Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Lettre ouverte de Joëlle Léandre aux Victoires du jazzle son du grisli #3Conversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Mark Dresser : Nourishments (Clean Feed, 2013)

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Le syndrome premier(s) de la classe menacerait-il le dernier opus de Mark Dresser ? La vélocité d’école de Rudresh Mahanthappa pourrait, dans un premier temps, le laisser croire. Passé Not Withstanding et son thème à embuscades, le quartet va adoucir ses élans et ne plus se précipiter dans l’exploit sportif. Ainsi, les thèmes emprunteront des chemins chromatiques plutôt que de s’adonner aux mélodies ductiles.

Il y aura des canevas répétés obsessionnellement, des unissons poreux et des ambiances anxiogènes. Il y aura des prouesses d’alto, un hyperpiano (Denman Maroney) troublant, un trombone (Michael Dessen) soyeux, un jazz bancal, un batteur (Tom Rainey) amant du conflit et un autre (Michael Serin) soupirant du langoureux, des entrechats trombone-alto. Et enfin, il y aura une science des tuilages, déjà croisée à de nombreuses reprises (pour ne pas dire rabâchée) mais trouvant ici sa plus belle justification.  

Mark Dresser Quintet : Nourishments (Clean Feed / Orkhêstra International)
Edition : 2013.
CD : 01/ Not Withstanding 02/ Canales Rose 03/ Para Waltz 04/ Nourishments 05/ Aperitivo 06/ Rasaman 07/ Telemojo
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Jason Robinson : The Two Faces of Janus (Cuneiform, 2010)

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Encore sous le charme de Cerulean Landscape (Clean Feed), on pose délicatement The Two Face of Janus dans son lecteur en espérant que se reproduise le miracle. Dès les premières notes, nous sommes fixés : l’ennui sera géant. Ce jazz dont la source pourrait être le M’Base de Steve Coleman cherche-t-il autre chose que convaincre auditeurs et organisateurs ?

Que dire de cette musique et de ces musiciens – certes talentueux, là n’est pas la question (Liberty Ellman, Drew Gress, George Schuller, Marty Ehrlich, Rudresh Mahanthappa) – si ce n’est pointer l’impression tenace d’un sinistre copier-coller. La fusion était une impasse, ce jazz-là n’est pas loin de l’être. Ce jazz, je n’ai aucune envie de le décrire : il pullule dans les magazines spécialisés, les clubs, les festivals. Il contamine la jazzosphère.

Quel dommage ici que le souffle inspiré et inspirant de Jason Robinson (The Elders, The Twelfth Labor) ne soit pas mieux mis en valeur. Ici, ce regret est grand.

Jason Robinson : The Two Faces of Janus (Cuneiform / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Return to Pacasmayo 02/ The Two Faces of Janus 03/ The Elders 04/ Huaca de la Luna 05/ Tides of Consciousness Fading 06/ Cerberus Reigning 07/ Persephone’s Scream 08/ Paper Tiger 09/ Huaca del Sol  10/ The Twelfth Labor
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Frank Gratkowski, Hamid Drake, Commitment, Cecil Taylor, Rudresh Mahanthappa, Marty Ehrlich, William Parker

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Frank Gratkowski, Hamid Drake : s/t (Valid, 2010)
Quatre improvisations signées Frank Gratkoswki (saxophones, clarinettes) et Hamid Drake (batterie). D’une instabilité travaillée, le premier peut d’abord faire passer le second pour un conservateur agissant. Mais bientôt, c’est le second que l’on remercie de ne pas donner dans la surenchère au contact d’un premier faisant maintenant figure de féticheur sans grandes idées.

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Commitment : The Complete Recordings 1981/1983 (NoBusiness, 2010)
Faisant beaucoup pour les archives William Parker, le label NoBusiness saluait hier l’implication du contrebassiste en Muntu et aujourd’hui son travail en Commitment – là, trois partenaires : Will Connell (flûte, saxophone alto et clarinette basse), Jason Kao Hwang (violon) et Takeshi Zen Matsuura (batterie). En studio à New York ou en concert en Allemagne, entendre le quartette passer de free bop vaillant en morceaux d’atmosphères quelques fois factices. Document nécessaire à tout amateur de Parker, ce double-disque en est un autre qui célèbre l’invention exacerbée de Hwang.

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Dominic Duval, Cecil Taylor : The Last Dance (Cadence Jazz, 2009)
En deux disques, The Last Dance revient sur une rencontre datant de 2003 : celle de Cecil Taylor et de Dominic Duval au San Francisco Jazz Festival. Sur le premier disque, malgré quelques moments d’interaction louable, Duval semble courir derrière Taylor et, par moment même, perdu parmi les clusters. Sur le second, les deux hommes parviennent à s’entendre en combinant graves anguleux et grincements d’archet pour ne plus créer ensuite qu’avec une ferveur irrésistible.

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Rudresh Mahanthappa, Bunky Green : Apex (Pi, 2010)
Après Steve Lehman, c’est au tour de Bunky Green de jouer l’alter-alto de Rudresh Mahanthappa. Sur Apex, l’association – portée par une section rythmique composée de Jason Moran (piano), François Moutin (contrebasse) et Jack DeJohnette ou Damion Reid (batterie) – respecte tous les codes : ici ceux d’un free de bon ton, là ceux d’une ballade mièvre, ailleurs ceux d’un post bop inutile. D’unissons en entrelacs, Mahanthappa et Green peinent à se montrer à la hauteur : des promesses du premier et de l’histoire du second.

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Marty Ehrlich : Fables (Tzadik, 2010)
En conteur de Fables, le clarinettiste Marty Ehrlich donne dans la mélodie mélancolique. Servi par des orchestrations au moins originales, le disque consigne l’existence d’une musique de chambre lorgnant du côté de la bande-originale de film. Non pas désagréable mais sage quand ce n’est pas mielleux.

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Tommy Meier : The Master and the Rain (Intakt, 2010)
En 2007, sortait sur Intakt le mièvre Root Down. Trois ans plus tard, au tour de The Master and the Rain, disque composé d’extraits de concerts qui prouve que Tommy Meier (saxophone ténor, clarinette basse) pouvait faire mieux. En grand orchestre – présences d’Irène Schweizer, Russ Johnson, Co Streiff ou encore Trixa Arnold aux tourne-disques –, il s’inspire d’Andrew Hill, Femi Kuti ou Chris McGregor, pour édifier des pièces hétéroclites qui sont, au choix : intelligentes, maladroites ou indigestes.

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William Parker : Uncle Joe’s Spirit House (AUM Fidelity, 2010)
Où l’on retrouve William Parker à la tête d’un « organ quartet » dans lequel Cooper-Moore est à l’orgue, Darryl Foster au saxophone ténor et Gerald Cleaver à la batterie. Où l’on s’ennuie ferme, aussi, au son d’une soul sans grande identité qui laisse peu de place au savoir-faire des musiciens. Pour le son de Foster, peut-être ?

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Rudresh Mahanthappa, Steve Lehman : Dual Identity (Clean Feed, 2010)

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Dual Identity serait donc l’exemple parfait du disque enregistré par une formation conduite par de brillants musiciens – les saxophonistes Rudresh Mahanthappa et Steve Lehman, dont la singularité à l’alto n’est plus à démontrer – qui peine pourtant à convaincre, voire déçoit beaucoup. Si ce n’est sur exceptions (Manifold pour Lehman et The Beautiful Enabler pour Mahanthappa), la jeune discographie des deux saxophonistes a déjà beaucoup pâti de choix de productions pompiers, sur lesquels l’un et l’autre se sont même entendus sous le nom de Lehman (Travail, Transformation and Flow) : Dual Identity – disque qui emprunte son nom à un quintette naissant –, donc, de remettre ça. 

Tout avait pourtant assez bien commencé à entendre les deux premiers titres d’un concert enregistré au Braga Jazz Festival l’année dernière : « The General » et « Foster Brothers » révélant l’entente au son de mélodies tournant en boucle avec une intensité assez remarquable pour se tenir à distance de l’écueil jazz rock – le guitariste Liberty Ellman se montrant jusque-là d’une discrétion maligne. Et puis, sur SMS (SIC), voici le même guitariste exploitant avec une ardeur nouvelle mais aussi une inconsistance épatante une gamme pentatonique qui anéantira la raison qui guidait jusque-là le quintette.

En suiveurs motivés, Matthew Brewer à la contrebasse et Damion Reid à la batterie adoptent le parti pris vide et voici que l’écueil cité plus haut finit par faire son trou. Béant, celui-ci, au point que Mahanthappa et Lehman en arrivent à « sonner français » – évoquer ici rapidement l’école Lourau et associés qui n’en finit plus d’investir le domaine du jazz comme d’autres enregistrent (avec plus de discrétion tout de même) les plages sonores sensées faire patienter l’auditeur de France Info entre deux flashs identiques. Soporifique et, pour ce qui est de l’association Mahanthappa / Lehman, contraignant.

Rudresh Mahanthappa, Steve Lehman : Dual Identity (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 6 mars 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ The General 02/ Foster Brothers 03/ SMS 04/ Post-Modern Pharaohs 05/ Extensions of Extensions of 06/ Katchu 07/ Circus 08/ Resonance Ballad 09/ Rudreshm 10/ 1010 11/ Dual Identities
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Amir ElSaffar: Two Rivers (Pi Recordings - 2007)

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Musicien apercu aux côtés de Cecil Taylor, le trompettiste iraquien Amir ElSaffar est récemment retourné à la musique de ses origines, interrogeant l’actualité à donner à la tradition du maqam, dans laquelle il est allé puiser une inspiration qui profite à sa pratique du jazz.

Alors, en quintette, ElSaffar enregistre Two Rivers, recueil de thèmes partis d’anciens airs investis avec une fougue qui impose bientôt leur raison d’être. Tournant souvent sur lui-même, le mouvement porte de brillants solos de trompette (Menba’), les paraphrases de l’oud ou du violon de Zaafir Tawil, ou l’archet traînant de la contrebasse de Carlo DeRosa.

Soudain désaxé, le discours oriental peut recourir à des pratiques occidentales : retournement dans le miroir de Blood and Ink / Aneen, sur lequel composent les évocations lointaines et l’allure d’une creative music made in Chicago, ou efforts portés aux limites du free – compter pour cela sur l’appui du saxophoniste Rudresh Mahanthappa, motivé par l’emportement d’une grande section rythmique sur Flood ou Jourjina.

La comparaison obligatoire avec le travail de Rabih Abou-Khalil relève encore les ors du travail d’ElSaffar, musicien qui laisse davantage de place à l’improvisation et aux écarts rugueux, sans rien rogner de l’élégance avec laquelle il sert la tradition qu’il ranime.


Amir ElSaffar, Segah Baladi. Courtesy of Amir ElSaffar.

CD: 01/ Menba’ (Maqam Bayat) / Jourjina 02/ Hemayoun 03/ Shatt al-Arab (Maqam Hadidi) 04/ Flood (Maqam Hijaz Kar) 05/ Awj Intro 06/ Khosh Reng (Maqam Awj) 07/Lami Intro 08/Diaspora (Maqam Lami) 09/ Blood and Ink (Maqam Awshar) / Aneen (Maqam Mukhalif) 10/ Blues in E Half-Flat

Amir ElSaffar - Two Rivers - 2007 - Pi Recordings. Distribution Orkhêstra International.

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