Canalblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le son du grisli
23 janvier 2012

Dennis González : Resurrection and Life (Ayler, 2011)

dennis_gonzalez_resurrection_and_life

Sur Resurrection and Life (Jean 11 :25), ce n’est non pas Henry Grimes qui augmente le Yells at Eels de Dennis González, mais Alvin Fielder – contrebassiste entendu déjà dans quelques ensembles emmenés par le trompettiste (New Dallas Sextet  et New Dallasangeles dans les années 1980 et Jnaana Septet plus récemment) et proie régulière de problèmes de santé capables de faire naître quelques inquiétudes. 

C’est avec aplomb que Fielder prouve pourtant dès The Oracle que sous les peaux le cœur bat encore et même avec entrain. A tel point que González à la trompette et Gaika James au trombone y toruvent un supplément d'âme. L’air, que n’aurait pas renié Roswell Rudd, est d’une intense légèreté qui invite les intervenants au solo – Stefan González au vibraphone, premier de tous.

L’autre fils, Aaron, à la contrebasse, ouvrira à l’archet noir cet Humo en la Mañana aux airs d'Alabama. Plus loin, il signera Psynchronomenography, composition aux fondations répétitives sur lequel bugle et trombone claudiqueront le long d’une ligne mélodique qui rappelle, elle, quelque chanson de Steve Lacy. Ainsi le jazz de Yells at Eels est-il de références choisies et, lorsqu’il se fait plus singulier, soit revêt les atours de marches funèbres que se disputent rire et solennité (Resurrection and Life, Battalion of Saints), soit croule sous le poids des ornements (Everywhere to Go But Up, Nowhere to Go But Down). Mais l’écueil est plutôt l’exception, et ne doit en rien détourner le cortège des amateurs de González de la station Resurrection and Life.

EN ECOUTE >>> Psynchronomenography >>> The Oracle

Dennis González Yells at Eels : Resurrection and Life (Ayler / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010, 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ The Oracle 02/ Humo en la Mañana 03/ Psynchronomenography 04/ Everywhere to Go But Up, Nowhere to Go But Down 05/ Resurrection and Life 06/ A Cobra on Clinton Avenue 07/ Battalion of Saints 08/ Max-Well
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

19 janvier 2012

The Thirteenth Assembly : Station Direct (Important, 2011)

the_thirteenth_assembly_station_direct

On aurait beau louer derechef la pratique instrumentale des quatre musiciens qui composent The Thirteenth AssemblyTaylor Ho Bynum (cornet), Mary Halvorson (guitar), Jessica Pavone (violon) et Tomas Fujiwara (batterie) –, il faudrait encore s’assurer, pour conseiller l’écoute de leur second enregistrement, Station Direct (Terminus aurait eu le mérite de nous soulager un peu), qu’ils aient trouvé là quelque chose à en faire.

C’est que cela fait quelques disques que ces quatre individualités peinent (ensemble ou séparément) à exprimer quoi que ce soit, sinon d’original, au moins digne d’intérêt. Piochant un peu partout (jazz, folk, rock, minimalisme…), le musicien « neuf » pense que le mélange suffira pour rendre sa musique « nouvelle ». Or, celle-ci tourne à vide : on s’agite en répétitions, en unissons ou en canons ; on change des mélodies bécasses en exercices de style démonstratifs ; on se contente du passage au demi-ton voisin ou d’un peu de frénésie – là, les audaces sont de courtoisie et les impertinences s’imposent de clin d’œil en mouvement du menton – pour développer un peu.

Ainsi Station Direct est-il un gâchis qui semble suffire à ses auteurs : espérons seulement qu’ils ne fassent pas de ces mélanges indigestes le leitmotiv de leur discographie en devenir.

The Thirteenth Assembly : Station Direct (Important / Orkhêstra International)
Enregistrement : 11 décembre 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Nosedive 02/ Coming Up 03/ Randall Clasper 04/ Prosthetic Chorizo 05/ Long Road 06/ Station 07/ Direct
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

17 janvier 2012

Luigi Nono : Risonanze erranti / Post-prae-ludium per Donau (Neos, 2011)

luigi_nono_risonanze_erranti

Je n’ai jamais jamais autant attendu l’hiver que depuis qu’il a disparu. Ce n’est plus du ciel d’ailleurs qu’il peut arriver, mais des disques que je conserve au chaud. Il m’est par exemple arrivé hier lorsque, en écoutant le premier enregistrement de Risonanze erranti, un grand frisson m’a parcouru.

C’est l’Ensemble Experimental (Klaus Burger, Susanne Otto, Roberto Fabbriciani), Les Percussions de Strasbourg et l’EXPERIMENTALSTUDIO des SWR qui jouent cette œuvre électroacoustique (les electronics sont live) de Luigi Nono. Des mots extraits de volumes d’Herman Melville et d'Ingeborg Bachmann peuvent faire croire à des chansons glaçantes. Les voix s’y coupent malgré la résonance. Les percussions claquent. Des sifflets vous font perdre tous vos repères. Risonanze erranti vous couvre de blancs et vous voilà bien.

Pour tuba et live electronics, Post-prae-ludium per Donau est une pièce écrite pour Giancarlo Schiaffini. Klaus Burger est au tuba à côté des musiciens de l’EXPERIMENTALSTUDIO. Mais le tuba de Berger est une extension de la voix humaine. Il se promène avec délicatesse, là-bas, sur des couches de ouate et derrière des vapeurs. Les sons explorent les blancs de Malevitch alors que l’hiver n’arrive toujours pas. Peut-être est-il tombé sur l'Italie.

Luigi Nono : Risonanze erranti / Post-prae-ludium per Donau (Neos)
Edition : 2011.
CD : 01/ Risonanze erranti 02/ Post-prae-ludium per Donau
Héctor Cabrero © Le son du grisli

17 janvier 2012

ASPEC(T) : Abattoir (Nuun, 2011)

aspec_t__abattoir

ASPEC(T), ça pourrait être Keith Fullerton Whitman et Mat Pogo plongés dans le mazout. Parce que les collages du duo Mario Gabola (sax, minicassette, feedbacks, etc.) / SEC_ (bandes, samples, feedbacks, etc.) sont extatiques, sombres, frénétiques, et même parfois... lugubres !

Leurs bidouillages violents font remonter une bile de velours noire qu’on ignorait être en nous. Leur noise est bestial (des cris sont mixés à des aboiements) et leur langage inquiète plus que deux raisons. Abattoir, c’est encore les carcasses de Soutine au balcon et les fantômes de Bacon en sautoir. Inutile de dire qu’il est urgent d'aller voir l’exposition.

EN ECOUTE >>> La bestia inafferrabile

ASPEC(T) : Abattoir (Nuun Records)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Limitrofie 02/ Asymmetric Mimicry 03/ La bestia inafferrabile 04/ LightFoot 05/ Strategies of disappearance 06/ Contratti o sabotaggio? 07/ Black Body 08/ Noisy-le-grand 09/ Noisy-le-sec 10/ Intorno al drago 11/ Welcome to the new barbarian
Pierre Cécile © Le son du grisli

15 janvier 2012

Colorlist : The Fastest Way to Become the Ocean (Serein, 2011)

colorlist_the_fastest_way_to_become_the_ocean

Il y a forcément une surprise, bonne ou mauvaise, lorsqu'on ne s'attend à rien de particulier. D'autant plus lorsqu'il s'agit d'un EP, un format souvent d'essai et de ratures. La surprise est ici excellente. La musique jouée par Colorlist (Charles Rumback,  batterie, synthétiseurs, électroniques & Charles Gorczynski, saxophones, harmonium, Monome) évoque tour à tour le world-jazz atmosphérique de Jan Garbarek (Light Conditions), les passacailles vocales de Moondog (What We Have Left) et les contrepoints calculés de Steve Reich (Nine Lives, sur lequel le guitariste Jeff Parker de Tortoise a été invité).

Colorlist nous offre ainsi un bain sonore bienfaiteur où les arpèges ensorcelants sont accompagnés de percussions pointillistes et de drones à l'harmonium. La sensiblerie et de la technicité font facilement sombrer ce type de mélopées. Colorist force le respect en accordant autant de place à la sensibilité et à la précision.

Colorlist : The Fastest Way to Become the Ocean (Serein)
Edition 2011.
LP : A1/ Light Conditions A2/ Nine Lives B1/ Coming into Sight bB2/ What We Have Left
Eric Deshayes © Le son du grisli

3 janvier 2012

Luc Ferrari : Ferrari 2 (Mode, 2011)

luc_ferrari_ferrari_2

Le label new-yorkais Mode Records s’attache depuis bientôt 30 ans à diffuser les formes de musique contemporaine les plus hétérodoxes, qu’elles émanent de compositeurs prestigieux (John Cage, Iannis Xenakis, les deux Morton, Feldman et Subotnick…) ou encore peu connus du grand public (Jason Eckardt, Frances White, Lydia Kavina…). Après Ferrari 1 : Chansons pour le corps édité en 2002, Mode a récemment ajouté une nouvelle pierre à l’imposant édifice discographique de Luc Ferrari,  infatigable chercheur d’or sonore décédé en 2005, en laissant derrière lui un corpus pléthorique.

Ce Volume 2 réunit trois pièces datant de trois périodes différentes : Visage 2 (1955-56), Après presque rien (2004) et Madame de Shanghai (1996). Visage 2 mobilise cuivres et percussions afin de faire jaillir dans l’esprit de l’auditeur l’image d’une « confrontation physique de deux corps sexués », selon les propres mots de Ferrari. Ici interprétée par l’ensemble Musiques Nouvelles, sous la direction de Jean-Paul Dessy, cette partition de jeunesse, rarement jouée, s’avère tout à fait saisissante. Beaucoup plus proche, dans l’esprit et la texture, de la musique concrète, Après presque rien découle de la rencontre assez peu fortuite mais très fertile entre quatorze instruments et deux samplers – Art Zoyd et l’ensemble Musiques Nouvelles se partageant ici l’interprétation. Sens de la précision et goût de la dérision impulsent cette pièce d’une extrême alacrité – elle dure 31 minutes mais file à toute vitesse –, semblable à une mini symphonie légèrement siphonnée, tout du long parsemée de trouvailles et de détails (écoute au casque vivement recommandée). Faisant clairement référence à La Dame de Shanghai (1947) d’Orson Welles, et plus particulièrement à la fameuse scène finale dans la galerie des glaces, Madame de Shanghai prend la forme d’un miroitant dédale, dans lequel viennent s’entrechoquer des sons divers (flûtes du Scottish Flute Trio, voix de Li Ping Ting, bribes du film de Welles et autres bruits échantillonnés), orchestrés par Luc Ferrari aussi minutieusement que malicieusement.
 
Luc Ferrari : Ferrari 2 (Mode Records)
Edition : 2011.
CD : Visage 2 (1955-56) / Après presque rien (2004) Madame de Shanghai (1996)
Jérôme Provençal © Le son du grisli

9 décembre 2011

The Ames Room : Bird Dies (Clean Feed, 2011)

the_ames_room_bird_dies

Après s’être souvenu sur In de concerts donnés à Niort et à Poznan, The Ames Room voit publiée sur Clean Feed une équation singulière : The Ames Room in Lille = Bird Dies. L’enregistrement date du 10 mars 2010 et renferme une pièce unique. Elle est, il va presque sans dire, recommandable à plus d’un titre.

Sur Bird Dies donc, l’association Guionnet / Thomas / Guthrie enfonce le clou à coups de bec, d’archet et de baguette : d’une pratique musicale wisigothe, d’une épreuve d’endurance et d’intensité, d’une scansion répétitive qui trouve son salut dans l’accident, d’un jeu de dupes enfin auquel se livre, bonhomme, la réunion de trois boutefeux.

D’abord, l’alto de Guionnet bute : ses partenaires filtrent ses premiers motifs (frappes joueuses de Guthrie) ou les lui renvoient au visage (claques assénées par Thomas sur contrebasse-catapulte). Là, Guionnet esquive et, obstiné, décide d’un autre plan : comme en un jeu de briques il fait tourner ses phrases courtes de degré en degré jusqu’à ce qu’elles s’imbriquent dans le mur épais que le trio élève. Qui impressionne, une fois terminé, à en croire le nombre d’oiseaux inertes retrouvés à son pied. 

The Ames Room : Bird Dies (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 10 mars 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Bird Dies
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

total_meetingJean-Luc Guionnet jouera à Paris ce vendredi 9 décembre en duo avec Seijiro Murayama (Jazz at Home). Le dimanche 11 décembre, il jouera à Tours, cette fois en Hubbub (Total Meeting).

6 décembre 2011

Thelema Trio : Neither From Nor Towards (Innova, 2011)

thelema_trio_neither_from_nor_towards

Le pianiste Ward De Vleeschouwer, le saxophoniste Peter Verdonck et le clarinettiste Marco Antonio Mazzini forment le Thelema Trio. Ils sont ici les interprètes de six compositeurs contemporains.

Du péruvien Rafael Leonardo Junchaya, ils soulignent l’aspect répétitif, l’unisson inquiet et les fugues ludiques de trois de ses compositions. La répétition est au centre de l’œuvre de la coréenne Hyekung Lee. Saxophone alto et clarinette échappent parfois au contrepoint en une union des souffles, ici convaincante si ce n’est bouleversante. Entre douceur et vivacité du trait, la composition pour piano et saxophone baryton de Keith Carpenter – ce dernier est aussi saxophoniste – insiste sur des découpes franches et sèches. La ballade d’Eric Honour est un lent cheminement d’inquiétude. En lisière d’échos et de dialogues rompus, elle répand l’angoisse et les schizophrénies tenaces. Ici, la plus belle pièce du disque.

Marco Antonio Mazzini s’offre un Imprevisio solo à la clarinette : soliloque noctambule pour aquatique modulation. Kevin Walczyk enrubanne du côté de Debussy quelques salves aux étincelants contours. Et Ravel n’est pas très loin. Et le jazz pourrait s’y incruster sans trop de dommages. Et le trio de magnifier cette lumineuse musique. Et le tout de se conclure par cinq miniatures signées de la plume céleste de Fernando Benadon.

Thelema Trio : Neither From Nor Towards (Innova / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Kordax 02/ Emmeleia 03/ Sikkinus 04/ Shadowing 05/ The Devil His Due 06/ Neither from Nor Towards 07/ Imprevisio 08/ Refractions 09/ Miniature One 10/ Miniature Two 11/ Miniature Three 12/ Miniature Four 13/ Miniature Five
Luc Bouquet © Le son du grisli

26 décembre 2011

Nate Wooley, Chris Corsano, C. Spencer Yeh : Seven Storey Mountain (Important, 2011)

nate_wooley_chris_corsano_c_spencer_yeh_seven_storey_mountain

Longtemps affilié au jazz, le trompettiste Nate Wooley est, tout comme quelques-uns de ses partenaires (Matt Bauder ou Fred Lonberg-Holm), un improvisateur inquiet de sons sinon nouveaux du moins changeants. En 2009 en compagnie de C. Spencer Yeh et Chris Corsano, il donnait une suite à un projet personnel appelé Seven Storey Mountain qu’il a inauguré sur disque aux côtés de David Grubbs et Paul Lytton.

C’est-là un aimant en U de taille gigantesque que fabrique le trio – pour les outils : trompette amplifiée et bandes enregistrées, violon et batterie. Qu’il lève délicatement ensuite et dispose afin qu’il attire à lui un maximum de sons hétéroclites. Le magnétisme fait le reste : drones, voix, parasites, lignes d’archets, cymbales, éléments arrachés au décor et même quelques enclumes, forment autour de l’aimant (et sur disque, en conséquence) un amas fantastique prêt à exploser. Et qui explosera…

Chris Corsano, C. Spencer Yeh, Nate Wooley : Seven Storey Mountain (Important)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011
CD / LP : Seven Storey Mountain
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

13 décembre 2011

Jakob Riis : No Denmark (Olof Bright, 2011)

jakob_riis_no_denmark

J’aimerais savoir pourquoi Jakob Riis, Danois de son état, prévient « No Denmark » avant de nous engager à écouter cinq de ses travaux de laptop (des duos avec Mats Gustafsson, Christine Sehnaoui Abdelnour, Anders Lindjö et Per Svensson, plus un solo).

Peut-être est-ce à cause de ses partenaires ? La saxophoniste qui propulse des courants d’air à l’intérieur de son appareil électronique. Le saxophoniste qui se sert de son baryton comme d’une arme de destruction massive. Les guitaristes (une préférence pour Anders, plus inventif que Svensson) qui bruitent pour tenter de crever l’appareil de Riis.

Avec eux, Riis s’est battu à en retourner des éléments de la taille de la terre, du ciel, de la mer et du soleil : No Soil, No Sky, No Sea, No Sun. Et c'est au milieu du CD, seul, qu’il a proféré son No Denmark. C’est d'aillleurs peut-être la plus belle pièce de toutes. Riis fait de sa solitude un atout. Il se promène parmi des drones et invente un paysage qui n’a rien de danois en effet. Parce qu’il n’est comparable à aucun autre paysage existant, tout simplement.

Jakob Riis : No Denmark (Olof Bright / Metamkine)
Enregistrement : 2007-2008. Edition : 2011.
CD : 01/ No Soil 02/ No Sky 03/ No Denmark 04/ No Sea 05/ No Sun
Pierre Cécile © Le son du grisli

30 novembre 2011

Ruedi Häusermann : Wetterminiaturen (Col Legno, 2011)

ruedi_hausermann_wetterminiaturen

Le Suisse Ruedi Häusermann est un homme de musique & un homme de théâtre. Ces deux passions se mêlent sur Wetterminiaturen même si tout commence par un petit motif joué plus ou moins vite au piano. Un deuxième piano arrive, mais il est « défaillant », semble-t-il, et parasite le premier. En tout, quatre pianos se relayeront de la sorte.

Comme ils sont (bien entendus) préparés, ils ont du mal, malgré le cœur qu’ils mettent à l’ouvrage, à interpréter les mélodies d’Häusermann et c’est alors que commence le théâtre. Sur la scène, on installe des clavecins modifiés (les cordes sont étouffées par des torchons) devant lesquels prend place un vocaliste à la voix aigüe. Clinique dans l’idée mais en fait fausse, son intervention fait penser à l’exposé d’un élève chahuté par trois camarades de classe. Chacun d’eux y va de sa petite provocation : l’un joue une berceuse, un autre invente une musique de suspense, etc. A force, tout se confond (au point que parfois le brouillon peut apparaître trop chargé). Peut-être est-ce que les pianistes n’en font qu’à leur tête ? Ils se paraphrasent, donnent des coups à leurs instruments... On ne sait donc pas à qui l’ont doit ces Wetterminiaturen : au compositeur bienveillant ? aux pianistes mutins ? Ce qui est sûr, c’est que leur collaboration est, le plus souvent, des plus passionnantes.

EN ECOUTE >>> Jeder ruhende Gegenstand drückt – Pat.angem.

Ruedi Häusermann : Wetterminiaturen (Col Legno / Amazon)
Edition : 2011.
CD : 01/ Kurzer, aber trotzdem sehr lustiger Einklang 02/ Kern der Sache 03/ Senkblei, Privaterklärung 04/ Sog.wohlpräpariert 05/ Lento Schubkraft 06/ Einläutung 07/ Jeder ruhende Gegenstand drückt – Pat.angem. 08/ Diese Radgeschichte 09/ Schwank 10/ Zur Unwucht 11/ Der Künstler weiß das wohl 12/ Kurzer, aber trotzdem sehr lustiger Ausklang 13/ DoReMi (Bonustrack)
Héctor Cabrero © Le son du grisli

25 novembre 2011

FourColor : As Pleat (12K, 2011)

fourcolor_as_pleat

Voici quelques années, un projet made in Belgium (le duo Tangtype et son Flake Out pour ne pas le citer) m’avait carrément retourné les tripes du folkeux à lunettes que je suis. Combinant les superbes inflexions vocales de Julie Cambier aux tripatouillages électroniques de Jean-François Brohée, le disque avait tracé un sillon dans lequel je désespérais de trouver un successeur.

Bien que les ingrédients instrumentaux du présent As Pleat diffèrent relativement – ils s’inscrivent davantage dans une micro-tonalité qui laisse globalement de côté un certain bruitisme – ils retrouvent en la douce Sanae Yamasaki aka Moskitoo une vocaliste de tout premier plan, dont on regrette seulement qu’elle ne soit présente que sur deux titres (Quiet Gray 1). Au-delà de la très attendue sympathie que j’éprouve pour les chanteuses japonaises sœurs de toutes les Tujiko Noriko de l’archipel, les déclinaisons électro-acoustiques de FourColor, alias pigmenté du Nippon Keiichi Sugimoto ne surprendront en aucune façon les habitués du label new-yorkais 12K. Un peu comme si un supplément d’âme venait à manquer – à la lecture des lignes qui précèdent, on vous laisse deviner lequel : il finit en o – l’ambigüité de la démarche incite à cocher la case regret éternel – et les Tangtype peuvent dormir sur leurs quatre oreilles.  

Fourcolor : As Pleat (12K)
Edition : 2011.
CD : 01/ Quiet Gray 1 02/ Skating Azure 03/ Bleach Black 04/Frosted Mint 05/ Carmine Fall 06/ Ecru Diver 07/ Snow Petal 08/ Iris (Familiar) 09/ Canary Breath 10/ Quiet Gray 2
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

10 novembre 2011

Calling Signals : A Winter's Tour (Loose Torque, 2011)

calling_signals_a_winter_s_tour

Après Paal Nilssen-Love, c’est au tour de Jon Corbett de succomber aux « signaux d'appel » de Frode Gjerstad et Nick Stephens.

D’emblée, même si serré à l’extrême, le mouvement est fluide : enchevêtrements de clarinette et de trompette, brides rythmiques entretenues. Maintenant, le retrait du batteur fait se libérer de nouveaux territoires. Le mouvement initial reviendra en fin d’improvisation, sur lequel s’ajouteront de denses figures : douceurs de clarinette et contrebasse mêlées s’opposant aux objets frottés par le percussionniste, solo de contrebasse inspirant à l’altiste de longues virées en ultra-aigu (Nine Souls).

Retour aux mêmes fondamentaux avec Five Souls : fluidité des souffles, offensive rythmique appuyée et courts mais constructeurs silences. Et l’aventure de s’achever aujourd’hui mais de continuer demain, ensemble ou avec d’autres, pour cet exemplaire Calling Signals.

Calling Signals : A Winter’s Tour (Loose Torque)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD: 01/ Nine Souls 02/ Five Souls (plus the barman)
Luc Bouquet © Le son du grisli

21 octobre 2011

Tell : Tonal - Nagual (Rossbin, 2009)

tell_tonal___nagual

Il arrive régulièrement que l’electronics (et les platines) aient tendance à prendre beaucoup de place lors d’une rencontre avec un instrument acoustique. Ou bien le platiniste fait un effort ou bien il oblige son ou ses partenaires à amplifier (c’est le cas de le dire) leur jeu.

Sur Tonal – Nagual, les deux cas existent. Coexistent même : l’électronicien Joke Lanz (Sudden Infant) et le batteur Christian Wolfarth, enregistrés en 2008 à Berlin, cherchent un équilibre et finissent par le trouver. Tell est d’abord un duo de robots un peu gauches dont les grincements et l’enraiement difficile laissent place à une noise à gros grains. Après quoi Tell colle des sons et réalise un cinéma pour l’oreille convenable. Mais quand Tell change son fusil d’épaule, c’est la révélation : Wolfarth extirpe de ses cymbales des ondes sifflantes. Sous les ondes, Lanz évolue en sous-marin. Le batteur peut taper de façon classique sur sa caisse claire et l’électronicien continuer de naviguer en eaux troubles. L’équilibre a été trouvé dans les abysses. Il fallait simplement prendre le temps d’y aller.

Tell : Tonal - Nagual (Rossbin)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ The Eleventh Hour 02/ Little Black Spiders 03/ Virus Infection B-23 04/ Replicant Dance 05/ New Scientists 06/ Angry Young Men 07/ Perverted Perambulation
Pierre Cécile © Le son du grisli

densit_s

Ce vendredi 21 octobre, Christian Wolfarth donnera un concert en duo avec Enrico Malatesta à Fresnes-en-Woëvre dans le cadre du festival Densités.

9 septembre 2011

Undivided : Moves Between Clouds (Multikulti, 2011)

undividesli

De ce quintet qui fait corps, évoquons tout d’abord les membres. Aux côtés du jeune leader,  le clarinettiste polonais Waclaw Zimpel, on trouvera son compatriote Mark Tokar à la contrebasse et l’allemand Klaus Kugel à la batterie. Avec eux, deux  vétérans américains du plus fier des free jazz : le pianiste Bobby Few (ancien compagnon de Steve Lacy et Albert Ayler) et le souffleur Perry Robinson (que l’on entendit aux côtés d'Archie Shepp, Henry Grimes ou encore Rashied Ali).

Dès les premières mesures et leurs lentes précipitations de notes, on sait que l’on nous offre ici un disque (leur second) d’importance. Les cinq hommes délivrent une musique resserrée et intense telle une flamme vivace qui percerait la nuit. Petite armée obstinée, elle avance sûrement et la première excursion solitaire, celle du piano de Bobby Few, propose les premiers moments d’exception. Ses amples vagues emporteront tout sur leur passage. Telles celles d’un Cecil Taylor, les notes de Bobby Few percutent l’auditeur pour ensuite l’assaillir avec douceur, tendresse presque, vertige toujours.

Alors, le disque, recueil de trois longs morceaux livrés par le 5tet lors d’un concert à Varsovie, fera montre d’une intensité jamais relâchée. Le cœur du disque, sa plus belle pulsation, est assurément le second titre, Moves Between Clouds. Après ce moment d’une grâce étonnante (fausse légèreté, vraie solennité), on ne pourra que regretter les égarements d’un troisième morceau qui aura tendance à se perdre parfois dans des divagations verbeuses. Mais faisons fi de ce bémol prononcé de fine bouche, et revenons au cœur. Les entrelacs hésitants des souffles de Perry Robinson et Waclaw Zimpel ne se feront pas de sitôt oublier, et les paysages traversés dans leur sillage ne demanderont qu’une chose : être arpentés encore, par leurs marges, en de sinueux détours que seuls ces cinq-là semblent pouvoir emprunter.

Undivided : Moves Between Clouds, Live in Warsaw (Multikulti Project)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Hoping Between Clouds 02/ Moves Between Clouds 03/ What A Big Quiet Noise
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

11 octobre 2011

Mural : Live at the Rothko Chapel (Rothko Chapel, 2011)

mural_live_at_the_rothko_chapel

Comme quoi, le hasard… Pour Nectars of Emergence, j’avais écrit que Mural entamait une ascension du « Mont Rothko ». Cela se confirme avec Live at the Rothko Chapel, où Mural refait l’intérieur du lieu cher à Morton Feldman.

Jim Denley (instruments à vent), Kim Myhr (guitare acoustique) et Ingar Zach (grosse caisse) se posent donc dans la chapelle. Ils réfléchissent. Le premier choisit de débiter des phrases tranchantes, le deuxième de bercer mollement ses camarades, le troisième de faire battre le cœur de Doom and Promise. Et son cœur bat si bien qu’il fait vibrer une corde, puis deux, etc. Une ronde se forme, maintenue en vie par le trio qui l’enveloppe sans arrêt de graves et de chaleur.

Comme la lumière qui l’atteint peut faire changer la vision qu’on a d’une toile, l’acoustique de la Rotkho Chapel fait varier la musique. Avec la résonance, les accords s’affaissent, les clefs claquent moins fort et la peau du tambour expie. Tout semble chuter mais à un moment les souffles les arpèges et les frottements refont surface. Tout simplement par ce que cette chapelle est une cathédrale. Elle accélère l’ascension des notes qui se multiplient par leur vibration. Il ne suffit même par d’avoir la foi (en Mural) pour s’en convaincre.

Mural : Live at the Rothko Chapel (Rothko Chapel / Metamkine)
Enregistrement : 4 mars 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Doom and Promise
Héctor Cabrero © Le son du grisli

29 septembre 2011

Jason Robinson : The Two Faces of Janus (Cuneiform, 2010)

jason_robinson_two_faces_of_janus

Encore sous le charme de Cerulean Landscape (Clean Feed), on pose délicatement The Two Face of Janus dans son lecteur en espérant que se reproduise le miracle. Dès les premières notes, nous sommes fixés : l’ennui sera géant. Ce jazz dont la source pourrait être le M’Base de Steve Coleman cherche-t-il autre chose que convaincre auditeurs et organisateurs ?

Que dire de cette musique et de ces musiciens – certes talentueux, là n’est pas la question (Liberty Ellman, Drew Gress, George Schuller, Marty Ehrlich, Rudresh Mahanthappa) – si ce n’est pointer l’impression tenace d’un sinistre copier-coller. La fusion était une impasse, ce jazz-là n’est pas loin de l’être. Ce jazz, je n’ai aucune envie de le décrire : il pullule dans les magazines spécialisés, les clubs, les festivals. Il contamine la jazzosphère.

Quel dommage ici que le souffle inspiré et inspirant de Jason Robinson (The Elders, The Twelfth Labor) ne soit pas mieux mis en valeur. Ici, ce regret est grand.

Jason Robinson : The Two Faces of Janus (Cuneiform / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Return to Pacasmayo 02/ The Two Faces of Janus 03/ The Elders 04/ Huaca de la Luna 05/ Tides of Consciousness Fading 06/ Cerberus Reigning 07/ Persephone’s Scream 08/ Paper Tiger 09/ Huaca del Sol  10/ The Twelfth Labor
Luc Bouquet © Le son du grisli

26 septembre 2011

Vijay Anderson : Hardboiled Wonderland (Not Two, 2010)

vijay_anderson

Quand on aura le temps (c’est à dire jamais !), on lira Murakami. Pour l’heure, on écoute Hardboiled Wonderland, groupe drivé par le batteur Vijay Anderson et qui est aussi le titre d’un roman de Murakami. Y officient le saxophoniste Sheldon Brown, le clarinettiste Ben Goldberg, les guitaristes Avan Mendoza et John Finkbeiner et le vibraphoniste Smith Dobson V.

Le paysage y est familier : prudent et convenu quand l’axe résulte collectif ; mordant et incisif quand la parole est donnée aux duos, trios ou quartets. Ainsi telle guitare qui s’empêtrait de ses arpèges fuyants (Hard-Boiled Wonderland) devient subtil guide baroque en trio (Skittering), laissant à la clarinette la liberté d’allonger son souffle à loisir.

Et ainsi, par petits groupes, de se combiner et de s’enchâsser en des contrepoints giuffriens inspirés avant que la masse ne retrouve de sa lourdeur d’écume.

Vijay Anderson : Hardboiled Wonderland (NotTwo / Instant Jazz)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Hard-Boiled Wonderland 02/ East Oakland Reverie 03/ A Few More Hands 04/ Interlude 05/ Skittering 06/ Dilation 07/ A Widow’s Last Penny 08/ Swimming in a Black Well 09/ Nix 10/ March at the End of the World
Luc Bouquet © le son du grisli

22 septembre 2011

Géographie utopique (Le châtaignier bleu, 2011)

g_ographie_utopique

L'excellent travail que Benjamin Bondonneau (clarinettes, peinture) présentait l'an passé avec L'arbre ouvert trouve dans Géographie utopique non seulement une prolongation – dans la démarche pluri-artistique – mais aussi une nouvelle extension particulièrement enthousiasmante.

Désireux de mutualiser les approches esthétiques d'un lieu particulier (le domaine de Certes en l'occurrence, dans l'estuaire de la Gironde, entre marais et forêt), de rendre compte de ses « interprétations sensibles », picturales, musicales ou cinématographiques qui auront autant puisé dans l'histoire que dans la faune ou la littérature, les participants au projet offrent, sous la forme de ce riche coffret, un véritable support de rêverie (y a-t-il d'ailleurs, vers l'utopie, meilleur véhicule que le songe ?). Les reproductions des peintures de Bondonneau d'abord, joyeux atlas mentaux ; le beau court-métrage de Sébastien Betbeder ensuite ; la musique enfin, pensée par Jean-Yves Bosseur, et à laquelle se mêlent d'évocateurs enregistrements de terrain.

Les scénarios ou propositions que ce compositeur a élaborés sont confiés au Quatuor Cassini [Bondonneau (clarinettes), Fabrice Charles (trombone), Laurent Charles (saxophones), Sébastien Cirotteau (trompette)] que Beñat Achiary (chant, lecture), habité, rejoint comme sur le disque qu'ils ont donné ensemble au label Amor Fati. Extraits de Charles Fourier, d’Élisée Reclus ou de contes peaux-rouges, jeux d'anches & d'embouchures, cache-cache de timbres : autant de vifs échanges qui font de cette réinvention de territoire une création très originale et une vraie surprise !

Jean-Yves Bosseur, Beñat Achiary, Quatuor Cassini, Benjamin Bondonneau, Sébastien Betbeder : Géographie utopique (Le Châtaignier bleu / Metamkine)
Edition : 2011.
CD : 01/ Voir la Terre 02/ Une planète androgyne 03/ Le héron 04/ Abécédaire 05/ En forêt 06/ Les mécanismes de la Nature 07/ L'unique trait de pinceau – DVD : Sarah Adams
Guillaume Tarche © Le son du grisli

domaine

Dans l'après-midi du samedi 24 septembre, cette Géographie utopique sera appliquée au domaine de Certes.

22 août 2011

Hubbub : Whobub (Matchless, 2011)

whosli

S’il n’était question d’identités, le Who de cet Hubbub serait l’onomatopée saluant la sortie d’un disque-double sur Matchless : un concert donné à la Malterie (Lille) le 23 avril 2010 accompagné d’un enregistrement au Carré Bleu (Poitiers) daté de février de la même année.

A Lille, alors, ce Who frôlant les trois quarts d’heure. Le lent déploiement d’une épaisse vague sonore, cymbales porteuses, guitares et saxophones aux notes longues et parallèles : ni tout à fait le même hubb, ni tout à fait un autre ub, l’exercice convainc par les manières qu’il a d’évoluer en suspension et de gagner en consistance et cohésion dans le même temps que les identités percent. Celles, s’il faut le redire, de Frédéric Blondy, Bertrand Denzler, Jean-Luc Guionnet, Jean-Sébastien Mariage et Edward Perraud, qui osent dévoiler un peu de Moi dans ce Grand Tout. En conséquence, l’air tremble, soumis qu’il est aux provocations des rapprochements entre aigus et graves, aux délitements d’accords, aux accrocs pernicieux et aux distances qui les distinguent tout en les liant.

A Poitiers, autre chose. En deux temps, le groupe développe d’un seul homme un ouvrage de discrétions : une note longue d’alto appelle une note-parallèle, le sismographe s’inquiète de mouvements mesurés mais de mouvements certains : ceux d’un vaisseau-quintette conduit par Mariage puis par Perraud. Simple supposition, ceci étant, puisqu'Hubbub cache toujours un pan des expressions qu’il dévoile pour interdire peut-être à sa musique d'être appréhendée tout à fait, d'être devinée par fragments plutôt.

Hubbub : Whobub (Matchless / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD1 : 01/ Who – CD2 : 01/ Bub 1 02/ Bub 2 
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

meteo11Jean-Luc Guionnet donnera deux concerts dans le cadre du festival Météo (solo d’orgue le 24 août + The Ames Room le 26). Il y animera aussi un atelier et verra ses gravures exposées à la bibliothèque de Mulhouse.

6 octobre 2010

Johnny Dyani, John Tchicai, Dudu Pukwana : Witchdoctor's Son (SteepleChase, 1978)

DoctorGrislisSon

Cet enregistrement – belle production – offre déjà un atout important avec la présence de John Tchicai et Dudu Pukwana ; par ailleurs, il est intéressant d'entendre Johnny Dyani entouré d'un guitariste brésilien, Do Nascimento, et d'un batteur également brésilien, Carlos de Sequaira, qui apportent une « touche » vraiment réussie à ce disque. Mais un morceau en particulier attire mon attention : il s'agit de Magwaza (traditionnel sud-africain + arrangements de Johnny Dyani) : 13:20 qui clôturent la face B. L'interprétation par l'ensemble est particulièrement émouvante et également pleine d'énergie. Un morceau dont l’écoute « en boucle » procure de la joie et même plus !

Johnny Dyani, John Tchicai, Dudu Pukwana : Witchdoctor's Son (SteepleChase)
Enregistrement : 1978. Edition : 1987.
CD : 01/ Heart With a Minor’s Face 02/ Ntyilo Ntyilo 03/ Radebe 04/ M’Bizo 05/ Eyomzi 06/ Magwaza 07/ Radebe (Take 1) 08/ Heart Woth Minor’s face 09/ Ntyilo Ntyilo (Take 1) 10/ Magwaza (Take 1)
Jean-Noël Cognard © Le son du grisli

tankjisli

Percussionniste efficient, Jean-Noël Cognard multiplie les projets vigoureux : Salmigondis, Empan, Tribraque. On l’entendait encore récemment en Tankj.

5 juillet 2011

Thymolphthalein : Ni maître, ni marteau (Editions Mego, 2011)

grisliphtalein

Ni maître, ni marteau, prévenait récemment en concert à Bâle la formation Thymolphthalein, association d’Anthony Pateras (piano préparé, synthétiseur analogique), Natasha Anderson (flûte contrebasse, électronique), Jérôme Noetinger (magnétophone à bande, électronique), Clayton Thomas (contrebasse, préparations) et Will Guthrie (batterie, électronique).

La seule évocation de cette réunion en dit déjà long sur les choses qui en naîtront. L’écoute confirme toutes les prévisions et réserve même quelques surprises : comme oublié sur le feu, le groupe compose sous les effets de résistances et de tensions à accorder. Comme on dit « électrique », l’atmosphère avale cordes grattées et clusters, sifflements et motifs réduits qui tournent en boucle. L’indécision semble permanente, les treize pièces agissant comme autant d’aimants à combler le silence. Des flûtes fugitives sonnent le moment de la conclusion remontée : qui donne l’explication des interventions multiples qui l’ont précédée et les résume dans le même temps, avec une fougue déconcertante.

Thymolphthalein : Ni maître, ni marteau (Editions Mego / Metamkine)
Enregistrement : 15 novembre 2009. Edition : 2011.
LP : A1/ Meta-Tingue A2/ Soaked George A3/ Off the Wall A4/ Mosquito Squash A5/ L.B.O.K A6/ Streetcar Slugfuck A7/ Ayala – B1/ Jean Psycho B2/ Quince B3/ Lips B4/ Pierre Willy B5/ Greatest Hits B6/ Pim
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

21 juin 2011

Adam Linson : Figures and Grounds (Psi, 2011)

figureslis

Le dessin de couverture, signé Caroline Forbes et Evan Parker, dit assez bien ce qu’on peut trouver sur Figures and Grounds, disque du Systems Quartet d’Adam Linson (contrebasse, électronique). De celui-ci, on savait l’implication : avec laquelle il instillait hier un peu d’électronique au discours de John Butcher ou tentait avec plus de peine de persuader de l’originalité de son vocabulaire sur Cut and Continuum (que Psi publia en 2006).

Si jamais Adam Linson avait besoin de partenaires d’exception pour pouvoir éblouir, alors on ne peut que saluer l’élaboration de ce Systems Quartet : Axel Dörner (trompette, électronique), Rudi Mahall (clarinette basse) et Paul Lytton (batterie, percussions) y jouent en effet les partenaires sus définis. De leurs voix singulières, Linson s’empare donc, travaillant ses effets et maniant le décalage avec inspiration.

Le parti pris est ardent sur Swamp Delta to the Sky : les ruades nombreuses donnant naissances à des morceaux de grand fracas à l’intérieur desquels l’électronique, à force d’agacements, stimule l’acoustique. Mais c’est en agitateur plus réservé que Linson créé avec le plus d’éclat, ce que City Dissolved in Light et Invisible Mornings prouvent. Là, Dörner, Mahall et Lytton, distribuent impulsions et notes claires, tous éléments mis au service d’une abstraction féconde. Ses trajectoires induites sont multiples et permettent même à l’acoustique de reprendre le dessus : Lytton multiplies les charges sèches, Dörner et Mahall emboîtent souffles et notes-réflexes. En toute discrétion, Linson peut conclure à l’archet, la confrontation électroacoustique ayant porté ses fruits, ses figures.

Adam Linson : Figures and Grounds (Psi / Orkhêstra International)
Enregistrement : 14 janvier 2008. Edition : 2011.
CD : 01/ Swamp Delta to the Sky 02/ City Dissolved in Light 03/ Invisible Mornings
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

24 juin 2011

Deep Tones for Peace : Sonic Brotherhood (Kadima, 2011)

deepgrisliforpeace

Deuxième livraison de Deep Tones for Peace, rassemblement de contrebassistes et compositeurs œuvrant pour la paix au Moyen-Orient.

Débutée par Menada, œuvre de la compositrice bulgare Julia Tsenova, interprétée ici par sa compatriote Irina-Kalina Goudeva, et terminée par le si large archet de Barre Phillips, Sonic Brotherhood propulse quelques dignes éclats. Ainsi, en trois reprises, les cinq contrebassistes réunis ressusciteront quelques glissendis à l’essence toute ligetienne ; le duo Mark Dresser JC Jones sera vif et concis ; Bert Turetzky et Barre Phillips, au plus près du son, animeront quelques hautes plaintes ; Irina-Kalina Goudeva et Bert Turetzky étireront leur archet jusqu’à la rupture ; Barre Phillips et JC Jones, fraternels et unis, seront âpres roulis et doux ressacs. Quant à Mark Dresser, en solitaire, il sera puissance, rondeur et virtuosité. Presque aussi indispensable que le premier Deep Tones for Peace.

Deep Tones for Peace : Sonic Brotherhood (Kadima Collective / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/Menada 02/ Dresser-Jones 03/ DFTP I 04/ Turetzky-Phillips 05/ DTFP II 06/ Goudeva-Turetzky 07/ Phillips-Jones 08/ Dresser 09/ DTFP III 10/ Phillips
Luc Bouquet © Le son du grisli

17 juin 2011

Mem1, Stephen Vitiello : Age of Insects (Dragon’s Eye, 2011)

ageofgrislis

J’imagine Mark & Laura Cetilia (Mem1) faire la route de chez eux au studio de Stephen Vitiello. J’imagine le trio réfléchir à cet Age of Insects, aux moyens de concilier électronique, acoustique et field recordings. Après quoi, j’écoute ce qui est ressorti de leur collaboration.

Mis à part le violoncelle de Laura Cetilia, on ne sait quels sont les instruments utilisés ici – la pochette du disque ne le dit pas. Un souffle chaud vibre, mais provient-il d’un orgue ou d’une flûte de cristal ? Des craquements dans l’atmosphère font que tout l’univers sonore vibre à son tour. Son arborescence est indescriptible, ce qui fait beaucoup de mystères. Beaucoup de mystères et beaucoup de beauté dont les conséquences sont indescriptibles.

Mem1, Stephen Vitiello : Age of Insects (Dragon’s Eye)
Enregistrement : 2009-2010. Edition : 2011.
CDR : 01/ Cascoplecia 02/ Ektattricha 03/ Vosila 04/ Protophasma 05/ Paleophaedon 06/ Monura 07/ Electrinocellia
Pierre Cécile @ Le son du grisli

Newsletter