Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz Expéditives (Rééditions) : Eric Dolphy, Byron Allen, Ornette Coleman, Albert Ayler, Olive Lake, John Carter, Bobby Bratford

jazz expéditives rééditions en trois lignes guillaume belhomme

miles davis digMiles Davis : Dig (Prestige, LP, 2014)
Maintes fois réédité (parfois sous le nom de Diggin’ With the Miles Davis Sextet), voici Dig une autre fois pressé en vinyle. Le 5 octobre 1951 en studio – dans lequel baguenaudaient Charlie Parker et Charles Mingus –, Miles Davis enregistrait en quintette dont Sonny Rollins et Jackie McLean étaient les souffleurs. Sur Denial, Bluing ou Out of the Blue, voici le bop rehaussé par le cool encore en formation du trompettiste. L’effet sera immédiat, à en croire Grachan Moncour III : « Dig a été l’un des disques les plus populaires auprès des musiciens de jazz. »

dolphy live at the five spot 1

Eric Dolphy, Booker Little : Live at the Five Spot, Vol. 1 (Prestige, LP, 2014)
A la mi-juillet 1961, Eric Dolphy et Booker Little emmenèrent au Five Spot un quintette d’exception – présences de Mal Waldron, Richard Davis et Ed Blackwell. Des deux volumes du Live at the Five Spot consigné ensuite, seul le premier est aujourd’hui réédité sur vinyle. Incomplet, donc, mais tout de même : Fire Waltz, Bee Vamp et The Prophet. Dissonances, tensions et grands débordements réécrivent les codes du swing, et avec eux ceux du jazz.

byron allen trioByron Allen : The Byron Allen Trio (ESP-Disk, CD, 2013)
Sur le conseil d’Ornette Coleman, ESP-Disk enregistra le saxophoniste alto Byron Allen. Sous l’influence du même Coleman (hauteur, brisures, goût certain pour l’archet), Allen emmena donc en 1964 un trio dans lequel prenaient place Maceo GilChrist (contrebasse) et Ted Robinson (batterie). Le free jazz est ici brut et – étonnamment – flottant, après lequel Allen gardera le silence jusqu’en 1979 – pour donner dans un genre moins abrasif, et même : plus pompier (Interface).

ornette coleman golden circleOrnette Coleman : Live at the Golden Circle, Volume 1 (Blue Note, LP, 2014)
Pour son soixante-quinzième anniversaire, Blue Note rééditera tout au long de l’année quelques-unes de ses références sur vinyle – reconnaissons que le travail est soigné*. Parmi celles-ci, trouver le premier des deux volumes de Live at the Golden Circle : Coleman, David Izenzon et Charles Moffett enregistrés à Stockholm en 1965. La valse contrariée d’European Echoes et le blues défait de Dawn redisent la place à part que l’altiste sut se faire au creux d’un catalogue « varié ».

albert ayler lörrach paris 1966Albert Ayler : Lörrach, Paris 1966 (HatOLOGY, CD, 2013)
Ainsi HatOLOGY réédite-t-il d’Albert Ayler ces deux concerts donnés en Allemagne et en France en 1966 qu’il coupla jadis. Le 7 novembre à Lörrach, le 13 à Paris (Salle Pleyel), le saxophoniste emmenait une formation rare que composaient, avec lui et son frère Donald, le violoniste Michel Sampson, le contrebassiste William Folwell et le batteur Beaver Harris. Bells, Prophet, Spirits Rejoice, Ghosts… tous hymnes depuis devenus standards d’un genre particulier, de ceux qui invectivent et qui marquent.

oliver lake complete

Oliver Lake : The Complete Remastered Recordings on Black Saint and Soul Note (CAM Jazz, CD, 2013)
Désormais en boîte : sept disques enregistrés pour Black Saint par Oliver Lake entre 1976 et 1997. Passés les exercices d’étrange fusion (Holding Together, avec Michael Gregory Jackson) ou de post-bop stérile (Expandable Language, avec Geri Allen ; Edge-Ing avec Reggie Workman et Andrew Cyrille), restent deux hommages à Dolphy (Dedicated to Dolphy et, surtout, Prophet) et un concert donné à la Knitting Factory en duo avec Borah Bergman (A New Organization). Alors, la sonorité de Lake trouve le fond qui va à sa forme singulière.

john carter bobby bradford tandemBobby Bradford, John Carter : Tandem (Remastered) (Emanem, CD, 2014)
Emanem a préféré na pas choisir entre Tandem 1 et Tandem 2. En conséquence, voici, « remasterisés », les extraits de concerts donnés par le duo John Carter / Bobby Bradford en 1979 à Los Angeles et 1982 à Worcester désormais réunis sous une même enveloppe. Dans un même élan (au pas, au trot, au galop), clarinette et cornet élaborent en funambules leurs propres blues, folklore et musique contemporaine, quand les solos imaginent d’autres échappées encore. Tandem est en conséquence indispensable. 

blue note 75* Dans la masse de rééditions promises pas Blue Note, quelques incontournables : Genius of Modern Music de Thelonious Monk, Black Fire d'Andrew Hill, Unit Structures de Cecil Taylor, Complete Communion de Don Cherry, Out to Lunch d'Eric Dolphy, Blue Train de John Coltrane, Spring de Tony Williams ou encore Let Freedom Ring de Jackie McLean.

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Charles Tyler : Charles Tyler Ensemble (ESP, 2009)

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Trente-cinq minutes à peine : celles sorties du premier enregistrement de Charles Tyler en leader : en 1966, pour ESP (label pour lequel il enregistra un peu plus tôt en compagnie d’Albert Ayler), aux côtés de Joel Friedman (violoncelle), Charles Moffett (vibraphone), Henry Grimes (contrebasse) et Ronald Shannon Jackson (batterie).

Trente-cinq minutes qui vont à merveille à la concentration et à la précision des musiciens. Ici, aucun lyrisme exacerbé, mais tout, plutôt, dans la miniature et la netteté des traits. Et si l’alto de Tyler rappelle celui d’Ayler l’alter-ego (sur le folk divagant de Lacy’s Out East et le thème opaque de Three Spirits), trouver la singularité dans des arrangements qui font toute confiance aux deux archets (Strange Uhuru) et le jeu répété de disparition / apparition du meneur.

La densité d’une voix dans le déploiement de quatre microcosmes au creux desquels il arrive à Charles Tyler de vociférer un peu, non pour la forme à donner à l’ensemble mais pour la relance toujours indispensable, pour que l’énergie ne s’évapore si ce n’est pour conclure : Black Mysticism pour tout exemple, cette fois. L’alto amortit chacun des soubresauts commandés par Jackson, cédant l’espace aux frénésies de Friedman puis de Grimes, avant d’hurler enfin. Rien qu’une fois, et pour en finir avec les preuves à faire.

Charles Tyler : Charles Tyler Ensemble (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1966. Réédition : 2009.
CD : 01/ Strange Uhuru 02/ Lacy’s Out East 03/ Three Spirits 04/ Black Mysticism
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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