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Le son du grisli
9 janvier 2008

His Name Is Alive : Sweet Earth Flower (High Two, 2007)

hisnameisgrisli

Enregistré en 2004, l’hommage adressé par le groupe His Name Is Alive à Marion Brown se satisfait de huit reprises : sept de compositions du saxophoniste, et une autre d’un thème signé Harold Budd, avec lequel Brown a pu collaborer. Le problème est l’inégalité du résultat : concluant sur Juba Lee ou Capricorn Mood, sur lequel l’alto de Michael Herbst et la guitare de Warn Defever trouvent un terrain d’entente approprié ; décevant, voire, sacrilège, sur les reprises de November Cotton Flower ou Bismillahi’ Rrahmani’ Rrahim, notamment parce que le groupe déploie un décorum éliminatoire faits de nappes guimauves de synthétiseur. Qui raccourcit l’intérêt de l’entier enregistrement, qu’un Marion Brown, peut-être trop poli, a pourtant adoubé.

His Name is Alive : Sweet Earth Flower, A Tribute to Marion Brown (High Two / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2004. Edition : 2007.
CD : 01/ Sweet Earth Flying 02/ Juba Lee 03/ Capricorn Moon 04/ November Cotton 05/ Bismillahi’ Rrahmani’ Rrahim 06/ Geechee Recollections (I) 07/ Geechee Recollections (II) 08/ Sweet Earth Flying
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

15 septembre 2005

Tim Steiner: Big Ears – Fitzgerald’s Manifesto (Sonic Arts Network - 2005)

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Tombé un jour sur un vieux manifeste consacré aux façons de fabriquer au mieux une émission radiophonique, Tim Steiner ne s’en est jamais remis. Historien reconnu du domaine, il s’amuse de temps à autre à imaginer, selon les règles du manifeste en question, quelques compilations sophistiquées de thèmes rares ou décalés - oubliés ou écrits pour l’occasion.

Dernière émanation en date des aspirations créatrices de Steiner, Big Ears – Fitzgerald’s Manifesto est une compilation fouillée, décalée ou surprenante. Là, se mêlent savamment les élucubrations polyglottes de Ben (Some Ideas For Fluxus) et le fox-trot fait exemple de The Beau Hunks (Smile When The Raindrop Falls), un échantillon de rires mis en boîtes au début du 20ème siècle par la firme Parlophone et une rengaine d’Henry Champion tout droit sortie de la Plouc Amérique de Steinbeck (A Little Bit Of Cucumber).

Une fois échappé des parenthèses amusantes, Tim Steiner fait œuvres de quelques expérimentations minimales : collages personnels de voix de poètes choisis (Marinetti, Apollinaire, Artaud) et d'artistes (Schwitters, Duchamp) sur The Pretentious MysteryVoice, ou déconstruction / reconstruction d’un accompagnement de guitare rendu sur différents tons (The Inkspot).

Accueillant deux enregistrements d’Otomo Yoshihide aussi différents qu’inventifs (bidouillages électroniques violents sur 0A-21, swing gonflé à la variété sur Playgirl), la compilation s’amuse des différentes manières d’établir des contrastes. A l’intérieur même des morceaux, lorsque Manuel Rocha Iturbide fredonne mollement par-dessus un disque jouant Chofer Indú, ou quand The Duel Pan propose Nocturne en Si mineur de Chopin, à gauche, et une programmation aliénante de parasites électroniques, à droite (Nocturne in B Minor / Le Corpsbis).

Contraste encore, le phrasé ravissant des Mils Brothers (Caravan) côtoie les chorales d’enfants d’une autre époque - qu’elles entament un air de bienvenue (Welkommen) ou rendent un hommage appris par cœur au camarade Staline (Song About Stalin). Soit, un bouillon de culture surréaliste, activiste et un rien élitiste, Big Ears – Fitzgerald’s Manifesto est un loisir tout aussi récréatif que savamment conceptualisé.

CD: 01/ TIM STEINER “JINGLE — OPENING” 02/ THE CHILDREN’S CHOIR OF SKRANEVATNET SKOLEKOR “VELKOMMEN” 03/ OTOMO YOSHIHIDE “PLAYGIRL” 04/ TIM STEINER “JINGLE — PORTUGUESE LADY” 05/ HUGH LE CAINE “THE SACKBUT BLUES” 06/ TIM STEINER “THE MYSTERY SOUND” 07/ THE MILLS BROTHERS “CARAVAN” 08/ BEN VAUTIER “SOME IDEAS FOR FLUXUS” 09/ UNKNOWN “THE PARLOPHONE LAUGHING RECORD” 10/ TIM STEINER “JINGLE — BLACK BEAUTY” 11/ THE BEAU HUNKS “SMILE WHEN THE RAINDROPS FALL” 12/ TIM STEINER “THE PRETENTIOUS MYSTERY VOICE” 13/ HALIM EL-DAHB “VENICE” 14/ FREDERIC CHOPIN // HENRI CHOPIN “NOCTURNE IN B MINOR // LE CORPSBIS’’ 15/ TIM STEINER “JINGLE — ENGLISH LADY” 16/ FRIEDRICH JURGENSON “EINSPIELUNG” 17/ EDWARD KEAN “IT’S HOWDY DOODY TIME” 18/ NAM JUNE PAIK “ETUDE FOR PIANOFORTE” 19/ TIM STEINER “THE INKSPOT” 20/ SOL HOOPII “KOHALA MARCH” 21/ LEON THEREMIN “POLYPHONIC AETHERPHON” 22/ OTOMO YOSHIHIDE “OA-21” 23/ TIM STEINER “JINGLE — TWO PAIRS OF EARS” 24/ HARRY CHAMPION “A LITTLE BIT OF CUCUMBER” 25/ LOUIS AND BEBE BARRON “NOTHING LIKE THIS CLAW FOUND IN NATURE” 26/ TIM STEINER “JINGLE — MONITVERDI DRIVETIME” 27/ MOSES ASCHSOURCE “ANIMAL IMITATIONS FROM THE NAKED PREY SOUNDTRACK” 28/ SCHWIMMER, CAINE AND FELDMAN “THE BOOKSTORE” 29/ PHILIP CORNER “LUCINDA’S PASTIME PT.3” 30/ CHILDREN'S ENSEMBLE OF THE MOSCOW UNION OF DRIVERS “SONG ABOUT STALIN” 31/ RICHARD NONAS “WHAT DO YOU KNOW” 32/ CHARLES BOGART “THE MYSTERY FROG” 33/ MANUEL ROCHA ITURBIDE “CHOFER INDÚ” 34/ GLENN MILLER // TIM STEINER “MY MELANCHOLY BABY // CRYING BABY” 35/ THE RHYTHM RATS VOCAL GROUP “BRING ME SUNSHINE”

Tim Steiner - Big Ears – Fitzgerald’s Manifesto - 2005 - Sonic Arts Network. Import.

2 septembre 2005

Tri-Dim, Jim O'Rourke, Barry Guy : 2 of 2 (Sofa, 2001)

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Compilation d’enregistrements ou projets divers réunis par Tri-Dim afin d’élaborer un deuxième album hybride, 2 of 2 a été confectionné en compagnie de monstres-parrains de choix. Auprès du trio norvégien, donc : Barry Guy et Jim O’Rourke.

Il est malgré tout normal de revenir sur les présentations. Enregistré en concert sans aide extérieure au trio, Håkon Kornstad (anches), David Stackenäs (guitare) et Ingar Zach (percussions) installent en frénétiques un 01 qui mêle assauts et fulgurances sans décoller vraiment. Réunis pour investir ensemble un propos improvisé, ils ne parviennent pas à démontrerici des talents qu’on a pu leur reconnaître ailleurs.

Invité à construire 02 en assemblant à sa guise des parcelles d’enregistrements inédits du trio, Jim O’Rourke impose d’abord des concisions, glisse de longs silences dans les collages. Le grain du saxophone, à peine perceptible, lance une programmation électronique élégante, oscillant au gré des allées et venues de basses sur un bourdon rendu par quelques boucles discrètes. La rencontre avec Barry Guy s’est tenue, elle, au Molde Jazz Festival. En retrait sur l’ouverture de 03, l’archet du contrebassiste ne tarde pourtant pas à abandonner un phrasé introspectif pour donner à entendre un amas féroce et irrésistible, soutenu intelligemment par la guitare et les percussions. Les pizzicatos chassent ensuite l’archet décadent et décident d’un calme indigne de confiance. Insufflant l’essentiel de la substance de 04, qui reprend le chaos là où le quartette l’avait laissé, Guy impose le retour à l’ordre et au calme afin d’envisager au mieux la conclusion.

Voici donc installés, sur 2 of 2, trois univers différents aux ramifications se chevauchant parfois. Aperçu des formes que peut épouser l’improvisation, enregistrée sur le vif ou travaillée ensuite. Et de l’influence de superviseurs choisis sur la qualité de l’œuvre.

Tri-Dim, Jim O'Rourke, Barry Guy : 2 of 2 (Sofa)
Edition : 2001.
CD : 01/ 01 02/ 02 03/ 03 04/ 04
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

23 mai 2005

Exuberance: Live at Vision festival (Ayler - 2004)

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Quatre improvisations tout droit sorties du Vision Festival de New York, où le saxophoniste Louie Belogenis emmenait, en mai 2003, un quartette éclairé, voilà Live at Vision Festival, nouvel enregistrement radical et superbe proposé par le label Ayler records.

C’est au batteur Michael Wimberly qu’il revient d’introduire le concert, de vocalises incantatoires sublimant une Afrique lointaine que le groupe se chargera de célébrer, pleurer, remercier et croire encore possible. Sur Invocation, l’effort est soutenu et permet les excès : ceux de confrontations enthousiastes du ténor de Belogenis et de la trompette de Roy Campbell, comme ceux d’accrocs rythmiques et de chocs à conséquences.

Quelques vibrations échappées de la contrebasse d’Hilliard Greene, avant l’archet décadent, cherchant à déceler les limites du juste, et Procession que l’on mène. De conserve, ténor et trompette caressent des chapelets de notes tout juste enfilées, avant le répit des solos calmes, et l’emportement des phrases enlacées avec ferveur.

Plus courtes, deux improvisations se succèdent ensuite. Usage d’un vocabulaire cool de la part de Campbell face aux déclarations suaves de Belogenis (Evocation), puis explosion dernière, ou comment faire feu de tout bois, cuivre, cordes et peaux, en guise d’au revoir en flamme. Expressionnisme irrévocable emporté par l’énergie de Wimberly, Incandescence conclut la démonstration, inspirée et puissante.

CD: 01/ Invocation 02/ Procession 03/ Evasion 04/ Incandescence

Exuberance - Live at Vision Festival - 2004 - Ayler Records. Distribution Orkhêstra International.

4 juillet 2005

John Tchicai, Garrison Fewell, Tino Tracanna, Paolino Della Porta, Massimo Manzi : Big Chief Dreaming (Soul Note, 2005)

john tchicai garrison fewell big chief dreaming

Saxophoniste racé, sideman au générique d’albums aussi incontournables que New York Eye And Ear Control d’Ayler ou Ascension de Coltrane, John Tchicai n’a, depuis, cessé d’investir à ses manières l’avant-garde en jazz. Vaste, le propos ; qui plus, est, à développer sans cesse. Aux côtés du guitariste Garrison Fewell et du trio de Tino Tracanna, voici sa vision la plus récente de la chose.

Coloriste confirmé, Tchicai développe une inspiration amérindienne sur les enchevêtrements de la guitare et du ténor (Big Chief Dreaming), élabore un bop plaisant à partir d’un schéma d’accords emprunté au Friday The Thirteenth de Monk (Yogi In Disguise), et se perd, parfois et malgré l’assurance du timbre, au milieu d’une guitare abusant de répétitions grossièrement intentionnées (Prayer For Right Guidance).

Sauvant aussi, par la sonorité qu’il obtient de son instrument, un swing doré sur tranches (Simplicity), Tchicai signe un Heagende Skaerm majestueux, qui profite, lui, du savoir-faire de l’entier quintette en matière d’improvisation sur mouvements las. De clairvoyance, aussi, lorsque, emmenant Thriftshopping + Extension, la section rythmique rivalise de brillances avec une clarinette basse aux phrases en devenir, une guitare appuyée forçant le thème avec brio.

Ailleurs, Fewell laisse ses références l’envahir sur la cadence d’une marche égyptienne dédiée à Sun Ra (The Queen Of Ra), ou rappelle, en duo avec Tracanna, l’Easy Way de Jimmy Giuffre (Instant Intuition, Grappa To Go). Soit, un bilan fleuri des préoccupations du jour de cinq musiciens concernés, incorporant free, swing, cool et accents folks, sur un Big Chief Dreaming qui, s’il n’est pas incontournable, reste plus que convaincant.

John Tchicai, Garrison Fewell, Tino Tracanna, Paolino Della Porta, Massimo Manzi : Big Chief Dreaming (Soul Note / DAM)
Edition : 2005
CD : 01/ Instant Intuition 02/ Prayer For Right Guidance 03/ Big Chief Dreaming 04/ Simplicity 05/ The Queen of Ra 06/ Thriftshopping + Extension 07/ Basetto 08/ X-Ray Vision 09/ Grappa To Go 10/ Splinters No.1 11/ Haengende Skaerm 12/ Yogi In Disguise
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

24 décembre 2007

Steve Swell: Live at the Vision Festival (Not Two - 2007)

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En Juin 2006, le tromboniste Steve Swell emmenait une nouvelle fois au Vision Festival de New York son Slammin’ The Infinite, quintette éclairé composé de musiciens de choix : Sabir Mateen (saxophones, flûte et clarinette), John Blum (piano), Matthew Heyner (contrebasse) et Klaus Kugel (batterie). 

Trois quarts d’heure allant, d’abord, au son d’une improvisation sur laquelle clarinette basse et trombone rivalisent d’inventivité sous les coups portés par une section rythmique insatiable ; d’une combinaison éclairée de free et de swing, ensuite, pourtant mal engagée par le duo Blum / Heyner ; enfin, d’allers-retours majestueux entre unissons et échappées individuelles. A Swell et Mateen, ici, presque tous les honneurs.

CD: 01/ Improv / Box Set 02/ For Gratchen 03/ Patient / Explorer / For Frank Lowe

Steve Swell’s Slammin’ The Infinite - Live at the Vision Festival - 2007 - Not Two.

6 juin 2005

The Contemporary Jazz Quintet: Actions 1966-67 (Atavistic - 2005)

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Dans les années 1960, Ornette Coleman et Albert Ayler ont laissé leurs empreintes dans des étendues neigeuses de Scandinavie. Ces traces, quelques musiciens locaux se sont empressés de les suivre, y ayant vu une fraîcheur inédite, un chemin non balisé à prendre en compte dans la minute. C’est le cas, au Danemark, du Contemporary Jazz Quintet, auquel la collection « Unheard Music » lancée par le label Atavistic rend aujourd’hui hommage.

Collectif européen dévoué à la New Thing de manière radicale et efficace, le quintette développe des improvisations sereines en se donnant l’air de ne pas y toucher. Habitées par les interventions de Niels Harrit à la scie musicale, les Actions tirent d’abord leur substance des découpes rythmiques de Bo Thrige Andersen, disciple de Sunny Murray. Soutenu par le brillant contrebassiste Stefan Andersen, il installe sur Action #II une atmosphère déliquescente, qui, en passe d’être découverte, se saborde elle-même.

A l’écoute, les musiciens s’engagent à servir au mieux un colloque d’harmoniques (Action #III), ou tiennent conseil, avançant chacun leurs meilleurs arguments, pour pouvoir espérer, le plus naturellement du monde, persuader leurs acolytes (Action #V). Une musique inédite de conciliabule, qui sait aussi lancer les mouvements… Ceux d’Action #IV, par exemple, où le saxophone éraillé de Franz Beckerlee tente de trouver des réponses aux imprécations désabusées du trompettiste Hugh Steinmetz. Virulent dans ses intentions, le quintette n’en perd pas moins la délicatesse avec laquelle il a, jusqu’ici, mené la danse. Et c’est plus déluré que jamais qu’il investit Action #VI, à grands coups d’hésitations rythmiques et de (petites) sirènes multipliées.

En suivant quelques traces, le Contemporary Jazz Quintet est tombé sur une piste vierge : investie, celle-ci leur a permis d’égaler, sur d’autres territoires, les plus belles découvertes de défricheurs dignes de reconnaissance ; du New York Eye And Ear Control d’Ayler, au Sonny’s Time Now de Murray.

The Contemporary Jazz Quintet : Actions 1966-67 (Atavistic / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1966-1967. Edition : 2005.

CD : 01/ Action #II 02/ Action #III 03/ Action #IV 04/ Action #V 05/ Action #VI
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

4 décembre 2007

Herb Robertson: Live at Alchemia (Not Two - 2007)

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En concert à Cracovie, le trompettiste Herb Robertson – à qui l’on doit déjà cette année l’excellent Parallelisms – invite Frank Gratkowski (saxophones alto et clarinettes), Julien Petit (saxophones ténor et baryton), Marcin et Bartlomiej Brat Oleś (contrebasse et batterie), à hésiter sans cesse entre incandescence lyrique et abstractions appuyées.

Ne cachant pas son amour pour un free jazz des origines, le quintette parvient à élaborer sept combinaisons plutôt inspirées : plaintes accordées d’un bestiaire fantasmé (It Doesn’t Work Like That !), lente élaboration de pièces folles à lier (Nebula, A Precarious Situation), ou étude d’une musique contemporaine renversée (Discombobulating) – sur laquelle la clarinette de Gratkowski imagine Stravinsky osant la compagnie d’une section rythmique discrète.

A cela, le groupe ajoute l’allure hésitante de Ballad for Bacchalania Harbor et les formes multiples à aller à Fluttering, qui pourrait s’apparenter à l’œuvre d’un Art Ensemble patient avant d’affirmer violemment chacune de ses trouvailles : histoire pour Robertson, comme sur Parallelisms, de tirer encore profit du contraste.


Herb Robertson, Ballad For Bacchanalia Harbor. Courtesy of Not Two.

CD: 01/ Nebula 02/ Fluttering 03/ 2 Phone Addicts 04/ It Doesn’t Work Like That ! 05/ Discombobulating 06/ A Precarious Situation 07/ Ballad For Bacchanalia Harbor

Herb Robertson Trio - Live at Alchemia - 2007 - Not Two Records.

11 mai 2005

Anthony Braxton: Charlie Parker Project (HatOLOGY - 200

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Un hommage, sur deux soirs de concert, rendu par Anthony Braxton à Charlie Parker. Zurich, puis Cologne, accueillent en 1993 la révélation : celle de l’existence d’une parenté véritable entre les deux saxophonistes. Nouvel avènement de Parker ; mais inédit, celui-ci.

C’est qu’Anthony Braxton refuse évidemment l’interprétation policée de thèmes rangés. Investissant le répertoire choisi de manière ludique, libre, et parfois expérimentale, il peut aussi compter sur le soutien de musiciens en constant décalage, tels que le pianiste Misha Mengelberg, ou le trompettiste Paul Smoker.

A Zurich, un rythme illuminé d’Han Bennink lance un be-bop persuasif, qui fait la découverte de l’égarement possible des saxophones (Dewey Square). An Oscar For Treadwell, bop gouailleur et au charme ravissant, établit des contrastes avec Hot House, sur lequel Braxton et Smoker rivalisent d’envolées irrésolues.

A Cologne, on déploie des phrases joyeuses (Bebop) ; on relit, décomplexés, des standards faits fantaisies par un piano tentaculaire (Bongo Bop) ; on accepte, enfin, l’évocation de classiques par des modernes : le sage Passport, tout juste bousculé par les dissonances adroites de Mengelberg, ou l’impeccable Koko, portée par la contrebasse d’un Joe Fonda surpuissant.

A Zurich et à Cologne, on s’empare de Klactoveesedstene, pandémonium superbe tirant profits des flottements, et changeant selon la virulence des fuites choisies ; on investit A night In Tunisia, défiant la justesse des timbres sur des parties mélodiques en déroute, débordements contrôlés d’inspirations délicates.

Fleuri d’impacts charmants, le répertoire de Parker. Décidant des moments d’intrusion irrévérencieuse comme des processions ordonnées nécessaires à l’entretien du culte, Anthony Braxton fait bien plus que dépoussiérer des standards, et nous convainc, une fois encore, du raffinement de sa clairvoyance.

CD1: 01/ Hot House 02/ A Night In Tunisia 03/ Dewey Square 04/ Klactoveesedstene 05/ An Oscar For Treadwell - CD2: 01/ Bebop 02/ Bongo Bop 03/ Yardbird Suite 04/ A Night In Tunisia 05/ Passport 06/ Klactoveesedstene 07/ Scrapple From The Apple 08/ Mohawk 09/ Sippin’ At Bells 10/ Koko

Anthony Braxton's Charlie Parker Project - 2005 - HatOLOGY. Distribution Harmonia Mundi.

11 octobre 2007

Mal Waldron: Moods (Enja - 2007)

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Sur Moods, enregistré en 1978, le pianiste Mal Waldron interprète seul ou accompagné (par Steve Lacy, Terumasa Hino, Hermann Breuer, Cameron Brown, Makaya Ntshoko) quelques titres qui révèlent son goût pour la mélodie chargée émotionnellement. Et aussi, parfois, une tendance certaine à l’art pompier.

Imposant, dramatique, des accords qu’il dissout en arpèges plus (Lonely) ou moins (Enxiety) convaincants, le pianiste défend en groupe une musique qui profite de son art de l’accompagnement (Sieg Haile, relevé notamment par le soprano de Lacy) ou pâtit d’une interprétation moins subtile que le trompettiste Terumasa Hino charge encore de ses élans lyriques (Minoat). Sans doute, la maîtrise de Waldron aurait-elle pu davantage pour Moods. Se reporter plutôt à de plus anciens enregistrements.

CD: 01/ Anxiety 02/ Sieg Haile 03/ Lonely 04/ Minoat 05/ Happiness 06/ A Case Of Plus 4S 07/ I Thought About You 08/ Soul Eyes

Mal Waldron - Moods - 2007 (réédition) - Enja. Distribution Harmonia Mundi.

15 mars 2005

Sinistri: Free Pulse (Häpna - 2005)

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Se frotter à différents styles importe peu lorsqu’un groupe a autre chose en tête que d’en servir un seul. Certains même, comme Sinistri, tiennent éperdument à n’en préférer aucun, avouant que leur quête est ailleurs, qui est celle de suivre le cours d’une musique non-métrique.

S’il n’est pas le premier à défendre ce genre d’intention, le trio italien y insuffle une radicalité inédite, quitte à se répéter un peu en refusant tout autre point de vue sur la question que celui qui interdit la synchronisation des musiciens. Les rythmes aléatoires de Roberto Bertacchini oscillent ainsi sans tenir compte des impulsions du guitariste Manuele Giannini, le plus souvent hargneuses (Bluesplex Pt1, NY Vamp), parfois caressantes (Cold Fried Tk4).

Car les improvisations de Sinistri ne sont pas toutes nerveuses. On choisit, de temps à autre, de faire d’une mise en place un développement musical subtil (Deep squeak, Holes In Between), pendant lequel on accepte de rechercher plutôt que de ressentir. Alors naissent des tentatives sonores qu’emporte Alessandro Bocci, troisième larron, concepteur d’électronique intuitif.

Elaborant des nappes de basse à peine perceptibles (Ampstone, NY Vamp), chevauchant les cymbales pour mieux rêver d’ultrasons (Cold Fried Tk4), ou levant le voile sur des stigmates dessinées par quelle rugueuse extase (Holes in Between), le soutien électronique est là, qui divertit autant qu’il enrichit les efforts collectifs.

Ceux d’Ampstone, par exemple, sur lequel Manuele Giannini chuchote des mots choisis, et multiplie encore les essais stylistiques. Seule à avoir réussi à imposer une cadence à Free Pulse, la voix empêche Sinistri d’échapper à tous les codes. Mais le trio en profite, qui fait de ce rappel aux bonnes mœurs le détail falsificateur d’un patchwork flamboyant, à l’iconoclastie tirant sa verve d’intentions rock, d’électronique bruitiste, et de jazz percussif.

CD: 01/ Smooth Fried Tk2 02/ Bluesplex Pt1 03/ Pre-Verb Fried Funk 04/ Holes In Between 05/ Black Vamp #1 06/ Ampstone 07/ Cold Fried Tk4 08/ NY Vamp (second set) 09/ Deep Squeak 10/ Red Angular Feelin’

Sinistri - Free Pulse - 2005 - Häpna.

20 septembre 2007

The Milo Fine Free Jazz Ensemble : Contiguous Chunks (Shih Shih Wu Ai, 2007)

milo fine free jazz ensemble contiguous chunks

De Minneapolis, le multi instrumentiste Milo Fine adresse au monde – bien qu'en 500 exemplaires – ses tout derniers exercices improvisés : Contiguous Chunks.

Aperçu récemment à Londres, pour l’enregistrement d’un Ikebana sur lequel il se frottait à la crème de l’improvisation anglaise, voici Milo Fine revenu, et menant à domicile son Free Jazz Ensemble. Aux côtés de guistaristes (Steve Gnitka et Charles Gillett) et du pianiste Jason S. Shapiro, il s’empare de ses instruments – piano, clarinettes, percussions et kit de batterie personnel composé d’objets hétéroclites – pour donner deux concerts d’une improvisation convaincante.

Sur le premier d’entre eux, le groupe fait alterner subtilement les atmosphères différentes. Sans jamais obliger ses partenaires, Fine prend le temps de développer avec eux, sacrifiant parfois l’efficacité immédiate à l’examen d’un processus d’improvisation qui se permet d’exposer autant les moments fastes que les interruptions et mises en place indispensables à leur apparition. Le second concert installe, lui, un décorum de sifflements, sortis de la flûte de Fine ou de l’ampli de guitare, sur lequel Shapiro peut plaquer comme il l’entend des accords de piano. Plus ombreux, il invoque des larsens lointains qui permettent à Fine de composer autrement avec ses inspirations, pour convaincre aussi nettement accompagné que dialoguant.

The Milo Fine Free Jazz Ensemble : Contiguous Chunks (Shih Shih Wu Ai)
Edition : 2007.
CD : 01/ Contiguous Chunk 1 02/ Contiguous Chunk 2
Guillaume Belhomme @ Le son du grisli

21 mars 2007

Glenn Branca: Indeterminate Activity of Resultant Masses (Atavistic - 2006)

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Enregistré en 1981 dans les studios de Radio City à New York, Indeterminate Activity of Resultant Masses voit Glenn Branca diriger une dizaine de guitaristes – parmi lesquels on trouve Lee Ranaldo et Thurston Moore – afin de servir une No Wave orchestrale qui dérangera jusqu’à John Cage.

Dans une interview donnée à entendre en deuxième plage du disque, le compositeur soupçonne en effet Branca de verser avec cette pièce dans le côté obscur de la farce, affirmant même que si le but de Branca avait été d’essence politique, il aurait eu à voir avec le fascisme. Ce par quoi Cage dit avoir été dérangé est la puissance brute d’une œuvre capable de contraindre qui l’écoute.

Portée par les saccades de la batterie, Indeterminate se met lentement en marche puis adopte une allure fluctuant au contact des canons fomentés par les guitares et des phases écrites d’essoufflements. Grandiose quelques fois selon le vœu d’unissons décidés, agréablement chaotique ailleurs lorsqu’elle arbore les dissonances obligatoires de gestes devenus automatiques.

Plus que le fond du propos de Cage, ses termes maladroits permirent la polémique. Différent anecdotique opposant deux façons d’envisager le traitement concret d’une verve créatrice et virulente que Branca saura relativiser selon l’intelligence de ses compositions : l’emportant tout à fait avec Indeterminate ; courbant l’échine au son d’Harmonic Series Chords, morceau enregistré en 1989, qui fait ici figure de bouche-trou d'intérêt tout relatif.

Glenn Branca : Indeterminate Activity of Resultant Masses (Atavistic / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1981. Edition : 2006.
CD : 01/ Indeterminate Activity of Resultant Masses 02/ So That Each Person Is In Charge of Himself
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

23 avril 2007

Mike Flower, Chris Corsano : The Undisputed Dimension (NO-FI, 2006)

mike flower chris corsano the undisputed dimension

Pendant court de leur récente collaboration sur l’album The Radiant Mirror, The Undisputed Dimension ramasse, le temps d’un 45 tours, les aspirations du duo Mike Flower (guitares) / Chris Corsano (batterie). Expéditif et altier.

Sous les saturations de sa guitare, Flower tente d’abord comme il peut d’approcher un semblant mélodique, encouragé par la progression vive de Corsano, puis lâchée par celle-ci, lorsque le batteur, après avoir assez grondé, décide d'apaiser le morceau bruyant (The Undisputed Dimension). Sur The Fifth Truth, le duo change de point de vue, et combine un swing – haché, quand même, par Corsano – et quelques larsens oscillants dans l’optique de mettre sur place une pièce répétitive et monochrome.

Le reste, à la fugacité interdisant qu’on le détaille, perdu au creux de faces arrangeant avec subtilité des postures jazz et no-wave.

Mike Flower, Chris Corsano : The Undisputed Dimension (No-Fi)
Edition : 2006.
7'' : 01/ The Undisputed Dimension 02/ The Fifth Truth
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

25 mai 2007

Carnival Skin: s/t (Nemu Records - 2006)

carsliAutour du batteur Klaus Kugel et du guitariste Bruce Eisenbeil, le quintette Carnival Skin rassemble le savoir-faire du clarinettiste Perry Robinson (partenaire d’Archie Shepp ou Charlie Haden), du trompettiste Peter Evans (entendu auprès de Fred Frith) et du contrebassiste Hilliard Greene (sideman de Leroy Jenkins ou Charles Gayle).

Dans les pas de Steve Lacy, le groupe entame l’enregistrement au son d’un swing contemporain, profitant des trouvailles du duo Robinson / Evans puis d’un solo éclairé dû à Eisenbeil (Journey to Strange). Reste alors à concrétiser la clairvoyance du traitement que les musiciens destinent à un jazz référencé free.

Chose faite, ensuite, et malgré les égarements sans saveur de Diagonal People. Au son d’un unisson traînant un hymne inspiré sur les roulements insatiables de Kugel qui transforment bientôt le propos en pandémonium improvisé et bruyant (Iono) ; ou sur le rythme nonchalant d’une impression soumise plus tard à quelques déflagrations flamboyantes (Monster).


Une dernière improvisation (Carnival Skin), et le quintette clôt un premier album brillant et efficace. Qui traite à la manière du jour d’anciennes méthodes, désormais rafraîchies.

CD: 01/ Journey to Strange 02/ Monster 03/ Iono 04/ Bobosong 05/ Diagonal People 06/ Carnival Skin

Carnival Skin - s/t - 2006 - Nemu records.

17 août 2007

ZFP Quartet : Ulrichsberg München Musik (Bruce's Fingers, 2007)

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Deuxième disque du ZFP Quartet, Ulrichsberg München Music présente trois titres improvisés à Ulrichsberg et Munich en 2006. Qui soumettent un univers de cordes à la maturité de la pratique de Carlos Zingaro (violon), Simon H. Fell (contrebasse), Marcio Mattos (violoncelle) et Mark Sanders (batterie).

Sur plus de trente minutes, le groupe donne d'abord naissance à Ulrichsberg 1, pièce changeant selon le débit des interventions mais délivrant partout ses propositions sophistiquées, notamment dans les dialogues qu'elle instaure : Fell combinant ses pizzicatos à ceux de Zingaro avant de répondre à la tirade percussive que Sanders fomente sur de petits objets. Plus atmosphériques, München et Ulrichsberg 2 déposent d'autres pizzicatos sur un tapis de plaintes passablement refoulées, Zingaro et Mattos traitant électroniquement leurs initiatives. De là, sortent des souffles que l'on n'attendait pas ou quelques sifflements qui contrastent avec les résonances élaborées sur élément de verre par Sanders. Imposant leur réflexion familière aux effets de gestes imprévisibles, le ZFP Quartet délivre ainsi un message érudit et surprenant.

ZFP Quartet : Ulrichsberg München Musik (Bruce's Fingers)
Edition : 2007.

CD1 : 01/ Ulrichsberg 1 02/ München 03/ Ulrichsberg 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

12 juin 2006

Mujician: There's No Going Back Now (Cuneiform - 2006)

mujigrisliDepuis près d'une vingtaine d'années, quatre musiciens britanniques de premier ordre interrogent avec tact l'interaction improvisée. Sous le nom de Mujician, Paul Dunmall (saxophones), Keith Tippett (piano), Paul Rogers (basse) et Tony Levin (batterie), signent leur sixième album: There's No Going Back Now.

Le temps de ramasser ensemble l'entière histoire d'une improvisation européenne pour laquelle ils ont oeuvré, et qu'ils survolent aujourd'hui au son d'intérêts différents mais complémentaires. Sans plus se poser de questions, Mujician peut adopter des allures changeantes: musique contrapunctique ou sérielle, free incisif, chaos instable ou accès soudain de mélodie apaisée.

Parti au rythme soutenu d'une introduction dense aux relents de jazz libre, le groupe calme ses intentions sur l'appel des 5 notes répétées par le piano de Tippett. Pièce quasi contemporaine, qui filera comme l'autre après l'apparition d'un gimmick de basse à l'origine d'une progression répétitive efficace et lancinante, qui ménage quelques élans individuels discrets.

Passé du ténor au soprano, Dunmall transporte Mujician vers d'autres rives, fait de Tippett un simple accompagnateur qui installera ensuite un swing plutôt classique, option contre laquelle semblera se battre le saxophone. Lorsque Dunmall se retire, le trio restant investit les mouvements circulaires, répétitifs encore, schéma abandonné au retour du ténor, qui sonne la charge dévastatrice, encouragée par les imprécations de Levin. L'élan romantique, pas infini, devra retomber dans les grincements et les fulgurances quiètes.

Trois quarts d'heure de combinaison adéquate, ne tenant jamais du collage impropre ou du rapprochement bancal. L'imbrication est celle d'orfèvres, et les solutions, immédiates, trahissent de quoi est capable l'expérience, voire, révèlent un génie dégagé de contraintes. S'il fallait tout oublier des musiques improvisées pour tout recommencer, There's No Going Back Now pourrait être le point choisi du nouveau départ.

CD: 01/ There's No Going Back Now

Mujician - There's No Going Back Now - 2006 - Cuneiform Records. Distribution Orkhêstra International.

12 avril 2006

John Hegre, Maja Ratkje : Ballads (Dekorder, 2006)

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Pour s’être échappé momentanément de Jazzkammer (duo qu’il forme habituellement avec Lasse Marhaug, repéré, entre autres labels, par Smalltown Supersound ou Rune Gramofon, le Norvégien John Hegre a pu succomber autrement aux joies de l’accouplement. Auprès de sa compatriote, compositrice et chanteuse Maja Ratkje – issue, elle, de Spunk -, il dépose sur Ballads une musique électroacoustique rassurante.

Jouant d’abord d’accrocs rythmiques, d’interventions brutes de guitare bientôt bouclées, le duo installe un paysage sonore fait de peu de choses, certes, mais judicieuses toutes, et engageantes. Frottant ici les micros de sa guitare électrique, osant là l’apparition d’un brin de mélodie, Hegre arrange selon différents modes les constructions d’électronique raisonnée qu’il fomente avec Ratkje.

Field recordings montés en avalanches (Private Matter), assimilations nobles d’éléments de musique concrète (Hesitating Interruptions of Spring), ou superpositions aléatoires d’expérimentations hybrides (Art Compasse), Hegre et Ratkje convainquent presque à chaque fois – exception faite pour un Hammock Moods atmosphérique, pauvre et traînard – de la pertinence des fruits de leur rencontre. Raisonnant les égards fiévreux qui les ont fait connaître pour déposer, ensemble et soulagés, un Ballads vibrant.

John Hegre, Maja Ratkje : Ballads (Dekorder / Metamkine).
Edition : 2006.
CD : 01/ Autumn Leaves 02/ Binoculars and Traces 03/ Private Matter 04/ Blues for Silent Bakers 05/ Hesitating Interruptions of Spring 06/ A Quiet Day at The Office 07/ Art Compass 08/ Hammock Moods
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
 

18 août 2006

David Toop: Haunted Weather: Music, Silence, and Memory (Serpent's Tail - 2005)

toop

Si l’auteur David Toop – aux papiers publiés dans The Wire, The Face ou The New York Times – signe depuis quelques années des livres érudits et clairvoyants consacrés aux plus exigeantes musiques du jour, c’est sans doute qu’il a su faire concorder sa curiosité et sa notable expérience de musicien aperçu aux côtés de Brian Eno, Evan Parker, Derek Bailey ou Jon Hassell.

Après Ocean of Sound (dont une traduction en français est disponible auprès des éditions Kargo), l’instant est donc à la lecture d’Haunted Weather, ouvrage interrogeant une musique entrée dans l’ère du digital sans avoir voulu – ni pu - renoncer tout à fait aux charmes naturels de sonorités ou nuisances environnementales, des mouvements telluriques et des fantasmes de silence. Parti à la recherche des effets des plus récentes technologies sur notre façon d’envisager la musique, Toop se refuse à affirmer et divague, à la place, au rythme effréné d’exemples choisis. Evoquant, entre autres, Ryoji Ikeda, John Stevens, Janet Cardiff, John Zorn, Luke Vibert, Steve Beresford, Markus Popp, Fennesz, Radu Malfatti ou encore Günter Müller. A chaque fois, il résume les enjeux des musiciens qu’il nomme, dépose une citation ou se résout à utiliser l’anecdote décisive, même personnelle – de spectateur, ou de musicien en représentation.

Pas de fil conducteur unique, mais quelques bouts de ficelle noués avec acuité. Qui abordent la problématique du temps et de l’espace, qu’on n’a pas fini de faire mine de remettre en cause, à grands coups d’artifices aptes à jouer du musicien autant que celui-ci commence à savoir en user. En guise de conclusion, une sorte de grand retour, vers un monde trop naturel pour ne pas être étrange (celui de chants de Noël interprétés par une chorale canine, comme celui de l’intuition retrouvée, tant que celle-ci émane de musiciens véritablement inspirés). Après qu’elles ont failli avec superbe à anéantir temps et espace, influences et même son, Toop applaudit chacune de ces initiatives utopistes, remplacées bientôt par les compromis indispensables, samples d’un monde en mutation perpétuelle. Puisque porté par une phrase de Morton Feldman faite hymne de circonstance: « Maintenant que les choses sont si simples, il reste tant à faire. »

David Toop, Haunted Weather: Music, Silence, and Memory, Londres, Serpent's Tail, 2005.

19 mars 2007

Charles Tyler Ensemble: Live at Sweet Basil (Bleu Regard - 2006)

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Ancien partenaire d’Albert Ayler, Sun Ra ou Steve Lacy, et après avoir enregistré sous son nom pour ESP ou Silkheart, le saxophoniste Charles Tyler redonnait en concert (1984) les preuves de sa capacité à mener un ensemble. Auprès de Roy Campbell (trompette), Richard Dunbar (cor), Curtis Clark (piano), Wilber Morris (contrebasse) et John Betsch (batterie).

Malgré le passif free du saxophoniste, c’est l’ombre de Monk qui plane sur cet enregistrement – phénomène dû aux interventions de Clark, souvent, et aux trois standards signés Thelonious que le second disque donne à entendre -, qui sert, dans la plupart des cas, un swing toujours impeccable et jamais clinquant (Bemsha Swing, Life Can Be So Beautiful, Honey Dripper).

Ailleurs, c’est vers d’autres influences que Tyler revient: menant de son saxophone baryton une marche déviante ou un blues qui rappellent les postures facétieuses de l’A.A.C.M. (Surf Ravin, Lucifer Got Uptight), sonnant l’heure d’un hommage angoissé et allant crescendo qu’il adresse à un ancien partenaire (Cecil Taylor Motion), ou dérivant jusqu’à obtenir un cool jazz extirpé d’un amas de dissonances (Reflections).

En deux volumes, Live at Sweet Basil rend compte de l'adresse avec laquelle Tyler savait fondre sa pratique avant-gardiste dans une exigence d’accessibilité tenant du leitmotiv. Sans jamais transiger pour autant.

CD1: 01/ Life Can Be So Beautiful 02/ Cecil Taylor Motion 03/ Surf Ravin 04/ Lucifer Got Uptight 05/ Honeydripper - CD2: 01/Round Midnight 02/ Reflections 03/ Bemsha Swing

Charles Tyler Ensemble - Live at Sweet Basil - 2006 - Bleu Regard. Distribution Orkhêstra International.

7 juin 2007

Barry Guy: Portrait (Intakt - 2007)

portrait_guyAprès avoir dressé le portrait d'Irène Schweizer, le label Intakt s’attaque à celui du contrebassiste Barry Guy.

On sait le goût de Guy pour les écarts. Ceux qu’il se permet entre un lyrisme régulièrement emporté par les dissonances à la tête du London Jazz Composers Orchestra (aux free jazzmen inspirés: Paul Rutherford
sur Ode Part 1, ou Evan Parker et Paul Dunmall sur Harmos) et une improvisation libre en solo (les grincements à l’archet et les cordes accrochées de Toujours rouge et I Have Crossed By The Grace of The Boatman), par exemple ; ceux, aussi, dus à un aller-retour entre les déconstructions d’un New Orchestra parmi lequel on trouve, entre autres, Mats Gustafsson et Raymond Strid (Inscape), et les rencontres productives en petit comité - des délicatesses mises en place aux côtés du pianiste Agusti Fernandez et du batteur Ramon Lopez (Odyssey) aux gestes vindicatifs fomentés avec Evan Parker et Paul Lytton (Agreement).

Fidèle, le portrait présnte les multiples facettes découvertes sous le masque du musicien d’avant-garde. A l’amateur, maintenant, d’aller y voir, et de poursuivre ensuite une exploration prometteuse.

CD: 01/ Ode Part 1 02/ I Have Crossed by the Grace of the Boatman 03/ Harmos 04/ Agreement 05/ Sleeping Furiously Part 3 06/ She Took the Sacred Rattle and Used It 07/ Double Trouble 08/ Alar 09/ Odyssey 10/ Veni Creator Spiritus 11/ Inscape – Tableaux Part VII 12/ Toujours Rouge

Barry Guy - Portrait - 2007 - Intakt. Distribution Orkhêstra International.

25 janvier 2007

Lori Freedman: 3 (Ambiances magnétiques - 2006)

lorigrisliClarinettiste canadienne accumulant les partenaires (Steve Lacy, Joe McPhee, Ab Baars, Barry Guy, Misha Mengelberg…) comme d’autres collectionnent les médailles, Lori Freedman présente ici des extraits choisis de 3 récents et affables trios.

Aux côtés de René Lussier (guitare électrique) et de Martin Tétreault (turntables), Freedman combine les élans de sa clarinette basse et les perles bruitistes de Tétreault (Skroawng, Seven) ou rivalise avec les postures amusées de Lussier – blues défait sur Spaghetti brûlé, rock nerveux sur The Tribe of Triclops.

Plus atmosphériques, les pièces concoctées en compagnie de Jean Derome (saxophone et objets) et Rainer Wiens (guitare préparée et percussions) dessinent une irrégulière rose des vents (The Light of Night), disposent selon des patrons parallèles des drones de tout essences (Six Degrees), ou cèdent à la nécessité d’un assaut final emporté par la fougue du saxophone et de la clarinette (Tigresse).


Plus conventionnelles, les improvisations menées par Freedman, le contrebassiste Nicolas Caloia et la percussionniste Danielle Palardy-Roger, rappellent les enregistrements du Spontaneous Music Ensemble – avec (Chrysalis, Lipsync) ou sans (Babalou, Poussière de lune) véritable conviction. Sorte de retour aux sources improvisées comme moyen de diversifier le propos singulier de Lori Freedman.

CD: 01/ Skroawng 02/ The Tribe of Triclops 03/ Dohseedoh 04/ Seven 05/ Spaghetti brûlé 06/ The Light of Night 07/ Six Degrees 08/ Ipanemean Trionychid 09/ Tigresse 10/ Chrysalis 11/ Babalou 12/ Poussière de lune 13/ Lipsync

Lori Freedman - 3 - 2006 - Ambiances magnétiques. Distribution Orkhêstra International.

1 juin 2007

Wadada Leo Smith : Eclipse (La Huit, 2006)

wadadaEn noir et blanc, Jacques Goldstein filme le trompettiste Wadada Leo Smith et son Golden Quartet, au programme du festival Banlieues Bleues 2005. Plus qu’une simple captation augmentée d’une interview, Eclipse est un portrait précieux.

Sur scène, d’abord. Aux côtés de Smith, le pianiste Vijay Lyer, le contrebassiste John Lindberg et le batteur Ronald Shannon Jackson, suivent leur inspiration autant que les gestes du leader, pour permettre comme celui-ci l’entend des allées et venues entre free jazz et blues, périodes de déconstructions et compositions plus méditatives.

Intercalés, des extraits d’une interview donnée par Smith, dans laquelle il redit l’importance du blues et des systèmes qui font la musique, d’Ornette Coleman, aussi, qui a sonné l’heure dernière d’un jazz devenu, après lui, « Creative Music ». Sur scène comme face à la caméra, l’échange est surfin, le message, supérieur. Ainsi s’impose Eclipse.

Wadada Leo Smith Golden Quartet - Eclipse - 2006 - La Huit.

1 juin 2007

Spontaneous Music Ensemble : Quintessence (Emanem, 2007)

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Résumé de trois concerts donnés en 1973 et 1974 par le Spontaneous Music Ensemble, Quintessence donne à entendre John Stevens aux côtés du saxophoniste Trevor Watts et du contrebassiste Kent Carter, trio accueillant, la deuxième année, Derek Bailey et Evan Parker.

1974. Intimant d’abord à son improvisation des airs de plaintes aigues et lentes, amassées sur le décorum sombre mis sur pied par l’archet de Carter, le quintette ne tarde pas à libérer les tensions (in)novatrices – harmoniques de Bailey et arpèges étouffés, invectives des deux saxophonistes à qui Stevens conseille, tambour battant, d’en découdre sans relâche (Forty Minutes). Sortie aussi des lamentos premiers, Thirty-Five Minutes conciliera les différents efforts – soubresauts des sopranos et de la guitare – sur le jeu emporté de Stevens, avant que Ten Minutes draine les interventions jusqu'à mettre au jour plus nettement encore l’entente exceptionnelle des musiciens.

Un an plus tôt, Stevens, Watts et Carter improvisaient ensemble Rambunctious et Daam-Oom. Là, le percussionniste adopte une posture plus radicale  et répond au soprano au son de sa voix – litanie perturbée jusqu’à s’obliger le cri, ou incantation maltraité par ses curieuses méthodes de chant. Passé au cornet, Stevens élabore plus tard en duo avec Watts une pièce multipliant autant les charges compulsives qu’elle se réserve des plages mesurées aux frontières, parfois, de l’ultime discrétion (Corsop). De quoi, donc, en apprendre encore sur la pratique et les interrogations de cinq pionniers de l'improvisation européenne faisant aujourd'hui figures de prophètes.

Spontaneous Music Ensemble : Quintessence (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1973-1974. Edition : 2007.

CD1 : 01/ Forty Minutes (part 1) 02/ Forty Minutes (part 2) 03/ Thirty-Five Minutes (part 1) 04/ Thirty-Five Minutes (part 2) - CD2: 01/ Ten Minutes 02/ Rambunctious 1 03/ Rambunctious 2 04/ Daa-Oom (Trio Version) 05/ Corsop 06/ Daa-Oom (Duo Version)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

26 février 2007

Steve Dalachinsky: The Final Nite (Ugly Duckling Press - 2006)

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Dans The Final Nite, le poète new-yorkais Steve Dalachinsky nous livre une approche expérimentale de son art, qui consiste à suivre depuis 1987 chacune des prestations du saxophoniste Charles Gayle stylo en main. Dans l’ordre chronologique de leur composition, les textes sont présentés ici sans avoir subi ni réécriture ni sélection.

Dans sa préface au recueil, le contrebassiste William Parker – et partenaire régulier de Gayle – souligne l’intimité dévoilée par la lecture de ces poèmes, qu’il compare à des haïkus spontanés au contact desquels chaque lecteur vivra sa propre expérience. C’est que les mots de Dalachinsky brassent large, refusant la compromission qui tendrait à leur imposer une utilité monocorde pour revêtir plutôt quelques aspects changeants : observations semi objectives et réactions partiales, commentaires éclairés ou tentations abstractionnistes. En préambule à chacun des textes, la date et l’endroit du concert, ainsi que le nom des musiciens accompagnant Gayle à cette occasion (William Parker, donc, mais aussi Hamid Drake ou Milford Graves). Témoin chanceux de rencontres singulières, Dalachinsky se veut autant créateur qu’archiviste, et livre avec The Final Nite un document d’essence inédite : apprenant peu car consacré davantage à contenir des fulgurances animées et parfois exaltées par la superbe d’un mentor choisi.

Steven Dalachinsky, The Final Nite & Other Poems: Complete Notes from a Charles Gayle Notebook, Ugly Duckling Press, 2006.

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