Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Au grisli clandestinGrisli de retourRyoji Ikeda à Nantes
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Janek Schaefer : Lay-by Lullaby (12k, 2014)

janek schaefer lay-by lullaby

Légende de l’ambient et des field recordings, Janek Schaefer déboule – enfin – sur la maison-mère du genre, l’infatigable maison new-yorkaise 12k.

Pour ceux qui ont déjà abordé l’œuvre du bonhomme, qu’il soit en solo ou aux côtés de Stephan Mathieu ou Philip Jeck, l’effet de surprise ne jouera guère, même si Lay-by Lullaby invite clairement à la méditation et se veut un exact contrepoint au furieux Asleep At The Wheel de 2010 (dont quelques échos routiers nous rappellent son essentielle présence).

Ici, tout n’est clairement que tendresse ambient avant de se laisser dorloter dans les thermes (quitte à roupiller dix minutes) et de siroter un cocktail de fruits frais dans un fauteuil en rotin. C’est bien sûr cliché mais dans la vie, ça fait aussi un rude bien de compter sur des valeurs sures.

Janek Schaefer : Lay-by Lullaby (12k)
Edition : 2014
CD : 1/ Radio 101 FM 2/ Radio 102 FM 3/ Radio 103 FM 4/ Radio 104 FM 5/ Radio 105 FM 6/ Radio 106 FM 7/ Radio 107 FM 8/ Radio 108 FM 9/ Radio 109 FM 10/ Radio 110 FM 11/ Radio 111 FM 12/ Radio 112 FM
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


John Zorn : In the Hall of Mirrors (Tzadik, 2014)

john zorn in the hall of mirrors

Un auditeur ne connaissant pas l’astuce trouverait en Stephen Gosling un pianiste téméraire et à l’imagination débordante. Un auditeur connaissant l’astuce n’aurait d’autre choix que d’admettre la fulgurance de cette musique.

L’astuce, la voici : John Zorn a composé six pièces (oublions la première, sorte de muzak d’un autre âge) et a rédigé la complexe partition de piano pour Stephen Gosling, lequel se charge d’en être l’interprète, et seulement l’interprète. Greg Cohen (contrebasse) et Tyshawn Sorey (batterie) disposent, eux, de la liberté d’improviser à leur guise autour de la partition de Zorn.

Le résultat est convaincant. Le malin (pour ne pas dire plus) Zorn jette de l’huile sur le feu en renvoyant dos à dos improvisation et écriture. Ce n’est pas la première fois, ce ne sera pas la dernière. Reste qu’ici ses choix compositionnels, adoptés des codes de l’improvisation, des musiques contemporaines ou sérielles, font toujours bon ménage. Oui, malin ce Zorn qui putréfie la ballade (In Lovely Blueness), lui offre un sonique-solide cluster avant d’égrener quelques lumineuses gymnopédies. Malin comme un Zorn, pourrait-on même écrire.

John Zorn : In the Hall of Mirrors (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2014. Edition : 2014.
CD : 01/ Epode 02/ Maldoror 03/ Tender Buttons 04/ In Lovely Blueness 05/ Illuminations 06/ Nightwood
Luc Bouquet © Le son du grisli

Pourtant les cimes : Mulhouse, 27 août 2014

pourtant les cimes mulhouse météo 2014

Pourtant les cimes des arbres (Sens Radiants, et alors ?), devenu … Pourtant les cimes. L’important, se jouant dans ce 27 août, fin d’après-midi, à la Friche – « friche » égalant : regret patrimonial et, accessoirement, « gauchement », hommage à ceux tombés (employés, petites mains) pour l’industrie une fois que celle-ci n’y est plus (si faillite, qu’elle pourrisse !, la « culture » y repoussera) – DMC de Mulhouse, dans le cadre du festival Météo.

Le vert pistache et le gris des murs allaient ceci étant comme un charme à la veste moutarde de Lazro. Le souffleur, impeccable. Derrière lui, ce labyrinthe en construction permanente que les interventions de Lasserre taillent à coups de caisse claire ou de cymbales. Et que les saxophones élèvent, et comment : hautes sphères comme coulisses attendent (appellent, peut-être) le temps qui viendra et décidera de tout : Duboc peut jouer les paratonnerres (archet embrassant ou pizzicatos consolants), l’atmosphère est là : alerte, inquiète puis menaçante.

« Lunaire » encore, sans doute. Lazro, bien au-dessus des cimes annoncées ; Lasserre, inventant avec force ; Duboc, préoccupé peut-être, tempérant de ses craintes. Sens Radiants (Pourtant les cimes, pourquoi pas ?) fut en deux temps (tempétueux / atmosphérique) une autre fois brillant. Au point qu'on se demande : Pourtant les cimes ne serait-il pas ce phénomène capable, de fil en aiguille, de nous réconcilier avec les friches sonnantes ?

Pourtant les cimes, Mulhouse, Festival Météo, 27 août 2014.
Photos : François, Quelques Concerts
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Jim Dvorak, Paul Dunmall, Mark Sanders, Chris Mapp : Cherry Pickin' (Slam, 2014) / Red Dhal Sextet (FMR, 2013)

jim dvorak paul dunmall mark sanders chris mapp cherry pickin

S’il est bel et bien Américain, le trompettiste Jim Dvorak s’est souvent fait entendre auprès de Britanniques influents : Keith Tippett, Elton Dean, ou encore Evan Parker et Lol Coxhill dans The Dedication Orchestra. Le 10 juillet 2013, c’est en compagnie de Paul Dunmall, Mark Sanders et Chris Mapp qu’il rendait quelques compositions personnelles.

La présence de Dunmall (au ténor et au saxello), exceptionnel encore, soignera l’influence que Coltrane semble avoir eu sur Dvorak. Son jazz est vif – Sanders et Mapp aidant, d’ailleurs –, altier, pourra rappeler aussi Ornette Coleman ou Oliver Lake mais ne s’en tiendra pas là. Dvorak multiplie en effet les propositions : donnant ici de la voix (quitte à désespérer un peu son auditeur), il cite ailleurs Frank Zappa ou se souvient d’Harry Miller, enfin, conduit avec une instabilité inspirante une plage d’une vingtaine de minutes que les quatre musiciens rehausseront tour à tour de leurs inventions personnelles : ainsi As Above, So Below sonne-t-il l’heure de la fructueuse cueillette.

Jim Dvorak, Paul Dunmall, Mark Sanders, Chris Mapp : Cherry Pickin’ (Slam Productions)
Enregistrement : 10 juillet 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ E.D.’s Muse 02/ If I’m Gonna Have to Choose 03/ Love’s Own Prayer 04/ Miller’s Tail 05/ Zapped 06/ Getty’s Mother Burg 07/ As Above, So Below
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

red dhal sextet

En studio à Berlin le 19 septembre 2011, Dunmall enregistrait en sextette mû par un goût pour les légumineuses que ses membres (aussi Alexander von Schlippenbach, Hilary Jeffery et le Fabric TrioFrank Paul Schubert, Mike Majkowski et Yorgos Dimitriadis) ont en commun. La résonance d’un accord tombant de piano annoncera la tempête : attendue, celle-ci n’en sera pas moins percutante et sa musique accidentée, qui fait de son équilibre précaire la force qui lui assurera sa diversité : ainsi Schlippenbach et Dunmall sonnent-ils maintenant l’heure de la récolte.

Red Dhal Sextet (FMR)
Enregistrement : 19 septembre 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ White Dhal 02/ Orange Dhal 03/ Purple Dahl 04/ Red Dhal 05/ Turquoise Dhal 06/ Scarlet Dhal 13:11
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

festival météo 100

Paul Dunmall  concluera ce samedi soir l'édition 2014 du festival Météo : au Noumatrouff, à la tête du Deep Asunder Four (Hasse Poulsen, Paul Rogers, Mark Sanders). 

 

 

Rhodri Davies, Lee Patterson, David Toop : Wunderkammern (Another Timbre, 2010)

rhodri davies lee patterson david toop wunderkammern

Drôle d’aigu pour une rencontre, que celui qui introduisait Wunderkammern que l’excentrique David Toop (laptop, steel guitar, flûtes…) a imaginé en 2006 avec deux musiciens de la jeune génération, j’ai nommé Rhodri Davies (harpe, ebows, électronics…) et Lee Patterson (field recordings, amplified devices…).

Les percussions jouent un grand rôle dans cette ambient électroacoustique rampante, moléculaire, crépusculaire. Wunderkammern, c’est le retournement d’un bâton de pluie le plus lentement possible, le bruit que fait une bille de bois lancée sur des plateaux métalliques ou l’appel à l’aide d’une bouteille lancée dans le cosmos. Et sur cette esthétique sonore dont le label Another Timbre s’est fait le chantre, l’originalité de Toop trouve un terrain propice : régénéré, le Toop.  

Rhodri Davies, Lee Patterson, David Toop : Wunderkammern (Another Timbre)
Enregistrement : 24 juillet 2014. Edition : 2010.
CD : 01-05/ Wunderkammern
Pierre Cécile © Le son du grisli

festival météo 100

Lee Patterson et Rhodri Davies sont au programme de Météo ce vendredi 29 août : le premier se produira seul au Noumatrouff quand le second se fera entendre dans le Trondheim Jazz Orchestra.  Le lendemain, au même endroit, Patterson jouera avec Greg Pope sous le nom de Cipher Screen.

 



Roscoe Mitchell, Tony Marsh, John Edwards : Improvisations (OTOroku, 2013)

roscoe mitchell tony marsh john edwards improvisations

Il faut du tempérament pour « soutenir » Roscoe Mitchell, c'est à dire le suivre sans trop en démontrer ni respectueusement s’effacer. John Edwards et Tony Marsh (dont c’est-là le dernier enregistrement) en avaient assez – certes, nous n'en doutions pas.

Enregistré le premier des deux soirs que Mitchell passa au Café Oto début mars 2012, Improvisations en retient quatre, qui – à vive allure pour la première et la troisième, plus paisiblement pour les deux autres – témoignent de l'entente du trio, inédit jusque-là.

Les saxophones et flûtes qui tournent ou dévalent les degrés des constructions anguleuses que Mitchell imagine sur l'instant, Edwards les souligne, développe ou provoque, à l'archet comme aux doigts, tandis que Marsh fleurit l'improvisation de chants miniatures et de ponctuations franches. Pour avoir fait oeuvres d'à-propos et de cohésion, les accompagnateurs peuvent conclure, ajoutant à la démonstration de Mitchell un supplément d'âme.  

Roscoe Mitchell, Tony Marsh, John Edwards : Improvisations (OTOroku)
Enregistrement : 9 mars 2012. Edition : 2013.
2 LP / DL : A-D/ Improvisations
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

festival météo 100

John Edwards jouera ce jeudi 28 août, dans le cadre du festival Météo, au Sud de Bâle, en compagnie de Virginia Genta, Mette Rasmussen et Chris Corsano.

Jacques Demierre, Vincent Barras : Voicing Through Saussure (Bardem, 2014)

jacques demierre vincent barras voicing through saussure

L’un connaît la musique, l’autre les vertus du Silence : Jacques Demierre et Vincent Barras remettent sur le métier leur amour pour le langage et leur poétique du son.

De brillantes Pièces sur textes (The Languages Came First The Country After), le duo fut déjà capable. Faut-il voir en Voicing Through Saussure une suite (sur trois disques), sinon un prolongement ? Cordes vocales étirées puis extraites (non plus rattachées à celles d’un piano, comme récemment encore sur Breaking Stone) : de hongrois, d'araméen et de chinois mêlés, la langue qu’ont en commun Demierre et Barras semble être faite. Pour la poésie, très bien, mais aussi pour la conversation et même l’art musical : décidé, retors, mekanische parfois. 

Plus loin, le paysage est différent, composé de lettres qui claquent et de syllabes accrochées, et l’action diverse : exorcisme, art martial ou travaux de lecture. La discipline du duo – les compositions sont enregistrées « dans les conditions du direct » – pourrait aiguiller l’auditeur : à l’Orient, la scansion méditative de Voicing Through Saussure se couche, comme en hommage.

Jacques Demierre, Vincent Barras : Voicing Through Saussure (Bardem)
Enregistrement : 23 avril 2011. Edition : 2014.
CD1 : gad gad vazo gadati (reflet) – CD2 : bh n (a) (reflet) – CD3 : manraueioo (reflet)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

festival météo 100

Jacques Demierre retrouvera son piano, ce mercredi 27 août au Noumatrouff, à l'occasion du concert qu'il donnera avec Jonas Kocher et Axel Dörner dans le cadre du festival Météo.

Nate Wooley, Hugo Antunes, Chris Corsano : Malus (NoBusiness, 2014)

nate wooley hugo antunes chris corsano malus

Après avoir donné ensemble les fières expérimentations de Seven Storey Mountain, Nate Wooley et Chris Corsano se retrouvaient fin mai 2012 associés au contrebassiste Hugo Antunes : le 27 en présence de Giovanni Di Domenico et Daniele Martini (Posh Scorch, disque Orre) ; les 28 et 29 en trio (Malus, disque NoBusiness, qui nous intéresse).

La trompette ouvre en lyrique : l’heure est encore au service d’un jazz en équilibre sur d’impétueux roulements de tambour, qui pourra rappeler celui que pratique Dennis González. A sa suite, ce sont des airs plus lâches qui interrogent instruments et amplis – école Trumpet/Amplifier oblige – au son de phrases courtes (ou même osées du bout des lèvres), de motifs (phrases ou larsens) développés dans l’ombre et de turbulentes questions-réponses.

Défaite d’allure, l’expérimentation qui a peu à peu pris le contrôle du jeu met en valeur une autre forme de l’entente du trio : ainsi Wooley et Corsano parsèment-ils de trouvailles et d’habiles audaces une simple improvisation à la contrebasse (Seven Miles from the Moon) quand les amplis ne prétendent pas cracher quelques solos remarquables (Sewn). Et le coup marche, à tel point que Wooley (en sourdine), Antunes et Corsano, se payeront le luxe de conclure ce bel enregistrement plus « simplement ». Etait-ce là, et enfin, le Malus promis ?

écoute le son du grisliNate Wooley, Hugo Antunes, Chris Corsano
Gentleman of Four Outs

Nate Wooley, Hugo Antunes, Chris Corsano : Malus (NoBusiness)
Enregistrement : 28-29 mai 2012. Edition : 2014.
LP : A1/ Gentleman of Four Outs A2/ 4 Cornered A3/ Sawbuck – B1/ Seven Miles from the Moon B2/ Sand-bagged B3/ Sewn B4/ Gentleman of Three Inns
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

festival météo 100

Chris Corsano apparaîtra deux fois cette année au festival Météo : seul, le mercredi 27 août, à la chapelle Saint-Jean de Mulhouse ; accompagné (de John Edwards, Virginia Genta et Mette Rasmussen), le lendemain, au Sud de Bâle.

Håkon Stene : Bone Alphabet (Ahornfelder, 2013)

hakon stene bone alphabet

On pourrait la croire improvisée : Bone Alphabet est en réalité une pièce (pour percussions) composée par Brian Ferneyhough. Maudite par beaucoup à cause de ses difficultés (certains la pensent injouable), elle trouve en Håkon Stene son plus vif défenseur. Faisant fi des polyrythmies, des triples croches en frisé et malgré l’utilisation de percussions auxquels l’on refuse résonances, rebonds et espaces, Håkon Stene gagne la partie : exigence et droiture d’un musicien en prise avec une œuvre au continuum perturbé, haché, brouillé.

Avec Sir Duperman (mix), Bone Alphabet devient Wizard & Os. Sons sourds, effacés, gommés, la partition de Ferneyhough prend un tout autre visage. Tour à tour africaine, aquatique et synthétisante, le ludique l’emporte sur le sérieux de la composition originelle.

Håkon Stene : Bone Alphabet (Ahornfelder / Metamkine)
Enregistrement : 2009. Edition : 2013.
CD : 01/ Bone Alphabet 02/ Wizard & Os
Luc Bouquet © Le son du grisli

Cindytalk : TouchedRAWKISSEDsour (Handmade Birds, 2014)

cindytalk touchedrawkissedsour

Trente ans de catalogue après ses débuts sous l’ambigu pseudonyme Cindytalk, l’ex-punk écossais Gordon Sharp continue un chemin sans concession ni demi-mesure avec un neuvième opus, TouchedRAWKISSEDsour.

S’il n’atteint pas le degré de maîtrise absolu de The Crackle Of My Soul (2009, décidément une sacrée année), Sharp parvient à l’intérieur de chaque titre à multiplier les fausses pistes noise pour s’orienter vers une musique noire quasiment spectrale – et à chaque écoute, on se plaît à redécouvrir une porte qu’on n’avait pas jugé bon d’ouvrir la fois d’avant. Par moments, ça fout même une sacrée trouille et on se réjouit d’avance de vous la faire partager.



Cindytalk : touchedRAWKISSEDsour (Handmade Birds)
Edition : 2014.
CD : 01/ Dancing On Ledges 02/ Fire Recalling Its Nature 03/ Mouth Of My Sky (Open Up And Swallow Me) 04/ Reversing The Panopticon 05/ E Quindi Uscimmo A Riveder Le Stelle 06/ Yūgao 07/ Mystery Sings Out
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

If, Bwana : Red One (Pogus, 2013)

if bwana red one

A qui ignorerait tout des performances dont est capable Al Margolis à la trompette-jouet, nous conseillerons l’écoute de Red One. Aux autres, la même chose.

Parce que l’homme d’If, Bwana convoque là quelques instruments « classiques » pour en détourner non seulement les usages, mais le son même. Ainsi avec Nate Wooley Margolis travaille-t-il à quelques rumeurs circulaires (Toys for Al) ; avec Ellen Band multiplie-t-il les vocalises échappant à tout entendement humain (Ellen, Banned) ; avec Leslie Ross confectionne-t-il une mille-feuilles de basson (It Is Bassoon).

Mais la nouveauté de Red One ne réside pas dans ces trois réussites – et encore moins dans ce trio, conventionnel, que Margolis forme avec Lisa B. Kelley et la flûtiste Veronika Vitàzkovà (Lisa Verabbit). C’est en Xylo 2 (enregistré avec la tromboniste Monique Buzzarté) et en Toys for Nate que Margolis trahit un intérêt pour la distance, voire le silence, qui rehausse ses travaux de re-recording.

Parmi les références de l’imposante discographie d’If, Bwana, « la rouge » saura donc se faire entendre. 

If, Bwana : Red One (Pogus)
Edition : 2013.
CD : 01/ Toys for Al 02/ Ellen, Banned 03/ Xylo 2 04/ It Is Bassoon 05/ Lisa Verabbit 06/ Toys for Nate
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Ming Tsao : Pathology of Syntax (Mode, 2014)

ming tsao pathology of syntax

Nous avions prévu l’ascension du Mont Ming Tsao sans rien connaître de lui – Pathology of Syntax est la première présentation de ses travaux. Les premiers écroulements d’archet – n’était-ce pas quand même ceux de l’Arditti Quartet ? – ne nous découragèrent pas, bien au contraire. Nous nous engageâmes.

Pour y trouver une impression de nature que nous ne pouvions pas soupçonner chez ce compositeur américain (certes installé en Suède). Est-ce l’effet des grands et des froids espaces, mais le vent ne tire-t-il pas à lui les violons de Pathology of Syntax et ne pousse-t-il pas les cuivres de l’Ensemble Ascolta sur la pente abrupte d’(Un)Cover, les deux pièces d’ouverture inspirées par Beethoven ? Dans un autre genre (moins « classiquement contemporain », plus « impénétrable »), le trombone de l’Ensemble SurPlus ne brame-t-il pas sur Not Reconcilied ?

Pour faire pendant aux bruits de la nature, Ming Tsao compose avec des cordes intranquilles (ce sera encore le cas de celles de l’ensemble recherche), des notes qui dévissent jusqu’à remettre en question le canon. Sur la composition du même nom, le clarinettiste Anthony Burr et le violoncelliste Charles Curtis illustrèrent enfin notre inconscience : nous étions arrivés bien haut. Il nous fallait maintenant redescendre. Mais comment redescendre ?

Ming Tsao : Pathology of Syntax (Mode)
Edition : 2014.
CD : 01/ Pathology of Syntax 02/ (Un)Cover 03/ The Book of Virtual Transcriptions 04/ Not Reconciled 05/ One-Way Street 06/ Canon
Héctor Cabrero © Le son du grisli

John Chantler : Even Clean Hands Damage the Work (Room40, 2014)

john chantler even clean hands damage the work

Quitte à ce que ma chronique tienne pour l’essentiel dans  la citation d’un camarade (on appelera ça une chronique de rentrée), j’ose quand même : « l’homme de Brisbane oublie qu’en musique plus que dans tout autre art, l’expérimentation est une arme à double tranchant qui peut très vite terminer sa course planté dans un sol aussi aride qu’il est stérile » (Fabrice V., à propose de The Luminous Ground).

Quelques années plus tard, sur le même label, Even Clean Hands Damage the Work du même John Chantler produit les mêmes effets : après les bombardiers de Kahn et Asher (Planes), les lévitations de Chantler pèsent trop peu pour planer ; ensuite ses tressages de perles sonores n’ont que peu d’intérêt : une guitare sous acide collée à un space program post(déjàoui)-rafaeltoralien puis un drone chiatique… bon bon. Et quitte à finir sur une autre citation, finissons-en (déjàoui) : « l'homme de Brisbane, parfois rude, reste toujours insipide ».

John Chantler : Even Clean Hands Damage the Work (Room40)
Edition : 2014.
LP : 01/ Even Clean Hands 02/ Damage the Work
Pierre Cécile © Le son du grisli

François Tusques : La reine des vampires 1967 (Cacophonic, 2014) / La jungle du Douanier Rousseau (Improvising Beings, 2014)

françois tusques la reine des vampires

A Barney Wilen, Beb Guérin, Eddy Gaumont – avec qui il travaille alors sous la conduite du saxophoniste – et Jean-François Jenny-Clark, François Tusques aurait fait entendre quelques thèmes destinés à illustrer Les femmes vampires que Jean Rollin s’apprêtait à tourner. Le temps pour les intervenants de se souvenir y avoir entendu un piano que celui-ci a déjà disparu. A eux de retranscrire alors l’atmosphère des compositions.

Si l’expérience tient du Mystère (de la fantaisie ?), les onze prises – celles qui furent utilisées en face A, celles qui furent rejetées en face B – de La reine des vampires 1967 impressionnent : car non seulement elles se passent aisément d’images, mais elles sont autant de séquences d’un autre objet de cinéma, sans trame, celui-ci, dont l’empreinte est aussi nette que celles laissées à la même époque par New York Eye and Ear Control d’Ayler ou les plus libres compositions de Komeda.

Sur la première face, les cordes (nombreuses, puisque Gaumont a, pour l’occasion, abandonné sa batterie pour un violon) vont lentement, défaussent et installent un théâtre d’ombres que se disputeront un piano caverneux, un ténor spectral, deux contrebasses lâches et un (remarquable) archet fuyant. En seconde face, ce sont donc des airs de défaites : chutes épatantes qui valent combien de morceaux finis, sur lesquelles Wilen, plus résolu, ramène le groupe à un free moins atmosphérique, autrement licencieux.

François Tusques : La reine des vampires 1967 (Cacophonic / Souffle Continu)
Enregistrement : 1967. Edition : 2014.
LP : A1/ La Reine des vampires Theme Take 5 A2/ La Reine des vampires Theme Take 4 A3/ La Reine des vampires Theme Take 3 A4/ La Reine des vampires Theme Take 2 A5/ La Reine des vampires Theme Take 1 – B1/ La Reine des vampires Unused Cue 1 B2/ La Reine des vampires Rejected Theme 1 B3/ La Reine des vampires Unused Cue 6 B4/ La Reine des vampires Unused Cue 11 B5/ La Reine des vampires Rejected Theme 2 B6/ La Reine des vampires Unused Cue 9
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

tusques grimal guérineau la jungle du douanier rousseau

Enregistré le 22 février 2013 à Ackenbush, Malakoff, La jungle du Douanier Rousseau donne à entendre Tusques auprès de deux saxophones ténor : Alexandra Grimal et Sylvain Guérineau. C’est là un CD... à deux faces, selon que le pianiste – moderne, tout comme le peintre, capable de mouvement rétrograde – converse courtoisement avec l’une ou donne du leste au second. En filigrane, blues et swing confondus, l’amour de la chanson et de ces airs de Monk : de l’aîné, Tusques et son Douanier ont conservé cet éternel va-et-vient entre l’audace brillante et l’unisson de trop.

François Tusques, Alexandra Grimal, Sylvain Guérineau : La jungle du Douanier Rousseau (Improvising Beings)
Enregistrement : 22 février 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Dick Twardzick 02/ Sérénité 03/ A tâtons 04/ Au chat qui pêche 05/ Orgue à bouche 06/ Don Cherry Blue 07/ Alexandrins africains 08/ Tout est possible 09/ La jungle du Douanier Rousseau 10/ Move the Blues
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Pharoah & The Underground : Spiral Mercury (Clean Feed, 2014)

pharoah sanders & the underground

Echappé des griffes du sinistre Laswell, Pharoah Sanders rencontre Rob Mazurek et quelques-uns de ses amis (Chad Taylor, Guilherme Granado, Mauricio Takara, Matthew Lux). De cette rencontre naît Pharoah & The Underground.

Entre structures et errances, l’ancien compagnon de Coltrane trouve peu à peu ses marques : solos inspirants n’épargnant pas le cri, mieux le justifiant, et évitant les surcroîts d’antan. De la même manière, mais avec plus de nerfs et de jus, Rob Mazurek pénètre quelques brises nocturnes : sons rafistolés par des electronics (souvent) envahissants, solos de fiels et de cendres. Et c’est précisément ce que l’on retiendra de ce long concert lusitanien : le reste, entre brouillages et introspection, semblant ici, totalement dispensable.

Pharoah & The Underground : Spiral Mercury (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Gna Toom 02/ Spiral Mercury 03/ Blue Sparks from Her 04/ Asamancha 05/ Pigeon 06/ Jagoda’s Dream 07/ The Ghost Zoo
Luc Bouquet © Le son du grisli

John Edwards, Mark Sanders, John Tilbury : A Field Perpetually at the Edge of Disorder (Fataka, 2014)

john edwards mark sanders john tilbury a field at the edge of disorder

Quand ils n’improvisent pas en duo, John Edwards et Mark Sanders ont, semble-t-il, pris l’habitude d’interroger la pratique musicale qu’ils ont en commun auprès d’invités d’importance (Evan Parker, Frode Gjerstad, Veryan Weston…). Depuis le 17 juin 2013 (date d’un concert donné au Café Oto), John Tilbury est de ceux-là.

Est-ce affaire de contrepoids ? L’équilibre de ce « champ » qui, perpétuellement, affleure le désordre – la « confusion », même, menacerait-elle ? – trouve un point d’appui en contrastes subtilement accordés : affirmations brèves mais franches du percussionniste contre répétitions étouffées du pianiste, endurances de mouvements d’archet contre propositions sourdes (mais toujours terriblement décisives) ou accords amputés…

Malgré l’équilibre en question, et même l’allant de la composition, Tilbury peut soudain adopter les codes compulsifs de ses partenaires : la musique est alors de connivence, qui échange ses effacements au profit d’une tension changeante, grondante même parfois. Comme ces « bird calls » que Tilbury extrait en début d’enregistrement de quelle besace, l’air que le trio compose en deux temps allie plus qu’il n’oppose éther et fragilités.

John Edwards, Mark Sanders, John Tilbury : A Field Perpetually at the Edge of Disorder (Fataka)
Enregistrement : 17 juin 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Part I - 38:11 02/ Part II - 29:26
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Alessio Riccio : Ninshubar. From the Above to the Below (Unorthodox, 2013)

alessio riccio ninshubar

Batteur, percussionniste et compositeur, Alessio Riccio multiplie non seulement les pistes (18) sur Ninshubar. From The Above To The Below mais aussi les croisements stylistiques. Improbable – et très réussi – mélange de musiques contemporaines (Luciano Berio-style) tombées en pamoison devant un free rock tendance jazz (think Chris Corsano en leader du No-Neck Blues Band), l’ambition musicale de l’artiste transalpin ne se résume heureusement pas à un seul tenant bordélique – même si, au premier abord, ça déboule dans tous les sens et c’est à perdre la raison.

Toutefois, et bien vite, les nombreuses et assumées influences du gaillard (dont l’évidence Lasse Marhaug) nous emmènent séance tenante du meilleur côté de la force, telle qu’on se l’imagine du côté de la Norvège façon label +3dB. Et quelle riche idée de convier à la table le chant tout en nuances et sourdines de la Belge Catherine Jauniaux, associée au spoken word fascinant de l’Italienne/ophone Monica Demuru.

écoute le son du grisliAlessio Riccio
Ninshubar (extraits)


Alessio Riccio : Ninshubar. From The Above To The Below (Unorthodox Recordings)
Edition : 2013.
CD : 01/ Da nemico ad amico, si parlò di un cane... 02/ T6A - (Le) cattive compagnie 03/ Ishbu Kubu - Maenads_Ninshubar/Premise_Nell'ira 04/ Angelus 05/ D2 - (pre)Purifica le tue labbra 06/ Solennità dell'ombra 07/ Bacchae 08/ T6B - Cerbiatta_Hieros Gamos_La saggezza ideale_Infiniti gli uomini 09/ Il cane e la (sua) nuova vita 10/ Profezia 11/ Esilio 12/ Falso, anche in mezzo alla folla! 13/ D3 - Blessedness 14/ Purifica le tue labbra (in silenzio) 15/ D4 - Cerbiatta/Reprise 16/ Sull'affanno dell'uomo - (post)Purifica le tue labbra 17/ D1 - Il cane e la (sua) soglia 18/ (Re)Ishbu Kubu - Ninshubar/Autoremix_Come away
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Daniel Menche, William Fowler Collins : Split (Sige, 2014)

daniel menche william fowler collins split

Ainsi ces travaux partagés de nature et de ténèbres devaient un jour rapprocher Daniel Menche et William Fowler Collins. C’est un vinyle, pour l’heure, dont ils remplissent chacun une face.

Sur la première, Menche installe une ambient qui dévie dès ses premières secondes : souvenir de New Age gangréné par toutes les névroses qu’il aura vu venir à lui, tourne sur les trajectoires de drones nombreux puis s’offre à un orchestre fantôme, qui tonne et l’emportera. Sur la seconde, Fowler Collins dépose quelques notes de guitare bientôt avalées par un écho vorace. Celui-ci fera de frottements, de rumeurs, de tremblements graves et de motifs de guitare électrique bouclés, une berceuse oppressante : moins démonstrative que celle de Menche, la pièce est de charge égale, qui manifeste et caractérise le rapprochement en question.  

écoute le son du grisliDaniel Menche
Raised Coils of the Giant Serpent of Eternity

écoute le son du grisliWilliam Fowler Collins
I Heard Only the Eternal Storm

William Fowler Collins, Daniel Menche : Split (Sige)
Edition : 2014.
LP : A/ Daniel Menche : Raised Coils of the Giant Serpent of Eternity – B/ William Fowler Collins : I Heard Only the Eternal Storm
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Michal Jacaszek, Kwartludium : Catalogue des arbres (Touch, 2014)

michal jacaszek kwartludium catalogue des arbres

Les field recordings, certains les proposent tel quel, d’autres les transforment… Michal Jacaszek, lui, les fait accompagner. En l’occurrence par Kwartludium, un quatuor polonais d’allure toute classique (violon, clarinettes, piano et percussions : Piotr Nowicki, Paweł Nowicki, Dagna Sadkowska & Michał Górczyński) mais néanmoins fort inventif.

Son Catalogue des arbres (peupliers, sureaux, chênes…), qui ne manquera pas d’évoquer les oiseaux de Merzbow (à moins que ce ne soit, mais je ne peux pas y croire, ceux de Messiaen), se balance entre deux branches : une atmosphère nébuleuse et un contemporain de nature. Pas étonnant qu’on semble apercevoir, à l’autre bout de la forêt ou caché dans un fourré, Gavin Bryars ou Kronos Quartet, Rafael Toral (première période) ou Mark Hollis (dernière période en date). Sur le souffle de l’enregistrement, les pages du catalogue tournent, délivrant la sève qui y coule et la vie qui y bruisse.

Michal Jacaszek, Kwartludium : Catalogue des arbres (Touch / Metamkine)
Edition : 2014.
CD : 01/ Sigh (Les peupliers) 02/ Green Hour 03/ A Book of Lake (Roselière) 04/ Garden (Les sureaux) 05/ From a Seashell 06/ Circling (Le pré) 07/ Anthem (La forêt) 08/ Kingdom (Les chênes, les bouleaux)
Pierre Cécile © Le son du grisli

Fire! : (Without Noticing) (Rune Grammofon, 2013) / Ken Vandermark, Mats Gustafsson : Verses (Corbett vs. Dempsey, 2013)

fire without noticing

Fire! pourrait-il être autre chose que convulsif ? Les machines saturantes ouvrant et refermant ce disque disent beaucoup des excès à venir. Le scénario, épais comme une carte postale, est celui du cri. Au ténor ou au baryton, le bon Mats Gustafsson hurle une psyché rouillée. Les riffs, eux aussi épais comme des cartes postales, peuvent prendre la route du méditatif ou des lenteurs australes mais ne sont jamais que prétextes aux contaminations à venir.

Habitué aux débordements et autres escalades soniques, l’auditeur pourra (ou pas) y trouver son compte. Mais reconnaissons à la formule ses limites. Ennui serait trop fort, amertume serait plus juste.

Fire! : (Without Noticing) (Rune Grammofon)
Enregistrement : 2012-2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Standing on a Rabbit 02/ Would I Whip 03/ Your Silhouette on Each 04/ At Least on Your Door 05/ Tonight, More, Much More 06/ Molting Slowly 07/ I Mostly Stare
Luc Bouquet © Le son du grisli

ken vandermark mats gustafsson verses

Enregistrés le 24 mars 2013, Ken Vandermark et Mats Gustafsson en Verses font de l’ère du swing un point de départ à partir duquel ils réinventeront à leurs manières (bien connues, maintenant) l’art de descendre en flamme tout entendement, celui du sifflement convulsif et du rebond vigoureux, celui enfin du canevas solide allié à des motifs changeants. Versatile, et souvent heureux.  

Ken Vandermark, Mats Gustafsson : Verses (Corbett vs. Dempsey)
Enregistrement : 24 mars 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ The Madness of Branches 02/ Ripolin 03/ Fortunates Rust 04/ I Never Dreamed 05/ Beside Me, Images 06/ We Turn the Page
Guillaume Belhomme © Le son du grisli