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Le son du grisli
13 février 2012

Thorsten Soltau / Preslav Literary School : Grün wie Milch / Alamut (Corvo, 2011)

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Pour qu’il n’y ait pas de jaloux, les deux faces de ce vinyle que se partagent Thorsten Soltau (turntables) et le groupe Preslav Literary School sont aussi belles l’une que l’autre. A tel point qu’il ne faut pas craindre de les abîmer pour entendre ce qu’elles contiennent.

En A, nous avons donc Soltau qui fait un collage de sons brefs, sautants ou tournants, d’une voix au ralenti et d’inserts expérimento-décoratifs. Ce n’est pas l’originalité que l’on retient de Grün wie Milch, mais une ardeur au jeu qui bouscule tous les principes mélodistes. En B, c’est la Preslav Literary School qui compose à partir d’enregistrements sur bandes et d’electronics. Pendant qu’un drone d’orgue monte, des voix et des boucles se succèdent. Alamut, c’est un peu la rencontre de Neu! et d’Eliane Radigue qui donne envie d’aller écouter les autres sorties du groupe anglais. N’est-ce pas à ce genre de réaction qu’on reconnaît qu’un split est réussi ?

Thorsten Soltau / Preslav Literary School : Grün wie Milch / Alamut (Corvo Records)
Enregistrement : 2010 & 2011. Edition : 2011.
LP: A/ Thorsten Soltau : Grün wie Milch B/ Preslav Literry School : Alamut
Pierre Cécile © Le son du grisli

15 février 2012

Henry Vega : Wormsongs (ARTEk, 2011)

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Au premier abord, Wormsongs évoque un double intérêt – pour la musique électronique avant-gardiste pratiquée par les Philippe Petit et Lawrence English de ce monde, et pour les recherches vocales de Luciano Berio au temps de ses Sequenza. Au second (et troisième) niveau, l’interconnectivité entre le compositeur américain Henry Vega et la vocaliste israélienne Anat Spiegel peine toutefois à convaincre de sa pertinence.

Malgré des ingrédients accueillis ordinairement avec enthousiasme en ces lieux, j’ai rapidement eu l’impression lâche d’être laissé sur le bord du chemin. Telle une cohabitation subie, bien que revendiquée, pour cause de loyers trop chers, la sauce manque d’unité tant les ingrédients se superposent sans vouloir se mélanger. Hormis quand les très discrètes percussions de Bart de Vrees viennent garnir un titre (Light Code) d’un subtil pointillisme jazz qui n’est pas sans évoquer Kapital Band 1, le doute est totalement permis.

Henry Vega : Wormsounds (ARTEkSounds)
Edition : 2011
CD : 01/ Sermon on wings and tergal lobes 02/ Autotelic 03/ Solar Set 04/ Sermon on files and vile springs 05/ Light Code 06/ Set Song 07/ Sleep 08/ Machines of Moisture
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

31 octobre 2011

John Tilbury, Marcus Schmickler : Variety (A-Musik, 2004)

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Est-ce après avoir rencontré John Tilbury – à l’occasion du concert donné à Bologne en 2001 par ce MIMEO, dont il est membre depuis 1998, augmenté du pianiste (The Hands of Caravaggio) – que Marcus Schmickler envisagea ces quarante minutes à enregistrer en compagnie du maître  ? Cela aurait pu aussi bien être avant : rêve de deux jours consacrés, au Loft de Cologne, à mettre en valeur les notes en peine de Tilbury et dont garder le souvenir sur un disque édité par ses propres soins – ici donc, sous étiquette A-Musik.

Avec circonspection, notez bien. Schmickler à l’intérieur d’un autre piano que celui du maître et à l’ordinateur : comment ne pas entendre le souffle de Feldman sur les épaules de Tilbury ? Ces épaules dont le mouvement accompagne la naissance des premières notes de Variety, et finalement de toutes les notes retenues en Variety. Comment ne pas les entendre, malgré leur discrétion, et comment faire autrement – d’autres que Schmickler n’auraient pas manqué de faire autrement, ceci dit – que de les envelopper de précautions ?

Et l’art que Schmickler a ici d’être délicat est fantastique : il peut suspendre une longue note parallèle aux accords miniatures de son partenaire ou distribuer avec parcimonie des craquements légers, des bruits de découpe, des larsens succincts. Tilbury, de son côté, est à la manœuvre abstraite : un arpège qu’il délaye en irrégulier, plus loin une répétition tenace, ailleurs encore un développement impossible et un abandon enchanteur.  La jeune recrue de Keith Rowe et l’un de ses compagnons de longue date – le plus fidèle peut-être – étaient faits pour s’entendre. S’entendre sur Variety.

Marcus Schmickler, John Tilbury : Variety (A-Musik)
Edition : 2005.
CD : 01/ Variety
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

14 septembre 2011

RED Trio, John Butcher : Empire (NoBusiness, 2011)

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Il faut bien avouer que ce RED Trio augmenté de John Butcher n’est plus tout à fait le RED Trio. La rencontre, qui date d’avril 2010, a transformé la chose : c’était le moins que l’on pouvait attendre de la présence de Butcher sur cet Empire que publie ces jours-ci NoBusiness.

La « chose » en question peinait – appréciation personnelle et, notons-le, différente de celle de Luc (ce qui peut arriver, foi d’Attraction terrestre !) – à convaincre vraiment l’année dernière sur Clean Feed. En Butcher, Rodrigo Pinheiro (piano), Hernani Faustino (contrebasse) et Gabriel Ferrandini (batterie), ont trouvé un partenaire-mentor. Au ténor puis au soprano, celui-ci fomente des salves tremblantes qui manquent aux trois hommes quand elles ont déserté le champ musical – et ce, malgré l’habileté de Faustino.

Mais à quatre, les musiciens vont de balancement charriant des plaintes répétitives en atmosphères épaisses qui ne cessent de se développer en attirant à elles les volte-face du soprano ou les répétitions affolées (et bien plus convaincantes sur le morceau-titre) de Pinheiro. Comprendre alors que John Butcher évolue tel un oiseau en cage : mais un oiseau de feu qui cogne et emporte toutes structures enfin. Le RED Trio s’en remettra-t-il ?

EN ECOUTE >>> Sustained

RED Trio, John Butcher : Empire (NoBusiness)
Enregistrement : 6 avril 2010. Edition : 2011.
CD / LP : 01/ Sustained 02/ Pachyderm 03/ Empire
Guillaume Belhomme © le son du grisli

9 octobre 2015

Philippe Petit : Multicoloured Shadows (Aagoo, 2015)

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Nouvelle saison, ancien acteur et quel plaisir de retrouver cette vieille branche de Philippe Petit pour ses 30 ans d'activisme musical. Souvent présent sur des terrains où on l'attend peu, le Marseillais dévoile sur Multicoloured Shadows des tentations techno à la Jeff Mills, qui sont d'autant plus surprenantes qu'elles s'entrechoquent sur des canevas noise-psychédéliques où des spectres sous absinthe viennent battre la chamade (Yourselfosophy).

Si ça se calme sur la suite de ce – toujours – premier (et impeccable) morceau, avec des cloches qui évoquent un Charlemagne Palestine dévoyé chez Marcel Dettmann, ce n'est qu'illusion ou prétexte. Dès Pyramid of the Moon, des échos d'outre-monde dépiautent le cadavre exquis d'ambiances post-Coil, sous forte influence Reinhold Friedl quand ce n'est pas Markus Schmickler revenu d'un séjour-club en apnée qui endosse ses habits de Casper bouddhiste pour rejoindre Eliane Radigue, mais aussi (ô surprise) O. Lamm, sur le double Tidbindilla Sanctuary..

Philippe Petit : Multicoloured Shadows (Aagoo)
Edition : 2015.
CD / LP / DL : 01/ Yourselfosophy 02/ Pyramid Of The Moon 03/ Tidbinbilla Sanctuary 04/ Tidbinbilla Sanctuary
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

28 septembre 2015

Duane Pitre : Bayou Electric (Important, 2015)

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Qu’elle est longue à grimper la côte du Bayou Electric pour la colo de drones de Duane Pitre. Et lorsqu’il y arrive, pouf il disparaît. Mais on connaît le DP, et on attend son retour puisqu’on sait qu’il reviendra.

Gagné, voilà que les drones à répétition investissent c't'ambient sournoise où le synthétiseur et le violoncelle s’ébattent avant qu’on y déverse des criquets (des cigales ? qu’en sais-je ?) synthétiques et même des voix (bien étouffées, certes certes). Ca plus ça plus ça et voilà une musique de nuit (basses / insectes / dulcimer) qui se retire comme le jour. Mais pas de silence pour autant, non : des insectes, et le retour des drones beaucoup plus vindicatifs. Voilà ce que c’est que s’aventurer dans le Bayou Electric de Duane Pitre, qui prouve ici qu’il sait diversifier les drones qui continuent de l’inspirer.

Duane Pitre : Bayou Electric (Important)
Edition : 2015.
CD / LP : 01/ Electric Bayou
Pierre Cécile © Le son du grisli

30 août 2011

Wols : Unframe (Pingipung, 2011)

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Le nom Wols tient d’une double origine. Alias du peintre allemand Alfred Otto WOLfgang Schulze, le patronyme du duo russe fait également référence à son passé techno. Aujourd’hui ralentie (SLOWed down en anglais), tout en demeurant marquée par le kick en 4/4, la conception mise en place par Evgeny Shchukin et Alexander Tochilkin s’inscrit aujourd’hui dans une veine davantage IDM – et oui, la bête Aphex Twin fait encore des émules.

S’il serait présomptueux de marquer du sceau du génie les quatorze tracks d'Unframe (à commencer par le morceau-titre), l’ensemble demeure de très belle facture. Au-delà de quelques scories mineures (le spoken word sur Geek Rudohop), quelques traits de bravoure ponctuent de belle manière l’objet. Hommage dynamique aux Boards of Canada (Justma, Fractals…) ou à la techno berlinoise (le très réussi Liquid Meets Discrete), effets liquides cosmiques à la Leila (Bathyscaphe Finds A Music Box) ou dub jazz à la Abraxa (Hereinafter), les occasions de se pâmer ne manquent pas.

Wols : Unframe (Pingipung - Kompakt / Amazon)
Edition : 2011.
CD / LP / Téléchargement : 01/ Unframe 02/ Araamu's Army Vs Our Sneakers 03/ Geek Rudohop 04/ Justma 05/ Liquid Meets Discrete 06/ Bathyscape Finds A Music Box 07/ Fractals Chaos Power Laws 08/ Hereinafter 09/ Damage (Rework) 10/ Half Ain't Enough 11/ Taluppa Kids 12/ Subland Hike 13/ International 14/ Shiny Headway Endrhyme
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

25 juillet 2011

Foton Quartet : Zomo Hall (Not Two, 2010)

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Reconnaissons et louons l’errance du Foton Quartet. Cette errance qui nous semble venir en droite ligne de Bill Dixon bénéficie d’une trompette et d’un saxophone ténor en totale correspondance. En solitaires ou escaladant quelques pics périlleux, s’unissant et se séparant sans complexes, les voici aux avant-postes d’une improvisation ne s’émancipant jamais totalement d’un clair-obscur lancinant.

L’un (Gerard Lebik) tournoie, réitère et durcit le trait sans s’abandonner à une possible (souhaitée ?) échappée convulsive. L’autre (Artur Majewski) le suit et anime parfois une nervosité libératrice. Au second plan, contrebassiste (Jakub Cywinski) et batteur (Vojciech Romanowski) se contentent d’entretenir la matière. Lanternant, ne sachant ni trop que faire ni comment se dégager d’un rythme impulsé par les souffleurs, leur paysage n’aborde que trop peu de récifs. Devons-nous le regretter ?

Gerard Lebik, Artur Majewski (Foton Quartet) : Zomo Hall (Not Two Records / Instant Jazz)
Enregistrement : 2007 & 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Track 1 02/ Track 2 03/ Track 3 04/ Track 4 05/ Track 5 06/ Track 6
Luc Bouquet © Le son du grisli

8 juillet 2011

Zimpel, Posteremczak, Wójciński, Szpura : Hera (Multikulti, 2010)

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Avec peut-être en tête une hypothétique Eurovision des souffles épais, la Pologne entraîne dans l’ombre un lot d’instrumentistes capables avec autant de zèle que la Chine met à entretenir son parc de beaux mais courts gymnastes de demain.

Sur Hera, c’est Waclaw Zimpel qui en démontre à la clarinette, clarinette basse, tarogato et fujara (ou longue flûte slovaque), mais aussi Paweł Posteremczak aux saxophones ténor et soprano. Soutenus par le contrebassiste Ksawery Wójciński et le batteur Paweł Szpura, le duo peint des paysages siciliens avec un pugnacité rare. Monreale pris pour décor d’une joute opposant clarinette basse et ténor avant réconciliation sur hard bop ; Cefalu dont les rues en pentes attirent toutes circonvolutions habiles ; Palermo aux mélodies nonchalantes et déstabilisées par les écarts du soprano et de la clarinette ; Segesta, enfin, plus décousue pour être improvisée, mais valant le détour tout autant.

En conclusion, une lecture de Sometimes I Feel Like A Motherless Child annonce le retour au bercail. L’air traditionnel que le quartette s’approprie racontant l’impossible ailleurs total, puisque l’ailleurs change selon l’instant et ce que l’on en fait.

Waclaw Zimpel, Pawel Posteremczak, Ksawery Wójciński, Pwael Szpura : Hera (Multikulti / Instant Jazz)
Edition : 2010.
CD : 01/ Monreale 02/ Cefalu 03/ Palermo 04/ Segesta 05/ Sometimes I Feel Like A Motherless Child
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

19 mars 2011

Brassier, Guionnet, Murayama, Mattin : Idioms and Idiots (WMO/R, 2010)

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Enregistré au NPAI Festival de 2008, Idioms and Idiots – projet de Jean-Luc Guionnet, Mattin, Seijiro Murayama et Ray Brassier – est de ces disques dont il faut expliquer les causes, croit-on comprendre. Dans un livret, les musiciens s’expliquent – ces explications peuvent aussi être trouvées .

Ici donc, on parle de musique (non-idiomatic de Derek Bailey) et de philosophie (non-philosophie de François Laruelle) pour en appeler aux conséquences du contact recommandé d’un vocabulaire arrêté (musique dans son acception courante) et de pratiques « rebelles » (improvisation en trois actes). D’autres conflits peuvent naître malgré tout : Brassier en philosophe inquiet de langage musical invité par un trio d’improvisateurs complices poussant ceux-là mêmes à tout refuser en bloc, encore plus qu’à leur habitude. Ainsi, le droit de réponse peut accoucher d’une non-intervention et le désir de dire peut conseiller aux musiciens l’option d’une fuite silencieuse. Pour faire plus vite encore, disons que le duel Activity / Passivity n’a qu’un but avoué et qu’il promet même, baptisé « clinical violence ».

Musicalement, maintenant ? « Non-musicalement », peut-être ? La mise en place tient d’un supplice de la goutte d’eau aux charmes évidents : peaux frottées puis cordes défaites avant ce cri inattendu ; place donc accordée aux mots s’ils saturent, s’ils peuvent donner un peu de fond aux cris multipliés sur le ronronnement « clinique » en effet de machines qui n’en sont pas. Le troisième acte célèbre longtemps une note de guitare et le roulement à billes d’une autre mécanique qui finira par avaler l’un de ses concepteurs – le dernier cri de Mattin est féroce et met un son sur son expérience d’homme broyé net.

Là se termine la pièce d’un théâtre philosophique fait d’accords de guitare lasse, de couacs d’altiste, de silences et de bourdons commandés sur caisses plus ou moins claires, et de vociférations saturant ; la démarche est libre et les questions, sait-on jamais, posées seulement ensuite ?  L’esthétique a changé il y a longtemps déjà la forme des beaux-arts, la « non-philosophie » n’a plus qu’à s’occuper de celui de la « non-musique » : le résultat pourrait-il être étrangement musical ? 

Ray Brassier, Jean-Luc Guionnet, Seijiro Murayama, Mattin : Idioms and Idiots (w.m.o/r35 / Metamkine)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01-03. Idioms and Idiots
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Jean-Luc Guionnet improvisera demain, dimanche 20 mars, à Paris, en compagnie cette fois du contrebassiste Benjamin Duboc. Pour information ou réservation, contacter Bertrand Gastaut.

26 octobre 2010

Joe McPhee, Ingebrigt Håker Flaten : Blue Chicago Blues (Not Two, 2010)

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En 2007, au Vivians Palace de Chicago, Joe McPhee et Ingebrigt Håker Flaten donnaient ensemble un concert. Au duo de chercheurs de sonorités drues, on dut alors des trouvailles changeantes.

De miniature illuminée sur laquelle la contrebasse avale chacune des répétitions du saxophone (Truth in the Abstract Blues) – inversion des rôles un peu plus tard sur Requiem for an Empty Heart – en bouquets de rages contenues avec force (Cerulean Mood Swing, I Love You Too Little Baby), McPhee et Håker Flaten jouent de phrases insistantes mises au service d’un art nerveux de la confrontation.

Eu égard à son rang – histoire (la sienne) et géographie (Chicago Blues) –, McPhee prend le pas sur l’échange mais en laissant toujours à son partenaires assez d’espace pour inventer et même dé-tonner : l’archet se fait ainsi grinçant et frénétique, voire contraire, sur The Shape of Blues to Come. Assez donc pour réinventer le genre : Some Blues but Not the Kind Thats Blue, prévenait déjà Sun Ra.

Joe McPhee, Ingebrigt Haker Flaten : Blue Chicago Blues (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 2007. Edition : 2010.
CD : 01/ Truth in the Abstract Blues 02/ Cerulean Mood Swing 03/ Requiem for an Empty Heart 04/ I Love You Too Little Baby 05/ The Shape of Blues to Come 06/ Legend of the Three Blind Moose
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Joe McPhee emmènera ce mardi soir aux Instants Chavirés le Survival Unit III, trio qui l'expose auprès du violoncelliste Fred Lonberg-Holm et du percussionniste Michael Zerang.

21 avril 2011

Steve Lacy : Blinks (HatOLOGY, 2011)

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Sur pellicule (avec l’essentiel documentaire de Peter Bull : Steve Lacy – Lift the Bandstand) ou devant les micros d’un studio (par exemple pour ces Songs d’anthologie avec Brion Gysin), les premières années des eighties lacyennes furent particulièrement fertiles… sans parler des concerts dont les disques continuent à témoigner… comme ce grand live à la Rote Fabrik de Zurich, en février 1983 !

Steve Lacy (saxophone soprano), Steve Potts (saxophones alto & soprano), Irène Aebi (voix, violon, violoncelle), Jean-Jacques Avenel (contrebasse) et Oliver Johnson (batterie) y délivrent une musique intense, pleine d’ardeur, qu’on pourrait mettre en rapport chronologique et esthétique avec deux autres concerts édités chez Hat : les incontournables The Way (quintet, 1979) et Morning Joy (quartet, 1986).

Impeccablement soudé (dans les énoncés bien sûr, mais également dans l’art de la composition spontanée), compact, le groupe communique une belle énergie organique : swing & surprise, danse & recherche ! Si la scrupuleuse précision d’écriture des « thèmes à cellules » (Stamps, Blinks, Wickets) trouve son pendant – tout comme le sopraniste trouve le sien chez l’altiste – dans le débridement qui la prolonge, la musique est toujours lisible, même dans l’improvisation collective de Prospectus (ce morceau a longtemps servi d’indicatif, de pièce d’ouverture, offrant également par sa structure harmonique l’occasion à chacun de s’accorder) ou la jungle de Clichés. Au cours même de pièces qui s’étirent, Lacy sait, flottant sur le tempo, faire basculer les ambiances, changer d’optique, choisissant ici la sinueuse invention linéaire, là une dramaturgie de l’attente. Comme y invite Blaise Cendrars, par la voix d’Irène Aebi qui chante son Prospectus, visitez donc cette île !

Visitez notre île / C’est l’île la plus au sud des possessions japonaises / Notre pays est certainement trop peu connu en Europe / Il mérite d’attirer l’attention / La faune et la flore sont très variées et n’ont guère été étudiées jusqu’ici / Enfin vous trouverez partout de pittoresques points de vue / Et dans l’intérieur / Des ruines de temples bouddhiques qui sont dans leur genre de pures merveilles

Quelques mots encore pour une brève digression discographique qu’on voudra bien me pardonner : l’enregistrement présenté par Hat avait déjà été publié à deux reprises par ledit label, sous l’intitulé Steve Lacy Two, Five & Six – Blinks ; d’abord en un splendide double vinyle sous coffret à tranche rouge, en 1984 [comprenant, en sus de pièces du quintet, le duo des Three Points et le sextet au complet sur The Whammies] ; puis sous la forme d’un double disque compact en 1997 [reprenant les deux LP’s et complétant l’enregistrement avec Stamps et Prospectus]. La version qui nous est proposée aujourd’hui écarte les pièces en duo et en sextet pour remplir à ras bord un seul disque concentré sur le quintet – bien que ce choix d’édition dont les raisons restent obscures surprenne, il n’entame pas notre plaisir…

Steve Lacy : Blinks (HatOLOGY / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 1983. Réédition : 2011.
CD : 01/ Stamps 02/ Blinks 03/ Prospectus 04/ Wickets 05/ Clichés
Guillaume Tarche © Le son du grisli

18 avril 2011

Oluyemi Thomas, Sirone, Michael Wimberly : Beneath Tones Floor (NoBusiness, 2010)

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On sait l’aisance avec laquelle – même s’il lui est arrivé, notamment en Positive Knowledge, de perdre l’équilibre à force de fanfaronnades – Oluyemi Thomas passe de saxophones en flûtes et de clarinettes en percussions. Aux côtés de Sirone (contrebasse) et de Michael Wimberly (batterie), c’est à la clarinette basse qu’il ouvre Beneath Tones Floor.

Là, sentir d’emblée un lot d’emportements conciliés, de redites fondamentales en écarts alloués pour le bien de l’ensemble que Sirone commande en usant d’un impétueux archet à crocs. Jusqu’aux frondaisons lyriques, tout remonte alors : au soprano, Thomas emmène maintenant (et laborieusement parfois) le trio virulent, qui devra redescendre pour envisager en toute quiétude l’élaboration d’autres pièces.

A la musette, le même y respectera la langueur d’un air exotique afin de retrouver un souffle qui retournera en clarinette basse : le temps d’un dernier solo, adroit et même inspiré. L’instrument serait-il en définitive celui qu’Oluyemi Thomas devrait toujours privilégier ?

Oluyemi Thomas, Sirone, Michael Wimberly : Beneath Tones Floor (NoBusiness / Instant Jazz)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Beneath Tones Floor 02/ ... Where Sacred Lives 03/ Mystic Way 6:36 04/ Reflections Of Silence, Painting Silence, Images Of Silence 05/ Dream Worlds 06/ Newest Happiness And Joy 07/ Rotation 360 Degrees Hummingbird 08/ Heavenly Wisdom 09/ Silence On The Move 10/ Spirit Of Ifa
Guillaume Belhomme © le son du grisli

13 avril 2011

Toc Sine : Drawings (Cathnor, 2011)

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Suite de pièces électroniques imbriquées, Drawings dresse un constat des échanges de Pascal Battus et Jean-Luc Guionnet : épreuves d’écriture et de réécritures, d’expressions contenues et de surimpressions amènes.

Compter sur les effets de poses réfléchies, de signaux en mouvement lent, dont les conséquences seront ces huit dessins que le duo compose en miniaturistes. Au creux des noirs, on trouve des craquements et des parasites de toutes envergures, des souffles de synthèse et des bruits de masse, des sons découpés remontant et s’arrangeant à la surface du disque.

Au microscope, on repère quelques micro-organismes aux plaintes amplifiées : sourdes, excentriques ou véhémentes, elles attestent de vies discrètes et pourtant fantastiques que Battus et Guionnet n’ont rien fait d’autre qu’inventer de toutes pièces. Seul l’un après l’autre ; ensemble enfin.

Toc Sine : Drawings (Cathnor / Metamkine)
Enregistrement : 2008. Edition : 2011.
CD : 01/ Plan for Casting the Sforza Monument 02/ L’amour du fusil neuf 03/ Nature morte à la raie 04/ Metronomic Ireegularity II 05/ Clara Clara 06/ group II 07/ Delocazione 08/ Die
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Toc Sine est programmé ce mercredi soir aux Instants Chavirés. Annoncés aussi : Will Guthrie et Eli Keszler.

14 janvier 2011

Tomas Korber, Gert-Jan Prins : RI 1.5442 (Cavity, 2010)

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Artiste noise dont l’intransigeance extrême n’a d’égale que du côté de Kevin Drumm ou de Prurient – rappelons-nous ses travaux pour le label autrichien Mego (par encore au stade des Editions), Gert-Jan Prins s’associe à un autre maître de la radicalité électronique – nous avons nommé le guitariste et improvisateur suisse Tomas Korber.

Unis depuis 2008, le producteur néerlandais et l’artiste helvétique se sont produits, entre autres, en juillet 2009 sur la scène de la Nuit Bleue à la Saline Royale d’Arc-et-Senans (Doubs). Rendu du live enregistré à cette occasion, RI 1.5442 est un témoignage fidèle et indispensable de ce que peut être un ‘concert’ electronica moderne – à l’instar de la fabuleuse Cronica Label Night que le très bon club Netwerk avait organisée à Alost en 2008 (et qui, dans mon souvenir, restera à jamais marquée d’une pierre blanche).

Etalée sur les 74 minutes du disque compact, la performance du duo ne manque pas de faire circuler dans la tête les images du cérémonial. On s’imagine assis, méditant au son des grincements électroniques, taillant dans la numérisation des sons des sculptures étranges, le corps parcouru d’insectes virtuels cherchant à pénétrer dans notre cervelet avide de découvertes abstraites. Pour le coup, on est servi à profusion.

Tomas Korber, Gert-Jan Prins : RI 1.5442 (Cavity / Metamkine)
Edition : 2010.
LP : 01/ RI 1.5442
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

13 janvier 2011

Hugo Antunes : Roll Call (Clean Feed, 2010)

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Jusqu’à la semaine dernière, je ne savais rien d’Hugo Antunes, ce contrebassiste portugais fier comme un rock qui en appelle au roll (le jeu de mots est tout trouvé parce que Roll Call est un disque de jazz musculeux !).

Pas de romantisme en vogue et jamais d’exagération chez Antunes. Plutôt des rondeurs généreuses qui vont bien au jazz qu’il joue avec Daniele Martini et Toine Thys aux saxophones & Joao Lobo et Marek Patrman aux batteries. Le secret est-il dans la présence de ces deux batteurs ? Peut-être, le tout est que cette musique coule de source, est agréable à entendre et si l’on veut intéressante à décortiquer. Antunes met sa jeunesse et sa fougue au service du jazz et le résultat est surprenant…

Hugo Antunes : Roll Call (Clean Feed / Orkhêstra International)
Edition : 2010.
CD : 01/ Dukkha 02/ Roll Call 03/ Holy Spenning 04/ Anfra  05/ Einfach 06/ Anfra (alternate take)
Pierre Cécile © Le son du grisli

12 janvier 2011

Beresford, Coombes, Russell, Solomon, Todd : Teatime (Emanem, 2010)

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Les noms devraient suffire à faire venir à Teatime un parterre d’amateurs : Garry Todd (saxophone ténor), Nigel Coombes (violon, électronique), Steve Beresford (piano, jouets), John Russell (guitare électrique) et Dave Solomon (percussions).

Enregistrées au milieu des années 1970 à l’Unity Theatre et précédemment éditées sur Incus, les improvisations de Teatime vont voir au-delà du simple souvenir des joutes improvisées du No-Swinging London. Ce sont d’abord cet European Improvised Music Sho’ ‘Nuff Turns on Me en quatre parties, qui donnent à entendre un quartette affûté (tous musiciens cités si ce n’est Todd) donner dans un brouhaha intempestif, beau discours d’une jeunesse londonienne obnubilée par les chants d’instruments que l’on gratte, lutine ou harcèle. « It was a period of trying things out », précise John Russell.

Ensuite, quatre autres parties font I Didn’t Get Up This Morning, (tous musiciens cités si ce n’est Coombes). Soit, un art d’expression directe, voire brute, et des trouvailles sonores valant du trésor oublié. En conclusion et en prime, Low-Fi, enregistré au Little Theatre, oppose Russell et Solomon le temps d’un échange étrangement sévère bien qu’amusé. Gratifié d’un tel inédit, on ne saurait faire autrement que de conseiller l’écoute du Teatime réédité.

Garry Todd, Nigel Coombes, Steve Beresford, John Russell, Dave Solomon : Teatime (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1973-1975. Réédition :2010.
CD : 01/ Irritating Tapping 02-05/ European Improvised Music Sho’ ‘Nuff Turns Me On (Part 1-4) 06/ Deadbeat 07-10/ I Didn’t Get Up This Morning (Part 1-4) 11/ Graham Shows His Teeth 12/ Low-Fi
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

10 janvier 2011

Aeroplane Trio : Naranja Ha (Drip Audio, 2010)

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Quand pléthore de groupes se sentent obligés de sortir un CD au bout de quelques concerts à peine, l’AerplaneTrio attend huit ans pour sortir le sien. Ici, un CD, un DVD et une agréable constante : l’AeroplaneTrio est un combo qui convoque improvisations et compositions sans que l’une ou l’autre de ces formes en soit privilégiée.

Voici donc une composition ternaire (Lucky Loonie) entre Ornette et Dave Douglas (Zorn pour lien ?) aux phrasés souples et rebondissants, accélérant et freinant un tempo malicieux. Voici un trait binaire insistant (Whitehorse), piaffant sur un riff et le répétant inlassablement. Voici des cris fielleux venus en droite ligne du Naked City de John Zorn (Whatever Happened to the Sand People). Et voici, enfin, des improvisations où se mêlent les rauques ondulations d’une contrebasse rugueuse, le rythme désarticulé d’un batteur faussement minimaliste au salivaire poivré d’un trompettiste tout terrain. C’était donc JP Carter, Russell Sholberg et Skye Brooks soit l’AeroplaneTrio ; des gars venus de Vancouver et qu’ont plein d’histoires à nous raconter.

AeroplaneTrio : Navanja Ha (Drip Audio)
Enregistrement : 2008 (DVD) & 2009 (CD). Edition : 2010.
CD : 01/ Pre Rumble 02/ Lucky Loonie 03/ Rock Paper 04/ Whitehorse 05/ Plastic Farm Animals 06/ Callejuela 07/ They Came and Took Away Our Kittens 08/ Subtle Shock 09/ Whatever Happened to the Sand People 10/ Crow’s Nest 11/ Lagoon
DVD : 01/ Improv # 1 02/Victoria Park 03/Improv # 2 - Callejuela 04/ Carlos the Black 05/ Getting to Naranja Ha
Luc Bouquet © Le son du grisli

7 septembre 2010

Rivière Composers' Pool : Summer Works 2009 (Emanem, 2010)

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Deux jours d’août et quelques instants de la mi-septembre 2009. Quatre musiciens, cordes et anches, dans différentes combinaisons et situations (studio & concert). Un triple disque… et une inquiétude : que l’exhaustivité documentaire d’une telle somme – en noyant la musique, si ce n’est l’auditeur – ne nuise…

C’est autour de la personnalité de Kent Carter (contrebasse), auquel Emanem doit une belle série de « disques à cordes », que les échanges s’organisent, improvisés dans un plaisant esprit chambriste. Le premier disque offre un trio au son superbe : Albrecht Maurer (violon, alto) et Theo Jörgensmann (clarinette – qui avait recruté Carter pour son Fellowship sur hatOLOGY) rejoignent le bassiste sur de brèves pièces spontanément composées avec élégance et célérité ; les jeux de reprises, de motifs, d’allures forment, dans leurs condensations et étirements, d’assez weberniennes et convaincantes danses.

La galette suivante se partage entre le duo de Carter avec Etienne Rolin (clarinettes, flûte) et le quartet regroupant tous les musiciens présents. La relation épanouie des deux premiers est dominée par une connivence qui permet de fécondes distances : leur impeccable sens de l’espace se voit donc nettement modifié dans la configuration plus touffue qui succède. Tresses et trajectoires, si elles se multiplient alors, n’obscurcissent néanmoins pas le propos (faut-il le regretter ?).

Le troisième disque saisit le quartet en concert ; de front, en mêlée, échappés ou tactiquement groupés pour porter alternativement l’un et l’autre, les musiciens développent, avec un soin particulier porté à la forme, une suite chantante qui s’autorise digressions et échauffourées.

Les craintes de l’auditeur, au seuil de ces trois heures d’enregistrements, n’avaient pas lieu d’être : il faut saluer la magnifique abondance avec laquelle cette musique se déploie, évidente.

Rivière Composers’ Pool : Summer Works 2009 (Emanem / Orkhêstra International)
CD1 : 01/ Ways of Moving 02/ Spaces 03/ Horizon 04/ Persistent 05/ Pinwheel 06/ Music for A Ghost Story 07/ Dance to This 08/ Suite of Actions 09/ Pilgrimage for Two 10/ Up and away – CD2 : 01/ Hi 02/ Sky Cry 03/ And What is This? 04/ Folksong 05/ Eye for I 06/ Alto Flute Story 07/ By 08-14/ The Summer Works Suite, Part One to Part Seven – CD3 : 01-04/ The Summer Works Concert, First Movement to Fourth Movement
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.

Guillaume Tarche © Le son du grisli

21 septembre 2010

Nobu Stowe : Confusion bleue (Soul Note, 2010)

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Confusion bleue : le titre est bien trouvé. Le bleu pour le jazz et la confusion pour cet amalgame de couleurs vives, de sursauts soniques souvent aléatoires.

Résumons : un trio qui improvise sans direction précise, qui fait résonner le désordre et s’y ensable avec enthousiasme. Une liberté choisie entre éclats et surgissements. Un free qui laisse perplexe, une virée binaire qui ne trouve pas destination, un magma stagnant percé d’effets électroniques. Parfois s’y glissent quelques assauts familiers (une guitare toute sharockienne et un alto convulsif, les deux à la charge de la seule et même personne : l’intriguant Ross Bonadonna) et l’oreille y trouve les repères qui lui échappaient jusqu’alors. Ailleurs, ce sont les sucreries indigestes d’un Keith Jarrett des pires heures que choisit de ressusciter Nobu Stowe dans un Blue in Green totalement vidé de sa substance originale. Ici,  un disque qui interroge, questionne… Mais vous l’aurez compris : ce n’est pas vraiment ma tasse de bière !

Nobu Stowe : Confusion bleue (Soul Note)
Enregistrement : 2007. Edition : 2010.
CD : 01/ Introduction 02/ Premier mouvement 03/ Intermède I 04/ Deuxième mouvement 05/ Intermède II 06/ Blue in Green 07/ Troisième mouvement 08/ Intermède III 09/ Quatrième mouvement 10/ Epilogue : dans la confusion bleue
Luc Bouquet © Le son du grisli

20 septembre 2010

Failing Lights : Failing Lights (Intransitive, 2010)

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Mike Connelly a joué dans Wolf Eyes et dans Hair Police avant de créer Failing Lights pour enregistrer sans l’aide de personne, pour expérimenter sans l’aide de personne…

En se servant d’enregistrements qu’il possède de pluie ou de cris d’oiseaux, Connelly compose seul et contre tous – ces « tous » que le musicien schizophrène cache en lui – des titres de Jugement Dernier. Ce qui veut dire que mes enceintes en ont pour leurs membranes, qui tremblent autant lorsqu’elles vomissent des hurlements de bêtes sauvages que des déflagrations soniques.

Superbe disque bruitiste, Failing Lights fait la différence parce que Connelly y ajoute des idées originales : des bouts de guitare jouée au ralenti, par exemple, ou la confection de que qu’on pourrait appeler du Chaâbi expérimental. C’est fou ce qu’on trouve comme variété de musiques ou plutôt de sous-catégories dans chaque catégorie de styles aujourd’hui. Dans le monde Bruitisme / Drone / Expérimental, c’est Failing Lights qui le prouve.

Failing Lights : Failing Lights (Intransitive / Metamkine)
Edition : 2010.
CD : 01-05/ Failing Lights
Pierre Cécile © Le son du grisli

19 mai 2010

Rudresh Mahanthappa, Steve Lehman : Dual Identity (Clean Feed, 2010)

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Dual Identity serait donc l’exemple parfait du disque enregistré par une formation conduite par de brillants musiciens – les saxophonistes Rudresh Mahanthappa et Steve Lehman, dont la singularité à l’alto n’est plus à démontrer – qui peine pourtant à convaincre, voire déçoit beaucoup. Si ce n’est sur exceptions (Manifold pour Lehman et The Beautiful Enabler pour Mahanthappa), la jeune discographie des deux saxophonistes a déjà beaucoup pâti de choix de productions pompiers, sur lesquels l’un et l’autre se sont même entendus sous le nom de Lehman (Travail, Transformation and Flow) : Dual Identity – disque qui emprunte son nom à un quintette naissant –, donc, de remettre ça. 

Tout avait pourtant assez bien commencé à entendre les deux premiers titres d’un concert enregistré au Braga Jazz Festival l’année dernière : « The General » et « Foster Brothers » révélant l’entente au son de mélodies tournant en boucle avec une intensité assez remarquable pour se tenir à distance de l’écueil jazz rock – le guitariste Liberty Ellman se montrant jusque-là d’une discrétion maligne. Et puis, sur SMS (SIC), voici le même guitariste exploitant avec une ardeur nouvelle mais aussi une inconsistance épatante une gamme pentatonique qui anéantira la raison qui guidait jusque-là le quintette.

En suiveurs motivés, Matthew Brewer à la contrebasse et Damion Reid à la batterie adoptent le parti pris vide et voici que l’écueil cité plus haut finit par faire son trou. Béant, celui-ci, au point que Mahanthappa et Lehman en arrivent à « sonner français » – évoquer ici rapidement l’école Lourau et associés qui n’en finit plus d’investir le domaine du jazz comme d’autres enregistrent (avec plus de discrétion tout de même) les plages sonores sensées faire patienter l’auditeur de France Info entre deux flashs identiques. Soporifique et, pour ce qui est de l’association Mahanthappa / Lehman, contraignant.

Rudresh Mahanthappa, Steve Lehman : Dual Identity (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 6 mars 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ The General 02/ Foster Brothers 03/ SMS 04/ Post-Modern Pharaohs 05/ Extensions of Extensions of 06/ Katchu 07/ Circus 08/ Resonance Ballad 09/ Rudreshm 10/ 1010 11/ Dual Identities
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

28 août 2009

Fritz Hauser : Sounding Stones (Therme Vals, 2000)

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L’architecte Peter Zumthor, lauréat cette année du prix Pritzker, écrivait dans Penser l’architecture : « Une bonne architecture doit accueillir l’être humain, le laisser vivre et habiter ». Le percussionniste Fritz Hauser, de savoir habiter l'œuvre d'un architecte pour qui la musique compte : preuve donnée sur Sounding Stones, enregistrement sur lequel Hauser joue de pierres musicales élaborées par Arthur Schneiter au sein des Thermes de Vals, création de Zumthor.

 

De ses instruments originaux, Hauser sort un lot de rumeurs qui l’environnent bientôt : nappes sonores et notes égarées se rapprochent puis progressent de concert, lentement. Tandis qu’ici s’impose un drone léger, s’immisce ailleurs un rythme refusant qu’on le suive et qui s’échappe bientôt, loin d’une musique de traîne qui, partout ailleurs, bat la mesure à coups d’intérêts mélodiques ravissants. Sculptures, clochettes, cymbales et toms, aux murmures amassés sur cadences diverses, les Thermes de Vals pour tout réceptacle : haute musique d’ameublement installée en architecture d’exception.

 

Fritz Hauser : Sounding Stones (Therme Vals)
Enregistrement : 2000. Edition : 2000.
CD : 01/ Sounding Stones 1 02/ Sounding Stones 2 03/ Sounding Stones 3 04/ Sounding Stones 4 05/ Sounding Stones 5 
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

14 janvier 2010

The Frame Quartet : 35mm (Okkadisk, 2009)

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Les rôles sont redistribués sans cesse, les silences gangrènent de plus en plus le discours, la soulitude est remise en cause : sur 35mm, premier enregistrement de The Frame Quartet, Ken Vandermark est un autre.

Sous prétexte de rendre hommage au cinéma, il passe là de saxophone ténor en clarinette auprès de Fred Lonberg-Holm (violoncelle et appareils électroniques), Nate McBride (basse) et Tim Daisy (batterie), et met au jour un quatrième courant sans axe principal, qui croule ici sous les déflagrations, abuse là de répétitions intentionnelles, multiplie ailleurs les emportements expressionnistes.

Tout à tour, des aires de jeux différentes sont ouvertes aux intervenants, qui bousculent styles et usages attendus, rompent la linéarité du discours. Le silence aussi a son mot à dire, liant subtil de déconstructions assemblées. En conclusion, et pour ne pas changer cette fois, d’autres dédicaces : à Peter Brötzmann, Han Bennink et Fred Van Hove, Ennio Morricone, Merce Cunningham, Jimmy Lyons et Steve Lacy.

The Frame Quartet : 35mm (Okkadisk)
Edition : 2009.
CD : 01/ Multi-Chrome (for Peter Brotzmann, Han Bennink, Fred Van Hove) 02/ Lens (for Ennio Morricone) 03/ M.E.S. (for Merce Cunningham) 04/ Theater Piece (for Jimmy Lyons) 05/ Straw (for Steve Lacy).
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

13 septembre 2015

Masayuki Takayanagi : Meta Improvisation (Jinya, 2011)

masayuki takayanagi meta improvisation

« J’ai l’impression qu’il ne reste plus personne qui puisse me suivre, alors je m’y mets seul » : voilà qui explique l’absence de partenaires, mais devant une assistance, la « liberté de faire », même seul, est-elle encore la même ? Composé d’extraits de quatre concerts donnés fin novembre 1984, Meta Improvisation pose la question.

Que les premières minutes de Kushiro-1 relativisent déjà ; que l’on oubliera même ensuite, face à l’évidence : l’énergie du guitariste (dont la santé n’est pourtant pas bonne à l’époque), est ici rentrée et son implication la même qu’en studio. Si le flot sonore est moins dense, c’est qu’il est distendu, mais l’impact est le même : la technique instrumentale de Takayanagi, déjà riche de trouvailles et de tumulte, met au jour un bruitisme coi autrement impressionnant.

Les solos de guitares (deux Gibson) n’existent que découpés et transformés, les cordes qui bruissent doivent s’accorder sur la note d’une autre sirène et de coups de pilon, les moteurs – que Takayanagi et Otomo Yoshihide ont élaborés ensemble – ne cessent d’agiter les plus de quatre mille secondes qui ici passent… Le Meta n’est pas usurpé, de cette improvisation, et même de ce langage. Qu’Otomo Yoshihide nourrira plus tard – peut-être davantage encore aux platines qu’à la guitare.

Masayuki Takayanagi : Meta Improvisation. Hokkaido Tour November 21-28, 1984 (Jinya)
Enregistrement : 1984. Edition : 2011.
CD : 01/ Kushiro-1 At "This Is" November 21, 1984 02/ Kitami-Mass Projection At "Van" November 23, 1984 03/ Kushiro-3 At "This Is" November 21, 1984 04/ Obihiro-2 At "Obihiro City Library" November 25, 1984 05/ Hakodate-2 At "Bop" November 28, 1984 06/ Hakodate-4 At "Bop" November 28, 1984     07/ Obihiro-3 At "Obihiro City Library" November 25, 1984 08/ 1984.11.28 Hakodate-5
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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