Eric Dolphy : The Quintessence
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Toujours un peu froissé d’apercevoir l’étiquette « free jazz » collée au saxophone, à la clarinette ou à la flûte d’Eric Dolphy : ici par exemple en couverture de Jazz Magazine (« n’ayez pas peur du free », N°552, octobre 2004), là dans le texte – pourtant subtil, signé du savant François Billard – à lire dans le livret de ce premier volume « Quintessence » consacré au musicien – 98 ans ce 20 juin, car si Monk lives, Dolphy itou.
« Free jazz », donc : effet de manche ou recherche de simplicité pour « mieux » expliquer cette manie de ramener toujours le geste singulier, le son qui surprend, l’art qui interroge – jusqu’à l’iconoclastie – dans le cercle rassurant de la façon « tonitruante » désormais entendue voire adoubée. Mais l’effet use jusqu’à l’étiquette elle-même ; celle-ci a déteint, il faut croire : et comme quand une chose s’efface on l’entretient, on finit par accepter : puisque même « Jimmy joue free », pourquoi pas Eric Dolphy…
Après tout, l’essentiel est ailleurs : cette façon que le souffleur eut de jouer avec les codes voire d’aller chercher au-delà à coup d’inventions in et/ou out. Qu’importe la large embrassade ; qu’importe que le saxophone, la clarinette ou la flûte de Dolphy arbore la trace de l’étiquette « free » ; qu’importe que le free jazz soit une autre musique encore, souvent valable, autrement valable ; qu’importe ce qu’on a dit hier de Dolphy et ce qu’on en dit encore aujourd’hui : rien ne vaut l’écoute, écrivais-je il y a des années dans un petit livre, façon comme une autre de revenir au sujet qui nous intéresse.
La collection Quintessence de Frémeaux a donc fait une place à Eric Dolphy : selon la chronologie, la sélection renvoie le souffleur dans les 17 Beboppers de Roy Porter pour s’achever à Copenhague en 1961 (Eric Dolphy In Europe) – peut-on imaginer les droits qu’il aurait fallu verser à Blue Note pour aller un peu plus loin, c’est-à-dire jusqu’à Out to Lunch ? Passés les deux enregistrements choisis auprès de Chico Hamilton (avec qui Billard est trop sévère), on retrouve Dolphy et ses éternels associés (Oliver Nelson, Ken McIntyre, Booker Little, Ron Carter et Mal Waldron). Rien d’inédit, bien sûr, là n’est pas le propos de Quintessence…
Sous ses airs de compilation sérieuse, il y a le plaisir simple d’entendre dans un autre ordre que celui qu’on leur a toujours connu « Out There », « Serene », « G.W. », « 245 », « Miss Ann » ou « Warm Canto ». L’art de la découpe est à redécouvrir, les inventions à reconsidérer, le swing à accuser une autre fois le coup, l’alto-itis à capturer toujours… Et quand, avec le mystérieux piano de George Russell, Dolphy chante « Round Midnight », on saisit jusqu’à la façon qu’aurait pu jouer Eric s’il n’avait pas été Dolphy...
Eric Dolphy : The Quintessence
Frémeaux & Associés 2026
Guillaume Belhomme © le son du grisli
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