Le son du grisli

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Rempis Percussion Quartet : Cash and Carry / Chicago Reed Quartet : Western Automatic (Aerophonic, 2015)

rempis percussion quartet cash and carry

La nouvelle pierre apportée à l’édifice Rempis Percussion Quartet – pour Dave Rempis, la plus belle conquête de l’homme avant même celle du cheval – tient en deux temps (quarante minutes puis quinze), enregistrés à l’Hungry Brain de Chicago le 31 août 2014.

La formule est bien la même, que servent trois saxophones (alto, ténor et baryton), une contrebasse (Ingebrigt Håker Flaten) et deux batteries (Tim Daisy / Frank Rosaly). Alors, les échanges ressemblent à de plus anciens : la section rythmique est solide, qui porte au loin chacune des nombreuses phrases de Rempis. Mais d’autres façons sont aussi interrogées : insistances, traverses, et même distance prise avec cette urgence qui conseillait hier de faire toujours plus vite. Différentes, les impulsions du « percussif » décident du caractère de l’improvisation : changeant, en conséquence, qui accueille avec le même bonheur un alto contemplatif ou un baryton volcanique.

The Rempis Percussion Quartet : Cash and Carry (Aerophonic)
Enregistrement : 31 août 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Water Foul Run Amok 02/ Better Than Butter
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

chicago reed quartet western automatic

On souhaitera au Chicago Reed QuartetNick Mazzarella, Dave Rempis, Mars Williams et Ken Vandermark – la même longévité que celle du RPQ. Au même endroit de Chicago, la formation enregistrait l’été dernier la première référence de sa discographie. Sur huit airs et structures de ses membres (compositions certes inégales), la réunion va d’unissons rangés en fugues attendues. S’il n’est peut-être pas à la hauteur des attentes, c’est que le rendez-vous est, avant tout, accommodant.  

Chicago Reed Quartet : Western Automatic (Aerophonic)
Enregistrement : 10 août 2014 (& 21 juin 2014) Edition : 2015.
CD : 01/ Burn Unit 02/ Remnant 03/ Broken Record Fugue 04/ The Rush 05/ Camera Obscura 06/ P.O.P. 07/ Hotsy Totsy 08/ Detroit Fields
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Peter Brötzmann : Long Story Short (Trost, 2013)

peter brötzmann long story short

Cinq disques en coffret reviennent sur l’Unlimited Festival de Wels, qui s’est tenu du 3 au 6 novembre 2011. Quatre journées dont le curateur était Peter Brötzmann, qui put choisir de jouer (en formations régulières, parfois augmentées) ou de garder le silence.

Respectant la programmation, les plages des disques délivrent les unes après les autres des extraits de concerts parlants – non pas de l’évolution du jeu de Brötzmann, mais de son endurance et de sa capacité à provoquer encore. Sonore rompant l’attente le long d’un axe brisé dévoile sans attendre l’intérêt que trouve Brötzmann dans le trio : brillant en Full Blast (avec Marino Pliakas et Michael Wertmueller), il se montre néanmoins différemment inspiré avec Masahiko Satoh (piano) et Takeo Moriyama (batterie), Michiyo Yagi (koto) et Tamaya Honda (batterie), Eric Revis (basse) et Nasheet Waits (batterie), Jason Adasiewicz (vibraphone) et Sabu Toyozumi (batterie) –  rencontre qui dit le mieux que, même de Brötzmann, un souffle peut être vain.

brötzmann boîte

A quatre, le saxophoniste trouve un équilibre plus sûr : avec Bill Laswell, Maâllem Mokhtar Gania et Hamid Drake sous humeur exotique ; en Hairy Bones ensuite (avec Paal Nillsen-Love, Massimo Pupillo et Toshinori Kondo) en éternel jeune-homme ravi d’en découdre. En bande plus solide encore – Chicago Tentet augmenté de John Tchicai ou de Michiyo Yagi –, Brötzmann conduit une plage faite autant de réflexions collégiales que de free frontal puis une autre que se disputent des ombres imposantes à l’occasion d’un engageant Concert for Fukushima.

Lorsqu’il garde le silence, Brötzmann écoute : la lente dérive des cordes de Michiyo Yagi, Okkyung Lee et Xu Fengxia ; Maâllem Mokhtar Gania donner, au gambri, le la au quartette qu’il forme avec Joe McPhee, Fred Lonberg-Holm et Michael Zerang ; le DKV Trio faire œuvre d’entêtement en compagnie de Mats Gustafsson, Pupillo et Nilssen-Love ; Gustafsson, encore, subir avec intelligence de riposte les assauts électroniques de dieb13 et Martin Siewert ; McPhee, encore, croiser le souffle avec Mars Williams et Jeb Bishop ; Keiji Haino ou le Caspar Brötzmann Massaker faire œuvres noires de plaisir solitaire et d’incantations électriques. La rétrospective n’aurait pu être plus complète ni son éclectisme plus révélateur des vues musicales qui animent aujourd’hui Peter Brötzmann.

Peter Brötzmann... : Long Story Short (Trost)
enregistrement : 3-6 novembre 2011. Edition : 2013.
5 CD : CD1 : Sonore / Chicago Tentet with John Tchicai / Michiyo Yagi, Okkyung Lee, Xu Fengxia / Peter Brötmann, Masahiko Satoh, Takeo Moriyama – CD2 : Joe McPhee, Maâllem Mokhtar Gania, Fred Lonberg-Holm, Michael Zerang / Peter Brötzmann, Michiyo Yagi, Tamaya Honda / Peter Brötzmann, Jason Adasiewicz, Sabu Toyozumi / dieb13, Mats Gustafsson, Martin Siewert – CD3 : Keiji Haino / Peter Brötzmann, Bill Laswell, Maâllem Mokhtar Gania, Hamid Drake – CD4 : Jeb Bishop, Joe McPhee, Mars Williams, Jason Adasiewicz, Kent Kessler, Tamaya Honda / Hairy Bones / Masahiko Satoh / Chicago Tentet with Michiyo Yagi – CD5 : Peter Brötzmann, Eric Revis, Nasheet Waits / DKV Trio with Mats Gustafsson, Massimo Pupillo, Paal Nilssen-Love / Full Blast / Caspar Brötzmann Massaker
Guillaume Belhomme © le son du grisli

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Mars Williams, Kent Kessler, Paal Nilssen-Love : Boneshaker (Trost, 2012)

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Est-ce sa longue collaboration avec The Psychedelic Furs ou ses apparitions auprès de Ministry, Die Warzau, Massacre ou Billy Idol, qui empêchèrent Mars Williams – saxophoniste dont l’art aura, de Chicago à New York, obnubilé nombre de ses coreligionnaires (Chapelle du Souffle Fort) – d’enregistrer beaucoup sous son propre nom ? Sur disques de « jazz », on trouvera l’homme sous étiquettes Nessa (Eftsoons avec Hal Russell), Okka Disk (en Peter Brötzmann Tentet) ou Atavistic (en Vandermark Five).

C’est donc aujourd’hui le label Trost qui permet à Williams d’augmenter sa discographie personnelle : de Boneshaker, enregistré en trio avec Kent Kessler et Paal Nilssen-Love – partenaires réguliers de Ken Vandermark, rompus donc à tous emportements. En ouverture, le saxophoniste rappelle d’ailleurs What Doesn’t Kill You… au son d’une progression certes nerveuse mais qui ne s’interdit pas, quelques mesures durant, d’emprunter au swing son maintien et au hard bop son efficience.

Moins air de componction que repli vers un minimalisme qui expérimente, Beauty of Sadness fait œuvre de réflexion (Williams aux sifflements et volutes, Kessler à l’archet impressif puis aux pizzicatos tombant) et clôt une première face de contraste. La seconde, de renouer avec l’impétuosité : Sticky Wicket dont le soprano, au verbe haut, sert une inspiration télescopique (d’une phrase de Williams naît une autre phrase, et de cette autre phrase une autre phrase encore) ; Hostilities In Progress, qui révèle jusque dans son titre les enjeux du jour : comme à la parade, le trio dévale un sillon en pente, au terme duquel un dernier motif-prétexte clamera haut et fort que Mars Williams est revenu.

Mars Williams, Kent Kessler, Paal Nilssen-Love : Boneshaker (Trost / Instant Jazz)
Enregistrement : Janvier 2011. Edition : 2012.
LP : A1/ What Doesn’t Kill You A2/ Beauty of Sadness B1/ Sticky Wicket B2/ Hostilities In progress
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Paul Giallorenzo : Emergent (Leo, 2012)

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D’un label ayant peu documenté la scène de Chicago, on ne pourra que se réjouir de la sortie de l’Emergent de Paul Giallorenzo. De ce quartet aux multiples entrées, on n’entendra d’abord que l’ouragan Williams (Mars de son prénom) : rapidement convulsif, soudainement barbierien, Imprograf semble avoir été composé pour lui : chorus embrasé avant solo absolu de ténor sur fond de rythmique déchaînée (bien trop sages et trop métronomiques, par ailleurs, messieurs Anton Hatwich et Marc Riordan). Mais on aura également remarqué le gouailleur et généreux tromboniste Jeb Bishop. Et dans le rôle du détrousseur de phrasés, Giallorenzo nous convainc totalement.

Reste à approfondir les compositions du pianiste et cela est une autre affaire : hommage appuyé à Fred Anderson (Spatialist) et à peine plus voilé en direction de Steve Lacy (Slowed Roll) pour le meilleur ; swing rigide (The Swinger) et bop raisonnable (Spring Chicken) pour le moins bon. Soit quelques légers bémols n’entachant que partiellement un enregistrement souvent lumineux.

Paul Giallorenzo’s Gitgo : Emergent (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ On Your Marks 02/ Want It 03/ Slowed Roll 04/ Spacialist 05/ Obelaskism 06/ Imprograf 07/ The Swinger 08/ Spring Chicken
Luc Bouquet © Le son du grisli

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