Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


ChroniquesArchivesHors-sérieDisquesLivresFilmsle son du grisliNewsletterContact

Rasmussen / Genta / Edwards / Corsano au festival MétéoJacques Demierre, Jonas Kocher et Axel Dörner à MétéoAu grisli clandestin
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Sei Miguel : Salvation Modes (Clean Feed, 2014) / Parque Earworm Versions (Clean Feed, 2013)

sei miguel salvation modes

D’une horizontalité qu’il ne quittera jamais, on retiendra de Sei Miguel son amour des longs silences. Comme si, aimanté par quelque drone céleste, il ne sortait de son repère que pour étirer jusqu’à l’excès des phrasés livides, à la limite de l’effacement. L’absence d’aventure (mais l’aventure doit-elle être tonitruante ?), les éclaboussures souterraines, les solos parcimonieux (Fala Mariam, César Burago, Pedro Gomes), une évanescence de (presque) tous les instants, feront fuir les tenants du sonique à tout prix.

Les autres, ceux pour qui la nonchalance est bonne conseillère, se réjouiront de ces trois compositions aux longs fleuves tranquilles. Ils aimeront sans doute Cantata Mussurana et la douce voix de Kimi Djabaté. Plus proche d’un Don Cherry ou d’un Jacques Coursil que d’un John Cage qu’il semble pourtant vénérer, Sei Miguel poursuit, inlassablement, un chemin peu balisé, peu documenté, peu commenté. Il serait grand temps que l’on s’intéresse à ce compositeur aux tendres desseins.

Sei Miguel : Salvation Modes (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2005-2012. Edition : 2014.
CD : 01/ Preludio e cruz de sala 02/ Fermata 03/ Cantata Mussurana
Luc Bouquet © Le son du grisli

 

parque earworm versions

Lorsqu’il n’accompagne pas Sei Miguel, le saxophoniste Nuno Torres peut soutenir le travail artistique de Ricardo Jacinto. Conceptuel, celui-ci, qui convoque une électroacoustique tortueuse trop illustrative peut-être, si ce n’est sur Peça de Embalar : trois plages de soupçons, certes post-AMM, que les percussions de Dino Recio portent avec un esprit nouveau.

Parque : The Earworm Versions (Clean Feed/ Orkhêstra International)
Edition : 2013.
CD : Earworm Versions
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 


Nouveau Jazz Libre du Québec : En direct du Suoni per il popolo (Bronze Age, 2014)

nouveau jazz libre du québec en direct du suoni per il popolo

Membre fondateur du Quatuor de jazz libre du Québec (l’ayant certes déserté pour l’Inde en 1973), le batteur Guy Thouin ressuscitait récemment la « chose » en compagnie de deux saxophonistes, et autres vétérans : Bryan Highbloom (ténor et soprano) et Raymon Torchinsky (alto). La « nouvelle chose » rebaptisant l’ancienne Nouveau Jazz Libre du Québec.

En concert (20 juin 2013), le trio donne à entendre ce qu’est aujourd’hui le free jazz : un lot de souvenirs (de jeu, sinon d’écoutes) à réinventer sur le conseil d’une frivolité sagace. Ainsi, roulant des mécaniques sunnysiennes, Thouin dirige-t-il son trio sur une relecture de Bemsha Swing ou un air de Préfontaine (Valse à grand-mère), une danse bientôt interrompue ou une marche rapide – l’une et l’autre permettant aux saxophonistes d’en appeller à quelques figures de légende (Ayler, Coleman). Improvisant aussi, le Nouveau Jazz Libre du Québec dispense autrement sa fantaisie : combinaison de jazz débridé et de folklore bravache, soit, en effet, de quoi rafraîchir.

Nouveau Jazz Libre du Québec : En direct du Suoni per il popoli (Bronze Age)
Enregistrement : 20 juin 2013. Edition : 2014.
LP / CD : 01/ Bemsha Swingish 02/ Valse à Grand-Mère 03/ De Temps en Temps / Now and Then 05/ Tehai 06/ Thème 25ème Avenue 07/ String Theory: Dimension Dance 08/ Commun Blues / Down the Hobbit Hole
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

jackie_mclean_de_guillaume_belhomme

Johannes Rød : Free Jazz and Improvisation on Vinyl 1965-1985 (Rune Grammofon, 2014)

johannes rod jazz and improvisation on vinyl

Le titre et le sous-titre de ce livre exposent assez clairement le projet de Johannes Rød. Retour, donc, à quelques étiquettes discographiques historiques dont le sujet fut le free et/ou l’improvisation.

Rangés par ordre alphabétique, les labels (indépendants, précisons-le) se succèdent en respectant quelque usage formel : nom, courte présentation, liste de l’intégralité des productions du label en question ou sélection de références seulement dans le cas où il n’aurait pas œuvré exclusivement en faveur du free et/ou de l’improvisation (ECM, Nato, Flying Dutchman…). En introduction, Rød avoue la subjectivité de sa démarche et précise que les soixante-quatre vinyles dont les pochettes sont reproduites dans un cahier central sont de sa collection, sinon de celle de Rune Kristoffersen (Rune Grammofon).

Maintenant, les listes : références de noms désormais célèbres (America, Black Saint, BYG (Actuel), Delmark, Emanem, ESP, FMP, Hat Hut, Nessa, Ogun, ICP, Incus, India Navigation…) et entiers catalogues de maisons bâties par les musiciens eux-mêmes : Matchless (Eddie Prévost), Metalanguage (Larry Ochs et Henry Kaiser), Po Torch (Paul Lytton et Paul Lovens), Rift (Fred Frith), Parachute (Eugene Chadbourne), El Saturn (Sun Ra), Jihad (Amiri Baraka), Bead (Phil Wachsmann), Ark (Trevor Watts), A (le même Watts et John Stevens), Mustevic Sound (Steve Reid), etc. Certes, la mise en page peut paraître austère – pour plus de « folie », conseiller sans coup férir la pratique de Free Fight –, mais le compte informatif y est.

Johannes Rød : Free Jazz and Improvisation on Vinyl 1965-1985. A Guide to 60 Independent Labels (Rune Grammofon)
Edition : 2014.
Livre (anglais)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Franck Vigroux : Ciment (DAC, 2014)

Franck Vigroux Ciment

Ce n’est pas un retour à la vie sauvage (la cabane dans les bois, sur la pochette du LP, m’a fait craindre un nouveau cas de Walden Syndrome), mais plutôt un repli chez soi qui fait le Ciment de Franck Vigroux. Le voilà libre, seul à la guitare, prêt à tirer dans tous les sens.

Et (ouf !) il jouit chez lui de l’électricité (ce qui peut être pratique si l’on veut brancher un ampli). Maintenant, que penser de ces dix instrumentaux bruitisto-mélodiques (dépend des fois) qui s’écoutent (là-dessus, pas de problème) mais qui manquent légèrement de personnalité ?

Car quand on a eu la chance d’entendre ce que Kevin Drumm, Henry Kaiser, Oren Ambarchi, Otomo Yoshihide, Derek Bailey bien sûr, ou même Ali Farka Touré, ont fait à la guitare dans le genre noisy, arpégé, improvisé ou blues du désert, on a du mal à saisir l’originalité des plans au calque de Vigroux. A moins que l’envie nous vienne d’écouter tous ces modèles réunis sur une seule et même galette. Alors, OK, Ciment pourrait faire l’affaire.

Franck Vigroux : Ciment (DAC)
Enregistrement : 2014. Edition : 2014.
LP : A1/ Reste à pique A2/ Marche à déployer A3/ Crève mais l’ombre A4/ Frotte A5/ Lambeaux – B1/ Monter soleil vers la crête B2/ Souviens-toi du premier B3/ Regarde aussi vers B4/ Que rien n’y pousse B5/ Dixième
Pierre Cécile © Le son du grisli

Bolder : Hostile Environment (Editions Mego, 2014)

bolder hostile environment

Vieille connaissance du label Mego, à l’époque pas encore au stade des Editions, Peter Votava se rappelle à nos beaux souvenirs de ses anciens projets Pure et Ilsa Gold. Aujourd’hui associé à Martin Maischein (ex-Heinrich at Hart) au sein de Bolder, le producteur autrichien déboule avec un Hostile Environment des plus jubilatoires – pour autant qu’on se laisse porter par sa fausse techno noire à la frontière de l’alien et de l’androïde.

Six putains de tracks qui envoient dans les profondeurs lactées d’une galaxie noire, et balancées au plein milieu d’une insomnie coriace vers trois heures du mat’, elles font sortir du placard tous les démons du magma incandescent – le plus comique étant que prévus pour le 33rpm, les morceaux fonctionnent aussi (et à leur corps défendant) en 45rpm. Prends garde à toi, apprenti vampire des platines.

Bolder : Hostile Environment (Editions Mego / Souffle Continu)
Edition : 2013.
LP / DL : A1/ Sinking Cities A2/ Morbid Funk Ride A3/ Deep Cuts B1/    Extraterrestrial Deactivity B2/ Residuality B3/ Passive Agressive
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



Fin »