstebø (le trombone) jouent chez moi, et je n’entends ni l’un ni l’autre instrument. Un orgue à leur place éprouve des difficultés à maintenir la note, et cet orgue est le trombone. Un écho reprend les notes du trombone et les déplace plus après sur la partition, et c’est le piano. Ce jour (120112) passé par Borg et Nørstebø en Norvège, mais où en Norvège ?, je l’ai fait sonner avant eux. Mais je leur suis reconnaissant de me permettre maintenant de l’entendre à ma guise.  



Rasmus Borg, Henrik Munkeby Nørstebø : 120112 (Edition Wandelweiser)
Enregistrement : 12 janvier 2012. Edition : 2014.
CD : 01/ 120112a 02/ 120112b 03/ 120112c
Héctor Cabrero © Le son du grisli

Michael Muennich : Schamproressionen (Tapeworm, 2014) Tom Smith / Daniel Muennich : In Medias Res (Noise-Below, 2014)

michael muennich schamprozessionen tom smith in medias res

Les statuts de la Fragment Factory n’interdisent en rien à son PDG, Michael Muennich, de jouer de temps à autre pour la concurrence. Deux cassettes le prouvaient récemment : Schamproressionen et In Medias Res.

Sur la première (référence Tapeworm), Muennich tente, seul, d’étouffer un feu d’artifices. En résultent sifflements et chuintements avant qu’un exercice vocal ne balaie tout l’espace, qui interroge à propos des conséquences qu’a eu sur l’homme l’exécution de son curieux projet. Sur l’autre face, c’est une autre expérience que l’on imagine : Muennich ramant à contre-courant d’un torrent de noise. Deux fois, l’expérience sonore a commandé un théâtre d’abstraction maligne.



Sur la seconde (référence Noise-Below), Muennich n’apparaît qu’en seconde face au son d’on ne sait quel instrument – une machine à coudre ? un parapluie ? – qui mitraille afin d’attirer l’attention. Répétitif, inquiet et remonté, il contraste avec la ballade éthylique que Tom Smith (Boat Of, Pussy Galore…) donne à entendre en première face, sur la rumeur d’un orchestre étouffé (lui aussi). Ensemble, la ballade et la mitraille font œuvre, qui révèle d’autres facettes encore de l’art de Muennich.



Michael Muennich : Schamproressionen (Tapeworm)
Enregistrement : 2013-2014. Edition : 2014.
K7 : A-B/ Schamproressionen

Tom Smith / Michael Muennich : In Medias Res (Noise-Below)
Edition : 2014.
K7 : A/ Tom Smith : Bald B/ Michael Muennich : Ur-Ahnung
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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