John Butcher, Tony Buck : Plume (Unsounds, 2013) / Magda Mayas, Christine Abdelnour : Myriad (Unsounds, 2012)
En Plume s’agitent deux trios qui réunirent – en concerts donnés à Londres en 2007 et 2011 – la paire John Butcher / Tony Buck et Burckhard Stangl ou Magda Mayas.
Avec le premier – qui tiraille sa guitare jusqu’à bientôt l’interroger du poing –, l’improvisation joue de boucles qu’emporteront les aigus du soprano et les turbulences rebondies de toms-roulette. L’élucubration a du ressort, auquel un ampli sur le retour donnera d’autres couleurs : rechignant à composer avec ce lot de tensions lâches, le trio imbrique des modules de recherches alertes qui, avec une morgue superbe, font fi de toute cohérence.
Associés à Mayas, Butcher et Buck accordent velours et sifflements avec un lot de cordes pincées. Le tambour bat ferme sur un court motif de piano, l’alto progresse par à-coups avant que les cordes prennent leurs distances quand vient, sous couvert de recherches, l’heure de fomenter l’attaque inévitable. Sans chercher forcément à se répondre, les séquences se succèdent alors et les tensions reviennent faire valoir leurs droits. Plus « facile », mais changeant.
John Butcher, Tony Buck : Plume (Unsounds)
Enregistrement : 2007 & 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Butcher, Stangl, Buck : Fiamme 02/ Butcher, Mayas, Buck : Vellum
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Enregistrées le 25 août 2011 au Festival Météo, Magda Mayas et Christine Abdelnour construisirent l’appeau Myriad : pris dans le piège de cordes chuintant ou buttant contre le mobile de cuivre dans lequel sifflent les quatre vents, les oiseaux de couverture chantent et charment avant de prendre feu : pas surprenantes, leurs couleurs sont jolies quand même.
Magda Mayas, Christine Abdelnour : Myriad (Unsounds)
Enregistrement : 25 août 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Hybrid 02/ Cynaide
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Lotte Anker, Rodrigo Pinheiro, Hernani Faustino : Birthmark (Clean Feed / Orkhêstra International)

Les noirs desseins de Lotte Anker (saxophones), Rodrigo Pinheiro (piano) et Hernâni Faustino (contrebasse) résistent à s’exposer totalement. Il y a en eux du caché, de la pénombre. Comme si aurore et crépuscule refusaient que s’immiscent jour ou clarté. Il y a aussi de la menace dans leurs fondations, des regards gelés, des noires pulsions.
La violence est rentrée, parfois perfore l’écorce quand l’archet de la contrebasse se voit congédié au profit des sanglots d’un alto déclinant. Dans cet entre-deux (aurore et crépuscule donc), le trio se terre, préfère le scellé aux grandes orgues. Comme ces premiers sommeils où tout semble possible : l’égorgeur ou la belle aux bois dormants.
Lotte Anker, Rodrigo Pinheiro, Hernani Faustino : Birthmark (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 16 septembre 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Rise 02/ Upper Bound 03/ Daytime Song 04/ Golden Spiral 05/ Theorem 06/ Dual 07/ Voices
Luc Bouquet © Le son du grisli
Kris Davis : Capricorn Climber (Clean Feed, 2013)

Choisissant, même dans ses axes les plus complexes, une certaine neutralité, Kris Davis et ses amis (Mat Maneri, Ingrid Laubrock, Trevor Dunn, Tom Rainey) hésitent à se brûler les ailes.
Les compositions de la pianiste ne sont pas de celles qui s’ouvrent à la facilité. Elles se divisent en blocs et en sous-groupes, saxophone et violon (Laubrock est beaucoup plus microtonale que Maneri ici) n’en finissant pas de s’entremêler en de rigides fiels contrapunctiques. Si la compositrice passionne quand il s’agit d’intercepter et de moduler un trait obsessionnel, elle échoue à recycler un jazz qui ne semble guère la passionner. Soit accepter la forme tout en refusant sa ponctuation, ses possibles excès et élans. En résulte une timidité d’approche, heureusement sauvée par de trop brèves interventions solistes (Mat Maneri, Ingrid Laubrock). On pense à certaines compositions de Braxton ou de Tim Berne, possibles modèles – voire maîtres – d’une pianiste dont on attend toujours qu’elle s’ouvre à plus de sentimiento.
EN ECOUTE >>> Pass the Magic Hat
Kris Davis : Capricorn Climber (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 22 mars 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Too Tinkerbell 02/ Pass the Magic Hat 03/ Trevor’s Luffa Complex 04/ Capricorn Climber 05/ Bottom of a Well 06/ Big Band Ball 07/ PI Is Irrational 08/ Dreamers in a Daze 09/ Too Tinkerbell Coda
Luc Bouquet © Le son du grisli
Pinkdraft : 2010 (Creatives Sources, 2012)

Si la tension qu'arrive à créer le quatuor portugais de Ricardo Jacinto (violoncelle), Nuno Torres (saxophone alto), Travassos (électronique analogique) et Nuno Morão (percussion, objets), dans cet enregistrement d'août 2010, semble tenir à un jeu d'opposition de textures (avec ses brusques zébrures sur surfaces craquelées) et de plans (ses incisions dans la contemplation), elle relève également d'une intéressante association de timbres qui rompt avec les habituels canons du genre : sax « concret » et archet continu surprennent finalement moins, par exemple, que certaines interventions électroniques de caractère explicite ou « illustratif ».
Ce travail des contrastes, souvent convoqué comme principe dramaturgique, n'est certes pas inefficace mais on finit par espérer l'embrasement de pareille atmosphère chargée de promesses électriques et de tensions accumulées – ignition qu'atteignait, mutatis mutandis, il y a près de trente ans, avec un instrumentarium comparable, Guy, Parker, Rowe et Prévost dans leur Supersession (Matchless). Autre temps, autres mœurs – il est vrai...
Pinkdraft : 2010 (Creative Sources)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ Luminous Vacuum 02/ Wrong Obstacle 03/ The Missing Train 04/ Blended Strangers 05/ Heavy As A Floating Mountain
Guillaume Tarche © Le son du grisli
Michael Thieke, Olivier Toulemonde : Inframince / Lucio Capece, Jamie Drouin : Immensity (Another Timbre, 2013)
Riche déjà d’Echtzeitmusik, le catalogue Another Timbre n’en est pas rassasié et même en redemande. Ainsi inaugure-t-il, au son d’une compilation de deux improvisations en duo, une Berlin Series qui rend hommage à l’activité musicale de la capitale allemande.
24 janvier 2012. Michael Thieke (clarinette) et Olivier Toulemonde (objects acoustiques) improvisèrent Inframince. Avec pugnacité, d’abord, les longues notes du premier attisant les réappropriations de choses du second. Vindicatifs, Thieke et Toulemonde harmoniseront pourtant : quelques silences prennent place au creux des interventions et leurs gestes s’entendent sur des expérimentations patientes ou un battement soudain. Disparates mais finement combinées, les séquences qui font Inframince n’en sont pas moins « classiques », voire entendues.
29 novembre 2011. Lucio Capece (clarinette basse et préparations) et Jamie Drouin (synthétiseur analogique et poste de radio) improvisèrent Immensity. C’est là forcément un ballet de graves et d’aigus, des notes longues qui se frôlent et un séisme à suivre, non pas brutal mais engourdi et pénétrant. Les rafales de sons courts et tremblants attesteraient que Drouin cherche à prendre le contrôle de la situation, si Capece ne travaillait pas sous le manteau à l’accord de l’association. Ainsi l’électroacoustique inquiète et bruitiste du duo Capece / Drouin marque du sceau de sa cohésion la première référence de cette série berlinoise estampillée Another Timbre.
Michael Thieke, Olivier Toulemonde : Inframince / Lucio Capece, Jamie Drouin : Immensity (Another Timbre)
Enregistrement : 24 janvier 2012 & 29 novembre 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Inframince 02/ Immensity.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Jérôme Poret : Weather Dust Storm Report (Le Gac Press, 2012)

L’artiste Jérôme Poret ne fait pas les choses à moitié. La preuve : il sort ces jours-ci deux CD de ses installations sonores et un livre qui retrace son parcours depuis 2004 par l’image, des essais de Sophie Auger et Thibaut de Ruyter & une interview donnée à Alexandre Castant. Dans celle-ci, il me révèle ce qu’est le son solidien (« les bruits qui se propagent dans les structures d’un bâtiment »).
Poret continue : « Un son solidien est vecteur de parasites (…) Ce qui me plaît dans ce type de sons, c’est évidemment qu’ils ne se transmettent pas par l’air mais par une matière qui, sans être morte, est inerte. » A l’écoute des enregistrements de ses installations et de ses performances, l’influence de ces sons ne fait pas de doute : les souffles sont nombreux quand on ne ressent pas à même le matériau sonore des déplacements lents et denses. Mais le travail de Poret peut aussi se nourrir de bruits de pas ou de clefs, de feedbacks de guitares et, même si l’on regrette parfois de ne pouvoir nous promener auprès de telle ou telle de ces installations sonores et trébuchantes (d’autant que l’artiste insiste dans le livre entre l’opposition de l’espace d’exposition (white cube) et l’espace scénique (black box)), la découverte par l’oreille des travaux de Jérôme Poret est belle et heureuse.
Jérôme Poret : Weather Dust Storm Report (Le Gac Press / Metamkine)
2 CD + Livre : Weather Dust Storm Report
Edition : 2012.
Pierre Cécile © Le son du grisli






















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