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Le son du grisli
28 janvier 2015

André Cormier, Markus Kreul : Zwischen Den Wolken (Redshift, 2014)

andré cormier markus kreul zwischen den wolken

Les influences de John Cage et de Morton Feldman sont intarissables. Prenons par exemple cette pièce pour piano du Canadien André Cormier (qui était l’un des 31 compositeurs des miniatures du Quatuor Bozzini). Ils donnent l’impression de composer encore. J’entends par là, « encore aujourd’hui ». De composer malgré tout. Comme si, installés dans les nuages de la pochette et du livret du CD, ils jouaient aux échecs et que leurs coups sonnaient sous les doigts du pianiste Markus Kreul.  

Des duos d’accords réduits se succèdent et, dans cette succession, le silence de la réflexion prend plus ou moins de place. C’est selon le moment. Il leur faut trouver un équilibre juste. Quand ils le trouvent alors ils se maintiennent, se soutiennent, et quand ils ne le trouvent pas ils s’abattent d’un côté ou de l’autre du clavier. Comme chez les deux compositeurs américains, l’intonation varie et garantit presque à elle seule tout les changements de la composition. Bien sûr, c’est très influencé. Mais l’écoute de Zwischen Den Wolken a déjà ce mérite de nous donner des nouvelles de deux influences que nous, musiciens ou non musiciens, subissons tous.



André Cormier, Markus Kreul : Zwischen Den Wolken (Redshift / Centre de Musique Canadienne)
Edition : 2014.
CD : 01/ Zwischen Den Wolken
Héctor Cabrero © Le son du grisli

24 juin 2014

Konk Pack : Doing the Splash (Megaphone / Knock’Em Dead, 2013)

konck pack doing the splash

Doing the Splash est l’histoire d’une aimantation : retrouvés en surface, des éléments de synthétiseur analogique (Thomas Lehn), de lap steel guitar (Tim Hogkinson) et de batterie (Roger Turner). Le premier aurait attiré les deux autres dans une chute volontaire – improvisation enregistrée au Café Oto le 18 décembre 2012.

Après les gentillesses d’usage (discrétion voire sensibilité en ouverture), les rivalités s’expriment sur les rumeurs de dispositifs miniatures et les bruits divers d’un grinçant atelier. Quand les camouflages n’empêchent plus qu'on reconnaisse les instruments (la guitare, première de toutes), alors vient pour eux le moment de tonner. La bataille à suivre en dit, au son, aussi long sur les ressources individuelles de chacun des membres de Konk Pack que de la santé de leur association (longtemps éditée sous étiquette GROB).  

Konk Pack : Doing the Splash (Megaphone / Knock’Em Dead / Orkhêstra International)
Enregistrement : 18 décembre 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Magic Ear Self Zoom 02/ Wall Of Red Thoughts
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

4 mars 2011

Kikuchi Yukinori, Ishigami Kazuya, Miyazaki Testsuya : Luminous (Neus-318, 2010)

kikuchi yukinori ishigami kazuya miyazaki tetsuya luminous

Non, Luminous n’est pas un enième groupe de rock catho, mais un split-CD que se partagent Kikuchi Yukinori, Ishigami Kazuya et Miyazaki Testsuya – il faut croire que la forte densité des villes nippones s’est propagé au « monde » du disque !

Nos messieurs donnent tous dans la musique électronique mais de façons bien différentes. Le premier (sur les sept premières plages) en défendant une musique un brin déjantée qui ferait penser à un Kieran Hebden plus expérimental que de coutume (moins occidental, donc). Pendant vingt minutes, Ishigami Kazuya joue quant à lui de tous les bruits que peut générer son matériel électronique : moins identifiable, son noise est le plus gentil des noise, c’est-à-dire sans doute le moins agressif. Enfin, Miyazaki Tetsuya impressionne, lui, sur deux pistes, avec des basses tonitruantes et des sifflements qui semblent tomber de l’orage dont il utilise le grondement. Sans savoir ce qui rapproche vraiment les trois musiciens, on tentera de parler d’ « obscure clarté » ou de « lumière sombre ». Déjà pas mal.

Kikuchi Yukinori, Ishigami Kazuya, Miyazaki Testsuya : Luminous (Neus-318 / Souffle Continu)
Edition : 2010.
CD : 01-07/ Kukichi Yukinori : Crystal / Toma / Cold / Old Man With Birds / Japanese Movie / Pain / Element of Violence 08/ Ishigami Kazuya : East Asian Delusion 09-10/ Miyazaki Tetsuya : The Death of Ordinary Salaried Worker / The Second Death of Ordinary Salaried Worker
Pierre Cécile © Le son du grisli

3 mars 2014

Objets trouvés : Fresh Juice (Intakt, 2013)

objets trouvés fresh juice copy

Se libérant d’une lévitation inaugurale, nos Objets trouvés (Gabriela Friedli, Co Streiff, Jan Schlegel, Dieter Ulrich) observent quelques plats terrains avant de se délivrer par quelque trait compositionnel hardi. Mais ne pas croire pour autant que ce Fresh Juice ne trouve son salut que par la seule écriture.

Car, à vrai dire, cette écriture n’est là que pour baliser un itinéraire  aux tracés intimes. Presque pas d’éclats fanatiques ici mais une mise en espace de blocs (duo ou trio, rarement quartet) intensifiant sa force en des crescendos entretenus. A ce petit jeu, la saxophoniste gagne la mise : timide au début, elle fore des tracés onctueux qu’elle magnifie  avec un aplomb remarquable. De même, le jeu modal de la pianiste ne s’embarrasse d’aucune rupture mais impose assurance et souplesse au récit emprunté. De ces Objets trouvés – et faussement fragiles – on admirera la sage pertinence, le paysage familier.

Objets Trouvés : Fresh Juice (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Gessang der nacht 02/ Terris Hut 03/ Weisser Zwerg 04/ Equilibre tendu 05/ Faden der Ariadne 06/ Straying Horn
Luc Bouquet © Le son du grisli

17 janvier 2014

Zoor : Volumes a + b (Umlaut, 2014)

zoor volumes a + b

La traversée sera hypnotique ou ne sera pas. Le balancement sera nu. La note sera tendue. La variation sera événement. Le roulement sera timbré, continu. Les diverticules ne seront pas explorés. Le navire restera au large. La stagnation sera fausse. La dérive aussi. S’ouvrira un unisson. Large et poignant, l’unisson. La masse sonique s’accélérera. La note sera alarme, crainte et appréhension. On ignorera le port à conquérir. On doutera de la destination. Mais jamais le balancement ne se perdra. Voici pour la Face a.

La remontée sera hypnotique ou ne sera pas. Cette remontée sera celle des pièges et des collets. Les flots seront rêches et rugueux. Il y aura danger. Il y aura désaccord. Il y aura le doute des destinations. Puis tout se retrouvera, s’entrouvrira. Le mordant ne sera plus. Il y aura la mémoire des écueils. Et toujours le doute soutenu. Voilà pour la Face b.

Ainsi naviguent Bertrand Denzler, Jean-Sébastien Mariage et Antonin Gerbal, imprudents et merveilleux explorateurs de la chose sonique. Les rejoindre est chose facile.

Zoor : Volumes a + b (Umlaut Records)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Face a 02/ Face b
Luc Bouquet © Le son du grisli

zoor concertA l'occasion de la sortie de Volumes a + b, Zoor jouera ce samedi 18 janvier à Paris, Atelier Polonceau Thomas-Roudeix. En ouverture, Frederick Galiay se produira en solo. 

 

14 janvier 2014

Cyril Bondi : The Foil (Drone Sweet Drone, 2013)

cyril bondi the foil

Ce n’est pas parce qu’il multiplie les projets que le percussionniste Cyril Bondi ne semble pas être du genre réservé. C’est peut-être qu’il y fait trop bien son travail… Il n'y a qu’à entendre Diatribes ou l’Insub Meta Orchestra. Mais cette fois, sous l’étiquette Drone Sweet Drone, il nous revient seul, avec deux toms basse et une ribambelle d’objets…

Une fois installé, il improvise, bat les tambours, de ces tambours fait des trampolines pour ses bidules sonores qui grésillent, grincent, tintinnabulent… La première vingtaine de minutes, il y a ce battement de pow-wow helvète, ensorcelant, qui s’arrête et repart crescendo pour une dizaine de minutes encore. Il n'y a qu'à entendre The Foil pour se rendre compte une bonne fois pour toutes que les toms de Cyril Bondi ont la vibration stimulante et la poésie à fleur de peaux.

écoute le son du grisliCyril Bondi The Foil (extraits)

Cyril Bondi : The Foil (Drone Sweet Drone)
Enregistrement : 28 novembre 2012. Edition : 2013.
CD / DL : 01/ The Foil
Pierre Cécile © Le son du grisli

92932765Ce 16 janvier à Nantes, le Lieu unique promet une soirée curieuse qui réunira, sur scène, Cyril Bondi et Thomas Brinkmann. Le 18 janvier, Bondi est annoncé au Mans (La Fonderie) ; le 19, à Saint-Nazaire (Galerie du Petit-Maroc).

13 janvier 2014

Charles-Eric Charrier : C6 GIG (Monotype, 2013)

charles-éric charrier c6 gig

Qu’il soit transformé en MAN ou Oldman, qu’il collabore avec une foule d’artistes à l’intérêt conséquent (Rob Mazurek, Jérôme Paressant, Rhys Chatham), Charles-Eric Charrier déçoit rarement l’auditeur un tant soit peu curieux et exigeant. Aujourd’hui dans une version solitaire sous son vrai patronyme, l’artiste français oublie les vieux restes de blues que nous avions fichtrement goûtés en leur temps, pour se consacrer à une quasi non-musique d’un minimalisme qu’on oserait presque qualifier d’absolu.

Tout au plus, on entend au long des quarante-six minutes de l’unique plage des échos épars et isolés d’une électronique basse fréquence, de percussions fantomatiques ou de cordes graves, c’est tellement étrange qu’on se pose la question de l’instrument à plus d’une reprise. La démarche, jamais hésitante, inclut aussi un souvenir expiatoire de folk music alla jazz, mais les étiquettes n’ont aucune importance. Car, tel l’aventurier en solitaire traversant les océans sur une coque de noix à la relative solidité, l’intérêt réside dans l’expérience pour elle seule.

écoute le son du grisliCharles-Eric Charrier
C6 GIG

Charles-Eric Charrier : C 6 GIG (Monotype)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Untitled
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

11 février 2014

Akira Sakata, Giovanni Di Domenico : Iruman (Mbari, 2013)

akira sakata giovanni di domenico iruman

Il y a deux sortes de fluidité ici. Celle du benjamin, Giovanni Di Domenico, est conditionnée par des ambiances crépusculaires. Le pianiste égrène le velours mais évite tout lyrisme facile. Il est celui qui fredonne la mélodie, ne se détache que très rarement du cadre. C’est un homme de soutien et de confiance. A l’opposé, celle de l’aîné, le bouillonnant Akira Sakata, multiplie les entailles. Giuffrien et bourdonnant à la clarinette, le japonais agrippe des souffles batailleurs. Son alto est épais, harcelant, frondeur. Il fissure parfois la flexibilité de son partenaire. 

Mais, toujours, se trouvent et ne se lâchent plus. Nus et frémissants, benjamin et aîné forment un couple parfait. Ne se perdent jamais dans la facilité. Et par deux fois rejoignent le poignant quand la voix gémissante et ancestrale de Sakata auréole de son âme déchirée un disque ne manquant ni de charme(s) ni d’atout(s).

Akira Sakata, Giovanni Di Domenico : Iruman (Mbari Musica)
Enregistrement : 2012. Edition : 2014.
CD : 01/ A Piece of Silence 02/ Yellow Sand Blowing from China 03/ Lotus Blossom in a Old Pond 04/ Voice from a Temple in the Deep Mountain 05/ Bud I 06/ Water Coming Into Rice in the Spirit 07/ The Peaceful Atmosphere of a Wood Sukiya-Style Temple 08/ The Bee and the Sunshine 09/ Papiruma 10/ Bud II
Luc Bouquet © Le son du grisli

2 février 2014

Yann Novak : Snowfall (Dragon’s Eye, 2014)

yann novak snowfall

Derrière son Snowfall, Yann Novak remercie (entre autres) Steve Roden, Richard Chartier, Robert Crouch, Stephen Vitiello, Lawrence English… Si je ne sais pas exactement pourquoi, je jurerais qu’il s’agit là d’une question, si ce n’est d’influence, au moins d’accointances.

Car cette pièce d’une heure (tout pile) nous transporte dans les hautes sphères… Crescendo (après les ablutions d’usage, me voilà en soucoupe), nous montons lentement, passons des champs magnétiques ou électrostatiques, bref des strates & des strates de sons et parfois parfois parfois d’images. Spatial, horizontal (quand ses couches de synthés vous apaisent), Novak s’occupe de l’ascension et s’en occupe bien. Bon, maintenant, si au jeu du blind test, un de ces soirs [de merde, comme celui d’hier, où à une soirée de trentenaires névrosés on vous teste en vous balançant un musicien expérimental aveugle & sourd du Sud Pérou et que là bah oui connard on sèche - si tu t'es reconnu, sache que cette chronique sera twittée], j’ai du mal à faire la différence entre l’art de Yann Novak et ceux de ses « accointés », faudra pas m’en vouloir… [On se réconciliera sur un bon Get Lucky.]

écoute le son du grisliYann Novak
Snowfall (extrait)

Yann Novak : Snowfall (Dragon’s Eye Recordings)
Edition : 2014.
CD : 01/ Snowfall
Pierre Cécile © Le son du grisli

17 janvier 2014

Kentaro Takei, Kazuya Ishigami : Kentaro Takei / Kazuya Ishigami (Neus-318, 2010)

kentaro takei kazuya ishigami

Plutôt rare, ça, un split-CD ! Mais alors quid des forces en présence ? Kentaro Takei pour les trois premières plages, enregistrées @my room entre février et mars 2010 & Kazuya Ishigami pour les trois autres plages, enregistrées entre septembre et octobre @habikino. J’oublais de préciser… la musique est électronique.

Reste électronique, pour Kentaro Takei, même si elle est teintée de musique concrète, d’expérimentation technologique (le bruit des jacks que l’on titille, le souffle du matériel) ou de field recordings. Et c’est d’ailleurs ce qui fait la force du monsieur, qui manipule une pléiade de sons avec une précision et une délicatesse qui amplifie (à bas volume) l’étrangeté de son œuvre.

La musique reste électronique aussi chez Kazuya Ishigami parce qu’à part l’utilisation de field recordings elle semble n’être qu’électronique (mais on n’est pas à l’abri d’une surprise, il se peut que des guitares aient été utilisées). Si l’on n’oserait pas qualifier l’abstraction sonore de « science-fictionnelle », elle s’inspire sans aucun doute de références de ce genre (notamment cinématographique). Et quand (sur 2ban) l’activité d’un atelier urbain rejoint la symphonie synthéto-métallique, le bonheur est total !

écoute le son du grisliKentaro Takei
Untitled I

écoute le son du grisliKazuya Ishigami
2ban

Kentaro Takei, Kazuya Ishigami : Kentaro Takei / Kazuya Ishigami (Neus-318)
Enregistrement : 2010. Edition : 2010.
CD : 01-03 : Kentaro Takei : Untitled I – Untitled III 04-06 : Kazuya Ishigami : 1ban – 2ban – 3ban
Pierre Cécile © Le son du grisli

28 janvier 2014

Akos Ròzmann : Images of the Dream and Death (Ideologic Organ, 2013)

akos rozmann images of the dream and death

Cette réédition bienvenue – en 3 LP vinyles, mais c'est là plus une question de mode, le vinyle ayant le vent en poupe en ce moment, et surtout, intéressant un public « autre » (plus jeune) qui n'achèterait jamais ces mêmes musiques en CD – donne à entendre un compositeur passionnant, peu (ou pas ?) connu en France, auteur d'une musique des plus singulières : Akos Ròzmann (1939 - 2005) est né en Roumanie mais a passé la majeure partie de sa vie adulte en Suède où, entre autres, il était l'organiste attitré de la Cathédrale de Stockholm en même temps que l’hôte fréquent d'EMS, le studio de musique électronique de cette ville.

Et cette apparente contradiction (entre la musique « classique » et la recherche acousmatique) se retrouve non seulement dans sa production musicale mais dans sa vie toute entière : que ce soit dans la position du fervent catholique persuadé d'être en permanence entre deux portes – ciel et enfer – et ne parvenant à en ouvrir aucune, que dans celle du compositeur de solide formation classique qui la rejette en bloc, persuadé qu'il est qu'elle ne peut plus parler d'aujourd'hui.

Et effectivement ces Images of the Dream and Death donnent à entendre une autre part, qu'on aurait envie de situer entre les mystères et les violences d'un Moyen-Age et une autre électricité, pétrie de crainte, de respect et de terreur.

Akos Ròzmann : Images of the Dream and Death (Ideologic Organ / Editions Mego / Metamkine)
Réédition : 2013.
3 LP : A : Part I & Part II (Attacca) B : Part II 20:53 C : Part II (conclusion) & Part III D : Part III E : Part III F : Part III (Conclusion)
Kasper T. Toeplitz © Le son du grisli

23 novembre 2013

Benoit Cancoin : Instants minuscules (Blumlein, 2013)

benoit cancoin instants minuscules

Il faut pénétrer sur la pointe des pieds. Accepter le sensible. S’y risquer. Benoit Cancoin est de ces contrebassistes qui n’en finissent pas d’interroger l’instrument. Un laborantin du sensible pour être plus précis. Ici, il improvise en solo quatre pièces dans l’antre de quelques essentiels amis.

Que ce soit pour un baptême sonore ou dans l’atelier d’un ami luthier, Benoit Cancoin frotte, s’efface, éveille ou saigne la corde, duplique les axes, craquelle, strie, scie, crisse, pleure, écartèle, martyrise, grogne, hèle, offre. Rien d’autre – et cela est déjà beaucoup – qu’un feuilleton du tendre et du sensible entremêlés. Pas mal (euphémisme doux !) pour un premier solo.

Benoit Cancoin : Instants minuscules. Solo pour un (Blumlein / Metamkine)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Plume-ventre rond 02/ Hervé-piano écho 03/ Jean 04/ Jean-rabot
Luc Bouquet © Le son du grisli

5 novembre 2013

Heddy Boubaker : Dig! (Petit Label, 2013)

heddy boubaker dig!

Sur Petit label où il est passé deux fois déjà en compagnie de Soizic Lebrat, Heddy Boubaker publie aujourd’hui Dig!, qu’il explique même : Entre le début de cet enregistrement en août 2010 et sa fin en février 2012 un dramatique évènement de santé a eu lieu, me clouant plusieurs semaines à l'hôpital et m'interdisant définitivement de rejouer  du saxophone ; mais, du coup, me laissant plusieurs mois « tranquille » pour travailler et réfléchir sur la partie saxophone de cet enregistrement et sur mon ex pratique de cet instrument... ainsi que pour défricher d'autres chemins d'expression sonore (Lazy Unicord Drips...). J'ai voulu faire de ce disque un témoignage de cette période, un document fragile (…) Dig! interroge ainsi la cohérence d’un ouvrage dont l’équilibre fut mis à mal par un subit changement de cap. Un synthétiseur analogique suppléera donc au saxophone dans la vie d’Heddy Boubaker ; ce synthétiseur supplée déjà au saxophone sur Dig!

Or, on trouve aussi sur le disque, au milieu des trajectoires de souffles, des niches encombrées d’objets – frottés, roulant ou tombant – et de minuscules chants nés de l’emboîtement de structures gigognes. Car malgré les expériences (en tubes ou modules), l’art musical de Boubaker retombe toujours sur un motif voire une mélodie ou un pas de danse ébauché. Au synthétiseur, son bruitisme discret ne déroge pas à la règle : un grave tient, tremble avant de disparaître pour réapparaître plus loin : le nouvel instrument de Boubaker sait déjà jouer de retraits : si tôt, il sait comment bien s’effacer et inventer avec d'autant plus de pertinence.

Heddy Boubaker : Dig! (Petit Label)
Enregistrement : 2010-2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Sitting on the Side of the Road 02/ The Real Sexlife of a Banana 03/ Indistringuishable 04/ The Fabulous Adventures of Emile Plateau 05/ De la salive naît la lumière 06/ Sex of Angels 07/ I Believe in Joy 08/ Light Water 09/ The Duration of One Moment 10/ Holy Glory 11/ Dissection 12/ Lazy Unicorn Drips
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

24 décembre 2013

Mika Vainio : Kilo (Blast First Petite, 2013)

mika vainio kilo

On a connu Mika Vainio* plus sur la réserve, mais est-ce là une raison pour bouder notre plaisir au moment de prendre ce (nouveau) Kilo ? D’autant qu’on sait bien qu’à la comparaison, un kilo de plumes et un Kilo d’électro-techno-dark-ambient, c’est la même chose…

Et pourtant, si je puis me permettre, Kilo, c’est du lourd ! Pour sûr, le disque envoie des rythmes binaires & des basses bonnes & du son lourd comme fer. Mais il contient aussi des expérimentations qui rendent originale cette compilation de tracks bien sentis. Comme Docks, par exemple, d’un asphyxiant qui aurait bouleversé David Carradine. Ou comme Sub-Atlantic, dont l’indus rêve de faire sauter toutes les bases sous-marines du monde…

Comme quoi, il fait bon attendre, car c’est dans ces pièces déçues par les beats que l’on trouve tout le miel de Kilo. Au point que Vainio en change son programme et qu’au contact de ces expérimentations, il transforme son projet en boîte à petits chefs-d’œuvre d’épouvante (Rust, Freight, Weight). On lui pardonne alors son esbroufe du début, on la mettra même sur le compte de son humour noir.    

* La pochette de mon disque annonce « Mika Vanio » (une erreur d’impression sans doute) quand d'autres m'ont rapporté posséder un Kilo de Sylvain Vainio. 

Mika Vainio : Kilo (Blast First Petite / Differ-ant)
Edition : 2013.
CD / 2 LP : 01/ Cargo 02/ Cranes 03/ Load 04/ Docks 05/ Sub-Atlantic 06/ Rust 07/ Wreck 08/ Scale 09/ Freight 10/ Weight
Pierre Cécile © Le son du grisli

16 décembre 2013

Nick Fraser : Towns and Villages (Barnyard, 2013)

nick fraser towns and villages

Le souffle de Tony Malaby ne peut laisser indifférent. Tel un paquebot enroué ou une gralla catalane éraillée, son saxophone refuse d’aller en paix. Malaby malaxe, ressasse, pointe une convulsion, flirte avec le microtonal, tricote quelques pestes soniques, joue droit puis courbe. Bref, aime à chercher ce qui lui résiste encore quitte à oublier l’instant présent. Malaby est un solitaire, il faut faire avec.

Aux cotés du très fin batteur Nick Fraser et des très complémentaires Andrew Downing (violoncelle) et Rob Clutton (contrebasse), et bien plus que d’ordinaire, il laisse ouverte la parole. Ici, les compositions du batteur imposent simplicité et insistent sur les béances rythmiques. Les espaces ainsi affirmés, chacun va raconter sa petite histoire avec plus ou moins de bonheur. Et dans le cas de Tony Malaby, l’on s’en doute, le lyrisme ne sera pas laissé au fond du filet.

écoute le son du grisliNick Fraser
Sketch

Nick Fraser : Towns and Villages (Barnyard Records)
Enregistrement : 18-19 février 2012. Edition : 2013.  
CD : 01/ Prescott: The Fort Town 02/ Sketch #10 03/ Tricycle 04/ Sketch #12 05/ Revolution 06/ Albs 07/ Spencerville: Home of the Heritage Grist Mill 08/ Sketch #9 10/ Bicycle 11/ ”?” 12/ Hundred Mile House, pop, 1885
Luc Bouquet © Le son du grisli

17 décembre 2013

Blevin Blectum : Emblem Album (Aagoo / Africantape, 2013)

blevin blectum emblem album le son du grisli

Comme (très) attendue, Blevin Blectum revient seule (sous ce nom) pour la cinquième fois sur CD. Ce Blecht’album s’appelle Emblem Album et ce qu’il contient est une électro-pop turbulente, des mélodies labyrinthiques, une voix (qui sait souvent se taire) délurée, des basses afffooolantes…

Mais Emblem Album, ce n’est pas que ça, car tout à coup on oublie tout et on recommence… Avec une électro minimale, des sons copiés-collés (seuls bémols de l’enregistrement) et des field recordings… Mais Emblem Album, ce n’est pas que ça, car tout à coup on oublie tout et on recommence… Bref, c’est frais, instable et charmant, et si Blevin Blectum nous rappelle-là qu’ « hystérie » est un terme tiré (si je puis dire) d’ « uterus », pour « plaisir » c'est la même chose.

écoute le son du grisliBlevin Blectum
Cromis Part One

Blevin Blectum : Emblem Album (Africantape / Aagoo / Orkhêstra International)
Edition : 2013.
CD / LP : 01/ Cromis Part One 02/ Cromis Part Two 03/ Nanofancier 04/ Deathrattlesnake 05/ Basically Chunneled 06/ Wrapped In Aw 07/ Harpsifloored 08/ Goth Botch 09/ Manners Melting 10/ Sycamore Scarab
Pierre Cécile © Le son du grisli

9 décembre 2013

Miguel Prado : Kempelen’s Lesson (On Voice and Tape) (Pilgrim Talk / Heresy, 2013)

miguel prado kempelen's lesson

Iconoclaste et donc forcément touche-à-tout, Miguel Prado semble faire de la musique pour s’en amuser, en tout cas pour relativiser sa portée. Ce qui ne l’empêche pas de raconter des histoires, comme sur ce quarante-cinq tours qui ressuscite Kempelen Farkas, inventeur du 18e siècle à qui l’on doit notamment la première machine parlante

Voilà pour l’histoire, qui n’est en fait qu’une anecdote mais qui explique quand même pourquoi le vinyle craque autant. Il crisse, en plus, tourne & retourne en boucle sur un sillon, bruite, et enfin finit par « parler » lui aussi. Mais sa voix est perturbée (l’histoire ne dit pas si elle est celle de Prado ou celle de Kempelen qui aurait participé d’outre-tombe au projet) et doit lutter en plus contre les (factices) imperfections de l’enregistrement.

Faisant partie d’un travail de longue haleine intitulé « Prado Geotraumatic Evacuation of The Voice », Kempelen’s Lesson (50 copies !) n’en met pas moins la voix en échec face à des bruits tour à tour modernes (ces flying sauceuses de la face A) ou passéistes (les craquements, toujours les craquements). Alors qui l’emporte de la voix ou de la machine ? Me tromperais-je en disant « la machine » ? En tout cas, le concept change de l’expérimental habituel.

Miguel Prado : Kempelen’s Lesson (On Voice and Tape) (Pilgrim Talk / Heresy)
Edition : 2013.
45 tours (7”) : A/ Criptolalia B/ Glossolalia-Laden
Pierre Cécile © Le son du grisli

4 décembre 2013

Frederick Galiay : Missing Time (Inversus Doxa, 2013)

frederick galiay missing time

Il faut savoir, de temps en temps, se laisser prendre au piège par un jeu qui déroute. Le tout est de le savoir et, le sachant, me voilà avec aux oreilles la musique de Frederick Galiay et sous les yeux des explications : une basse électrique posée à terre, sur laquelle Galiay jette des objets, reliée à deux amplis, un ordinateur, plus des gongs et de temps en temps les saxophones de Sylvain Cathala.

La chute des objets provoque évidemment des tonnerres qui accouchent par magie ou presque d'une structure complexe (c’est une voie ferrée pour wagon-lit ou d’immenses champs de bataille où seuls des sons vivent encore). Bref, on verrait bien la chose, en plus de l'écouter... Dommage quand même que Galiay vocalise ou que son électronique déborde un peu sur le noir par moment. Il aurait pu en rester à nos premières (et excellentes) impressions…

Frederick Galiay : Missing Time (Inversus Doxa)
Edition : 2013.
CD : 01/ Part I  Bönpo Ouverture/Capture 02/ Part II  Electric Sun/Manipulations 03/ Part III Strates/Exposure 04/ Part IV Magnetic Sleep/Machine room 05/ Part V  Black Out/Space Journey 06/ Part VI Théophanie 07/ Part VII Break Point/Retour 08/ Part VIII Bönpo Clôture/Marks
Pierre Cécile © Le son du grisli

2 décembre 2013

The Burton Greene Trio On Tour (ESP-Disk, 2013)

the burton greene trio on tour

En avril 1966, lors du mémorable tour des collèges new-yorkais, Sun Ra, Patty Waters, Giuseppi Logan, Ran Blake et Burton Greene poussaient assez loin les contrastes d’une free music en recherche de lendemains. La musique contemporaine passait par là et le trio de Burton Greene (Steve Tintweiss : contrebasse / Shelly Rusten : batterie) y piochait quelques vertes denrées. Le jazz s’éloignait et de longs moments de stagnation-concentration étonnaient un auditeur habitué au flagrant chaos du free jazz.

Burton Greene était alors ce pianiste s’abandonnant à un seul et unique trait. La matière devait être vivante et devait s’entretenir le temps qu’il fallait. Le silence ne jouait pas l’arlésienne : il n’était que foudre rentrée avant esclandres plus consensuelles. Ce trio refusait l’aléatoire, la discipline, l’indiscipline.  Bref, coursait la liberté et, souvent, lui tricotait son plus bel étui.

Burton Greene Trio : On Tour (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1966. Edition : 2013.
CD : 01/ Bloom in the Commune 02/ Ascent 03/ Three Theme 04/ Transcendence
Luc Bouquet © Le son du grisli

30 octobre 2012

Vinny Golia : Take Your Time (Relative Pitch, 2011)

vinny golia take your time

Avant d’inviter Bobby Bradford à enregistrer pour lui, Vinny Golia sera souvent passé au Little Big Horn, club que le cornettiste dirigeait à Pasadena. Take Your Time, de profiter d’une complicité évidente en plus d’une section rythmique irréprochable.

On sait l’amour de Golia pour les graves de contrebasse : aussi doué à l’archet qu’au pizzicato, Ken Filiano doit ici le ravir, tant il embrasse la musique du quartette : mariage de swing et de bop, d’improvisation libérée de tout schéma et free léger. Au soprano (Golia dit avoir été bouleversé par le son de celui de Coltrane), est servi un jazz étonnement découpé qui peut rappeler Braxton (qui donna jadis quelques leçons d’instruments au meneur) ; au ténor et à l’alto, ce sont des pièces d’un swing gouailleur et sophistiqué à la fois qui prennent forme. La prise de son, un peu claire, n’y peut rien : l’enregistrement fait référence dans la discographie de Golia.

Vinny Golia Quartet : Take Your Time (Relative Pitch)
Enregistrement : 3 juillet 2007. Edition : 2011.
CD : 01/ That Was For Albert 10 02/ Otolith 03/ On The Steel 04/ That Was For Albert 11 05/ Welcome Home 06/ Parambulist 07/ A Guy We All Used To Know 08/ Even Before This Time    
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

28 mai 2013

Ernesto Rodrigues, Katsura Yamauchi, Carlos Santos : Three Rushes (Creative Sources, 2012)

ernesto rodrigues katsura yamauchi carlos santos three rushes

L’enregistrement né de la rencontre d’Ernesto Rodrigues (ici à la harpe et aux objets), Katsura Yamauchi (saxophone alto) et Carlos Santos (ordinateur), n’excède que de peu la demi-heure. Ce sont là trois plages, trois scènes, et aussi trois fois trois « précipitations », trois fois trois « hâtes ».

Pas toujours virulent, le produit des opérations électroacoustiques abonde en souffles découpés, cordes tremblantes, qui traînent avant de disparaître quand les larsens et parasites en liberté persistent, eux. Car Santos ne ménage pas ses efforts, multipliant les déstabilisations électroniques d’un champ acoustique déjà perturbé. A force de mouvement, les instruments en présence vous ont assigné une place : cœur de cible que dessinent les trois anneaux de sons qu’ils ont enchassés.

Ernesto Rodrigues, Katsura Yamauchi, Carlos Santos : Three Rushes (Creative Sources)
Enregistrement : 13 juillet 2010. Edition : 2012.
01/ Scene1: Cookie’s Birth 02/ Scene2: Cookie’s Role 03/ Scene3: Cookie’s Departure
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

17 août 2013

Matt Krefting : High Hopes (Open Mouth, 2013)

matt krefting high hopes

High Hopes, c'est un vinyle à deux faces (certains en ont trois, parfois quatre). High Hopes, c'est Matt Krefting (qui n'est pas un inconnu pour ceux qui suivent l'actualité Ecstatic Peace! et qui a notamment oeuvré dans Son of Earth et Believers) qui, seul à sa table, la fait méchamment tourner.

De quoi joue Matt Krefting ? Quelle question... De tout, de tout ce qui a été enregistré avant lui, de tout ce qui le sera après. Son rock est noise, son noise est soft d'accord mais remue bien plus que le disque noise le plus total (c'est la loi des enregistrements que Bill Nace édite sur Open Mouth). Des loops, des bris de verre, des field recordings, des chants religieux, des voix usurpées, des répétitions, des redites, des répétitions, des redites, des répétitions... Enfin une ambient rock qui par vague vous assoupit, vous réveille, et vous subjugue. A ceux à qui le nom de Krefting ne dit rien, il est temps de se renseigner.

EN ECOUTE >>> High Hopes

Matt Krefting : High Hopes (Open Mouth)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
LP : A/ High Hopes Part 1 B/ High Hopes Part 2
Pierre Cécile © Le son du grisli

5 septembre 2013

Steve Dalachinsky, Joëlle Léandre : The Bill Has Been Paid (Dark Tree, 2013)

steve dalachinsky joëlle léandre the bill has been paid le son du grisli

Ça sent la liberté ici. Ça sent la sueur. Ça sent ceux qui ne se ménagent pas. Ça sent les esprits. Ici, il ne peut être question que de liberté et d’évocation-hommage à celles et à ceux qui n’ont cessé de l’illustrer. En quelque sorte, la poésie de l’un (Steve Dalachinsky) n’est rien d’autre qu’une lutte acharnée. Et chez Joëlle Léandre, chaque note n’est rien d’autre que la marque d’une vraie indépendance.

Il faut donc les écouter, ne rien lâcher, ne rien perdre de la liberté qu’ils sont allé débusquer depuis si longtemps. Une liberté si familière pour nous tous. Qu’il doit être bon de découvrir ces mots, ces musiques pour la première fois. Certain(e)s tomberont donc sur ce disque. Et il y a des chances pour qu’ils ne s’en remettent pas. Adoration ou rejet : point d’autre chemin semble-t-il. Quant à nous, nous ne pourrons qu’écrire, encore et encore, que cette liberté-là est inestimable. Essentielle voire vitale.

EN ECOUTE >>> Son of the Sun (After Magic)

Steve Dalachinsky, Joëlle Léandre : The Bill Has Been Paid (Dark Tree / Orkhêstra International)
Enregistrement : 27 mai 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Vocalise (for Jeanne Lee) 02/ Interlude #1 03/ Son of the Sun (After Magic) 04/ Interlude #2 05/ Sweet & Low (Word of Light and Love/The Bill Has Been Paid) 06/ Interlude #3
Luc Bouquet © le son du grisli

10 septembre 2013

Ed Bear, Lea Bertucci : Controlled Burn (Peira, 2012)

ed bear lea bertucci controlled burn

D’abord l’unisson. Rester unis. Se trouver et envelopper la matière. L’étendre sans jamais la brusquer. Stagner dans la gangue.

Ensuite, faire surgir de fines lames : trilles ou triolets se dégageant du leurre sonique. Décoller mais rester unis. Animer les harmoniques de ces souffles-paquebots. Puis les oublier et s’étaler en une autre dimension. Voici un drone. Voici des vents zébrés. Voici une impulsion. Voici une courte mélodie. Voici un court motif, sujet incongru au milieu de cet océan glacé. Et enfin, tout taire des soubresauts et cabrioles que n’autoriseront jamais le saxophone baryton d’Ed Bear et la clarinette basse de Lea Bertucci.

Ed Bear, Lea Bertucci : Controlled Burn (Peira)
Enregistrement : 2012. Edition : 2012.
CD : 01/ Somniferum 02/ Scelsi Girls 03/ Tooth 04/ Fanfare 05/ Things Have to Change 06/ Rare Earths 07/ Lines and Sirens 08/ Please
Luc Bouquet © Le son du grisli

6 septembre 2013

Correction, Mats Gustafsson : Shift (NoBusiness, 2013)

correction mats gustafsson shift

L’idée est bien celle d’une mise au point nécessaire, commandée par un retour de Mats Gustafsson à un jazz sémillant – comprendre à un « retour à l’ordre » ? Après quelques expériences bruitistes, pour beaucoup réussies, repli donc vers la ligne claire à l’invitation de Correction – soit : Sebastian Bergström (piano), Joacim Nyberg (contrebasse) et Emil Åstrand-Melin (battrie).

Hélas, le piano brille jusqu’en son for intérieur – cordes mollement chatouillées quand Bergström s’y porte en-dedans – et multiplie (ô combien) les notes sans jamais rien déranger de la Face A. A peine mieux ensuite : le même jouant les accompagnateurs d’un baryton qui tire l’association à lui – certes, avec force. La correction n’est pas suffisante : on n'y voit rien qui vaille, voire point, et ce des lointains contours à l'introuvable noyau.

EN ECOUTE >>> Winters Within >>> Four Is A Sufficient Condition for Amendment

Correction, Mats Gustafsson : Shift (NoBusiness)
Enregistrement : 2 & 3 mai 2012. Edition : 2013.
LP : A1/ Looking up. Birds A2/ Winters Within A3/ Personal Note No. 3 – B1/ Four Is a Sufficient Condition for Amendment B2/ Correct This! B3/ A New Ghost B4/ Shift
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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