Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

ENOUGH!!! (Monotype, 2013)

enough!!!

Mais que trouve-t-on derrière ces trois points d’exclamation ?... Très bien... Ce n’est pas un, non ce n’est pas deux, mais bien trois dark-bruitistes ambianceurs qui vont vous faire mettre genou à terre, j’ai nommés : CM von Hausswolff, Jason Lescalleet et Joachim Nordwall.

Inutile de donner un titre à la chose enregistrée (le 20 décembre 2011 à l’Issue Project Room), les trois musiciens ont trop à faire. Ils nourrissent par exemple des aigus pour qu’ils persistent, concoctent des mini phases rythmiques, mettent le dernier tour d’écrou à un monstre de métal qui prend tout l’espace de la salle des machines… Soudain, la machine se met à léviter, elle se grippe et crache des bruits concrets. Mais l’expérience d’Hausswolff, Lescalleet et Nordwall fait que tout rentre dans l’ordre. Et même si, individuellement, les bidouilleurs se sont montrés plus efficaces (à mon sens : Mater Transfer pour le premier, The Pilgrim pour le deuxième et Soul Music pour le dernier), j’ai pris mes airs de bonimenteur pour vous convaincre qu’ENOUGH!!! vaut quand même farouchement le coup.

écoute le son du grisliENOUGH!!!
(extrait)

ENOUGH!!! : - (Monotype)
Enregistrement : 20 décembre 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ -
Pierre Cécile © Le son du grisli


Thomas Borgmann, Wilber Morris, Denis Charles : Live in Poland (Not Two, 2013)

thomas borgmann wilber morris denis charles live in poland

Réédition sur CD d’un double vinyle produit par Sagittarius A-Star en 2010, Live in Poland revient sur un concert donné par Thomas Borgmann, Wilber Morris et Denis Charles en 1998 au Pinokio Club de Szczecin. Avec le batteur de Cecil Taylor, Steve Lacy ou Jemeel Moondoc, la paire Borgmann / Morris interrogeait là un « art du trio » qu’elle servait à la même époque avec Reggie Nicholson.

Au Nasty & Sweet du BMN Trio, on pourra comparer le Nasty & Sweet du BMC – dans une version légèrement plus courte que celle consignée plus tôt sur vinyle. Là, c’est une demi-heure qu’ouvre un archet funambule, concentré et tendu, dont le saxophone ténor empruntera l’intensité : sombre, ramassé, c’est un jazz de texture que rehausse l’ardente frappe de Charles. Plus tôt, le trio passa de jazz en folk comme en souvenir des belles heures FMP : avec plus de décontraction, les musiciens élaborent une musique qui ne craint pas les ruptures, voire les moments de flottement. Heureusement, la progression est ascensionnelle, qu’emportera Borgmann au soprano. Evoquer, enfin, ces solos – disséminés sur les deux premières pièces ou subtilement imbriquées sur One by One – auxquels le public s’empresse toujours de réagir.

Thomas Borgmann, Wilber Morris, Denis Charles : Live in Poland (Not Two)
Enregistrement : 9 mars 1998. Réédition : 2013.
CD : 01/ Bird Bath 02/ Nasty & Sweet 03/ One by One
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Rodrigues, Guerreiro, Wolfarth, Gauguet : All About Mimi / Early Reflections (Creative Sources, 2013 / 2014)

ernesto rodrigues ricardo guerreiro christian wolfarth all about mimi

Si le tandem que forment Ernesto Rodrigues (alto, par ailleurs aux commandes du label) et Ricardo Guerreiro (ordinateur) apparaît dans nombre de disques Creative Sources, intégré à de vastes ensembles ou dans des formations moyennes, il est moins fréquent de pouvoir l'écouter en trio, recevant un invité choisi (comme cela se pratiquait, mutatis mutandis, dans les jazz clubs mettant leur « section » locale à disposition du « soliste » voyageur). Dans cette configuration, les superbes Late Summer et Shimosaki de septembre 2012 avec Radu Malfatti avaient de quoi allécher...

En octobre, la même année, Christian Wolfarth (aux seules cymbales) fit lui aussi le voyage de Lisbonne et c'est en studio qu'il s'attela au travail collectif de filage du son : cordes et métaux, frottés arco – du râpeux au fluide soyeux – se couchent et s'imposent, en paysages obstinés (à la manière de ceux dont Nicolas Bouvier a pu dire qu'ils « convainquent absolument à force de répéter la même chose »). A leur surface, Rodrigues ou Guerreiro s'enhardissent à venir déposer de rares accrocs, quelques étincelles, jusqu'à remettre brièvement en cause l'esthétique du strict continuum qui sied tant à Wolfarth. Peut-être cette poétique de basse tension, si l'on ose dire (alors que le chant gagne une belle ampleur au fil de la progression des six pièces), ne recèle-t-elle guère de surprises mais j'y trouve pour ma part une dimension narcotique, qui rend assurément sensible le moindre rehaut ainsi fait relief, articulation ou même clôture...

Ernesto Rodrigues, Ricardo Guerreiro, Christian Wolfarth : All About Mimi (Creative Sources)
Enregistrement : 12 octobre 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ All about Mimi I 02/ All about Mimi II 03/ All about Mimi III 04/ All about Mimi IV 05/ All about Mimi V 06/ All about Mimi VI
Guillaume Tarche © Le son du grisli



ernesto rodrigues ricardo guerreiro bertrant gauguet early reflections

... À l'été 2013, en compagnie du saxophoniste alto Bertrand Gauguet, c'est une nouvelle variation sur les modes d'habiter l'espace (et d'y ménager... des espaces) qui s'invente : moins autarcique, plus ouverte vers l'extérieur et aux « silences », mais sans drame néanmoins, elle joue subtilement des plans, tenant compte de l'environnement (du studio en wood et du lieu de concert en stone) que viennent modeler et modifier chuintements, fuites ou exhalations. Dans leur fine plasticité, et parfois leur nudité, ces gestes impeccablement pensés et posés témoignent d'une acuité d'écoute qui finit par gagner l'auditeur ; les jeux de clapets et de tuyères, les perçantes ondes perchées, les brouillards de fréquences, font délicatement vibrer et osciller les horizons.

Ernesto Rodrigues, Ricardo Guerreiro, Bertrand Gauguet : Early Reflections (Creative Sources)
Enregistrement : 14 juillet 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Wood (studio) 02/ Stone (concert)
Guillaume Tarche © Le son du grisli

The Ambush Party : Circus (Tumult, 2013)

the ambush party circus

A vouloir colorer tous les tableaux, l’essentiel finit par s’effacer. Ainsi de The Ambush Party (Natalio Sued, Oscar Jan Hoogland, Harald Austbo, Marcos Baggiani), jeune combo néerlandais, prenant à bras le corps une improvisation qui, épisodiquement, les dépasse. Ainsi, la tentation du rythme les éloigne d’un centre dont le saxophoniste, astre libérateur du groupe, réinvente parfois le contour. Et ce rythme-poisse reviendra plus d’une fois hanter et dévorer une brumeuse et docile substance.  

Mais conscient de la monotonie de l’inventaire leur servant de vitrine, The Ambush Party trouve quelques soniques et perverses déchirures. Moments de franche contestation nous laissant espérer de brutaux lendemains.

The Ambush Party : Circus (Tumult)
Enregistrement : 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ The Invisible Acrobats 02/ Rope Dancer 03/ Rehearsing the Clowns Act 04/ The Elephant 05/ The Tiger Is Loose 06/ Trapez Cesang
Luc Bouquet © Le son du grisli

Joachim Badenhorst : Forest // Mori (KLEIN, 2014)

joachim badenhorst forest mori

A la toute fin d’un fanzine d’artistes(s) (compositions, collages, dessins…) d’une douzaine de pages, il y une pochette de CD et, à l’intérieur – ô surprise – un CD. C’est le nouveau disque-objet que Joachim Badenhorst a autoproduit sur KLEIN.

Sur le CD, on ne trouve que des solos, tous enregistré en direct, jamais retouchés. Badenhorst a déjà montré qu’il tenait à s’exprimer dans plusieurs langages (improvisation, jazz, contemporain, pop…), mais là, la chose est encore plus flagrante. A la clarinette et à la clarinette basse, il s’adonne dans un petit coin de nature (peut-être la Cité Internationale des Arts de Paris où il réside ?) à un folk d’amour et de paix. Plus expérimental, il souffle en continu ou raille son saxophone de l’intérieur pour récolter des basses. Plus mélodieux, il fait les timides en prokofievisant ou invente une BO d'un glacial film noir puis se lance dans la chanson avec un certain Gerard Herman. A la fin de quoi, la tête vous tourne, mais on sait que la sensation est loin d’être désagréable !

Joachim Badenhorst : Forest // Mori  (KLEIN)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Fabrret 02/ The Trembling Something 03/ Zon 04/ Feedbacksessie    05/ Wounhole 06/ Forest // Mori 07/ Een Zondagochtend in Delft 08/ My Left Hand 09/ This Is A Duo With Gerard Herman 10/ Handsome Eyebrow
Pierre Cécile © Le son du grisli



Sergio Merce : Microtonal Saxophone (Potlatch, 2014)

sergio merce microtonal saxophone

Comme Lucio Capece – compatriote avec lequel il enregistra Casa et qui trouva refuge avant lui sur Potlatch (Zero Plus Zero) –, le saxophoniste Sergio Merce a le goût du détournement instrumental et celui des hautes sphères, tous intérêts servis par Microtonal Saxophone. L'instrument promis est un alto mis à plat, accessoirisé (embouts et tubes) et rempli (eau, gaz, air comprimé), que Merce fait chanter (souffle continu et pédale de sustain) depuis plus de trois années.

Le saxophone d’exception pourrait être alto de cristal : la microtonalité qu’il laisse filtrer joue de voix stratifiées, d’oscillations longues ou de faibles tremblements, de perturbations qui mettent à mal toute tentation monochrome, de lignes endurantes que la crainte de l’uniformité éloigne peu à peu les unes des autres. A force, ce sont-là des reliefs dessinés dans l’air, qui, seconde après seconde, composent à l’horizon un mirage : irrésistible, insaisissable.

écoute le son du grisliSergio Merce
Microtonal Saxophone

Sergio Merce : Microtonal Saxophone (Potlatch / Souffle Continu)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ I 02/ II 03/ III 04/ IV
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Mary Halvorson, Michael Formanek, Tomas Fujiwara : Thumbscrew (Cuneiform, 2014)

mary halvorson tomas fujiwara michael formanek thumbscrew

Avec un apparent plaisir, Mary Halvorson, Michael Formanek et Tomas Fujiwara aiment à dégrader leurs propres compositions. Leurs petites mélodies très vite se brouillent, partent en chemin d’errance et ne retrouvent que rarement leur point de départ. On ne leur en voudra pas tant ces mêmes points de départ n’avaient pas grand avenir.

Ce qui est, par contre, admirable et heureux ici, ce sont ces points de basculement, cette déstructuration fuyante, faussement fragile. L’uniformité, l’absence d’attaque de la guitariste sont ici compensés par une errance continue et obsessionnelle, laquelle s’entiche parfois de vrilles hendrixiennes ou sharrockiennes. Minutieux dans la déconstruction, contrebassiste et batteur protègent et renforcent ces lignes brisées qu’ils se plaisent à amplifier pour le plus grand bonheur d’une guitariste, ici, amoureusement épaulée.

Mary Halvorson, Michael Formanek, Tomas Fujiwara : Thumbscrew (Cuneiform / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Cheap Knock 02/ Thumbscrew 03/ Fluid Hills in Pink 04/ Nothing Doing 05/ Goddess Sparkle 06/ Buzzard’s Breath 07/ Still…Doesn’t Swing 08/ Falling Too Far 09/ Line to Create Madness
Luc Bouquet © Le son du grisli

Dewey Redman : Tarik (BYG, 1969)

dewey redman tarik

Ce texte est extrait du deuxième volume de Free Fight. Retrouvez l'intégrale Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Ornette Coleman / Dewey Redman / Charlie Haden / Ed Blackwell : en 1969, le quartette d’Ornette Coleman tourne en Europe. A Paris le 1er octobre, deux de ses membres s’en échappent pour enregistrer Tarik en compagnie de Malachi Favors, contrebassiste sorti pour l’occasion de l’Art Ensemble of Chicago. Il s’agit de Redman – saxophoniste dont Tarik sera le deuxième disque personnel – et de Blackwell, batteur vif qui mettra en route, à force de rebonds arrangés sur caisse claire, ce disque d’exception.

Avant Red & Black, concert du duo Dewey Redman / Ed Blackwell enregistré en 1980 au festival de Willisau, Tarik avait déjà fait du rouge et du noir les couleurs du saxophoniste. Sur la couverture, Redman y apparaît portant fez rouge et soufflant sur fond noir. Au creux des sillons, sa musique est de colère rentrée lorsqu’elle ne se ménage pas quelques zones d’ombres. Sur le pas de ces rebonds arrangés sur caisse claire, le meneur intervient à la musette. L’usage de l’instrument déplace géographiquement le propos musical – un peu plus encore que ne l’avait fait pour d’autres celui du saxophone soprano. Au jeu des comparaisons, on rapprocherait volontiers le son de musette de Redman du « jeu » de violon d’Ornette Coleman. De là, redire la présence, des années durant, du premier auprès du second, ami d’enfance et voisin de New York où Dewey Redman s’installe en 1967. Ainsi sur Friends and Neighbors, enregistrement daté de 1970, l’auteur de Tarik est-il, tout comme Ed Blackwell (et Charlie Haden, pour être complet), et ami et voisin d’Ornette Coleman.

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La musette abandonnée, voici Redman au ténor. L’esprit est frappeur, qui anime l’association que le saxophoniste dirige sur des titres de sa composition : « Fo Io » et « Paris ? Oui ! » dont le trio que Coleman emmena au Golden Circle en 1965 aurait apprécié les claudications – le rythme dérivant de Blackwell et la découpe franche de Favors : échos fantastiques des pratiques sœurs de Charles Moffett et David Izenzon ;  « Lop-o-Lop » sur lequel un court gimmick de contrebasse se laisse modifier par les enluminures exotiques du batteur tandis qu’au premier plan Redman vocalise, fait de son saxophone un porte-voix de légende qui permet aux trois hommes d’intensifier des ardeurs que leur audace commune aura poussées jusqu’aux portes du bruit ; « Related and Unrelated Vibrations », enfin, hymne décousu sur lequel le saxophoniste change une combinaison de contractions musculaires en formule ravissante – citation d’Evan Parker tirée de son texte DE MOTU, dans la traduction qu’en a donnée Guillaume Tarche : Je ne me suis pas penché sur le problème du chant « dans » l’instrument car, à moins d’être pratiqué au trombone ou au didgeridoo, il ne me plaît guère et m’évoque le kazoo ou le peigne musical (recouvert de papier) ; si j’y ai recours, c’est inconsciemment ou dans les situations extrêmes (bien qu’à chaque fois que j’écoute Dewey Redman le faire, je regrette d’avoir été aussi paresseux).

Ce que Dewey Redman parvient à extirper du pavillon de son instrument dira ensuite d’autres manières – célébrant le répertoire du maître en Old and New Dreams avec Don Cherry, Charlie Haden et Ed Blackwell, dès 1976 – son indéfectible relation à Ornette Coleman. Laissera entendre aussi – malgré les aléas d’une discographie inégale, jusqu’au dernier jour (en 2005, Redman enregistrait The Key of Life avec Blackwell encore) – que c’est en ami qu’il aura le mieux défendu son art.

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Masayuki Imanishi : Type (Creative Sources, 2014) / Radical Demos #3 (Obs, 2013)

masayuki imanishi type

Au dernier carnaval, quand arriva le tour du char du Japon, l’assistance était circonspecte. Il faut dire que les participants étaient en déroute. Certains d’entre eux se tenaient la jugulaire, d’autres se frappaient la tête au sol, d’autres encore cherchaient dans leur costume la cause de la terrible envie qu’ils avaient de se gratter. Bref, le char n’avançait pas.

C’est que la musique sur laquelle il aurait dû le faire avait été confiée à Masayuki Imanishi, qui joue d’un ordinateur, d’un poste de radio, de field recordings et de… papier. Allez comprendre le choix de l’ambassade… Reste qu’une électro qui n’en est pas une, plus une abstract ambient qui n’en est pas une non plus, mettait tout le défilé en péril. Moi, j’étais le seul à prendre plaisir, secouant mon fils imaginaire à bout de bras, battant le pavé en respectant le rythme (il y a quand même là des aller-retour que l’on peut balayer du pied), un rythme dans lequel je semblais être le seul (avec mon fils imaginaire) à trouver un peu de vie. M’emparant du drapeau, je représentais, seul et contre tous, le Japon. Je souhaite à quiconque de vivre un jour cette expérience.

Masayuki Imanishi : Type (Creative Sources)
Edition : 2014.
CD : 01-08/ #1-#8
Pierre Cécile © Le son du grisli

gintas k david ellis simon tyszko masayuki imanishi dasein

Comme Masayuki Iminashi triture sa radio sur cette compilation de « Radical Demos » (la troisième que publie Obs Records) ! Plus caverneux ou étouffée (ou mystérieux encore) que sur Type, il insuffle la vie à des machines inertes qui pépient ou croassent en remerciement. A côté, les montages vocalisant de Gintas K, David Ellis et Simon Tyszko, & l’évocation expérimentale du Vietnam par Dasein font pâles figures.

écoute le son du grisliMasayuki Imanishi
Radio #3

Gintas K, David Ellis, Simon Tyszko / Masayuki Iminashi / Dasein : Radical Demos #3 (Obs)
Edition : 2013.
2CD-R : CD1 : 01/ Gintas K, David Ellis, Simon Tyszko : Unsong 02/ Gintas K, David Ellis, Simon Tyszko : Unfun 03/ Masayuki 03/ Masayuki Iminashi : Radio #1 04/ Masayuki Iminashi : Radio #2 05/ Masayuki Iminashi : Radio #3 06/ Masayuki Iminashi : Radio #4 07/ Masayuki Iminashi : Radio #5 – CD2 : 01/ Dasein : Jus de terre 02/ Dasein : Arables 03/ Vers le ciel !
Pierre Cécile © Le son du grisli

Joëlle Léandre, Pascal Contet : 3 (Ayler, 2014)

joëlle léandre pascal contet 3

L’accordéon, de par sa tessiture, permet le déploiement de larges états. Mais la contrebasse aussi. Et ainsi, Pascal Contet et Joëlle Léandre, de faire, de nouveau, rougir leurs sensibilités. Et de retrouver ce qui pour eux est un état naturel : l’improvisation.

Ici, ils ne bousculent jamais l’harmonie. Ici, ils évitent les tumultes. Ce sont de drôles d’anges qui étirent leurs ailes. Ils cheminent côte à côte : l’une préfère la vitesse, l’autre enserre la note. Le chant de l’une n’est pas un chant de routine mais de profondeur. Le chant de l’autre est proche des piafs du petit matin. Parfois, nous les surprenons à s’engager en fausse valse. En valse lointaine plutôt. Mais les voici déjouant cette hypothétique valse pour mieux aiguiser leurs fines et aimantes lames. Et le disque, de s’étirer en suavité. Peu à peu, ils tendent vers l’apaisement, vers la douceur, vers le silence. Vingt ans que ça dure. Pas de raison pour que…

écoute le son du grisliJoëlle Léandre, Pascal Contet
Seize

Joëlle Léandre, Pascal Contet : 3 (Ayler Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2014.
CD : 01/ Quatre 02/ Soixante 03/ Vingt-neuf 04/ Trente-trois 05/ Seize 06/ Trente-cinq 07/ Cinquante-trois
Luc Bouquet © Le son du grisli

Reinhold Friedl, Franck Vigroux : Tobel (Alamuse, 2014) / Franck Vigroux : Entrailles (D'autres Cordes, 2013)

reinhold friedl franck vigroux tobel

Un chroniqueur n’a presque plus rien à présenter lorsque des musiciens ont la bonne idée de consacrer à un de leurs disques un site internet aussi bien fait que celui de Tobel. Reste à dire que Tobel est un CD qu’ont enregistré en duo Reinhold Friedl (Zeitkratzer)* et Franck Vigroux (Franck Vigroux)…

… pour aller un peu plus loin (quand même), on louera l’adhérence d’une composition où l’intérieur-piano du premier et l’électronique du second se trouvent de nombreux points communs. Cet amour des drones, par exemple, et les changements d’univers que peuvent provoquer le moindre tremblement. Ce qui fait qu'on passera, sur Tobel, d’une ambient en sourdine au chant de bataille sur lequel des coups de canons feront tomber un rideau de fumée électrique. Si vous ne voyez pas bien où je veux en venir, je vous conseillerai, vexé, d’aller faire un tour sur Tobel (le site).

Reinhold Friedl, Franck Vigroux : Tobel (Alamuse)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Tobel
Pierre Cécile © Le son du grisli

franck vigroux entrailles

Les belles images de Grégory Robin nous promènent dans l’étonnant Musée de la Mine, à Saint-Etienne. Installé dans la salle des pendus, Franck Vigroux donne un concert sans public, dans un genre indus-noise (voire techno expérimentale) qui m’a réconcilié avec le musicien. A la console, à la guitare (dans le sillage de Merzbow *, toutes proportions gardées), et retour à la console : réconciliant, en effet !

Franck Vigroux : Entrailles (D’autres Cordes)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
DVD : 01/ Muscle 02/ Poudres 03/ Batteries 04/ Comète 05/ Loup 06/ Vallée
Pierre Cécile © Le son du grisli

sonic protest 2014* Dans le cadre du festival Sonic Protest, Reinhold Friedl emmènera Zeitkratzer ce jeudi 10 avril à Paris, en l'église Saint-Merry où sont aussi attendus Merzbow et les trois DJ de Sounds of Silence.

Phil Minton, dieb13 : Im Pavillon (PanRec, 2013)

phil minton dieb13 im pavillon

La rencontre est courte – qui tient sur un mini-DVD – mais intense : concert de Phil Minton* et de dieb13, filmé le 7 novembre 2009 à l’Unlimited Festival de Wels par Pavel Borodin.

La caméra est mouvante et s’intéresse de près à ce que, dans les derniers rangs, on aura, à l’œil, eu du mal à saisir : rassemblement des forces et des pouvoirs du vocaliste, artifices et réflexes multiples du platiniste. Dans une respiration, puis un souffle, le duo trouve l’inspiration : de cris rentrés en irritations de sillon, d’interjections insensées en tremblements mécaniques, une première pièce va, une vingtaine de minutes durant, avec patience et intuition. Une seconde, nettement plus courte, donnera dans une exaltation autrement démonstrative.

En supplément, Borodin donne à voir quelques instants de balance et recueille des musiciens un paquet de phrases qu’humour et flegme se disputent. Autrement démonstratif, aussi, de l’intérêt à apporter à Im Pavillon.  

Phil Minton, Dieb13 : Im Pavillon (PanRec)
Enregistrement : 7 novembre 2009. Edition : 2013.
DVD : Im Pavillon
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

sonic protest 2014* Dans le cadre du festival Sonic Protest, Phil Minton donnera ce mercredi 9 avril à Paris, Cirque électrique, un solo entre L'oeillère et Albert Marcoeur & le Quatuor Béla

Michael Pisaro : black, white, red, green, blue (voyelles) (Winds Measure, 2014)

michael pisaro barry chabala black white red green blue voyelles

Le titre de ce disque double (trois rééditions différentes, au son amélioré, d’une cassette Winds Measure publiée en 2010) associe les noms, empruntés à Rimbaud, des deux compositions à y entendre : black, white, red, green, blue, de Michael Pisaro, interprétée par le guitariste Barry Chabala, et (voyelles), composition inspirée à Pisaro par ladite interprétation de Chabala.

Disposé à toutes discrétions, Chabala fait, sur le premier disque, œuvre de précision : coups légers régulièrement adressés à un unique accord, bends variant la hauteur de notes longues, pincements de deux à trois cordes changeantes, domptages de retours d’ampli et silences nombreux, sont les éléments qui régissent une succession de plan-séquences dont les couleurs nous empêchent de distinguer toutes figures – on trouvera ici la partition de Pisaro.

Régurgité, black, white, red, green, blue revient alors à Pisaro. Dans l’interprétation du guitariste, le compositeur trouve de quoi former d’autres paysages. Encore reconnaissable, l’instrument fait avec la compagnie de rumeurs nouvelles et assiste parfois à la naissance (latente) d’un léger larsen ou de grisailles éparses dans le sillage d’un accord qu’il avait suspendu. Plus sensible à l’illusion, la seconde composition impressionne mais ne saurait faire effet sans l’écho qui, en avance sur son temps, l’a précédé : cinq couleurs, origines qu’elle réinvente.

écoute le son du grisliBarry Chabala
black, white, red, green, blue (extrait)

écoute le son du grisliMichael Pisaro
(voyelles) (extrait)

Michael Pisaro : black, white, red, green, blue (voyelles) (Winds Measure)
Réédition : 2014.
CD / K7 : CD1 : 01/ black, white, red, green, blue – CD2 : 01/ (voyelles)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Baise en ville (Vand'Oeuvre, 2013)

baise en ville ccam vand'oeuvre

Onomatopées en mitraillette et guitare mitraille, torsion et distorsion des cordes, flamenco putréfié, zapping et pilonnage d’accords : Jean-Sébastien Mariage et Natacha Muslera apprennent à nous faire aimer les déviances.

Le premier est sec comme un pavé. Sa guitare triture toujours les mêmes tumultes. L’accord est rêche et rechute. C’est une guitare balancier sans espoir d’issue. C’est une guitare qui a contacté la dissonance. Et la dissonance a répondu. La seconde strangule son propre souffle, creuse et abreuve les grands écarts. Mais ne joue jamais à la diva du verbe. S’empêcherait presque d’initier le cri. Et tous deux de s’extraire des tristes normalités. Le contraire nous aurait surpris.

Baise en ville : Baise en ville (CCAM Vand’Œuvre / Metamkine)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Presque ruine 02/ Merveille ! Pisser debout sous un déluge de grêle 03/ Mimosa Hostilis 04/ Claque au ralenti 05/ Gelée binaire 06/ Lambeaux 07/ L’eau tonne comme un crachat d’hiver 08/ Peau père
Luc Bouquet © Le son du grisli 

Anla Courtis, BJ Nilsen : Nijmegen Pulse (BromBron, 2013)

alan courtis bj nilsen nijmegen pulse

Les premières minutes, il faut tendre l’oreille pour deviner qu’Alan Courtis* et BJ Nilsen se promènent à Nijmegen, charmante (certainement) cité des Pays-Bas. Leurs field recordings arrivent crescendo et sont plus à ranger dans le tiroir « ambient » que dans une exposition d’archives sonores.

Mais on connaît les deux hommes et les choses changent sur la seconde piste du CD. Dès lors, s’ils rapporteront des bruits d’oiseaux, le carillon d’une église, le souffle du vent ou les discussions d’un groupe d’écoliers, ce sera pour se les réapproprier. Avec l’aide d’un walkman, d’une guitare et d’un orgue électrique, ils en fabriquent des rumeurs anxiogènes qui va aussi bien à l’art de Courtis qu’à celui de Nilsen. Et lorsqu’ils ne retournent pas Nijmegen (Grondplatte Negemjin), il y a toujours dans leurs field recordings un artefact qui traîne, comme un trésor caché dans une image d’Epinal.

Anla Courtis, BJ Nilsen : Nijmegen Pulse (BromBron / Metamkine)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Snelbinder Collectief 02/ Cheesewheel Masters 03/ Grondplatte Negemjin 04/ As Double and Brutal As Nature
Pierre Cécile © le son du grisli

sonic protest 2014* Dans le cadre du festival Sonic Protest, Anla Courtis donnera à entendre les conclusions d'un projet mené avec les jeunes de l'hôpital de jour d'Antony. Ce 6 avril, à La Générale, Paris.

Common Objects : Live In Morden Tower (Mikroton, 2013)

common objects live in morden tower

Au nombre des projets de Rhodri Davies, John Butcher et Lee Patterson*, il faudra désormais compter avec Common Objects. Le 25 janvier 2013, à la mythique Morden Tower de Newcastle, le trio enregistrait pour la première fois.

Davies, Butcher, puis Patterson ; trois solos, d’abord : lignes grêles qui, en voisines, font bientôt horizon commun ; lignes brisées qui ferment la cage d’un oiseau affolé ; lignes arrangées en circuits d’une électronique qui cache sa dissidence dans sa discrétion. Réunis, voici les musiciens œuvrant ensemble à une abstraction que se disputent des insistances en résonances et de concrets airs amplifiés. L’art du trio est agité de l’intérieur, et ses mouvements souvent contenus : comme en atelier, il travaille à sa cohérence puis s’endort dans un souffle. La cohérence, reposant à ses côtés.

Common Objects : Live In Morden Tower (Mikroton / Metamkine)
Enregistrement : 25 janvier 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Spatial Principle 02/ Grade A Fancy 03/ Thoracic Pattern 04/ Breathless, Sodden Trash
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

sonic protest 2014

* Tiers d'Atmosphérique, Lee Patterson sera, dans le cadre du festival Sonic Protest, en concert à Paris ce 6 avril, à Brest le 8, à Metz le 9,  à Lille le 11 et à Bruxelles le 12.

Philip Corner : Lifework: A Unity (Umlaut, 2014)

ensemble hodos plays philip corner lifework a unity

C’est dans un geste à la Fluxus que le label Umlaut édite la deuxième partie d’une intégrale Philip Corner par l’Ensemble Hodos (Lifework: A Unity) sans avoir édité la première. Corner est déjà trentenaire quand il écrit ces quatre pièces qui inaugurent ses travaux de partitions graphiques et ses happenings encadrés par des notes manuscrites.

L’indétermination est alors presque maladive chez lui, en tout cas... obsessionnelle. C’est pourquoi les percutantes « pulse polyphonies » de Crash Actions (Antonin Gerbal et Roméo Monteiro aux percussions) et les pointillés de In Intimacy - pulsation (Fidel Fourneyron au trombone et Joris Rühl à la clarinette), écrites toutes deux en 1963, ont un souffle commun mais une respiration différente. En regard, on visitera ‘Punkt (1961), un château imaginaire, pointilliste, crénelé sur toute sa circonférence, que Corner a peut être construit pour se défendre des assauts de la critique (dans le livret, il reporte des qualificatifs qu’elle lui réservât : « sculpteur sonore », « organisateur de chaos », « simple d’esprit », « jeune homme détraqué », etc.). Enfin, pour Compare with ‘’Exquisittely Sloppy’’ Om, c’est l’histoire de l’exploration d’une note et d’une seule qui commence. Nous sommes alors en 1975.

Le prochain volume de Lifework: A Unity reprendra peut-être à cette date, peut-être pas. Mais il est fort à parier qu’il s’intéressera aux œuvres de jeunesse de Philip Corner, puisque toutes les œuvres du compositeur sont des œuvres de jeunesse.

Philip Corner, Ensemble Hodos : Lifework: A Unity. 2. The World (Graphic Innovations & Indeterminacy) 1960-75 (Umlaut)
Enregistrement : 16-17 mai 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Crash Actions 02/ ‘Punkt 03/ Compare With ‘’Exuisitely Sloppy’’ Om 04/ An Intimacy - pulsation
Héctor Cabrero © Le son du grisli

The Ames Room : In St Johann (Gaffer, 2013)

the ames room in st johann

Au festival autrichien ARTFACTS, le 9 mars 2012, The Ames Room donna un concert. A Niort et Poznan (In), St Johann succède donc.

Une même énergie présida à cet autre échange, nœud de tensions qui, de seconde en seconde, subtilement se renforcent. Abrupte, la frappe de Will Guthrie* lâche le trio sur une pente dont il connaît l’inclinaison mais dont il ignore encore tout des reliefs. Envisageant son instrument comme d’autres élaborent de décisifs mouvements sur cube de Rubik, Jean-Luc Guionnet transforme de brefs motifs à force de répétitions. Plus lâche peut-être qu’à son habitude, Clayton Thomas, lui, oppose sa décontraction (feinte, peut-être) à la dynamique du torrent.

En seconde face, l’alto abandonne ses répétitions pour quelques fulgurances. De l’improvisation, le fil rouge est cassant ; alors, avec une égale implication, ses membres se désolidarisent : elle, gagne en éclats et détonations.

écoute le son du grisliThe Ames Room
In St Johann

The Ames Room : In St Johann (Gaffer)
Enregistrement : 9 mars 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ In St Johann
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

sonic protest 2014* Echappé de The Ames Room, Will Guthrie sera, ce vendredi soir en duo avec David Maranha, de l'ouverture de la dixième édition du festival Sonic Protest. Occasion de rappeler que le concours Merzbow / Sonic Protest est ouvert jusqu'au 7 avril.

Jason Kahn, Adam Süssmann, Matt Earle : Carnage (Pulled Out, 2014) / Kahn, Takahiro Yamamoto, Takuji Naka: Yugue (Akuseku, 2013)

jason kahn adam sussmann matt earle carnage

Accompli à huis clos avec les membres du Stasis Duo (Adam Süssmann & Matt Earle), en marge du festival australien où fut gravé le vaste Open space, ce Carnage a été enregistré en janvier 2012 dans la chambre qu'occupait Jason Kahn (electronics) à Sydney, ranimant au passage une plaisante tradition rock de destruction hôtelière...

Pour cette troisième publication du groupe – après le compact Draught et l'album téléchargeable Concerts Melbourne + Sydney – c'est un disque vinyle qui fait état des dégâts occasionnés à la literie et au mobilier.

Superpositions de couches grésillant, de pulsations cherchant à s'agglomérer puis se froissant, de plateaux d'attente avant les assauts d'infiltrations virales et les lointaines déflagrations : le spectre est grand ouvert, des monstrueux coups de sonde en profondeur jusqu'aux missiles fissiles qui vrillent les oreilles et font péter les fusibles (c'est d'ailleurs ce dont témoigne le livret qui rapporte les difficultés, si ce n'est la dangerosité, à masteriser ces archipels de fréquences extrêmes). La piaule a été soigneusement retournée !

écoute le son du grisliJason Kahn, Adam Süssmann, Matt Earle
Carnage (sample)

Jason Kahn, Adam Süssmann, Matt Earle : Carnage (Pulled Out)
Enregistrement : 21 janvier 2012. Edition : 2014.
LP : Pulled Out
Guillaume Tarche © Le son du grisli

jason kahn takahiro yamamoto takuji naka yugue

Associé, pour la première moitié de ce concert japonais, à Takahiro Yamamoto (platine) et Takuji Naka (saxophone, bandes, electronics), Jason Kahn (synthétiseur analogique, table de mixage, radio) contribue à l'ambiance d'atelier qui règne sur l'improvisation : on fourbit, on s'avance, on ajuste ; les établis s'accolent, dans une approche acoustique et des gestes qui vont s'affirmant au fil des minutes. Sur la seconde pièce du disque, sans Kahn, c'est une autre dramaturgie qui émerge, faite de connivences et de complémentarités plus attendues ou explicites, sur un long flux corrodé.

Jason Kahn, Takahiro Yamamoto, Takuji Naka : Yugue (Akuseku)
Enregistrement : 2 octobre 2012. Edition : 2013
CD : 01/ jk / ty / tn 02/ ty / tn
Guillaume Tarche © Le son du grisli

John Cage : Variations V (Mode, 2013)

john cage variations v

Quarante-huitième publication de la série, estampillée Mode, The Complete John Cage Edition, Variations V – dont c’est la première édition commerciale – consigne deux versions de la pièce du même nom : l'une, avec images, illustrée en 1965 à Hambourg par la Merce Cunningham Dance Company ; l'autre, sans images, enregistrée l'année suivante à Paris. A chaque fois, Cage est associé à David Tudor et Gordon Mumma.

Hallucinante, la version filmée associe une composition d'un concret tapageur et des visions de Stan VanDerBeek et Nam June Paik. Sous une pluie de sons hétéroclites – électronique bruitiste jouée sur l’instant pour instruments de création (magnétophones, antennes et cellules photo-électriques) –, les danseurs se déplacent, évitant les éléments d’un décor lui aussi en mouvement. Sur quelques câbles électriques, les corps en surimpression rivalisent de turbulence avec la musique et le jeu des lumières. En 1966 à Paris, Cage, Tudor et Mumma, précisent leurs gestes, les ralentissent, décidant d’un repli dans les graves. C’est donc une autre Variations V, comme rendu en négatif, mais qui captive à son tour.

John Cage : Variations V (Mode / Metamkine)
Enregistrement : 1965-1966. Edition : 2013.
DVD : Variations V
Guillaume Belhomme © Le son du grisli