Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Eric La Casa : Soundtracks (Herbal International, 2015)

eric la casa soundtracks

Pour moi, tous les CD d’Eric La Casa sont des soundtracks. Tous ceux que j’ai écoutés en tout cas. Sa façon de collecter des sons au plus proche des choses, c’est un zoom. Sa façon de composer à partir de ces sons, c’est un travelling arrière… Mais sur ce Soundtracks là ce n’est pas lui qui invente les images mais trois réalisateurs : Luke Fowler (film A Grammar for Listening Part 2), Christian Jacccard (vidéo A Hemero Phaestos) & Marie-Christine Navarro (« drama » / « rituel théâtral » Ce Pays qui s’appelle Tane).

Je n’ai pas eu l’occasion de voir ne serait-ce que l’une de ces trois créations. Mais j’en ai les B.O. lancée par un grand coup de percussions. S’ensuivent quatre compositions concréto-naturalistes qui regorgent de field recordings que l’on croirait chiffonnés. Un animal bêle, des vents soufflent, des véhicules klaxonnent ou bippent… Plusieurs natures sont comme compressées (oui, à la César... La Casa serait donc un Nouveau Réaliste ?) pour le film de Fowler. Pour la vidéo de Jaccard, les éléments se déchaînent et forment une ligue sonore époustouflante. Pour Ce pays qui s’appelle Tane, la composition est plus musicale. Elle se sert d’enregistrements d’orgue par le compère Guionnet. C’est une autre ambiance, mais tout aussi mystérieuse, et qui vous souffle pareil.



Eric La Casa : Soundtracks (Herbal International)
Enregistrement / Mix : 2014-2015. Edition : 2015.
CD : 01-04/ A Grammar for Listening 2 05/ A Hemero Phaestos 2 06-08/ Polymères 2
Pierre Cécile © Le son du grisli

image la casaA l'occasion de la sortie de Soundtracks, Kurbeti-Les Nouvelles Hybrides organise une soirée en présence d'Eric La Casa, le 10 décembre à la Maison des Auteurs de la SACD. Au programme : diffusion des films de Luke Fowler et Christian Jaccard puis lecture d'extraits de Ce Pays qui s'appelle Tane de Marie-Christine Navarro.

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Seijiro Murayama, Eric La Casa : Paris: Public Spaces (Ftarri, 2014)

seijiro murayama eric la casa paris public spaces

Quand Éric La Casa donne le « top » de départ, Seijiro Murayama est prêt – c’est-à-dire qu’il estime le temps venu après l'avoir envisagé – à enregistrer avec lui l’espace public parisien. La promenade commence dans les allées du Parc Floral.

Enregistrer, donc : un chœur d’enfants qui jouent, une partie de tennis, une station de métro, une portion de tunnel, la Seine même… Le piéton de Paris, harnaché, capte, écoute pour composer ensuite, enfin laisse entendre un quotidien capable de déroutes. Auquel Seijiro peut d’ailleurs réagir : expressions de gorge, souffles, note parallèle à celle d’une autre voix… Un impromptu (plus qu’une improvisation) qui rehausse la rengaine urbaine et enchante la balade du raconteur fondu dans le paysage, de l’arpenteur qui se repère exclusivement au son.

Ainsi, Éric La Casa et Seijiro Murayama se réservent-ils, dans leur divagation documentariste, un droit à une poésie de contemplation, de surprise et d’inquiétude. Une poésie de celles dont Fargue parlait comme d’une « vie de secours où l'on apprend à s'évader des conditions du réel, pour y revenir en force et le faire prisonnier. »

écoute le son du grisliSeijiro Murayama, Éric La Casa
Paris: Public Spaces (extraits)

Seijiro Murayama, Éric La Casa : Paris: Public Spaces (Ftarri / Metamkine)
Enregistrement : Janvier-Juin 2012. Edition : 2014.
CD : 01-12/ Part 1 - Part 12
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Eric La Casa, Cédric Peyronnet : Zones portuaires (Herbal International, 2013) / La Creuse (Herbal International, 2008)

eric la casa cédric peyronnet zones portuaires

C'est sous la forme d'un « double split » – chacun des artistes se réservant un des deux disques associés dans cet album en diptyque – qu’Eric La Casa et Cédric Peyronnet rendent compte d'un projet collaboratif mené au Havre (en mars 2010) et à Liège (en septembre la même année), entre ports et usines de recyclage.

Bien loin des déambulations curieuses ou des promenades documentaires, leurs pièces respectives confinent, par un subtil travail de composition (condensation, agencement, progression), à de musicales et littérales évocations – tout comme leur cartographie sensible de La Creuse, publiée en 2008 par le même label. Si La Casa entre-tisse ses enregistrements, jouant d'une belle combinatoire des présences pour créer une prenante scénographie du sonore, Peyronnet extrait du matériau de quoi « écrire », comme dans le dernier volet de sa contribution, une suite où viennent éclore, dans la succession qui les dévoile puis les ravale, de poétiques instantanés ; assemblés, ils transportent.

écoute le son du grisliCédric Peyronnet
kdi dctb 258 [b]


Eric La Casa, Cédric Peyronnet : Zones portuaires (Herbal International / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2013.
2 CD : CD1 : Eric La Casa : 01/ Le Havre radio 02/ Le Havre 2 03/ Liège témoins 04/ Liège 2 – CD2 : Cédric Peyronnet 01/ kdi dctb 255 [d] (Le Havre 2 rmx) 02/ kdi dctb 255 [f] 03/ kdi dctb 258 [b]
Guillaume Tarche © Le son du grisli

éric la casa cédric peyronnet la creuse

En juillet 2006, Eric LaCasa et Cédric Peyronnet ont sillonné la Creuse, l’enregistrant pour la revivre et la réinventer ensuite – de septembre 2006 à juin 2007. En rivières ou forêt, sur un pont, sous une ligne électrique à haute tension, à proximité d’une route départementale ou à flanc de colline…, chacun « collecte des données » qui serviront à cette composition commune : carte miraculeuse où les sons ont remplacé les reliefs, et qui « révèle » une géographie nouvelle, une réalité inédite.

écoute le son du grisliEric La Casa, Cédric Peyronnet
La Creuse (extrait)

Eric La Casa, Cédric Peyronnet : La Creuse (Herbal International / Metamkine)
Enregistrement : 2006. Composition : 2006-2007. Edition : 2008.
CD : 01/ La roche des fées 02/ Le rocher Jupille 03/ Le Peu 04/ Le bois de Parnac 05/ Le Confolent 06/ La cascade de la Mouline 07/ Le moulin Tenèze 08/ Anzème 09/ Sardeix
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Eric La Casa, Cool Quartett, Lina Nyberg : Dancing in Tomelilla (Hibari, 2012)

eric la casa cool quartet dancing in tomelilla

On pourra voir dans ces chaises, tabourets, sofa et fauteuil vides de couverture, les meubles reprisés installés dans une salle de danse peu ordinaire : le groupe qu’on y attend a pour nom Cool Quartett (ses musiciens ceux d’Axel Dörner, Zoran Terzic, Jan Roder et Sven-Åke Johansson), qui accompagnera la chanteuse Lina Nyberg.

Malgré les qualités des musiciens du quartette en question, le concert – que le disque retient sur ses quatre dernières plages – ne donne pas grand-chose : pire, déçoit beaucoup. Un lot de standards soumis aux chiches voire racoleuses vocalises de Nyberg – sirop de jazz pour tout souteneur. Si le swing vacille bien un peu sur un solo de Dörner ou une excentricité soudaine de la section rythmique, ce qui fait le sel de l’enregistrement est une présence qui rode : c’est qu’Eric La Casa promène là son micro : et les choses bougent enfin.

Ainsi sur My Old Flame décide-t-il de jouer de la distance qui le sépare des musiciens, finit par leur échapper pour rejoindre le public, s’intéresser à ses conversations, mettre ses rires en boîte... La musique n’est plus qu’un élément de l’endroit dont La Casa enregistre la rumeur, et même l’existence. Pour remettre la chose (ou le concert) dans son contexte, il s’empare des trois premières pistes du disque et raconte ou réinvente une vie de coulisse (échauffement, frigo qui bourdonne, vieux disques de jazz qui tournent au loin…) et une vie de club (bruits de la rue à qui on ouvre la porte, craquements du plancher, premiers applaudissements…).

Un concert en particulier, certes, mais plus encore toutes les choses qui tournent autour d’un concert comme un autre : voilà ce qu’a enregistré La Casa le 6 septembre 2008. Voilà la vérité qu’il révèle aujourd’hui sur référence Hibari.

Eric La Casa, Cool Quartett, Lina Nyberg : Dancing in Tomelilla (Hibari / Metamkine)
Enregistrement : 6 septembre 2008. Ediion : 2012.
CD : 01-03/ September in Tomelilla 04/ Softly as in A Morning Sunrise 05/ September in the Rain 06/ My Old Flame 07/ April in Paris 08/ Long Ago and Faar Away
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

tomelilla

In 2008 I was going to quit as a director of the Art Museum in Ystad, a place I made a venue for music, sound art and visual arts. Among those I worked with were Sonic Youth, Jim O´Rourke, Yoshimi, Ikue Mori, Christine Abdelnour, Mats Gustafsson, Peter Brötzmann, Peter Kowald, Kim Gordon and many others. But among those I worked with the most was my old friend Sven-Åke Johansson. He followed my doings over the years. In September 2008 I decided to arrange my last music festival and invited Sven-Åke Johansson, Axel Dörner, Annette Krebs, Andrea Neumann, Christine Abdelnour and many others as well. In the art museum we planned to days with ad hoc playing and different groups. But Sven-Åke gave me the idea that Cool Quartett should play for dancing in Stora Hotellet, Tomelilla, Grand Hotel, Tomelilla, really an old fashioned place in a village, where people would meet on Saturday evening to drink and dance. A place where they never heard of Sven-Åke Johansson or whatever free music. So, this is what happened. We asked the hotel owners and they were enthusiastic. They would have a normal dance evening and promised to cook very traditionally south Swedish food.

This very evening we went there with all the participants of the sound and experimental music festival. And especially for this evening I had invited one of Sweden´s top jazz vocalists to sing the melodies. It was really meant to be a dance evening and not a jazz concert. Cool Quartet played for hours from the American song book and Lina sang the songs, no one was supposed to play a solo longer than a chorus. They were playing for dance. And people did dance. Many couples came there only to dance and they were smartly dressed up and to be able to drink they had booked rooms in the hotel. Thus the evening went on in the name of foxtrot etc… All the musicians danced. Even me. So I had the opportunity to dance with Christine Abdelnour, Annette Krebs and Andrea Neumann as well. And also the other visitors, the members of the very local jazz club, and the inhabitants of Tomelilla also danced with the many foreign guests. A young girl from Tomelilla asked me to dance, and asked me about the great orchestra. I explained this was part of a sound art project in Ystad Art Museum. She had never heard about this museum.

The evening turned out into a great party. Everybody was satisfied. But what I did not expect was that so many of the local dancing audience decided to come to the museum next day to listen to the music. Now indeed experimental, they way you know it. And they stayed for hours, because they recognized for example Annette Krebs and others they had talked to and danced with. They did not find this music difficult, only different. And they felt at home.

Eric La Casa, yes he was part of the festival. All the evening he spent recording from different angles, even from the toilet or upstairs. And this is the result of his efforts, the first half being a kind of sound collage and the second being a recording of how the band sounded this evening. Then you have to imagine all the beer, wine, egg cakes, pork, salads for the vegetarians and dark south Swedish rye bread, that were also part of the evening. After the concert I walked with Christine and asked her once again if she liked jazz music, she had denied that so many times before. She said again, no, she had no connections whatsoever with this music.

Do I have to tell you that Barcelona Series, Christine, Annette and all the others made tremendously good music in the Art Museum, and that I am very happy that some of the inhabitants of Tomelilla had the opportunity to enjoy it in different shapes. Tomelilla by the way is just 20 kilometers away from Ystad. So this is the little story behind this record.

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Pascal Battus, Bertrand Gauguet, Eric La Casa : Chantier 1 (Another Timbre, 2012)

battus gauguet la casa chantier 1

Jeunes, nous aimions traîner aux abords du grand chantier. Avec la nuit, les bruits l’avaient fui, le silence et ses mystères avaient repris leurs droits. Des années à profiter de l’excavation, à tourner autour des poteaux de béton et à se méfier des câbles, à se faufiler sous le ciel en ouvertures qui donnaient d’une future pièce à un futur couloir, d’un futur couloir à un escalier de trois ou quatre marches seulement... Aujourd’hui l’immeuble de notre aire de jeu dépasse nos maisons d’enfance de huit étages.

Voilà le souvenir qui m’est revenu en voyant la pochette de ce CD de Pascal Battus (surfaces rotatives, objets trouvés), Bertrand Gauguet (saxophones et effets) et Eric La Casa (micros et enregistrements). Voilà le souvenir qui m’est revenu en lisant que les deux premières pièces du CD ont été improvisées en studio par des musiciens qui se souvenaient avoir joué ensemble sur un chantier : c’est l’expérience du 13 septembre 2011 que l’on peut entendre sur les plages 3 à 7.

Un autre jeu sur ce chantier du quatorzième arrondissement de Paris. L’improvisation avec ses imprévus puisque les musiciens cheminent dans le labyrinthe et rencontrent des ouvriers qui y travaillent. A l’un d’eux, un membre du trio avoue : ils sont venu faire « de la musique avec tous les sons. » L’occasion pour les musiciens de se mesurer à un lieu de travail au quotidien, des sons qui lui appartiennent et des manies qui le font tourner. J’entends donc à mon tour que l’on tape, que l’on frotte, que l’on ajuste, que l’on perce : comme souvent chez La Casa, on est venu chercher ce qu’un enregistrement in situ peut nous révéler aussi bien que nous cacher, ce qu’il induit, ce qu’il soupçonne. Il y a aussi la conversation des ouvriers qui couvre soudain le saxophone de Gauguet ou les objets de Battus : de qui le chantier est d’abord l’espace ?

En studio, Battus remet en marche les moteurs, Gauguet revient sur les crissements, La Casa s’engouffre encore dans le risque. Les murs ont changé de place parce que la réinvention est poétique, tout sauf concrète. D'ailleurs, ces sons résonnent bien dans ma maison d’enfance, plus sombre elle aussi aujourd'hui qu’avant.

Pascal Battus, Bertrand Gauguet, Eric La Casa : Chantier 1 (Another Timbre)
Enregistrement : 13 septembre 2010 & 28 avril 2011. Edition : 2012.
CD : 01-07/ Chantier 1
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Jean-Luc Guionnet, Eric La Casa, Philip Samartzis : Stray Shafts of Sunlight (Swarming, 2013)

jean-luc guionnet eric lacasa philip samartzis stray shafts of sunlight

Des extraits de concerts datant du printemps 2007 (Munich, Berlin, Hambourg, Venise, Grenoble et Montreuil) permettent à Jean-Luc Guionnet, Eric LaCasa et Philip Samartzis, de prolonger les effets d’un Soleil d’artifice enregistré à la même époque.

La lumière a quelque chose à voir – un aigu qui perce et résiste, une voix inquiète de détails, des notes d’alto refoulées qu’une sonde cherche, dans le corps de l’instrument, à récupérer, quelques moteurs branlants, des enregistrements de phénomènes naturels qui déposent plus qu’ils n’érodent, d’autres notes de saxophones, longues cette fois, parasitant une électronique de mitraille – et même à réfracter : les sous-bassement tanguent si, à la surface, les musiciens ne trahissent aucun remous.

Voilà pourquoi leur promenade en sons donnés et paysages réinventés ajoute à l’irréalité des choses, voire, puisque l’association est ingénieuse, à la poignante vérité des choses abstraites.  

Jean-Luc Guionnet, Eric La Casa, Philip Samartzis : Stray Shafts of Sunlight (Swarming / Metamkine)
CD : 01/ - 02/ - 03/ -
Enregistrement : mai-juin 2007. Edition : 2013.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Éric La Casa : Secousses panoramiques (Hibari, 2006)

grislipanoramixL’objet tout en longueur qui promet « secousses panoramiques » est un petit disque qu’Éric La Casa a fait cage d’ascenseurs. De leurs bruits, plus exactement, et parfois de leur environnement. Quand Akio Suzuki – à qui l’ouvrage est dédié – interrogeait les rumeurs horizontales laissées dans son sillage par une somme de véhicules propulsés en tunnels (Tubridge 99-00), La Casa collectionne les chants d’une autre sorte de machines imposantes, promettant, elles, un transport vertical.

Brillant élément des travaux de « recherches sur les réalités du paysage » qui occupent La Casa, Secousses panoramiques atteste donc du mouvement d’appareils utilisés à Paris (pour l’essentiel), Melbourne ou Anvers. Agile, voire malléable, La Casa ne dispose pas deux fois ses micros au même endroit : salle des machines, cabines, espace non identifié (gaine peut-être) permettant d’entendre la musique des câbles et poulies… Curieux, voire intrépide, La Casa opte ailleurs pour un déplacement qui donnera de la profondeur à son enregistrement – un air de variété sorti d’un haut-parleur de parking parasitera ainsi le ronronnement aseptisé d’un ascenseur de La Défense. Au creux des paysages abstraits, les signaux familiers (fermetures de portes, annonces enregistrées…) font office de détails auxquels se raccrocher et même d’éléments de folklores lorsque l’entraînement électromécanique fait remonter à la surface quelques souvenirs enfouis.

Au-delà de l’amateur de sons et de field recordings, ces Secousses panoramiques pourraient toucher l’épris de sciences et techniques parallèles (que la pochette cartonnée renseignera sur la provenance de chacune des plages du disque qu’elle renferme) ou encore l’ami du peuple maniaque (qui ira prévenir du mécanisme en souffrance de cet ascenseur du Parc de la Villette). A étages, la lecture est forcément multiple, et captivante souvent. Du peintre Braque, Jean Paulhan écrivit : « Il peignait des citrons et il semblait que d’une façon ou d’une autre c’était le citron qui avait commencé. » Ces zestes d’ascenseurs substitués au citron, on pourra transmettre l’hommage à Éric La Casa.

Éric La Casa : Secousses panoramiques (Hibari / Metamkine)
Edition : 2006.
CD : 01-15/ Secousses panoramiques
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Seijiro Murayama, Eric La Casa : Supersedure (Hibari, 2009)

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Seijiro Murayama sur caisse claire et objets, Eric La Casa au micro ou en archives (field recordings) : Supersedure consigne des compositions communes et autant de conversations à voix basse.

De là, filtrent des chants élevés au murmure que quelques soubresauts et leurs répliques infimes augmentent de riches effets. Sur le roulement subtil d’un tambour, une voix peut réclamer, une voiture se faire entendre ou une machine choisir de respirer. De haute lutte, la rencontre n’en est pas moins sereine : la complicité des deux intervenants laisse deviner qu’aux agissements mécaniques de l'un (frottement, battement, frôlement…) correspondent les propositions et choix sonores de l’autre : La Casa n'investissant jamais personnellement le champ du percussionniste, enfantant plutôt une population de parasites qui le fera à sa place avant d'organiser ses activités, qui en régiront la surface. Histoire peut-être d’émanciper l’art de Murayama de toute esthétique sclérosante et de la déposer plus loin des codes encore.

Seijiro Murayama, Eric La Casa : Supersedure (Hibari / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01-05/ Part 1-5
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Guionnet, La Casa, Samartzis : Soleil d’artifice (Swarming, 2009)

guionnet la casa samartzis soleil d'artifice

Enregistré en studio, Soleil d’artifice est la trace laissée sur disque de l’association Jean-Luc Guionnet (saxophone alto) / Eric La Casa (microphones, laptop et enregistrements) / Philip Samartzis (électronique, laptop, field recordings), entendue en Europe en 2007.

En compagnie de l’Australien – qui s’occupa aussi de mixer l’enregistrement –, Guionnet et La Casa réinterrogent l’espace, le temps et la forme à donner à la dualité. Au son de sirènes, de grésillements, de chuchotements et d’aigus perçants, les trois hommes bâtissent un édifice de grisailles enfermant l’entente de sons préenregistrés et de pratiques instrumentales inventant sur l’instant. Bientôt, l’alto insiste pour se libérer de la forme jusque-là donnée à l’ensemble, se balance entre deux notes puis en répète une seule, de moins en moins inquiet d’aller voir ailleurs qu’à l’endroit indiqué : Soleil d’artifice dans lequel il finit par se fondre pour mieux en intensifier la flamme.

« J’aurai vécu dans le soleil. J’ai connu dans ce monde un bonheur infini. Certains soirs, le bruit de la pluie me procurait une jouissance indicible car il était la chanson que faisait ma vie pour résonner dans les profondeurs du temps qui me donnait tout. » Joë Bousquet, Traduit du silence, extrait cité dans Le bruit de fond, texte de Jean-Luc Guionnet.

Jean-Luc Guionnet, Eric La Casa, Philip Samartzis : Soleil d’artifice (Swarming / Metamkine)
Enregistrement : 2007. Edition : 2009.
CD: 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Inscape : Lille-Flandres (Monotype, 2008)

grisliflandres

En personnage principal de l’Eve future, un Thomas Edison réinventé regrettait d’être arrivé trop tard dans l’humanité pour avoir permis à l’une de ses inventions de consigner les voix de ceux, importants, qui auront avant lui fait l’histoire. De l’invention en question – améliorée quand même –, Jean Luc Guionnet et Eric La Casa (soit : Inscape) s’emparent pour investir un lieu, mais s’occuper de quotidien, obnubilés davantage par les exceptions cachées sous le trivial. 

En 2004, une gare : Lille-Flandres, qu’ils remplirent de micros et de caméras pour jouer ensuite avec les sons à leur parvenir : sur le vif, mêler aux mouvements des voyageurs des souffles trouvés où, aux annonces diffusées en hall le bruit lointain des voitures, à des craquements ayant maintenant gagné le statut d’élément d’abstraction le bruissement retrouvé de strates ombreuses. Sans rien retoucher aux trouvailles et constructions faites sur place, Inscape, en rêvant de mettre la main sur la musicalité d’un environnement, révèle ici le corps – comme on parle du corps d’un texte – non pas de l’espace mais de l’endroit, à coup de preuves enfilées qui forment bientôt un langage.


Inscape, Mixings : (part 2). Courtesy of Monotype.

Inscape : Lille-Flandres (Monotype Records)
Enregistrement : 2004. Edition : 2008.
CD : 01/ Calibration 02/ Mixings : (part 1) 03/ Mixings : (part 2)  04/ Mixings : (part 3) 05/ Mixings : (part 4) 06/ Mixings : (part 5) 07/ Installation
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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