Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Grisli d'été10 Years a Grisli : Rétrospective 2004-2014Garrison Fewell (1953-2015)
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Oğuz Büyükberber, Simon Nabatov, Gerry Hemingway : Live at the Bimhuis (TryTone, 2015)

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Tensions, détentes, crescendos, decrescendos : comment en sortir ? En trente et une petites minutes, un trio (jeune de deux années) désire aller plus loin, plus profond que la fois précédente. Quoi de plus logique ?

Le clarinettiste Oğuz Büyükberber impose lacets et tension en début d’improvisation. Le chemin est accepté à mi-notes par ses deux partenaires. Mais la porte d’entrée se dérobe. S’entament des amorces, s’essayent des couleurs. On sentirait presque batteur et pianiste gênés par ce début d’improvisation en roue libre.

Tous bataillent pourtant. Resserrant le mouvement, Gerry Hemingway pénètre un rythme bancal et néanmoins rassembleur. Voici donc la clé. Simon Nabatov peut maintenant convulser sans retenue. Duo piano-batterie puis solo de clarinette basse : le faux pas est écarté. Le naturel se porte large. Une marche de guingois peut même surgir sans que l’on crie au blasphème. Fin.

Oğuz Büyükberber, Simon Nabatov, Gerry Hemingway : Live at Bimhuis (Trytone)
Enregistrement : 2012.  Edition : 2015.  
CD : 01/ 21-9-12
Luc Bouquet © Le son du grisli


Jac Berrocal, David Fenech, Vincent Epplay : Antigravity (Blackest Ever Black, 2015)

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Berrocal / Fenech, le retour ? Yep, et sur un air de western (enfin, d’un western modifié, celui de Nanook, le premier titre de ce CD). Avec le duo, notons que ce n’est plus Tazartès mais Vincent Epplay, artiste sonore de son état et musicien touche-à-tout-ce-qui-sonne (synthés, fied recordings, accordéon, etc.).

Pas moins de 14 plages, le tout enregistré entre 2011 et 2014. Oui mais alors le tout quoi ? Parce qu’il y en a des choses, dans Antigravity… Des improvisations lugubrostères (The Overload), des chansonnettes inspirées par Brian Eno et David Byrne (Panic in Bali) ou Vince Taylor (Rock’n’Roll Station), des reprises (le Where Flamingoes Fly par Gil Evans ou la Valse des lilas, avec Anna Byskov à la voix, qui ferait une belle musique d’ambiance pour parking à agressions), du folk baltringue pour trompette bouchée (Tsouking Chant), des élucubrations expérimentales (Nanooks), une poésie d’exil hôtelier (Riga Centraal) et autres petits trucs parfois un peu fastoches (Solaris)…

Bref (ah oui, aussi un hommage à Jacques Thollot, et un beau morceau de danse psychotrope : L’essai des suintes ou le bal des futaies)… Bref, disais-je, un catalogue (référence !) d’excentricités rockobrutales dans un Diapason pour routier chantant (cheers, Sœur Sourire).

Jac Berrocal, David Fenech, Vincent Epplay : Antigravity (Blackest Ever Black)
Enregistrement : 2011-2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Nanook 02/ The Overload 03/ Panic in Bali 04/ Rock’n’Roll Station 05/ Where Flamingoes Fly 06/ Kinder Lieder 07/ Tsouking Chant 06/ Valse des lilas 09/ Nanooks 10/ Solaris 11/ Ife L’ayo 12/ Spain 13/ Riga Centraal 14/ L’essai des suintes ou le bal des futaies
Pierre Cécile © Le son du grisli

John Butcher : Nigemizu (Uchimizu, 2015)

john butcher nigemizu

C’est une jolie pochette de carton qui enferme la première référence du label Uchimizu. Sur le disque, trois solos de John Butcher, enregistrés début août 2013 au Japon.

Le 7, c’est au ténor que le saxophoniste fait résonner une église d’Osaka. Ses notes sont longues qui, dans la ligne ou le tremblement, construisent des structures anguleuses (parfois simple esquisse, comme d’un trait de plume) au gré de séquences rapprochées : à la verticale comme à l’horizontale, Butcher unit deux notes, installe un motif qu’il travaille, martèle et soudain gomme, projette un sifflement après lequel il s’élance, transforme combien d’inspirations en hallucinations sèches…

Le 10, c’est au soprano qu’il  comble l’espace du célèbre Hall Egg Farm de Fukuya. D’autres structures s’y entendront, prêtes à s’emboîter comme par merveille. D’abord prudent, le soprano s’étend sur un air qui se réfléchira en miroirs qui, tous à leur façon, le transformeront. C’est alors l’ascension puis la chute lente de volutes différentes : au moment de leur déclenchement ou quand arrive celui de leur disparition, c’est aussi l’assurance de nouvelles surprises.

John Butcher : Nigemizu (Uchimizu / Metamkine)
Enregistrement : 7 & 10 août 2013. Edition : 2015.
CD : 01/ Enrai 02/ Uchimizu 03/ Hamon
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Jacques Thollot : Tenga Niña (Nato, 2015)

jacques thollot tenga nina

En 1995, on en parle, on s’excite : Jacques Thollot enregistre. Depuis longtemps, le mundillo oublie Thollot (le mundillo réussit très bien à oublier ceux qu’il a adorés la veille). Thollot joue en solitaire, compose, espère. Le sac est plein de cassettes, de projets. Et l’homme de Chantenay n’oublie pas. Et il dit go ! Et Tenga Niña voit le jour. Et la secousse sismique n’est pas anodine.

On n’a jamais oublié la trompette d’appel d’Henry Lowther. On la retrouve ici intacte, inaugurant cet album puzzle. Un album où le sucré se marie avec l’amer. To Neneh by Don from Jacques, comment l’oublier ? Comment oublier les morsures de Noël Akchoté ? Comment passer sous silence les bienveillances de Claude Tchamitchian ? Comment oublier les douces violences de Tony Hymas ?

Ce disque n’est rien d’autre qu’un appel à la tendresse. A toutes les tendresses. Et peut-être même au pardon. Ce n’est pas un disque de compositeur. Ce n’est pas un disque de batteur. Peut-être est-ce un disque de chamane ? Et comment oublier l’au-delà de Marie Thollot ? Impossible. Voilà, vous venez de conclure à ma place.

Jacques Thollot : Tenga Niña (Nato / Allumés du Jazz)
Enregistrement : 1995. Edition : 1996. Réédition : 2015.
CD : 01/ Tenga Nina 02/ La maison des Cellettes 03/ To Neneh by Don from Jacques 04/ Récréation exubérante de position stationnaire 05/ Alliance secrète 06/ Trois bambins pour Art 07/ Longitude innée 08/ Un bâton a toujours deux bouts 09/ Même si j’étais mine, garde le style haut ! 10/ To Bud 11/ Fanny de deux à trois 12/ L’au-delà
Luc Bouquet © Le son du grisli

John Butcher, Andy Moor : Experiments with a Leaf (UnSounds, 2015)

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C’est un concert donné le 26 octobre 2013 à Berne que consigne Experiments with a Leaf. Cinq plages, longues ensemble d’une demi-heure à peine, sur lesquelles se font face John Butcher et Andy Moor.

L’un comme l’autre à l’affût – l’œil de ces oiseaux de musée photographiés par Moor promet discernement et sagacité –, les musiciens évoluent d’abord à distance (l’un de l’autre, et aussi, semble-t-il, des micros). Mais déjà, le médiator agace et la guitare et le saxophone : les rebonds et virevoltes de Butcher répondent aux saillies de Moor quand les harmoniques électrifiées du guitariste ne poussent pas le ténor à trouver refuge dans l’ombre.

Deux rapaces abreuvés de taurines se cherchent alors : revêches, nerveux, jouant des différences de hauteur et parfois d’intention (pressé, le soprano pourra perdre quelques plumes dans des cordes qu’il se sera, ailleurs, amusé à emmêler), Butcher et Moor se tirent de ces cinq expériences avec un égal panache.

John Butcher, Andy Moor : Experiments with a Leaf (UnSounds)
Enregistrement : 26 octobre 2013. Edition : 2015.
CD / LP / DL : 01/ Five Eyes 02/ Fantasy Downsize 03/ Joy is the Headlight 04/ Tongue
Guillaume Belhomme © Le son du grisli