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Le son du grisli

15 septembre 2026

John Tilbury, Morton Feldman : For Philip Guston (Atopos, 2013)

 

Dans ce beau coffret d’archives-maison que faisait récemment paraître Another Timbre (At Home), John Tilbury livre une répétition jusque-là jamais entendue de Piece For Four Pianos qu’il interpréta sur disque avec Philip Thomas, Mark Knoop et Catherine Laws : un accord partagé puis quatre directions. Un peu plus loin, c’est, toujours de Morton Feldman, Madame Press Died At Ninety : évocation presque mélodique de la professeure de piano du petit Morton, qui laisse Tilbury dériver jusqu’aux noires fumeroles des derniers Ran Blake.

 

 

Cet hommage en rappelle un autre, qui, plus « doucement » encore, agitait d’autres souvenirs personnels jusqu’à ce qu’on distingue les contours d’une silhouette familière : For Philip Guston. Écrite quelques mois après la mort du peintre, la pièce renvoie elle aussi le compositeur à ses fantômes. La composition est longue, on le sait pour avoir entendu Eberhard Blum, Nils Vigeland et Jan Williams l’interpréter, Julia Breuer, Matthias Engler et Elmar Schrammel aussi, ou le S.E.M. Ensemble de Petr Kotik encore…

 

En 2012, à l’Huddersfield Contemporary Music Festival, John Tilbury l’interpréta aussi, en compagnie de la flûtiste Carla Rees et du percussionniste Simon Allen. Quelques mois plus tard, la Fondazione Atopos – au catalogue de laquelle le pianiste avait déjà inscrit sa lecture des Triadic Memories – publiait le concert de presque cinq heures.  Un long exercice d’équilibre et d’équilibrages auquel s’adonne le trio dont la trajectoire est insoupçonnable…

 

C’est que le vaisseau que les musiciens façonnent et conduisent dans le même temps est ouvert à tous les vents, à toutes les respirations, à tous les soupirs… Aux notes de se faire une place : pour se faire entendre, la flûte peut se faire insistante, le piano précipiter son discours, les percussions appuyer sur quelque grave. Les redites et les répétitions n’en finissent pas : comme toujours chez Feldman, elles jouent de rapprochements, de dérobades, d’effacement et d’emprise. Sous l’effet d’innombrables coups de pinceaux, le cyclope finit par fermer l’œil. Mais il tend l’oreille. C'est tout Philip Guston. 

 

 

 

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