Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Simon Nabatov : Square Down (Leo, 2011)

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Pas de round d’observation pour Simon Nabatov (piano), Ernst Reijseger (violoncelle) et Matthias Schubert (saxophone ténor). Idem pour les politesses : l’improvisation est de feu et de braises.

Le violoncelliste fait saigner son archet ici, imite la scie musicale ailleurs puis choisit d’embrouiller doigts et cordes avant le nouvel orage. Par paliers et sans bouée de sauvetage, le saxophoniste dévide un souffle filandreux, impeccable de sauvagerie rentrée. Le pianiste martèle, rejette tendresse et n’effrite jamais le territoire acide qu’il vient de jauger.

Hors cadre quand il s’agit de laisser, lentement, propager de sombres menaces ou totalement décomplexée quand les musiciens laissent libre cours à leurs excès (réminiscence du contre-chant tristanien ?), la musique de Square Down est de celles qui n’irriteront que les obnubilés de la forme. Car ici, on ose s’élancer ensemble puis se contredire. On aime bifurquer sans permission et sans règle. On aime être libre tout simplement.

Simon Nabatov, Ernst Reijseger, Matthias Schubert : Square Down (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Long Haul 02/ Genostasis 03/ Run for It 04/ Chapter & Verse 05/ Plangent Cry 06/ Giant Lips
Luc Bouquet © Le son du grisli

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ICP Orchestra : Jubilee Varia (HatOLOGY, 2010)

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L’ICP Orchestra à entendre sur Jubilee Varia fut enregistré en 1997 en concert à Zurich. Réduit au nonette, il fomente des combinaisons d’un fatras supérieur pour rapprocher une improvisation en verve et un retour aux excentricités ludiques. 

Deux grandes pièces au programme (Jubilee Varia et Jealousy) découpées en trois parties. Piano et batterie ouvrent la première : Misha Mengelberg et Han Bennink dialoguent à coups de phrases cinglantes avant de passer le relais à la combinaison Reijseger / Honsiger / Glerum, section de cordes pertinemment emmêlées, puis aux souffles conjoints de Moore, Baars, Heberer et Wierbos, le temps de défendre un mambo nonchalant : ¿Quién será? détourné avec humour.

A Bit Nervous Jealous? Me?, Next Subject et Rollo I font ensuite Jealousy. La même équipe au chevet d’une composition baroque feignant d’avoir perdu la raison : là, l’orchestre passe pour être de salon avant de mettre en lumière l’échappée belle d’un de ses éléments : les archets accordés n’en faisant qu’un, qui semble tenir plus que tout à déserter l’ensemble à la dérive. C’est ensuite un développement plus turbulent – archets contre clarinette malgré le rôle d’entremetteur que s’est réservé Mengelberg – et le retour aux danses : l’ICP Orchestra en appelle une autre fois à la réhabilitation du swing, mais un swing dont la témérité et l’effronterie sont les premiers gages de modernité.

ICP Orchestra : Jubilee Varia (HatOLOGY / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 1997. Réédition : 2010.
CD : 01-03/ Jubilee Varia 04-06/ Jealousy (A Bit Nervous Jealous? Me? / Next Subject / Rollo I)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Gerry Hemingway : Demon Chaser (HatOLOGY, 2009)

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Enregistré en 1993, Demon Chaser donne à entendre Gerry Hemingway en leader charismatique aux côtés de musiciens de choix : Michael Moore (saxophone alto, clarinettes), Wolter Wierbos (trombone), Ernst Reijseger (violoncelle) et Mark Dresser (contrebasse).

Avec plus d’aplomb que jamais, le batteur pousse ses partenaires dans leurs derniers retranchements, en prenant pour prétexte la défense d’un bop de fin de siècle. Alors, sur Slamadam, les grands écarts du trombone de Wierbos et de la clarinette basse de Moore rivalisent de présence avec les reliefs du morceau-titre : thème sauvage sur lequel Moore et Reijseger interviennent en voltigeurs.

Ailleurs, les atmosphères changeantes d’Holler Up (composition précieuse rattrapée par la maîtrise des musiciens), More Struttin’ With Mutton (défilé de solos remarquables sur bop straight), Buoys (seul véritable écueil, et relatif, de l’enregistrement) et, surtout, d’A Night in Tunisia : thème dissous en arrangements subtils et réformateurs, mécanique à l’équilibre fragile sans cesse sublimé par la puissance de feu des musiciens. Alignés de telle façon, ceux-là ne pouvaient faire autrement.

Gerry Hemingway : Demon Chaser (HatOLOGY / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 1993. Edition : 2009.
CD : 01/ Slamadam 02/ A Night in Tunisia 03/ Buoys 04/ Holler Up 05/ Demon Chaser 06/ More Struttin’ With Mutton
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Archives Gerry Hemingway

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Ernst Reijseger: Tell Me Everything (Winter & Winter - 2008)

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Membre alerte de l’ICP Orchestra et de Clusone 3, le violoncelliste Ernst Reijseger se rendait récemment en Toscanne, pour y enregistrer Tell Me Everything.

Seul parmi quelques oiseaux – aux chants fidèlement rendus sur plusieurs titres du disque –, Reijseger interprète quelques-unes de ses compositions et trois autres signées Fumio Yosuda ou Tristan Honsinger, appliquant ici sa pratique baroque et souvent amusée à un art adéquat de la mesure. Sur des morceaux d’intensité toujours grandissante, le violoncelliste passe de pizzicatos étouffés en archet balaçant, pour se laisser aller ailleurs aux plaisirs de la provocation (percussive sur Tiny Adventure, lasse sur Moby’s Night Out) ou de la mélodie simple (exotisme contrefait de Dancing for D). Souvent à la hauteur de sa versatilité, Ernst Reijseger poursuit là son œuvre de surprises.

CD: 01/ Bidderosa 02/ Flurry 03/ Wake 04/ Tristan's Tune 05/ Moby's Night Out 06/ Falsetto 07/ Dancing for D 08/ Song of Nenna 09/ Tempered 10/ Tiny Adventure 11/ Comodo Varan 12/ Tell Me Everything >>> Ernst Reijseger - Tell Me Everything - 2008 - Winter & Winter. Distribution Abeille Musique.

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Clusone 3: Soft Lights and Sweet Music (HatOLOGY - 2008)

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En 1993, Clusone 3Michael Moore (saxophone alto et clarinettes), Ernst Reijseger (violoncelle) et Han Bennink (batterie), sortis de l’ICP Orchestra – donnait un concert radiodiffusé : Soft Lights and Sweet Music, aujourd’hui réédité

Après avoir investi ensemble le répertoire de Duke Ellington, Lee Konitz, Herbie Nichols ou (forcément) Misha Mengelberg, les trois musiciens s’attaquèrent là à l’œuvre d’Irving Berlin. L'association, d’élever alors son esthétique au rang d’avant-garde anéantie par un penchant affirmé pour les airs populaires, qui croule peu à peu sous un amas d’interprétations de standards en dérive, de constructions anguleuses faites pour ne pas tenir longtemps et de mélodies grotesques débordées par une invention rare. Souvent, la fantaisie l’emporte – qui fait naître ici ou là quelque doute passager –, qui, dans l'ensemble, vient fleurir avec une pertinence terrible le propos intransigeant.

CD: 01/ Soft Lights and Sweet Music 02/ There’s No Business Like Show Business 03/ The Song is Ended 04/ Anything You Can Do, I Can Do Better 05/ For the Folks Back Home / Cheek to Cheek 06/ What’ll I Do ? 07/ A Pretty Girl is Like a Melody 08/ How Deep is the Ocean ? 09/ Give Me Your Tired Your Poor 10/ Marie 11/ They Say It’s Wonderful 12/ Always 13/ Cukoo in the Clock 14/ Lets Face the Music and Dance 15/ When I Lost You 16/ I Am an Indian Too 17/ I Never Had a Chance 18/ White Christmas >>> Clusone 3 - Soft Lights and Sweet Music (Irving Berlin Songbook) - 2008 (réédition) - HatOLOGY. Distribution Harmonia Mundi.

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Graewe, Reijseger, Hemingway: Continuum (Winter and Winter - 2006)

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Entre 1989 et 1999, Georg Graewe (piano), Ernst Reijseger (contrebasse) et Gerry Hemingway (batterie) ont formé l’un des trios les plus enthousiasmants de ceux qui prônent la diversité d’influences partagées pour mieux toucher au résultat singulier. Enregistrement de retrouvailles récentes et de musique improvisée, Continuum ne déroge pas à la règle.

En 2005 comme avant, si les domaines de prédilection de chacun des musiciens cherchent à imposer leurs vues, la manière reste délicate : inclinaisons baroques ici (Reijseger sur Continuum Phase Three), dissonances viennoises là (Graewe sur Phase Two) ou infiltrations rythmiques plus proches du jazz ailleurs (Hemingway sur Phase Seven).

Revêtant le plus souvent les atours d’une divagation située quelque part entre Satie et Morton Feldman, Continuum ne cesse d’égarer l’auditeur au moyen de partis pris plus impertinents : grincements du violoncelle (Phase One, Phase Ten), déconstructions libres (Phase Six) ou usage d’un marimba (Phase Three) et de petites percussions (Phase Nine).

Si ce n’est sur Phase FiveContinuum au lyrisme pesant -, le trio improvise partout des pièces subtiles. Précises, aussi, dans leur exécution, sans que cela n’enlève rien au charme de l’ensemble, qui pourrait annoncer une nouvelle étape dans la carrière du trio.

CD: 01/ Continuum Phase One 02/ Continuum Phase Two 03/ Continuum Phase Three 04/ Continuum Phase Four 05/ Continuum Phase Five 06/ Continuum Phase Six 07/ Continuum Phase Seven08/ Continuum Phase Eight 09/ Continuum Phase Nine 10/ Continuum Phase Ten

Graewe, Reijseger, Hemingway - Continuum - 2006 - Winter and Winter. Distribution Harmonia Mundi.

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