Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Inscription à la newsletter du son du grisli
suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Hal Russell NRG Ensemble + Charles Tyler : Generation (Nessa, 2014)

hal russell nrg ensemble charles tyler generation

Les compositions des membres du NRG Ensemble d’Hal Russell – six titres enregistrés en 1982, augmentés de deux autres, datant de l’année précédente, sur cette réédition – ont, sur Generation, une fantaisie en commun. Une extravagance, même, que rehausse la présence de Charles Tyler.

Sans celui-ci, c’est en introduction une marche contrariée faite d’un gimmick de basse, puis de courts solos de guitare saturant et combien de saxophones (Russell, Chuck Burdelik) multipliés : une fanfare qui piétine avec panache au son d’un mélange de jazz créatif (proche de celui du World Saxophone Quartet), de funk goguenard, de folitude kitsch et, même, de no wave.

Avec Tyler, au baryton, à l’alto et à la clarinette, ce sont quatre pièces qui ramènent l’NRG dans le champ (miné) d’un jazz déroutant : marche portée par la basse de Curt Bley, grands airs de déroute voire de déconstructions, répétitions obsédantes qui font effet jusque sur les musiciens, élucubrations acoustiques (dans la trompette de Brian Sandstrom) ou électriques (dans la guitare du même). S’il faut lier le tout, Russell n’en abandonne pas moins, ici ou là, ses saxophones et sa batterie pour un cornet… C'est que, même remuante, sa facétie l’inspire.  



Hal Russell NRG Ensemble, Charles Tyler : Generation (Nessa / Orkhêstra International)
Enregistrement : 9 septembre 1982 (01-06) & 10 janvier 1981 (07-08). Réédition : 2014.
CD : 01/ Sinus Up 02/ Poodie Cut 03/ Sponge 04/ Tatwas 05/ Cascade 06/ Generation 07/ This Fence
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

William Parker : Centering (NoBusiness, 2012)

william parker centering

Lorsqu’il s’agit de célébrer le corpus enregistré de William Parker, le label NoBusiness met les formes. Hier, c’était l’édition de Commitment ; aujourd’hui, celle de Centering, coffret de six disques qui revient sur une décennie obscure (1976-1987) et reprend le nom du label que créa le contrebassiste, dont le catalogue se contenta longtemps d’une seule et unique référence : Through Acceptance of the Mistery Peace.

Dans un livre qui accompagne la rétrospective, Ed Hazell en dit long sur ces années d’associations diverses et de projets discographiques non aboutis. En guise d’illustrations, les enregistrements du coffret en démontrent autrement : antiennes sulfureuses nées d’un duo avec Daniel Carter (1980) ou d’un autre avec Charles Gayle (1987) ; premiers désirs d’ensemble transformés en compagnie d’Arthur Williams et de John Hagen (William Parker Ensemble, 1977), de Jemeel Moondoc, Daniel Carter et Roy Campbell (Big Moon Ensemble, 1979) qui aboutiront à la formation de l’immense Centering Big Band ; projets mêlant musique et chorégraphie – Patricia Nicholson, compagne de Parker, ayant aidé au rapprochement des deux arts – impliquant d’autres groupes formations : Centering Dance Music Ensemble dans lequel on remarque David S. Ware ou Denis Charles

Si les gestes manquent et si le son peut parfois être lointain, il ne reste pas moins de ces expériences de grandes pièces de free collégial : One Day Understanding sur lequel Ware invente sur motif d’Albert Ayler ; Lomahongva (Beautiful Clouds Arising) profitant de l'exhubérance de Moondoc (dont NoBusiness édita aussi l’épais Muntu), Hiroshima du lyrisme de Campbell… Ce sont aussi Lisa Sokolov et Ellen Christi qui prêtent leur voix à un théâtre musical qui peut verser dans le capharnaüm en perdition (difficile, de toujours garder la mesure ou de respecter les proportions dans pareil exercice) lorsqu’il ne bouleverse pas par la beauté de ses mystères – on pourrait voir dans Extending the Clues l’ancêtre claironnant des Gens de couleur libre de Matana Roberts. La liste des intervenants conseillait déjà l’écoute de Centering : ce qu’il contient l’oblige.

EN ECOUTE >>> Time & Period >>> Facing the Sun

William Parker : Centering. Unreleased Early Recordings 1976-1987 (NoBusiness)
Enregistrement : . 1976-1987. Edition : 2012.
CD1 : 01/ Thulin 02/ Time and Period 03/ Commitment – CD2 : 01/ Facing the Sun, One is Never the Same 02/ One Day Understanding (Variation on a Theme by Albert Ayler) 03/ Bass Interlude 04/ tapestry – CD3 : 01/ Rainbow Light 02/ Crosses (LongScarf Over Canal Street) 03/ Entrusted Spirit (Dedicated to Bilal Abdur Rahman) 04/ Angel Dance 05/ Sincerity 06/ In the Ticket – CD4 : 01/ Dedication to Kenneth Patchen 02/ Hiroshima, Part One 03/ Hiroshima, Part Two – CD5 : 01/ Ankti (Extending the Clues) 02/ Munyaovi (Cliff of the Porcupine) 03/ Palatala (Red Light of Sunrise) 04/ Lomahongva (Beautiful Clouds Arising) 05/ Tototo (Warrior Spirit Who Sings) – CD6 : 01/ Illuminese/Voice 02/ Falling Shadows 03/ Dawn/Face Still, Hands Folded
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [1] - Permalien [#]

Charles Tyler : Charles Tyler Ensemble (ESP, 2009)

charlestylerensli

Trente-cinq minutes à peine : celles sorties du premier enregistrement de Charles Tyler en leader : en 1966, pour ESP (label pour lequel il enregistra un peu plus tôt en compagnie d’Albert Ayler), aux côtés de Joel Friedman (violoncelle), Charles Moffett (vibraphone), Henry Grimes (contrebasse) et Ronald Shannon Jackson (batterie).

Trente-cinq minutes qui vont à merveille à la concentration et à la précision des musiciens. Ici, aucun lyrisme exacerbé, mais tout, plutôt, dans la miniature et la netteté des traits. Et si l’alto de Tyler rappelle celui d’Ayler l’alter-ego (sur le folk divagant de Lacy’s Out East et le thème opaque de Three Spirits), trouver la singularité dans des arrangements qui font toute confiance aux deux archets (Strange Uhuru) et le jeu répété de disparition / apparition du meneur.

La densité d’une voix dans le déploiement de quatre microcosmes au creux desquels il arrive à Charles Tyler de vociférer un peu, non pour la forme à donner à l’ensemble mais pour la relance toujours indispensable, pour que l’énergie ne s’évapore si ce n’est pour conclure : Black Mysticism pour tout exemple, cette fois. L’alto amortit chacun des soubresauts commandés par Jackson, cédant l’espace aux frénésies de Friedman puis de Grimes, avant d’hurler enfin. Rien qu’une fois, et pour en finir avec les preuves à faire.

Charles Tyler : Charles Tyler Ensemble (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1966. Réédition : 2009.
CD : 01/ Strange Uhuru 02/ Lacy’s Out East 03/ Three Spirits 04/ Black Mysticism
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Charles Tyler Ensemble: Live at Sweet Basil (Bleu Regard - 2006)

tylergrisli

Ancien partenaire d’Albert Ayler, Sun Ra ou Steve Lacy, et après avoir enregistré sous son nom pour ESP ou Silkheart, le saxophoniste Charles Tyler redonnait en concert (1984) les preuves de sa capacité à mener un ensemble. Auprès de Roy Campbell (trompette), Richard Dunbar (cor), Curtis Clark (piano), Wilber Morris (contrebasse) et John Betsch (batterie).

Malgré le passif free du saxophoniste, c’est l’ombre de Monk qui plane sur cet enregistrement – phénomène dû aux interventions de Clark, souvent, et aux trois standards signés Thelonious que le second disque donne à entendre -, qui sert, dans la plupart des cas, un swing toujours impeccable et jamais clinquant (Bemsha Swing, Life Can Be So Beautiful, Honey Dripper).

Ailleurs, c’est vers d’autres influences que Tyler revient: menant de son saxophone baryton une marche déviante ou un blues qui rappellent les postures facétieuses de l’A.A.C.M. (Surf Ravin, Lucifer Got Uptight), sonnant l’heure d’un hommage angoissé et allant crescendo qu’il adresse à un ancien partenaire (Cecil Taylor Motion), ou dérivant jusqu’à obtenir un cool jazz extirpé d’un amas de dissonances (Reflections).

En deux volumes, Live at Sweet Basil rend compte de l'adresse avec laquelle Tyler savait fondre sa pratique avant-gardiste dans une exigence d’accessibilité tenant du leitmotiv. Sans jamais transiger pour autant.

CD1: 01/ Life Can Be So Beautiful 02/ Cecil Taylor Motion 03/ Surf Ravin 04/ Lucifer Got Uptight 05/ Honeydripper - CD2: 01/Round Midnight 02/ Reflections 03/ Bemsha Swing

Charles Tyler Ensemble - Live at Sweet Basil - 2006 - Bleu Regard. Distribution Orkhêstra International.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Albert Ayler : Bells / Prophecy (ESP, 2005)

albert ayler bells prophecy

Réunis aujourd’hui sur un seul et même disque, les deux enregistrements de concerts qu’Albert Ayler concéda au label ESP dans les années 1960 reviennent sur la manière – en trio ou en quintet – qu’avait de mener la danse la figure emblématique du free jazz. Près d’un an d’intervalle, entre Prophecy et Bells.

1964, pour le premier. En compagnie de Sunny Murray et de Gary Peacock, Ayler répète des thèmes, qu’il fait ensuite fondre pour mieux les déformer (Spirits). Passant d’aigus arrachés en vol aux rauques qu’il impose, il oscille sans cesse d’un fortissimo non négociable à une discrétion programmée (Wizard), distribuant toujours autrement un vibrato fait signature. Sur Prophecy figurent deux versions de Ghosts, morceau étendard dans lequel le compositeur voyait un refrain, populaire et personnel, écrit expressément pour subir toutes les perversions. Débordants d’allégresse avant que le trio décide d’aller explorer les caves, Ghosts, first variation profite des élans indomptables de Murray, quand Ghosts, second variation se range du côté de Peacock, dont les impulsions et les résistances règlent rapidement leur compte aux tensions.

1965, cette fois. Devant l’assistance du Town Hall, Albert Ayler mène Bells, longue pièce faites de mouvements changeant au gré des velléités d’un quintet prédisposé à en découdre. Se passant le relais, les musiciens brossent à contresens les refrains entendus. Sur le battement incisif de Murray, on assène un chaos magistral avant d’imposer à l’unisson des rengaines expiatrices. Si la contrebasse de Lewis Worrell souffre de la comparaison avec celle de Peacock, on trouve un réconfort dans le phrasé de Donald Ayler. En parallèle à l’alto de Charles Tyler, ou en évolution indépendante, les figures libres du trompettiste surprennent et rassurent tout à la fois. Une ballade suintant l’angoisse – qui a, plus tôt, étouffé un jazz folk martial – se fait soudain torrent. Et Ayler de partir, comme souvent, à la recherche de la source, qui apaisera les découvreurs exténués.

Albert Ayler : Bells / Prophecy (ESP-Disk / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1965-1966. Réédition : 2005.
CD : 01/ Spirits 02/ Wizard 03/ Ghosts, first variation 04/ Prophecy 05/ Ghosts, second variation 06/ Bells
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

>