Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire











Interview de Michael EspositoTalweg à ParisCahiers John Butcher
En théorie : l'improvisation par l'écritJohn ButcherEvan Parker

Alexander von Schlippenbach : Plays Monk (Intakt, 2012)

schlippenbach plays monk

S'il a rendu un immense hommage au pianiste sur Monk's Casino, Alexander von Schlippenbach n'en a pas fini avec Thelonious Monk : au son d’un Bösendorfer (dont il aime l’empreinte autant peut-être qu’Aki Takase, autre grande admiratrice de Monk) et sur une sélection de classiques dans laquelle il glisse huit interludes de sa composition, il y revient donc.

Enregistré les 22 et 23 novembre 2011, Plays Monk convoque Reverence, Epistrophy, Brilliant Corners ou Pannonica. S’il est impossible de rivaliser avec Monk sur son propre terrain – c'est-à-dire sur son répertoire –, Schlippenbach soigne ses variations au gré de caprices évasifs, subits, accrocheurs voire accidentés, ou même vicieux (le vice en question poussé jusqu’à charger par exemple l’allure défaite de Reflections). Schlippenbach s’en tire d’ailleurs le mieux lorsqu’il s’inspire du tempérament de Monk davantage qu’il n’interprète ses partitions : sur Coming on the Hudson ou Introspection, allant là jusqu’à garder du thème la peau seule et les os pour s’en faire un habit – costume et chapeau noir – sur mesure.

Alexander von Schlippenbach : Plays Monk (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 22 et 23 novembre 2011. Edition : 2012
CD : 01/ Reverence 02/ Work 03/ Interlude I 04/ Locomotive 05/ Introspection I 06/ Introspection II 07/ Coming On The Hudson 08/ Interlude 2 09/ Epistrophy 10/ Interlude 3 11/ Reflections 12/ Interlude 4 13/ Interlude 5 14/ Brilliant Corners 15/ Interlude 6 16/ Interlude 7 17/ Pannonica 18/ Interlude 8 19/ Played Twice 20/ Epilogue
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]


Aki Takase, Han Bennink : 2 for 2 (Intakt, 2011)

aki_takase_han_bennink_2_for_2

Est-ce un hasard si ballade et ragtime, après exemplaires exposés, se voient détournés de leur essence au profit d’éclatements free avant retour aux sources ? Monk,  souvent évoqué ici (Locomotive, Raise Four) échappe à ce procédé et retrouve toujours son blues originel. Dire qu’il hante de joyeuses façon (A Chotto Matte) ce disque n’est pas peu dire : il déborde de ses harmonies saillantes la quasi-totalité de ses seize plages.

Aki Takase est donc cette pianiste qui compose, improvise, projette passé et futur. Mordante avec Monk, ample avec les ballades (un peu de Bill Evans avec Knut), précise et rigoureuse avec ses propres compositions (Rolled Up), elle arme d’amour son compagnon, ici le grand Han Bennink. Lequel Bennink, retrouve dans sa caisse claire le swing éternel des Cozy Cole et autre Papa Jo Jones. Moins tonitruant qu’à l’ordinaire, totalement à l’écoute de sa partenaire, il furète et distille l’évidence avec gourmandise et générosité. Beau duo donc.

Aki Takase, Han Bennink : 2 for 2 (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Two for Two 02/ My Tokyo 03/ Locomotive 04/ Zankapel 05/ Knut 06/ Baumkuchen 07/ Monochrome 08/ Raise Four 09/ Do You What It Means to Miss New Orleans? 10/ A Chotto Matte 11/ Hat & Beard 12/ Ohana Han 13/ Rolled Up 14/ Hell und Dunkel 15/ Hommage to Thelonious Monk 16/ Two for Two
Luc Bouquet © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Steve Lacy : School Days (Emanem, 2011)

stevegrisli

Rétrospectivement, on est amusé de penser qu'un prudent délai d'une douzaine d'années avait été respecté par « l'industrie phonographique » avant la première mise en circulation de cet enregistrement historique de 1963 : Steve Lacy (saxophone soprano), Roswell Rudd (trombone), Henry Grimes (contrebasse) et Denis Charles (batterie), à force de distillation, y trouvaient leur passage dans le répertoire monkien...

C'est Martin Davidson qui s'était chargé d'assurer la disponibilité du disque au fil des années 70, avant que la maison Hat ne prenne le relais, sous format compact (en 1994 et 2002) ; aujourd'hui, le disque revient chez Emanem, dans une soigneuse édition revue et augmentée de deux morceaux live présentant Lacy aux côtés de Thelonious Monk (piano), Charlie Rouse (saxophone ténor), John Ore (contrebasse) et Roy Haynes (batterie) en 1960 – si leur intérêt intrinsèque est évident, l'éclairage qu'ils apportent au disque en tant que tel n'est pas déterminant mais permet néanmoins une bonne contextualisation.

Au long des sept pièces que le micro a réussi à sauver, c'est tout un monde qui est convoqué : l'art géométrique, harmonique et chorégraphique de Monk étant porté à une « température qui rende les choses malléables », le miroir étant traversé, les quatre tisserands peuvent rivaliser, dans la danse et le contrepoint, de verve et d'invention. Effectivement collective, l'improvisation confine au transport euphorique !

Toujours également enthousiasmé au fil des écoutes, j'ai voulu demander à trois des meilleurs connaisseurs de l'univers lacyen leur avis sur cet extraordinaire disque...

D'après Jason Weiss (auquel on doit le livre Steve Lacy : Conversations, chez Duke University Press, ou le disque Early and Late, du quartet de Lacy & Rudd, pour Cuneiform), « School Days est important non seulement en tant que témoignage (comme enregistrement de concert, au lieu d’être sorti en son temps sur un label, comme un disque-projet) du premier groupe consacré à la musique de Monk, mais plus spécifiquement en tant qu'exemple d’un vrai lancement out sur sa musique. Pour Steve comme pour Roswell, c’était une façon de poursuivre et de concentrer dans une seule pratique leurs expériences du Dixieland et de l’avant-garde. Monk était le langage parfait pour eux, surtout à cette étape dans leurs trajets musicaux. Ce disque marque aussi, pour Monk, les débuts d'un nouveau jeu à partir de son œuvre, un rajeunissement de son esprit et également une sorte de légitimation par l'hommage de jeunes musiciens qui le comprennent. Pour les auditeurs d’aujourd’hui, School Days est remarquable par son profond swing en même temps que son audace, sa liberté ; la musique ne me semble pas avoir vieilli. Bien que je ne l'aie pas écouté depuis deux ou trois ans, le disque reste frais dans ma mémoire, vivifiant. »

Pour Gilles Laheurte (musicien new-yorkais, ami intime de Lacy), « en 1963, le jeune Steve avait 29 ans. A peine connu, sinon de quelques oreilles averties. Qui donc se donnait vraiment la peine d’aller l’écouter dans ces petits clubs new-yorkais sans prestige ni visibilité ? Mais Georges Braque l’avait bien dit : c’est le fortuit qui nous révèle l’existence au jour le jour – aphorisme que Steve avait bien noté et repris dans son album Tips, seize ans plus tard. Et ainsi, un soir, le fortuit était là : un amateur accro dans le public, l'impulsion soudaine d’enregistrer le concert, un micro comme par hasard (?) disponible, une communion entre quatre âmes totalement dévouées à la musique (et pas n’importe laquelle !)… Oui, il fallait oser les jouer, ces compositions de Monk souvent considérées comme « bancales » à l’époque, et ces quatre intrépides complices ont osé. La Chance sourit aux audacieux. Un Moment éphémère mais précieux a été capturé pour toujours. Un événement, ce disque, pour Steve, pour Monk, mais aussi pour nous tous qui aimons les créations spontanées de l’âme, sans complaisance, hors des sentiers (commerciaux) battus. Près de cinquante ans plus tard, c’est une musique qui continue de nous prendre aux tripes dès les premières notes et qui étonne toujours autant qu’à la première écoute. C’est une éternelle exubérante fraîcheur, une énergie contagieuse, un « trip » dans un univers aux couleurs soniques d’une grande lumière. Un album qu’on ne se lasse pas d’écouter. »

Selon, Patrice Roussel (éminent discographe, producteur), « c'est le privilège de chaque époque de commenter les faits et gestes des générations passées avec une certaine condescendance. Mais essayons l'inverse, à savoir, dans le cas qui nous occupe, de nous replonger au début des années 60, en tentant d'ignorer ce qui s'est passé ensuite. Nous sommes donc assis à quelques chaises de Paul Haines, dans un café de Greenwich Village. Il y a un quartette qui joue exclusivement le répertoire de Monk, indiquant qu'aucun des quatre musiciens n'est passé par une école de commerce. Quelle idée ! Une musique pratiquement injouable, taillée sur mesure, réputée n'allant à personne d'autre, et ce dans un lieu fréquenté par des touristes plus habitués au prêt-à-porter du jazz. Et que dire du choix des instruments des deux solistes ? Un trombone et un soprano, ce saxophone tombé en désuétude. Du Monk sans piano ni ténor ?! On pourrait presque parler d'hérésie, si ce n'est que Monk et sa musique tenaient plus de la secte occulte que d'une religion établie. Quel culot, ou quelle insouciance fallait-il pour deviner une combinaison gagnante dans une telle entreprise ! Mais pour le reste des mortels, il a fallu quelques décennies pour transformer l'incongru en nécessité. »

Steve Lacy : School Days (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1963. Réédition : 2011.
CD : 01/ Bye-Ya 02/ Pannonica 03/ Monk's Dream 04/ Brilliant Corners 05/ Monk's Mood 06/ Ba-lue Bolivar Ba-lues-are 07/ Skippy + 08/ Evidence + 09/ Straight no Chaser
Guillaume Tarche © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Howard Riley : Solo in Vilnius (NoBusiness, 2010)

siliingrisli

L’acoustique réverbérante de l’église Sainte-Catherine à Vilnius possède sans doute quelque importance quant à la belle réussite de ce concert de septembre 2009. Jouer du son, de sa prolongation, de son écho et de la possibilité de resserrer ou d’espacer la résonance du piano ; toutes choses qui sont, ici, pleinement exploitées par le pianiste Howard Riley.

L’approche monkienne est là qui hante tout le concert et qui s’extériorise au détour d’un phrasé, d’une harmonie, d’une rupture (Round Midnight & Misterioso sont d’ailleurs présents pour en témoigner). Ici, Riley s’offre la liberté de n’offrir que l’effluve des thèmes de Monk, d’intervertir les mélodies, de déplacer à sa guise les blocs harmoniques en autant de séquences aléatoires étendues, et ce, sans jamais s’engluer dans une joliesse ou un lamento de prisunic. Privilégiant le registre grave du piano, jouant d’un continuum jamais rompu (le deuxième CD est de ce point de vue exemplaire), frôlant la dissymétrie sans jamais s’y abandonner totalement, Howard Riley signe, ici, un solo – me semble-t-il – magnifique.

Howard Riley : Solo in Vilnius (NoBusiness Records / Instant Jazz)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010   
CD1 : 01/Starting Up  02/Six with Five  03/Proof  04/There & Back  05/Round Midnight  06/Secret Moves - CD2 : 01/Hello Again  02/Space Cadets  03/Formely  04/New Walkway  05/Yesterdays  06/Misterioso  07/Encore
Luc Bouquet © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Trio X: Live in Vilnius (No Business - 2008)

trioxsli

Enregistré en mars 2006, voici Live in Vilnius transposé sur deux trente-trois tours allant à la vitesse de quarante-cinq. La rareté de la chose épouse ainsi l’entente intacte de Joe McPhee, Dominic Duval et Jay Rosen.

Au gré d’improvisations, de compositions que les membres du trio se partagent, et d’airs de diverses natures (puisque signés Ornette Coleman, Thelonious Monk, Billie Holiday, Richard Rodgers ou Anton Dvorak), Trio X déploie d’autres preuves d’un jeu intense mis au service de grandes relectures (My Funny Valentine aux sources de Valentines in a Fog of War, God Bless The Child), donc, et de passion dévorant le corps même des instruments (exaltations de McPhee sur Lonely Woman et Law Years, archet décadent de Duval sur Memories of the Dream Book).

Après avoir donné déjà une convaincante lecture d’Evidence, les musiciens en reviennent à Monk : Blue Monk éraillé mais en démontrant en guise de conclusion d’un concert d’exception aujourd’hui retenu sur les cinq cent exemplaires de Live in Vilnius.

LP: A.01/ Visions of War, Valentines in a Fog of War A.02/ Going Home B.01/ Dance of Our Fathers, Lonely Woman, Law years C.01/ Smiles for Samuel, The Basic Principles, God Bless The Child D.01/ For Don Cherry, Memories of the Dream Book, In Our Sweet Way D.02/ My Soul Cries Out, Blue Monk >>> Trio X - Live in Vilnius - 2008 - NoBusiness. Distribution Metamkine.

Trio X déjà sur grisli
Roulette at Location One (Cadence Jazz - 2006)
The Sugar Hill Suite (CIMP - 2004)

Joe McPhee déjà sur grisli
Intimate Conversations (Not Two - 2007)
N.Y.N.Y. 1971 (HatOLOGY - 2006)
Next to You (Emouvance - 2006)
Remembrance (CJR - 2005)
Rules of Engagement, Vol. 2 (Drimala - 2003)
Voices and Dreams (Emouvance - 2001)
Interview

Dominic Duval déjà sur grisli
Monk Dreams (NoBusiness - 2009)
Songs for Krakow (Not Two - 2007)
Monkinus (CIMP - 2006)
Rules of Engagement, Vol. 2 (Drimala - 2003)
Interview

Jay Rosen déjà sur grisli
Intimate Conversations (Not Two - 2007)

Commentaires [0] - Permalien [#]


Dominic Duval, Jimmy Halperin: Monk Dreams (NoBusiness - 2009)

duperinsli

Enregistré à la même époque que Monkinus, Monk Dreams retient d’autres versions de compositions de Thelonious Monk signées Jimmy Halperin et Dominic Duval.

Avec toujours la même subtilité, le saxophoniste et le contrebassiste se réapproprient les thèmes choisis, qui, selon leurs humeurs changeantes, diffèrent : unissons à la progression larvée de Brilliant Corners ou Evidence (Halperin, préférant là le soprano au ténor, évoquant forcément Steve Lacy en introduction), mélodies dissoutes de concert (Monk’s Dream) ou rendues plutôt avec délicatesse (Ruby, My Dear), improvisations licencieuses après la déposition du thème (Off Minor, Blue Monk).

Sans jamais jouer la redite, Monk Dreams gagne le statut d’ouvrage complémentaire à Monkinus, et, sur certains points (la qualité de l’enregistrement, notamment), le surpasse effrontément.

CD: 01/ Brilliant Corners 02/ Off Minor 03/ Epistrophy 04/ Monk's Dream 05/ Trinkle, Tinkle 06/ Evidence 07/ Bye-Ya 08/ Criss Cross 09/ Blue Monk 10/ Ruby, My Dear 11/ Brilliant Corners (alternative track) >>> Dominic Duval, Jimmy Halperin - Monk Dreams - 2009 - NoBusiness. Distribution T. Verstraete.

Dominic Duval déjà sur grisli
Songs for Krakow (Not Two - 2007)
Monkinus (Cimp - 2006)
Rules of Engagement, Vol. 2 (Drimala - 2003)
Interview

Commentaires [0] - Permalien [#]

Gabriel Solis: Monk’s Music (University of California Press - 2007)

Monksmusicgrisli

Si le musicologue Gabriel Solis se penche sur le cas déjà pas mal commenté de Thelonious Monk, c’est sous l’angle intéressant d’une interrogation concernant les processus d’évolution d’un jazz en mouvement perpétuel.

Ainsi, après être revenu sur la carrière du pianiste – retour sur les principes fondamentaux d’une légende en construction – et avoir élaboré une liste d’ingrédients entrant dans la composition du phénomène (développements singuliers des thèmes, notion toute personnelle du temps, humour et angoisse mêlés), l’auteur brasse quelques souvenirs pour mieux définir encore la musique de son sujet : écoutes attentives en solitaire ; œuvres de Monk interprétées par Don Cherry, Steve Lacy et Roswell Rudd, en 1981 ; par Danilo Perez, aussi, pianiste et héritier que Solis rapproche de Fred Hersch et Jessica Williams dans un chapitre qu’il consacre à l’héritage monkien.

Parce qu’après Monk, justement, le piano dans le jazz partagé entre néoconservateurs et avant-gardistes. A Solis, alors, d’envisager quelques tributes, notamment celui cité plus haut (1981), qu’il juge comme étant la dernier hommage monumental fait au pianiste. Ecrit récemment, c’est donc oublier le Monk’s Casino d’Alexander Von Schlippenbach, peut-être pour asseoir encore davantage un propos qui redit la singularité de Monk, musicien passé du statut de mauvais élève à celui de grand classique du jazz, et aimerait qu’il échappe à toute récupération.

Livre: Acknowledgments - Introduction - PART ONE. MONK AND HIS MUSIC : 1. Prelude: A Biographical Sketch 2. Hearing Monk: History, Memory, and the Making of a Jazz Giant - PART TWO. MONK, MEMORY, AND THE MOMENT OF PERFORMANCE : 3. The Question of Voice 4. Three Pianists and the Monk Legacy: Fred Hersch, Danilo Perez, and Jessica Williams - PART THREE. INSIDE AND OUTSIDE: MONK'S LEGACY, NEOCONSERVATISM, AND THE AVANT-GARDE : 5. Defining a Genre: Monk and the Struggle to Authenticate Jazz at the End of the Twentieth Century 6. "Classicism" and Performance 7. Monk and Avant-Garde Positions 8. Loving Care: Steve Lacy, Roswell Rudd, and Randy Weston - Afterword - Notes - Bibliography - Index

Gabriel Solis - Monk’s Music : Thelonious Monk and Jazz in the Making - 2007 - University of California Press.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Steve Lacy – Roswell Rudd Quartet: Early and Late (Cuneiform Records - 2007)

lacyrudd_copy

De leurs jeunes années passées ensemble à défendre le répertoire de Monk, le saxophoniste Steve Lacy et le tromboniste Roswell Rudd auront gardé une amitié solide, de celles qui permettent les séparations et profitent des retrouvailles. Le temps de deux disques, Early and Late propose un exposé de celles-ci, pour peu qu'elles se soient déroulées en quartette.

Des extraits de concerts donnés en 1999 et 2002 inaugurent ainsi la sélection. Aux côtés du contrebassiste Jean-Jacques Avenel et du batteur John Betsch, la paire défend quelques thèmes soutenus au creux desquels glisser ses solos – qu'ils soient fantasques (Rudd sur Blinks) ou plus sagement élaborés (Lacy sur Bone) -, ou investit des progressions plus instables que se disputent langueur amusée et expérimentations légères (The Bath). En guise de morceaux de choix: The Rent, marche latine déboîtée, et Bamako, qui donne à entendre les souffleurs à l'unisson le temps d'une mélodie signée Rudd.

En 1962, c'est auprès du contrebassiste Bob Cunningham et du batteur Denis Charles que Lacy et Rudd enregistraient trois thèmes de Monk et un autre de Cecil Taylor. Sur une section rythmique polie, trombone et soprano servent donc un bop élaboré, capable d'incartades soudaines (les aigus inopinés de Lacy sur Think of One), le long d'une vingtaine de minutes inédites. Qui font de cette compilation un document important autant qu'une introduction idéale aux manières jointes de Steve Lacy et Roswell Rudd.

CD1: 01/ The Rent 02/ The Bath 03/ The Hoot 04/ Blinks 05/ Light Blue 06/ Bookioni - CD2: 01/ Bamako 02/ Twelve Bars 03/ Bone 04/ Eronel (take 2) 05/ Tune 2 06/ Think of One 07/ Eronel (take 3)

Steve Lacy – Roswell Rudd Quartet - Early and Late - 2007 - Cuneiform Records. Distribution Orkhêstra International.

 

Commentaires [0] - Permalien [#]

Thelonious Monk: The Classic Quartet (Candid - 2006)

grismonkPause studio faite à Tokyo le 23 mai 1963 au milieu d’une tournée mondiale et imposante, The Classic Quartet donne à entendre Monk une nouvelle fois en compagnie de Charlie Rouse (saxophone ténor), Butch Warren (contrebasse) et Frankie Dunlop (batterie). Mais une fois comme une autre, pour Monk, signifie toujours altière.

S’il se montre moins fantasque qu’à ses débuts – dans son jeu ou ses arrangements -, Monk donne ici le change en offrant davantage de place à ses partenaires (Ba-lue Bolivar Ba-lues-are) – et à Rouse, notamment, qui rend presque seul les thèmes d’Epistrophy ou d’Evidence.

Plus sage, le pianiste n’est pas pour autant débarrassé de toquades éclairées, interprétant un extravagant Just a Gigolo, ou se laissant aller avec moins de retenue aux frasques jubilatoires sur un Blue Monk qu’emporte, fougueuse, la section rythmique.

Oeuvrant aussi pour la qualité du disque, le son de l’enregistrement, net et chaleureux, qui fait de The Classic Quartet un opus assez rare dans la discographie du groupe, souvent desservi par des prises de sons aléatoires.

CD: 01/ Epistrophy 02/ Ba-lue Bolivar Ba-lues-are 03/ Evidence 04/ Just a Gigolo 05/ Blue Monk

Thelonious Monk - The Classic Quartet - 2006 - Candid. Distribution Harmonia Mundi.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Dominic Duval, Jimmy Halperin: Monkinus (CIMP - 2006)

monkisli

Habitué  des  hommages adressés par des musiciens pointilleux (des reprises nombreuses de Steve Lacy et Roswell Rudd au récent Monk's Casino d’Alexander Von Schlippenbach), Thelonious Monk voit cette année 13 de ses compositions interprétées par le contrebassiste Dominic Duval et le saxophoniste Jimmy Halperin.

Alliant le ténor d’un Halperin prêt toujours à dérailler au charme discret de Duval (sur cet enregistrement, en particulier), Monkinus présente toutefois plusieurs façons d’abord les thèmes du maître: le saxophone évoquant la progression irrégulière de Monk (Evidence) ou donnant davantage dans l’exaltation voilée (Blue Monk) ; la contrebasse jouant la sécurité d’un swing délicat (Rhythm-a-Ning) ou menant la danse sur ‘Round Midnight fait construction à étages.

Si Duval peut parfois faire preuve de timidité, il est aussi à l’origine des meilleures reprises exposées sur ce disque, ramassant la structure des thèmes pour lui imposer un cadre dont profite le phrasé juste d’Halperin (Epistrophy, Bye-Ya, Monk’s Dream), ou pour en explorer autrement les possibilités (Misterioso).

Autre enregistrement consacré au songbook de Monk, Monkinus n’en est pas seulement un de plus. Ayant choisi d’interpréter en duo ces quelques thèmes, Duval construit ici en compagnie d’Halperin une œuvre sincère et capable de mises en valeur nouvelles, prompte à œuvrer différemment en faveur de la somme des disques de son espèce, invoquant Thelonious.

CD: 01/ Ruby My Dear 02/ Evidence 03/ Crisscross 04/ Rhythm-a-ning 05/ Misterioso 06/ 'Round Midnight 07/ Epistrophy 08/ Brilliant Corners 09/ Off Minor 10/ Monk's Mood 11/ Blue Monk 12/ Bye-ya 13/ Monk's Dream

Dominic Duval, Jimmy Halperin - Monkinus - 2006 - CIMP. Distribution Improjazz.

Commentaires [0] - Permalien [#]


  1  2