Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Bruce Gilbert, BAW : Diluvial (Touch, 2013)

bruce gilbert baw diluvial

Ce sont sept pièces – et pas six, ni neuf ou treize, la faute à Russell Haswell, qui a tout découpé (sequenced) alors que Diluvial aurait pu faire une seule plage qu'on n'aurait pas vu la différence – dont Bruce Gilbert (c'est la rentrée, et Gilbert est encore prof principal ?) et BAW (pour le Beaconsfield Artworks de David Crawforth et Naomi Siderfin) nous gratifient.

Gratifient, j'ai bien dit ! Loin derrière, le passé pop-ambient-indus de Gilbert (en solo, je parle) ; loin devant, les visions de BAW. Alors voilà que se lève un rideau de fumée, l'ambient rampe sur quatre coudes, les bruissements opèrent comme jamais (comme toujours ?). Le plus de la chose réside dans les graves, dans les silences, dans les éléments inattendus (harmonica, grands vents, criquets inframodernes...). Pas assez orgueilleuse, la collaboration se dit “diluvienne”. Elle se nourrit d'eau (forcément), mais aussi de profondeur et de peuples grouillant qu'elle accueille. Pas assez orgeilleux, le titre de cette collaboration ne dit pas ce dont il est capable : vous envoyer (valser) l'arche de n'importe quel Noé à trois millions de coudées. Pour les simples d'esprit (tout heureux qu'ils sont) : c'est beau, très beau.

Bruce Gilbert, BAW : Diluvial (Touch)
Edition : 2013.
CD : 01/ The Void 02/ The Expanse 03/ Dry Land 04/ Lights 05/ Creatures of Sea and Air 06/ Beasts of the Earth 07/ Rest/Reflection
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Bruce Gilbert : Oblivio Agitatum (Editions Mego, 2009)

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Trublion substantiel de la scène britannique depuis plus de quarante ans, Bruce Gilbert est avant tout connu des aficionados rock pour être l’ancien guitariste des post punks de Wire. Alors que son ex-comparse Colin Newman continue d’explorer les voies millimétrées de ses guitares au sein du projet Githead (dont le quatrième opus, Landing, vient de sortir), Gilbert a choisi les voies de la musique électronique comme lieu d’expression, le terme rime plus que jamais avec expérimentation(s).

Vingt-cinq années après un This Way (récemment réédité) dont les drones grisonnants avaient surpris tout son monde – quoi, c’est le guitariste de Wire ? – le musicien anglais sort son premier vrai album du vingt-et-unième siècle. Composé de trois plages, dont une splendide deuxième qui occupe les trois-quarts de l’œuvre, Oblivio Agitatum est tout sauf agité. Outre le morceau-titre, honnête introduction cinématique aux traits moroses, les vingt-six minutes de Zeroes s’étirent en un continuum ébréché d’où surgissent des bruits effrayants, tels des monstres sanguinaires tapis dans l’obscurité d’une cour des bourreaux à demi-assoupis. Pleinement digne des meilleurs travaux de l’essentiel Svarte Greiner – c’est dire – la séquence prend encore plus de sens quand elle s’écoute le soir au casque, à déambuler dans les rues désertes de la ville endormie le long d’un canal.

Bruce Gilbert : Oblivio Agitatum (Editions Mego / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Oblivio Agitatum 02/ Zeroes 03/ Isopyre
Fabrice Vanoverberg Le son du grisli

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Susan Stenger : Soundtrack for an Exhibition (Forma Arts and Media, 2009)

soundtrackforagrisliLivre-disque et souvenir d’une exposition organisée au Musée d'Art Contemporain de Lyon en 2006, Soundtrack for an Exhibition s’attache à recréer un projet qui alliait peinture, cinéma et musique, en assemblant photographies de toiles (John Armleder, Steven Parrino), extraits des rushs du film The King is Alive (Kristian Levring), et pièce sonore (revue pour tenir ici sur l’espace d’un DVD mais courant à l’origine le long de 96 jours, durée de l’exposition) écrite par Susan Stenger (Band of Susans, Brood).

S’il ne donne qu’un aperçu de l’univers musical déployé pour l’occasion, le disque donne à entendre une longue progression découpée dans l’optique de rendre hommage à des styles musicaux différents, et qui fait, sur son ensemble, référence aux travaux de drones de Phill Niblock. En guise d'intervenants : Kim Gordon, Alan Vega, Ulrich Krieger, Bruce Gilbert, Jim White, Mika Vainio, FM Enheit ou Spider Stacy, finissent de diversifier le propos, qui va de ritournelles répétitives en mélodies de pop précieuse, de nappes monochromes en constructions rythmiques lasses. Partout, le transport est lent, engage l’auditeur sur terrains différents – certains accueillants, d’autres moins.

Pas toujours heureux, donc, le voyage touche pourtant à sa fin en donnant l’impression d’avoir traversé une œuvre conceptuelle d’un minimalisme magistral et souvent obnubilant. Pour revenir aux origines du projet, se plonger enfin dans l’entretien de Mathieu Copeland avec Susan Stenger et Tony Conrad, le second ne cachant pas ses inquiétudes face à l’ampleur d’un exercice encore en projet. Désormais évanoui mais consigné en objet rare.

Susan Stenger, Mathieu Copeland (édition) : Soundtrack for an Exhibition (Forma Arts and Media / Les presses du réel)
Exposition : 2006. Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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