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Le son du grisli
30 avril 2014

Merzouga : 52°46’ North 13°29’ East (Gruenrekorder, 2013)

merzouga music for wax-cylinders

Eva Pöpplein (electronics) et Janko Hanushevsky (basse électrique préparée) forment Merzouga. Il y a peu, ils allèrent « piocher » dans le fond d’ethnomusicologie de la Berlin Phonogram Archive et, à l’automne 2012, donnèrent un concert en se servant de leurs découvertes.

Les fruits de l’expérience, étonnante, versent dans une ambient folkloriste ou des chants de la Terre de Feu, de Hongrie ou du Yemen (etc., of course), croisent l’électronique et la basse électrique dans un ballet qui mêle futur et traditions. Dommage tout de même qu’il faille forcément un vainqueur : car en effet c'est le futur qui finit par l'emporter, quand la basse parle trop et que l’électronique crépite avant d’oser une petite mélodie orientale d’une facilité… appauvrissante. Deux fois dommage.

Merzouga : 52°46’ North 13°29’ East – Music for Wax-Cylinders (Gruenrekorder)
Edition : 2013.
CD : Music for Wax-Cylinders : 52°46’ North 13°29’ East
Pierre Cécile © Le son du grisli

25 avril 2014

Jason Kahn, Tim Olive : Two Sunrise (845 Audio, 2014)

jaso kahn tim olive 845 audio

Enregistrées en 2012 à Kyoto et Osaka : quatre pièces intrusives, remontées, bruitistes. Les deux premières rencontres de Jason Kahn et de Tim Olive – résumées ici à quatre plages – ne pouvaient être autrement.

Les échanges sont souvent musclés, qui commandent des bourdons que les musiciens se renvoient dans l’urgence – pressés davantage parfois par quelque soubresaut –, des graves à saturation, des parasites nourris via moteurs récalcitrants, des velléités passées en machines sonores…. Sur pickups, Olive peut aussi chercher ses sons en autiste quand Kahn répertorie dans son coin tous les bruits métalliques qu’il trouve et même invente : de fraises, de rouages, de scies… Au Japon, le soleil se leva deux fois sur la bande-son d’une fin de chantier particulier, parce qu’enthousiasmant.

écoute le son du grisliJason Kahn, Tim Olive
Two Sunrise

Jason Kahn, Tim Olive : Two Sunrise (845 Audio / Metamkine)
Enregistrement : 27 septembre (01-03) et 6 octobre 2012 (04). Edition : 2014.
CD : 01-04/ Two Sunrise
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

drums percussion

Jason Kahn sera, ce 26 avril à Nantes, de ce Drum & Percussion Madness!! qu’APO-33 organise sur trois jours. Au programme du week-end, trouver aussi : Burkhard Beins, Z’EV ou D’incise

15 mars 2014

Robert Wyatt : '68 (Cuneiform, 2013)

robert wyatt 68

Quoi de quoi ? Jimi Hendrix (oui, le guitariste !) sur un disque de Robert Wyatt (oui, la Soft Machine !) ? L’enregistrement récemment exhumé daterait de 1968 (octobre-novembre pour les puristes), ce qui donnerait son nom à ce CD, présentement intitulé ‘68 ? C’est fou, la vie, y’a jamais de coïncidence…

La rencontre est toute courte (elle ne tiendrait pas dans la queue d’une fin de solo de Foxy Lady) mais a le mérite d’exister, d’autant qu’Hendrix (le guitariste, oui) y joue de la basse. Voilà pour l’anecdote de trois minutes et encore, du nom de Slow Walkin’ Talk. C’est la troisième piste du CD.

Ma première est un morceau signé Wyatt / Ayers pas loin du Procol Harum (Quoi de quoi ? Demis Roussos sur un disque de Robert Wyatt ?). Ma seconde est un alphabet polyglotte au baroque musicalement pauvre. Ma quatrième est musicalement pauvre mais encore plus longue. Mon tout est chiant comme les barricades racontées par tonton beurré, un gros cigare éteint qui pend aux lèvres. Pardon Robert, pardon Jimi.

Robert Wyatt : ’68 (Cuneiform / Orkhêstra International)
Edition : 2013.
CD : 01/ Chelsea 02/ Rivmic Melodies 03/ Slow Walkin’ Talk 04/ Moon in June
Pierre Cécile © Le son du grisli

8 mars 2014

Anla Courtis, Aaron Moore : KPPB (Earbrook, 2014)

alan courtis aaron moore kppb

Après Brokeboxe Juke (élaboré par correspondance) et Courtis/Moore (enregistré en concert), la folie est la même qui (par correspondance encore) inspire Anla Courtis et Aaron Moore. Les contours de KPPB (King Pancreas et Punk Butter) n’en changent pas moins de ceux des deux références qui la précèdent.

C’est que cette folie inspirante tient au duo lieu de poésie, et que la poésie ne permet pas qu’on la répète. D’autant qu’ici, un millier d’instruments la traduisent à fin de collages hétéroclites. Guitares, saxophones, accordéon, violon, petites percussions et grands tambours... Tout œuvre à une « ambient in opposition » qui multiplie les efforts pour perdre son promeneur : expérimental minimaliste, boucles hallucinées, rengaines angoissées, expressionnisme pressant…

Certes, quelques flottements sur King Pancreas – absorbé par l’éther, le duo tente un air à la Wim Mertens ou boucle un temps des sonorités de peu – que Punk Butter relativise avec une morgue rare : bols en décalages et archets en perdition y introduisent une complainte captivante aux mouvements égaux. Un art musical de la situation et de son beau retournement…  

écoute le son du grisliAnla Courtis, Aaron Moore
KPPB (extraits)

Anla Courtis, Aaron Moore : KPPB (Earbook)
Edition : 2014.
CD : 01/ King Pancreas 02/ Punk Butter
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

aaron moore anla courtis

Anla Courtis et Aaron Moore entameront ce 10 mars une tournée en Europe. Pour la France et la Suisse, ils sont attendus à Montreuil, Marseille, Toulouse et Genève : Instants Chavirés le 13, GRIM le 14, Myrys le 15, Cave 12 le 16.

9 avril 2014

Phil Minton, dieb13 : Im Pavillon (PanRec, 2013)

phil minton dieb13 im pavillon

La rencontre est courte – qui tient sur un mini-DVD – mais intense : concert de Phil Minton* et de dieb13, filmé le 7 novembre 2009 à l’Unlimited Festival de Wels par Pavel Borodin.

La caméra est mouvante et s’intéresse de près à ce que, dans les derniers rangs, on aura, à l’œil, eu du mal à saisir : rassemblement des forces et des pouvoirs du vocaliste, artifices et réflexes multiples du platiniste. Dans une respiration, puis un souffle, le duo trouve l’inspiration : de cris rentrés en irritations de sillon, d’interjections insensées en tremblements mécaniques, une première pièce va, une vingtaine de minutes durant, avec patience et intuition. Une seconde, nettement plus courte, donnera dans une exaltation autrement démonstrative.

En supplément, Borodin donne à voir quelques instants de balance et recueille des musiciens un paquet de phrases qu’humour et flegme se disputent. Autrement démonstratif, aussi, de l’intérêt à apporter à Im Pavillon.  

Phil Minton, Dieb13 : Im Pavillon (PanRec)
Enregistrement : 7 novembre 2009. Edition : 2013.
DVD : Im Pavillon
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

sonic protest 2014* Dans le cadre du festival Sonic Protest, Phil Minton donnera ce mercredi 9 avril à Paris, Cirque électrique, un solo entre L'oeillère et Albert Marcoeur & le Quatuor Béla

8 avril 2014

Michael Pisaro : black, white, red, green, blue (voyelles) (Winds Measure, 2014)

michael pisaro barry chabala black white red green blue voyelles

Le titre de ce disque double (trois rééditions différentes, au son amélioré, d’une cassette Winds Measure publiée en 2010) associe les noms, empruntés à Rimbaud, des deux compositions à y entendre : black, white, red, green, blue, de Michael Pisaro, interprétée par le guitariste Barry Chabala, et (voyelles), composition inspirée à Pisaro par ladite interprétation de Chabala.

Disposé à toutes discrétions, Chabala fait, sur le premier disque, œuvre de précision : coups légers régulièrement adressés à un unique accord, bends variant la hauteur de notes longues, pincements de deux à trois cordes changeantes, domptages de retours d’ampli et silences nombreux, sont les éléments qui régissent une succession de plan-séquences dont les couleurs nous empêchent de distinguer toutes figures – on trouvera ici la partition de Pisaro.

Régurgité, black, white, red, green, blue revient alors à Pisaro. Dans l’interprétation du guitariste, le compositeur trouve de quoi former d’autres paysages. Encore reconnaissable, l’instrument fait avec la compagnie de rumeurs nouvelles et assiste parfois à la naissance (latente) d’un léger larsen ou de grisailles éparses dans le sillage d’un accord qu’il avait suspendu. Plus sensible à l’illusion, la seconde composition impressionne mais ne saurait faire effet sans l’écho qui, en avance sur son temps, l’a précédé : cinq couleurs, origines qu’elle réinvente.

écoute le son du grisliBarry Chabala
black, white, red, green, blue (extrait)

écoute le son du grisliMichael Pisaro
(voyelles) (extrait)

Michael Pisaro : black, white, red, green, blue (voyelles) (Winds Measure)
Réédition : 2014.
CD / K7 : CD1 : 01/ black, white, red, green, blue – CD2 : 01/ (voyelles)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

27 mars 2014

Burkhard Stangl : Unfinished. For William Turner, Painter (Touch, 2013)

burkhard stangl unfinished for william turner

Les épreuves sonores que Burkhard Stangl dédicace à William Turner – échos, voire répliques, de ses travaux non-finis : extraits de concerts et enregistrement studio confié à Fennesz – ne cachent pas longtemps leur attirance pour l’eau qui inspira souvent le peintre.

Les mouvements de la guitare électrique – médiator égrenant lentement les accords, volumes et rythmes changeants, sustains et trémolos, applications de notes sur de discrets field recordings ou enregistrements préparés – font bel effet sur les marines de Stangl. Non pas étale mais plutôt d’une huile patiemment remuée, son art rappelle (et, sur Unfinished – Mellow, s’inspire de) celui de Morton Feldman, lorsqu’il n’est pas attiré par la rumeur d’un navire qui croise au loin – à la barre, ce pourrait être Alan Licht ou Taku Sugimoto – et qui l’emmène dans des zones à sonder par la ritournelle.

Révélant là l’influence qu’exercèrent sur sa façon d’envisager sa musique la touche, la couleur et la lumière de William Turner, Burkhard Stangl démontre avec son modèle que la profondeur peut s’illustrer en surfaces, et même avec elles parfois ne plus faire qu’une.   

Burkhard Stangl : Unfinished. For William Turner, Painter (Touch / Souffle Continu)
Enregistrement : 2010-2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Unifinished – Mellow / Unfinished – Waiting / Unfinished – Longing 02/ Unfinished – Sailing 03/ Unfinished – Ending
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

21 février 2014

Plochingen : 266 minuscules récepteurs paraboliques (Tanuki, 2013)

plochingen 266 minuscules récepteurs paraboliques

Plochingen est de Bruxelles mais fait de l’ambient à la plus au Nord que ça… disons à la Beequeen (quand il n’y a pas de voix dans Beequeen)… Un peu court, jeune homme ? Mais c’est que j’allais poursuivre… et parler de ces deux faces de cassette (téléchargeable) à quatre Baal

Baal 1 et Baal 3, en face A où il y a des guitares, des guitares surtout, mais une sorte de petit synthé à la programmation rythmique minimaliste aussi sur une courte séquence qu’en chasse une autre, et puis une autre une autre, etc. 266 fois ? Il faudrait compter... En tout cas, le tout reste insaisissable sauf dans ses couleurs : blanc de la sonnerie d’un téléphone (qui sonne chez Lynch dirait-on), rouge des juxtapositions rétro-futuristes, or des drones…

Au dos, les Baal 2 et Baal 5, dans un genre plus spatial, mais toujours ambient. On y sent d’ailleurs moins les guitares. A la place un canon à drone qui envoie la note de plus en plus fort. Plochingen a au moins l’art de créer des atmosphères et ce n’est, je crois, pas rien.

écoute le son du grisliPlochingen
266 minuscules récepteurs paraboliques (téléchargement)

Plochingen : 266 minuscules récepteurs paraboliques (Tanuki)
Edition : 2013.
K7 / DL : A1/ Baal 1 A2/ Baal 3 B1/ Baal 2 B2/ Baal 5
Pierre Cécile © Le son du grisli

22 mars 2014

The Deac C : Armed Courage (Ba Da Bing!, 2013)

the dead c armed courage

A cause de The Dead C, j’ai longtemps cru que le Triangle des Bermudes faisait son petit effet au large des côtes de la Nouvelle-Zélande. Un ami m’a depuis renseigné : « mais non, absolument pas ». C’était l’année dernière (déjà). A peu près à la même époque sortait Armed Courage.

Si j’ai encore quelques amis, c’est que je fais pas mal de concessions : d’accord, les Bermudes, c’est pas là. Mais alors comment expliquer, encore sur Armed (le premier morceau, un instrumental développé sur toute une face), le rideau de baguettes qui s’abat sur la carlingue, les effets de guitares qui font balancer le reste du fuselage et, tout à coup, ce paysage sauvage et âpre dans lequel il va falloir penser à atterrir… ?

De l’autre côté, on retrouve la voix de Michael Morley sur une musique que lui et ses comparses Bruce Russell et Robbie Yeats ont l’air de jouer chacun dans son coin. Mollasse, salasse, tout en surimpression, en un mot : à l’ancienne… jusqu’à ce que la batterie propulse Courage sur un collage de séquences sonores fabuleuses. Ba Da Bing!, c’est moi qui avais raison : les Bermudes, c’est dans l’hémisphère sud.

The Dead C : Armed Courage (Ba Da Bing! / Souffle Continu)
Edition : 2013.
CD : 01/ Armed 02/ Courage
Pierre Cécile © Le son du grisli

20 mars 2014

Rich Halley : Crossing the Passes (Pine Eagle, 2013)

rich halley crossing the passes

Ce jazz-là, nous l’avons maintes fois entendu. Maintes fois, il a traversé nos oreilles sans jamais s’y arrêter. Quelle pourrait être, aujourd’hui, la raison pour que l’on s’y attarde ?

Le post bop mâtiné d’improvisation du quartet de Rich Halley possède vertus (la ténacité du saxophoniste-leader, les ricochets du batteur Carson Halley, la justesse du contrebassiste Clyde Reed, l’agitation du tromboniste Michael Vlatkovich) et sensibilités (art de la ballade, unissons poreux) mais peine à surprendre. Et l’idée d’improviser librement en quatre occasions scelle l’échec : une improvisation qui a besoin de la narration et du rythme pour exister ne peut tromper personne. Ennui, quand tu nous tiens…

Rich Halley 4 : Crossing the Passes (Pine Eagle)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ The Only Constant 02/ Traversing the Maze 03/ Looking West from West 04/ Smooth Curve of the Bow 05/ The Spring Rains 06/ Duopoly 07/ Crossing the Passes 08/ Basin and Range 09/ Acute Angles 10/ Rain, Wind and Hail 11/ Journey across the Land
Luc Bouquet © Le son du grisli

25 janvier 2014

Abdelhaï Bennani Trio : Encounters (JaZt Tapes, 2013)

abdelhaï bennani encounters

Un soir de jazz et d’improvisation. 16 octobre 2000 au Sunset.

Abdelhaï Bennani engage son ténor dans la bataille. Ne convulse pas mais cajole ses graves. Grogne des colères insoupçonnées. Expire quelques râles salés. Chasse on ne sait quel gibier. Se perd puis retrouve le sentier. Ne fait jamais cavalier seul. Alan Silva prend son piano de vitesse. Maintenant l’assombrit. L’égrène plus qu’il ne le comble. Rend l’arpège élégant. Désosse un drôle de synthé. Rivalise avec l’archet de William. Ne fait jamais cavalier seul. William Parker fait gronder sa contrebasse. Expose les racines. Cajole son archet. Tire sur une corde qui jamais ne casse. Ne fait jamais cavalier seul.

Un soir de jazz et d’improvisation. C’est donc encore possible.

Abdelhaï Bennani Trio : Encounters (JaZt Tapes)
Enregistrement : 2000 / Edition : 2013
CD : 01/Encounters #1, #2, #3
Luc Bouquet © Le son du grisli

4 octobre 2013

Marc Behrens : Queendom Maybe Rise (Crónica, 2013)

marc behrens queendom maybe rise

Outre une apparition sur l’excellentissime HD de son compatriote Atom™, Marc Behrens est surtout connu pour son œuvre électroacoustique, qu’il développe depuis plus de vingt ans avec une constance qui n’a d’égale que son inifni sens de la recherche. Son nouveau bébé, Queendom Maybe Rise, ne fait nullement exception à la règle, bercé qu’il est entre field recordings ovipares et traitement numérique soigné.

En de nombreux instants, on a l’impression d’assister à un documentaire animalier sur le monde des airs et/ou de l’inifiniment petit mis en ondes par Nicolas Bernier, avant qu’un violent orage ne vienne tout bouleverser ; à d’autres instants, on retrouve les excellents échos de Thomas Köner, voire de Jana Winderen, pour quarante-et-une minutes de bravoure captivante. Second et dernier titre, Quuendom repose entièrement sur la voix de Yoko Higashi (déjà aperçue chez Lionel Marchetti), directement ou régénérée digitalement telle la rencontre entre Luciano Berio et Machinefabriek. Pourquoi se priver ?

EN ECOUTE >>> Maybe Rise >>> Queendom

Marc Behrens : Queendom Maybe Rise (Crónica / Metamkine)
Edition : 2013.
CD : 01/ Leafer Maybe Rise 02/ Queendom
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

28 septembre 2013

Che Chen : Pulaski Wave (Pilgrim Talk, 2011)

che chen pulaski wave black mayonnaise

Après quelques recherches (même pas poussées) sur « la toile », on peut dire connaître à Che Chen, new-yorkais qui joue de plein d’instruments, des collaborations (Tetuzi Akiyama, Chie Mukei, Robbie Lee) et même jusqu’à un groupe (en fait un duo avec Rolyn Hu : True Primes). Présentations faites, il faut que je confie que les recherches en question ont été provoquées par l’écoute d’un disque, ou plutôt de deux : un 33 tours deux titres, que le label Pilgrim Talk expédie avec un CDR.

Sur la première face du vinyl, l’ami Chen funambulise au violon sur un drone dont le volume oscille quand il s’emporte plus radicalement sur la seconde, cette fois sur un feedback. Sur l’une (Pulaski Wave) comme sur l’autre face (Newtown Creek Mirror Lag), les mailles de l’archet tricotent une parlote folle qui fascine par les astuces qu’elle déploie pour ne pas perdre le fil – quitte à perdre le mien, comme mes recherches se poursui-vent à l’heure où j’écris cette chronique, voilà que je découvre cette interview.

Comme Chen l’explique dans cette interview (cette faculté que j’ai moi aussi de retomber sur mes pattes !), Black Mayonnaise (que l’on trouve sur la troisième piste du CD puisque les deux premières reprennent les morceaux du vinyl) est un live réalisé avec trois turntables placées en triangle autour du public. Les platines jouant toutes le même vinyl (Pulaski Wave, si vous n’aviez pas suivi), nous entendons le drone déjà connu. Or voilà qu'un des violons s’enraye et c'est là que tout commence : Black Mayonnaise multiplie les répétitions qui en feront un disque renversant. Qui doute de ce que j’avance n’aura qu’à aller faire un détour sur Bandcamp avant de foncer chez Pilgrim Talk.  

EN ECOUTE >>> Pulaski Wave (Violin Halo)

Che Chen : Pulaski Wave (Violin Halo) / Newtown Creek Mirror Lag / Black Mayonnaise (Pilgrim Talk)
Enregistrement : Novembre 2010 & 27 avril 2011.
33 tours (7’’) + CDR : 33 tours : A/ Pulaski Wave (Violin Halo) B/ Newtown Creek Mirror Lag – CDR : 01/ Pulaski Wave (Violin Halo) 02/ Newtown Creek Mirror Lag 03/ Black Mayonnaise
Pierre Cécile © Le son du grisli

15 juillet 2013

Evan Parker, Matthew Shipp : Rex, Wrecks & XXX (Rogue Art, 2013)

evan parker matthew shipp rex wrecks xxx

Si les duos d'Evan Parker – ici au seul ténor – en compagnie de pianistes (Mengelberg, Graewe, Farrell, Oberg, Fernández, Tracey, Tilbury) semblent désormais proliférer, ceux de Matthew Shipp avec des saxophonistes sont plus rares (on se souvient de Rob Brown ou de Sabir Mateen) et méritent une attention particulière, d'autant plus lorsque ces collaborations le mènent hors de son cercle américain, comme dernièrement avec John Butcher, At Oto.

La rencontre avec Parker, il y a une douzaine d'années, dans le cadre des projets de Spring Heel Jack, avait débouché, en 2006, sur les Abbey Road Duos publiés par Treader : les pistes ouvertes par ce disque se voient aujourd'hui superbement prolongées et approfondies dans le double volume qu'édite le label RogueArt. Le premier volet, en pièces brèves (dont deux solos), a été enregistré au Vortex londonien, dans les conditions du studio, début septembre 2011 ; le second a été capté en concert au même endroit, le lendemain.

Les éclats rauques que les cristalliers tirent du front de taille, au-delà des clusters à facettes, des belles chutes de séracs et du jeu « cassé » sismographique, finissent par dégager des bribes de chants, vite retournées et refourbies. Mieux qu'une stricte réitération, ce rude pétrissage, cette lente extraction, amène au jour des esquisses qui bientôt sombrent, saisies un instant à peine ou suggérées par le travail même (d'exsudation, de percolation). Ces conjonctions successives, complexes, loin de l'équilibre, partagent-elles quelque cousinage avec les « phénomènes à structures dissipatives » du physicien Prigogine ?

Evan Parker, Matthew Shipp : Rex, Wrecks & XXX (Rogue Art / Souffle Continu)
Enregistrement : 2011. Edition : 2013.
CD1 (studio) : 01/ Rex 1 02/ Rex 2 03/ Wrecks 1 04/ Rex 3 05/ Wrecks 2 06/ Rex 4 07/ Rex 5 08/ Rex 6 – CD2 (live) : 01/ XXX
Guillaume Tarche © Le son du grisli

16 février 2016

Ludovic Florin : Jazz Vinyls (Editions du Layeur, 2015)

ludovic florin jazz vinyls

On ne compte plus les livres publiés qui ont pour sujet la pochette de disque vinyle. Celui que signe Ludovic Florin – que l’on peut notamment lire dans Improjazz –, qu’il présente comme un « vagabondage », aurait pu être un ouvrage de plus au sujet consacré : or, son Jazz Vinyls est une belle histoire du jazz (qu’il s’en défende) cachée derrière l’image.

Quelques défauts, bien sûr – des raccourcis inévitables, des interrogations soudaines (« Le style West Coast existe-t-il ? », et qu’est-ce que le « mainstream progressiste » ?), la rareté des « petits maîtres », l’absence de bibliographie (certes, par les temps qui courent, un mal assez contagieux) et, last but not least, le fait que je ne l’ai pas moi-même écrit –, mais nettement moins que de surprises.

De la « préhistoire du jazz » aux « temps post-modernes », Florin fait en effet œuvre de tact et de nuances – c’est cette fois une qualité qui se perd, notamment au Sud de la Loire où l’on publiait récemment un ouvrage consacré au Free Jazz qui attache au domaine Mingus, Dolphy…, et même Akosh S. ou Colin Stetson, mais pas Joe McPhee, par exemple : le chapitre que Florin intitule « Au-dessus des chapelles » aurait pu apprendre à l’auteur (et à son Reste d'éditeur) qu’aller voir au-delà des codes n’est pas forcément « jouer free ».

Fort de citations choisies (de musiciens, comme de critiques), se permettant quelques focus d’intérêt (Dizzy Gillespie, Anthony Braxton, Joe Henderson…), Florin suit une chronologie irréfutable qu’il illustre avec un à-propos désarmant. C’est que son intérêt pour le genre profite d’un désintérêt pour l’anecdote ou le kitsch – ici, pas de cargaison de pin-up sirotant du jus de Monk ou de Blakey (quelques-unes, quand même) à la Jazz Covers – et, surtout, s’avère bien plus « contemporain » – à peine à la moitié du livre, et c’est déjà Ornette Coleman.

Comme pour excuser l’aplomb qu’il a de consacrer quelques chapitres au « mainstream » (après tout, le titre du livre n’est pas « Bon Jazz Vinyls »), Florin entame le chapitre « La toile européenne se déploie » : Derek Bailey, Alexander von Schlippenbach, Evan Parker... avant qu’arrive le tour des labels européens. Certes, l’œcuménisme est amical puisque la Fusion est à suivre, mais la conclusion nous amène… Brigantin. C’est dire que Jazz Vinyls est une indispensable lecture.

jazz vinyls

Ludovic Florin : Jazz Vinyls
Editions du Layeur
Livre : 359 pages
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

27 mars 2013

John Coxon, Evan Parker, Eddie Prévost : Cinema (Fataka, 2012)

john coxon evan parker eddie prévost cinema

Première référence du label Fataka, le Cinema de John Coxon, Evan Parker et Eddie Prévost – rencontre enregistrée au Cube de Bristol le 8 mars 2008 – est de saynètes et de séquences. De renouveau, aussi, puisque c’est, à la guitare électrique, Coxon qui dirige l’improvisation.

Chatouillant jusqu’aux cordes de tête, le guitariste parvient à agacer le ténor quand les cymbales de Prévost le sommaient déjà d’abandonner les bourdonnements pour des figures autrement périlleuses. A force de saturations et d’élans vindicatifs, Coxon et Prévost convainquent le saxophoniste de composer avec eux des miniatures expressionnistes, qu’ils enchaînent avec panache. Si Prévost vit jadis en Parker un improvisateur à la grandeur d’AMM, Cinema prouve que Coxon mérite aujourd'hui de recevoir le même compliment.

EN ECOUTE >>> Cinema (extrait)

John Coxon, Evan Parker, Eddie Prévost : Cinema (Fataka)
Enregistrement : 8 mars 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Cinema
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

21 février 2013

Henri Roger : Exsurgences (Facing You / IMR, 2012)

henri roger exsurgences

Dans la pochette de ces deux LP, livrés avec un DVD contenant des films de l’artiste Anne Pesce (en lecture ici), le report d’une interview d’Henri Roger par Philippe Robert nous explique le parcours pour le moins iconoclaste de ce musicien. La pop des années 60, la chanson avec Catherine Ribeiro, l’improvisation jazz avec Paul Rogers et François Méchali

Encore aujourd’hui, ce bouillon de culture travaille Henri Roger. Dans les impressionannts solos de piano d'Exsurgences, on sent avant toute autre chose un véritable amour du jeu libre. D’une touche à l’autre, de gauche à droite et de droite à gauche, le pianiste fait tourner un manège à sensations impressionniste, minimaliste, expressionniste… Avec une aisance de voltigeur, Henri Roger remonte l’histoire de son instrument et les personnages qu’il fait tourner ont pour noms Debussy, Satie, Kremsky, Coltrane, Taylor, Schlippenbach, Jarrett… Et Ran Blake, ô combien. Une galerie que l’on voit défiler comme sous hypnose et qui laisse sur son passage des couleurs qui ne sont autres que celles de ce grand autoportrait d’Henri Roger.

Henri Roger : Exsurgences (Facing You / Instant Music Records / Souffle Continu)
Enregistrement : 2012. Edition : 2012.
2 LP + 1 DVD : Exsurgences
Héctor Cabrero © Le son du grisli

31 janvier 2013

Evan Parker, Georg Graewe : Dortmund Variations (Nuscope, 2012)

evan parker georg graewe

C'est Steve Beresford qui le rapporte (dans le texte accompagnant It won't be called broken chair, Mengelberg & Parker, disque Psi) : « Evan once said that pianos were useful for him to put his coat on, implying that there was little else you could do with them. »

Sans doute le saxophoniste a-t-il, par la suite, changé d'avis quant à ce meuble sonore... N'enregistre-t-il pas, depuis plus de quinze ans, quantité d'albums avec des pianistes – et particulièrement en duo ? On se souvient encore des échanges avec Tilbury (Two chapters and an epilogue), Tracey (Crevulations), Farrell (Glossolalia), Shipp (Abbey Road duos), Fernandez (Tempranillo) ou Oberg (Full Bloom) !

Comme un pendant transatlantique au concert d'Oak Park (1998) publié par Okka sous le titre Unity Variations, la rencontre de Dortmund qui s'est tenue en octobre 2010 présente deux musiciens faisant front commun, dans un duo continu, au fil des altérations du climat. Evan Parker (au seul ténor – dont clefs et ressorts accompagnent le chant) et Georg Graewe (le pianiste, souvent accueilli chez Nuscope, tire ici ses quartz brisés d'un beau Bösendorfer) s'y dépensent en orpailleurs : brassant des eaux richement boueuses, ils amènent au jour, par tamisage, en lambeaux, des phrases qu'ils n'ont de cesse de retordre ; un trésor (Schlippenbach avertissait : Gold is where you find it) qui se tient davantage dans l'acte de recherche que dans les pépites.

Evan Parker, Georg Graewe : Dortmund Variations (Nuscope)
Enregistrement : octobre 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ Dortmund Variation I 02/ Dortmund Variation II 03/ Dortmund Variation III
Guillaume Tarche © Le son du grisli

23 janvier 2013

Artificial Memory Trace : Boto (Ini.Itu, 2012) / Ultrealith (Gruenrekorder, 2012)

artificial memory trace boto ultrealith

Un plaidoyer en faveur de la musique tchèque ? Faut dire : Slavek Kwi nous y invite en expédiant d’un coup d’un seul deux récents enregistrements de son Artificial Memory Trace. Une trentaine d’années qu’il travaille à ses enregistrements sur sites – le temps  donc de collaborer avec un autre grand nom du genre, Eric La Casa –, c’est dire si ses efforts méritent d’être récompensés… par quatre clefs, un diapason d'or ou dix perches tendues et qui forment une étoile !

Porté par un intérêt pour le dauphin d’eau douce (ainsi ai-je appris l’existence des dauphins d’eau douce), voilà Kwi parti pour le Brésil pour en revenir  avec Boto [Encantado]. Avec les chants qu’il a recueillis des bêtes, il construit une histoire. Me voici invité à entrer dans un paisible zoo où les animaux crient barrissent roucoulent puis dirigé dans une grotte sombre. La grotte est longue et regorge de présences et, qui s’y frotte s’y pique, le moindre effleurement est une menace. La voix du dauphin a été modifiée et n’est qu’un des éléments d’une dark ambient qui n’est pas piquée des vers (ou des hannetons, au choix).

Oui, ce genre d’hannetons qu’on aurait pu croiser sur la pochette d’Ultrealith, où Artificial Memory Trace joue avec des enregistrements de bruits du monde entier, normalement difficiles à capter. Tous dans la même boîte, ils participent d’une musique électroacoustique où l’aquatique a aussi son « mot à dire ». Pour avoir nourri ces sons à une heure indus, Kwi ne peut que constater leur métamorphose : du monde muet il a fait un fort en gueule à maxi-tête (de chauve-souris, d’insectes, etc.). C’est effrayant mais nous savons tous que ce genre de monstre n’existe pas. Ô qu'il est d’autant plus beau à entendre !

EN ECOUTE >>> Boto (extrait)

Artificial Memory Trace : Boto [Encantado] (Ini.Itu / Metamkine)
Edition : 2012.
LP : Boto [Encantado]

Artificial Memory Trace : Ultrealith (Gruenrekorder)
Edition : 2012.
CD : Ultrealith
Pierre Cécile © Le son du grisli

27 octobre 2015

Asmus Tietchens : Ornamente (LINE, 2015)

asmus tietchens ornamente

Sur ce nouveau CD d’Asmus Tietchens, on cite Cioran (ce n’est pas que ce soit original, mais bon…). Il ne faut pas s’étonner que la musique soit joyeuse en conséquence et que ses Ornament (il y en a cinq en tout) ne « respirent » pas la joie de vivre.

Mais, il n’empêche, ils respirent quand même, et c’est d’ailleurs en ayant l’air de jouer les réanimateurs sonores que Tietchens parvient à capter notre attention. Auditeurs-badauds que nous sommes, tendons l’oreille à cette respiration ou ce pouls maintenus de tamagochi – même artificiellement, par des machines (les bips ne trompent pas). On en est à compter les gouttelettes dans un écho clinique quand, soudain, elles prennent formes chantantes et dansantes. La salle d’attente changée en salle des fêtes ? Diantre, est-ce un mirage ? Niantre, c’est la méthode Tietchens ! Opération réussie, et tant pis pour la gaudriole.

Asmus Tietchens : Ornamente (LINE)
Edition : 2015.
CD : 01-05/ Ornament 1 - Ornament 5
Pierre Cécile © Le son du grisli

3 septembre 2012

Evan Caminiti : Dreamless Sleep (Thrill Jockey, 2012)

evan caminiti dreamless sleep

Bien sûr il faut aimer la guitare électrique et les synthétiseurs. Dans ce cas, on ne pourra que saluer la sortie de Dreamless Sleep, qui n’est pourtant pas le premier CD solo d’Evan Caminiti. Au jeu des comparaisons, on parlera d’un Rafael Toral (mais en moins cérébral), d’un Christian Fennesz (mais accompagné de Sakamoto) et bien sûr de son binôme dans Barn Owl Jon Porras (mais en plus solaire, si l’on compare Dreamless Sleep à Black Mesa, que Porras a sorti un peu plus tôt sur Thrill Jockey lui aussi).

Si le sommeil de Caminiti se passe de rêve, sa musique évoque des paysages oniriques, lunaires. Les nappes de Korg et de Casio y croisent des solos d’une Telecaster obsédée par le vibrato, les fuzz et les delay. La pop qui se dégage de ces frottements sonores est environnante, indolente et souvent mystérieuse : elle nous guide par l’oreille dans une cathédrale de glace dont les recoins ne cessent d’impressionner par leurs possibilités acoustiques. Vous aimez la guitare électrique et les synthétiseurs ?

Evan Caminiti : Dreamless Sleep (Thrill Jockey / Amazon)
Edition : 2012.
CD / LP : 01/ Leaving The Island 02/ Bright Midnight 03/ Symmetry 04/ Fading Dawn 05/ Absteigend 05/ Veiled Prayers 06/ Becoming Pure Light
Pierre Cécile © le son du grisli

18 mai 2012

Robert Curgenven, Richard Chartier : Built Through (LINE, 2012)

richard chartier robert curgenven built through

Par le biais de Built Through, Richard Chartier me présente l’Australien Robert Curvengen. L’homme est charismatique et son travail (beaucoup de field recordings à son actif) est sans nul doute à découvrir.

Built Through, c’est de la musique. C’est aussi de l’architecture – le rapprochement est souvent galvaudé mais ici je crois que musique et architecture vont vraiment de pair. Un long silence blanc parcourt d’abord la pièce, puis c’est le tour d’une electronica sensible (qui peut prendre différentes apparences : un drone à deux têtes, des sons cachés en coussins d’air, des field recordings qui se fondent dans les paysages de Chartier). Built Through, c’est de la musique, de l’architecture, du paysage, et on s’y sent bien.

Robert Curgenven, Richard Chartier : Built Through (LINE)
Edition : 2012.
CD : 01/ Invariance Strata 02/ Displacement 03/ Built Through Both Sides 04/ Acquisition Eviction
Pierre Cécile © Le son du grisli

14 octobre 2015

Chihei Hatakeyama : Moon Light Reflecting Over Mountains (Room40, )

chihei hatakeyama moon light reflecting over mountains

On se souvient avec grand bonheur de la découverte de Chihei Hatakeyama, c'était en 2006 (déjà!) sur Kranky et son Minima Moralia n'a pas pris une seule ride. Neuf années et une sacrée belle discographie plus tard, elle inclut son duo Opitope aux côtés de Tomoyoshi Date (un disque essentiel en 2010, Hau), le maître japonais conserve tout au sommet sa place de sculpteur d'ambiances musicales sereines et expiatoires.

Loin d'entasser les clichés zen pour abonnés de Tantra Magazine, Hatakeyama parvient – et c'est à chaque fois un petit miracle – à faire oublier le temps sur Moon Light Reflecting over Mountains. Alors que ses multiples déclinaisons sonores s'inscrivent dans une démarche où la lenteur et l'introspection sont des maîtres-mots, jamais ou presque ne vient la désagréable sensation de la perte des repères temporels.

Au contraire, adepte d'un slow is fast où chaque micro-séquence s'inscrit à la fois dans le prolongement et en rupture de la précédente, l'homme de Tokyo raie définitivement de son (et de notre) dictionnaire les notions de monotonie et d'engoncement.

Chihei Hatakeyama : Moon Light Reflecting over Mountains (Room40)
Edition : 2015.
CD / DL : 01/ Prince Of The Sea 02/ A Narrow Path Of The Sacred Forest 03/ Broken Mirror 04/ Mausoleum 05/ A Bronze Pike 06/ Journey To The Imaginary Paradise 07/ Phantom Voice 08/ End Of The Night
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

5 octobre 2015

Charlemagne Palestine : Schlingen Blängen for Organo Rinascimentale Non Temperato (I Dischi di Angelica, 2015)

charlemagne palestine schlingen blängen for organo rinascimentale non temperato

A la fin des années 1970, Charlemagne Palestine engageait Schlingen Blängen, une série de travaux s’inspirant des manières de l’expressionnisme abstrait – celui de Rothko, de Newman et de Still, en premier lieu, insiste le musicien dans les courtes notes qui accompagnent ce disque. En 2004, derrière l’orgue de la Basilique San Martino de Bologne, il y travaillait encore – ci-dessous, un extrait d'une interprétation plus récente encore. 

On pourra essayer de suivre les trajectoires de chacune des longues notes qui forment ce grand tableau pour orgue « Renaissance », les chants parallèles qui tout à coup les doublent, les lests qui soudain les confondent ou les voix qui, un temps, les aspirent. Le minimalisme de Palestine – qui commanda, déjà, combien de voyages en ballon ? – progresse par touches quand son colletage explore un espace confondant où s’unissent oscillations et torsions. C’est alors sur un rail unique, à la verticalité sans cesse contrariée, que la musique se déforme : comme sur une toile la lumière peut faire naître de nouvelles couleurs, les secondes révèlent des airs inédits, toujours insaisissables.

Charlemagne Palestine : Schlingen Blängen for Organo Rinascimentale Non Temperato (I Dischi di Angelica / Orkhêstra International)
Enregistrement : 9 mai 2004. Edition : 2015.
CD : 01/ Schlingen Blängen for Organo Rinascimentale Non Temperato
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

16 février 2012

Maya Homburger, J.S. Bach, Barry Guy : Lysandra (Maya, 2011)

maya_homburger_lysandra

D’une improvisation, florissante à l’époque baroque, et dont certains musiciens tentent, aujourd’hui, de retrouver l’essence (Gabriela Montero pour le meilleur, Dan Tepfer pour le pire), nous ne savons, finalement, que peu de choses. Mais nous savons que la violoniste Maya Homburger, impliquée dans le baroque (Bach, Biber, Telemann) et dans l’improvisation aux côtés de son Barry Guy de mari, ne prend pas les choses à la légère.

Ainsi, son violon (très) baroque sait ne pas figer – si ce n’est renouveler – une partition mille fois rabâchée. Ici, l’interprétation de l’allegro assai de la Sonate n° 3 et du prélude de la Partita n°3 évite les vélocités inutiles. De la même manière, l’archet de la violoniste trouve le moyen d’insuffler justesse et profondeur au largo de la troisième sonate du Cantor de Leipzig. Encadrant les compositions de Johann Sebastian Bach, Lysandra, composé par Barry Guy, insiste sur les harmoniques glissantes et sur de courts motifs hérités d’une musique beaucoup plus contemporaine. En ce sens, plus proche d’un Penderecki que des maîtres du baroque. Et dans tous les cas de figure grâce à Maya Homburger : douceur, fragilité, flamme, intelligence et rayonnement du sens et de la matière.

Maya Homburger, J.S.Bach, Barry Guy : Sonata in C-dur & Partita in E-dur / Lysandra (Maya / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01-04/ Sonata N°3 BWV 1005 05/Lysandra 06-11/ Partita N°3 BWV 1006
Luc Bouquet © le son du grisli

 

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