NHK.Koyxen : Dance Classics Vol. 1 (PAN, 2012)

Producteur aux innombrables pseudonymes (NHK, NHKyx, Koyxen...), Kouhei Matsunaga nous offre, le titre est suffisamment explicite, une sélection très vivace de ses divagations dancefloor. Largement à l'ouest de ses œuvres noise ou abstraites, notamment les morceaux basés sur Henri Chopin qu'il avait écrites pour la WDR de Cologne, l'artiste japonais évite, c'est très heureux, le piège de la monotonie kilométrique en 4/4 sur les onze pistes de Dance Classics Vol. 1 – dont plusieurs sont de simples transitions de moins d'une minute.
A vrai dire, l'ensemble est vachement fun tout en oubliant de nous prendre pour des veaux parqués au Blue Disco Club de Gueugnon – oui, celui entre l'Intermarché et Flunch. Variés et efficaces sans jamais franchir le seuil de la putasserie from Ibiza (think Berlin meets Osaka), les rythmes syncopés de NHK'Koyxen s'inscrustent avec bonheur entre techno dub(step) et video games experiences, voire électro-pop de traviole où ne manque qu'une ligne vocale black soul genre Shara Nelson. La bête s'intutulant Volume 1, ne reste plus qu'à espérer un second volet du même tonneau, celui-ci n'est pas des Danaïdes.
NHK.Koyxen : Dance Classics Vol. 1 (PAN)
Edition : 2012
LP : A1/ 587 A2/ 57 A3/ 476 A4/ 568_491 A5/ 638 A6/ 625 B1/ 521 B2/ 530 B3/ 55 B4/ 572_2 B5/614
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli
Jimmy Halperin, Dominic Duval : Changing Tranes (CIMP, 2012)

Un an après Music of John Coltrane (NoBusiness) mais sans Brian Willson, Jimmy Halperin et Dominic Duval retrouvent le repertoire de John Coltrane, période Atlantic.
Bonne conseillère, l’intimité du duo offre aux thèmes de Coltrane une fraîcheur bienvenue et désagrège le drama coltranien au profit d’une conversation étendue. D’une robuste contrebasse et d’un saxophone faussement timide, l’une et l’autre en plein cœur (Lazy Bird, Like Sonny) ou en périphérie des thèmes de Coltrane (Changes on Spiral, Central Park West Changes), émergent vivacité et implication, générosité et légèreté. Un délestage en quelque sorte.
Jimmy Halperin, Dominic Duval : Changing Tranes (CIMP)
Enregistrement : 2009. Edition : 2012.
CD : 01/ Changes on Spiral 02/ Lazy Bird 03/ For Heaven’s Sake Variations 04/ Syeeda’s Song Flute 05/ Central Park West Changes 06/ Countdown 07/ G.S. 3/4 08/ Moment’s Notice 09/ Like Sonny
Luc Bouquet © Le son du grisli
Joachim Montessuis : Chapel Perilous (Fragment Factory, 2012)

La bataille est rangée, que Joachim Montessuis a décidé de livrer à son propre corps ; qui se joue entre molaires et incisives d’abord, avant de gagner le pharynx puis la trachée. Ce sont donc des bruits de bouche, des cris étouffés, des sifflements, des injections et des projections, qui ouvrent Chapel Perilous, vingt-trois pièces sonores (enregistrées entre 2005 et 2011) qui pourraient n’en faire qu’une.
Ce flot de vacarme que Montessuis s’inocule en frénétique le retourne bientôt : engouffrés, les bruits s’installent sur organes et prolifèrent ; sous la peau, les plus aigus imaginent refaire surface. A corps perdu, le vocaliste tente de camoufler les premiers renflements, se contorsionne en conséquence et produit d’autres bruits – qui peuvent tenir du flageolet comme de l’expérimentation noise. Mais bientôt, l'homme abdique : son chant de souffrances aura été fantastique, au son duquel il a rampé jusqu’à la chapelle qu'il s'était choisie pour destination.
EN ECOUTE >>> Chapel Perilous (extrait)
Joachim Montessuis : Chapel Perilous (Fragment Factory)
Enregistrement : 2005-2011. Edition : 2012.
LP : Chapel Perilous
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
The Boats : Ballds of the Research Department (12k, 2012)

En manque de Stars Of The Lid ? Sous perfusion Tim Hecker (encore que je trouve son récent Ravedeath, 1972 nettement en retrait de ses prédécesseurs) ? Vous rêvez la nuit de Machinefabriek ? Ne cherchez plus, chers lecteurs, j'ai la solution à tous vos tourments, elle prend les traits du trio british The Boats et c'est sans nul doute le plus beau disque ambient néo-classique produit ces derniers temps.
On peut même le dire sans beaucoup d'hésitation, Ballads of the Research Department sera dans la discographie finale d'Andrew Hargreaves, Craig Tattersall et Danny Norbury leur White Album, leur Ralf & Florian. Dans un genre tellement sclérosé par tant de pratiques échappées dans des cieux dont ils ne retombent jamais, les trois complices déploient sur quatre titres d'une immense beauté sonore un sens inné de la composition et du développement harmonique - parfois, j'ai songé à un Radiohead entrepris par Peter Broderick dans les (nombreux) instants atmosphériques de l'album - notamment ceux où Chris Stewart entonne une sourde complainte vocale. Entre mille autres idées originales et convaincantes.
The Boats : Ballads Of The Research Department (12k)
Edition : 2012
CD : 1/ The Ballad For Achievement 2/ The Ballad Of Failure 3/ The Ballad For The Girl On The Moon 4/ The Ballad Of Indecision
Fabrice Vanoverberg @ Le son du grisli
Je suis ! : Mistluren (Umlaut, 2011)

Je suis ! ou comment revendiquer son appartenance à ce vieux free jazz qui bouge encore. Je suis ! telle une obligation à ne pas être tel autre. A ne pas être Ayler, les deux Don (Cherry & Ayler), Ornette et tous les autres. A ne pas être ceux-ci mais peut-être, un petit peu, de la grande Carla Bley et de ses soyeux arrangements.
Alors, masquer la trop grande référence en faisant fructifier les angles, en diversifiant les formes. Se servir d’un souple motif, prétexte à d’intenses duos puis trio (Östermalm), faire résister une contrebasse à la masse oppressante des cuivres (Eyafjallajökull) sans jamais jeter aux orties son incontestable lyrisme (Det Maste Vara Doping). Et, bien sûr, amplifier les talents de chacun : la trompette plus saturante que pénétrante de Niklas Barno, les saxophones fouineurs de Marcelo Gabardo Pazos, le piano embrasant d’Alexander Zethosn, la large contrebasse de Joel Grip, la batterie volcanique de Magnus Vikberg. Et ainsi, jouer du présent sans le déjouer.
Je Suis ! : Mistluren (Umlaut / Souffle Continu)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Varför Far Jag Ingen Kaka Till Kaffet Din Jävel 02/ Östermalm 03/ Lyrikern 04/ Odjuret Och Odjuret 05/ Geniet 06/ Eyafjallajökull 07/ Det Maste Vara Doping 08/ Jag Är!
Luc Bouquet © Le son du grisli
Patrick Farmer, Sarah Hugues : No Islands / Droplets (Another Timbre, 2011)

Au Four6 de John Cage, Patrick Farmer (platine, électronique), Kostis Kilymis (électronique), Sarah Hugues (cithare) et Stephen Cornford (piano amplifié) ajoutent sur ce CD deux improvisations. Ce qui n’empêche pas les trois pièces d'être des boîtes gigognes (de la plus petite à la plus grande : Improvisation #1, Improvisation #2, Four6) comme autant de No Islands.
De ces boîtes fuit une électroacoustique qui filtre des sons en résonance et entre en contact avec le bruit que fait un avion qui passe, des oiseaux qui pépient. L’accueil de la nature fait le charme de cette démarche sonore, participative & destructurée. Le quatuor opère à la manière des impressionnistes mais arrange ses compositions comme un collectif d'abstraits. Entre les phrases que jetent les instruments il y a la nature. Cette nature est artificielle. Rien d’anormal, puisque les îles du quatuor ne sont qu’un mirage.
Patrick Farmer, Kostis Kilymis, Sarah Hugues, Stephen Crawford : No Islands (Another Timbre)
Edition : 2011.
CD : 01/ Improvisation #1 02/ Improvisation #2 03/ Four6
Héctor Cabrero © le son du grisli

Sarah Hugues et Patrick Farmer appartiennent au Set Ensemble du contrebassiste Dominic Lash. Sur Droplets, les trois improvisent ou interprètent des œuvres d’Eva-Maria Houben et Taylan Susam (du Collectif Wandelweiser). C’est à ce moment que des field recordings (j’entends une mouche ou une cascade, de la pluie ou un avion, des moutons…) s’invitent dans un solo de contrebasse qui célèbre la rondeur et la gravité de l’instrument. Impressionnant de solennité.
Dominic Lash, Patrick Farmer, Sarah Hugues : Droplets (Another Timbre)
Edition : 2011.
CD : 01/ For Maaike Schoorel (realisation #1) 02/ Elusion 03/ For Maaike Schoorel 04/ Nachtstück
Héctor Cabrero © le son du grisli












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