Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Stephan Mathieu : The Falling Rocket (Dekorder, 2013)

stephan mathieu the falling rocket

Homme de toutes les collaborations acclamées à leur très juste valeur (Robert Hampson ou Sylvain Chauveau, pour ne citer que deux formidables réussites), Stephan Mathieu retourne à la case solo pour son premier vrai (double) LP sur Dekorder. Tel un funambule virevoltant avec grâce sur un fil quadrichromique entre Phill Niblock et Mark Rothko, l’artiste allemand déploie une palette de tons où prédominent le blanc, le gris moyen, le bleu marine et le noir.

Au-delà du geste, et nonobstant toute vaine tentative de pose onirique, l’homme ayant bien trop de goût et de savoir-faire pour se laisser aller à ces basses considérations, les sonorités brumeuses, voire angoissantes, de Mathieu contiennent nettement plus de richesses que la simple surface des choses en laisse présager. Et transpercé d’une multitude d’ambiances – où des oripeaux synthétiques tiennent un rôle essentiel – le maelstrom d’une fin des temps glisse lentement et irrémédiablement vers un au-delà tout en mystères et inquiétudes.

écoute le son du grisliStephan Mathieu
The Falling Rocket

Stephan Mathieu : The Falling Rocket (Dekorder / Schwebung)
Edition : 2013.
2LP / DL : A1/ Lacaille 8760 A2/ Keid – B1/ Gliese 229 B B2/ 55 Carcri – C1/ Deneb C2/ IK Pegasi C3/ Teide 1 – D1/ Cha 110913 D2/ Kepler-11
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Stephan Mathieu : Un coeur simple (Baskaru, 2013)

stephan mathieu un coeur simple

Un fabuleux duo avec Robert Hampson sous le nom de Main aux Editions Mego (Ablation) et une œuvre en solo inspirée du roman de Flaubert Un Cœur Simple sur Baskaru, voilà aux moins deux bonnes raisons de revenir sur le cas Stephan Mathieu en 2013. Comme il a en pris la bonne habitude, le producteur allemand développe ses soundscapes à partir de vieux instruments et de sources sonores antiques (genre 78 tours), qu’il retravaille en un continuum hanté et mélancolique.

D’un niveau très proche de son excellentissime collaboration Transcriptions (Spekk, 2009) avec Taylor Deupree – on songe aussi à Jefre Cantu-Ledesma ou The North Sea baignant dans un monde parallèle entre bonheur soupçonneux et menace larvée –, ses échos lointains de musiques médiévale et religieuse achèvent le tableau, dense et fourni.

Stephan Mathieu : Un Cœur Simple (Baskaru)
Edition : 2013.
CD : 01/ Maison 02/ Mémoire 03/ Église 04/ Port 05/ Perroquet 06/ Devenir Sourd 07/ Félicité    08/ Trace
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Stephan Mathieu, Caro Mikalef : Radioland (LINE, 2012)

stefan_mathieu_caro_mikalef_radioland

Le 11 mars 2011, Stephan Mathieu « joua » de la radio à Buenos Aires en présence d’une musicienne du pays, Caro Mikalef qui, elle, jouait de la cithare phonoharp en utilisant des e-bows.

Est-ce l’Argentine ou ma mémoire qui me joue des tours lorsque j'écoute Radioland ? Ou le drone qui parcourt lentement la pièce ? Il vient de loin, rampe, grimpe et dépose dans l’air une musique spectrale qui balance, qui retourne les meubles et les fait flotter. Après, le drone de déshabille, et les premières voix radiophoniques se glissent entre ses couches à terre.

Ce n’est qu’à ce moment que j’ai compris comment « sonnait » la radio de Stephan Mathieu. Son signal a longtemps été attendu. La cithare a empli le vide qu’elle laissait. C’est la voix de Mikalef qui m’a fait patienter. Des photos me montrent que Mathieu utilisa aussi un laptop. Curieux. Qu’importe. C’est bien Mikalef qui m’a fait patienter.

EN ECOUTE >>> Radioland (Panorámica)

Stephan Mathieu, Caro Mikalef : Radioland (Panorámica) (LINE / Metamkine)
Enregistrement : 11 mars 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Radioland
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Stephan Mathieu, Taylor Deupree : Transcriptions (Spekk, 2009)

transcripslis

Sur leur collaboration Transcriptions, Stephan Mathieu et Taylor Deupree se servent du contenu de 78 tours pour arriver par d’autres biais à peaufiner une pop qui interroge par la drôle d'ambiance qu'elle diffuse.

Au début, le duo peint des ombres vaporeuses desquelles surgiront des aigus cinglants, des voix fantomatiques, des boucles miniaturisées ou des sifflements (guitares et claviers sont les autres instruments utilisés par Mathieu et Deupree). En fond, un grain sonore qui ne brille pas par son originalité labellise – peut-être pour que l’auditeur comprenne bien – la teneur atmosphérique des choses. Sorti d’un flou sombre qui en promettait, le discours est malheureusement ensuite porté à la lumière, qui révèle son caractère fruste et durable : l'ensemble est naïf et ne cherche pas à profiter de la rencontre de deux musiciens à qui il arrive pourtant parfois d'être très inventifs. Tout avait si bien commencé…


Stephan Mathieu, Taylor DeupreeLargo (extrait). Courtesy of Spekk.

Stephan Mathieu, Taylor Deupree : Transcriptions (Spekk)
Enregistrement : 2007-2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Nocturne 02/ Largo 03/ Solitude 04/ Remain 05/ Andante 06/ Genius 07/ White Heaven 08/ Solitude of Spheres 
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Pedro Carneiro: Improbable Transgressions (SIRR - 2007)

carneisliPedro Carneiro improvise 9 pièces, les dédicace à autant d’artistes sonores à qui il commande bientôt leur réinterprétation. Deux disques, donc : le premier, fait des hommages sincères de Carneiro ; le second, des réponses triturées de leurs destinataires.

Les choix exigeants de Carneiro se portent ainsi sur des musiciens intéressés la plupart du temps par la mise au jour d’une musique électroacoustique rêvant d’architecture, souvent au son d’une ambient sophistiquée - Cristian Vogel, Stephan Mathieu, Brandon LaBelle… Sous l’effet de ses inspirateurs, voici Carneiro déployant lui aussi une musique lente et atmosphérique, portée par des référents graves (For Ralf Wehowsky) ou quelques grincements (For Ivan Franco). Ailleurs, le percussionniste peut se montrer plus provocateur, évoquant un George Antheil distribuant d’autres coups sur For Stephan Mathieu.

Baguettes et lames rangées, aux musiciens consacrés de faire leur chacun des hommages qu’on leur a adressés. Différentes, les réappropriations tiennent de la transformation du matériau brut en univers divers : monde de larsens fuyants (Termites des Convolution Brothers) ou de saturations agressives (Viaje sin maleta de Vogel), combinaisons hétéroclites (Joao Peidro Oliveira combinant sur Space Marimba les élans de Sun Ra et les préoccupations contemporaines de Carneiro ; Ralf Wehowsky imposant à son ambient industrielle un bourdon déstabilisant sur In Gespannter Erwartung) ou ratés presque inévitables (Sogno de André Sier). Au final, l’exercice, rare, s’en trouve exaltant, et le dialogue, allant et venant d’une inspiration à l’autre, rehaussé.

 

CD1 : 01/ For Brandon Labelle: corale, appena sentito 02/ For Ralf Wehowsky: ossessivo, balzato, con fantasia 03/ For Stephan Mathieu: tremolo, articolato, tumultuoso 04/ For Ivan Franco: pensierosamente, parlato 05/ For The Convolution Brothers: intuitivo, caotico – isintegrazione 06/ For João Pedro Oliveira: marcato assai, scherzo, instabile 07/ For Cristian Vogel: glissando, palpabile 08/ For Chris Brown: ostinato, meccanico, duro 09/ For André Sier: sogno, quodlibet – CD2: 01/ The Convolution Brothers: termites 02/ Ralf Wehowsky: In Gespannter Erwartung 03/ Cristian Vogel: viaje sin maleta 04/ André Sier: sogno (wool hack) 05/ Chris Brown: Fugue for Wood 06/ João Pedro Oliveira: Space Marimba 07/ Brandon LaBelle: supplement 08/ Ivan Franco: Carneiro Fights Da Dark Byte Bot 09/ Stephan Mathieu: Untitled marimba piece (Air above mountains)

Pedro Carneiro – Improbable Transgressions – 2007 – SIRR.

Au  moyen  d’un  marimba, le  percussionniste 

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Stephan Mathieu: On Tape (Häpna - 2004)

ontape

L’honnêteté doit me faire admettre qu'il m'arrive parfois de proclamer de ces choses, essentielles, du genre « Je pense avoir définitivement fait le tour de l’improvisation instrumentale allemande.» Or, au moment où je décide « N’y revenons plus », voilà qu’il m’est donné d’entendre On tape, de Stephan Mathieu (Von Saarbrücken).

Batteur de formation, Stephan Mathieu s’intéresse à l’électronique de façon presque exclusive depuis la fin des années 90. Or, en travaillant à la construction d’un instrumental à partir de bandes que lui a soumises le saxophoniste Magnus Granberg, il décide d’enrôler ce dernier, pour qu’ils complètent ensemble l'ébauche en question devant le public du Fylkingen de Stockholm, le 21 février 2004.

Voilà l’histoire d’On Tape, séquence électronique sur laquelle viendront se greffer bribes de rythmes et plaintes de saxophone. Du côté de la programmation, enregistrements de voix d’enfants, d’une mouche tapant au carreau, de chants d’oiseaux ou d’effets du vent se succèdent. Le fond sonore, au volume constant d’un bout à l’autre de la séquence, reproduira la prise d’un seul instrument, en fin de partie, celle d’un xylophone, duquel on aura retouché les notes.

Quant à l’improvisation, voici : le jeu de batterie de Stephan Mathieu est impeccable. Répondant aux nappes aiguës de saxophone par des touches légères - aux balais d’abord, aux baguettes ensuite. Sa présence discrète défend la profondeur et les résonances permises par son instrument, qui évoquent bientôt un sage Milford Graves. Quant aux nappes (dé)posées par le saxophone de Granberg, elles passent d’un traitement naturel à un autre, réfléchi, nécessitant l'intervention de samplers et chorus. Différentes prises de l’instrument s’enlacent, imposent leurs effets circulaires et répondent ainsi à la ligne imposée par la programmation. Tout cela sur un mode suave, délicat, sans excès.

Sur toute la durée de l’enregistrement, Stephan Mathieu et Magnus Granberg en rajoutent. Chacun à sa façon, certes, mais tous deux sans jamais trop en mettre. Un éloge de la retenue, et du suivi d’un parti pris : celui qui veut qu'improviser sur une programmation définie n’impose pas forcément qu’on la recouvre, au final, par le bruit du spectacle.

CD: 01/ On Tape

Stephan Mathieu - On Tape - 2004 - Häpna.

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