Le son du grisli

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Survival Unit III : Straylight (Live at Jazzhouse Copenhagen) (Astral Spirits / Monofus Press, 2015)

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En concert le 15 décembre 2013 à Copenhague, Survival Unit III faisait entendre ce que partout où il passe on peut décidemment goûter : une musique qui pourrait passer pour faite déjà – et que l’on trouverait plaisir quand même à entendre, puisqu’il s’agit toujours de Joe McPhee, Fred Lonberg-Holm et Michael Zerang – mais qui soudain vrille.

Ainsi, à peine a-t-on jugé le set tranquille que la déferlante s’abat – c’est que l’archet de violoncelle a ouvert une brèche dans laquelle s’est engouffré le trio. Certes, la prise de son ne rend pas hommage à ces trois moments de concert, mais ce-dernier impressionne quand même, le trio y envisageant des reliefs qu’il doit patiemment gravir et puis descendre rapidement, chacun menant les deux autres à son tour.

Sur l’autre face, d’autres approches : McPhee vocalise en minimaliste concentré sur un violoncelle caressé à peine (If Not Now), avant de s’engager sur le conseil de Zerang sur une épreuve moins tranquille où quelques notes suffisent à former des motifs capables de tourner avec force (When?). Puisque la force est constance chez Survival Unit III.



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Survival Unit III : Straylight (Live at Jazzhouse Copenhagen)
Astral Spirits / Monofus Press
Enregistrement : 15 décembre 2013. Edition : 2015.
Cassette : A1/ Blood of a Poet – B1/ If Not Now B2/ When
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Survival Unit III / Mike Reed & Gaspar Claus à Brest (Atlantique Jazz Festival)

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L’association Penn ar Jazz a cette année poussé l’océan Atlantique au-delà de ses limites naturelles. Jusqu’à Chicago, pour attendre ensuite que la marée ramène à Brest quelques musiciens capables d’y célébrer le cinquantième anniversaire de l’AACM. Avec le concours de Mike Reed, la douzième édition de l’Atlantique Jazz Festival put ainsi clamer « Chicago Now! » au son des nombreux concerts donnés : par Rob Mazurek (à la tête d’un épais Third Coast Ensemble dans lequel on trouvait, entre autres, Nicole Mitchell, Lou Malozzi, Tomeka Reid ou Avreeayl Ra ou en duo avec Jeff Parker), Hamid Drake (avec Philippe Champion ou For Trink Quartet), Nicole Mitchell (avec Reid et Reed)…

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Avant de clore le festival le 18 octobre en compagnie de Wadada Leo Smith, Mike Reed ouvrait avec Gaspar Claus, jeune violoncelliste et artiste en résidence Penn ar Jazz pour la saison, la soirée du 15 octobre au Mac Orlan – dix jours plus tôt, c’était Drake et Champion qui permettaient au festival de réunir des musiciens engagés de part et d’autre de l’Atlantique. Puisque la rencontre est inédite, Reed et Claus ont encore tout à apprendre l’un de l’autre. En conséquence, les débuts sont timides : ceux de Claus, particulièrement, qui laisse le batteur imposer son rythme pendant que lui interroge, presque naïvement, de la tête à la pique, les contours de son violoncelle. Bientôt, quand même, Reed tend l’oreille et permet à Claus d’en dire davantage : l’archet commande alors un bourdon (le premier fait d’ailleurs effet), brode ensuite un ouvrage mélodramatique puis retourne au bourdon (le second est déjà de trop, même étoffé). Par timidité ou manque d’inspiration, Claus (dont la technique est, disons-le, irréprochable) peine à régler ses gestes sur la mesure de Reed. Celui-ci poursuit alors ses recherches : en levant un rythme élément par élément ou en interrogeant les possibilités de transformation offertes par l’ampli posté derrière lui. Rien de bien dérangeant, dans tous les sens du terme, mais à la place de la rencontre annoncée, il n'y eut qu'une première approche.  

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A la maladresse d’une relation naissante succédera l’assurance d’une association qui fête cette année ses dix ans : Survival Unit III, qui réunit Joe McPhee, Fred-Lonberg Holm et Michael Zerang. Droit comme la justice (for those about to rock), bras croisés quand il n’intervient pas à la trompette de poche ou au soprano, McPhee dirige avec nonchalance (et un amusement rentré) une des formations qui lui tiennent le plus à cœur – et dont le label Pink Palace fait paraître ces jours-ci le dernier enregistrement : Straylight. Avec lui, un autre genre de violoncelle : aux phrases rondement découpées, Lonberg-Holm préfère les raclements et les saturations, tire en plus des pédales d’effets qui prolongent son instrument des surprises qui, souvent, déstabilisent le jeu. A force d’épreuves électroniques, il peut même exhumer une note exécutée des secondes auparavant : ainsi retire-t-il le geste au son qui claque. A Zerang – qui signera un épatant solo aux balais –, de faire avec : les musiciens ne se regardant pas, sinon entre les phases de jeu, il faut savoir accueillir tel son sans l’avoir vu venir. Placé entre McPhee et Lonberg-Holm, le batteur ne fait pas seulement tampon mais renforce leur entente avec un naturel déconcertant avant de lui donner plus de relief encore. Rehaussé par l’art de mélodiste de McPhee (cette marche répétitive au soprano, ou cette reprise de Knox jadis consigné sur Tenor) et par sa fantaisie récréative (grognement, chant rentré en instrument, souffles en sourdine…), le concert est, en cinq temps, un ouvrage entier que se disputent invention et euphorie. Afin de s’en rendre compte : Poitiers, ce soir, ou alors Londres, Café OTO, ce week-end. 

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Photographies : Guy Chuiton @ le son du grisli

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Easel : Bloom (Veto, 2015)

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Le polystyrène que lacère sans relâche Michael Zerang n’y change rien : Christoph Erb et Fred Lonberg-Holm se livrent bataille. Et la bataille est longue. Leurs unissons malfaisants ne crachent que fiel et amertume. Il faudra que le percussionniste active sa quincaille rutilante et presse le pas pour que s’impose un semblant d’espace et de profondeur. Mais la colère de ce jour n’est pas prête de s’éteindre.

Revoici bruits et grincements, guitare perçante et souffles retors. Les dépôts soniques s’amoncellent, débordent. Ceci pour les deux premières improvisations du présent CD. Voici maintenant Perigan et on pourrait croire les secousses sismiques envolées : Zerang frétille comme un poisson dans l’eau. Mais sur le rivage se réveillent les vieux démons. Et saturent tous les espaces. Et ne jurent que par l’assaut, le combat. Aujourd’hui était bataille. Mais demain ?

Easel : Bloom (Veto Records)
Enregistrement : 29 avril 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Corolla 02/ Calyx 03/ Perigan
Luc Bouquet © le son du grisli

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Peter Brötzmann Chicago Tentet : Concert for Fukushima (Pan Rec / Trost, 2013)

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Assez solides, les planches du Stadttheater de Wels, Autriche, pour accueillir, le 6 novembre 2011 à l'occasion d'un hommage aux victimes de la catastrophe de Fukushima, le Chicago Tentet de Peter Brötzmann augmenté de quatre Japonais de poids (Toshinori Kondo, Michihiyo Yagi, Otomo Yoshihide et Akira Sakata).

Les caméras de Pavel Borodin montrent tout de même qu'un invité chasse l'autre auprès de l'épaisse formation : Kondo, d'abord, se ralliant sur l'instant à la fougue qui emporte un hymne que l'on croirait illustratif ; Yagi, dont les kotos encouragent les vents à redoubler d'ardeur, et qui se recueillera seule sur les deux notes d'une berceuse, parenthèse refermée par un Tentet alarmant ; Yoshihide, cinglant d'abord à la guitare, puis occupé à de patientes recherches sur l'harmonie des lignes à l'invitation de Brötzmann, Vandermark et Gustafsson – un motif de trois notes qu'il mettra au jour et fera tourner relancera la furieuse machine ; Sakata, pour conclure, sur une pièce qui double souvent tel instrument privilégié : course d'alto entamée avec Brötzmann à laquelle feront écho Bishop et Bauer, puis clarinette couplée à celle de Vandermark, combinaison qui attirera tous les musiciens à elle.

Ce sont-là quatre paysages jouant d'éléments différents mais d'une force partagée, et de caractéristiques nées de leur rencontre : méditative, habile, espiègle, ardente.

Peter Brötzmann Chicago Tentet : Concert for Fukushima, Wels 2011 (PanRec / Trost / Metamkine)
Enregistrement : 6 novembre 2011. Edition : 2013.
DVD : 01-04/ Japanese Landscapes 1-4
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Made To Break : Provoke (Clean Feed, 2013) / Resonance : What Country Is This? (Not Two, 2012)

made to break provoke

Dans le texte imprimé à l’intérieur de Provoke, Ken Vandermark explique les origines de son nouveau (2011) projet, Made To Break : méthodes de composition développées au sein de FME et The Frame Quartet – pour plus de précision : influence de Nate McBride, est-il écrit – associé à un goût pour le funk qu’avait déjà révélé le souffleur en Spaceways Inc. ou Powerhouse Sound.

Enregistré à l’occasion des concerts organisés à Lisbonne pour le dixième anniversaire de la maison Clean Feed, Provoke expose des patchworks aux pièces disparates : la présence de Devin Hoff n’étant pas celle de McBride, il arrive au groupe de pâtir d’une rusticité contre laquelle l’électronique de Christof Kurrzmann, pourtant astucieuse, ne peut rien. Alors, le saxophone se contente, à sa façon, de rebondir sous les coups que Tim Daisy porte à sa batterie.

Mais au mitan – et pour un tiers de concert quand même –, l’harmonie point. Sur une boucle lente dont l’allure entraîne la clarinette basse, Hoff est invité à plus de discrétion et voici le funk étouffé. La musique gagne en envergure et son atmosphère est maintenant inquiète et pénétrante. Malheureusement, de passage seulement ; on ne doute cependant pas que Made to Break puisse mieux faire…  

Made To Break : Provoke (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 17 & 19 novembre 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Further (For John Cage) 02/ Presentation (For Buckminster Fuller) 03/ Of The Facts (For Marshall McLuhan)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

resonance what country is this

Un peu plus tôt en 2011 Vandermark emmenait une autre fois Resonance. Enregistré à Chicago – et pour la première fois aux Etats-Unis –, l’orchestre évoque sur What Country Is This? le rapport de son meneur… à la Pologne. Sur la ligne de front, Vandermark, Rempis, Trzaska, Zimpel, Holmlander, Broo et Swell (dont le trombone à contre-courant n’est pas pour rien dans la réussite de ce disque) passent d’unisson amusés en solos intrépides avec, conjuguées, la force de Brötzmann et la délicatesse de Giuffre. Baroque.

Resonance : What Country Is This? (Not Two)
Enregistrement : 7 mars 2011. Edition : 2012.
Cd : 01/ Fabric Monument (for Czeslaw Milosz) 02/ Acoustic Fence (for Witold Lutoslawski) 03/ Open Window Theory (for Fred Anderson)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Didier Petit, Alexandre Pierrepont : Passages (Rogue Art, 2012)

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En 2011, dans les pas de Peter Kowald (entendre et voir Off the Road, sur le même label), Didier Petit a parcouru les Etats-Unis d’une côte à l’autre pour y jouer en différentes compagnies. Dans ses bagages, Alexandre Pierrepont, qui put lui conseiller quelques noms parmi ceux de Marilyn Crispell, Gerald Cleaver, Matt Bauder et Joe Morris, Jim Baker, Nicole Mitchell, Hal Rammel, Hamid Drake et Michael Zerang, François Houle, Michael Dessen, Larry Ochs et Kamau Daáoud. C’est de ce voyage et de ces rencontres qu’est né Passages.

Le livre-disque – dans le livre : des photos et un long texte de Pierrepont (où notre poète, en proie encore à l’influence de la négritude, cherche les mots pour dire les « secrets » que lui révélèrent chacune des rencontres en question) – est un journal de bord dans lequel les duos et trios enregistrés s’intègrent dans la trame redessinée du périple. Entre deux improvisations, des field recordings attrapés en gare, aéroport, ou près de l’océan… et des extraits que Pierrepont lit de son poème peinent à bien se fondre dans le souvenir musical.

Woodstock, New York, Chicago, Los Angeles : voilà pour les étapes qui conduiront Didier Petit d'un partenaire à l'autre. Entrelacs souffrant de politesse avec Crispell, expérimentations tièdes avec Parkins ou Baker, échange confortables avec Cleaver ou Mitchell, préciosités même avec Ochs ou Dessen... D'un dialogue à l'autre, voilà la science instrumentale et l'inspiration que l'on connaît à Petit dissoutes en bagatelles. Heureusement, quelques prises disent que le violoncelliste a bien fait quand même de faire le voyage : jusqu'à Houle, clarinettiste avec lequel il se montre à la fois plus réfléchi et plus sensible ; jusqu'à Bauder et Morris, qui forment avec Petit ce trio glissant avec superbe de répétitions en sonorités instables ; jusqu'à Hal Rammel, qui accorde par deux fois la voix rare des instruments qu'il invente à un archet qui trouve dans l'ombre sa profondeur. A tel point qu'il n'est peut-être pas insensé de poser la question : un nouveau départ pour Chicago et New York – Rammel, Bauder et Morris en tête et tout projet de concept-album oublié – serait-il envisageable ?

Didier Petit, Alexandre Pierrepont : Passages (Rogue Art)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Passage (with M. Crispell) 02/ La Reine Rêve Rouge (with A. Parkins) 03/ Les ciseaux de l'air et de l'eau (with G. Cleaver) 04/ L'alphabet de leur rayures (with M. Bauder & J. Morris) 05/ Sous l'arbre en pleine mer (with J. Baker) 06/ Déesse-Allégresse (with N. Mitchell) 07/ Des griffes, des racines, des pierres (with H. Rammel) 08/ Vendanges (with H. Drake & M. Zerang) 09/ Il faut descendre plus au Sud (with H. Rammel) 10/ Ecluse (with F. Houle) 11/ Le gîte et le couvert (with M. Dessen) 12/ Crâne-Sablier (with L. Ochs) 13/ Je lis sur toutes les lèvres (with K. Daaood & L. Ochs)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Joe McPhee, Michael Zerang : Creole Gardens (NoBusiness, 2011) + Christoph Erb / Jim Baker / Michael Zerang (Exchange, 2011)

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Ces « jardins créoles » ont fleuri sur le souvenir d’un concert, daté de 2009, que Joe McPhee et Michael Zerang ont donné ensemble. Ils sont un hommage à la Nouvelle-Orléans que rehausse une entente d’exception développée en Survival Unit ou Brötzmann Chicago Tentet...

En ouverture, la trompette est distributive et la caisse claire inquiète de récupérer chacune de ses notes sur frottements légers. Mais Zerang ose bientôt des éléments de ponctuation que McPhee respecte au son d’un hymne pénétrant. Il fera de même un peu plus tard à l’alto : ce qu’il dit à l’instrument, qu’il soit trompette ou saxophone, personne d’autre que lui n’aurait pu le dire, ni même l’inventer. C’est que derrière chacune des phrases de McPhee, sereines en apparence, pointe une anxiété tenace. 

Aires de jeu obligeant ses usagers à évoluer en véloces, ces Creole Gardens se souviennent du passage des marching bands et des milliers d’airs qui ont contribué à l’histoire de la ville. Mais ce sont aussi des œuvres ouvertes que McPhee et Zerang arrangent selon l’instant, en carré du recueillement éclairé par d’intenses lueurs d’espoir.

EN ECOUTE >>> Congo Square Dances / saints and Sinners >>> Crescent City Lullaby

Joe McPhee, Michael Zerang : Creole Gardens (New Orleand Suite) (NoBusiness)
Enregistrement : 24 septembre 2009. Edition : 2011.
CD / LP : 01/ Congo Square Dances / Saints and Sinners 02/ Rise / After the Flood 03/ Crescent City Lullaby 04/ And Now Miss Annie, The Black Queen 05/ The Drummer – Who-Sits On-The-Drum
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Sur cet échange qui date du 11 juin 2011, Michael Zerang improvise en compagnie de Jim Baker (synthétiseur analogique, piano) et Christoph Erb (instruments à vent). Si Zerang est celui des trois qui fait le plus œuvre d’inventions et si Erb sait se montrer surprenant aussi bien au saxophone ténor qu’à la clarinette basse, ne leur reste plus qu’a espérer que Baker parvienne lui aussi à convaincre. Fantasque au synthétiseur mais souvent démonstratif, pâtissant d’une inspiration aléatoire au piano, il peut tout de même, de temps à autre, rendre la rencontre irréprochable.

Christoph Erb, Jim Baker, Michael Zerang : Erb / Baker / Zerang (Exchange)
Enregistrement : 11 juin 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Situr 02/ Opisthoproctidae 03/ Fesch 04/ Tauch 05/ Sakana 06/ Ogcocephalus 07/ Devon
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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McPhee, Brötzmann, Kessler, Zerang : The Damage Is Done (Not Two, 2010)

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Toujours ici : penser à Ayler. Reconsidérer le spasme et ne plus jamais faire de la convulsion un cri de révolte. Ou alors : pas uniquement. Entendre et étendre le message. Ne jamais l’éteindre. A ceux qui le peuvent encore : écouter et ne plus prendre fuite. Faire en sorte que leur cri ne soit pas cri dans le désert. Douter car à qui cette musique chante-t-elle aujourd’hui ? Qui en est assez sage pour en décrypter l’élan ?

Penser à Ayler donc. Mais fuir les comparaisons. Il serait facile de dire que Peter Brötzmann serait Ayler et que Joe Mc Phee serait Don Cherry et Don Ayler réunis (Je est donc deux autres). Et puis Kent Kessler serait…et puis Michael Zerang serait… Oublier tout cela, oublier l’avoir pensé, écrit.

C’est leur troisième disque. C’est un double CD. Enregistré en public (16 mars 2008. Alchemia. Cracovie). Il n’y a pas de round d’observation. Pas d’indications ou de clin d’œil. Juste un chant gorgé d’amour. Gagné d’amour. Et de hargne, si vous le voulez à tout prix. Mais je ne vous suivrais pas sur cette voie. Ici, je n’entends que quatre musiciens qui cherchent, s’autorisent à se tromper de route, à brouiller le convenu (le deuxième CD malaxe la palette sonique, croise des souffles inquiets). « McPhee est perdu, en retrait, gêné par l’ogre Brötz » brailleront les spécialistes. Laissons-les brailler : qu’il est doux de n’être pas spécialiste. Ici : juste enthousiaste à cette libre et envoutante musique.

Joe McPhee, Peter Brötzmann, Kent Kessler, Michael Zerang : The Damage Is Done (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD1 : 01/ The Damage Is Done 02/ Alchemia Souls - CD2 : 01/ A Temporary Trip 02/ With Charon 03/ On the Acheron 04/ Into the Hades
Luc Bouquet © le son du grisli

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Ken Vandermark : Resonance (10 CD Box Set) (Not Two, 2009)

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Comme jadis avec l'Alchemia, le label Not Two se distinguait récemment en publiant une longue boîte de Resonance : à l’intérieur, le résultat d’un « work in progress » de taille puisqu’il impliquait, entre le 12 et le 18 novembre 2007, Ken Vandermark et quelques autres musiciens (compatriotes mais aussi Suédois, Polonais et Ukrainiens) –  pour les citer tout de suite et dans l'ordre alphabétique : Magnus Broo (trompette), Tim Daisy (batterie), Per-Ake Holmlander (tuba), Dave Rempis (saxophones alto et ténor), Steve Swell (trombone), Mark Tokar (contrebasse), Mikolaj Trzaska (saxophone alto et clarinette basse), Yuriy Yaremchuk (saxophones ténor et soprano, clarinette) et Michael Zerang (percussions).

En Pologne, de répétitions (à l'Alchemia de Cracovie) en concerts (au Manggha Hall de Cracovie), Vandermark composait avec eux quinze formations restreintes (le plus souvent quartettes) qui ne l'impliquaient pas forcément, avant de conclure l'expérience à dix, soit : de quoi fournir dix disques d'échanges abrupts, d'ombres traînantes, d'insistances insatiables, de tensions

Parfois donc, les propositions sont véhémentes (pétries de soul ici, de rock là, de free jazz ailleurs) et d'autres fois minimalistes, concentrées et commandées par un art savant de la frustration à qui il arrive d'enrouer la progression d'une pièce pour soigner le moment de sa libération : développement réamorcé qui demande la participation de toutes les fougues. Bref, les bonnes méthodes de Vandermark qu'appliquera pour finir la réunion des dix musiciens convoqués plusieurs fois. A l'intérieur de la boîte, des planches imprimées rendent les interviews de chacun d'eux, qui reviennent évidemment sur l'expérience mais surtout sur l'espace qu'ils auront trouvé auprès de Ken Vandermark.

Ken Vandermark : Resonance (10 CD Box Set) (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 2007. Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ken Vandermark: Resonance (Not Two - 2008)

Grislonance

Prenant la direction d’un tentette composé de quelques-uns de ses fidèles (Dave Rempis et Tim Daisy, élements du Vandermark 5, ou Magnus Broo, membre de 4 Corners) comme d’intervenants jusque-là inconnus de lui (les saxophonistes Mikołaj Trzaska et Yuriy Yaremczuk ou le contrebassiste Mark Tokar), Ken Vandermark enregistrait Resonance, grand-œuvre de fanfare hallucinée consigné sur vinyle.

A celles des noms déjà cités, ajouter les présences du tromboniste Steve Swell, du tubiste Per-Ake Holmlander et du percussionniste Michael Zerang – ces deux derniers, membres du Peter Brötzmann Tentet –,  installés comme les autres à Cracovie pour cet enregistrement. Deux longs titres, ici, sur lequel un brass band d’exception impose à sa grandiloquence de composer avec des moments d’égarements : interventions de Vandermark, Rempis et Swell, remarquables sur Off-Set ; avantage à Broo sur The Number 44, ouvert sur swing lent et puis changé en offensive saisissante sous les coups de Daisy et Zerang. Ainsi, Resonance combine le plaisir de consonances attendues et la surprise d’élans individualistes altiers.

LP: A/ Off-Set (for Olek Witynski & Jacek Zakowski B/ The Number 44 (for Anna Czarna Adamska) >>> Ken Vandermark - Resonance - 2008 - Not Two. Distribution Instant Jazz / Chazz for Jazz.

Ken Vandermark déjà sur grisli
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