Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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A paraître : Guillaume Belhomme & Daunik Lazro10 Years a Grisli : Rétrospective 2004-2014LDP 2015 : Listening
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

LDP 2015 : Carnet de route #5

ldp 2015 27 mars

Après Karlsruhe et avant un retour en Suisse (Zürich, Seismogram), Schorndorf. D'où Urs Leimgruber, Jacques Demierre et Barre Phillips nous adressent le cinquième chapitre de leur carnet de route.

27 mars, Schorndorf, Allemagne
Klub Manufaktur

Last night the sound was so special. Of course it has to do with my ears and perception, but the space, a medium sized other-time industrial space, was instantly available to sound. It reminded me of early peyote experiences when the sounds became palpable, like putty in the hand. Plus a very positive medium-sized group of people to share the moment with us. Older people. I didn't see one young person, yet there must have been at least one, hidden amongst the long-beards. "So nice to hear you again". Really long-spending applause at the end. The sharing very special, beyond the usual waves. And a great part of what makes this type of concert a success are the people who organize it. Club Manufaktur. Volunteer folk. Werner, Andrea and the others. Giving a not small part of their lives to making their passion shareable. The local organizer is so important to us, the traveling musician-performer. The warm welcome, the right hotel, good food at the right time, the com work that over the years adds up to a room full of people to share the sounds and vibrations. The continual entrepreneurial struggle to keep the funding in tact over the years. Elements so vital to the life of the music. So dear sponsors, know that we appreciate you beyond the veil. Hugs & donuts all around.
The Black Bat spent the night at the opera.
B.Ph.

Der Konzertort „Manufaktur“ befindet sich in einem ehemaligen Fabrikgebäude. Der Raum mit seinen akustischen Voraussetzungen eignet sich hervorragend für live Musik.
Gute Freunde und Bekannte und ein aufmerksames Publikum kommen zum Konzert. Die Stimmung im Raum ist höchst konzentriert. Das Trio spielt einen extensiven ersten Teil. Nach der Pause spielt Barre Phillips ein Solo. Anschliessend fügt sich das Trio wieder zusammen, bis zum Schluss.
Zitat:
Die Spieler beobachten sich gegenseitig, nehmen Motive untereinander auf, ergänzen diese, zerspielen sie und horchen praktisch in die sich umschleichenden Töne hinein. Alles bleibt dabei aggressiv und rau, ganz frisch wie improvisierte Musik sein sollte. Trotzdem gibt es auch immer wieder Stille, ein Zurücktreten von Zweien gegenüber einem Einzelnen, wodurch hier die Balance zwischen den drei Individuen wunderbar hergestellt wird. Und dem Hörer Raum gelassen wird, zuzuhören. JAZZTHETIK
U.L.

Yamaha, P121n-Silent, E334739. La première image en pénétrant l'obscurité de la salle fut, à part la forme reconnaissable d'un piano droit, une paire de sabots, mi-bois, mi-cuir rigide, comme abandonnée face à l'instrument. Elle appartenait à l'accordeur, un homme aux cheveux longs, sympathique, chaleureux et édenté, qui semble aimer porter des chaussures de cuir souple dans ses sabots quand ceux-ci ne gisent pas de part et d'autre des pédales forte et una corda de l'instrument. "J'aime les résonances" me dit-il, " et les harmoniques", je comprends, moi aussi. Dans un geste contradictoire un peu tragique, il tenta de me convaincre que ce Yamaha vertical sonnait aussi bien qu'un piano à queue, mais qu'on ne pouvait de toutes façons pas demander l'impossible à un piano droit. J'ai tout de suite senti, au jeu, au partage des sons, que pour en avoir plus, il fallait en chercher moins. Il fallait élaguer le son du piano vers le silence et non lui ajouter une pression sonore qui allait très rapidement l'étouffer. (Je parle là de la version Yamaha P121n en mode acoustique et non en mode SILENT, où le pianiste porte un casque stéréophonique et où les marteaux ne frappent plus les cordes, mais où le mouvement des touches et d'autres paramètres performatifs sont captés par des senseurs optiques et convertis en données numériques. L'expérience d'écoute d'un concerto de Rachmaninov en mode SILENT, mais perçu depuis l'extérieur, c'est-à-dire en n'écoutant que la structure rythmique de la pièce rendue à travers la mécanique bruitiste des marteaux, est tout à fait enthousiasmante, rendant du coup parfaitement dérisoire l'espace sonore pianistique numérique proposé par la firme japonaise.)
Changer d'instrument chaque soir, comme sont amenés à le faire les pianistes, et quelque soit le type de piano envisagé, à queue, droit, toy, pose moins la question de l'instrument et de sa qualité intrinsèque, que celle du processus de perception et de la primauté qu'on lui accorde. Je dirais, avec David Dunn, que l'organisation de la perception est plus fondatrice que la manipulation des éléments matériels de base de la production du son. A chaque nouveau piano, une nouvelle stratégie d'écoute: primauté de l'esprit sur la matière ?
J.D.

P1090917

Photo : Jacques Demierre.

mail 10 years


Wieman Plays Goem : Trenkel (Kvitnu, 2015)

wieman plays goem trenkel

Derrière Wieman, se cachent Frans de Waard et Roel Meelkop (mais se cachent-ils vraiment ?). Qui est par contre ce Goem qu’ils interprètent aujourd’hui ? Aucune idée. Nous n’apprendrons que tardivement que la musique de cette plage de trois quarts d’heure était destinée à servir de bande-son à un film (que nous n’aurons pas vu).

Ce qui n’empêche que cette musique intéresse quand même. C’est une sorte de proto techno (on soupçonne l’usage de petits synthés du siècle passé dans ce petit coup de cymbale par exemple) qui va virer de bord. Son battement régulier (et étouffé) va peu à peu gonfler et, à force de se balancer, tomber sur une electronica plus (ouvrez les guillemets) expérimentale, qui rappellera les mignardises de Jan Jelinek ou les (ouvrez les guillemets) élucubrations de Felix Kubin. Aux amateurs de techno minimale (se cachent-ils, eux aussi ?) : au Wieman toute !

Wieman Plays Goem : Trenkel (Kvitnu)
Edition : 2015.
CD : 01-05/ Trenkel 1 - Trenkel 5
Pierre Cécile © Le son du grisli

LDP 2015 : Carnet de route #4

ldp 2015 26 mars Karlsruhe

En Allemagne, désormais : Karlsruhe, pour être précis, d'où Urs Leimgruber, Jacques Demierre et Barre Phillips nous adressent la quatrième impression de leur carnet de route.

b

26 mars, Karlsruhe, Allemagne
Jazzclub Karlsruhe e.V. im Zentrum für Kunst und Medientechnologie, ZKM_Kubus

Black Bat flew into the space and swirled round and around. Cawing, brawling, in his silent way. No mind, you all.
Kubus - Over-write. A new layer of paint on top of the old. Like when you change the lino on an old kitchen floor.    
Why we re-struct,
again the question to rephrase,
leaving the spaces between to define themselves,
their ears & bones to contemplate.

Does everything come next?     
Kubus -  In isolation a breath is yet a wind.
B.Ph.

Das ZKM | Zentrum für Kunst und Medientechnologie ist eine weltweit einzigartige Kulturinstitution, denn es ist ein Ort, der die originären Aufgaben des Museums erweitert. Es ist ein Haus aller Medien und Gattungen, ein Haus sowohl der raumbasierten Künste wie Malerei, Fotografie und Skulptur als auch der zeitbasierten Künste wie Film, Video, Medienkunst, Musik, Tanz, Theater und Performance. Als Museum wurde das ZKM 1989 gegründet mit der Mission, die klassischen Künste ins digitale Zeitalter fortzuschreiben. Deshalb wird es gelegentlich auch das »elektronische bzw. digitale Bauhaus« genannt – ein Ausdruck, der auf Heinrich Klotz zurückgeführt wird. Darüber hinaus beherbergt das ZKM aber auch Institute und Labors, in denen wissenschaftlich geforscht, entwickelt und produziert wird. Neben dem klassischen Leitgedanken des Museums, dafür zu sorgen, dass Kunstwerke nicht verschwinden, hat das ZKM auch die Aufgabe übernommen, die Bedingungen dafür zu schaffen, dass Kunstwerke entstehen – zum einen durch GastkünstlerInnen, zum anderen durch die MitarbeiterInnen des Hauses. Deswegen heißt es Zentrum und nicht Museum.
Heute Abend auf Einladung des Jazzclub Karlsruhe e.V. im Studio Saal des ZKM Konzert Leimgruber_Demierre_Phillips. Haarmonie 255/101/305/407. Quadratisch. Praktisch. Gut. Mitschnitt SWR2.
U.L.

Yamaha, S6, 5515776. S'agit-il une nouvelle fois du syndrome de la müde Saite (lire 21 Mars, Sion) ? Malgré l'excellence du niveau de qualité apporté à chaque composant et le savoir-faire des artisans de l'atelier de fabrication Yamaha - dixit l'entreprise japonaise fondée par Torakusu Yamaha à Hamamatsu - la corde de mi bémol grave du Yamaha S6 joué ce soir s'est rompue brusquement peu avant la fin de la première partie. Cet incident n'a pas échappé au technicien du ZKM_Kubus, qui a profité de la pause pour récupérer discrètement la corde endommagée. Ne jetez jamais une corde de piano cassée ! Particulièrement les cordes de basse filées, qui sont commandées sur mesure, les anciennes cordes servant de modèle au fileur de cordes. Confus de la rupture de ce fil métallique sous tension - même si mettre la facture instrumentale à l'épreuve du matériau sonore est une partie essentielle de mon activité de pianiste improvisateur -, je suis rassuré par les paroles de l'organisateur: « ce n'est pas la première fois… ce piano est souvent utilisé pour la musique contemporaine… », il ajoute à ce dernier mot un mouvement du menton qu'il juge suffisamment explicite pour ne pas le commenter davantage. Qu'aurait compris Pierre Boulez de ce geste mandibulaire, lui qui aujourd'hui 26 mars célèbre précisément ses nonante ans ? Qu'aurait compris ce même Pierre Boulez, un des plus grands compositeurs et chef d'orchestre du siècle passé, de cette rupture de corde, lui qui est passé largement à côté de la musique improvisée tout au long de sa carrière exceptionnelle ? Questions sans réponse et surtout histoire d'une non-rencontre entre une musique improvisée non idiomatique et un compositeur qui a pensé la musique comme peu l'ont fait, mais dont la pensée elle-même semble l'avoir tenu à l'écart de cette expérience sonore essentielle.
J.D.

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Photos : Jacques Demierre

Bertrand Gauguet : Shiro (Herbal International, 2014)

bertrand gauguet shiro

On ignore si les huit pièces de Shiro, travail engagé par Bertrand Gauguet en 2011 alors qu’il était en résidence à la Villa Kujoyama de Kyôto, forment un tout – c’est-à-dire : une cohérence – ou si elles sont les relevés emblématiques – mais disparates – de l’assimilation dynamique des chants d’un instrument acoustique et de ceux du même instrument amplifié.

S’il est affaire de balance, Shiro basculerait au moment de Sabi, cinquième plage d’intonations saturant qu’un ampli de guitare crache en machine bruitiste. De part et d’autre, c’est en diplomate ou en créateur méditatif (« Je travaille quotidiennement et, en un sens, cela peut s’approcher d’une forme de méditation », confiait Gauguet en 2011) que le saxophoniste consigne un exercice butchérien. Souffles introvertis, lignes sinueuses mesurées souvent à l’aune de feedbacks ou notes endurantes mais réservées, fuient alors les impasses de l’exercice improvisé (si ce n’est sur Yūgen qui, à force de trop approcher l’impasse, s’y oubliera) au son de polyphonies vaporeuses.

Bertrand Gauguet : Shiro (Herbal International / Metamkine)
Enregistrement : 19 juillet 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Le temps de sable fin chante dans mes bras 02/ Shiro 03/ Yūgen 04/ Bloc noir 05/ Sabi 06/ Jo-ha-kyū 07/ Kuro 08/ Anitya
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Charles Hayward, Kawabata Makoto, Guy Segers : Uneven Eleven (Sub Rosa, 2015)

charles hayward kawabata makoto guy segers uneven eleven

Je n’ai que rarement eu l’occasion d’entendre Makoto Kawabata sans ses Acid Mothers Temple (même dedans d’ailleurs, il faut savoir le débusquer) et cette captation de concert au Café Oto l'année dernière a mis un terme à cet étrange phénomène. Avec le guitariste japonais, il y avait le bassiste belgo-électrique Guy Segers et le batteur Charles This Heat  Hayward.

L’atmosphère du concert est bon enfant, le public est proche & enthousiaste. Il n’en faut pas plus aux trois hommes pour improviser un rock que l’on qualifiera, selon les plages, de « blues », « prog », « tribal , « no wave » ou même « funk ». Si ce n’était que ça, ce ne serait pas grand-chose, un concert de plus de loops de basse, de guitar solos et de costaude batterie, des improvisations assez pépères (malgré tout le respect que je dois aux musiciens)…

Mais (car il y a un mais) c’était sans compter sur le message des premières secondes du concert : c’est indubitable, il y a quelque chose dans l’air que les déclinaisons fastoches et les tissages rock-cliché ne peuvent réduire en miettes. Et bing, c’est Excavation, une perle dyonisiaque de treize minutes, & plus loin Hologram, une piste de noisy tirée à quatre épingle, qui nous forcent à l’admettre : dans ou hors d’AMT, on doit toujours faire confiance à Makoto Kawabata.

Charles Hayward, Kawabata Makoto, Guy Segers : Uneven Eleven : Live at Café Oto (Sub Rosa)
Enregistrement : 24 mai 2013. Edition : 2015.
2 CD / LP : CD1 : 01/ Dislocation 7 03/ Combustible Comestible 03/ Benevolent with Hybrid Shoes 04/ Excavation 05/ Dune 11 – CD2 : 01/ Slow Sweep 02/ Javelin 03/ Irrigation 04/ Hologram 05/ Global Anaesthesists
Pierre Cécile © Le son du grisli

cd



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