Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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André Salmon & Nurse With Wound10 Years a Grisli : Rétrospective 2004-2014LDP Trio : Carnet de route
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Akira Sakata, Johan Berthling, Paal Nilssen-Live : Arashi / The Thing, Thurston Moore : Live (Trost, 2014)

akira sakata arashi

Enregistré en studio, à Stockholm, le 19 juillet 2013, Arashi (soit : orage) donne à entendre Akira Sakata avec une section rythmique qu’un piano aurait toutes les difficultés du monde à intégrer. C’est que la contrebasse de Johan Berthling et la batterie de Nilssen-Love – qui se fréquentent notamment en Godforgottens – laissent peu d’espace qui n’est pas réservé au souffleur.

On l’avait imaginée plus « épaisse », mais la formule rappelle les expériences Chikamorachi. C’est que l’alto en impose et que sa foudre a pris l’habitude de toucher, en premier lieu, chacun de ses partenaires. Comme Darin Gray et Chris Corsano, Berthling et Nilssen-Love accompagneront donc le saxophoniste le long d’ascensions fulgurantes et de chutes vertigineuses – sur Dora, la contrebasse et la batterie réceptionneront cependant leur hôte avec maestria –, affineront les contours d’une expression morcelée ou salueront ses efforts d’apaisement (à la clarinette, sur Fukushima No Ima).

Mieux, Berthling et Nilssen-Love révèlent les noirs du Japonais, et puis, quand sa voix perce et explose au détriment du saxophone et de la clarinette, recueillent un à un les mille éléments qui composent le son de l’orage. D’un orage fantastique, puisqu’imaginé par Akira Sakata.

Akira Sakata, Johan Berthling, Paal Nilssen-Love : Arashi (Trost)
Enregistrement : 19 juillet 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Arashi (Storm) 02/ Ondo No Huna-Uta (Rower’s Song of Ondo) 03/ Dora 04/ Fukushima No Ima (Fukushima Now)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

the thing thurston moore live

Qui, après le passage d’Arashi, demandera une autre une dose de Nilssen-Love devra aller entendre ce concert enregistré par The Thing en présence (vraiment !) de Thurston Moore – 10 février 2013, Café Oto. Une demi-heure et deux pièces : Blinded By Thought, que le batteur bouleverse par son entrée : nerveux, écorchés voire, Gustafsson et Håker Flaten opposent d’épais graves aux aigus de guitare inspirée ; Awakened By You, qui attend au son de slides et de larsens que deux notes de baryton s’occupent de sa structure. Certes la formule tient du rituel mais, cette fois, elle agit.

The Thing, Thurston Moore : Live (Trost)
Enregistrement : 10 février 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Blinded by Tought 02/ Awakened by You
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Prants : Hot Shaker Meet Lead Donut (Notice, 2014)

prants hot skaker meet lead donut

Bhob Rainey & Chris Cooper ont des têtes bien pleines et donc des univers bien fournis. Leur addition dans Prants n’en est donc pas une mais plutôt une multiplication.

Une multiplication d’effets et d’expérimentations et en plus une diversité de points de vue… Du fer qui grince ou qui feedbaque, des cloches qui battent à la volée (et par deux fois, vain dieu), des electronics qui secouent tout le reste de l’ensemble chosé, des objets qui concrétisent des mélodies abstraites… C’est fou ce qu’une tape peut contenir, et tape encore, ce n’est pas fini…

Car Prants invite sur la face B des instruments à cordes (par ordre d’apparition sur la jaquette : harpes de Mary Lattimore et Jesse Sparhawk, violon de June Bender, violoncelle d’Eric Coyne & contrebasse de Matt Stein). Et voici leurs univers bien bousculés et leurs têtes bien pleines qui chavirent… et les nôtres avec (vous attendiez-vous à cette puissante et incitative conclusion ?).

Prants : Hot Shaker Meet Lead Donut (Notice Recordings)
Edition : 2014.
K7 : A/ Vapor Viper B/ Igotu Otius
Pierre Cécile © Le son du grisli

Wade Matthews, Javier Pedreira, Ernesto Rodrigues, Nuno Torres : Primary Envelopment (Creative Sources, 2014)

ernesto rodrigues wade mathews nuno torres javier pedreira primary envelopment

En sous-sol il y a avait l’atelier de mon grand-père. En semi sous-sol, pour être exact. De petites ouvertures donnaient sur l’extérieur où je guettais souvent les chevilles d’une inconnue qui n’était pas toi. Dans cette odeur d’acier et de graisse que m’ont ramenée les quatre outils (un par musicien, j'imagine : Wade Matthews, Javier Pedreira, Ernesto Rodrigues et Nuno Torres) dessinés sur la couverture de Primary Envelopment.

J’essaye de me figurer à quoi peut ressembler l’atelier aujourd’hui. Je ferme les yeux. Je laisse une guitare électrique, un saxophone alto, un violon et des objets amplifiés le faire sonner. Les établis tournent à plein régime. Les hommes y percent, y liment, y vissent, y frisent… Tout est bon pour modifier leurs instruments et le son de leurs instruments bien entendu. Ils font aussi parfois des pauses pour faire le point sur l'avancée de leur travail. A voix basse.

Par les petites fenêtres, le vent s’engouffre, soulève un peu de poussière de bois, de métal et de cordes, qui s’envole en tourbillon. C’est la fin de l’improvisation enregistrée il y a un an maintenant à Madrid. C’est-à-dire à quelques kilomètres de l’atelier de l’ancêtre. Je ne sais pas à quoi il peut ressembler aujourd’hui. Mais je sais maintenant qu’il sonne encore.

Wade Matthews, Javier Pedreira, Ernesto Rodrigues, Nuno Torres : Primary Envelopment (Creative Sources)
Enregistrement : avril et juin 2014. Edition : 2014.
CD : 01-05/ I-V
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Cortex : Live! (Clean Feed, 2014)

cortex live

Quelque chose est donc resté de l’Ornette des débuts. Ce petit quelque chose se retrouve dans le quartet sans piano de Cortex. Dans la forme, bien sûr, parfois dans le fond. Une solide rythmique (Ola Høyer, Gard Nilssen), un cornettiste (Thomas Johansson) poussant quelques intonations peterevansiennes ici, exhumant un improbable West End Blues free ailleurs, un saxophoniste (Kristoffer Alberts) enserrant l’espace de son ténor rocailleux : Cortex ne joue pas toujours le jeu de la survivance.

Souvent se croisent des tempos détendus, retenus ; parfois les cuivres menacent de collision ; un embarbouillé rythme latin s’impose et glisse vers d’autres figures. Car Cortex est passé maître dans l’art d’enchâsser les formes, d’apaiser les transitions. Et dans ces moments précis, la chaude contrebasse d’Ola Høyer emprunte à Charlie Haden quelques bienveillants mimétismes. Le tout avec souplesse, conviction et inspiration.

Cortex : Live! (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Opening 02/ Cerebrum 03/ Endorphin 04/ Gray Matter 05/ Interlude 06/ Hub 07/ Casting
Luc Bouquet © Le son du grisli

Dave Phillips, Chrs Galarreta : The Invisible Cage of Comfort (Fragment Factory, 2015)

dave phillips chrs galarreta the invisible cage of comfort

On ignore de quelle mythologie est issu le monstre que sont allés chatouiller ensemble – en relativisant l’énigme du sphinx sous l’étrange protection d’Anubis – Dave Phillips et Chrs Galarreta. L’étui de la cassette nous en donne un aperçu, quand l’écoute de la première face nous livre une estimation de sa force.

Face à la bête, deux hommes qui ne cachent pas leur fascination pour l’animal lové en eux. Ensemble (Bâle, 31 mai 2014) : When the Domestic Animal Burns, sur lequel le duo peint une bataille dans le même temps (celui d'une chute magnétique appelée à électrocution) qu’il lutte ; ou séparément (même lieu, même date) : Ecdysis : une respiration faible puis une aussi faible voix de gorge chassées bientôt par des bruits de scanner et de moteurs graves.

Le contraste entre la première et la seconde face est criant, sans doute nécessaire à Phillips et Galarreta au point d’être la clef des façons qu’ils ont d’inquiéter les esprits, avant de reprendre les leurs.

Dave Phillips, Chrs Galarreta : The Invisible Cage of Comfort (Fragment Factory)
Enregistrement : 31 mai 2014. Edition : 2015.
K7 : A/ The Invisible Cage of Comfort B/ Ecdysis
Guillaume Belhomme © Le son du grisli