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Le son du grisli
21 juin 2015

Han-Earl Park, Catherine Sikora, Nick Didkovsky, Josh Sinton : Anomic Aphasia (Slam, 2015)

han-earl park catherine sikora nick didkovsky josh sinton anomic aphasia

Pris en étau entre les feux croisés de deux guitaristes allumés (Han-earl Park, Nick Didkovsky), le saxophone ténor de Catherine Sikora combat pour exister. Situation épineuse pour une improvisatrice en attente de parole. Détectant la fatigue des deux lascars, la voici se révélant : phrasés rêches et coriaces, parfois solitaires et toujours infectant une plaie, désormais forée en commun. Ceci pour le trio Park-Didkovsky-Sikora.

Le dialogue semble plus aisé, plus fluide, quand s’éloigne Didkovsky et que se rapproche Josh Sinton (saxophone baryton, clarinette basse). Emballements des deux souffleurs, crises soniques et grésillantes du guitariste, ténor flirtant la soie ou s’égosillant sans compter : ces trois-là s’accordent en lamentations et souffrances perverses. Ceci pour le trio Park-Sikora-Sinton.

Han-earl Park, Catherine Sikora, Nick Didkovsky, Josh Sinton : Anomic Aphasia (Slam)
Enregistrement : 2013. Edition : 2015.
CD : 01/ Monopod 02/ Pleonasm 03/ Flying Rods 04/ Hydraphon 05/ Stopcock
Luc Bouquet © Le son du grisli

john coltrane luc bouquet

27 janvier 2015

Achim Wollscheid, Bernhard Schreiner : Calibrated Contingency (Baskaru, 2014)

achim wollscheid bernhard schreiner callibrated contingency

C’est en 2011 à Graz, sur deux ordinateurs (plus une radio & un micro unidirectionnel), qu’Achim Wollscheid (qui a collaboré avec Merzbow ou Asmus Tietchens, apprendrais-je) et Bernhard Schreiner ont improvisé cette pièce de trois quarts d’heure retravaillée en studio.

Chacun en charge d’un bout de la stéréo et séparés par un mur devant l’audience, les deux hommes se sont donc revus pour accoucher d’une grande pièce architecturale, spectrale et même peut-être bien… spatiale. Le hic c’est que, la fusée, c’est en fait une invention d’une autre (voire révolue) époque, et que sa progression sonne assez creux. Les paliers de drones, les vents synthétiques, les voix radiophoniques, etc., sont des effets rebattus. On préférera donc, par exemple, retourner à Pierre Henry : avec lui, au moins, on voyage dans le temps.



Achim Wollscheid, Bernhard Schreiner : Calibrated Contingency (Baskaru)
Enregistrement : 2011. Edition : 2014.
CD : 01/ Calibrated Contingency
Pierre Cécile © Le son du grisli

14 janvier 2015

Louis Moholo-Moholo : 4 Blokes (Ogun, 2014)

louis moholo-moholo 4 blokes

Enregistré en studio le 12 novembre 2013, 4 Blokes marquerait la naissance d’un quartette emmené par Louis Moholo-Moholo, entendu plus tôt au Café Oto. A l’intérieur : Jason Yarde (remarkable saxophonist déjà de l’Unit du batteur), Alexander Hawkins (fougueux pianiste de Keep Your Heart Straight) et John Edwards.

Marquée par le souvenir des jeunes années du meneur (For the Blue Notes, Angel-Nomali, Tears for Steve Biko), la rencontre débute au son d’un Parisian Thoroughare transposé sur autoroute par les courts motifs que répètent Hawkins et Yarde – portés par la contrebasse et la batterie, la paire signera de beaux moments de connivence.

Ainsi, l’énergie préside-t-elle à la séance, dont profiteront Something Gentle (composition de Yarde) ou 4 Blokes (improvisation du groupe) mais qui pourra affranchir le lyrisme du pianiste : son jeu plombe alors Mark of Respect. Repli, donc, en mélancolies : un air de Dudu Pukwana et la reprise de Something Gentle rétablissent l’harmonie prometteuse.

Louis Moholo-Moholo Quartet : 4 Blokes (Ogun / Orkhêstra International)
Enregistrement : 12 novembre 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ For the Blue Notes 02/ Something Gentle 03/ All of Us / Khwalo 04/ Mark of Respect 05/ Tears for Steve Biko 06/ 4 Blokes 07/ Yes Baby, No Baby 08/ Angel-Nomali 09/ Something Gentle (Reprise)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

7 janvier 2015

Robert Curgenven : They Tore the Earth and, Like a Scar, It Swallowed Them (Recorded Fields, 2014)

robert curgenven they tore the earth and like a scar it swallowed them

Je vais vous faire part d’une expérience qui n’est pas donnée à tout le monde (du moins c’est ce que je crois) = commencer un disque par sa face B. Après Built Through (avec Richard Chartier), ce ne sont pas les premières bourrasques de They Tore the Earth… (mastered by Rashad Becker !) qui m’écarteront du chemin de Robert Curgenven. Oui,  mais une fois passées les bourrasques ?

Mon tort est d’avoir entendu la claque finale dont la première face ne cessera pas de me menacer ensuite (à plus ou moins « sons couverts »). Mais bon, plongé dans les crépitements et les cercles de feu, je dégusterais les field recordings (enregistrés en Australie entre 1999 et 2010), la basse & l’orgue & les turntables… de la face A au point de vouloir me replonger une nouvelle fois dans la B. Ce qui me fera respecter en plus le storytelling (2 scènes par face) écrit par Curgenven.

Et là, surprise, le flip-trip est plus impressionnant encore. Tellurique et engloutissant, comme le promettait le titre du LP. Comme d’autres, Curgenven aurait-il décidé de mettre ses field recs au profit du côté obscur de la force (tellurique) ? Pour me rassurer, la prochaine fois que j’écouterai The Tore the Earth, je recommencerai par la face B. Intriguant, non ?

Robert Curgenven : They Tore the Earth and, Like a Scar, It Swallowed Them (Recorded Fields)
Edition : 2014.
LP : A1/ Scene 1. Scattered to the Wind, the Fortunate A2/ Scene 2. Only the Dogs And the Fires On the Horizon – B1/ Scene 3. The Heat at Their Necks B2/ Scene 4. And When the Storm Came, They Were the Storm
Pierre Cécile © Le son du grisli

nww 33

21 avril 2012

Joseph Jarman, Don Moye : Black Paladins (Black Saint, 1979)

joseph_jarman_black_paladins

Ce texte est extrait du troisième volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

En 1979, Joseph Jarman et Don Moye échappèrent à l’Art Ensemble of Chicago le temps de l’enregistrement d’un disque : Black Paladins, sur lequel on peut aussi entendre Johnny Dyani  (cet étrange featuring centré sur la couverture). Le titre du disque reprend celui d’un de ses morceaux, qui reprend lui-même celui d’un poème d’Henry Dumas.

De Dumas, on sait la vie brève, à laquelle mit un terme un officier de police dans le métro de New York, et le parcours, fulgurant pour être coincé entre deux dates rapprochées (1964 et 1968), d’activiste du mouvement des droits civiques et de poète inspiré par le jazz. Deux ans après sa mort, Joseph Jarman renversait la chose en récitant « Black Paladins ».

We shall be riding dragons in those days
Black unicorns challenging the eagle
We shall shoot words
With hooves that kick clouds
Fire eaters from the sun
We shall lay the high white dome to siege
Cover sreams with holy wings, in those days
We shall be terrible.

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Deux fois, Jarman dit le texte – la seconde fois, son débit est plus rapide. Alors, il peut défendre sa composition, qui ouvre la seconde face du vinyle : un gimmick de contrebasse ouvre le champ dans lequel le saxophone baryton se rue bientôt. L’heure est à la virulence, mais la virulence est ici contenue : les musiciens profitent de l’espace qui leur est imparti et même peuvent rétablir un swing qui ne rendra pas leur hommage moins poignant. Dans les notes qu’il rédigea pour As If It Were The Seasons – présentées par Jean-Pierre  Moussaron au dos de l’édition française de cette référence Delmark –, Jarman écrit pour expliquer les activités de l’AACM à laquelle il appartient : « Nous sommes conscients du pays (L’AMERIQUE) et de l’état d’esprit, de ce que cela fait à l’être humain, aussi nous abstrayons-NOUS. » Ici aussi, l’affaire est d’abstraction philosophique : le retour sur soi et la réflexion opposés aux usages du monde.

L’appel au détachement pourrait faire craindre qu’une certaine indulgence, une « gentillesse » voire, s’impose au propos, d’autant que les deux premiers titres de Black Paladins, « Mama Marimba » de Dyani et « In Memory of My Seasons » de Jarman, ne sont guère féroces : perdu dans un magasin d’instruments – là, trouver saxophones et flûtes, batterie et piano, mais aussi coquillages et sifflets –, le trio délite son invention dans un exotisme bon enfant ou en atmosphère évasive dont l’Art Ensemble of Chicago se repaîtra jusqu’à la parodie. Il faut ainsi attendre « Humility in the Light of the Creator », relecture d’un thème de Kalaparusha (Maurice McIntyre) pour que le disque prenne de l’ampleur – et prouve qu’abstraction n’est pas abstention.

jarman_b
 
Ce n’est que là que Jarman, Moye et Dyani, enfourchent les dragons que Dumas appelait de ses vœux. Derrière le saxophone grave, l’archet de contrebasse joue les dérangés tandis que la batterie emporte les ressemblances de l’atmosphère du titre avec celle d’« Alabama » pour en faire un autre morceau de gravité profonde au point d’en être insaisissable.

We shall be riding dragons in those days (…) We shall be terrible. Deux fois, Jarman dit le texte. C’est alors « Ginger Song », sur lequel un sopranino cette fois trouve son équilibre sur le tumulte rythmique, et à grande vitesse en plus, puis « Ode to Wilbur Ware », respects adressés par Moye à celui qui fit de la contrebasse une percussion immense. Un gimmick y tourne en boucle et fait tourner avec lui archet, flûtes puis clarinette basse : les interventions se meuvent autour de l’idée musicale comme autant de satellites. Ce retour à la musique des sphères serait un des moyens qu’a trouvés Jarman de s’abstraire. Dans les notes du même As If It Were The Seasons, il regrette seulement : « Mon ami, si seulement tu pouvais être ici pour entendre cela sur le vif – réellement – et non cette machine. »

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2 septembre 2014

Seth Cluett : Forms of Forgetting (LINE, 2014)

seth cluett forms of forgetting

L’artiste touche-à-tout qu’est Seth Cluett (qui cite La mémoire, l’histoire, l’oubli de Paul Ricœur, pourquoi pas…) pose sur ce CD « Chartier » la question du souvenir, de ce que l’on retient et de ce que l’on oublie. Et si oublier c‘est un peu « faire disparaître » (c’est pas du Ricœur mais du moi qui invente), que retenir de l’écoute (des écoutes, pour les forcenés) de Forms of Forgetting ?

Eh bien, j’ai le regret de l’avouer… le meilleur de ce qu’il m’a été donné d’entendre dans le « genre drone » ces derniers temps. Et si j’ose chronologiquer la claque, c’est que ces naaappes et re-naaaappppppeeeees emberlificotées, passées les vingt premières minutes, vous tournent la tête avant de s’inviter en vous (oui, j’ai bien dit « en »… de ces trucs qui vous remuent & qui remuent « en » vous). Aujourd’hui, nous nous accorderons (vous & moi) sur ce fait : les drones, ça court les rues (et les déserts, j’en parle pas). Mais ceux de Cluett ne cachent pas leur intentions et vous font même gagner une heure : de temps, d’enivrement, de musique, à votre guise !

Seth Cluett : Forms of Forgetting (LINE)
Edition : 2014.
CD / DL : 01/ Forms of Forgetting
Pierre Cécile © Le son du grisli

8 juin 2014

Scott Fields, Jeffrey Lapendorf : Everything Is in the Instructions (Ayler, 2013) / Sharp, Fields : Ostryepolya (Pan Rec, 2013)

scott fields jeffrey lapendorf everything is in the instructions

Par sa tessiture pentatonique sans demi-tons, le shakuhachi semble condamné aux terres apaisantes. Ici, Jeffrey Lapendorf ne déroge pas à la règle. Sa flûte rejette le sombre, accoste des azurs sans nuages, pointe et infiltre des harmonies scintillantes.

La guitare acoustique de Scott Fields aura beau convoquer des accordages défaillants, empoisonner le très peu de son jeu, il ne pourra jamais assombrir le tableau. Tableau que tous deux ont choisi d’argumenter de leurs pastels secs et aimants. En témoigne cette tendre et soyeuse version de la Naima de John Coltrane clôturant ce docte enregistrement.

écoute le son du grisliScott Fields, Jeffrey Lapendorf
She Comes from Nowhere

Scott Fields, Jeffrey Lapendorf : Everything Is in the Instructions (Ayler Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ She Comes from Somewhere 02/ Terror Babies 03/ Objects in Relation to Other Objects 04/ Oh, Yes 05/ The Politics of Solitude 06/ Tip Bloused 07/ Advice for Some Young Man in the Year 08/ Naima
Luc Bouquet © Le son du grisli

elliott sharp scott fields ostryepolya

Enregistrés (et filmés) le 26 mai 2009 (Loft de Cologne) et le 5 mars 2010 (Nozart Festival, même ville), Elliott Sharp et Scott Fields s'interprètent (car, sur pupitres, des partitions traînent). De l'improvisation de jadis et de l'invention possiblement écrite, rien ne subsiste. Deux guitares acoustiques se répondent quand elles ne s'ignorent pas ; brassent non plus à contre-courant mais avec, et comptant beaucoup sur lui. Même le public attend qu'on lui donne le droit d'applaudir.

Elliott Sharp, Scott Fields : Ostryepolya (Pan Rec)
Enregistrement : 2009-2010. Edition : 2013.
DVD : 01/ Branedrance 02/ Betweeln Octopus and Squid 03/ Big, Brutal, Cold Raindrops 04/ Minerali 05/ Shuffle Through the Restaurateur Gauntlet 06/Douabula 07/ Pur Your Pennes in My portuguese Cork Hat 08/ Doubleviz 09/ Freefall 10/ Credits
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

16 mai 2014

Umpio, irr. app. (ext.) ‎: Observation Affects The Outcome (Monochrome Vision, 2013)

umpio irr

A la toute fin de l’année dernière, sortait ce disque à la drôle de pochette grise et noire, de deux formations aux noms encore inconnus de moi : Umpio (derrière lequel se cache un certain Pentti Dassum) et irr. app. (ext.) (qu’a imaginé Matthew Waldron, Californien qui a collaboré avec Nurse With Wound ou Stilluppsteypa).

Sur la pochette du CD, on lit que le premier joue dans les groupes Astro Can Caravan et Kroko et qu’il a baptisé la musique qu’il fait seul « Junkyard Elektroautistix ». Et alors, me direz-vous ? Eh bien, c’est que ce « Junkyard Elektroautistix » correspond parfaitement à ce qu’on trouve sur cette collaboration qui entremêle dark ambient et noise. Voilà ce que c’est que d’opposer deux autistes sonores : malgré leur hantise, ils finissent par se toucher. L’Observation affectant The Outcome, voilà qu'ils accouchent de monstres faméliques dans tous les coins !

Umpio, irr. app. (ext.) ‎: Observation Affects The Outcome (Monochrome Vision)
Enregistrement : 2011-2012. Edition : 2013.
CD : 01-05/ Part I – Part V
Pierre Cécile © Le son du grisli

2 mai 2014

Pierre-Alexandre Tremblay : La marée (Empreintes DIGITALes, 2014)

pierre-alexandre tremblay la marée

Sur La rupture inéluctable, la première des pièces de ce double CD, Pierre-Alexandre Tremblay ne raconte pas notre histoire, mais j’y vois des coïncidences. Un homme (le soliste ?) seul face à des haut-parleurs. En 2011 (c’est l’année de la composition). Une clarinette basse (celle d’Heather Roche) lui lance un appel. Il ne bouge pas. Une deuxième basse, maintenant, sur la première. Cela lui rappelle un air folklorique, ou plutôt (il hésite, maintenant), une composition de Braxton. L’acoustique contre les schémas électroniques, l’homme contre la machine. Un homme seul face à des haut-parleurs qui l’envoutent.

Je remercie Pierre-Alexandre Tremblay pour La rupture inéluctable et pour Mono No Aware, ses pièces les plus récentes. Dans Mono No Aware, je vois d’autres coïncidences. Dans ces rubans de sons qui m’encerclent et tournent. J’entends en eux la corne de brume de la table de Babel de Jean-François Laporte, mais elle est multipliée. Je cherche d’où vient l’appel et me tourne dans l’autre direction.

Comme je ne vois pas des coïncidences dans tout ce que j’entends, je passerais à côté des trois autres compositions : Le tombeau des fondeurs, où le piano Baschet-Malbos de Sarah Nicolls sonne des cloches électronique, Still, Again, où la soprano Peyee Chen fait face à un désordre électronique aussi, et Un clou, son marteau, et le béton, où Sarah Nicolls revient au piano pour un exercice romantique que mon pauvre cœur ne peut souffrir… C’est le hasard des coïncidences et le vouloir des compositions. Deux, pour moi, coïncidaient.

écoute le son du grisliPierre-Alexandre Tremblay
La marée (extraits)

Pierre-Alexandre Tremblay : La marée (Empreintes DIGITALes)
Edition : 2014.
CD1 : 01/ La rupture inéluctable (2011) 02/ Le tombeau des fondeurs (2008) 03/ Mono No Aware (2013) – CD2 : 01/ Still, Again (2012-13) 02/ Un clou, son marteau, et le béton (2008-2009)  
Héctor Cabrero © Le son du grisli

24 avril 2014

Aki Takase / La Planète : Flying Soul (Intakt, 2014)

aki takase louis sclavis la planète flying soul

Avec de tels invités (Louis Sclavis, Dominique Pifarély, Vincent Courtois), les compositions d’Aki Takase prenaient le risque de se perdre dans les ruses d’une « certaine tradition française ». Debussy, Ravel, Dutilleux passés à travers le moule de l’improvisation : merci, on a déjà donné et on préférera toujours les originaux à ses dévoués (?) contemplateurs.

Ici, l’écueil n’est pas toujours évité et la fin du disque déçoit quelque peu. Heureusement, des traits empreints de violences, un archet soutenu et exaltant (belle prise de bec Takase-Pifarély), une forme obsédante ne voulant pas s’effacer, des mouvements en déséquilibre, auxquels il faut ajouter le jeu toujours impulsif de la pianiste, finissent par convaincre du bien fondé de la nouvelle aventure de Dame Takase.

écoute le son du grisliAki Takase
Flying Soul (extraits)

Aki Takase / La Planète : Flying Soul (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2014.  
CD : 01/ Into the Woods 02/ Rouge Stone 03/ Wasserspiegel 04/ Onigawarau 05/ Finger Princess 06/ Morning Bell 07/ Turtle Mirror 08/ Reading 09/ Intoxication 10/ Schoolwork 11/ Flying Soul 12/ Tarantella 13/ Twelve Tone Tales 14/ Moon Cakes 15/ Pièce for « la planète »
Luc Bouquet © Le son du grisli

31 mars 2014

Criticon Duo : How to Get A Cold (NOPLYN, 2013)

criticon duo how to get a cold

Comme son nom l’indique, Criticon Duo est une rencontre tchéco-espagnole. Le premier est trompettiste (doué à l’objet) : Petr Vrba. Le second est saxophoniste (doué à l’objet aussi, et qui touche à l’électronique malgré la mise en garde de ses parents) : Tomas Gris. A Prague (Praha), ils ont été enregistrés l’an passé.

Quand on pense aux efforts d’Adolf Sax pour anéantir les effets de l’asthme, on regrette que Gris ait accepté d’intituler l’enregistrement How To Get A Cold (c’est en effet un état aggravant). Forcément, il y a sur le CD beaucoup de courants d’air et, en plus, nous voilà dès le début coincés dans l’un ou l’autre des deux conduits. Comment faire alors ?

Au début, on craint l’échange réductionniste de trop (autrement dit : de rien), post-Dörner vs. post-Butcher, mais le duo est assez malin (ou inconscient) pour contrer nos attentes. Et fiiouuu... c’est du vent dans du papier à cigarette et des grattements comme on en rêvait. Enrhumé maintenant, comme contents nous sommes ! 

Criticon Duo : How To Get A Cold (NOPLYN)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ School 02/ The Phantom of John Ford 03/ Back Potatoe
Pierre Cécile © Le son du grisli

6 mars 2014

Anna Kaluza, Artur Majewski, Rafal Mazur, Kuba Suchar : Tone Hunting (Clean Feed, 2013)

anna kaluza artur majewski rafal mazur kuba suchar tone hunting

Deux souffles (Anna Kaluza, Artur Majewski) ne pouvant s’éloigner, une rythmique (Rafal Mazur, Kuba Suchar) tournoyante : on connait cela. Le free jazz est passé par là : il repassera.

La qualité de ce quartet polonais réside dans son entêtement. Ici, à part un solo de batterie sans grande importance, rien ne se détourne. Tout se joue dans cette systématique du 2 + 2. Et ces deux entités jamais ne se croisent, jamais ne se questionnent, jamais ne s’évaluent. Que l’esthétique porte les stigmates de la new thing ou que l’improvisation libre s’en mêle, jamais les premiers ne semblent se soucier des seconds. Il y a donc ici un territoire borné, obstiné, buté, quadrillé. Et pourtant il y a Complete Communion. Il y a les effluves d’un vieux free jazz bougeant encore. Et puis, il y a ces souffles croisés aux forts soupçons d’inabouti, d’inachevé. Une fois de plus, préférer les amorces aux résolutions n’est pas interdit.

Anna Kaluza, Artur Majewski, Rafal Mazur, Kuba Suchar : Tone Hunting (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Track 1 02/ Track 2 03/ Track 3 04/ Track 4 05/ Track 5
Luc Bouquet © Le son du grisli  

26 février 2014

Jean-Luc Guionnet, Eric La Casa, Philip Samartzis : Stray Shafts of Sunlight (Swarming, 2013)

jean-luc guionnet eric lacasa philip samartzis stray shafts of sunlight

Des extraits de concerts datant du printemps 2007 (Munich, Berlin, Hambourg, Venise, Grenoble et Montreuil) permettent à Jean-Luc Guionnet, Eric LaCasa et Philip Samartzis, de prolonger les effets d’un Soleil d’artifice enregistré à la même époque.

La lumière a quelque chose à voir – un aigu qui perce et résiste, une voix inquiète de détails, des notes d’alto refoulées qu’une sonde cherche, dans le corps de l’instrument, à récupérer, quelques moteurs branlants, des enregistrements de phénomènes naturels qui déposent plus qu’ils n’érodent, d’autres notes de saxophones, longues cette fois, parasitant une électronique de mitraille – et même à réfracter : les sous-bassement tanguent si, à la surface, les musiciens ne trahissent aucun remous.

Voilà pourquoi leur promenade en sons donnés et paysages réinventés ajoute à l’irréalité des choses, voire, puisque l’association est ingénieuse, à la poignante vérité des choses abstraites.  

Jean-Luc Guionnet, Eric La Casa, Philip Samartzis : Stray Shafts of Sunlight (Swarming / Metamkine)
CD : 01/ - 02/ - 03/ -
Enregistrement : mai-juin 2007. Edition : 2013.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

13 janvier 2014

Postmarks : National Parks (Monotype, 2013)

postmarks national parks

S’ils s’inspirent ici de cartes de parcs nationaux étasuniens éditées dans les années 1930 et 1940 – à chacun ses partitions –, le saxophoniste Boris Hauf et le pianiste D Bayne ont fait le voyage jusqu’à Vienne pour que Martin Siewert enregistre leur projet – l’Autrichien pourra d’ailleurs y intervenir à la guitare ou à l’électronique.

Un saxophone lent, de timides et défaites notes de piano et un larsen qui traîne : voilà pour l’ouverture, ballade en disgrâce qu’est Bandelier National, qui ne communiquera pas sa nonchalance aux pièces qui la suivront. C’est que le pianiste en a autrement décidé : emprunté, voilà qu’il abuse d’interventions accessoires, arpèges rabâchés ou fuites sans idées. Et comme Hauf lui emboîte le pas tandis que Siewert n’est pas loin de se taire, nous voici impatients d’en finir.

écoute le son du grisliPostmarks
Bryce Canyon at Dawn

Postmarks : National Parks (Monotype)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Bandelier National 02/ Big Thicket 03/ Bryce Canyon at Dawn 04/ Hubbell Trading Post at Dusk 05/ Fossil Butte 06/ Gila Cliff Dwellings 07/ Hubbell Trading Post at Dawn 08/ Capitol Reef at Dusk 09/ Bryce Canyon at Dusk 10/ Capitol Reef at Dawn
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

17 février 2014

Ivo Perelman : Enigma / A Violent Dose of Anything (Leo, 2013)

ivo perelman enigma

En acceptant la saccade que lui impose d’emblée Matthew Shipp, Ivo Perelman sait qu’il lui faudra jouer collectif. Celui qui ouvrait son souffle en des espaces souvent narcissiques n’a d’autre choix que de faire s’entrecroiser les lyrismes. Et le fait de s’entourer de deux batteurs (Whit Dickey, Gerald Cleaver) participe sans doute du même principe : se rapprocher sans faire masse, lester les ardeurs sans tomber dans le trop plein.

Bien sûr, Perelman reste toujours Perelman : le phrasé est tortueux, cassé-soyeux ou en apesanteur-attente. Sans envol, le voici frôlant parfois le Sun Ship de Trane, disque de référence d’un pianiste, ici inventif et particulièrement habile. On le voit, les ombres et les protecteurs du passé ne sont jamais loin, le double jeu des deux percutants n’étant pas sans rappeler la polyphonie d’un Rashied Ali. Après tant de disques se ressemblant comme deux gouttes d’eau (ce qui n’enlève en rien leur qualité), Ivo Perelman retrouve une épaisseur, ici, particulièrement réjouissante.

Ivo Perelman, Matthew Shipp, Whit Dickey, Gerald Cleaver : Enigma (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Enigma 02/ Irresistible Incarnation 03/ Annunciation 04/ Supernatural Life 05/ Return to Nature 06/ Ritual 07/ Gentle As a Fawn 08/ A Bourgois Ideal
Luc Bouquet © Le son du grisli

ivo perelman a violent dose of anything

La boulimie excessive d’Ivo Perelman finirait-elle par lasser l’auditeur-chroniqueur ? Ou, plus exactement, attendait-on trop de cette rencontre Perelman-Mat Maneri ? Le violoniste ici excessivement effacé ne trouve que rarement chaussure à son pied. Les systématiques contrepoints des uns et des autres sentent le réchauffé, l’autocitation. Face au couple Perelman-Shipp, Maneri échoue à trouver sa place. Et quand les particules semblent se fixer, quand l’écoute se fait réelle, elle se refuse à tout avenir. Les plus radicaux diront ratage. Les plus bienveillants diront déception.

Ivo Perelman, Matthew Shipp, Mat Maneri : A Violent Dose of Anything (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Brasilia 02/ Pedro 03/ Virginia 04/ Lucas 05/ Jeus, el vasco 06/ Cristalina 07/ Bia 08/ Sao Joao del Rei
Luc Bouquet © Le son du grisli

13 février 2014

Luís Lopes : Noise Solo at ZDB Lisbon (Luís Lopes, 2013)

luis lopes noise solo at zdb lisbon

Hendrix redescendu sur terre trouverait sans doute quelque vif intérêt à ce vinyle de guitare saturante. Il constaterait avec amusement que les vieux vinyles noirs résistent corps et sillons au ridicule CD.  Et même qu’il embaucherait sur le champ Luís Lopes, ce guitariste riche en sustain et en distorsion.

L’exercice a été profitable, penserait-il alors : « Django et moi avons ouvert la voie. On m’a aussi parlé d’un certain Derek B. Il va falloir que je me mette à la page. Cet étonnant Lopes me renseignera sans nul doute ». Voilà ce que penserait Hendrix aujourd’hui. Il se délecterait de ces sons sales, contrariés, contrariants. Il écouterait ce sustain se fracasser contre des grillages rouillés. Il comprendrait ce schéma évolutif partant d’un drone (un mot nouveau pour lui) pour s’en aller enchâsser des chaos extrêmes. Il mettrait quelques minutes à interpréter les silences et les impacts soniques (encore un vocable à découvrir) du début de la face B. Puis, ravi des frappes fatales qui ne cesseront de s’affronter par la suite, il téléphonerait à son manager pour lui proposer un duo avec cet allumé lusitanien. Mais se demanderait aussi le pourquoi de toute cette hargne-violence, de toute cette colère. D’autres Vietnam sans doute…

Luís Lopes : Noise Solo at ZDB Lisbon (Luís Lopes Records)
Enregistrement : 2011-2012. Edition : 2013.
LP : A/ I - B/ II
Luc Bouquet © Le son du grisli

10 février 2014

John Russell, Ståle Liavik Solberg : No Step (Hispid, 2013)

john russell stale liavik solberg no step

S’agit-il encore, pour John Russell, de convaincre de progression ou de faire étalage de nouvelles découvertes ? Et ce No Step enregistré le 7 mai 2013 en duo avec le batteur Ståle Liavik Solberg, s’oppose-t-il à tout « One Step Beyond » ?

Aux questions, soumettons l’improvisation d’une demi-heure : la musique à y entendre n’est en effet pas nouvelle, mais autre encore pourtant : de l’espace compris entre la tête et les goupilles de sa guitare, Russell fait un paysage qui n’en finit pas de changer selon la manière qu’il a de l’approcher. Et celui-là impressionne, d’autant que ses brefs découpages, ses harmoniques, ses entêtements, ses martèlements, ses va-et-vient au médiator, trouvent dans la frappe de Solberg (entendu déjà sur VC/CD et Three Babies) une assistance subtile.  

Effacé dans les premières secondes, le percussionniste s’imprègne peu à peu du jeu de son aîné et prospecte à son tour : frottant, grattant, lustrant, claquant, il fait acte de présence en jouant tour à tour de distances et de perforations éclatantes. En 2014, le duo tournait encore (preuve donnée ci-dessous) ; si non pas, d’autres passes.

écoute le son du grisliJohn Russell, Ståle Liavik Solberg
No Step


John Russell, Ståle Liavik Solberg : No Step (Hispid)
Enregistrement : 7 mai 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ No Step
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

3 février 2014

Angelica Sanchez, Wadada Leo Smith : Twine Forest (Clean Feed, 2013)

angelica sanchez wadada leo smith twine forest

Le ton est donné : le premier (Wadada Leo Smith) vrille ses aigus ; la seconde (Angelica Sanchez) plaque l’accord tranchant. La fidélité sera de mise. Les compositions de la pianiste porteront dans leurs veines la mémoire d’astres sombres. La trompette délivrera le filet de son, se perdra et se réverbérera dans le silence. Les accords-glas de la pianiste chercheront les passages secrets. Ceux qui, intimement, tentent d’investir la lumière. Une noire lumière précisément.

Et il aura ces trouées de cuivre, ce surgissement de blues. Un surgissement, certes court, mais qui dit tout des pactes passés. Et il y aura d’autres surgissements : ils auront pour territoire le murmure de la douleur, la masse frappant l’intérieur du piano, le velours des attentes. Et il y aura, surtout, deux musiciens portant à bras le corps une musique s’ajustant à leurs denses élans.

Angelica Sanchez, Wadada Leo Smith : Twine Forest (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Cones of Chrome 02/ Veinular Rub 03/ Retinal Sand 04/ Echolocation 05/ Light Black Birds 06/ Twine Forest 07/ In the Falls of… 08/ Ultimate Causes
Luc Bouquet © Le son du grisli

3 janvier 2014

Antoine Chessex : Errances (Under Platform, 2013)

antoine chessex errances

Les (trop brèves) Errances d’Antoine Chessex suivent le tracé flou de strates de notes de saxophones et de souffles joints. Pareillement considérés, les unes et les autres n’agissent, ne se développent, évidemment pas sur le même plan. De leur naissance à leur extinction, parfois par leur endurance ou leur retour contraint, ils révèlent, superposés, des souterrains habituellement enfouis sous paysages.

Underground Saxophone Quartet ou Urban Solo Sax : voilà les projets que Chessex emmène ici, et surtout forme seul. La multiplication des pistes – est-ce plutôt l’écho des notes qu’il engendre prudemment au centre du tableau, qui lui reviennent après avoir buté sur le cadre ? – accentuant l’intensité de ses sons continus et soignant le dessin de ses lignes fragiles, le saxophoniste signe-là deux plages où infuse un minimalisme de tonie lâche. Ses effets sur l’environnement proche sont marquants.

écoute le son du grisliAntoine Chessex
Errances

Antoine Chessex : Errances (Under Platform)
Enregistrement : 2011. Edition : 2013.
CD : 01-02/ Errances
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

23 janvier 2014

Giel Bils : Somme (Under, 2013)

giel bils somme

Année de célébration oblige, on ne pourra pas passer à côté de cette Somme aux Untitled 01-22. L’homme armé de la jaquette n’est pas celui de Guillaume Dufay mais celui du Belge Giel Bils, qui inaugurait il y a peu sa discographie (ou sa cassettographie, pour être exact).

Enregistrés entre mars et juillet 2013, ces vingt-deux (je suppose) morceaux sans nom sont aptes à faire fuir l’ennemi, et comment ! La frousse le prendra au bruit que Bils (entre Kommissar Hjuler, Eric Lunde et son compatriote Patrick Thinsy) fait lorsqu’il astique le métal, aiguise ses armes blanches à la roue de pierre, actionne des moteurs qui déclenchent des pétarades… Le plus beau, c’est lorsqu’en creusant et retournant la terre Bils fait chanter les fantômes des corps qu’elle enfouissait. Ça arrive deux fois, une fois sur chacune des faces, et ça vous met la chair de… pull.

écoute le son du grisliGiel Bils
Somme (extrait)

Giel Bils : Somme : Untitled 01-22 (Under)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
K7 : A-B/ Somme : Untitled 01-22
Pierre Cécile © Le son du grisli

3 janvier 2014

Miguel A. García, Tomas Gris, Lee Noyes : Asto Ilunno (IdealState)

miguel a garcia lee noyes tomas gris asto ilunno

Je me souviens, en ce jour un peu spécial, des premiers disques de musique sans direction que j’ai entendus dans ma vie. Non-directionnel, John Cage ? Non-directionnels, Derek Bailey et Cyro Baptista ? Non-directionnel, le SME ? Des années plus tard, des jours et sûrement des mois de musique non-directionnelle plus tard, j’en écoute encore, et lorsqu’elle est récente, j’y distingue de plus en plus de flèches.

Des flèches ici dans le piano de Lee Noyes, des flèches dans l’électronique de Miguel A. García, des flèches dans les objets de Tomas Gris… Des flèches partout et encore, qui indiquent des influences, des personnages, des paysages que j’ai moi aussi un jour traversé en flânant ou en courant mais en imagination, pour ne pas dire par l’oreille. Les flèches d’Asto Ilunno ont d’ailleurs un drôle d’effet sur moi puisque je leur obéis : je fais quelques pas vers ce vieux disque d’AMM que je n’ai plus écouté depuis des lustres, époussette ensuite la pochette d’un CD de Klaus Filip. Reviendrai-je un jour (un de ces jours un peu spéciaux) à Asto Ilunno parce qu'il m'aura été indiqué par la carte improvisée de je ne sais quel disque futur ?

écoute le son du grisliMiguel A. García, Tomas Gris, Lee Noyes
Asto Ilunno (extrait)


Miguel A. García, Tomas Gris, Lee Noyes : Asto Ilunno (IdealState)
Edition : 2013.
CD : 01/ Asto Ilunno
Héctor Cabrero © Le son du grisli

2 janvier 2014

Catherine Jauniaux, eRikm : Mal des Ardents / Pantonéon (Mikroton, 2013)

catherine jauniaux erikm mal des ardents pantonéon

Il y aurait une conteuse (Catherine Jauniaux), un de ses astres sensibles qui prendrait à bras le corps les mots d’Ovide, de Kandinsky, de Rilke, de Duras, de Gainsbourg. Et puis les siens de mots. Et puis ses babillages, ses habillages de sons, ses chuchotements, ses suppliques, ses plaintes, sa manière de découper la fiction en frasques différées.

Et il y aurait un monstre sonique (eRikm) aux vinyles toujours rayés. Un bibliothécaire  du sensible, un érudit du sens. Un de ces êtres connaissant le latin du free jazz et le grec du contemporain. Un de ceux qui font du crépitement une nature première, une nature vivante.

Ces deux-là existent et s’enchantent ensemble depuis une quinzaine d’années. Et ce double CD nous dit quelques petites choses de leurs élans. Un premier CD enregistré entre Besançon et Montpellier il y a deux et trois années. Et un second enregistrement capté onze ans plus tôt à Bâle (Taktlos Festival). Et dans les deux cas de figure tout craquelle et crépite, tout s’engage en fines et perçante gorgées. L’un désire un drone instrumental et le trouve. L’autre rêve du Japon et la voici au pied du Mont Fuji. L’un fait s’évanouir une contrebasse solitaire et l’autre y dépose un chant profond, aveuglant. Et leurs chants de se fondre, de fusionner et de donner raison à ceux – dont je fais partie – qui avaient perçu depuis longtemps leur étonnante singularité.

Catherine Jauniaux, eRikm : Mal des Ardents / Pantonéon (Mikroton Recordings)
Enregistrement : 2000, 2010-2011. Edition : 2013.
2 CD : CD1 : 01/ Son pas 02/ Tchip 03/ Métamorphose 04/ Il lui touche le bras paf ! 05/ Ne pas 06/ Le rêve est un arbre 07/ La mer 08/ Mal des ardents 09/ Souvenir de son ventre dans la terre mouillée – CD2 : 01/ Pervadere 02/ I’m Not Far 03/ Sous-jacente 04/ Régal de Tamanoir 05/ Une chanson vraiment triste 06/ Ballade 07/ La lenteur fait crier les amants 08/ Le canari 09/ Alaska Bar’s Dance 10/ L’échafaudage échoue I 11/ L’échafaudage échoue II 12/ A Dream 13/ Pantonéon 14/ Quand l’arbre a perdu son ombre 15/ Quand l’arbre a perdu son ombre (suite) 16/ Sad Raga 17/ Yiddish Song
Luc Bouquet © Le son du grisli

11 novembre 2013

The Body : Christs, Redeemers (Thrill Jockey, 2013)

the body christs redeemers

En couverture du digipack, il y a une fleur qui bat du pétale, à l’intérieur c’est une épée et une hache : bienvenue dans l’univers de The Body. Un goût de médiéval-revival à la bouche (deux petits morceaux aux chants « additionnels » rappellent, tiens... Dead Can Dance), batterie lourde, guitare martiale et basse grasse à souhait : le groupe envoie bien plus que le bois !

Car The Body ne se cantonne pas à l’éternelle rengaine (Earth) metal. Non, il brise ses progressions, hache ses morceaux, y glisse des inserts un peu plus expérimentaux (rythmiques ou polyrythmiques, voix aigues d’aliénés, vols de corneille à ras du sol) que ceux qu’on a coutume d’entendre dans le genre. Il reste quand même des textes noctambules qui parlent de prières, d’échec, de désir, de mort… Mais c’est que ça leur tombe dessus, à Chip King & Lee Buford, que ça vient d’un ailleurs dont ils nous transmettent malicieusement le message. Pour séduire le chaland, ils abusent parfois (dans les violons par exemple) mais leur maîtrise du pieu (saturation & sustain) touche le plus souvent au core.

The Body : Christs, Redeemers (Thrill Jockey)
Edition : 2013.
CD / LP / DL : 01/ I, The Mourner of Perished Days 02/ To Attempt Openness 03/ Melt Away 04/ An Altar or a Grave 05/ Failure to Desire to Communicate 06/ Night of Blood in a World Without End 07/ Prayers Unanswered 08/ Denial of the Species 09/ Shrouded 10/ Bearer of Bad Tidings
Pierre Cécile © Le son du grisli

8 novembre 2013

Chris Abrahams : Memory Night (Room40, 2013)

chris abrahams memory night

Davantage connu pour son rôle de pianiste au sein du trio australien The Necks, Chris Abrahams n’en pas à son coup d’essai ambient, son Memory Night étant sa troisième échappée en solitaire sur l’officine Room40. Le titre ne ment pas, les quatre tracks explorent les tourments de la nuit, entre agitations internes et folies externes.

Si le premier titre fait œuvre de noirceur intime, le second morceau voit le musicien assis au piano (et la suite également), ses notes blanches et noires complétées par des bruits épars et contagieux, telle la confrontation inattendue et superbe entre Florian Hecker, Pierre Boulez et Francisco Lopez. Morceau d’anthologie, mon colonel ! Plus bruitiste, le troisième extrait fait vibrer le trouillomètre à zéro, quelque part au fond d’une grotte ruisselante, tandis que le dernier passage, le moins convaincant, multiplie les approximations entre jazz et noise.

écoute le son du grisliChris Abrahams
Stabilise Ruin

Chris Abrahams : Memory Night (Room40 / Metamkine)
Edition : 2013.
CD : 01/ Leafer 02/ Bone And Teem 03/ Strange Bright Fact 04/ Stabilised Ruin
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

7 novembre 2013

Alon Nechushtan : Ritual Fire (Between the Lines, 2013)

alon nechustan ritual fire

La clarinette ouvre et referme le bal de ce Ritual Fire. Ici, comment ne pas penser à Jimmy Giuffre quand s’invitent les dissonances acides chères au clarinettiste texan ? Musicien discret, remarqué chez Jean-Claude Jones, Harold Rubin est un personnage singulier de la jazzosphère. Né en 1932 à Johannesburg, l’Afrique du Sud le condamna pour blasphème. Il s’installa alors à Tel-Aviv, devint architecte, exposa ses dessins et peintures dans les plus grandes galeries puis, après une vingtaine d’années d’abstinence, renoua avec le jazz en 1979. Sa clarinette est une clarinette des recoins. C’est une clarinette sans principe autre que celui de la marge. Son souffle s’étreint, s’étrangle, refuse modes et certitudes, s’ouvre à la microtonalité.

On en oublierait presque Alon Nechushtan, Ken Filiano et Bob Meyer. Se réclamant de l’Action Painting de Pollock (la chose est discutable), le pianiste retrouve les free forms de Jimmy Giuffre. Il y a dans ce jazz (ou plutôt dans ce free jazz) des coulées piquantes, des tensions fulgurantes. Et, surtout, une démarche (ne rien cloisonner,  inviter l’aléatoire) qui ne peut que nous ravir.

Alon Nechushtan : Ritual Fire (Between the Lines)
Enregistrement : 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Hover 02/ Ritual Fire 03/ Psalmonody 04/ Profusion 05/ Ruah Kadim 06/ Free Falling 07/ Aureoles 08/ Across the Ocean like a Seagull 09/ Hamsin 10/ Soliloqui
Luc Bouquet © Le son du grisli

 

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