Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Radian : Chimeric (Thrill Jockey, 2009)

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La feuille de presse l’affirme sans ambages – et  pour une fois, nous ne pouvons qu’acquiescer, Chimeric est un disque oublié des bancs de polissage. Brut et malfaisant, ce qui ne veut nullement dire qu’il est nourri de malfaçons, le nouvel effort de Radian se livre à un exercice d’automutilation d’une délicate facture noise. Evocation lointaine, mais très réelle, du très radical – et génial – Flame Desastre du trio Sister Iodine, le son des Autrichiens débauche des percussions martiales et des guitares tordues sans coup férir (Git Cut Noise). La tornade épuisée, des instants de repos chavirés embrassent l’horizon des magnifiques Kapital Band 1, rappel essentiel du rôle proéminent que joue Martin Brandlmayr aux fûts des deux formations viennoises. Meilleur morceau de ce troisième opus, ce très acoustique Feedbackmicro / City Lights est à vivre et à rappeler séance tenante.

Relativement peu travaillé à l’électronique, Chimeric ne rappelle que par instants épars la connexion quasi naturelle entre Stefan Németh et les manipulations sonores. Au mitan de l’esprit des labels Thrill Jockey et Mosz, voire Editions Mego, un titre tel que l’intrigant Git Cut Derivat évite toutefois les compromissions trop faciles. A l’instar du médian Chimera, dépassement ambigu entre calme jazztronica précaire et revendication noise rock, les paysages louvoient entre improvisations maîtrisées à l’extrême (est-ce de trop ?) et déclinaisons noircies au feutre de Till The Old World's Blown Up And A New One Is Created (vs Tortoise, on est sur Thrill jockey, que diable). Un chouia de relâchement en sus et tout eut été parfait.

Radian : Chimeric (Thrill Jockey / Amazon)
Edition : 2009.
CD : 01/ Git Cut Noise 02/ Feedbackmicro / City Lights 03/ Git Cut Derivat 04/ Chimera 05/ Kinetakt 06/ Subcolors
Fabrice Vanoverberg © le son du grisli

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Tortoise : Beacons of Ancestorship (Thrill Jockey, 2009)

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Ils auront pris leur temps. C'est-à-dire cinq ans. Cinq ans pour renvoyer tout le monde à ses livres d'histoire. Cinq ans pour expliquer l'histoire de la musique rock / pop / contemporaine / post-rock / tout ce que tu veux. Et la refaire. Et l'exposer à nouveau. Cinq ans pour faire ce que d'aucuns, à tort ou à raison, ne les croyaient plus capables de faire. Cinq ans pour faire un disque synthétique, un disque punk.

Ce qui fascine, dès les premières secondes de Beacons of Ancestorship, c'est qu'encore une fois Tortoise sait faire du Tortoise, c'est-à-dire ne pas en faire. Être toujours parfaitement reconnaissable et, cependant, trouver des moyens nouveaux de s'exprimer. Ainsi, les harmonies rappellent les disques précédents, mais l'atmosphère est synthétique. Pas l'ombre d'une marimba ni d'un vibraphone. Mais un corps qui s'unit dans l'association batterie / basse / synthétiseurs.

Si le disque finit par une faiblesse (Charteroakfoundation), trop longue, trop peu variée, elle l'est surtout en comparaison avec le reste. À commencer par ce triptyque d'ouverture, qui ne se lasse jamais de rebondir, de se réinventer dans le rythme, dans le tempo, d'épuiser en presque neuf minutes les lignes saturées mais pures de ses synthétiseurs (High Class Slim Came Floatin' In). Ou encore : Northernsomething, dont les premières mesures peuvent faire croire à un paradoxe exotique, mais qui se révèle être un monument de groove, basses filtrées à l'extrême et batterie qui épuise la boîte, prend plaisir à la surclasser, parce qu'elle connaît déjà le secret du rythme.

Sauf que c'est sur Yinxianghechengqi qu'on s'attardera pour finir. Parce qu'il est, jusqu'à la contradiction, la vraie nouveauté de ce disque, qui fait entendre l'origine punk-rock de la musique de Tortoise, origine que l'on pressentait certes, mais qui n'avait jamais été aussi manifeste ici. Et qui n'avait jamais été manifeste, en fait. On n'avait jamais entendu ça : ce rythme ouvertement binaire, cette basse enragée, énergie brute, en somme, qui prend littéralement le contre-pied de tout ce que Tortoise a pu faire sur disque. Avant que les assauts de Jeff Parker contre le mur du son ainsi installé n'établissent un équilibre nécessairement instable entre ces deux pôles autour desquels la musique n'a eu de cesse en vérité de s'articuler : puissance et complexité.

Tortoise : Beacons of Ancestorship (Thrill Jockey / Pias)
Edition : 2009.
CD : 01/ High Class Slim Came Floatin’ In 02/ Prepare Your Coffin 03/ Northern Something 04/ Gigantes 05/ Penumbra 06/ Yinxianghechengqi 07/ The Fall of Seven Diamonds Plus One 08/ Minors 09/ Monument Six One Thousand 10/ de Chelly 11/ Charteroak Foundation
Jérôme Orsoni © Le son du grisli

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