Le son du grisli

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Ernesto Rodrigues, Axel Dörner, Nuno Torres, Alexander Frangenheim : Nor / WTTF 4tet : Berlin Kinesis (Creative Sources, 2015)

ernesto rodrigues axel dörner nuno torres alexander frangenheim nor

Ce disque noir est l’œuvre d’Ernesto Rodrigues, Axel Dörner, Nuno Torres et Alexander Frangenheim, enregistrés par ce-dernier le 2 mai 2014 à Berlin.

Déjà, l’archet du violoniste effleure l’alto et les souffles cherchent en trompette et saxophone des trajectoires à dessiner. Ce n’est pas l’hésitation mais l’habitude – celle de prendre son temps, qu’ont Rodrigues, Dörner et Torres – qui commande les premières minutes de l’improvisation. Et c'est Frangenheim qui, le premier, interrompt le jeu de patience et met un terme à l’attente d’un auditeur qui redoutait avoir déjà entendu Nor alors qu’il ne l’avait pas encore sorti de sa boîte.

Tournant, c’est donc Frangenheim qu’il stimule. D’un archet long ou d’un soudain accrochage, le contrebassiste oblige ses partenaires à abandonner le propos étouffé de techniques pourtant étendues. Sans le bouleverser non plus, la contrebasse rebat le jeu et transforme ses minutes de discrétion en saisissante musique d’attente : alors une longue note de trompette, la répétition d’un grincement ou l’insistance d’un aigu, donnent à l’exercice un charme opérant.

Ernesto Rodrigues, Axel Dörner, Nuno Torres, Alexander Frangenheim : Nor (Creative Sources)
Enregistrement : 2 mai 2014. Edition : 2015.
CD : 01-03/ Nor
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



wttf quartet berlin kinesis

On retrouve Frangenheim dans le WTTF Quartet qu’il compose avec Phil Wachsmann, Pat Thomas et Roger Turner. Il faudra attendre qu’une des machines du premier s’en empare pour qu’intéresse enfin le piano de Thomas – voilà un instrument de plus, le Thomasmann, que l’on doit à l’invention de Wachsmann. Quelques fois, les musiciens s’accordent le loisir d’y aller franchement ; le plus souvent, leurs gestes sont précieux, peaufinant des sons qui commandent d’autres gestes. Ici, l’association convainc ; ailleurs, elle pique.

WTTF Quartet : Berlin Kinesis (Creative Sources)
Enregistrement : 26 août 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ More Way 02/ Take It Back 03/ Little More Front 04/ Less Little More 05/ Slightly Front 06/ Back To More 07/ Front Less More Little 08/ That More
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Gregory Büttner : Wenn Uns Jemand Hört... (1000füssler, 2015) / Büttner, Lettew, Rodrigues, Torres : Zwei Mal Zwei (CS, 2015)

gregory büttner wenn uns

Sur ce nouveau disque qu’il publie sur 1000füssler, son label, Gregoy Büttner réinterprète – revoit, même – deux de ses compositions plus tôt créées par Anja Winterhalter.

La plus courte des deux pièces est celle qui donne son nom au disque, Wenn Uns Jemand Hört - Sag - Wir Haben Einfach Kurz Luft Geschnappt. Là, Büttner confectionne un ouvrage électronique qui perce et crépite, se tait plusieurs fois, repart sous l’impulsion d’un grave pour faire état ensuite état de microcouches sonores dont la disparité n’interdit pas l’accord.

Sur Falte, il arrange sur plus de trente minutes des séquences électroacoustiques faites d’ondes sinus, d’éclats d’objets et de chants enfouis. Plus « saisissable » que celle qui l’a précédée, la pièce enfile des bruits divers et métamorphosés par un intérêt pour le son juste, quand ce n’est pas rare. L’art avec lequel Büttner se penche au chevet d’un infiniment petit qu’il a imaginé puis créé de toutes pièces et à qui, enfin, il insuffle vie étant le point commun à ces deux créations intrigantes.

Gregory Büttner : Wenn Uns Jemand Hört - Sag - Wir Haben Einfach Kurz Luft Geschnappt (1000füssler)
Edition : 2015.
CD : 01/ Wenn Uns Jemand Hört - Sag - Wir Haben Einfach Kurz Luft Geschnappt   02/ Falte
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Gregory Büttner Gunnar Lettow Ernesto Rodrigues Nuno Torres zwei mal zwei

A l’électronique, Büttner enregistrait en avril et juin 2014 avec Ernesto Rodrigues (violon), Nuno Torres (saxophone) et Gunnar Lettow (basse électrique). L’improvisation est tendue, qui commande parfois des réactions mécaniques, mais parvient rapidement à accorder agitations et délicatesses. Et puis, de gestes et de signaux que l’on ne soupçonne pas, naît une abstraction qui sans cesse tend à l’effacement.

Gregory Büttner, Gunnar Lettew, Ernesto Rodrigues, Nuno Torres : Zwei Mal Zwei (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : avril & juin 2014. Edition : 2014.
CD : 01/ 1 + 3 02/ 5 – 1 03/ 4 04/ 22 05/ 42
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Wade Matthews, Javier Pedreira, Ernesto Rodrigues, Nuno Torres : Primary Envelopment (Creative Sources, 2014)

ernesto rodrigues wade mathews nuno torres javier pedreira primary envelopment

En sous-sol il y a avait l’atelier de mon grand-père. En semi sous-sol, pour être exact. De petites ouvertures donnaient sur l’extérieur où je guettais souvent les chevilles d’une inconnue qui n’était pas toi. Dans cette odeur d’acier et de graisse que m’ont ramenée les quatre outils (un par musicien, j'imagine : Wade Matthews, Javier Pedreira, Ernesto Rodrigues et Nuno Torres) dessinés sur la couverture de Primary Envelopment.

J’essaye de me figurer à quoi peut ressembler l’atelier aujourd’hui. Je ferme les yeux. Je laisse une guitare électrique, un saxophone alto, un violon et des objets amplifiés le faire sonner. Les établis tournent à plein régime. Les hommes y percent, y liment, y vissent, y frisent… Tout est bon pour modifier leurs instruments et le son de leurs instruments bien entendu. Ils font aussi parfois des pauses pour faire le point sur l'avancée de leur travail. A voix basse.

Par les petites fenêtres, le vent s’engouffre, soulève un peu de poussière de bois, de métal et de cordes, qui s’envole en tourbillon. C’est la fin de l’improvisation enregistrée il y a un an maintenant à Madrid. C’est-à-dire à quelques kilomètres de l’atelier de l’ancêtre. Je ne sais pas à quoi il peut ressembler aujourd’hui. Mais je sais maintenant qu’il sonne encore.

Wade Matthews, Javier Pedreira, Ernesto Rodrigues, Nuno Torres : Primary Envelopment (Creative Sources)
Enregistrement : avril et juin 2014. Edition : 2014.
CD : 01-05/ I-V
Héctor Cabrero © Le son du grisli

leauthier04

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IKB Ensemble : Rhinocerus / Anthropométrie sans titre (Creative Sources, 2014)

ikb ensemble rhinocerus anthropométrie sans titre

Référence faite à l’International Klein Blue, l’IKB Ensemble devra, pour qu’on lui reconnaisse une identité, lui aussi jouer de nuances. En faisant, par exemple, changer son personnel – qui voudra s’en convaincre pourra passer d’une page Creative Sources à l’autre : Rhinocerus / Anthropométrie sans titre / Rhinocerus, etc. –, mais pas seulement. Certes, les lentes suspensions que décrivait hier Luc Bouquet sont là encore, comme les précautions collectives et les louvoiements individuels. Mais les mouvements fébriles n’interdisent pas les déplacements.

Sur Rhinocerus, c’est ainsi le violon d’Ernesto Rodrigues qui est à la manœuvre. Patiemment, l’archet – que double souvent celui de Guilherme – tire à lui les percussions chantantes de Nuno Morão et José Oliveira, l’électronique avaleuse d’aigus de Carlos Santos ou la shruti box de João Silva. De longues minutes passent, et puis vient le moment pour Rodrigues d’échanger le lot de murmures qu’il a collectés contre un rythme délicat. Si délicat qu’il ne peut devancer longtemps l’évanouissement qu’il avait à ses trousses.  

Si l’on tient compte du croquis reproduit dans le livret d’Anthropométrie sans titre, les musiciens de l’ensemble forment un demi-cercle à la gauche duquel on trouve Carlos Santos puis Maria Radich – dont la voix percera davantage. Ce sont eux, cette fois, qui semblent commander les interventions : celle du piano de Rodrigo Pinheiro, celle de la contrebasse de Miguel Mira… C’est un ballet, en quelque sorte, dont les transports et les bruissements répondent oui à la question suivante : est-il plus évident de céder à la tentation de disparaître lorsqu’on est si nombreux ?

IKB Ensemble : Rhinocerus (Creative Sources)
Edition : 2014.
CD : 01/ Rhinocerus

IKB Ensemble : Anthropométrie sans titre (Creative Sources)
Edition : 2014.
CD : 01/ Anthropométrie sans titre
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ernesto Rodrigues, Chris Heenan, Alexander Frangenheim, Ofer Bymel : Berlin (Creative Sources, 2013)

chris heenan ernesto rodrigues alexander frangenheim ofer bymel berlin

Sur la couverture de Berlin apparaissent quatre marques de griffures. Symbolisent-elles les musiciens qui ont enregistré cette « Suite en six parties » ou sont-elles les traces de leur rencontre ? J’opterais pour la première hypothèse et j'ajouterais que la première griffure représente le violoniste Ernesto Rodrigues.

Avec Chris Heenan (saxophone et clarinette contrebasse de Trigger), Alexander Frangenheim (contrebasse) et Ofer Bymel (percussions), il improvise une petite musique de nuit et, malgré ses griffures, tendre est la nuit. L’archet tâtonne, glisse et après barre, tient le cap de l’improvisation. Devant l’inconnu que représente la minute ou la seconde qui arrive inexorablement, le quatuor peut vibrer (la clarinette en donne la meilleure preuve) et alors la nuit remue. Dans un cas comme dans l’autre c’est un beau souvenir de Berlin que nous dévoile là Ernesto Rodrigues ; un beau souvenir de nuit tendre qui remue. 

Ernesto Rodrigues, Chris Heenan, Alexander Frangenheim, Ofer Bymel : Berlin (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 25 avril 2010. Edition : 2014.
CD : 01-06/ Berlin
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Ernesto Rodrigues, Guilherme Rodrigues, Gianna de Toni, Christophe Berthet, Raphaël Ortis : Trees (Creative Sources, 2014)

ernesto rodrigues guilherme rodrigues raphaël ortis gianna de toni christophe berthet trees

Au Tcha3, où Creative Sources et Ernesto Rodrigues ont leurs habitudes, fut enregistré Trees le 22 mai 2013. Auprès du violiniste, le violoncelle de Guilherme Rodrigues, la contrebasse de Gianna De Toni, la basse électrique de Raphaël Ortis et – pour contrebalancer peut être le poids des cordes – le soprano de Christophe Berthet.

De part et d’autre du trébuchet – taillé peut-être dans un des arbres dont il est question –, on trouverait ainsi le saxophoniste opposé à ses camarades. Le jeu de bascule commande précision et patience, qui ménage bruissements (violon interrogé de l’ongle, graves soignés à l’archet, partitions mécaniques étouffées) et souffles voilés. Habilement suspendus, les éléments sonores forment bientôt dans l’espace une composition que se disputent impression de louvoyer et expression affranchie. Cinq improvisateurs s’en trouvent lévitant.  

Ernesto Rodrigues, Guilherme Rodrigues, Gianna de Toni, Christophe Berthet, Raphaël Ortis : Trees (Creative Sources)
Enregistrement : 22 mai 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Ancient Trees 02/ Whistling Trees 03/ Lonely Trees 04/ Moonlit Trees 05/ Tree of Life
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ernesto Rodrigues, Katsura Yamauchi, Carlos Santos : Three Rushes (Creative Sources, 2012)

ernesto rodrigues katsura yamauchi carlos santos three rushes

L’enregistrement né de la rencontre d’Ernesto Rodrigues (ici à la harpe et aux objets), Katsura Yamauchi (saxophone alto) et Carlos Santos (ordinateur), n’excède que de peu la demi-heure. Ce sont là trois plages, trois scènes, et aussi trois fois trois « précipitations », trois fois trois « hâtes ».

Pas toujours virulent, le produit des opérations électroacoustiques abonde en souffles découpés, cordes tremblantes, qui traînent avant de disparaître quand les larsens et parasites en liberté persistent, eux. Car Santos ne ménage pas ses efforts, multipliant les déstabilisations électroniques d’un champ acoustique déjà perturbé. A force de mouvement, les instruments en présence vous ont assigné une place : cœur de cible que dessinent les trois anneaux de sons qu’ils ont enchassés.

Ernesto Rodrigues, Katsura Yamauchi, Carlos Santos : Three Rushes (Creative Sources)
Enregistrement : 13 juillet 2010. Edition : 2012.
01/ Scene1: Cookie’s Birth 02/ Scene2: Cookie’s Role 03/ Scene3: Cookie’s Departure
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Creative Sources Expéditives

creative sources expeditives

wind trio

Wind Trio : Old School New School No School (Creative Sources, 2011)
C’est en refusant les clichés du genre que Joao Pedro Viegas (clarinettes basse & soprano), Paulo Chagas (flûtes, hautbois, clarinette sopranino) et Paulo Curado (flûte, saxophones alto & soprano) fidélisent quelques traits singuliers. En s’éloignant de l’unisson, en brûlant les politesses, en ne répondant pas aux appels insistants de l’un, en contractant leurs souffles, les voici dérivant en des désordres tumultueux. Parfois, se souvenant que l’étreinte possède quelque charme, nous les retrouvons jacassant sans discontinuer. Soit une manière de ne rien rejeter des possibles s’offrant à eux. (lb)

watt

Watt : Alter Egos (Creative Sources, 2012)
Dans la nervosité assumée qui est la leur, Watt (Ian Smith, Hannah Marshall, Stephen Flinn) ne jure que par le hors-piste. Esquivant les bosses, faisant l’apologie du grognement, se séparant plus que ne s’alliant, ils activent et réactivent leurs bibelots résonnants. Parfois, se surprennent à exhumer les vieilles recettes du jazz pour, rapidement, réorganiser – ou plutôt désorganiser – leur vive et raclée quincaillerie. Bref : n’en font qu’à leur tête. (lb)

nulli

Andreas Willers, Christian Marien, Meinrad Kneer : Nulli Secundus (Creative Sources, 2012)
L’improvisation d’Andreas Willers (guitares), Christian Marien (batterie) et Meinrad Kneer (contrebasse) est franche, directe, farouche. La matière se trouve d’emblée et, sans recherche ni hésitation, poursuit sa route avec obstination. La grande qualité du guitariste réside  dans les matières qu’il crée et entretient : sonorités insolites voire sidérantes à la guitare électrique ; espaces déliés à l’acoustique. Ici, le trio transforme un lent bruissement en une entêtante vibration; ailleurs, on ne jure que par le soubresaut et la ruade. En n’isolant jamais une source et en ne brisant jamais sa course, Willers, Marien et Kneer font de leur minimal royaume un continent aux foudroyantes vertus. (lb)

ikb

IKB Ensemble : Monochrome bleu sans titre (Creative Sources, 2012)
D'Ernesto Rodrigues, Guilherme Rodrigues, Miguel Mira, Rogero Silva, Bruno Parrinha, Eduardo Chagas, Nuno Torres, Pedro Sousa, Abdul Moimême, Carlos Santos, Ricardo Guerreiro, Nuno Morao, Monsieur Trinité et José Oliveira, on n’oubliera pas de sitôt la lente suspension. Ici, chacun frôle son propre effacement sans jamais s’y résoudre. L’instrument s’oublie mais pas la douceur qui s’y déploie. Le temps s’arrête, n’a plus aucune prise avec la réalité. Le songe se révèle, intense et irradiant. (lb)

malval

Christophe Berthet : Malval (Creative Sources, 2012)
Dans la solitude de la chapelle de Malval (Genève), Christophe Berthet part à la chasse aux sons. En trouve quelques-uns, les assemble. Multiphoniques ici, harmoniques ailleurs, techniques étendues toujours : le souffle s’ouvre à un horizon craquelé. Le chant-appel de Berthet n’est pas de carapace mais de réceptivité. Il s’ouvre en de larges étendues : stagnantes à l’alto, plus causantes au soprano. Parfois, invite le son à disparaître. Parfois, le met en suspension. Et jamais ne lui obstrue les passages secrets déposés malicieusement ici et là. (lb)

DarkBleak

Bleak House : Dark Poetry (Creative Sources, 2012)
Saluant Dickens, la maison « bleak » du trio norvégien de Dag-Filip Roaldsnes (piano), Kim-Erik Pedersen (saxophone alto) et Tore T. Sandbakken (batterie) promet une poésie « dark » au travers des quatorze pièces brèves de cet album enregistré début 2010... et se tient joliment, parfois un peu littéralement, à ce programme : mélodies suspendues, belle écoute aérée (Trio for Morton Feldman), combinaisons de timbres, mais aussi un penchant pour le méditatif... que le groupe sait heureusement circonscrire à temps – une vraie qualité quand les ambiances frisent trop le romantisme. (gt)

cs

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Radu Malfatti, Ernesto Rodrigues, Ricardo Guerreiro : Shimosaki (B-Boim, 2013)

ricardo guerreiro radu malfatti ernesto rodrigues shimosaki

Après un été finissant (Late Summer), Radu Malfatti, Ernesto Rodrigues et Ricardo Guerreiro, peignent les quarante (premières, peut-être) minutes d’un hiver qui commence (Shimosaki). Enregistrée en concert à Lisbonne le 20 septembre 2012, la pièce improvisée prône en conséquence l’oubli de l’automne.

C’est que l’instant et l’urgence qu’il commande se passent ici très bien d’intermédiaires – de saisons, donc, et puis de sons, de gestes – et même de toute chronologie (puisque Shimosaki fut enregistré avant Late Summer). A leur place, trouver quarante autres minutes de retenues, d’évocations plutôt que d’invocations, de réflexions troublées par une envie de tout dire dans la ligne, sinon dans l’effleurement. De là se laisse entendre une difficulté à être pleinement (le grave de Malfatti file en douce, l’alto de Rodrigues réagit dans un pincement, les larsens de Guerreiro s’interdisent tout attaque). Or, qu’ils semblent se répondre ou se fuient rondement, les sons que l’on attrape au vol composent un murmure qui, à force de dévisser, révèle l’étrange nature des mystères qu’il recèle. 

Ricardo Guerreiro, Radu Malfatti, Ernesto Rodrigues : Shimosaki (B-Boim / Metamkine)
Enregistrement : 20 septembre 2012. Edition : 2013.
CD-R : 01/ Shimosaki
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ernesto Rodrigues, Radu Malfatti, Ricardo Guerreiro : Late Summer (Creative Sources, 2012)

rodrigues malfatti guerreiro late summer

Naturellement, le fait de retrouver le tromboniste Radu Malfatti entouré des cordes d'Ernesto Rodrigues (alto) et de l'ordinateur de Ricardo Guerreiro remet en tête le fameux trio que le souffleur formait il y a quinze ans avec Durrant et Lehn sur les disques Beinhaltung et Dach ; pourtant le rapprochement, s'il n'est pas complètement vain – davantage que la fine pyrotechnie de Lehn, le  travail de tramage qu'opère Guerreiro, par exemple, évoquerait celui de Klaus Filip (dans Imaoto ou Building Excess) – atteint vite ses limites...

C'est à Lisbonne, au lendemain d'un concert commun et lors de deux sessions consécutives (les 21 et 22 septembre), dans deux studios distincts, que le trio s'est retrouvé : les deux disques qui rendent compte de ces séances d'enregistrement recèlent chacun, avec une qualité toute paysagère, quarante minutes de la discrète rumeur d'un monde. Le silence habité qui règne, ni aride ni crispé, est celui de l'attention – nocturne, minutieuse, d'une certaine sensualité lente, comme perméable au climat de cet été finissant et aux sons extérieurs.

Posément réparties, les interventions des musiciens opèrent en rehauts, en respirations, et si la présence de Malfatti (paradoxale dans son retranchement) agit comme une influence, le groupe n'en est pas plus tétanisé que l'auditeur qui trouve où circuler, silencieux, en chaussettes...

Est-ce pieds nus que l'on écoutera le live du 20 septembre au Musica Viva Festival ? Le label du tromboniste, B-Boim, l'a conservé sous le titre Shimosaki.

Ernesto Rodrigues, Radu Malfatti, Ricardo Guerreiro : Late Summer (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 21 et 22 septembre 2012. Edition : 2012.
CD1 : 20120921 – CD2 : 20120922
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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