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Le son du grisli
10 octobre 2013

Yannick Franck, Craig Hilton : Flowers for L.P. (Idiosyncratics, 2013)

yannick franck craig hilton flowers for l

Militant passionné de la scène electronica, Yannick Franck trouve ici en Craig Hilton un partenaire au niveau de ses habituelles et variées collaborations. Premier effort de la paire belgo-américaine, Flowers For L.P. débute sur des atmosphères menaçantes, qui se rapprocheraient d’un Marsen Jules métamorphosant Svarte Greiner, avant de glisser lentement vers une esplanade post-métallique où règnent les fantômes de Jefre Cantu-Ledesma ou Gilles Aubry.

Chemin faisant, le ton s’évapore, on rêve du fantôme de Geneviève Menace Ruine Beaulieu qui viendrait poser sa voix d’outre-tombe, avant qu’un tourbillon post-industriel n’emporte un fantôme de Stephan Mathieu. Corsée, l’affaire.

EN ECOUTE >>> Flowers for L.P. (extrait)

Yannick Franck, Craig Hilton : Flowers For L.P. (Idiosyncratics)
Edition : 2013.
CD : 01/ Flowers For L.P.
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

9 octobre 2013

Bertrand Denzler, John Edwards, Eddie Prévost : All-in-All (Matchless, 2013)

bertrand denzler john edwards eddie prévost all-in-all

C'est un claquement de fouet qui lance cette quatrième joute renvoyant à l'épreuve improvisée Eddie Prévost et un saxophoniste de taille. Associé à John Edwards (comme ce fut le cas en présence d’Evan Parker sur le premier des Meetings with Remarkable Saxophonists), le batteur a donc, de 12 décembre 2011, convié Bertrand Denzler à prendre le relais de Parker, Butcher et Yarde, dans sa série de concerts de têtes.  

Au ténor – qu’il sera parfois à deux doigts de changer en soprano –, Denzler impose à ses hôtes répétitions, redites voire retours sur phrase à peine formulée. Dans la réserve, il envisage des trajectoires difficiles qu’il a raison de vouloir suivre : à pas comptés, n’y découvre-t-il pas des sonorités flattant son goût de la variation et de la métamorphose ? Plus loin, Edwards renchérit d’un gimmick qui invite ses partenaires à un emportement qui ne tarde pas à renverser la rencontre.

Retourné aux graves, Denzler progresse alors par à-coups rapides, développe un discours dont chaque phrase est nourrie de celle qui l’a précédée, porté par un archet en sous-main et des tambours et cymbales aux éclats tranchants : qui plus est, sous les effets d’un équilibre rare que le trio aura trouvé entre recherches vigilantes et grandioses bordées.  

Bertrand Denzler, John Edwards, Eddie Prévost : All-in-All [en tout et pour tout] (Matchless Recordings / Metamkine)
Enregistrement : 12 décembre 2011. Edition : 2013.
01/ All-in-All (en tout et pour tout) – Part 1 02/ All-in-All (en tout et pour tout) – Part 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

21 octobre 2013

Adam Lane : Absolute Horizon (NoBusiness, 2013)

adam lane absolute horizon

Improvisant sans canevas mais se réfugiant très vite en blues sommaire (Absolute Horizon), Adam Lane, Darius Jones et Vijay Anderson ne laissent rien deviner des pépites qui vont suivre. Le blues, le jazz, ils y reviendront le temps d’un dernier soupir (Light) en fin de disque. A cette occasion, l’altiste sera dolphyen, intrépide, assidu.

Entre les deux, vont se délier quelques jungles hostiles. Chauffé à blanc, le trio va électriser le spasme, tenir les zones de turbulences en haute estime. Et surtout faire du terrain vague une aire de jeu sans (peu de) limites. Veines saillantes, aiguisant les aigus comme d’autres lacèrent la chair de leur scalpel, ils trouvent à la convulsion sa juste justification. Tout se trouve, tout se résout, tout se densifie, et cela, sans passer par l’usure des codes courants. Et ceux qui douteraient encore de la singularité du jeu de Darius Jones n’auront d’autre choix que se rendre à l’évidence : les promesses n’en sont plus, le chemin est trouvé. Et de quelle manière !

EN ECOUTE >>> Run to Infinity >>> Absolute Horizon

Adam Lane Trio : Absolute Horizon (NoBusiness Records)
Enregistrement : 2010. Edition : 2013.
CD / LP : 01/ Absolute Horizon 02/ Stars 03/ The Great Glass Elevator 04/ Run to Infinity 05/ Apparent Horizon 06/ Bioluminiscence 07/ Light
Luc Bouquet © Le son du grisli

25 septembre 2013

Anla Courtis, Jean D.L. : The Light Burns Ghosts (MNÓAD, 2012)

anla courtis jean dl the light burns ghosts

On ne sait jamais vraiment ce qu’Anla Courtis ramènera d’une nouvelle exploration et c’est peu dire quand il collabore et quand cette collaboration se fait avec un musicien inconnu de nous (de moi), ici : JEAN D.L.

Longue collaboration pourtant, s’il faut en croire les dates entre lesquelles s’est construit The Light Burns Ghosts (2005-2012). Dans quelle base sous-marine désaffectée le duo est-il allé enregistrer ? Ca souffle de partout, les basses vous environnent, les bruits de métaux vous (m’) arrivent en rafales et tout demande que l’on se calme, et même définitivement. C’est ce qu’Anla Courtis et Jean D.L. finissent par faire au bout de vingt minutes qui documentent sept années de leur belle collaboration.

Anla Courtis, Jean D.L. : The Light Burns Ghosts (MNÓAD)
Enregistrement : 2005-2012. Edition : 2012.
DL : The Light Burns Ghosts
Pierre Cécile © Le son du grisli

2 septembre 2013

Sylvie Courvoisier, Mark Feldman : Live at Théâtre Vidy-Lausanne (Intakt, 2013)

sylvie courvoisier mark feldman live at thépatre vidy-lausanne

A distance ou en proximité, véloces ou en suspens, Sylvie Courvoisier et Mark Feldman regorgent d’éclairs fougueux ou réfléchis. Il y a chez eux des fracas de tendresse, des mélodies qui collent aux oreilles. Il y a Bartok et Fauré qui passent par là. Il y a ce jazz démonté qui pointe un peu son swing. Il y a de l’agilité tzigane dans le jeu du violoniste. Il y a de l’inquiétude grandissante dans les graves de la pianiste.

Il y a deux musiciens passant de l’intime au drame. Deux musiciens connaissant le sens des résonnances et des raclements soniques. Il y a des heures de travail et de concentration. Il y a cette tendresse affirmée, cette justesse du dire qui ne peut que nous éblouir. Et puis il y a, bien sûr, cette complicité essentielle sans quoi rien ne serait possible.

Sylvie Courvoisier, Mark Feldman : Live at Théâtre Vidy-Lausanne (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Five Senses of Keen 02/ For Alice 03/ Orpheus and Eurydice 04/ Pindar 05/ Melpomene 06// Simonides 07/ Calliope  
Luc Bouquet © Le son du grisli

28 août 2013

John Butcher, Thomas Lehn, John Tilbury : Exta (Fataka, 2013)

john butcher thomas lehn john tilbury exta

Le titre de l'enregistrement (comme les intitulés de ses cinq improvisations) a beau annoncer des entrailles tirées de quelque cérémonie antique, la photo de pochette promettre des viscères pendus sur crocs, le beau sang de bœuf du disque préparer à l'hémoglobine, l'audition de cette heure de musique (extraite d'une séance de studio en juin 2012) ne révèle aucun étal de tripier...

C'est pourtant à l'écoute d'un organisme – celui que forment et sondent John Butcher (saxophones ténor & soprano), Thomas Lehn (synthétiseurs) et John Tilbury (piano) – dans sa temporalité propre, sa pénombre, son mystère, qu'il faut se placer : un pouls insensible, des villosités parcourues de fines ondes électriques, des cavités qu'ouvre le synthétiseur échographe.

Inédite, l'association de ces trois musiciens qui se sont indépendamment fréquentés dans AMM, MIMEO, Thermal ou le Cortet de Fuhler, installe chacun au plus discret, dans une suspension qui agit comme une force d'attraction sur l'auditeur ; frôlant parfois une sorte de torpeur hypnotique, penché sur les humeurs et rumeurs de ce corps, l'exercice est d'une absorbante splendeur.

EN ECOUTE >>> Pulmo II

John Butcher, Thomas Lehn, John Tilbury : Exta (Fataka)
Enregistrement : juin 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Pulmo I 02/ Cor 03/ Pulmo II 04/ Iecur 05/ Fel
Guillaume Tarche © Le son du grisli

meteoJohn Tilbury se produira ce jeudi 29 août à Mulhouse, en compagnie d'Isabelle Duthoit, Keiji Haino et Franz Hautzinger. Deux jours plus tard, dans la même ville, John Butcher apparaîtra seul à la Friche DMC. Dans les deux cas, le cadre sera le même, qui a pour nom Météo.

1 juin 2013

Jeffrey Hayden Shurdut : Imaginary Control Systems (JaZt Tapes, 2011)

jeffrey hayden shurdut imaginary control systems

Oublier la médiocre prise de son de cet enregistrement (c’est le lot de toute la série JaZt Tapes) ne demande pas trop de difficultés tant la musique proposée ici possède suffisamment d’intérêt et d’atouts pour que l’oreille n’en retienne que l’essentiel. L’essentiel se joue en cette journée de juin 2007 : Jeffrey Hayden Shurdut (piano et synthétiseur), Luther Thomas (saxophone alto) et Lukas Ligeti (batterie) improvisent. Un appareil enregistreur, sans doute miniature, capte les improvisations du trio.

Le pianiste propose des pistes harmoniques. Le saxophoniste hausse le ton et regroupe ses multi-zébrures. Le batteur n’arrive pas toujours à canaliser ses frappes sèches. Ici, on ne fait que bifurquer, changer de direction. On propose, on accepte ou on rejette. Le trio est dans l’errance, dans l’irrésolu, dans l’aléatoire. On change de piste. On passe d’un clair-obscur (Science) au plus tonitruant des séismes (Love). On invente d’improbables mélodies ou on en emprunte de très vieilles. Et surtout : on ne s’interdit rien. Ne rien s’interdire : possible définition de l’essentiel ?

Jeffrey Hayden Shurdut : Imaginary Control Systems (JaZt Tapes)
Enregistrement : 2007. Edition : 2011.
CD : 01/ Religion 02/ Science 03/ Love
Luc Bouquet © Le son du grisli

27 mai 2013

Nicola Lancerotti : Skin (dEN, 2013)

nicola lancerotti skin

Au fil du disque, les choses se précisent : indéniablement, beaucoup de choses descendent ici d’une certaine West Coast californienne. La nonchalance des souffles (Daniele Martini, Jordi Grognard), la largesse des tempos (Nelide Bandello), une contrebasse douce (Nicola Lancerotti) : nous sommes en terrain familier.

Plus beaux parleurs que beau hurleurs, les saxophonistes précisent leurs placements : dans l’enchevêtrement des lignes, en unisson consonants ou greffant – sans griffer – leurs bavardages aux sillages d’une douillette batterie. Pas plus les riffs que les contrepoints ne surchargent le cercle et l’étincelle que l’on voudrait voir éclore joue continuellement à l’arlésienne. Certes, ils savent éviter la préciosité mais le risque est grand de n’être qu’un de plus au milieu des autres. Parfois, l’écueil est évité et la magie opère. Moments rares et précieux que l’on se doit de signaler et de féliciter ici.

EN ECOUTE >>> Faking East

Nicola Lancerotti Quartet : Skin (dEN)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Quartet 02/ Faking East 03/ T.T.F.K.A.C. 04/ Trio 05/ Why? 06/ La quiete prima della tempesta 07/ Quartet III 08/ A Walk Before Dawn 09/ Duo 10/ Formiche notturne 11/ Quartet IV
Luc Bouquet © Le son du grisli

21 mai 2013

Barbara Romen, Kai Fagaschinski, Gunter Schneider : Here Comes the Sun (Mikroton, 2012)

barbara romen kai fagaschinski gunter schneider here comes the sun

Premier disque d'une association qui, depuis 2006, met en commun l'intérêt que Barbara Romen (hammered dulcimer), Gunter Schneider (guitares) et Kai Fagaschinski (clarinette), trouvent à la recherche de sons inusuels, Here Comes the Sun donne à entendre un couple de Viennois inquiet de musique contemporaine autant que d'Echtzeitmusik – collaborations avec Burkhard StanglChristof Kurzmann – et l'un de ses plus brillants fureteurs.

Leur démarche est lente, bien sûr, mais les premiers reliefs, bien qu'ajourés, ne sont-ils pas considérables ? Propice à la contemplation, l'air ambiant fait naître quelques questions : Sun Ra, par exemple, n'aurait-il pas trouvé chez Romen et Schneider d'autres Strange Strings que les siennes ? Pincées ou délicatement agacées, en appelant à l'arpège s'il accepte d'être court, rétablissant d'un grave ou d'un feedback l'équilibre menacé, toutes ont ici leur place, et même leur rôle.

Quant à Fagaschinski : sa première ascension n'était-elle pas un message adressé à ses deux partenaires : qu'ils quittent donc le champ de la rumeur et rejoignent, à force de flux et de reflux, le domaine de l'affirmation ! Alors, voici le dulcimer changé en soufflerie et la guitare accusant quelques coups, double transformation dont les conséquences feront le pouls de l'enregistrement... Et le soleil fut.

EN ECOUTE >>> Here Comes the Sun (extraits)

Barbara Romen, Kai Fagaschinski, Gunter Schneider : Here Comes the Sun (Mikroton)
Enregistrement : 31 mai 2008. Edition : 2012.
CD : 01/ Who's There ? 02/ Feelings Without End 03/ Dazed and Diffused 04/ The Last Words 05/ At the End Of the Tunnel There Is Always A Lie 06/ Plainchant and Goodbye
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

kai ic

30 mai 2013 : C'est avec Chris Abrahams, sous le nom de The Dogmatics, que Kai Fagaschinski donnera un concert aux Instants Chavirés.

26 avril 2013

Mythic Birds : The Name by Wich the World Knows Them (Peira, 2012)

mythic birds the name by which

Le plus souvent animés, pour ne pas dire passionnels, les débats mettant en scène les clarinettes de Keefe Jackson, Jeff Kimmel, Jason Stein et les synthétiseurs modulaires de Brian Labycz ne s’embarrassent d’aucun à priori.

Ici et là, les clarinettes caquettent, prennent ombrage, embrouillent le cercle, s’embourbent dans une dialogue de sourds que ne pourra délivrer que la plus haute perchée. Ailleurs, tout en croisant le même fer, elles s’adonnent à de douces mélodies, égrenant avec exubérance quelque phrasé enroulé. Dans cet entresol grouillant, le synthétiseur, après avoir contrefait le souffle de ses amies, convie bruissements et cliquetis. Plus tard, se fait zigzag et abandonne aux orties ses envies aquatiques. Et encombre de ses extravagances les plages de silence commanditées par les clarinettistes. Mais, jamais, ne parvient à troubler l’idéale fusion de nos trois libres souffleurs.

Mythic Birds : The Name by Wich the World Knows Them (Peira)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD / DL : 01/ Without a Common Memory 02/ Forbidden Generosity 03/ Let Go of the Long Tone 04/ Dissimulation 05/ The Name by Which the World Knows Them Is Not the One They Themselves Utter 06/ Realms of Dream and Intoxication
Luc Bouquet © Le son du grisli

18 avril 2013

Pali Meursault : Offset (Doubtful Sounds, 2013)

pali meursault offset

S’agit-il pour Pali Meursault de faire musique avec du concret – rotatives des imprimeries Cédigraphe (Bresson) et Laville (Paris) – datant ? Aux lecteurs pointilleux ou inquiets, le projet sera expliqué ici, et encore .

Capturé, le rythme des machines est aussi contrarié sans cesse. Et la musique à naître de l’opération (bruits de rouages que l’on tord, cadences en décalage et sirènes essoufflées) intéresse au-delà des couleurs qu’elle crache. C’est que les découpes que l’artiste a pratiquées dans ses enregistrements les compliquent et les rehaussent dans le même temps. Lourdes choses en perpétuel mouvement, les instruments de Pali Meursault l’obligeaient à faire du neuf à coups de vieux : chose faite et bien faite, au point qu’au terme de leurs efforts, elles suffoquent dans un dernier acte d’épatante dramatisation.

EN ECOUTE >>> Cycle 2

Pali Meursault : Offset (Doubtful Sounds)
Edition : 2013.
LP : A/ 01/ Cycle 1 02/ Cycle 2 03/ Cycle 3 04/ Cycle 4 05/ Cycle 5 – B/ 01/ Flux 1 02/ Flux 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

17 avril 2013

Ghost Time : Ghost Time (Hinterzimmer, 2012)

ghost time hinterzimmer

Fans de la structure bernoise Hinterzimmer et de Stefan Joel Weisser, alias z’ev ? Réjouissez-vous : voici Ghost Time de Ghost Time (où le vétéran américain forme un trio aux côtés d’un autre ancien, le percussionniste (et chanteur) écossais Ken Hyder, et du trompettiste Andy Knight.

Autant le dire tout de suite, si vous avez peur du noir, les quatre plages de ce disque ne sont pas faites pour vous, tant son ambient d’outre-tombe semble avoir traversé toutes les forêts hantées de la planète. Non que l’écoute manque d’intérêt, c’est même carrément l’inverse, mais on ressort de cette quadruple traversée le visage pâle et les yeux explosés d’angoisse. Au minimum.

Ghost Time : Ghost Time (Hinterzimmer Records)
Edition : 2012
CD : 1/ Pastly 2/ Another 3/ Faint 4/ Glimpse
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

3 avril 2013

Max Johnson : Quartet (Not Two, 2012)

max johnson quartet

Six compositions de Max Johnson font le matériau du premier enregistrement du contrebassiste : Quartet. Dans la formation qu’il y emmène, trouver Steve Swell (trombone), Mark Whitecage (saxophone alto et clarinette) et Tyshawn Sorey (batterie) – tous partenaires rassurants lorsqu’il s’agit d’improviser un peu au sein de structures mouvantes.

Ainsi la verve roublarde de Swell guide-t-elle Elephant March, morceau de jazz pétri de soul autant qu’Iset-Ra le sera de candeur exotique – l’alto de Whitecage rappelant les expériences ambigües de Dolphy auprès du Latin Jazz Quintet – quand les changements d’allure de Sorey (moins « agaçant » qu’à l’ordinaire) se chargeront de remodeler sans cesse les expérimentations et excentricités des solistes sur 60-66.

C’est alors Lost & Found et Atonement qui disent, davantage encore, la singularité de Johnson : respectivement au son d’un archet qui s’exprime dans la convulsion et sur l’air d’un joli thème rappelant l’art of the song de Charlie Haden et qu’emporte lentement la clarinette de Whitecage. Voilà de quoi retourne ce Quartet engageant.

Max Johnson : Quartet (Not Two / Products from Poland)
Edition : 2012.
CD : 01/ Elephant March 02/ Lost & Found (for Henry Grimes) 03/ Disharmony in 5 Notes of Less 04/ 60-66 05/ Atonement 06/ Iset-Ra
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

13 mars 2013

Jason Yarde, Oli Hayhurst, Eddie Prévost : All Together (Matchless, 2012)

all together jason yarde eddie prévost oli hayhurst

Après Evan Parker et John Butcher, Jason Yarde – récemment entendu dans l’Unit de Louis Moholo – est donc le troisième « saxophoniste remarquable » à apparaître auprès d’Eddie Prévost dans cette série de Meetings passés sur disques baptisés All…

All Together, cette fois, enregistrée le 7 août 2011 au Network Theatre de Londres. A l’alto et au soprano, Yarde improvise sur le conseil d’un percussionniste provocant et avec le soutien d’Oli Hayhurst, contrebassiste autrement motivant – dans les façons qu’il a, par exemple, de rassurer sur motifs courts. C’est d’ailleurs les contrastes décidés par la paire rythmique (contrebasse appliquée et percussions de subtile licence quand elles ne donnent pas dans une frappe autoritaire) qui invitent Yarde à varier son jeu.

D’un swing amateur de répétitions – sur la seconde plage, le soprano redit ainsi une simple phrase jusqu’à ce qu’elle perde tout sens commun – en saillies ouvertes, le saxophoniste voit le jazz qu’il sert habituellement lui échapper un peu pour profiter d’une vigueur torve. Dans le kit et les usages de Prévost, on trouve en effet de quoi faire confondre toute habitude : alors Yarde fait maintenant œuvre de contorsion et s’interroge avec Eddie Prévost : existe-t-il une bonne manière de jouer le jazz ?

Jason Yarde, Oli Hayhurst, Eddie Prévost : All Together (Matchless Recordings / Metamkine)
Enregistrement : 7 août 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ All Together – Part 1 02/ All Together – Part 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

12 mars 2013

Mikkel Mark Trio Featuring Luther Thomas (JaZt TAPES, 2012)

mikkel mark featuring luther thomas

Soit Mikkel Mark, Guffi Pallesen, Kresten Osgood et Luther Thomas aux prises avec Straight Not Chaser, Groovin’ High, All Blues, Equinox, Misty et Tenor Madness.

Soit un happy gig pour reprendre l’expression du producteur Jan Ström (Ayler Records). Soit un concert (1er décembre 2007, Christiana Jazz Club, Copenhague) où le jazz ne veut pas se taire. Soit Luther Thomas et sa manière si dolphienne de torsader le phrasé. Soit Misty, possible petite sœur du grand Albert et de son immortel Summertime. Soit un concert et son lot d’aléatoire, de ratés et d’extravagances. Soit des tempos s’éteignant et d’autres se doublant. Soit un saxophoniste, parfois cavalier seul mais toujours impeccable dans son placement. Soit le jazz, tout simplement.

Mikkel Mark Trio : Featuring Luther Thomas (JaZt Tapes)
Enregistrement : 2007. Edition : 2012.
CD-R : 01/ Straight No Chaser 02/ Groovin’ High 03/ All Blues 04/ Equinox 05/ Misty 06/ Tenor Madness
Luc Bouquet © Le son du grisli

18 février 2013

Samuel Blaser : As the Sea (HatOLOGY, 2013)

samuel blaser as the sea

Ce que propose le quartet de Samuel Blaser n’est pas rien. Car si le but est de faire du présent une collecte des possibles, le pari est, ici, tenu haut la main.

Soit ne rien oublier de ce qui a nourri l’imaginaire du tromboniste, puis l’envisager, aujourd’hui, autour d’un axe collectif et partageur. Ainsi, quelques zestes du Miles électrique, de vrais morceaux de rock sonique et de jazz engagé viennent se glisser dans la partition de Blaser. De la merveilleuse polyrythmie de Gerald Cleaver en passant par les stries profondes de Marc Ducret ou le jeu pendulaire de Bänz Oester – et s’y rajoutant une parfaite maîtrise des crescendos et des déchaînements –, émerge une musique sans autre calcul que celui d’un partage généreux et, ici, densément accompli.

Samuel Blaser : As the Sea (Hatology / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/As the Sea, Part 1 02/ As the Sea, Part 2 03/ As the Sea, Part 3 04/ As the Sea, Part 4
Luc Bouquet © Le son du grisli

8 février 2013

Alexander von Schlippenbach : Plays Monk (Intakt, 2012)

schlippenbach plays monk

S'il a rendu un immense hommage au pianiste sur Monk's Casino, Alexander von Schlippenbach n'en a pas fini avec Thelonious Monk : au son d’un Bösendorfer (dont il aime l’empreinte autant peut-être qu’Aki Takase, autre grande admiratrice de Monk) et sur une sélection de classiques dans laquelle il glisse huit interludes de sa composition, il y revient donc.

Enregistré les 22 et 23 novembre 2011, Plays Monk convoque Reverence, Epistrophy, Brilliant Corners ou Pannonica. S’il est impossible de rivaliser avec Monk sur son propre terrain – c'est-à-dire sur son répertoire –, Schlippenbach soigne ses variations au gré de caprices évasifs, subits, accrocheurs voire accidentés, ou même vicieux (le vice en question poussé jusqu’à charger par exemple l’allure défaite de Reflections). Schlippenbach s’en tire d’ailleurs le mieux lorsqu’il s’inspire du tempérament de Monk davantage qu’il n’interprète ses partitions : sur Coming on the Hudson ou Introspection, allant là jusqu’à garder du thème la peau seule et les os pour s’en faire un habit – costume et chapeau noir – sur mesure.

Alexander von Schlippenbach : Plays Monk (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 22 et 23 novembre 2011. Edition : 2012
CD : 01/ Reverence 02/ Work 03/ Interlude I 04/ Locomotive 05/ Introspection I 06/ Introspection II 07/ Coming On The Hudson 08/ Interlude 2 09/ Epistrophy 10/ Interlude 3 11/ Reflections 12/ Interlude 4 13/ Interlude 5 14/ Brilliant Corners 15/ Interlude 6 16/ Interlude 7 17/ Pannonica 18/ Interlude 8 19/ Played Twice 20/ Epilogue
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

7 février 2013

Forma : Off/On (Spectrum Spools, 2012)

forma off on

Qui dit label Spectrum Spools dit automatiquement Kosmische Musik et qui Kosmische tendance 2012 dit inévitablement Bee Mask, auteur des deux albums de l’année dans le genre (Vaporware/Scanops et When We Were Eating Unripe Pears).

Autant le dire d’emblée, Off/On de Forma ne s’envole pas dans les mêmes galaxies, bien que sa fréquentation soit franchement agréable à l’oreille. Seulement, quelques instants, trop nombreux à mon goût, évoquent un (gloups) Daan qui se prendrait pour Johann Johansson sour perfusion Tangerine Dream vs Kraftwerk. Ca se laisse écouter, sans option d’achat.

Forma : Off/On (Spectrum Spools)
Edition : 2012
CD / LP : 01/ Off 02/ Forma 313 03/ Forma 278 04/ Forma 286B 05/ Forma 306C 06/ Mécanique 07/ Forma 339/333 08/ Forma 293 09/ Forma 358 10/ Forma 315
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

25 janvier 2013

Lea Danzeisen, Christoph Schiller : 47°13’ N 7°E (Creative Sources, 2012)

danzeisen schiller 47°13'N7°E

Zehn & Neun. Une demi-heure et un quart d’heure d’improvisation et un seul instrument, l’épinette, sous les mains expertes (quatre des huit mains du Spinettquartett du pianiste Jacques Demierre) de Lea Danzeisen et Christoph Schiller.

Comme avec Birgit Ulher (Kolk) ou Jonas Kocher (Duos 2011), Schiller fait avec Danzeisen fi de la tradition. En échange, le duo cherche dans tous tous les recoins de l’instrument qu’il pince, frotte, taquine ou étouffe. Les cordes pour ainsi dire mises au rebut, c’est la carapace, l’enveloppe ou l’âme, de l’épinette qui donne les sons qui indiquent sur la carte la place des musiciens. Quand même, il faut tendre l’oreille, être sensible aux clochettes, aux susurrements et aux crépitements des fuseaux dont certains font croire que Danzeisen et Schiller manient des feedbacks. Bien sûr il n’en est rien. A la latitude et à la longitude énoncées, ils réinventent acoustiquement, « simplement », l’épinette.

Lea Danzeisen, Christoph Schiller : 47°13’ N 7°E (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 15-17 août 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Zehn 02/ Neun
Héctor Cabrero © Le son du grisli

17 janvier 2013

Mars Williams, Kent Kessler, Paal Nilssen-Love : Boneshaker (Trost, 2012)

mars williams kent kessler paal nilssen-love boneshaker

Est-ce sa longue collaboration avec The Psychedelic Furs ou ses apparitions auprès de Ministry, Die Warzau, Massacre ou Billy Idol, qui empêchèrent Mars Williams – saxophoniste dont l’art aura, de Chicago à New York, obnubilé nombre de ses coreligionnaires (Chapelle du Souffle Fort) – d’enregistrer beaucoup sous son propre nom ? Sur disques de « jazz », on trouvera l’homme sous étiquettes Nessa (Eftsoons avec Hal Russell), Okka Disk (en Peter Brötzmann Tentet) ou Atavistic (en Vandermark Five).

C’est donc aujourd’hui le label Trost qui permet à Williams d’augmenter sa discographie personnelle : de Boneshaker, enregistré en trio avec Kent Kessler et Paal Nilssen-Love – partenaires réguliers de Ken Vandermark, rompus donc à tous emportements. En ouverture, le saxophoniste rappelle d’ailleurs What Doesn’t Kill You… au son d’une progression certes nerveuse mais qui ne s’interdit pas, quelques mesures durant, d’emprunter au swing son maintien et au hard bop son efficience.

Moins air de componction que repli vers un minimalisme qui expérimente, Beauty of Sadness fait œuvre de réflexion (Williams aux sifflements et volutes, Kessler à l’archet impressif puis aux pizzicatos tombant) et clôt une première face de contraste. La seconde, de renouer avec l’impétuosité : Sticky Wicket dont le soprano, au verbe haut, sert une inspiration télescopique (d’une phrase de Williams naît une autre phrase, et de cette autre phrase une autre phrase encore) ; Hostilities In Progress, qui révèle jusque dans son titre les enjeux du jour : comme à la parade, le trio dévale un sillon en pente, au terme duquel un dernier motif-prétexte clamera haut et fort que Mars Williams est revenu.

Mars Williams, Kent Kessler, Paal Nilssen-Love : Boneshaker (Trost / Instant Jazz)
Enregistrement : Janvier 2011. Edition : 2012.
LP : A1/ What Doesn’t Kill You A2/ Beauty of Sadness B1/ Sticky Wicket B2/ Hostilities In progress
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

3 janvier 2013

Charles Gayle : Look Up (ESP-Disk, 2012)

charles gayle look up

C’était en 1994 et l’on venait de (re)découvrir  Charles Gayle. En visite à Santa Monica et à la tête d’un trio comprenant Michael Bisio à la contrebasse et Michael Wimberly à la batterie, Gayle cristallisait ses blessures.

Crispations, crépitements et constellation de cris n’avaient de logique que l’éclatement. La beauté n’avait de choix que d’être convulsive et Gayle ne ressemblait à personne d’autre. Pas même à Ayler, Coltrane ou à Dolphy évoqués ici (Homage to Albert Ayler, In the Name of the Father, I Remember Dolphy). Et même si la clarinette basse de Gayle temporisait le brasier, le déchainement continu de Wimberly (à l’exception de quelques rares passages solos, la contrebasse de Bisio demeure inaudible) ne laissait aucune chance au répit : Gayle brisait les lignes, Gayle brisait les chaînes et la destruction était alors son domaine.

The Charles Gayle Trio : Look Up (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1994. Edition : 2012.
CD : 01/ Alpha 02/ Homage to Albert Ayler 03/ I Remember Dolphy 04/ In the Name of the Father 05/ The Book of Revelation
Luc Bouquet © Le son du grisli 2013

25 juillet 2012

Pierre Schaeffer : Le trièdre fertile (Editions Mego, 2012)

pierre schaeffer le trièdre fertile

Le trièdre fertile de Pierre Schaeffer est la première réédition de la série Recollection GRM des Editions Mego. Dans sa version intégrale, il s’agit de sept morceaux électroniques composés par l’inventeur de la musique concrète à partir de sons « de synthèse » créés par Bernard Dürr. Leurs titres sont autant d’indications sur la démarche de Schaeffer : Plutôt Dynamique, Plutôt Harmonique, Plutôt mélodique, etc.

En réécoutant plusieurs fois le disque, on s’aperçoit que ces indications sont bien respectées. Moi j’y entends des formes aux tons pastels et métalliques. Elles se répondent et interfèrent. Pour ce qui est de la théorie – que Schaeffer a toujours associé à la pratique –, voici ce que dit la présentation de l’œuvre par le label : Ce trièdre, dernière pièce de Schaeffer, fait écho au « trièdre de référence » des physiciens - celui des trois mesures fondamentales du son : fréquence, durée, intensité. A ces trois mesures correspondent d’ailleurs les signes de base du solfège traditionnel qui permettent de noter des hauteurs, des rythmes et des nuances. Il faut savoir lire, comprendre si possible, mais surtout se détacher de ce genre de notes à l’écoute. Sans quoi la subjugation n’est plus possible. Ce qui serait dommage, et même qui tomberait mal, car dans le cas présent, la musique est ... subjuguante.

Pierre Schaeffer : Le trièdre fertile (Editions Mego / Recollection GRM / Metamkine)
Enregistrement : 1975-1976. Edition : 1978. Réédition : 2012.
LP : A1/ Plutôt dynamique (Etude banale) A2/ Plutôt harmonique A3/ Plutôt mélodique A4/ Moins banal (Interlude, ou impromptu) – B1/ Toccata et Fugue B2/ Baroque (Second interlude) B3/ Strette
Héctor Cabrero © Le son du grisli

2 janvier 2013

William Fowler Collins : Tenebroso (Handmade Birds, 2012)

william fowler collins tenebroso

The Resurrections Unseen sonnait récemment le retour des morts : détrousseur de cadavres et intrigant goûtant la compagnie des ombres, William Fowler Collins révèle en Tenebroso d’autres refrains enfouis.

Passée cette ouverture qu’un piano défait transforme en supplique, le disque enchaîne les provocations – écobuage provoquant la fuite d’oiseaux hurlant, remuement d’orchestre endormis, formules d’épouvante et grand macabre frôlé… En catacombes dont les parois menacent ruine, William Fowler Collins lève des tempêtes de terre, de poussière et d’os. Les présences qu’elles signalent traînent en bandes sur des nappes de guitare et d’orgue jusqu’au moment de réclamer – dernier et terrible cri que consigne Devil – qu’on les ensevelisse une autre fois. A leur suite, le musicien s’engouffre entre soubassement et tombale. A l’auditeur, maintenant.

EN ECOUTE >>> Tenebroso (bonne année !)

William Fowler Collins : Tenebroso (Handmade Birds)
Edition : 2012.
CD : 01/ Scythe 02/ In Valleys 03/ What You Are Now We Used To Be 04/ Tapeta Lucida 05/ What We Are Now You Will Be 06/ Devil
Guillaume Belhomme © Le son du grisli 2013

30 décembre 2012

Jacques Demierre : Corps, son et geste (Mômeludies, 2012)

jacques demierre corps son et geste

Habitué des « aîtres de la langue » – demeures de la pensée non encore thématisées en signes mais dont la lucidité puissancielle, instante à tous les signes, fonde, avant tout savoir, la possibilité même du signifier. […] Seuls les poètes habitent encore les aîtres de la langue, qui sont le fond sur lequel ils bâtissent la langue à chaque fois singulière d’un poème, écrivait Henri Maldiney –, Jacques Demierre n’en a pas moins construit un livre aussi mince qu’éclairant : Corps, son et geste.

Les mots qui le composent sont extraits d’un Journal ou sinon ceux de textes réfléchis (Mouvement d’un corps, Cause et effet sur l’improvisation) qui n’expliquent pas mais abordent un « faire musical » qui va et vient entre improvisation et composition – deux pratiques se nourrissant l’une l’autre. Pas dupe des effets de manche et des impasses de la première (reprenant les réserves émises par John Cage à son propos et interrogeant la véritable liberté qu’elle laisse au musicien) et regrettant que la seconde le « coupe du réel » (l’écriture pure (…) ne m’apprend rien sur ma condition humaine), Demierre opère un retour à soi, c'est-à-dire au corps et à ses gestes : Un corps en mouvement est un lieu d’échanges entre l’improvisé et le composé, écrit-il ainsi en évoquant son installation sonore Palo de Lluvia.

Un mot peut se substituer à un autre – à l’occasion de la lecture faite par le pianiste d’A l’écoute de l’environnement de Jean-François Augoyard – ou quelques phrases écrire en filigrane une haletante Lettre à un jeune improvisateur : Jacques Demierre fait une nouvelle fois de sa musique une affaire de son autant que de verbe. Urgent, celui-ci, comme doit l’être la note – improviser, c’est renoncer à prendre son temps. Ce temps laissé pour compte, à l’auditeur-lecteur de maintenant le saisir.

Jacques Demierre : Corps, son et geste (Mômeludies / Metamkine)
Edition : 2012.
Livre : Corps, son et geste
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

31 décembre 2012

Hildegard Kleeb, Roland Dahinden : Recall Pollock (Leo, 2012)

hildegard kleeb recall pollock

Au moment où Bryan Eubanks & Catherine Lamb rendent hommage (par un disque sur le label Sacred Realism) à la peintre Agnes Martin, la pianiste Hildegard Kleeb (improvisatrice et formidable interprète de Feldman, Cage ou Wolff) & le tromboniste Roland Dahinden – on aura repéré le couple par exemple dans un projet Braxton publié par Hat – enregistrent une quinzaine d'impeccables petits formats « inspirés par Jackson Pollock »...

Sous le titre Recall Pollock, qui sonne presque comme un impératif, et derrière une pochette qui a le bon goût de ne pas reproduire la moindre toile (on se reportera au Free Jazz d'Ornette pour cela), le duo suisse se garde bien de nous faire le coup du dripping sonore ou du all-over ; en retour, le chroniqueur ne convoquera ni sound-action-painting ni vain rapprochement trans-artistique ! La musique cascade, énergique, découpée ; et si elle songe au peintre, elle ne le singe heureusement pas : elle lui adresse un salut lointain ; à distance, autonome, peut-être a-t-elle, oui, quelque chose du « souvenir », mais c'est de sa propre vivacité qu'elle tire tout son attrait et son inventivité.

EN ECOUTE >>> Recall Pollock (extrait)

Hildegard Kleeb, Roland Dahinden : Recall Pollock (Leo Records / Orkhêstra International)
Edition : 2012.
CD : 01/ Recall Pollock 1 02/ Recall Pollock 2 03/ Recall Pollock 1_2 04/ Recall Pollock 2_2 05/ Recall Pollock 3 06/ Recall Pollock 4 07/ Recall Pollock 5 08/ Recall Pollock 6 09/ Recall Pollock 3_2 10/ Recall Pollock 7 11/ Recall Pollock 8 12/ Recall Pollock 9 13/ Recall Pollock 10 14/ Recall Pollock 11
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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