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Le son du grisli
3 mars 2010

Activity Center : Lohn & Brot (Absinth, 2010)

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Michael Renkel (guitare, machines) et Burkhard Beins (batterie, machines) collaborent régulièrement et depuis plus de vingt ans sous le nom d'Activity Center. Cette année voit paraître Lohn & Brot.

Sur les peaux, des coups pleuvent, toujours aussi subtils, tandis que d’un lot d’objets hétéroclites sortent d’autres râles – pour Renkel, tout est prétexte et source à musique. Le discours percussif et ses extensions (rôle des machines) rivalisent ensuite de présence avec un bourdon tenace ou le grondement de micros que l’on frotte. Souvent, on croit le rythme abandonné et la batterie sans d’autre enjeu que de construire son discours en dehors de tout présupposé rythmique : mais sitôt que l’on pense le rythme abandonné, voici qu’il refait surfaces : qui partout vous entourent puis vous enferment en écrins de tumultes. Attendre alors la prochaine dilution. 


Activity Center, Produkt (extrait). Courtesy of Absinth Records.

Activity Center : Lohn & Brot (Absinth / Metamkine)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Arbeit : Material 02/ Passage 03/ Zone : Produkt 04/ Transit 05/ Station : Prozess
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

2 mars 2010

Burton Greene : Live at the Woodstock Playhouse 1965 (Porter, 2010)

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Quelques mois plus tard, Dave Grant et Tom Price, remplaceront Rashied Ali pour l’enregistrement de Burton Greene Quartet (ESP 1024). Pour l’heure, c’est le solide Reggie Johnson qui remplace Henry Grimes. Nous sommes en 1965 et le quartet de Burton Greene joue au Woodstock Playhouse.

Après Tree Theme II, ¾ assez quelconque mais idéal pour se mettre en selle, voici Cluster Quartet II. Et de cluster, il en est fortement question quand vers la cinquième minute, Greene en déverse un ; démesuré, fielleux, belliqueux. A cette époque, le jeu du pianiste est sec, houleux, aiguisé. En ce sens, il s’oppose au jeu d’abondance de Rashied Ali. Marion Brown, lui, n’est que torsades, harmonies grisantes, herbes folles, crochets fulgurants et forme avec le batteur un couple irradiant (Cluster Quartet II).

Longue plage improvisée, Like It Is nous dit tout de la liberté de ce jazz-là : solos emportés, intensité des échanges, fièvre du dire. On en oublierait presque un bruit parasite, perturbant parfois l’audition de cette très précieuse pépite.

Burton Greene : Live at the Woodstock Playhouse 1965 (Porter Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2005. Réédition : 2010   
CD : 01/Tree Theme II  02/Cluster Quartet II  03/Like It Is
Luc Bouquet © Le son du grisli

23 février 2010

Raoul Sinier : Tremens Industry (Ad Noiseam, 2009)

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Qu’il publie sous le pseudonyme de Ra – l’excellent Ev.Panic Redone – ou sous son propre blaze, Raoul Sinier demeure toujours aussi passionnant, en dépit de fausses apparences qui, de loin et distraitement, ne laisseraient penser qu’à un énième avatar de la French Touch sous haute influence krautrock.

Bien entendu, l’influence de la scène électronique germanique des seventies demeure présente, tout en s’élevant au-dessus du panier de crabes. Elle imprègne de ses tournoiements synthétiques le morceau d’ouverture, l’entêtant Overthoughts. La suite s’évade du côté de l’IDM, dont la première initiale n’a jamais si bien porté son intelligence. Eprise d’Autechre et de breakbeats, elle invite les galaxies Warp et Rephlex au banquet des meilleurs électroniciens rythmiques de notre planète. Ailleurs, d’autres échos plus familiers de Depeche Mode s’incrustent subrepticement – cela relève presque de l’anecdotique – tout en n’interférant jamais avec l’esprit farouche et sombre des treize morceaux. Que les derniers pignoufs encore fans de tous les Justice de la planète doivent s’empresser d’écouter (ou de regarder en DVD).

Raoul Sinier : Tremens Industry (Ad Noiseam)
Edition : 2009.
CD : 01/ Overthoughts 02/ Sand Skull 03/ The Hole 04/ Alternative Rush 05/ Map for a Tactical Nonsense 06/ List of Things 07/ Boxes 08/ Confusion Room 09/ Overthoughts Reprise 10/ Elle a Raison 11/ Tremens Industry 12/ This Little Mouse 13/ Hard Summer - DVD : Videos & extras
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

17 février 2010

The d. : D.A.F. (The d., 2009)

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Partie sonore d’un projet artistique global dont la seconde étape consistera en la production de sculptures en verre, The d. est issu de l’imagination, qu’on imagine foisonnante, de l’artiste visuelle française Nathalie Bles. Pour faire simple, le disque est basé sur l’idée même de l’isolement sensoriel et des sonorités fantômes, celles-là même qui permettaient à Charles Manson  d’échanger des messages en prison en vue de préparer des actions de guérilla.

Radicalement furieux – on adhère de tous ses pores ou on rejette de tous ses vaisseaux – D.A.F. (pour Donatien Alphonse François et oui, le marquis de Sade himself) fusionne samples bruyants, poésie vocale, field recordings et compositions originales au sein de deux continuums (Face A et Face B). A l’issue de l’éprouvant parcours qui trace un lien étrange entre le meurtrier de Sharon Tate et l’auteur de Justine ou les malheurs de la vertu, c’est peu dire qu’on est secoué comme mille pruniers plantés en plein épicentre du côté de Port-au-Prince...

The d. : D.A.F. (The d.)
Edition : 2009.
CD : 01/ Face A 02/ Face B
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

11 février 2010

Mike Shiflet, Daniel Menche : Stalemate (Sonoris, 2009)

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C'est le fruit de la rencontre de deux monstres du drone et de la musique expérimentale bruyante qu’offre le disque Stalemate. Une rencontre en trois temps (aucun titre n'est donné aux morceaux) entre Mike Shiflet (orgue Hammond) et Daniel Menche (electronics). Attention : l’orgue Hammond dont on parle ici n’est pas celui de tout le monde…

Parce que jamais cet instrument n’avait paru aller contre sa nature avec une telle force. Méconnaissable, il est la boîte d’où tout s’ébruite et d’où part la cacophonie : le vrombissement du premier titre / les dérapages incontrôlables et les parasites du deuxième / les infrabasses poignantes et les clusters givrés du troisième et dernier. Le duo nous conduit en trois étapes jusqu’à l’impasse (Stalemate), c'est-à-dire devant le mur du son derrière lequel rien ne peut être envisagé.

Mike Shiflet, Daniel Menche : Stalemate (Sonoris)
Enregistrement : 2007-2008. Edition : 2009.
CD : 01/ 02/ 03/
Pierre Cécile © Le son du grisli

11 février 2010

Roscoe Mitchell : Congliptious (Nessa, 2009)

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Philippe Carles compara un jour l’Art Ensemble of Chicago et son « instrumentarium » à un musée d’ethnomusicologie. Si alors nous arpentions les allées du musée de l’AEC, nous trouverions ce disque dans le pavillon dédié à sa préhistoire.

En effet, ce Roscoe Mitchell Art Ensemble est une première mouture de ce qui deviendra un an après (en 1969) l’Art Ensemble of Chicago. Ici, trois des cinq hommes de l’AEC sont en présence. Roscoe Mitchell, donc, accompagné de Lester Bowie et Malachi Favors. Quand il paraît en 1968 sur une galette de vinyle, ce disque se partage sur deux faces : sur la première, les trois hommes offrent chacun une composition de leur cru, en solo ; La deuxième face héberge une longue improvisation collective.

Ainsi, parce que Roscoe Mitchell conçoit son Ensemble comme la rencontre de personnalités singulières et comme l’alchimie résultant de cette rencontre, chacun se présente à l’auditeur, en un solo caractéristique de son propos et annonciateur de l’esprit qu’il insufflera dans le collectif qu’est l’Art Ensemble. C’est Malachi Favors qui débute, et son solo de contrebasse propose un musicien attaché à la tradition et gardien du rythme. Puis Roscoe Mitchell, seul au saxophone alto, en un beau moment d’abstraction, nous rappelle son plaisir à fouler des terres visitées habituellement dans la musique contemporaine. Enfin, le triptyque se referme avec le trompettiste Lester Bowie qui développe déjà un discours empli d’humour et d’extraversion et un indéniable art de la mise en scène.

Le long morceau qui occupe la deuxième face du disque plonge les trois hommes dans le grand chaudron de l’improvisation collective, accompagnés du batteur Robert Crowder. Malgré l’absence des deux compagnons qui les rejoindront un peu plus tard (Joseph Jarman et Don Moye), le son et l’esprit de l’Art Ensemble of Chicago sont déjà là : les « petits instruments » (introduits par Favors), la juxtaposition de séquences-climats plutôt que la cyclique apparition de chorus, les retours à des motifs mélodiques lumineux et des groove entraînants, pour ensuite mieux replonger dans des atmosphères méditatives ou exacerbées… Oui, tout est déjà là.

C’est donc un véritable document que nous avons ici, en même temps, rappelons-le, qu’un superbe disque, conceptuel et charnel, traversé par une joie de jouer qui ne faillit jamais. Comme l’écrivait Terry Martin en Juin 1968, à la sortie du disque : « Vous entendrez beaucoup de choses dans cette musique : sobriété classique et fête dionysiaque, recueillement et tristesse en même temps que cynisme et joie (…) » Enfin, cette réédition CD nous offre deux morceaux inédits, courts, collectifs et énergiques, joués lors de cette même session, qui apparaissent comme une proposition de chaînon manquant et éclairant entre les musiques présentées sur chacune des originelles faces.

The Roscoe Mitchell Art Ensemble: Congliptious (Nessa Records / Instant Jazz)
Enregistrement: 1968. Réédition: 2009.
CD: 01/ Tutankhamen  02/ TKHKE  03/ Jazz Death ?  04/ Carefree-take 3  05/ Tatas-Matoes  06/Congliptious / Old  07/ Carefree-take 1  08/ Carefree-take 2
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

8 février 2010

Pillars and Tongues : Protection (Contraphonic, 2008)

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De Gand à Barcelone, de Lisbonne à Toulouse, le souffle de Pillars and Tongues se fera sentir quelques jours durant. Pour toute alerte, un disque résonne encore qui a paru il y a deux ans : Protection. Sur ce disque, quelques amis prêtent main forte au trio de base (Evan Hydzik, Elizabeth Remis, Mark Trecka) – sur scène, quelle forme prendra l'équipée je l'ignore.

Ce que je sais, par contre : Protection est un grand disque d'un folk bizarre sorti de Chicago, qui réconcilie les rues droites et les grands espaces. Car l'Americana que défend Pillars and Tongues est protéiforme, marie trois voix (qui se laissent souvent désirer), un violon lancinant, une basse aux gimmicks prégnants, et des moments laissés en suspensions. Dans ce folk bizarre, cette Americana inédite, on entend des coups de feu et de poings mais aussi l'accalmie des réunions au grand air. De ces réunions où se racontent des histoires troubles qui peuvent se passer de mots. Pour assister à l'une de ces soirées, la carte dépliée indique les quatre points cardinaux : Gand, Bruxelles, Strasbourg, Nantes, Rennes, Mont-de-Marsan, Saragosse, Barcelone. Alors, en route...

Pillars and Tongues : Protection (Contraphonic)
Edition : 2008.
CD : 01/ Hall of Bliss 02/ Dead Sings 03/ Protection (I) 04/ Protection (II)
Pierre Cécile © Le son du grisli

28 janvier 2010

Free Unfold Trio : Ballades (Ayler, 2009)

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Ici, c’est l’air que l’on joue. La nature et ses quatre éléments ont beaucoup été célébrés dans le (free) jazz, avec comme acmé l’art développé par le regretté Revolutionary Ensemble. Car alors, et toujours aujourd’hui, la référence à la nature, comme beauté née du miracle et du hasard, semble proposer une alternative à un jazz trop préoccupé de ses codes et sclérosé à force d’y souscrire.

L’air est, des quatre éléments naturels, celui qui anime ce disque. Mais ici, pas de tempête, ni de vent fort, mais plutôt un souffle léger, une brise qui parcourt l'enregistrement de bout en bout, du premier au dernier mouvement de cymbale, une brise discrète, oui, de celles qui font tournoyer les plumes, voleter les poussières, onduler les herbes, frémir les cours d’eau. Les instruments sont ainsi joués, comme effleurés par accident ; l’air semble choquer l’un d’eux, le faire résonner, et ainsi entraîner le chant des deux autres. Car entre les trois musiciens (Didier Lasserre à la batterie, Benjamin Duboc à la contrebasse et Jobic Le Masson au piano), un courant (d’air) passe. Ils se font passeurs d’une voix naturelle qui donne à la musique le double caractère de l’aléa et de la nécessité.

La pochette du disque est un clin d’œil à un album d’Ornette Coleman (père d’une rencontre historique entre jazz et liberté), témoignage d’un concert donné à Stockholm en 1965 et intitulé Live at Golden Circle. Sur les deux pochettes, on retrouve trois hommes, regardant dans des directions différentes mais serrés les uns contre les autres dans un décor naturel avec en arrière fond des arbres. Mais si chez Coleman l’impression visée était celle de l’exotisme et du décalage, la photo utilisée pour ce disque du Free Unfold Trio corrobore au contraire son propos, va dans le sens de la musique : trois hommes en pleine nature, qui semblent surgir d’elle tels les arbres, le soleil et l’herbe, et tel le vent que l’on devine.

Revenons au Revolutionary Ensemble et à son contrebassiste Sirone, qui écrivait : « Je ressens que nous, Revolutionary Ensemble, sommes les interprètes de la Musique de la Nature. Nous pensons que chaque chose sur Terre contribue à son harmonie. Les arbres balancent joyeusement leurs branches en rythme avec le vent. Le son de la mer, le murmure de l’air, le sifflement du vent qui s’engouffre entre les rochers, les collines et les montagnes. Et le fracas du tonnerre et les éclairs, l’harmonie entre le Soleil et la Lune, le mouvement des étoiles et des planètes, l’éclosion des fleurs, la tombée des feuilles, l’alternance régulière du matin, du midi, du soir et de la nuit ! Tout révèle au voyant et à l’auditeur la musique de la nature. » Trois mois après l’enregistrement de Ballades s’éteignait Sirone, dont le dernier souffle a certainement cheminé pour venir planer sur cette très belle session.


Free Unfold Trio, Au départ, les oiseaux puis. Courtesy of Ayler Records.

Free Unfold Trio : Ballades (Ayler Records)
Enregistrement: 2009. Edition: 2009.
CD: 01-02/ Au départ, les oiseaux puis  03-04/ Seulement l’air 
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

15 décembre 2009

Transit : Quadrologues (Clean Feed, 2009)

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Sur Quadrologues, toujours le même Transit : Jeff Arnal aux percussions, Seth Misterka au saxophone alto, Nate Wooley à la trompette et Reuben Radding à la contrebasse.

Et la même invention, aussi : dans le déploiement d’une musique en équilibre toujours précaire et qui fait de son état vacillant le premier de ses atouts (Strata), sur l’air latin flirtant avec le minimalisme de Walking on Fire ou encore sur de lentes progressions affirmant davantage au fil des secondes, jusqu’à changer une mollesse d'abord revendiquée en morceau d’épaisseur irrésistible (Meeting Ground, The Science of Breath). Jusqu’au bout, Transit invente en quartette vigoureux mais distant, si ce n'est en conclusion, sur Myrtle Avenue Revival, pièce dont le free fantasque évoque Don Cherry (Wooley aux avant postes) histoire de finir sur un grand hommage.

Transit : Quadrologues (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2006-2007. Edition : 2009.

CD : 01/ Strata 02/ Walking on Fire 03/ The Science of Breath 04/ Flip 05/ Rapid Eye Movement 06/ Z Train 07/ Meeting Ground 08/ Time isn't what you think 09/ Speaking in Tongues 10/ Myrtle Avenue Revival.

Guillaume Belhomme © Le son du grisli

21 novembre 2009

Charles Tyler : Charles Tyler Ensemble (ESP, 2009)

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Trente-cinq minutes à peine : celles sorties du premier enregistrement de Charles Tyler en leader : en 1966, pour ESP (label pour lequel il enregistra un peu plus tôt en compagnie d’Albert Ayler), aux côtés de Joel Friedman (violoncelle), Charles Moffett (vibraphone), Henry Grimes (contrebasse) et Ronald Shannon Jackson (batterie).

Trente-cinq minutes qui vont à merveille à la concentration et à la précision des musiciens. Ici, aucun lyrisme exacerbé, mais tout, plutôt, dans la miniature et la netteté des traits. Et si l’alto de Tyler rappelle celui d’Ayler l’alter-ego (sur le folk divagant de Lacy’s Out East et le thème opaque de Three Spirits), trouver la singularité dans des arrangements qui font toute confiance aux deux archets (Strange Uhuru) et le jeu répété de disparition / apparition du meneur.

La densité d’une voix dans le déploiement de quatre microcosmes au creux desquels il arrive à Charles Tyler de vociférer un peu, non pour la forme à donner à l’ensemble mais pour la relance toujours indispensable, pour que l’énergie ne s’évapore si ce n’est pour conclure : Black Mysticism pour tout exemple, cette fois. L’alto amortit chacun des soubresauts commandés par Jackson, cédant l’espace aux frénésies de Friedman puis de Grimes, avant d’hurler enfin. Rien qu’une fois, et pour en finir avec les preuves à faire.

Charles Tyler : Charles Tyler Ensemble (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1966. Réédition : 2009.
CD : 01/ Strange Uhuru 02/ Lacy’s Out East 03/ Three Spirits 04/ Black Mysticism
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

20 novembre 2009

Die Enttäuschung : Die Enttäuschung (Intakt, 2009)

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Cette année à Berlin, Rudi Mahall (clarinette basse), Axel Dörner (trompette), Jan Roder (contrebasse) et Uli Jennessen (batterie), se retrouvaient au sein de Die Enttäuschung, rare projet musical donnant son nom à chacun de ses enregistrements.

Die Enttäuschung cinquième du nom voit ainsi Mahall et Dörner évoquer une autre fois le couple Eric Dolphy / Booker Little pour hésiter avec superbe entre bop et free jazz sur quatorze compositions originales. D’unissons turbulents en solos imaginatifs et d’intérêts mélodiques en récréations dissonantes, les musiciens servent une musique habile qui trouve refuge sur ballade (Uotenniw, que signe Jennenssen) après avoir profité de joutes impulsives.

Rappelés sans cesse par le swing – sur Wiener Schnitzel comme partout –, les musiciens décident ici de lui obéir, là de lui jouer un autre tour : procès en latinité fait à un thème prétexte (For Quarts Only), expérimentations instrumentales ou mise à sac de l’entier vocabulaire du jazz en signe factice de mécontentement (Tatsächlich). Un peu de bop encore, contrarié bien sûr dans sa progression, et les membres de Die Enttäuschung peuvent commencer à réfléchir à la suite à donner à leur haute collaboration.

Die Enttäuschung : Die Enttäuschung (Intakt Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Rocket in the Pocket 02/ Tja 03/ Uotenniw 04/ Wiener Schnitzel 05/ Salty Dog 06/ For Quarts Only 07/ Tinnef 08/ Tue s nicht 09/ Nasses Handtuch 10/ Tatsächlich 11/ Rumba Brutal 12/ Hopfen 13/ Schienenersatzverkehr 14/ Bruno
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

19 novembre 2009

Eliane Radigue : Vice Versa, etc… / Triptych (Important, 2009)

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Ces deux volumes de travaux d’Eliane Radigue reviennent sur l’avant et l’après découverte par la prêtresse des drones du synthétiseur ARP 2500…

Avant, c'est-à-dire en 1970 lorsqu’elle enregistre Vice Versa, etc… A partir de magnétophones et en jouant de feedbacks, Eliane Radigue investit un champ hypnotique déjà très personnel, vibrant et minimaliste mais d’un minimalisme qui ne met par toutes ses cartes sur le martèlement. A la place, l’auditeur trouve un drone qu’il peut (si l’envie le prend ou la concentration lui vient) effeuiller à loisir jusqu’à ce que l'objet de son étude disparaisse derrière un épais rideau sonore qui ondule à son tour. 

Après, c'est-à-dire en 1978. Cette fois, Eliane Radigue use d’un ARP 500 et tient sur Triptych (une commande de Robert Ashley apprend-on dans les notes de livret) à insuffler à sa musique un peu de spiritualité orientale. Résultat : trois autres grands mouvements se succèdent, aux souffles et vagues graves, aux modulations de plus en plus subversives et enfin aux lignes courbes et soniques. Tout cela est au-delà du méditatif et évidemment… Important !

Eliane Radigue : Vice Versa, etc… (Important Records / Metamkine)
Enregistrement : 1970. Edition : 2009.
CD1 : 01/ Onward 9,5 02/ Onward 19 03/ Onward 38 04/ Onward 76 – CD2 : 01/ Backward 9,5 02/ Backward 19 03/ Backward 38 04/ Backward 76

Eliane Radigue : Triptych (Important Records / Metamkine)
Enregistrement : 1978. Edition : 2009.
CD : 01-03/ Triptych
Pierre Cécile ©Le son du grisli

13 novembre 2009

Daniel Caux : Le silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe (Editions de l’éclat, 2009)

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Loin des dogmes et des poses, Daniel Caux aura travaillé sa vie durant à un œuvre d’amoureux de musique plutôt que de critique, d’honnête promoteur plutôt que de producteur intéressé. Recueil d’articles et d’interviews publiés (dans L’Art Vivant, Musique en jeu, Diapason, Art Press ou encore Le Monde) ou inédits, Le silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe atteste de l’immense tâche accomplie.

Celle d’un défricheur de première importance, donc, qui tenait à ce que d’autres aillent entendre – assuré qu’il était que ceux-là pouvaient écouter aussi bien que lui – des « Music of Changes » qui trouvèrent sous sa plume les mots assez justes pour être enfin partagées. Au nombre des sujets abordés dans le livre : John Cage, avant toutes choses, puis Minimalistes qu’il aimait appeler « répétitifs » (LaMonte Young, Terry Riley, Steve Reich, Philip Glass, Charlemagne Palestine) ; compositeurs aux intérêts divers (Cornelius Cardew ou Glenn Branca, Gavin Bryars ou John Adams) : musiciens de jazz épris de libertés (Albert Ayler, Sunny Murray, Sun Ra, Milford Graves) ; trois femmes sinon rien (Meredith Monk, Laurie Anderson, Nina Hagen) ; excentriques éternels (Alkan, Leon Thermin, Moondog) ; enfin, musiciens obnibulés par l'électronique (Luc Ferrari, Eliane Radigue, Iannis Xenakis).

La liste est bien sûr incomplète, et il faudra au lecteur de la chronique, s’il veut la compléter, aller voir dans le livre et le disque qui l’accompagne – émission de l’Atelier de Création Radiophonique tirant le portrait de Daniel Caux sous forme d’abécédaire. Là, entendre celui-ci défendre encore Oum Kalsoum ou Urban Sax et s’interroger en compagnie de Luc Ferrari sur la nature oubliée d’un son enregistré, tous deux laissant entendre ici leur plaisir évident. Indispensable.

Daniel Caux : Le silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe (Editions de l’éclat / Orkhêstra International)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

27 octobre 2009

Steve Dalachinsky, Jacques Bisceglia : Reaching Into The Unknown (Rogue Art, 2009)

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Tirant son nom d’un poème de Steve Dalachinsky, Reaching Into the Unknown est un recueil essentiel et un ouvrage à part, né du rapprochement des textes de Dalachinsky et de photographies prises depuis 1964 par Jacques Bisceglia.

Si les premiers – en anglais, parce que souffrant sans doute difficilement la traduction – font se bousculer souvenirs et extrapolations littéraires, les secondes déposent plus concrètement mais avec non moins d’élégance leurs hommages concentrés. Destinataires de ceux-là : musiciens ayant tous œuvré en faveur d’une musique créative, voire audacieuse. Après les dédicaces à Billie Holiday, Lester Young ou Coleman Hawkins, défilent alors Sunny Murray (Bisceglia au Storyville en 1968, et puis l’année dernière aussi, lorsque le batteur donnait un concert en compagnie de Louie Belogenis et Michael Bisio), William Parker, Booker Ervin, Ted Curson, Archie Shepp, Grachan Moncour III, Don Cherry, Joëlle Léandre, Charles Gayle, Irène Schweizer, Jimmy Lyons, George Lewis, Cecil Taylor, David S. Ware, Muhal Richard Abrams, Frank Wright, Evan Parker, Peter Brötzmann, Charles Mingus, Mats Gustafsson, Jackie McLean, Albert Ayler, Sam Rivers, Moondog ou encore John Coltrane – l’aura imprégnée sur le noir captivant.

Cette liste, loin d’être complète, déposée ici pour révéler l’étourdissant transport déjà promis par l'épaisseur du livre : expériences différentes, lecture multiple, et une question partout : « How can I express these sounds with letters ? » Au lieu d'une réponse, des textes et des photos qui sont autant de développements d’expériences musicales singulières : sans bande-son aucune, à la fois documents et sur-créations.

Steve Dalachinsky, Jacques Bisceglia : Reaching Into The Unknown (Rogue Art)
Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

2 octobre 2009

Nisennenmondai : Destination Tokyo (Smalltown Supersound, 2009)

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Sur le front désormais bien peuplé du néo-krautrock ou de la post-no-wave, les trois Japonaises de Nisennenmondai occupent d’ores et déjà une place de choix, conquise à la force du poignet – et de l’archet.

Oui, mieux vaut prévenir d’emblée les tympans douillets : toute en brisures harmoniques et tressautements rythmiques, la musique de ces (dé)bridées demoiselles frappe et grince sans répit. Un aperçu particulièrement détonant, et convaincant, du potentiel des Nissenenmondai est offert dès le morceau d’ouverture de Destination Tokyo, leur premier album distribué en Europe par l’excellente maison norvégienne Smalltown Supersound. Irrésistible incitation à la danse et/ou à la transe, ce long coup de fouet instrumental, aux stridences électrisantes, constitue une parfaite mise à feu. Le reste de l’album est au diapason, Sayaka Himeno (batterie), Masako Takada (guitare) et Yuri Zaikawa (basse) mobilisant leurs énergies motrices avec une fougue palpable et une précision remarquable. Ainsi, canalisée au mieux, leur musique parvient-elle à dépasser ses influences (Neu, Sonic Youth, Theoretical Girls, pour citer les plus évidentes) et à gagner son indépendance – une indépendance d’une intraitable virulence. Quand, avec le morceau éponyme, s’achève Destination Tokyo, s’impose le constat d’avoir accompli un parcours sans temps mort et d’avoir découvert un groupe à suivre de très près.

Nisennenmondai : Destination Tokyo (Smalltown Supersound / Differ-ant)
Edition : 2009
CD : 01/ Souzousuru Neji 02/ Disco 03/ Miraabouru 04/ Mirrorball 05/ Destination Tokyo
Jérôme Provençal © Le son du grisli

24 septembre 2009

Joe Morris : Today on Earth (AUM Fidelity, 2009)

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Today on Earth fait suite à Beautiful Existence (Clean Feed, 2005) pour lequel Joe Morris officiait déjà en tant que guitariste aux côtés de Jim Hobbs (saxophone alto), Timo Shanko (contrebasse) et Luther Gray (batterie). Dans ce nouvel opus, le prolifique musicien (il est apparu sur plus de 20 albums depuis début 2008 !) poursuit sa recherche d’un groove lumineux et sensible. A la différence de certaines des projets où le style se fait plus expressionniste (par exemple au sein du Flow Trio), le discours se construit ici avec tranquillité et limpidité, conférant à l’album une tonalité presque classique.

Cet aspect apparemment apaisé ne signifie pas pour autant que la musique manque d’inventivité. Durant le thème d’Animal, saxophone et guitare s’entremêlent pour ne former qu’une seule ritournelle, puissante et presque liquide tant elle s’écoule naturellement. Dans Today on Earth, les intentions panthéistes du guitariste sont plus que jamais manifestes, par le titre du morceau, mais aussi et surtout par les subtiles variations de son jeu, dominant une assise rythmique mouvante. Souvent, il sait s’éclipser, laissant s’exprimer avec brio ses coreligionnaires, comme sur une bonne partie d’Observer, ballade tendue et semée d’embûches. Mais toujours, ce magnifique son clair d’une guitare maniée avec précision revient pour dominer l’ensemble sans se forcer.


Joe Morris, Animal (extrait). Courtesy of AUM Fidelity.

Joe Morris Quartet : Today on Earth (Aum Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 17 juin 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Backbone 02/ Animal 03/ Today on Earth 04/ Observer 05/ Embarrassment of Riches 06/ Ashes 07/ Imaginary Solutions.
Jean Dezert © Le son du grisli

23 septembre 2009

Derek Bailey, Tony Bevan, Paul Hession, Otomo Yoshihide : Good Cop, Bad Cop (No-Fi, 2009)

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Sur Good Cop, Bad Cop, quatre musiciens différemment arrangés : Derek Bailey, Otomo Yoshihide, Tony Bevan et Paul Hession, enregistrés en 2003 à Liverpool en duos et quartette.

A quatre, l’improvisation commande à Bailey d’opposer ses interventions sur guitare au volume changeant à un drone serti de râles d’origines différentes. Plus loin, les libertés de l’association s’accordent sur un jeu de plaintes précipitées du saxophone et de larsens élaborés par Yoshihide.

Par la suite, la rencontre se réserve des duos aux conséquences diverses aussi : virulence de la réaction provoquée par la collision des cordes claires de Bailey et des mouvements frénétiques d’Hession ; écarts singuliers des trouvailles sonores de Yoshihide et des roulements du même Hession ; enfin free soutenu de Bevan contrastant avec la ligne claire prônée, une fois n’est pas coutume, par Derek Bailey. La rencontre valait d'être enregistrée.

Derek Bailey, Tony Bevan, Paul Hession, Otomo Yoshihide : Good Cop, Bad Cop (No-Fi / Metamkine)
Enregistrement : 2003. Edition : 2009.
CD : 01/ No Hiding Place / Softly Softly 02/ Morse 03/ The Bill 04/ Good Cop, Bad Cop 05/ Flying Squad
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

27 juillet 2009

Quatre têtes : Figuren (Creative Sources, 2009)

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De deux duos (Gabriela Friedli - Priska Walss / Claudia Ulla Binder - Susann Wehrli) est né Quatre têtes, quartet exclusivement féminin. De l’étrangeté de l’orchestration (deux pianos, flûte et trombone) émerge une intensité confondante. Car plutôt que de n’explorer qu’une seule piste, ce sont en multiples chercheuses de sons et de sens que se sont postées nos quatre musiciennes. Dans cette musique, se croisent l’attente et le tâtonnement, la curiosité et l’inquiétude. On y découvre des enchâssements de timbres singuliers (la grave palette de l’imposant cor des Alpes, un mélodica sorti des sentiers battus), des arithmétiques audacieuses (quartet et divers duos), des fugues et des courses-poursuites haletantes. Bruissements, glissandi, horizontalité inquiète, dialogues ludiques et affranchis s’entrecroisent sans tourment et avec une décontraction naturelle. Stabilité, classicisme des phrasés et cassures abruptes ne s’opposent nullement car on sent les quatre musiciennes durablement soudées et toujours en demande de nouvelles situations. Une réussite totale pour nos quatre têtes pensantes et si magnifiquement jouantes.

Quatre Têtes : Figuren (Creative Sources)
Enregistrement : 2006. Edition : 2009
CD : 01/ Beauty’s Biest 02/ Falmingo 03/ Lavtina 04/ Laüfer und Turn 05/ Penelope 06/ Myriapoda 07/ Voyageurs 08/ Waiting for Cary Grant 09/ Knopf und Knopfloch 10/ Anaphora
Luc Bouquet © Le son du grisli

Archives Gabriela Friedli

13 septembre 2009

Oneida : Rated O (Jagjaguwar, 2009)

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Le groupe Oneida a déjà prouvé – avec Preteen Weaponry, notamment – qu’il pouvait se montrer aussi radical que convaincant dans l'arrangement d’un rock torturé par ses propres références. Les trois disques qui forment Rated O (deuxième volet d'une trilogie baptisée Thank Your Parents) laissent pourtant entendre (ou plutôt réentendre) que les soupçons sont plus que fondés sur l’inspiration inégale de Kid Millions, Bobby Matador et Baby Hanoi Jane.

Ceci, parce que l’auditeur doit faire face sur Rated O à une suite d’exercices de style souvent poussifs : dub, pop psychédélique et toutes sortes de rock (sixties, krautrock ou encore héroïque). Grasse de nature, la mixture parvient à convaincre de très rares fois, et encore, jamais longtemps : sur la toute fin du premier disque (drone et batterie avalant un lot de guitares hurlantes qui, pour une fois, ne sont pas là pour combler les brèches compositionnelles) et la première moitié du troisième. Le temps de ces deux exceptions, Oneida renoue avec la rythmique lente, répète les motifs d’une musique envoûtante et conclut avec plus d'intelligence un projet ambitieux, qui reste malgré tout bien dispensable. 

Oneida : Rated O (Jagjaguwar / Differ-ant)
Edition : 2009.
CD1 : 01/ Brownout In Lagos 02/ What’s Up, Jackal? 03/ 10:30 at the Oasis 04/ Story of O 05/ The Human Factor - CD2 : 01/ The River 02/ I Will Haunt You 03/ The Life You Preferred 04/ Ghost in the Room 05/ Saturday 06/ It Was a Wall 08/ Luxury Travel - CD3 : 01/ O 02/ End of Time 03/ Folk Wisdom
Pierre Cécile © Le son du grisli

14 septembre 2009

Arc : The Pursuit of Happiness (Emanem, 2009)

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Remembering (Uneasy Listening) en 1992, Out of Amber (Slam) en 1993, et aujourd’hui The Pursuit of Happiness : trois CD seulement depuis 1988, année ou fut crée Arc (Sylvia Hallett : violon, Danny Kingshill : violoncelle, Gus Garside : contrebasse).

Sobres entailles, toujours en périphérie d’un noyau ferme et intact, les electronics s’invitent pour la première fois ici. Car la musique d’Arc se déploie et se déplace à partir d’un centre-cercle fédérateur. Onze centres-cercles car onze plages. Onze plages où cordes et bois observent le frottement puis s’y abandonnent. Vont alors exister onze histoires de violences et de réserves, d’obsessions et de contractions, de lenteurs et d’étirements. Les cordes seront filantes, stagnantes, troublantes. Le centre s’effacera, réapparaîtra. Le bois se raidira, demandera grâce. Tout sera alors possible : le mélange, l’attente, le surgissement, l’oubli, le dérèglement, l’affaissement. Et tout ceci existera : intensément et profondément ici.

Arc : The Pursuit of Happiness (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009
CD : 01/ Binding Light 02/ The Rite of Strings 03/ Quintessence 04/ Forgetting All Over Again 05/ Phantom Caravan 06/ Grandpa’s Box 07/ Sand Maps 08/ A Chance Occurrence 09/ The Pursuit of Happiness 10/ Dividing into One 11/ Where Rivers Meet
Luc Bouquet © Le son du grisli

Archives Sylvia Hallett

26 septembre 2009

Gato Barbieri : In Search of The Mistery (ESP, 2009)

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En 1967, Gato Barbieri  enregistrait son premier disque : In Search of The Mistery, qui atteste d’un lyrisme dont l’incandescence refusait encore l’art pompier.

En formation étrange aux côtés de Calo Scott (violoncelle), Sirone (contrebasse) et Bobby Kapp (percussions), le ténor déploie là un savoir-faire ténébreux : cinq notes pour toute ligne mélodique, le reste à l’emporte-pièce, et voici combinées In Search of the Mystery et Michelle, refrains d’insistances et digressions exubérantes servant une esthétique implacable.

Contre ces mêmes caractéristiques, la nonchalance d’Obsession No.2 et de Cinemateque ne pourra rien : Barbieri avançant là par à-coups de deux notes avant de devoir faire face à l’électricité du violoncelle de Scott. De cette confrontation, naît un discours mélodique précipité, compacté puis anéanti, qui continue pourtant aujourd’hui encore d’en démontrer. A l’endroit même où l’énigme demeure. 

Gato Barbieri : In Search of The Mistery (ESP Disk / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1967. Edition : 2009.
CD : 01/ In Search of The Mistery / Michelle 02/ Obsession No.2 / Cinemateque
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

1 septembre 2009

Paul Dunmall : Moment to Moment (Slam, 2009)

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Moment to Moment retient quatre pièces improvisées l’année dernière par Paul Dunmall en compagnie d’un jeune trio, que composent Matthew Bourne (piano et violoncelle), Dave Kane (contrebasse) et Steve Davis (batterie).

L’emportement, d’avoir ici rapidement gagné les musiciens : Bourne réservant de grands coups à son instrument tandis que Dunmall rompt avec tout repère mélodique après avoir feint de s’y attacher. La pièce donnant son nom au disque termine alors en ronde angoissée dans les dissonances sorties du piano.

La suite, de tenir dans une pièce expérimentale virant soudain au pandémonium alerte (Voluntary Expressions), la déconstruction décidée d’un commun accord par Dunmall et Bourne – le contrebassiste et le batteur ne pêchant pourtant pas par excès de réserve – (Black Sun) et puis la poignée de minutes jetée en guise de conclusion : The Face à l’archet funèbre mais au discours fluctuant et délicat. L’improvisation ouverte au dialogue ; ce-dernier : furieux pour son bien.

Paul Dunmall : Moment to Moment (Slam Production / Improjazz)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Moment to Moment 02/ Voluntary Expressions 03/ Black Sun 04/ The Face
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Archives Paul Dunmall

21 juillet 2009

Gerry Hemingway : Demon Chaser (HatOLOGY, 2009)

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Enregistré en 1993, Demon Chaser donne à entendre Gerry Hemingway en leader charismatique aux côtés de musiciens de choix : Michael Moore (saxophone alto, clarinettes), Wolter Wierbos (trombone), Ernst Reijseger (violoncelle) et Mark Dresser (contrebasse).

Avec plus d’aplomb que jamais, le batteur pousse ses partenaires dans leurs derniers retranchements, en prenant pour prétexte la défense d’un bop de fin de siècle. Alors, sur Slamadam, les grands écarts du trombone de Wierbos et de la clarinette basse de Moore rivalisent de présence avec les reliefs du morceau-titre : thème sauvage sur lequel Moore et Reijseger interviennent en voltigeurs.

Ailleurs, les atmosphères changeantes d’Holler Up (composition précieuse rattrapée par la maîtrise des musiciens), More Struttin’ With Mutton (défilé de solos remarquables sur bop straight), Buoys (seul véritable écueil, et relatif, de l’enregistrement) et, surtout, d’A Night in Tunisia : thème dissous en arrangements subtils et réformateurs, mécanique à l’équilibre fragile sans cesse sublimé par la puissance de feu des musiciens. Alignés de telle façon, ceux-là ne pouvaient faire autrement.

Gerry Hemingway : Demon Chaser (HatOLOGY / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 1993. Edition : 2009.
CD : 01/ Slamadam 02/ A Night in Tunisia 03/ Buoys 04/ Holler Up 05/ Demon Chaser 06/ More Struttin’ With Mutton
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Archives Gerry Hemingway

22 juin 2009

Ingrid Laubrock : Sleepthief (Intakt, 2008)

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La saxophoniste d’origine allemande Ingrid Laubrock intervient dans plusieurs formations (Nois4, Nein) dont un trio avec l’excellent pianiste Liam Noble (qui s’était déjà fait remarquer pour son travail avec le mythique Moondog) et le batteur Tom Rainey. Dans le livret de Sleepthief, le pianiste et compositeur anglais Steve Beresford s’interroge, en référence au titre de l’album, sur le rapport qu’entretient la musique du trio avec le sommeil. Il imagine notamment que chacun des membres du groupe est dans une phase différente d’assoupissement, rendant le fruit de leurs improvisations aussi bien intense et détendu que vague et spécifique dans le même temps. Cette capacité d’interaction, presque involontaire et qui paraît si naturelle à l’écoute, est en grande partie due à la manière dont Ingrid Laubrock a su s’entourer.

Les improvisations du trio embarquent l’auditeur dans des zones oniriques et hypnotiques où la subtilité des échanges est toujours privilégiée à la fureur d’un défrichage sonore. Tour à tour, les instruments se succèdent, s’additionnent, passent d’un registre plutôt mélodique et atmosphérique à une fonction rythmique. Si les nombreuses respirations participent à la mise en valeur des différentes propositions du discours, ce dernier ne se transforme jamais en une vaine quête abstraite. Ce disque confère au trio, dont la réputation des prestations est grandissante, une place essentielle, souvent difficile à atteindre, à la frontière du classicisme et de l’avant-garde.

Ingrid Laubrock : Sleepthief (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2007. Edition : 2008.
CD : 01/ Zugunruhe 02/ Sleepthief 03/ Oofy Twerp 04/ Never Were Not 05/ Environmental Stud 06/ The Ears have it 07/ Batchelor’s Know-how 08/ Social Cheats 09/ Amelie
Jean Dezert © Le son du grisli

6 juillet 2009

Profound Sound Trio : Opus de Life (Porter, 2009)

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Combien de concerts intenses et grandioses perdus à jamais à cause de l’absence d’enregistrement ? Combien d’enregistrements pirates gardés jalousement par quelques aficionados avisés et que nous ne découvrirons jamais ? Par chance, les micros traînaient en ce soir du 14 juin 2008 sur la petite scène new-yorkaise du Clemente Soto Velez Cultural Center. Et c’était une sacrée bonne idée que ces micros soient là !

Sur scène : Andrew Cyrille, Paul Dunmall, Henry Grimes. Inutile de faire les présentations. D’emblée, ils jouent comme si c’était la dernière fois de leur vie. Les voici dans le vif du sujet, bataillant une musique (appelez-là free jazz si ça vous chante) saisissante et torrentielle. Ce soir, ils jouent comme s’ils avaient été réduits au silence des années durant (pour Grimes, la chose n’est pas tout à fait fausse). Ce soir, ils jouent avec grandeur et insolence. Alors, à quoi bon décrire tout cela ? Voici le Britannique comme un poisson dans l’eau face aux deux vétérans de la new thing. Les voici rajeunis, mitraillant et jouant sans discontinuer. Parfois se combinent et s’enchâssent les timbres (violon et cornemuse) et c’est magnifique. Car oui, Henry Grimes est un violoniste sidérant et nous ne le savions pas.

Il n’y aura donc pas de temps mort, pas de round d’observation mais une transe irréelle et continue. S’agissait-il de leur premier concert ? On voudrait le croire tant cette musique dit le bonheur et l’euphorie des premières fois. Retrouveront-ils un tel état de grâce ? La suite au prochain numéro. 


Profound Sound Trio, This Way Please. Courtesy of Porter Records.

Profound Sound Trio : Opus de Life (Porter Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009
CD : 01/ This Way, Please 02/ Call Paul 03/ Whirligigging 04/ Beyonder 05/ Futurity
Luc Bouquet © Le son du grisli

Archives Paul Dunmall
Archives Henry Grimes
Archives Andrew Cyrille

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