Le son du grisli

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Daniel Levin, Mat Maneri : The Transcendent Function (Clean Feed, 2015)

daniel levin mat maneri the transcendent function

Le petite graine de la microtonalité plantée jadis du côté de Boston par Joe Maneri n’en finit pas de s’épanouir. Héritier naturel, le violoniste Mat Maneri retrouve le violoncelliste Daniel Levin. Tous deux élèves de Maneri père au sein du New England Conservatory of Music de Boston, les voici reconquérant le chemin des microtons. Les voici dans une intimité partagée.

On croirait leurs cordes déchaussées, cherchant sans cesse l’entre-deux, le terrain vierge. En vérité, ils ne trouvent qu’épaisseur et densité sur leur chemin. Ils aiment les mers languides et les entremêlements fusionnels. Leurs cordes sont animées, querelleuses. Elles sont sans repos mais sans stridences. Elles sont en recherche d’effusions et ont jeté tout lyrisme aux orties. Le violoncelliste questionne parfois le bois et les périphéries de son instrument, le violoniste jamais. Monocordie diront certains. A ces quelques lignes, vous n’aurez aucun mal à deviner que je pense tout le contraire.


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Daniel Levin, Mat Maneri : The Transcendent Function
Clean Feed / Orkhêstra International

Enregistrement : 2015. Edition : 2015.
CD : 01/Contemporary Improvisation  02/Soul  03/Flight  04/Coelacanth  05/Rhizome  06/Sad Song
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Daniel Levin, Rob Brown : Divergent Paths (Cipsela, 2015)

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Acceptant les lignes brisées – ou plutôt ne sachant comment s’en détacher –, Daniel Levin et Rob Brown poussent assez loin le jeu des disputes et querelles. L’un déroule ses phrasés fougueux, l’autre tente de le rejoindre, échoue, noue un pacte avec le très grave de ses cordes, renonce et laisse son partenaire gambader sans contrainte. L’un est l’autre s’éloigneront, toujours, se retrouveront (Mutuality).

Plus loin (Dialogue), les rousses harmoniques de l’alto envahiront le cercle. Le violoncelle lui répondra d’une harmonie commune. Le contrepoint sera du voyage. Tous deux multiplieront les angles. Les stratégies s’oublieront. La beauté se touchera du doigt. Chacun dira sa différence et l’autre écoutera. Et enfin, « si loin si proche », l’un et l’autre retourneront aux lignes brisées (Match Point) et, sans modération, s’en délecteront.



Daniel Levin, Rob Brown : Divergent Paths (Cipsela Records)
Enregistrement : 2012. Edition : 2015.
CD : 01/ Mutuality 02/ Dialogue 03/ Match Point
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Scott Fields Ensemble : Frail Lumber (Not Two, 2011)

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Les cordes de Scott Fields ont de la suite dans les idées et le sens des hautes voltiges. Leur nature première se nomme inquiétude, leur seconde dissonance. Elles ne savent que se mêler et pulvériser le contrepoint naissant. Ces cordes disent la menace et la désorganisation. Elles activent de bien étranges circulations : lignes fuyantes en transit (Ziricotte), masse hurlante ne trouvant jamais d’échappée (Koa), basse continue brésillée par de bruitistes guitares (Paulownia), archets hurlants de terreur (Cocobolo), entorses fulminantes (Bubinga). Ici, l’alphabet du désagréable trouve son idéal dictionnaire.

Ces cordes saillantes et cisaillantes, oppressantes, menaçantes, le sont grâce à Mesdames Jessica Pavone et Mary Oliver & Messieurs Scott Fields, Daniel Levin, Axel Lindner, Scott Roller, Vincent Royer et Elliott Sharp. On souhaite vivement les réentendre.

Scott Fields Ensemble : Frail Lumber (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 5 juin 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Ziricotte  02/ Koa  03/ Paulownia  04/ Cocobolo  05/ Bubinga
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Daniel Levin : Organic Modernism (Clean Feed, 2011)

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Ce qui pouvait irriter sur le dernier CD (Bacalhau / Clean Feed)  du Daniel Levin Quartet, à savoir le rôle systématiquement rythmique octroyé à la contrebasse de Peter Bitenc, s’en trouve sensiblement modifié ici ; l’improvisation collective gagnant du terrain.

Sans toutefois déloger les compositions aux lignes (trop ?) claires du violoncelliste, les improvisations – souvent en duo – et déjà abordées auparavant (Live at Roulette / Clean Feed), apostrophent le crépuscule engourdi du précédent album. Ainsi, tel duel de cordes (Daniel Levin et Peter Bitenc in Lattice), tel reflet scintillant de vibraphone (Matt Moran in Kaleidoscope), telle transperçante trompette (Nate Wooley in Furniture As Sculpture), telle nervosité rebelle (le magnifique duo Levin-Wooley in Expert Set), embellissent et enrichissent une musique qui ne demandait, peut-être, que cela.

Daniel Levin Quartet : Organic Modernism (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Action Painting 02/ Zero Gravity 03/ My Kind of Poetry 04/ Lattice 05/ Kaleidoscope 06/ Old School 07/ Constellations 08/ Furniture As Sculpture 09/ Audacity 10/ Expert Set 11/ Wild Kingdom 12/ Active Imagination
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Rob Brown, Daniel Levin, Anthony Braxton, Mikolaj Trzaska, Vanessa Rossetto, Jean-Luc Guionnet, Didier Lasserre...

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Rob Brown, Daniel Levin : Natural Disorder (Not Two, 2010)
Deux attitudes président à cette nouvelle rencontre Rob Brown (saxophone alto) / Daniel Levin (violoncelle), datée de novembre 2008. La première les incite à se laisser aller au gré d’une tendresse leur inspirant le minimum (On the Balance, Skywriting) ; la seconde les force à se mesurer avec un à-propos plus convaincant (Put Up of Shut Up, Setting Off, Briar Patch). La seconde attitude l’emportant sur la première, l’écoute de Natural Disorder y gagne en conséquence – retour notamment à Setting Off, sur lequel Levin sape toutes intentions mélodiques de Brown à coups d’archet salvateur.

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Paul Hubweber, Philip Zoubek: Archiduc Concert : Dansaert Variations (Emanem, 2010)
Le premier au trombone le second au piano préparé : Paul Hubweber et Philip Zoubek enregistrés à L'Archiduc (Bruxelles) le 2 novembre 2007. Soutenant d’abord les longues notes d’Hubweber, Zoubek le rejoint sur le front et clame à son tour : riche, le vocabulaire qu’il découvre à l’intérieur de son instrument. Le langage est alors fait de trouvailles ravissantes, d’amusantes réactions aux sources sonores extérieures et de longueurs inévitables (conclusion basse de Plafond).

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Anthony Braxton, Anne Rhodes : GTM (Synthax) 2003 (Leo, 2010)
En 2003, Anthony Braxton extirpa de son Large Ensemble la chanteuse Anne Rhodes pour enregistrer avec elle GTM (Synthax) 2003. Les deux Compositions (339 et 340) nées de la rencontre diffèrent par leurs principes et leurs qualités. Ainsi, la première s’avère stérile pour mélanger chant, électronique et saxophones, avec une confiance qui empêche que l’on se pose des questions sur la teneur de l’amalgame, tandis que la seconde se donne des airs de danse frivole impliquant les musiciens davantage sans qu’ils parviennent à convaincre pour autant.

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Tomasz Szwelnik, Mikolaj Trzaska : Don’t Leave Us Home Alone (Kilogram, 2010)
Pas moins de 19 pièces au programme de Don’t Leave Us Alone de Tomasz Szwelnik (piano preparé) et Mikolaj Trzaska (saxophone alto, clarinette basse). La supplique fait effet, alors on force l’écoute de folies distinctives, ici dans l’attente d’une réaction de la part de l’autre, là dans la surenchère expressionniste (Smoke Was Gathering Under the Eyelids en écoute ci-contre), ailleurs encore dans l’élaboration d’atmosphères ombreuses. A la clarinette, Trzaska emmène l’exercice avec une autorité qui transforme à chaque fois l’échange improvisé en dialogue supérieur (Strokind A Dragon’s Muzzle).

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Hwaet : Hwaet (Abrash / Music Appreciation, 2010)
Nouvel élément de l’œuvre hétéroclite de Vanessa Rossetto : rétrospective d’enregistrements réalisés depuis 2007 avec Steven Flato sous le nom de Hwaet. De compositions en improvisations, le duo confectionne en amateurs éclairés des combinaisons de bruits divers (parasites radio, souffles, field recordings, larsens, etc.). Parfois fragile, l’ensemble peut libérer de beaux airs de musique inquiète qui doivent beaucoup au violon espiègle de Rossetto ou au mauvais sort que l’on réserve à l’intervention des voix humaines.

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Didier Lasserre, Jean-Luc Guionnet : Out Suite (Entre deux points, 2010)
En formations différemment inspirées par le jazz (Snus et Nuts pour le premier, Return of the New Thing et The Ames Room pour le second), Didier Lasserre et Jean-Luc Guionnet avaient déjà fait de belles choses de leur intérêt pour les virulences. En duo, les voici se mesurant une poignée de minutes durant. Ici, la verve est égale pour ne pas dire habituelle, et la curiosité tient des deux méthodes de conciliation mises en place, efficientes : batterie stimulant d’abord l’implacable jeu d’alto ; même batterie amortissant ensuite toutes rafales jlg sur peaux apaisantes.

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Ivo Perelman, Daniel Levin, Torbjörn Zetterberg : Soulstorm (Clean Feed, 2010)

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Dans le premier CD (la répétition avant le concert), saxophone et violoncelle dialoguent au premier plan et semblent imposer à la contrebasse le rôle – ingrat mais essentiel – de pivot rythmique. Ainsi, d’enchevêtrements en enchâssements, d’élans croisés en enlacements contrariés, Ivo Perelman et Daniel Levin appuient un cri commun ; ici long et sans modération, là inquiet et excessif. 

Dans le second CD (le concert), une fraternité de cordes, plus palpable qu’auparavant, se laisse entrevoir. Maintenant, Torbjörn Zetterberg mord à pleines dents dans la masse sonique : ce sont d’abord les tournoiements d’archets qui irriguent des climats souvent inquiétants et, plus loin, des duos sportifs entre ténor et contrebasse qui se tissent sans timidité. Toujours de mise, rugosité et tiraillements ne se dissimulent plus. Pas plus que ne s’efface le lyrisme fielleux, plaintif et médusant du saxophoniste. En oubliant ainsi rôles, règles et fonctions et en se livrant corps et âme, Perelman, Levin et Zetterberg impulsent ce qu’ils avaient sans doute rêvé : une fusion idéale, totale et grisante à souhait.

Ivo Perelman, Daniel Levin, Torbjörn Zetterberg : Soulstorm (Clean Feed / Orkhêstra International)
CD1 : 01/ Soulstorm 02/ Footsteps 03/ Pig Latin 04/ The Body 05/ Day by Day 06/ Explanation - CD2 : 01/ Plaza Maua 02/ Dray Point of Horses 03/ A Manifesto of the City 04/ The Way of the Cross 05/ In Search of Dignity
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Joe McPhee : Tenor & Fallen Angels (Hat Hut, 1977)

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This record is one that I keep coming back to over and over and over. The words that come to mind when I listen to it are « master », « poet », and « honest ». Each time I listen to this record I hear new things. It's completely compelling, engaging, and overwhelming in the same way Brahms overwhelmed me when I was a kid, or the way I have been knocked out by the work of a great novelist. It's incredible that this was a record that McPhee made in the earlier part of his career. He could have stopped after this record and still be a living legend. But he has continued to expand his mastery and artistry over his long career, and has maintained the intensity and integrity he had on this record to this day. Heroic!

Joe McPhee : Tenor & Fallen Angels (Hat Hut / Amazon)
Enregistrement : 1976. Edition : 1977. Reédition : 2000.
CD : 01/ Knox 02/ Good-Bye Tom B. 03/ Sweet Dragon 04/ Tenor 05/ Fallen Angels
Daniel Levin © Le son du grisli

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Daniel Levin est violoncelliste. Il a récemment publié Fuhuffah et a joué aux côtés de Joe McPhee dans l'Open Ensemble emmené par Joe Giardullo sur Red Morocco

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Daniel Levin: Fuhuffah (Clean Feed - 2008)

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Plusieurs fois convaincant en quartette – malgré quelques préciosités remarquées –, Daniel Levin s’essayait récemment au trio. En compagnie du contrebassiste Ingebrigt Haker Flaten et du batteur Gerald Cleaver, donnait même sur Fuhuffah de radicales preuves d’adéquation au genre.

Entre de grandes plages d’improvisation portée par des convulsions que se partagent les musiciens (Fuhuffah, Wiggle), trouver ici des pièces d’étoffes différentes et assorties : Shape, sur lequel le violoncelliste n’a qu’à discourir sur le canevas agissant de ses partenaires ; Metaphor, qui gagne en intensité à mesure qu’Haker Flaten répète trois notes porteuses ; Hangman, hymne mélancolique que Levin dépose timidement avant de le faire disparaître sur les recommandations d’une conjuration d’archets ;  Open, enfin, morceau d’évidences sur lequel courent et se bousculent de nerveuses et étouffées expérimentations.

On savait la finesse et la discrétion de Cleaver et les promesses de Levin. Fuhuffah, de revenir sur les premières et de voir les secondes se concrétiser. L’option du trio, peut-être.

CD: 01/ Fuhuffah 02/ Shape 03/ Hangman 04/ Metaphor 05/ Open 06/ Woods 07/ Wiggle >>> Daniel Levin Trio - Fuhuffah - 2008 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.

Daniel Levin déjà sur grisli
Blurry (Hat Hut - 2007)
Some Trees(Hat Hut - 2006)

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Daniel Levin: Blurry (Hat Hut - 2007)

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A la tête de son quartette, Daniel Levin gravait en 2006 un second album pour HatOLOGY : Blurry, qui applique, entre autres,  ses vues de musique de chambre au jazz d’Ornette Coleman et de Charlie Parker.

Deux reprises, donc : Law Year et Relaxin’ With Lee, avec lesquelles le violoncelliste impose une texture sonore dense et délicate, née du mariage de mouvements d’archets appuyés et des résonances du vibraphone de Matt Moran, disposant des strates décoratives pour permettre ensuite aux musiciens d’intervenir comme bon leur semble.

Ailleurs, Nate Wooley expose les facettes multiples d’une pratique interne de la trompette sur un autre emportement de Levin (Improvisation II), le leader mène sur un gimmick de contrebasse dont se charge Joe Morris une charmante progression cinématographique (Untitled). Et lorsqu’il arrive au groupe de sonner précieux (209 Willard Street Jazz), c’est pour rapidement rectifier le tir, et revenir plus efficacement encore à la défense d’une musique singulière d’où filtrent des audaces baroques.

CD : 01/ Law Years 02/ Improvisation II 03/ 209 Willard Street 04/ Cannery Row 05/ Untitled 06/ Relaxin' With Lee 07/ Sad Song 08/ Blurry

Daniel Levin Quartet - Blurry - 2007 - Hat Hut. Distribution Harmonia Mundi.

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Joe Giardullo: Red Morocco (Rogue Art - 2007)

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A la tête d’un ensemble de 14 musiciens (parmi lesquels on trouve Daniel Levin, Joe McPhee, Lori Freedman, ou Dom Minasi), Joe Giardullo donnait en 2005 de belles couleurs au Third Stream de George Russell.

Ajoutant à son étude de la théorie une pratique en compagnie de partenaires compétents, Giardullo convoque ainsi quelques fantômes entre quelques phases improvisées : Gershwin autant que Schönberg sur les soupçons de cordes appliquées à OPB. Ailleurs, une musique impressionniste disparaît peu à peu sous l’insistance des cuivres (Memory Root), une progression contemporaine dispose des notes soudaines de piano sur d’autres mouvements de cordes. Et puis, en guise de conclusion, Giardullo peint sur Red Morocco un univers ouaté, subtil et décisif. Qui confirme la réussite d’une expérience dans laquelle beaucoup se sont perdus.

CD : 01/ OPB 02/ OPG 03/ 2T(m) 04/ Memory Root 05/ OPD 06/ Q-2G(e) 08/ Calabar 09/ Hikori 10/ Red Morocco

Joe Giardullo Open Ensemble - Red Morocco - 2007 - Rogue Art.

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