Canalblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le son du grisli
20 mars 2007

David Toop : Sound Body (Samadhisound, 2007)

david toop sound body

Auprès d’invités de taille (Clive Bell, Rhodri Davies, Günter Müller, Rafael Toral, entre autres), David Toop dresse un monument électroacoustique de quiétude sonore.

Absorbant les passions qui animent son auteur pour l’ambient électronique et la musique de gamelan, l’album délaye sur cinq titres une musique lasse faite de nappes étirées et d’interventions sur percussions de bronze ou de bois. Frôlant parfois la plage silencieuse (Decomposition), la musique de Toop peut rappeler celle, spectrale, d’Eno (Falling Light), ou réinventer une nature des origines – autant dire chimérique – en animant une nuée d’oiseaux rares, urubus découverts dans les limbes d’instruments (Heating & Cooling, Slow Pulse).

Ailleurs, sauvages, quelques voix enregistrées, l’incursion de larsens ou de notes rares sorties d’une flûte de bois, rehaussent le concret du propos, absorbé quand même par la contemplation transcendante et érudite que distille, discret et sophistiqué, Sound Body.

David Toop : Suond Body (Samadhisound)
Edition : 2007.
CD : 01/ Falling Light 02/ Auscultation 03/ Decomposition 04/ Heating & Cooling 05/ Slow Pulse
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

7 mai 2007

Joseph Jarman: As If It Were The Seasons (Delmark - 2007)

jarmangrisliEn 1968 - soit, avant d’avoir intégré l'Art Ensemble of Chicago, le saxophoniste Joseph Jarman construisait entre amis triés sur le volet A.A.C.M. (Muhal Richard Abrams, Fred Anderson, John Stubblefield, entre autres) une ode foutraque à un free d’expression spirituelle.

Sorti d’une jungle percussive dépeinte en ouverture, As If It Were The Seasons ose une impression d’Afrique apaisée sur laquelle s’invitent les irruptions free que Jarman s’autorise entre des phrases sages et soul déposées à l’alto. Après que Sherri Scott aura donné de la voix, le contrebassiste Charles Clark imposera un gimmick fait pour lancer Song To Make The Sun Come Up, charge plus revendicatrice gonflée par la batterie de Thurman Baker.

Rejoint par six autres musiciens (dont Abrams, Anderson et Stubblefield), le quartet entreprend ensuite Song For Christopher. Free collégial habité par les us et coutumes du gospel, le morceau se fait lyrique lorsque intervient Scott, refuse, régénéré sans cesse par le piano d’Abrams, toute compromission, pour consacrer enfin ses dissonances lestes au son de l’intervention puissante des trois saxophones. L’art et la manière de glorifier un free bouleversant, qui disparaîtra comme il était apparu, parmi les percussions multiples et annonciatrices de retour, As If It Were The Seasons / Repeat all.

CD: 01/ As If It Were The Seasons / Song to Make The Sun Come Up 02/ Song for Christopher

Joseph Jarman - As It It Were The Seasons - 2007 (réédition) - Delmark. Distribution Socadisc.

13 septembre 2025

Poor Isa + Evan Parker / Ingar Zach

 

Le (belge) Pierre Cécile nous parla un jour du (belge) duo de banjos Poor Isa : il faudra aller relire sa chronique de Let’s Drink the Sea And Dance être pauvre comme cette Isa-là, quel bonheur ! concluait-elle. Il y eut un autre album (Dissolution of the Other) manqué par nous. Et aujourd’hui ce retour en grande compagnie (Poor Isa + Evan Parker / Ingar Zach). Dans la préparation, la composition et la production (trois disques en six ans) : Ruben Machtelinckx et Frederik Leroux feraient œuvre de précaution.

Ce n’est pas si fréquent, c’est d’ailleurs même assez rare que façon et intention de « faire » respectent une même prudence. Sur ce disque-là, elle commande d’abord aux banjos l’allure d’une cavalcade qu’Evan Parker rattrape bientôt : quand le saxophone ténor se fait entendre, c’est un trouble, un contre-rythme qui surprend ; passé le choc, le souffle trouve bientôt le chemin du sillon et s’y engouffre pour l’élargir et l’aménager.

Deux dates d’enregistrement étant données (juin 2024, février 2025) sans faire état d’aucun casting, la méthode de Poor Isa pourra interroger : deux rencontres à trois, à quatre peut-être, si elles n’ont été consacrées qu’à l’enregistrement des seuls invités ; improvisations collectives ou individuelles à couper et coller plus tard… Au soprano alors Parker chasse notre inquiétude : lentement, il vagabonde, estime la distance qui le sépare de combien de destinations, décide de virages avant de tracer une ligne que banjos et woodblocks, de retour, sauront suivre avec intérêt et même inspiration.

Les percussions et résonances d’Ingar Zach, elles, assurent le flottement de superpositions de longues notes soufflées (dans une veine International Nothing, à entendre ci-dessous) ou précipitent la chute de mélodies nées de l’ombre. Au sommet de tous les bruits amassés, elles auront tenu assez de temps pour marquer à jamais le folk mystérieux de Poor Isa ici rehaussé d'un exceptionnel brouillage-parasite.

 

12 mai 2025

Roman Kozak : This Ain't No Disco. The Story of CBGB

 

Sorti en 1988, l’année de la disparition de son auteur, This Ain’t No Disco, aujourd'hui réédité par Trouser Press, est l’unique livre de Roman Kozak. Longtemps rédacteur au Billboard (1973-1983), l’homme fréquenta beaucoup le CBGB au point d’en faire le sujet d’un long reportage : historique, comptes-rendus, entretiens et puis remerciements : Thank you to my family and friends who always believed I had a book in me, even if it is about a joint like CBGB.

 

Si d’autres livres ont célébré depuis l’importance du club – le plus souvent par l’image : CBGB & OMFUG - Thirty Years from the Home of Underground Rock (Abrams Books), CBGB: Decades of Graffiti (Mark Batty), Live at CBGBs (Fall Line)… –, celui-ci a l’avantage de brosser un portrait sur le vif du charismatique Hilly Kristal et de ses premiers invités : Ramones, Television, Blondie, Mink DeVille, Talking Heads, Patti Smith Group

 

En 1973, Hilly Kristal inaugure ce CBGB – OMFUG (pour Country, bluegrass, blues and Other Music for Uplifting Gourmandizers) dont, avec l’aide de Karen, sa femme, il fera un bouillant théâtre prolétaire – c’est ce qu’y voit en tout cas Kozak, qui dresse en préambule un « cast of characters » de sept pages. David Byrne, l’une de ses entrées, occupe alors un loft dans le Bowery avec quelques camarades. Quand le CBGB ouvre, c’est en voisins désœuvrés qu’ils visitent un « lieu de rendez-vous » qui ne tarde pas à intéresser la presse locale (The Village Voice, Soho Weekly News…).

 

Hilly Kristal photographié par Ebet Roberts

 

Une alternative au Max's Kansas City : les personnages y sont en place, l’histoire peut commencer. En guise d’illustrations, un cahier délivre des photos d’Ebet Roberts de groupes dont Kozak raconte minutieusement le parcours (ceux évoqués plus haut et puis Suicide, The Dead Boys ou The Shirts, dont Kristal sera un temps le manager, ce qui explique sa triple présence sur Live At CBGB's, compilation sortie en 1976 par… CBGB & OMFUG Records et qui permet de cerner les goûts du patron en matière de musique : rock épais davantage que punk ou new wave).

 

Pour paraphraser l’un des nombreux témoignages du livre, le Bowery est peut-être le seul quartier au monde auquel des punks auront donné de la valeur. A leurs côtés, une poignée d’Hells Angels pour la sécurité et une autre de curieux habitués : Hilly Kristal n’a qu’à laisser faire, pourrait-on croire si la plume de Kozak ne lui rendait hommage comme tous les témoins dont il a soigneusement consigné les paroles. Sa disparition prématurée ne lui permettra malheureusement pas de relater la fermeture du club (c’est ici le travail du coda d’Ira Robbins) ni même sa seconde jeunesse (Galaxie 500, Dinosaur Jr., Rollins Band…). Un beau travail est toujours imparfait, par la force des choses.

 

Guillaume Belhomme © le son du grisli zombie 2024

 

3 décembre 2024

Athos. Echoes from the Holy Mountain

 

Les dernières nouvelles reçues du Mont Athos me furent expédiées (pas à moi, personnellement) il y a une trentaine d’années par Stephan Micus. Athos (A Journey To The Holy Mountain), triste disque ECM, n’avait en conséquence fait naître ni révélation ni trouble. On sait la spiritualité parfois inspirante, certes, mais de là à ce que l’inspiré parvienne à passer le bâton de pèlerin à celui qui l’écoute… Me voilà donc laissant les moines de la Saint Montagne jouer et chanter entre garçons à poils : qu’ils exultent en chœur tandis que je passe mon chemin. Pâmoison.

 

 

Si les gardiens de l’abaton grec ont retrouvé ma trace, c’est par le biais non pas du mais d’un livre : Athos. Echos de la Sainte Montagne. Pas un livre « seulement », mais un livre augmenté, qui rend compte d’un voyage et tisse un hommage multimédia (récits, photos, musique, peinture performative) au micro-climax du Mont. Aussi, il donne la parole à un « père » affable assez pour résumer la vie monastique qu’on mène au large d’Ouranoupoli depuis le IXe siècle et au spécialiste Thomas Apostolopoulos qui explique qu’il n’est pas là une mais plusieurs façons d’être « frère » selon que l’on passe le temps dans un monastère d’origine russe, bulgare, serbe ou roumaine et que la musique séculière change elle aussi d’une communauté à l’autre. Plus loin, on évoquera l’effet du tourisme religieux sur la sincérité de la foi ou encore les relations de la Russie avec la Sainte Montagne. Le propos est celui de connaisseurs et leur exposé est complet.

 

Flee, l’éditeur du livre-disque, aurait ainsi pu s’arrêter là : Athos. Echos de la Sainte Montagne aurait constitué un ouvrage de référence consacré à une communauté religieuse et à sa tradition musicale. Mais l’idée d’un exercice germât, celui de l’introduction au sanctuaire d’un périlleux rite païen : la compilation de relectures. Trié sur le volet, un aréopage d’étrangers au lieu s’empare d’airs autochtones (fonds Samuel Baud-Bovy des archives du Musée d’Ethnographie de Genève) qu’on leur a fait découvrir, voire soumis – c’est la religion qui entre. Un prétexte (invitation « à réfléchir à l’essence unique de cette péninsule coupée du monde ») et une réalité (comme toujours les artistes invités n’en feront qu’à leur tête et surtout comme ils peuvent).

 

Sur la base d’enregistrements d’archives, des musiciens minutieusement sélectionnés ont été invités à créer de nouvelles compositions inspirées par ces sons sacrés, explique le livre. Sur le second vinyle, se succèdent les chants rituels de groupes différents : ces moines-là ne sont pas ceux de Micus, c’est une autre génération de moines, qui pose question : comment se reproduisent-ils ? Dans quelles circonstances ? Quant au « périlleux rite païen », disait-on, c’est l’affaire du premier vinyle quand celle du péril peut concerner la relecture des « musiciens minutieusement sélectionnés » et même l’entière compilation – genre d’ouvrage qui fait rarement preuve de cohérence et que tel choix de morceau, tel placement sur l’album, égratigne toujours un peu…

 

 

Les noms des musiciens, presque tous inconnus, me font craindre le pire (l’appropriation ambient electro dub ethnique, disons le mot). Mais voici que – dans l’ordre d’apparition – l’Inre Kretsen Grupp augmenté de Prins Emanuel (l’association a pourtant sorti un disque commun sur Séance Centre l’année dernière) rassure : deux coups répétés de simandre poussent les musiciens à accumuler sur sa pulsation piano, guitare et cuivres jusqu’à révéler une danse étrange ; la même simandre inspirera le dub – attendu, certes, mais ployant sous l’effet de voix ralenties – d’Holy Tongue avant que les Turcs Esme Ertel et Murat Ertel composent sur bendir et saz un refrain d’un marial minimal et que Daniel Paleodimos agite le fantasme d’un Pit Er Pat oriental, lui.

 

 

Il est loin aussi le temps du dernier Jimi Tenor entendu. En ouverture de la seconde face, le musicien passe un disque et accompagne les chœurs du bruit de gongs maison. De son propre aveu sous l’influence du compositeur Einojuhani Rautavaara, il administre à son mélange de voix et d’ustensiles une tension qui va grandissant : c’est un emprunt et un autre minimalisme, une expérimentation de moins de quatre minutes qui n’a l’air de rien mais qui est l’une des plus belles relectures du disque. Moins originaux, le dub de Dimitris Papadatos (Jay Glass Dubs), les synthétiseurs de Gilb’r et l’atmosphère rileyrienne d’Organza Ray. Mais qu’importe puisque le recueil de relectures a déjà passé. Le disque suivant, plus tôt évoqué, engage le retour aux sources – cette autre génération de moines et la question qui lui est attachée : dans quelles circonstances ?

 

On ne sait plus comment dire l’originalité et la qualité d’un ouvrage à l’heure où tout est « incroyable », où tout est « hors du temps ». L’expérience que propose Athos. Echos de la Sainte Montagne, l’approche d’un mystère qui en fait naître combien d’autres, n’est ni l’un ni l’autre, puisque tout est désormais consigné, attesté sur vinyles et papier (disques et livres sont disponibles aussi séparément).  

 

Guillaume Belhomme © le son du grisli zombie 2024

 

22 janvier 2010

Frank Rosaly : Milkwork (Contraphonic, 2010)

rosalysli

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La couverture de Milkwork est mauvaise conseillère : sur ce disque (LP vinyl blanc), le batteur Frank Rosaly –  souvent entendu auprès de Dave Rempis ou Fred Lonberg-Holm – s'adonne en solitaire à de brillantes études.

 

Introspectif, il fomente une construction rythmique peu à peu séduite par les saturations sorties de pédales d'effets, vagabonde sur une vignette sonore jouant des écarts de volume, poursuit ses recherches sur le son le temps de pièces hybrides avides d'autres déformations.

 

Ailleurs, il commande à d'autres instruments d'investir le champ expressionniste : accordéon supposé répétant deux notes sur une batterie chancelante (Zoquete, plus naïf dans sa conduite et à rapprocher des travaux de LaMonte Young) ou vient appuyer l'interventions de synthétiseurs ou d'oscillateurs  convoqués pour relever quelques progressions lasses. Enfin, il arrive à Rosaly d'improviser plus concrètement : NY Prices! et Truce démontrant d'un savoir-faire polyrythmique qui évoque les compositions pour batterie seule de Max Roach : Rosaly moins minutieux que son modèle mais profitant, comme d'un bout à l'autre de Milkwork, de folies généreuses.


Frank Rosaly, Adolescents. Courtesy of Contraphonic.

Frank Rosaly : Milkwork (Contraphonic)
Edition : 2010.
LP : 01/ Adolescents 02/ NY Prices 03/ Four Bright Red Dots 04/ Truce 05/ Zoquette 06/ NY Prices! 07/ Calcetines 08/ Burnshine 09/ He Junkin'
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

12 avril 2014

Dewey Redman : Tarik (BYG, 1969)

dewey redman tarik

Ce texte est extrait du troisième des quatre fanzines Free Fight. Retrouvez l'intégrale Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié aux éditions Lenka lente.

Ornette Coleman / Dewey Redman / Charlie Haden / Ed Blackwell : en 1969, le quartette d’Ornette Coleman tourne en Europe. A Paris le 1er octobre, deux de ses membres s’en échappent pour enregistrer Tarik en compagnie de Malachi Favors, contrebassiste sorti pour l’occasion de l’Art Ensemble of Chicago. Il s’agit de Redman – saxophoniste dont Tarik sera le deuxième disque personnel – et de Blackwell, batteur vif qui mettra en route, à force de rebonds arrangés sur caisse claire, ce disque d’exception.

Avant Red & Black, concert du duo Dewey Redman / Ed Blackwell enregistré en 1980 au festival de Willisau, Tarik avait déjà fait du rouge et du noir les couleurs du saxophoniste. Sur la couverture, Redman y apparaît portant fez rouge et soufflant sur fond noir. Au creux des sillons, sa musique est de colère rentrée lorsqu’elle ne se ménage pas quelques zones d’ombres. Sur le pas de ces rebonds arrangés sur caisse claire, le meneur intervient à la musette. L’usage de l’instrument déplace géographiquement le propos musical – un peu plus encore que ne l’avait fait pour d’autres celui du saxophone soprano. Au jeu des comparaisons, on rapprocherait volontiers le son de musette de Redman du « jeu » de violon d’Ornette Coleman. De là, redire la présence, des années durant, du premier auprès du second, ami d’enfance et voisin de New York où Dewey Redman s’installe en 1967. Ainsi sur Friends and Neighbors, enregistrement daté de 1970, l’auteur de Tarik est-il, tout comme Ed Blackwell (et Charlie Haden, pour être complet), et ami et voisin d’Ornette Coleman.

ornette 530

La musette abandonnée, voici Redman au ténor. L’esprit est frappeur, qui anime l’association que le saxophoniste dirige sur des titres de sa composition : « Fo Io » et « Paris ? Oui ! » dont le trio que Coleman emmena au Golden Circle en 1965 aurait apprécié les claudications – le rythme dérivant de Blackwell et la découpe franche de Favors : échos fantastiques des pratiques sœurs de Charles Moffett et David Izenzon ;  « Lop-o-Lop » sur lequel un court gimmick de contrebasse se laisse modifier par les enluminures exotiques du batteur tandis qu’au premier plan Redman vocalise, fait de son saxophone un porte-voix de légende qui permet aux trois hommes d’intensifier des ardeurs que leur audace commune aura poussées jusqu’aux portes du bruit ; « Related and Unrelated Vibrations », enfin, hymne décousu sur lequel le saxophoniste change une combinaison de contractions musculaires en formule ravissante – citation d’Evan Parker tirée de son texte DE MOTU, dans la traduction qu’en a donnée Guillaume Tarche : Je ne me suis pas penché sur le problème du chant « dans » l’instrument car, à moins d’être pratiqué au trombone ou au didgeridoo, il ne me plaît guère et m’évoque le kazoo ou le peigne musical (recouvert de papier) ; si j’y ai recours, c’est inconsciemment ou dans les situations extrêmes (bien qu’à chaque fois que j’écoute Dewey Redman le faire, je regrette d’avoir été aussi paresseux).

Ce que Dewey Redman parvient à extirper du pavillon de son instrument dira ensuite d’autres manières – célébrant le répertoire du maître en Old and New Dreams avec Don Cherry, Charlie Haden et Ed Blackwell, dès 1976 – son indéfectible relation à Ornette Coleman. Laissera entendre aussi – malgré les aléas d’une discographie inégale, jusqu’au dernier jour (en 2005, Redman enregistrait The Key of Life avec Blackwell encore) – que c’est en ami qu’il aura le mieux défendu son art.

dewey 530

 

16 juin 2012

James Newton : Paseo del mar (India Navigation, 1978)

james_newton_paseo_del_mar

Ce texte est extrait du troisième des quatre fanzines Free Fight. Retrouvez l'intégrale Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié aux éditions Lenka lente.

Musicien créatif plutôt que de jazz : ainsi se voyait James Newton vers le fin des années soixante-dix, quand il arriva de la Côte Ouest des Etats-Unis jusqu’aux oreilles des amateurs européens. C’est exclusivement à la flûte qu’il choisit de s’exprimer, fort de l’expérience acquise au sein d’une scène riche en fortes personnalités dont firent entre autres partie Arthur Blythe, Bobby Bradford, Charles Tyler, Stanley Crouch ou Walter Lowe

Mais plus qu’aucun autre, c’est le clarinettiste John Carter, du même coin, qui l’aura marqué à jamais. Tous deux ont en commun de jouer d’un instrument assez peu usité, et pas vraiment puissant en matière de volume sonore, comparé à un saxophone ténor ou à une batterie. Un langage doit donc être développé, qui permette de tenir le choc : ce sera chose faite pour James Newton, une fois ouverte la porte de l’après-Dolphy

NEWTON1

John Carter, pour revenir à lui, aura aussi une influence spirituelle profonde sur le jeune instrumentiste. Et quant aux disques des autres, ils l’aideront également à trouver le chemin à suivre : ce seront en premier lieu ceux d’Ornette Coleman, pendant longtemps écoutés en boucles, telles les premières productions du label Contemporary comme l’ambitieux Skies Of America par trop méconnu. Braxton, sur cette route, finira par incarner une autre figure tutélaire d’importance, ne serait-ce que parce qu’il démontra qu’un autre jazz était possible, et que Berg et Webern pouvaient s’y faufiler. En ce qui concerne Dolphy, James Newton y voit un père sans qui rien pour lui n’aurait vu le jour. 

Les historiens avancent Wayman Carver chez Chick Webb comme premier flûtiste de jazz. Sauf que le dit Carver, à l’instar de ses futurs confrères, ne se cantonnait pas à la flûte qu’il assortissait d’un intérêt tout aussi grand pour le saxophone. En feront de même James Moody, Yusef Lateef, Roland Kirk, Joe Farrell, Sam Rivers, Henry Threadgill. Alors que d’autres, plus rares, au contraire, s’y consacreront, tels Herbie Mann, Hubert Laws ou Jeremy Steig. Ceux que rappelle le plus James Newton sont Buddy Colette et Eric Dolphy, un certain feeling que l’on qualifiera de « californien » obligeant. 

A la flûte, des techniques particulières peuvent pallier au manque de puissance sonore : James Newton ne s’en privera pas en contexte free avec rythmique puissante, comme ici sur « Lake ». Ces techniques consistent généralement dans le recours à la voix, afin de générer plus d’ampleur : « La voix représente quelque chose comme la main gauche d’un pianiste, confiait James Newton à Laurent Goddet en 1979, ce qu’on peut faire sur la flûte à partir des clefs s’apparentant au contraire à la main droite. » Chanter une mélodie et improviser en même temps ne lui poseront jamais problème, pas plus qu'à Roland Kirk ou Ian Anderson du groupe de rock Jethro Tull ; d’autres, dans le jazz, ayant d’ailleurs déjà exploré cette voie consistant à envisager l’instrument de manière orchestrale – des trombonistes notamment. Sauf que la force nécessaire, insiste James Newton, est à chercher en soi et non dans l’instrument lui-même. Et qu’il ne s’agit pas non plus d’en abuser. 

NEWTON_3

De Paseo del mar se dégagent des climats peu communs, si l’on excepte Other Aspects d’Eric Dolphy (pourtant antérieur d’une bonne quinzaine d’années). L’album enchante par la sorte d’inventaire proposé, où se mêlent écrit et improvisé, dans un digne prolongement de Flute Music, autoproduction également signée Newton et réalisée en solo, abstraction faite de la diffraction générée par endroits par le re-recording. Palliatif d’ailleurs rapidement abandonné au profit du solo absolu, voire, dans le champ de la multiplication des voix, par le recours au quintette flûte / clarinette / tuba / basson / hautbois (ou cor anglais) constitué de Newton, John Carter, Red Callender, John Nunez et Charles Owens (Music For Wind Quintet, même label, 1980). 

Chez James Newton la perméabilité aux influences intègre le free jazz, les musiques classique, contemporaine, folklorique, ethnique et pour sakuhachi. Et dans le pianiste Anthony Davis, celui-ci aura rencontré un véritable alter-ego. Chez l’un comme l’autre une même fraîcheur surprend, l’émotion ne cédant jamais à la technique. 

Des échos d’Ellington, Mingus, Ornette, Dolphy, Bach se font entendre et constituent ici l’épine dorsale. Tout comme dans Of Song For The World d’Anthony Davis, enregistré la même année pour la même maison de disques, et à écouter en parallèle.

NEWTON2

23 mars 2024

Morton Feldman, Christian Wolff, Wendy Eisenberg : The Possibility of a New Work for Electric Guitar

 

Certes, le son du grisli n'est plus, mais quoi ? De temps à autre, le son du zombie vous rappellera à son bon souvenir. 

 

En 2018, le label Mode, à qui l’on doit d’incontournables références de la discographie de Morton Feldman, publia une interprétation, sur un arrangement du guitariste Seth Josel (aidé de Chris Villars, archiviste à qui l’on doit notamment Morton Feldman Says) de The Possibility of a New Work for Electric Guitar par Sergio Sorrentino (disque Dream: American Music for Electric Guitar). Le jeu était ample, délicat même, mais sa sonorité « contemporaine » interrogeait.  

Ecrite pour Christian Wolff (et sa propre Fender) en 1966, la composition, espérait Feldman, devait permettre de « dépasser » l’instrument en question en lui soutirant des sons qu’on pourrait lui croire étrangers. Longtemps perdue, la partition dut attendre qu’on en retrouve une partie – c’était en 2007 – pour être publiée puis envisagée à nouveau sur l’inspiration d’un fragment et aussi le souvenir enregistré d’une interprétation donnée par Wolff le 29 juillet 1966 au San Francisco Tape Music Center.

Un peu moins de quatre minutes que l’on retrouve en ouverture de la première face de ce vinyle Other Minds Records : ce sont d’autres silences parmi les aigus et les soupirs de cordes que l’on tend ou détend, d’autres trajectoires que Feldman et Wolff (qui se dit piètre guitariste) dessinent de concert à coups de glissandi courts et d’usages du vibrato, de notes infimes, aussi, mais qui claquent. De l’année de l’écriture de cette pièce à celle de sa redécouverte, quarante ans auront passé pendant lesquels la guitare électrique s’est fait entendre d’innombrables façons. Or l’expérience de Feldman n’en est pas moins surprenante.

Pour finir de s’en convaincre, on écoutera la guitariste Wendy Eisenberg interpréter la pièce en 2022. Après le document qu’est l’enregistrement de Wolff, elle propose une lecture ressemblante mais qui interroge davantage la note choisie par Feldman lui-même : réajustée à peine s’est-elle fait entendre, à la merci des tensions et des relâchements, jusqu’à rêver en conclusion d’un presque accord. Trois notes qu’Eisenberg laisse en suspens, derrière elle, aux portes des cinq minutes. Ce que cette minute de différence avec l’interprétation de Wolff contient a évidemment été disséminé au gré des approches entre le manche et les mécaniques.

En seconde face, c’est Wolff qu’Eisenberg – plus « technique » à la guitare que ne l’est le compositeur – reprend cette fois : Another Possibility, datée de 2004. On imagine ici le dédicataire tirer des plans sur la comète Feldman : et si « The Possibility... » du maître pouvait être « Another... » que celle qu’il enregistra jadis… Eisenberg suit donc une nouvelle partition – une supposition presque – qui évoque celle de Feldman avant d’être soumise à des précipitations qui l’en éloignent. Et puis, après huit minutes, un aigu répété évoque un code de communication : on passera alors le message sur vinyle, que quarante-cinq tours par minute ne sauraient épuiser.

Guillaume Belhomme © le son du grisli zombie 2024

 

Screenshot 2023-09-25 at 09-39-49 #guillaumebelhomme sur Instagram Hashtags

6 octobre 2016

Lustmord : Dark Matter (Touch, 2016)

lustmord dark matter

Le sujet – la matière noire – aurait pu inspirer Lustmord bien avant Dark Matter, dernière référence en date de la discographie que Brian Williams inaugura sous ce nom en duo avec John Murphy. Serait-ce alors un pas vers l’ultra-noir que ferait ici, en trois temps, l’une des grandes figures de l’ambient ombreuse ?

Il faudra tenir les claustrophobes éloignés de ces nappes soufflant le froid et de ces sirènes qui, sur deux notes, balisent un paysage lugubre qui ne peut que faire effet sur le voyageur derrière lequel se sont refermées de grandes et lourdes portes de métal. Pour cette sorte de descente aux Enfers qu’il lui a promise, Lustmord oblige en plus son invité à un transport aussi lent que le sien.

Prendre, alors, garde aux bruits sourds que vobulent les résonances et les vents contraires : confinée à un environnement hostile mais ravissant aussi, l’écoute s’empare d’un paquet de rumeurs auxquelles elle attachera presque autant de fantasmes noirs. Si la dernière piste est moins impressionnante – allongeant l’expérience d’une distance de trop – est-ce parce qu’elle accompagne le lent retour à la surface du musicien et de son invité ? 

lustmord

Lustmord : Dark Matter
Touch / Metamkine
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Subspace 02/ Astronomicon 03/ Black Static
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

19 février 2016

Nicolas Perret, Silvia Ploner : Nýey (Unfathomless, 2015)

nicolas perret silvia ploner nyey

Moi ça me rassure dès qu’un oiseau pointe sa queue dans le coin. D’autant que sur ce CD ça se passe en Islande (si j’ai pas rêvé). Le vent sur les cratères, le crachat des geysers, les voix qui nous parlent d’extraterrestres, de nouvelle ère et de nouveau monde, voilà le genre... 

La phonographie de Nicolas Perret & Silvia Ploner n’est pas bien longue. Est-elle plus mystérieuse pour cela ? Oui sans doute car les sons et les (deux, il me semble) voix qu’elle fait parler font partie d’un paysage inconnu que le duo a visité puis reconstitué – jusque-là, rien d’original sur le papier.

Mais dans cette « recomposition », l’anxiété n’est jamais loin. Même quand on est assuré que rien de mal ne peut plus se passer (ni les oiseaux nous attaquer, ni les souffles nous emporter etc.) on craint fort. Mais c’est la force de Nýey de n’être pas rassurant. D’avoir su conserver dans la beauté de sa composition l’insécurité du voyage.


nyey

Nicolas Perret, Silvia Ploner : Nýey
Unfathomless
Edition : 2015.
CD : 01/ Nýey
Pierre Cécile © Le son du grisli

26 octobre 2015

Hearing Things : Stalefish (Hawks, 2015)

hearing things stalefish

Deux faces de quarante-cinq tours suffiraient-elles à exprimer les influences de Matt Bauder – ces musiques qui, en tout cas, semblent l’inspirer ?

En première face, une rengaine « éthiopique » : ce n’est pas la première fois que le souffleur débute un disque dans cet esprit (aller entendre ceux de Day In Pictures), style désuet mais en vogue qu’un saxophone soigne avec orgue (JP Schlegelmilch) et batterie (Vinnie Sperrazza) – ce nouveau projet est donc un trio : Hearing Things. En seconde face, c’est soutenu par une guitare baryton (qu’il a lui-même enregistrée) que Bauder s’adonne à un rock au swing induit : les feulements du saxophone donnant un peu de couleur à ce qui n’aurait pu être qu’un simple exercice de style.

Deux temps, donc : de charmantes récréations tournées vers le passé, en attendant que Matt Bauder mette au jour un fond aussi singulier que peut l’être la forme de son art instrumental – pour obtenir et l’un et l’autre, on retournera à Paper Gardens et Memorize the Sky

Hearing Things : Stalefish (Hawks Records)
Edition : 2015.
45 tours : A/ Stalefish B/ Transit of Venus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

8 décembre 2014

Lawrence English, Werner Dafeldecker : Shadow of the Monolith (Holotype, 2014)

lawrence english werner dafeldecker shadow of the monolith

Dans l’ombre du Monolith (et surtout pas dans le monolithique) a été creusée cette collaboration de 2010 entre Lawrence English & Werner Dafeldecker. Et cela tombe plutôt bien car c’est en creusant qu’English s’est montré le plus convaincant ces dernières années.

Avec Francisco López ou Akio Suzuki, l’Australien a en effet laissé son ambient pastel au placard pour travailler une matière plus épaisse & plus noire. Avec le bassiste autrichien (Polwechsel, Ton-Art, quand même !), il creuse donc encore jusqu’à découvrir non pas du pétrole mais des strates surprenantes qui renferment des field recordings fossilisés (pour beaucoup des traces d'air et d'eau enregistrés en Antarctique). Le plus fort étant que ceux-là ne nous ramènent jamais à la réalité. Si bien qu’on se demande si ce n’est pas au plus profond de la matière qu’il y a le plus d’espace à habiter... et de choses à entendre.



Lawrence English, Werner Dafeldecker : Shadow of the Monolith (Holotype / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2014.
LP : A1/ Fathom Flutter A2/ Marambio A3/     Intake A4/ Mapping Peaks – B1/ Moro Mute B2/ Fall B3/ Rio Gallegos B4/ Outtake
Pierre Cécile © Le son du grisli

time

11 mars 2015

Lemaire / Arques : De l’eau la nuit (Tricollectif, 2015)

lemaire arques de l'eau la nuit

D’abord, il faut dire que le packaging (cruciforme et gravure au plomb) fait de l’effet & qu’il nous presse rudement de nous pencher sur ces deux inconnus (de moi en tout cas, ce qui fait déjà pas mal de monde dans mon monde personnel) : Gabriel Lemaire & Yves Arques, du collectif… Tricollectif.

Pas mal de nouvelles informations à intégrer alors que j’ai déjà le cortex cérébral au bord de la rupture, mais allons donc. Lemaire est aux saxophones et à la clarinette et Arques est au piano. Comme je les découvre, je me dis au début qu’ils sont partis pour donner dans une impro tendue rebattue (genre « fuis moi je te suis » sinon « suis moi ou je te fouette »). Et c’est ce qu’ils font. Puis ils ne le font plus. On me demanderait donc d’attendre ? Soit. Je n’ai pourtant aucune conscience professionnelle… et en plus je regretterais avoir attendu pour ce mignonnet unisson sax / piano.

Je poursuis quand même et, heureusement, à peu près au milieu du disque, nos amis se (me ?) réveillent. La main gauche d’Arques semble désabusée et force le saxophone à gronder. C’est bien mieux, mais court. Ça impressionne un peu, et puis c’est tout, avant un retour à un impressionnisme qui finit de me convaincre que Lemaire & Arques papillonnent entre des références (impro / classique / contemporain…) qu’ils stérilisent. Le manque d’expérience, peut-être.



Gabriel Lemaire, Yves Arques : De l’eau la nuit (Tricollectif)
Enregistrement : 30 et 31 octobre 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Les yeux ouverts 02/ Nocturne 03/ Clartés 04/ Clous et roseaux 05/ Ballade 06/ Eau obscure 07/ Le chat et l’amoureuse 08/ Berceuse
Pierre Cécile © Le son du grisli

27 février 2015

Helen Mirra, Ernst Karel : Maps of Parallels 41°N And 49°N (Shhpuma, 2015)

helen mirra ernst karel maps of parallels 41°n and 49°n

Si rien à faire dans l’heure qui vient, pourquoi ne pas faire le tour du Monde ? En d'autres mots : écouter ces field recordings d’Helen Mirra et Ernst Karel ? Même si, le temps de commander le disque en question… mais passons.

Une heure pile et une heure aqueuse (mais pas que…) pendant laquelle Mirra plaque deux enregistrements de parallèles terrestres sur vos deux enceintes. La pièce d'home stereo, destinée à l’origine à illustrer une installation de l'artiste, couple des enregistrements de terrain avec une guitare, une basse électrique et un générateur de bruits analogique. Rapidement, on ne sait donc plus de quelle nature sont vraiment tous ses bruits.

Mais reste l’impression (pas déplaisante) d’être parachuté et d’assister à sa propre chute. Agréable même, quand on croise ces cordes de guitare qui donnent une autre forme au projet, le propulsent dans le champ de la musique à loops et à décalages. Entre le passage d’un train, celui d’un avion, le bruit d’une cascade ou celui d’un chantier, on déniche un couloir aérien et musical fait rien que pour nous. Son doux nom ? Maps of Parallels !

Helen Mirra, Ernst Karel : Maps of Parallels (Shhpuma)
Edition : 2015.
CD : 01-02/ Maps of Parallels 41°N And 49°N at a scale of ten seconds to one degree (home stereo version) 
Pierre Cécile © Le son du grisli

18 décembre 2014

Ray Brassier, Mattin : Unfree Improvisation/Compulsive Freedom (Confront, 2014)

ray brassier mattin unfree improvisation compulsive freedom

C’est une idée et une pièce « écrite » de Ray Brassier qui met le philosophe en scène avec l’un de ses partenaires d’Idioms and Idiots, Mattin. Devant public (aveuglé, et qui patiente, commente, tousse beaucoup), le 21 avril 2013 à Glasgow.

Inspiré par le thème (Freedom is a Constant Struggle) de l’Arika Festival, Brassier coucha sur le papier ce qu’il entend par « liberté » et ce qu’il entend par « improvisation ». Tout expliquer, la métaphysique même (What Is Not Music ?), l’origine ou l'intention du geste improvisé, occupe encore beaucoup d’improvisateurs valables, et en distrait peut-être davantage, mais trêve… des pas sonnent le début de la performance.

Entre les longs silences qui évoqueront les danses arrêtées de Diego Chamy, des sons préenregistrés ou des effets joués sur l’instant (soufflerie, sirènes, rumeurs animales, voix transformée qui entame un discours…) se figent, marquant les stations d’une improvisation en suspens qui, au final, brille par ses doutes et ses « absences ».

Ainsi, pour peu que l’auditeur garde la conscience tranquille après avoir relativisé l’importance (plus encore que la nouveauté) du texte de Brassier, Unfree Improvisation/Compulsive Freedom, qui offrait déjà davantage à entendre qu’à voir, pourrait ravir jusqu’à l’amateur rassasié de concepts. Tout en ne changeant rien à ses principes : n’est-ce pas lui qui toujours décidera des degrés de liberté et de vérité de la musique qui le soumet ?

Ray Brassier, Mattin : Unfree Improvisation/Compulsive Freedom (Confront / Metamkine)
Enregistrement : 21 avril 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Unfree Improvisation/Compulsive Freedom
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

30 mars 2012

Arthur Doyle : Alabama Feeling (AK-BA, 1978)

arthur_doyle_alabama_feeling

Ce texte est extrait du troisième volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Dans un entretien datant de fin 1995, publié l’année suivante dans un numéro devenu rare de Discographie, Pierre Hemptinne interroge le saxophoniste Arthur Doyle à propos d’un de ses enregistrements de prison (il y fut détenu par erreur, en France, entre 1983 et 1988) : « La résistance est passée par ma tête et par mon sax comme du courant électrique, de manière positive. Ma musique est une tentative de résistance contre l’utilisation des échelles à huit notes et l’usage des accords conventionnels. J’essaye d’utiliser les sons et les couleurs retentissantes et destinées à l’âme, des notes qui sont plus grandes qu’un ton entier et plus petites qu’un demi. La musique que je fais expose à l’incarcération sociale, mais il faut être fort et croire en ce que l’on fait. » Quand on écoute l’opus ayant motivé l’interview dont ces propos sont extraits (un songbook rudimentaire et incroyablement poignant) il ne fait aucun doute qu’Arthur Doyle croit en ce qu’il fait (comme un Charles Gayle par exemple, avec qui il partage bien des points communs), et qu’il ne peut en envisager le résultat autrement qu’as serious as his life. Ce qu’Arthur Doyle confirme : « Ce qui est audible dans ma musique est peut-être issu du silence, mais d’un silence RETENTISSANT : la solitude provient du fait d’être enfermé et de vivre dans une société raciste. » 

DOYLE1

Dans un autre fanzine, Supersonic Jazz, Yves Botz, des Dust Brreders et Mesa Of The Lost Women, parlait de sa manière d’épuiser interminablement un son, d’un corps tout entier instrumentalisé par cette quête, ou encore de vaudou, tout en tissant des liens évidents avec Borbetomagus, l’écrivain Pierre Guyotat et le groupe japonais Gerigerogegege

Depuis que The Black Ark de Noah Howard (sur lequel figure Arthur Doyle) et Alabama Feeling ont été réédités, l’on en sait enfin plus sur l’homme, notamment grâce à Dan Warburton, critique et musicien ayant eu le privilège d’enregistrer avec le saxophoniste. 

Arthur Doyle, on l’aura compris, est originaire de l’Alabama, comme Sun Ra. Il a commencé par écouter Louis Armstrong et Duke Ellington dans l’orchestre de qui, à l’instar de son confrère Noah Howard, il a surtout remarqué Paul Gonsalves. En âge de jouer, Arthur Doyle s’illustra d’abord aux côtés de Donny Hataway et Gladys Knight avant qu’ils ne rencontrent le succès avec leurs hits soul. D’ailleurs, tout comme Albert Ayler et Frank Wright, Arthur Doyle a fait ses classes au contact du gospel et du rhythm’n’blues dont il propose finalement sa vision, écorchée et sauvagement paroxystique : ce que l’intéressé a lui-même défini comme ressortant d’une technique particulière et de son cru nommée « Voice-O-Phone », qu’on ne peut que comparer à ce que Rashaan Roland Kirk puis Dewey Redman mirent au point bien avant, ce qu’Arthur Doyle ignorait totalement – soit dit en passant. 

DOYLE2

Tout autant que The Black Ark (où, quels que soient les orientalismes que l’on ne manquera pas d’y percevoir, « l’Afrique incarne la maison première de la Terre Mère »), un trio constitué de Milford Graves, Hugh Glover, Arthur Doyle, et dont Bäbi constitue l’unique (et rarissime) témoignage phonographique, a tracé la voie des futurs combos de noise ouverts au free jazz. Parmi eux Borbetomagus au premier chef, mais aussi The Blue Humans, combo no wave au sein duquel Arthur Doyle s’est illustré dès décembre 1978 au Max’s Kansas City à New York, parallèlement à la sortie d’Alabama Feeling. Au sein de ce groupe piloté par le guitariste Rudolph Grey, Arthur Doyle devait croiser le fer avec le batteur Beaver Harris, et même occasionnellement avec le génial Rashied Shinan, présent sur Alabama Feeling et sur l’hyper-free Black Beings de Frank Lowe – ce n’est évidemment pas une coïncidence. Quelque soit le contexte, Arthur Doyle s’acharne toujours à d’infernales glossolalies, sans amortissement possible, incarnant comme nul autre l’homme primitif, à force de vociférations et d’allégresse ravageuse. 

En dépit d’absences en rapport avec un destin hors du commun, Arthur Doyle réussira à rencontrer des musiciens aussi intéressants qu’Alan Silva, Sunny Murray, Thurston Moore, Tom Surgal, Barre Phillips, Keiji Haino et même Takashi Mizutani, guitariste du groupe psychédélique culte nippon Les Rallizes Denudés

Alabama Feeling est l’un des très grands disques sauvages du free : avec Black Beings de Frank Lowe, Machine Gun de Peter Brötzmann, les solos de Kaoru Abe, Spiritual Unity d’Albert Ayler, le triple album du Celestrial Communication Orchestra édité par BYG, l’Olatunji Concert de Trane, les inédits tardivement exhumés de Juma Sultan, le double LP du Jazz Composers’ Orchestra de Mike Mantler avec Cecil Taylor et Pharoah Sanders, Marzette Watts And Company et Bäbi de Milford Graves. Paul Flaherty avec Chris Corsano et C. Spencer Yeh, voire le Tight Meat Duo, reprendront le flambeau à leur manière.

DOYLE3

29 septembre 2014

Ramuntcho Matta : Météorismes (SometimeStudio, 2014)

ramuntcho matta météorismes

Pas celle de n’importe quel Ramuntcho, la carrière de Ramuntcho Matta. Collaborer avec John Cage, Don Cherry, Rhys Chatham… ne l’empêchant nullement de tutoyer Elli Medeiros.

On retrouve d’ailleurs ce je-ne-sais-quoi de Medeiros / Mikado dans les chansons enregistrées au dictaphone de Météorismes. Oui mais pas seulement. Ce vinyle est un fourre-tout baroque et stimulant : une ballade à la Barouh, des collages à la Tazartès, des intonations Areski / Higelin, de la variété italienne à grosse basse, de la musique d’ascenseur en panne… Météorismes, c’est en somme une pop déglinguée qui distribue de grands moments de poésie. Comme les nombreux artistes qui l’inspirent, Matta est « tordu sur les bords, avec beaucoup de bords ».



Ramuntcho Matta : Météorismes (SometimeStudio / Souffle Continu)
Edition : 2014.
LP : A1/ 1+1=3 A2/ Tu es A3/ Elle et lui A4/ La flamme A5/ Inside My A6/ Elastique – B1/ Antonio B2/ Marabout B3/ Eleonore B4/ Sur les bords B5/ Somebody Special
Pierre Cécile © Le son du grisli

19 juillet 2014

GX Jupitter-Larsen, Joke Lanz, Rudolf Eb.er, Mike Dando : Wellenfeld : For Amplified Brainwaves (Fragment Factory, 2014)

gx jupitter-larsen joke lanz mike dando rudolf eb

Le concept est de Rudolf Eb.er et la conception de l’instrument (casque sans fil transmettant à Rashad Becker les ondes cérébrales des quatre hommes qui le portent : GX Jupitter-Larsen, Joke Lanz, Rudolf Eb.er, Mike Dando) du Dr. Mick Grierson. Mixant les signaux qu’il obtient, Becker fait de la musique. A celle-ci, les cobayes peuvent réagir.  

L’expérience – enregistrée le 2 décembre 2012 à Bristol dans le cadre du festival EXTREME RTUALS – est d’une demi-heure, au cours de laquelle les émissions inspirent donc autant qu’elles composent une musique diffusée sur huit enceintes. Après quelques crépitements, les premières ondes diffusent, rechignant certes au motif musical mais multipliant les travestissements : bourdon d’orgue ancien, encodages variés, programmation électronique impétueuse ou morse télégraphique. A l’ombre de l’expérience rare, Jupitter-Larsen, Lanz, Eb.er et Dando augmentent leurs discographies de bruits neufs et exaltants.   

GX Jupitter-Larsen, Joke Lanz, Rudolf Eb.er, Mike Dando : Wellenfeld : For Amplified Brainwaves (Fragment Factory)
Enregistrement : 2 décembre 2012. Edition : 2014.
CD : 01/ Wellenfeld : For Amplified Brainwaves
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

6 mars 2013

RM74 : Two Angles of a Triangle (Utech, 2012)

rm74 two angles of a triangle

Two Angles of a Triangle sonne le retour de Reto Mäder et par voie de conséquence de ses idées fixes (de dark ambient, de minimalisme, de petits arpèges, de parasites angoissants…). Sur deux CD, qui plus est, où il peut se montrer (au choix) inventif, naïf, gentil, terrible…

Débiteur d’ambiances sur le CD1, notre homme glisse sur les cordes de métal de sa guitare, sur des nappes d’ombres synthétiques et recourt ici ou là à des instruments d’une Mäder-Kabbale qui cherche des bruits secrets. Sur le CD2, un piano enfantin n’est cependant pas de taille à révéler quoi que ce soit digne d’intérêt ou des cloches alourdissent un peu la cérémonie. Mais, quelques instants plus tard…

… des glissandi calment les impatiences de l’auditeur au point que Mäder ne donnera dorénavant plus que dans la berceuse. Il double un carillon et la magie opère (d’autant que la petite mélodie dévisse jusqu’à réveiller tous les fantômes qui dorment dans les placards des chambres d’enfants). Comme la peur finira par s’emparer de lui, Madër invente des draps de sons qu’il baptise Laid Open et Show Me the Shadow of the Sun (où son goût des orgues réapparaît). Là-dessous, il est à l’abri, reprend son courage à deux mains et souffle tout ce qu’il a dans le coffre : alors il impressionne !  

RM74 : Two Angles of a Triangle (Utech Records)
Enregistrement : 2011-2012. Edition : 2012.
2 CD : CD1 : 01/ Betwixt 02/ Spineless 03/ Between And Forever 04/ Orka's Dream 05/ A Shimmer Of Bronce 06/ May 30, 2012 2:58 07/ Bees And Ghosts – CD2 : 01/ Anthem For A Windmill 02/ Fen Fire 03/ Because Of The Slow Shutter Speed 04/ Samsa 05/ We Run In Vicious Circles 06/ Laid Open 07/ Show Me The Shadow Of The Sun
Pierre Cécile © Le son du grisli

3 décembre 2012

Simon Nabatov, Nils Wogram, Tom Rainey : Nawora (Leo, 2012)

simon nabatov nawora

De cette improvisation « dirigée » et conçue par Simon Nabatov, Nils Wogram et Tom Rainey, on ne pourra, précisément, que reprocher la stratégie. Soit improviser en suivant schémas et balises. Et ainsi, rejeter toute latence ou temps mort. Et pour être encore plus clair : préférer la performance au danger. Mais ici, que cette performance (nommons-là plutôt résolution) est fructueuse. Et insistante. Tellement insistante.

De ce jazz aux ailes brisées en passant par ces errances sensuelles et ces dissonances foudroyées, le trio propose une sélection de figures souples, évidentes. Se drapant dans des alliages porteurs, la cassure ne prend jamais racine, le solo n’est pas interdit, le collectif tient le cap et ne dégrade jamais cette belle entreprise fusionnelle. Et que ce soit dans les gargarismes de l’un, dans les clusters de l’autre ou dans les frappes argentées du dernier, jamais de courroux. Juste l’entente naturelle de trois musiciens, ici en totale osmose.

Simon Nabatov, Nils Wogram, Tom Rainey : Nawora (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2012.
CD : 01/ Downstairs Upstairs 02/ Nonchalant Hint 03/ Heroes Like Us 04/ Nail It 05/ Persistence Is a Virtue 06/ Both And 07/ Dust-Tongued Bell
Luc Bouquet © Le son du grisli

23 novembre 2012

Bobby Bradford/Frode Gjerstad Quartet : Kampen (NoBusiness, 2012)

bobby bradford kampen le son du grisli

Pour changer peut-être de leurs travaux en Circulasione Totale Orchestra, Bobby Bradford, Frode Gjerstad, Ingebrigt Håker Flaten et Paal Nilssen-Love donnèrent ce concert à quatre : Kampen, enregistré le 17 novembre 2010 à Oslo – ce que redisent les titres des quatre morceaux du vinyle : This Is / A Live / Recording From / Kampen, Oslo.

Le cornet seul, puis à la clarinette opposée : Bradford et Gjerstad en inventifs retors profitent de l’entente de la paire rythmique – sur la solidité de Nilssen-Love, Håker Flaten élabore un jeu de contrebasse singulier qui accompagne et relance les vents tout en chantant en filigrane sa propre partition. Sur une aire de tempérance, Bradford passe à la sourdine moqueuse avant d’oser un air amusé qui fera le motif principal d’un jazz hésitant entre un bop poussé dans ses derniers retranchements (en date) et les phrases brèves d’un free commis d’office – tout recours agissant.

EN ECOUTE >>> A Live

Bobby Bradford, Frode Gjerstad, Ingebrigt Håker Flaten, Paal Nilssen-Love : Kampen (NoBusiness)
Enregistrement : 17 novembre 2010. Edition : 2012.
LP : A1/ This Is A2/ A Live B1/ Recording From B2/ Kampen, Oslo
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

28 septembre 2012

Dans les arbres : Canopée (ECM, 2012)

dans les arbres canopée

De retour : Dans les arbres s’installe en Canopée. L’élévation est lente, qui des musiciens ou de leurs notes atteignent les premiers le sommet ? Là, ce sont des tapis de verts sombres et des résonances étouffées, des champs de brume à perte de vue sur lesquels il faut évoluer avec délicatesse.

Cela n’empêche pas Ingar Zach et Xavier Charles de s’élancer les premiers, Ivar Grydeland et Christian Wallumrød suivant bientôt. Alors, il est temps d’improviser : d’astreintes en soubresauts, les musiciens progressent et derrière eux s’élèvent des rumeurs en fumées dans lesquelles on distingue ici des cordes-racines, là des volatiles encore jamais identifiés, et des bêtes qui, à terre, traînent et râlent en espérant la chute.

Dans les hauteurs, le quartette épie, inspecte, relève : le paysage est dense et sa musique doit l’être tout autant. Un relief à gravir, les instruments s’y emmêlent, et puis Zach marque le pas : régulier, il insiste et électrise les tensions inhérentes au risque : la fin du voyage est majestueuse, qui raconte la fumée, l’émanation, la vapeur, la buée, l’éther, le vertigo, l’immatériel, les cimes, la brume et la transparence. Désormais fondus sur disque.

Dans les arbres : Canopée (ECM / Universal)
Enregistrement : Juin 2010-avril 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ La fumée 02/ L’émanation 03/ La vapeur 04/ La buée 05/ L’éther 06/ Le vertigo 07/ L’immatériel 08/ Les cimes 09/ La brume 10/ La transparence
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

flashcode

Dans les arbres se produira ce vendredi 28 septembre à Paris, église Saint-Merri, dans le cadre du Crack Festival.

31 octobre 2012

McPhee, Håker Flaten : Brooklyn DNA (Clean Feed, 2012) / McPhee, Corsano : Scraps And Shadows (Roaratorio, 2012)

joe_mcphee_ingebrigt_haker_flaten_brooklyn_dna

Plusieurs fois avons-nous pu entendre comment fraternisent Joe McPhee et Ingebrigt Håker-Flaten : récemment en quartette sur Ibsen’s Ghosts et en duo sur Blue Chicago Blues. Quatre ans après cette rencontre à deux, McPhee et Håker Flaten enregistraient le matériau de Brooklyn DNA.

Un art nerveux de la confrontation, écrivait-on hier. Aujourd’hui, un alto répétant une sélection de graves permet au contrebassiste d’inventer une mélodie au son de laquelle fuir l’opposition ; un soprano met en joie un Håker Flaten hors ligne ; une trompette de poche change peu à peu ses expérimentations en expressions vives ; quelques souffles clairs commandent à l’archet de se lever enfin. Ci-fait, la contrebasse peut attirer à elle toute l’invention de McPhee : qui créé une intense ballade dans le sillon tracé par les cordes ou balance sur deux ou trois notes avant de jouer des épaules. Ainsi ces retrouvailles McPhee / Håker-Flaten gagnent-elles en diversité ce qu’elles perdent en autorité : font preuve de flamboyance quand ce n’est pas de haute impertinence.

Joe McPhee, Ingebrigt Håker Flaten : Brooklyn DNA (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 13 juillet 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Crossing the Bridge 02/ Spirit Cry 03/ Putnam Central 04/ Blue Coronet 05/ 214 Martense 06/ CBJC 07/ Enoragt Maeckt Haght 08/ Here and Now
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

mcphee_corsano

Fruit d’une autre relation récemment entretenue, Scraps and Shadows donne à entendre Joe McPhee et Chris Corsano enregistrés le 29 mai 2011 à Milwaukee. Force de frappe redoublée, ténor emporte-pièces et batterie remontée – de rythmique libre en batucada réinventée – donnent à nouveau dans un free altier que seule l’association de l’expérience et de la jeunesse peut encore garantir.

Joe McPhee, Chris Corsano : Scraps And Shadows (Roaratorio)
Enregistrement : 29 mai 2011. Edition : 2012.
LP : A1/ For Fred Anderson A2/ For Adrienne P. A3/ For Jim Pepper A4/ For Muhammad Ali – B1/ For Paul Flaherty B2/ For Kidd Jordan B3/ For Han Bennink
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

30 octobre 2012

Mazz Swift, Tomeka Reid, Silvia Bolognesi : Hear in Now (Rudi, 2012)

mazz swift hear in now

Si ce n’est l’orchestration et une certaine mélancolie bartokienne, le classicisme déserte la musique de Mazz Swift, Tomeka Reid et Silvia Bolognesi. N’ayant pas le jazz dans sa poche mais dans ses vifs archets, chacune des compositions de ce disque rivalise de clarté et d’audace.

Les thèmes sont tranchants comme des couperets mais le motif est élémentaire, plus rythmique que mélodique, et l’une peut facilement poursuivre ce que l’autre a commencé. Ainsi, en s’échangeant les rôles mais en n’abusant jamais de la formule, les cordes peuvent s’entrelacer, tout en assurant une métrique précise. Les cordes ne sont jamais grouillantes mais attirent de vifs glissendis en leur centre, un petit peu à la manière d’un William Parker, conquis et signant, ici, d’élogieuses notes de pochettes. Les surprises ne sont pas rares (un chant érudit et lumineux qui s’élève en fin d’enregistrement, un archet très Donald Duck que n’aurait pas renié un Chambers des grands soirs) et finissent de nous rendre ce disque indispensable.

Mazz Swift, Tomeka Reid, Silvia Bolognesi : Hear in Now (Rudi Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Cakewalk 02/ Spiderwoman 03/ Bassolo / Far East Suite 04/ La citta’ di loup 05/ L’albero secco 06/ Effendi 07/ Ova 08/ Impro I 09/ Ponce 10/ Malitalian Lullaby
Luc Bouquet © Le son du grisli

Newsletter