Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Irene Schweizer, Han Bennink : Welcome Back / Tom Rainey : Hotel Grief (Intakt, 2015)

irène schweizer han bennink welcome back

Deux adeptes des courses-poursuites se retrouvent, signent et persistent. Deux marathoniens du rythme dont l’endurance n’est plus à prouver soulèvent la chose ternaire à bout de bras et peu de monde y résiste.

Il y a chez l’une (Irène Schweizer) des récits libres et éclatés (Trap 5), des sentiers jamais fermés, des débordements de sensible (Rag), des voiles tayloriennes (Firewood) et, toujours, quelque arôme d’Afrique lointaine (Bleu foncé, Ntyilo Ntyilo).

Il y a chez l’autre (Han Bennink) un débordement continu qui ne laisse que peu de place aux espaces réparateurs (on est marathonien ou on ne l’est pas). On peut facilement être décontenancé par le batave, par ses bourrasques soudaines, par ses sorties de route. Evitant les cymbales, préférant fouetter les fûts, on doute parfois de son écoute de (à) l’autre. Mais il suffit d’un court et dense Eronel de l’ami Monk pour rassurer nos oreilles. Et se dire que le marathon ici proposé n’exclut nullement sensibilité ni profondeur.

écoute le son du grisli Irène Schweizer, Han Bennink
Welcome Back

Irene Schweizer, Han Bennink : Welcome Back (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2015. Edition : 2015.
CD : 01/ Welcome Back 02/ Kit 4 03/ Trap 5 04/ Free for All 05/ Meet Me Tonight in Dreamland 06/ Verflixt 07/ Rag 08/ Bleu foncé 09/ Apus Melba 10/ Ntyilo, Ntyilo 11/ Firewood 12/ To Misha with Love 13/ I Surrender, Dear 14/ Eronel
Luc Bouquet © Le son du grisli

tom rainey hotel grief

Ingrid Laubrock a beau faire – et défaire, parfois –, c’est un ennui terrible qui vous prend à l’écoute d’Hotel Grief, enregistré sur scène fin 2013. Tom Rainey, batteur qui emmène ce trio (et sous son nom en plus) est inaudible, quand Mary Halvorson s’évertue à tisser des tapis de sons dans l’attente non d’Ulysse mais du déclic qui l’inspirera. Peine perdue, Hotel Grief.

écoute le son du grisliTom Rainey Trio
Hotel Grief


Tom Rainey Trio : Hotel Grief (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 30 décembre 2013. Edition : 2015.
CD : 01/ Last Overture 02/ Hotel Grief 03/ Briefly Lompoc 04/ Proud Achievements in Botany 05/ Mr. K.C. (for Keith Copeland)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Mark Dresser : Nourishments (Clean Feed, 2013)

mark dresser nourishments

Le syndrome premier(s) de la classe menacerait-il le dernier opus de Mark Dresser ? La vélocité d’école de Rudresh Mahanthappa pourrait, dans un premier temps, le laisser croire. Passé Not Withstanding et son thème à embuscades, le quartet va adoucir ses élans et ne plus se précipiter dans l’exploit sportif. Ainsi, les thèmes emprunteront des chemins chromatiques plutôt que de s’adonner aux mélodies ductiles.

Il y aura des canevas répétés obsessionnellement, des unissons poreux et des ambiances anxiogènes. Il y aura des prouesses d’alto, un hyperpiano (Denman Maroney) troublant, un trombone (Michael Dessen) soyeux, un jazz bancal, un batteur (Tom Rainey) amant du conflit et un autre (Michael Serin) soupirant du langoureux, des entrechats trombone-alto. Et enfin, il y aura une science des tuilages, déjà croisée à de nombreuses reprises (pour ne pas dire rabâchée) mais trouvant ici sa plus belle justification.  

Mark Dresser Quintet : Nourishments (Clean Feed / Orkhêstra International)
Edition : 2013.
CD : 01/ Not Withstanding 02/ Canales Rose 03/ Para Waltz 04/ Nourishments 05/ Aperitivo 06/ Rasaman 07/ Telemojo
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Kris Davis : Capricorn Climber (Clean Feed, 2013)

kris davis capricorn climber

Choisissant, même dans ses axes les plus complexes, une certaine neutralité, Kris Davis et ses amis (Mat Maneri, Ingrid Laubrock, Trevor Dunn, Tom Rainey) hésitent à se brûler les ailes.

Les compositions de la pianiste ne sont pas de celles qui s’ouvrent à la facilité. Elles se divisent en blocs et en sous-groupes, saxophone et violon (Laubrock est beaucoup plus microtonale que Maneri ici) n’en finissant pas de s’entremêler en de rigides fiels contrapunctiques. Si la compositrice passionne quand il s’agit d’intercepter et de moduler un trait obsessionnel, elle échoue à recycler un jazz qui ne semble guère la passionner. Soit accepter la forme tout en refusant sa ponctuation, ses possibles excès et élans. En résulte une timidité d’approche, heureusement sauvée par de trop brèves interventions solistes (Mat Maneri, Ingrid Laubrock). On pense à certaines compositions de Braxton ou de Tim Berne, possibles modèles – voire maîtres – d’une pianiste dont on attend toujours qu’elle s’ouvre à plus de sentimiento.

EN ECOUTE >>> Pass the Magic Hat

Kris Davis : Capricorn Climber (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 22 mars 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Too Tinkerbell 02/ Pass the Magic Hat 03/ Trevor’s Luffa Complex 04/ Capricorn Climber 05/ Bottom of a Well 06/ Big Band Ball 07/ PI Is Irrational 08/ Dreamers in a Daze 09/ Too Tinkerbell Coda
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Michael Attias : Spun Tree (Clean Feed, 2012)

michael attias spun tree

Nulle intrigue dans le jazz de Michael Attias mais une écriture à multiples niveaux. Même les ballades ne peuvent s’empêcher de bifurquer, de se transformer. A chaque tiroir sa liste d’ingrédients savamment agencés, ordonnés. Ainsi, ne pas s’attendre à un chapelet de griffures mais à un continuum de très fines secousses et de suavités, confirmées ici par chaque membre du quintet.

Au leader, les débouchés fructueux et les sages torsades. Au trompettiste Ralph Alessi, la logique d’infiltration des strates. Au pianiste Matt Mitchell, l’art de suspendre le solo de ses respirations autoritaires. Au contrebassiste Sean Conly, l’art de dissimuler ses éclats. Et au batteur Tom Rainey, tout le reste : la diversité, l’inspiration, la torsion et l’élasticité des rythmes. Et surtout : la facilité à extraire le liant de compositions qui, en d’autres baguettes, auraient pu s’enticher de lourdeurs assassines.

Michael Attias : Spun Tree (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2012.
CD : 01/ Bad Lucid 02/ Question Eight 03/ No’s No 04/ Calendar Song 05/ Subway Fish Knit 06/ Arc-en-ciel 07/ Ghost Practice 08/ Spun Tree
Luc Bouquet © Le son du grisli 2013

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Simon Nabatov, Nils Wogram, Tom Rainey : Nawora (Leo, 2012)

simon nabatov nawora

De cette improvisation « dirigée » et conçue par Simon Nabatov, Nils Wogram et Tom Rainey, on ne pourra, précisément, que reprocher la stratégie. Soit improviser en suivant schémas et balises. Et ainsi, rejeter toute latence ou temps mort. Et pour être encore plus clair : préférer la performance au danger. Mais ici, que cette performance (nommons-là plutôt résolution) est fructueuse. Et insistante. Tellement insistante.

De ce jazz aux ailes brisées en passant par ces errances sensuelles et ces dissonances foudroyées, le trio propose une sélection de figures souples, évidentes. Se drapant dans des alliages porteurs, la cassure ne prend jamais racine, le solo n’est pas interdit, le collectif tient le cap et ne dégrade jamais cette belle entreprise fusionnelle. Et que ce soit dans les gargarismes de l’un, dans les clusters de l’autre ou dans les frappes argentées du dernier, jamais de courroux. Juste l’entente naturelle de trois musiciens, ici en totale osmose.

Simon Nabatov, Nils Wogram, Tom Rainey : Nawora (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2012.
CD : 01/ Downstairs Upstairs 02/ Nonchalant Hint 03/ Heroes Like Us 04/ Nail It 05/ Persistence Is a Virtue 06/ Both And 07/ Dust-Tongued Bell
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Tony Malaby : Valadores (Clean Feed, 2009)

valadosli

On reconnaîtrait le lyrisme de Tony Malaby entre mille autres.  Le sien est dru, compact et si peu encombrant qu’il laisse tout loisir à ses partenaires pour construire et échafauder de larges battisses ; solides et massives masures aux harmonies cendrées.

Voladores s’inspire d’une troupe de musiciens-acrobates qui ont marqué le saxophoniste pendant son enfance à Tucson. On y trouve ici une liberté à fleur de peau, une légèreté qui évacue d’un trait d’anche toute velléité de frénésie et de totalitarisme. C’est un jeu d’équilibre et d’écoute magnifiquement guidé par la présence de deux batteurs (Tom Rainey et John Hollenbeck) en totale symbiose. Aucune surcharge mais un souci constant d’éviter l’addition de frappes lourdes et appuyées. De ce côté-ci : une totale réussite.

Voladores est le septième disque en qualité de leader de Tony Malaby et c’est sans doute celui qui le réconciliera avec ses rares détracteurs. C’est un disque de profonde et sereine plénitude. Ni plus, ni moins.


Tony Malaby, Old Smokey. Courtesy of Orkhêstra International.

Tony Malaby’s Apparitions : Valadores (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009
CD : 01/ Homogenous Emotions 02/ Old Smokey 03/ Dreamy Drunk 04/ Can’t Sleep 05/ Sour Diesel 06/ Los Voladores 07/ Are You Sure? 08/ Yessssss 09/ Wake Up, Smell the Sumatra 10/ East Bay 11/ Lilas
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Ingrid Laubrock : Sleepthief (Intakt, 2008)

grislithief

La saxophoniste d’origine allemande Ingrid Laubrock intervient dans plusieurs formations (Nois4, Nein) dont un trio avec l’excellent pianiste Liam Noble (qui s’était déjà fait remarquer pour son travail avec le mythique Moondog) et le batteur Tom Rainey. Dans le livret de Sleepthief, le pianiste et compositeur anglais Steve Beresford s’interroge, en référence au titre de l’album, sur le rapport qu’entretient la musique du trio avec le sommeil. Il imagine notamment que chacun des membres du groupe est dans une phase différente d’assoupissement, rendant le fruit de leurs improvisations aussi bien intense et détendu que vague et spécifique dans le même temps. Cette capacité d’interaction, presque involontaire et qui paraît si naturelle à l’écoute, est en grande partie due à la manière dont Ingrid Laubrock a su s’entourer.

Les improvisations du trio embarquent l’auditeur dans des zones oniriques et hypnotiques où la subtilité des échanges est toujours privilégiée à la fureur d’un défrichage sonore. Tour à tour, les instruments se succèdent, s’additionnent, passent d’un registre plutôt mélodique et atmosphérique à une fonction rythmique. Si les nombreuses respirations participent à la mise en valeur des différentes propositions du discours, ce dernier ne se transforme jamais en une vaine quête abstraite. Ce disque confère au trio, dont la réputation des prestations est grandissante, une place essentielle, souvent difficile à atteindre, à la frontière du classicisme et de l’avant-garde.

Ingrid Laubrock : Sleepthief (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2007. Edition : 2008.
CD : 01/ Zugunruhe 02/ Sleepthief 03/ Oofy Twerp 04/ Never Were Not 05/ Environmental Stud 06/ The Ears have it 07/ Batchelor’s Know-how 08/ Social Cheats 09/ Amelie
Jean Dezert © Le son du grisli

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