Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
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Jason Robinson : The Two Faces of Janus (Cuneiform, 2010)

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Encore sous le charme de Cerulean Landscape (Clean Feed), on pose délicatement The Two Face of Janus dans son lecteur en espérant que se reproduise le miracle. Dès les premières notes, nous sommes fixés : l’ennui sera géant. Ce jazz dont la source pourrait être le M’Base de Steve Coleman cherche-t-il autre chose que convaincre auditeurs et organisateurs ?

Que dire de cette musique et de ces musiciens – certes talentueux, là n’est pas la question (Liberty Ellman, Drew Gress, George Schuller, Marty Ehrlich, Rudresh Mahanthappa) – si ce n’est pointer l’impression tenace d’un sinistre copier-coller. La fusion était une impasse, ce jazz-là n’est pas loin de l’être. Ce jazz, je n’ai aucune envie de le décrire : il pullule dans les magazines spécialisés, les clubs, les festivals. Il contamine la jazzosphère.

Quel dommage ici que le souffle inspiré et inspirant de Jason Robinson (The Elders, The Twelfth Labor) ne soit pas mieux mis en valeur. Ici, ce regret est grand.

Jason Robinson : The Two Faces of Janus (Cuneiform / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Return to Pacasmayo 02/ The Two Faces of Janus 03/ The Elders 04/ Huaca de la Luna 05/ Tides of Consciousness Fading 06/ Cerberus Reigning 07/ Persephone’s Scream 08/ Paper Tiger 09/ Huaca del Sol  10/ The Twelfth Labor
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Jason Robinson, Anthony Davis : Cerulean Landscape (Clean Feed, 2010)

cerugrislilandscapeTels John Coltrane (Blue Train, Coltrane Plays the Blues), Booker Ervin (Blues Book), Thelonious Monk (Blue Monk) ou encore bien sûr Miles Davis (Kind of Blue), nombreux furent ceux qui replongèrent le jazz dans sa teinture originelle : le blues. Et c’est Duke Ellington qui inspire à Jason Robinson et Anthony Davis la musique jouée ici. Le fameux pianiste avait en son temps exploré les nombreuses nuances de la couleur bleue (Mood Indigo, Azure, Transbluesency…). Avec Cerulean Landscape (« paysage céruléen »), les deux hommes de poursuivre la démarche de leur aîné et de plonger à leur tour leurs mains dans le profond courant bleu.

Le saxophoniste et flûtiste Jason Robinson et le pianiste Anthony Davis commencèrent à jouer ensemble en 1998, à l’occasion d’un hommage rendu à Cecil Taylor. C’est dire si les deux extrêmes de ce spectre (Cecil Taylor alors ; Duke Ellington aujourd’hui) suggèrent un attachement à la tradition nuancé d’une poursuite opiniâtre de la liberté.

Le disque s’ouvre avec une composition de Davis, Shimmer, lent envol vers de vibrantes altitudes. Les battements d’ailes du piano puis les circonvolutions du saxophone posent le décor de Cerulean Lansdcape : la musique alternera longues pauses planantes et virages épris d’accélérations et changements de rythmes. On pense dans ce premier morceau à Steve Lacy, tant le saxophone soprano ici mêle en un même flux tendresse et abstraction, chair et esprit. Sur le titre suivant, Someday I’ll Know, le saxophone ténor prend le relai. C’en est fait de la légèreté, le propos s’aggrave, s’approfondit, et à mesure que la musique progresse l’on semble se rapprocher du sol pour enfin se poser à mi temps du morceau, un court instant. Puis, sous l’impulsion de Davis, en un solo stupéfiant, redécoller et jouer malicieusement avec le vent.

Le disque s’écoutera alors à l’aune de ces débuts : aux grands espaces succéderont d’accidentés terrains, où les notes se fraieront un passage avec agilité et inquiétude. Quitter les hauteurs ne se fait parfois pas sans risques et Vicissitudes, seul véritable bémol du disque, ne fait qu’accroître notre impatience de voir les musiciens reprendre calme et hauteur. C’est chose faite dès le quatrième (et plus beau ?) morceau, Of Blues and Dreams. La paix retrouvée se teinte cependant de ces notes bleues qui interdisent tout abandon, qui rappellent l’imminence possible de la chute. Alors, l’art du suspense de Davis et Robinson achèvera de convaincre. Cet autre sommet du disque qu’est Andrew (septième et pénultième morceau), au piano tout en brisures mais ne se départissant jamais d’un implacable rythme, nous offrira une proposition singulière de ce qui faisait battre le cœur de la musique de Duke : le swing.

Jason Robinson, Anthony Davis : Cerulean Landscape (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 5 & 6 décembre 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Shimmer 02/ Someday I'll Know 03/ Vicissitudes (for Mel) 04/ Translucence 05/ Of Blues and Dreams 06/ Andrew 07/ Cerulean Seas and Viridian Skies
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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Jason Robinson : Cerberus Reigning (Accretions, 2010)

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Au moment où sortent deux enregistrements montrant Jason Robinson en notables compagnies – avec Anthony Davis sur Cerulean Landscape pour Clean Feed et avec Marty Ehrlich sur The Two Faces of Janus pour Cuneiform –, une oreille en attente d'originalité et puis confortée par un inévitable instinct de contradiction conseillera plutôt l’écoute de Cerberus Reigning, deuxième partie d’une trilogie que Robinson s’est proposé d’élaborer en solitaire.

Après Cerberus Rising, donc, Cerberus Reigning donne à entendre le musicien passer, « en temps réel », de saxophones ténor et soprano en flûte – ici et là, un ordinateur servira aussi beaucoup. Amateur de mythes en tous genres (origines : Antiquité, science-fiction…), Robinson forge seize récits imaginaires et remontés : imbrications d’obsessions pour quelques sonorités originales qu’il fait tourner souvent sur des airs de manège.

S’il trahit ici ou là quelques penchants pour un art que l’on dirait naïf (sonorités de The Betrayal of Sharon ou surenchère de boucles du morceau-titre), Robinson convainc la plupart du temps du bien-fondé de ses exercices de modification de sa sonothèque entre lesquels il profite de plages récréatives savoureuses : bourdons, emportements, chants apaisés d’un bestiaire qui l’habite et de grandes références pour organiser l’ensemble (Coltrane, Dunmall, Fasteau…) réservent ainsi de savoureuses surprises.

Jason Robinson : Cerberus Reigning (Accretions)
Enregistrement : juin-juillet 2010. Edition : 2010.
CD : 01/ Broken Seals 02/ The Betrayal of Charon (Synchronous Aether) 03/ Syrynx at the Edge of Nightfall 04/ Stillness Shattered 05/ Hope is Lost (Synchronous Aether) 06/ The Inner Wave 07/ Cerberus Reigning 08/ A Darkness So Piercing 09/ Serpentine Gaze 10/ Among Goliaths 11/ Rising Tide for Humanity 12/ Some Shall Fall 13/ Syrynx Song for the Fallen (Synchronous Aether) 14/ The New Resistance Unveiled 15/ Smoldering Ruins 16/ The Final Horizon
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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