Canalblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le son du grisli
9 octobre 2012

Conrad Schnitzler, Andreas Reihse : Con-Struct (M=minimal, 2012)

conrad shnitzler con-struct

Beaucoup de sons de Conrad Schnitzler m’ont laissé pantois pour ne pas dire circonspect. Si ce que ce Tangerine Dream a apporté à la musique électronique est indéniable, ces notes synthétiques d’un autre âge (forcément) me laissent généralement de glace. Cette introduction pour dire que sur Con-Struct cette sorte de son m’a encore chiffonné l’oreille.  

Des Con qui parsèment la discographie de Schnitzler, Con-Struct est donc le dernier. Il a été enregistré avec Andreas Reihse (de Cologne et de Kreidler) : des morceaux numérotés de 9 à 16 qui font suite à neuf premiers Con-Struct gravés sur un autre disque du mêle label par Schnitzler, Borngräber & Strüver (vous suivez ?). Je ne reviendrai pas sur l’old school motorischo-digitale dont j’ai parlé un peu plus haut. Mais il me faut ajouter que quelques-uns de ces Con-Struct (9, 10, 14 & 17) apportent un peu de nouveauté : les beats ou les modulations de fréquence peuvent par exemple anéantir tous les effets nocifs, des boucles (comme celle d’un piano sur le titre de conclusion) peuvent être ralenties au point de dérouter l’auditeur… Voilà pourquoi on ne peut pas vraiment démolir Con-struct, qui est en plus le testament de Schnitzler...

Conrad Schnitzler, Andreas Reihse : Con-Struct (M=minimal)
Edition : 2012.
CD / LP / Téléchargement : 01-09/ Con-Struct 9-Con-Struct 16
Pierre Cécile © Le son du grisli

13 septembre 2012

Ernesto Diaz-Infante : Civilian Life (Pax, 2012)

ernesto diaz-infante civilian life

Que peut-on trouver sur ce nouveau CD du guitariste-percussionniste Ernesto Diaz-Infante ? Réponse sans attendre : du rock débranché (Sun Hypnotic, entre Bill Orcutt et Jim O’Rourke), musique de western galactique (Eeasy to Disappear Into This Fog & Memories, Like Clouds), minimalisme psychédélique (Yerba Buena), néo-folk abstrait (Palais Idéal), zen réverbéré (JT), country amorphe (La Casa Encendida) et j’en passe pour décrire ces instrumentaux auxquels travaillent tous types d’instruments à cordes mais aussi bols chantants, electronics ou field recordings.

Voilà ce qu’on trouve sur le CD en question, soit une ribambelle d’étiquettes que pourrait mettre d’accord l’expression d’expérimentation populaire. Une musique à points d’interrogation (pour les styles) et à points d’exclamation pour l’art avec lequel Diaz-Infante nous emporte et même parfois nous vide l’esprit.

Ernesto Diaz-Infante : Civilian Life (Pax Recordings)
Enregistrement : 2003-2008. Edition : 2012.
CD : 01/ Welcome to San Francisco 02/ Sun Hypnotic! 03/ Easy to Disappear Into This Fog 04/ Yerba Buena 05/ A Gentle Reminder 06/ The Morning Sun Pours Through the Window 07/ Palais Idéal 08/ Memories, Like Clouds... 09/ JT 10/ La Casa Encendida 11/ Shellacking the Sidewalk 12/ The Pedestrian Tunnel At the Conservatory of Flowers13/ Small Halo
Pierre Cécile © Le son du grisli

20 juillet 2012

Rodolphe Alexis : Sempervirent (Gruenrekorder, 2012) / Pierre Gérard : ENVIRONMENT & Gesture (3Leaves, 2011)

rodolphe alexis sempervirent

Au dos de la carte postale sonore, je lis le nom du pays d’où elle m’arrive, le Costa Rica, et le nom de son expéditeur, Rodolphe Alexis. Lui a passé deux mois là-bas à enregistrer et photographier la faune et la flore (à chaque bruit de Sempervirent, le livret permet d’associer une forme et un nom). Moi qui ignore tout de la nature qui m’entoure, me voici plongé dans celle qui vit à plusieurs milliers de kilomètres (le site de Gruenrekorder en offre en aperçu en noms et en images, en plus d'extraits de l'enregistrement).

J’en éprouve moins de gêne à ignorer le nom des oiseaux, singes, quadrupèdes, plantes, arbres, que j’entends sur le CD. Ils viennent pourtant bouleverser mon quotidien. Près d’une rivière, dans une mangrove ou dans la forêt tropicale, micro parabolique en main, Rodolphe Alexis a attrapé tout un petit monde, en réalité tout un univers. Il suit une ligne de conduite qui va désépaississant et qui résiste à l’orage, aux pluies diluviennes, au tonnerre, au même titre que les messages codés d’une nature merveilleuse. Qui respire près de moi, qui suis pourtant à plusieurs milliers de kilomètres.

Rodolphe Alexis : Sempervirent (Gruenrekorder)
Enregistrement : novembre-décembre 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Altamira Sunset – a bat a a motmot 02/ At Dawn Among the River – birds & monkeys 03/ The Call, the Gathering, the Storm – mantled howler monkey, orange-fronted parakeet, white-fronted parrot, yellow-naped amazon 04/ Walking Palm’s Wet Wood 05/ Parabolic Amphibian Mix (Various tree frogs) 06/ Breakfasts on Tin Roofs – Scarlet macaw 07/ Outside Sirena Station 08/ Bats of la Casona – greater white-lined bat and others 09/ A Quiet Walk – Laughing falcon, white-throated Capuchin 10/ Santa Rosa’s Slightly Windy Night
Héctor Cabrero © Le son du grisli

pierre gérard environment & gestures

Bien sûr, Pierre Gérard utilise des fields recordings pour composer. Mais il tient surtout à se faire une place dans son environnement, d’en être une partie sonnante. Avec des objets ou des instruments, il accompagne des gouttes d’eau qui tombent, des chiens qui aboient, des bruits de transports… La technique de Gérard est empirique et sa musique cache parfois des petits trésors, en plus de donner des preuves de sa présence au monde.

EN ECOUTE >>> ENVIRONMENT & Gesture (extrait)

Pierre Gérard : ENVIRONMENT & Gesture (3Leaves)
Enregistrement : août 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ With Objects (a) 02/ With Instrument (b) 03/ With Instrument (c)
Héctor Cabrero © Le son du grisli

26 juin 2012

MMM Quartet : Live at the Metz' Arsenal (Leo, 2012)

mmm quartet metz arsenal

La mise en relation fut de courte durée, les questions de timidité ayant été résolues depuis longtemps. Néanmoins, s’espère, s’attend et se guette l’élément déclencheur ; celui qui, fugace et vite oublié par toute (Joëlle Léandre) et tous (Fred Frith, Alvin Curran, Urs Leimgruber) ouvrira le chemin. Le piano jouera ce rôle. Mais ceci est sans importance.

Maintenant, l’improvisation avance, trouve son territoire. Des electronics généreux brouillent le cercle, empêchent que s’ouvrent les espaces. Mais de lutte, il n’y aura point : lentement, une harmonie se trouve, se déploie. Il y aura une lenteur entretenue, des cordes raclées, des souffles volés et plus jamais les lignes ne seront encombrées. Au fil des minutes, chacun va gagner en autonomie et, ainsi, enrichir le collectif. Et faire de cette improvisation un moment rare et précieux.

EN ECOUTE >>> Live at the Metz' Arsenal (extrait)

MMM Quartet : Live at the Metz' Arsenal (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2012.
CD: 01/ Part One 02/ Part Two
Luc Bouquet © Le son du grisli

10 février 2012

Danielle Palardy Roger : Pinta, Niña & Maria (Ambiances Magnétiques, 2011)

danielle_palardy_roger_pinta_nina_maria_

Trois formations pour trois navires en partance vers l’Amérique. C’était en 1492 et un certain Christophe Colomb n’y était pas pour rien. La Pinta est représentée par le GGRIL (Grand Groupe Régional d’Improvisation Libérée). La navigation est lente. Les riffs de cordes sont saillants. On transpire dans l’entrepont.  Les bois crissent. La tension est constante. La Niña bénéficie des brouillages de l’Ensemble SuperMusique. Appeaux et bruissements électroniques ouvrent le bal. Puis, entre craquements et bruitisme, s’immiscent un zeste de rock, de jazz  (Take Five cité) ou de musique ancienne. La Santa Maria sombra le 25 décembre 1492. Pour l’heure c’est l’ECM+ (Ensemble Contemporain de Montréal+) qui guide la galère. Les mélodies sont au centre du voyage : mélodies suaves et sans brûlure ni brutalité ; mélodies douces et rassurantes, n’annonçant en rien le naufrage à venir.

Liant les trois parties, deux musiciens. Le premier se nomme Juan del Encina (1468-1529). Il est le compositeur de Todos los bienes del mundo et guide de sa musique profane ce long voyage. La seconde n’est autre que Danielle Palardy Roger, compositrice, percussionniste, fondatrice et directrice musicale de l’Ensemble SuperMusique. Son désir d’explorer musique ancienne et actuelle, musique écrite et musique improvisée, consonance et dissonance ne manque ni de charme ni d’atouts ici. On vous souhaite une bonne traversée.

Danielle Palardy Roger : Pinta, Niña & Maria (Ambiances Magnétiques / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2007-2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Tout le monde en place 02/ Nuit sombre 03/ Réveil brutal 04/ Ah l’aventure 05/ Gloire, fortune, renommée et chance 06/ Tous les biens de ce monde 07/ Prologuo 08/ Todos los bienes del mundo 09/ El mar es bello 10/ Pero agitato 11/ Coraje 12/ Los recifes 13/ El paso 14/ Hacia l’America 15/ Prologue « The Unanswered Question » 16/ The Real Departure 17/ Gale & Crash 1 18/ The Road of Stars 19/ Gale & Crash 2 20/ The Sea Calmed Down 21/ Land Ho 22/ Indian Which Is Not India 23/ Deception…and Melancholy
Luc Bouquet © Le son du grisli

3 avril 2012

eRikm, Michel Doneda : Razime (Monotype, 2012) / eRikm, Norbert Möslang : Stodgy (Mikroton, 2011)

erikm michel doneda razime

La collaboration date de mars 2009 : concert qui peint Michel Doneda et eRikm en musiciens-inventeurs souvent empêchés par des trucs et astuces de représentation. Alors, à l’intérieur du soprano, un souffle passe puis une note tremble, dont eRikm teste la résistance aux perturbations de toutes sortes (parasites, scratchs, samples…) et de diverses qualités.

Certes, ses interventions pullulent et son implication est nette, mais eRikm confond là vitesse et précipitation. Si le catalogue dans lequel il se sert est celui d’artifices souvent datés, il peut néanmoins receler des surprises : ainsi arrive-t-il qu’un grave nourri avec patience tombe à point contre un souffle descendant : le duo se reprend alors, et temporise avec ingéniosité (sur Rain).

Après quoi, la folie reprend, ainsi que le spectacle léger d’un petit théâtre expérimental d'allure : un morceau d’émission sportive captée par la radio de Doneda, d’autres souffles en peine, et l’attention s’endort. L’incandescence n’est pas toujours promesse de flamme.  

EN ECOUTE >>> Rain

eRikm, Michel Doneda : Razime (Monotype)
Enregistrement : mars 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Raz 02/ Rain 03/ Azine
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

erikm norbert moslang stodgy

Avec Norbert Möslang – aux cracked everyday-electronics, comme jadis en Voice Crack et, avec eRikm déjà, en poire_z –, guère mieux. Collection d’enregistrements datant de 2002 à 2005, Stodgy enfile ainsi trois pièces électroniques furieuses : à la réécoute, plus folâtres que fertiles. L’ardeur du dialogue, fracassante, aurait-elle amputé un peu de la réflexion ? Des étincelles encore, mais de flamme toujours pas.   

eRikm, Norbert Möslang : Stodgy (Mikroton)
Enregistrement : 2002-2005. Edition : 2011.
CD : 01/ Stinger 02/ Aérolithe 03/ Micelle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

12 octobre 2011

Tarfala Trio : SYZYGY (NoBusiness, 2011)

tarfala_syzygy

Si l’entrée en matière est discrète, ce n’est pas qu’il faille à Mats Gustafsson faire preuve de prudence : le Tarfala Trio l’expose en effet depuis 1992 (sous ce nom) auprès de partenaires à qui il fait confiance : Barry Guy et Raymond Strid. C’est peut être davantage que la discrétion est permise en guise d’introduction, puisque le Tarfala a ici le temps de deux 33 tours augmenté de celui d’une face de 45. Sur celle-ci, trouver le morceau qui donne son titre à l’ensemble : SYZYGY.

Autant commencer par là : SYZYGY est un microcosme d’improvisation compactant une somme fantastique d’emportements dans lequel Guy taille à l’archet des formes qui le réorganisent sans jamais le déranger. Le tout est ensuite de développer le thème sur deux grands disques. En concert à Hasselt en 2009, les membres du Tarfala prirent les traits d’expressifs apaisés. Ici, ils divaguent sur commandes ; là, laissent libre cours à une suite d’inventions individuelles ; ailleurs encore, s’adonnent de concert à des exercices de style (swing, ballade…) transformés à chaque fois en aires de récréation.

Plus loin, les effets de Guy et Strid (archet harmonique, déboîtements soudains) mettent en action une machine à tisser des allusions suggestives qui déroutent Gustafsson : le ténor est sans cesse écarté de la rive d’où proviennent les promesses de confort des sirènes mélodiques – ailleurs qu’en Tarfala, faudra-t-il qu'il leur cède ? Le saxophoniste, de trouver alors dans ce rapport entre confiance et opposition le moyen d’inventer en baguenaudant. Ses phrases sont courtes et filées, les dérapages nombreux. Plus qu’une simple confiance puisque, l’âge aidant, le Tarfala Trio semble ne s’être jamais aussi bien porté.

EN ECOUTE >>> Lapilli Fragments

Tarfala Trio : SYZYGY (NoBusiness)
Enregistrement : 14 novembre 2009. Edition : 2011.
2 LP + 1 7” : A/ Broken by Fire B/ Lapilli Fragments C/ Cool in Flight D/ Tephra E/ SYZYGY
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

28 novembre 2011

John Wiese : Seven of Wands (PAN, 2011)

john_wiese_seven_of_wands

Pour présenter ce CD de John Wiese, le label PAN use d’un terme étrange : « listenable ». D’aucuns en déduiront qu’il y a des disques de Wiese qui ne sont pas « écoutables » ; d’autres, bien mal informés, que Seven of Wands serait le seul à l’être ?

Ce qui est sûr c’est que, en effet, son parti pris est moins radical que ceux dont Wiese a l’habitude. Moins brut de décoffrage, l’homme y apparaît appliqué à soigner le fond plus encore que la difformité. D’abord ce sont des larsens et des clics qui font leurs affaires pendant de grands glissements de terrain. C’est un John Wiese inspiré par Solaris qui se penche ici sur le son, le rend artificiel et artificieux. Seven of Wands est une œuvre de no-noise ou de noise à sourdine et/ou une musique concrète signée Tristan Tzara et/ou un collage de sons de batterie (celle de Julian Gross de Liars) et de field recordings (collection Angus Andrew) et encore un CD aussi farfelu qu’ingénieux et, pour couronner le tout… écoutable. Bien plus qu’écoutable !

EN ECOUTE >>> Scorpio Immobilization Sleeve

John Wiese : Seven of Wands (PAN / Metamkine)
Edition : 2011.
CD : 01/ The New Dark Ages 02/ Scorpion Immobilization Sleeve 03/ Alligator Born in Slow Motion 04/ Burn Out 05/ Corpse Solo 06/ Don’t Move Your Finger 07/ Don’t Stop Now You’re Killing Me
Pierre Cécile © Le son du grisli

2 novembre 2011

Trophies : Become Objects of Daily Use

trophies_become_objects_of_daily_use

Sans conteste, le titre d’OVNI du mois revient au label polonais Monotype en hébergeur du trio italo-australo-japonais Trophies. Projet de l’artiste sonore et compositeur transalpin Alessandro Bosetti, magnifiquement entouré du batteur aussie Tony Buck (oui, le fondateur de The Necks) et du guitariste nippon Kenta Nagai, Trophies est un fameux casse-tête pour tout obsédé des classifications sans ambiguïté.

Car, nom d’un John Zorn ou d’un Goz of Kermeur, en voilà un fameux b(r)ouillon, en témoigne He Was A Very Foxy Gentleman, un des titres les plus formidables de cette année – et pas uniquement en raison de son titre foutraque. Basé sur des boucles étonnantes et le spoken word très particulier de Bosetti (notamment dû à son anglais particulier), mi-goguenard mi-bricoleur de génie, le monde de nos trois nouveaux amis produit des fondus enchaînés (free) jazz d’une liberté totale, c’est d’autant plus fort qu’ils ne forcent jamais le trait. Alors que sur papier, on avait tout pour se faire « entuber », on ressort de ce disque grandi et les oreilles encore plus grandes ouvertes. Une performance en soi.

EN ECOUTE >>> This Is Not the Same as Chanting >>> He Was A Very Foxy Gentleman >>> Hotels Are Ripping You Off in D.C.

Trophies : Become Objects Of Daily Use (Monotype / Metamkine)
Edition : 2011
CD : 01/ This Is Not The Same As Chanting 02/ He Was A Very Foxy Gentleman 03/ Hotels Are Ripping You Off In D.C.0 04/ He Came Close To Simply Proceeding 05/ Enumerating Issues Of Coexistence 06/ In The Backseat Listen To Him Talk 07/ Let Me Take Out The Dog 08/ Spaceship
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

9 septembre 2011

Positive Knowledge : Edgefest Edition (Not Two, 2010)

positivegrisli

Après que la secousse portée conjointement par Ijeoma Thomas (élucubrations vocales fielleuses) et Oluyemi Thomas (clarinette basse hurlante et rageuse), ait gagné l’ensemble du quartet, une ligne de contrebasse vient réguler le désordre. Intense Michael Bisio qui guide mais n’empêche pas toujours ses camarades de s’éparpiller.

En duo, contrebasse et clarinette basse (Tabernacle Revisit) trouvent quelques points d’ancrage : si le clarinettiste demeure hors sujet pendant que le contrebassiste éveille l’Atlanta de John Coltrane, le cri aylerien surgit et réconcilie les deux hommes, la Lonely Woman d’Ornette venant parachever ce poignant moment de musique. Plus casseur d’ambiance et perturbateur avéré, le piano de Kenn Thomas déboussole l’équilibre, plus haut gagné, mais ne fait qu’effleurer la cassure dont il pourrait être porteur. Un disque en demi-teinte me semble-t-il.

Positive Knowledge : Edgefest Edition (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Events AT the Edge (I) 02/ Events AT the Edge (II) 03/ Secrets of Preexistence 04/ Of the We (I) 05/ Tabernacle Revisit 06/ Moving of Energy 07/ Urban Lions 08/ Breathing Happens On It’s Own 09/ Proofs (for Alan Silva) 10/ Justice Inside Injustice 11/ Soul Systems
Luc Bouquet © Le son du grisli

12 septembre 2011

Samuel Blaser : Consort in Motion (Kind of Blue, 2011)

grislinmotion

Tout peut être jazzifié. Tout doit-il l’être ? Encore qu’ici le terme de jazzification ne soit pas particulièrement adapté. Disons : libres digressions sur Monteverdi, Marini et autres compositeurs de la Renaissance et du début du baroque italien. Voilà pour le cadre.

Passons à la musique. Les arias n’en sont plus. Les mélodies perdent de leur horizontalité pour s’allonger jusqu’à l’extrême.  La basse n’est jamais continue mais fureteuse, chercheuse. Discrète aussi. Trop, sans doute. La nonchalance guette, la mélancolie se frôle mais la magie opère toujours. Pensez : Paul Bley et Paul Motian réunis à nouveau. Comme hier : ce dialogue de belle distance, ces espaces qui s’ouvrent et qui installent l’idée que la partage, avec ces deux-là, n’est jamais illusion. Bien sûr, c’est ici Russ Lossing qui officie et non Paul Bley mais le mimétisme est tel entre les deux hommes que ça en devient troublant. Quant au leader, tendrement loquace et faussement détaché, il insuffle vie et grâce à un enregistrement souvent passionnant.

Samuel Blaser : Consort in Motion (Kind of Blue / Amazon)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.  
CD : 01/ Lamento della Ninfa 02/ Reflections on piagn’e sospira 03/ Reflections on toccata 04/ Passacaglia 05/ Ritornello 06/ Si dolce è l’tormento 07/ Balletto secondo – Retirata 08/ Reflections on vespa della Beata Vergine 09/ Ritornello 10/ Il ritorno d’Ulisse in patria
Luc Bouquet © le son du grisli

12 mai 2011

Radu Malfatti, Keith Rowe : Φ (Erstwhile, 2011)

phisli

La rencontre est récente : sous la protection du nombre d’or, Radu Malfatti et Keith Rowe ont enregistré trois disques : le premier d’interprétations, le second de compositions personnelles, le troisième d’improvisations. A chaque fois, la proportion est dans l’épure.

Radu Malfatti est ce tromboniste qui, au mépris de toutes règles, insiste sur monotype afin d’obtenir plusieurs épreuves. Si l’empreinte qu’il dépose sur papier est en conséquence de plus en plus ténue, elle en impose aussi de plus en plus aux longs blancs qu’elle entame, aux longs silences qu’elle interrompt. Ainsi en est-il sur cette composition de Jürg Frey, Exact Dimension Without Insistence : un silence d’endurance opposé à un grave ronflant – souvent trois fois répété ensuite – traînant derrière lui l’interjection d’une corde de guitare étouffée. Malfatti est celui qui insiste, Rowe celui qui mesure ; alors se dilatent les lignes et leurs distances. Ainsi en est-il encore sur Nariyamu, pièce du tromboniste dont les beaux espaces infestés de parasites (grésillements, micro contacts…) accueillent des souffles discrets au destin polyphonique. Plusieurs fois imprimée ou déclinée sur tons avoisinants, la note essentielle est le sujet, toujours, pressé / compressé jusqu’à l’obtention de ghost proofs éloquents.

Keith Rowe est ce guitariste qui, accoutumé aux surprises de l’hybride, compose avec une patience électrique un inattendu remarquable. S’il joue encore de drones miniatures et de larsens – sur le Solo with Accompaniment de son ami Cornelius Cardew –, lève mais en retrait des armées de râles à saturation, il offre aussi au sérieux du propos et à la minutie qu’il requiert un accessoire indispensable : la facétie vigilante. Même chose sur Pollock’82 – renvoi inévitable aux abstraits américains, tandis que Malfatti et ses déclinaisons évoqueraient davantage les Prints de Robert Morris. Pollock’82, donc : la ligne électronique envisagée en plus comme alternative aux souffles blancs propulsés en trombone : sous forme de projections multipliées, de battements infinitésimaux et presque incongrus, d’artifices segmentés aux précises expressions. Après coups, le silence encore.

Radu Malfatti et Keith Rowe improvisant : une introduction feignant la mise en place (table d’opération immaculée mais électricité faiblissant) puis l’addition fantastique d’un analgésique à cordes tendues et de feulements / vrombissements / ronflements, tous éléments de phonation d’envergure. Derrière l’horizon, à force de conciliations et de ruptures accordées, deux parallèles qui ne l’étaient donc pas se sont lentement rapproché jusqu'au moment de se fondre. Patiemment, deux langages distingués ont donné naissance à un rare idiome musical dont le symbole est Φ

EN ECOUTE >>> Exact Dimension Without Insistence > Solo with Accompaniment > Nariyamu > Pollock’82 > Improvisation

Radu Malfatti, Keith Rowe : Φ (Erstwhile / Metamkine)
Enregistrement : novembre 2010. Edition : 2011.
CD1 : 01/ Exact Dimension Without Insistence 02/ Solo with Accompaniment – CD2 : 01/ Nariyamu 02/ Pollock’82 – CD3 : 01/ Improvisation (6:18) 02/ Improvisation (46:54)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

5 octobre 2010

Joëlle Léandre, India Cooke : Journey (NoBusiness, 2010)

grislicooke

De Guelph au Mans, on avait pu remarquer la complicité de Joëlle Léandre et d’India Cooke. Deux archets inquiets de libertés qui se retrouvaient en 2008 à Denver, ce dont atteste Journey.

Avec autant d’implication mais en se faisant plus persuasives encore, la contrebassiste et la violoniste accordent leurs manières : vindicatives et invocatoires quand elles ne sont pas métronomiques, lyriques ou minimalistes (le violon, surtout, sous influence). Léandre et Cooke construisent un dialogue moins exubérant que celui que Firedance avait consigné et gagnent ainsi l’une et l’autre en « nouveautés » : subtilités confondantes et acharnement ne se jouant plus seulement dans la force mais aussi dans l’audace. Ainsi il arrive que des voix familières – dans le champ même de l’improvisation – parviennent à dire autrement qu’au moyen d’un vocabulaire su par cœur : et, au risque de surprendre, ravissent davantage.


Joëlle Léandre, India Cooke, Journey V (extrait). Courtesy of NoBusiness.

Joëlle Léandre, India Cooke : Journey (NoBusiness / Instant Jazz)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Journey I 02/ Journey II 03/ Journey III 04/ Journey IV 05/ Journey V 06/ Journey VI
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

10 juillet 2010

Vox Arcana : Aerial Age (Allos Documents, 2010)

voxarcasli

La batterie de Tim Daisy se fait souvent inspirante – et s’étoffe, à en croire une année d’évolution entre Alchemia de Cracovie avec Vandermark 5 (Annular Gift) et Pannonica de Nantes avec The Engines. Le projet Vox Arcana qu’il emmène le prouve la plupart du temps sur Aerial Age.

Parce qu’ici chaque moment est celui d’un temps musical et chaque note de James Falzone (clarinette lasse) ou de Fred Lonberg-Holm (violoncelle revigorant) qui accompagnent non pas cette façon qu’a Daisy de battre la mesure mais ses manières polymorphes d’égrener les secondes renforcent cette impression conjointe de mesure et d’expression. Inspiré ici moins par le jazz (même de chambre) que par l’Ecole de New York et la musique minimaliste, le batteur invente six pièces aléatoires.

Séditieuses pour la plupart, parfois spécieuses – quand il leur arrive d’être complexe parce qu’il en avait été décidé ainsi et non parce que cela était véritablement nécessaire –, celles-ci prennent la forme de fuites expérimentales, de compositions déphasées et puis de chansons découpées nettes. Comme Ken Vandermark, Daisy recourt souvent à l’unisson pour lier le tout : mais non pour faire comme lui œuvre de virulence mais pour caresser de plus petites percussions et feindre un autre genre de blues : celui du citadin intoxiqué de sophistication plongeant loin dans le bois (percussions et marimba) pour revenir à l’essentiel.


Vox Arcana, The Silver Fence. Courtesy of Allos Documents

Vox Arcana : Aerial Age (Allos Documents)
Enregistrement : 7 et 8 janvier 2010. Edition : 2010.
CD : 01/ The Number 7 02/ Blue Space 03/ The Silver Fence 04/ Chi Harp Call in E 05/ Winnemac 06/ White Lines 07/ Chaos 1 08/ Falling
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

30 avril 2010

Sabir Mateen, Frode Gjerstad : Sound Gathering (Not Two, 2010)

soundgrisling

Sur des compositions de Frode Gjerstad, Sound Gathering revient sur la rencontre à New York en 2007 du Norvégien avec Sabir Mateen (saxophones, clarinettes, flûte) et Steve Swell (trombone) auprès de Clif Jackson (contrebasse) et David Gould (batterie).

Passée la première pièce (Air Conditioning) sur laquelle les musiciens se tournent lentement autour, le disque s’impose en grand document de free jazz tardif qui renoue à la fois avec les origines du genre et le développe au son de patiences réfléchies : alors, une piste passe en titre roulant vif puis une autre prône un retour aux sources régénérant pour emprunter les voix en lacets dessinés par les instruments à vent. Steve Swell en invité inattendu du duo annoncé – qui plus est plus que simplement compatible avec celui-ci – ainsi que Jackson et Gould (surtout) en souteneurs charismatiques, transforment la rencontre déjà fructueuse de Frode Gjerstad et Sabir Mateen en manifestation virulente et impérieuse qu'il faudra, elle aussi, aller chercher.

Frode Gjerstad, Sabir Mateen : Sound Gathering (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 2007. Edition : 2010.
CD : 01/ Air Conditioning 02/ Another Beginning 03/ After The Break 04/ Talin’ with David 05/ Sound Gathering 06/ ‘Til the Next Time
Guillaume Belhomme © son du grisli

23 avril 2010

Mats Gustafsson : Swedish Azz - Jazz Pa Svenska (Not Two, 2010)

JazzPaGrisli

On sait la ferveur avec laquelle Mats Gustafsson collectionne les disques vinyles. Pour attester de ce prégnant rapport à la chose ancienne autrement qu’au sein des Diskaholics Anonymous, il anime maintenant un projet qui l'expose auprès de Per-Ake Holmlander (tuba), Erik Carlsson (batterie) et dieb13 (platines) et qui voit paraître aujourd'hui son premier disque. Un vinyle, il va sans dire, dont l’aspect rappelle celui de plus anciens (diamètre inférieur aux 33 tours communs et rond central d'un bordeaux « voix de son maître ») et qui célèbre le répertoire de deux Suédois occupés hier par le jazz : Lars Werner (1934-1992) et Lars Gullin (1928-1976).

Trois titres, alors : Drottningholm Ballad (Werner), servie sur swing old school par Gustafsson (alto) et Holmlander à l’unisson avant qu’en soit extrait un motif – de ceux dont se servait Komeda pour imposer son art – qui finira par s’effacer au profit d’une plage d’électrobruitiste commandée par le même Gustafsson (live electronics) ; Danny’s Dream et Silhouette (Gullin), ensuite : ce dernier titre passant, lui, de râles expérimentaux en mélodie déposée par Gustafsson (baryton) pour retrouver l’inquiétude née de l’alliance de boucles et d’autres parasites sur un investissement de dieb13. L'ensemble, mené avec subtilité, plaide en faveur de la poursuite du projet et donc d'autres airs anciens réinventés.

Swedish Azz : Jazz På Svenska (Not Two / Instant Jazz)
Edition : 2010.
LP : A01/ Drottningholm Ballad A02/ Danny’s Dream B01/ Silhouette
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

7 avril 2010

Jacques Coursil : Trail of Tears (Emarcy, 2010)

trailofslears

« Je joue les choses pour que les gens réentendent le bruit du monde. Je joue le cri du monde. Je ne l’ai pas inventé : je suis l’écho de ça. Et je pense que quand on entend le cri du monde, on se reconnaît assez bien dans ma musique. »

Entre 1965 et 1975, Jacques Coursil vit et joue à New York, en pleine effervescence free jazz. Puis il se retire du monde de la musique pour revenir à ses autres passions : la linguistique et la poésie, et s’installe en Martinique. En 2005, le trompettiste décide de relayer à nouveau ce « cri du monde » et Trail of Tears est le troisième disque du revenant. Si le précédent, Clameurs, se faisait l’écho des luttes des esclaves pour la liberté et l’affirmation de la négritude, celui-ci évoque le combat perdu des indiens d’Amérique. Le disque se clôt sur un sidérant Tahlequah, capitale de la nation Cherokee, « sentier des larmes » qui fut le théâtre en 1838 de la déportation de 16000 indiens de Géorgie en Oklahoma, dont 4 000 périrent en route.

Outre la préoccupation de Coursil pour les peuples sacrifiés, ce disque semble concentrer tout l’art du trompettiste. Ce qui marque tout d’abord, c’est sa technique : respiration circulaire, coups de langue, son embrumé dans la lignée d’un Miles Davis, qui concourent à imposer une voix singulière, sans réelle ascendance, ni descendance. Ici, deux groupes sont convoqués. Le premier inclut des musiciens déjà présents sur Clameurs, Jeff Baillard (claviers et arrangements) et Alex Bernard (contrebasse), et développe une musique ample et étale, sur laquelle la trompette de Coursil se pose puis glisse avec majesté. La deuxième formation n’est pas sans rappeler les débuts agités et new yorkais du musicien, et nous offre la présence des grands vétérans Sunny Murray (batterie) et Alan Silva (contrebasse) : la musique y est plus accidentée et sinueuse.

Toute destinée humaine comprend moments de paix et de plénitude comme crises, incertitudes et chaos ; la narration musicale de Jacques Coursil est à l’avenant. Dans les moments de sérénité, la menace guette cependant et c’est au cœur du chaos que l’apaisement surgit soudain. C’est un grand disque que nous offre Jacques Coursil, dont la respiration intime se règle sur le pouls du monde.

Jacques Coursil : Trail of Tears (Emarcy / Amazon)
Edition : 2010.
CD : 01/ Nunna Daul Sunyi 02/ Tagaloo, Georgia 03/ Tahlequah, Oklahoma 04/ The Removal (Act I) 05/ The Removal (Act II) 06/ Gorée 07/ The Middle Passage
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

25 février 2010

L’Ocelle Mare : Engourdissement (Souterrains-Refuges, 2010)

ocellesli

Avec Engourdissement, les penchants de L'Ocelle Mare (soit : ceux de Thomas Bonvalet) ne sont plus seulement acoustiques, plus simplement bruts, plus effrontément directs.

Une autre syncope, d’abord, pour tout Engourdissement. Et puis des ombres planent au son d’un bout de phrase de banjo touché à peine, d’un harmonica haché menu puis distribué à gauche et à droite, d’un piano carcasse à l’éventail de deux notes, de râles venues de créatures qui n’existent que pour Bonvalet – même s’il doit être en mesure de prouver leur existence à coups de preuves sonores retenues sur cassettes.

L’ensemble est court – découpé pourquoi ? –, vaporeux et entêtant, d’autant qu’il ne se laisse pas facilement saisir. La musique d’un transport entre le cœur et les poumons commandé par quelques chocs internes (les derniers, que l’on partage) et il est déjà l’heure de l’accord de piano qui résonne et conclut l’expérience. Plus abstraite que celles rendues jadis par L'Ocelle Mare ; plus intense aussi.

L’Ocelle Mare : Engourdissement (Souterrains-Refuges / Orkhêstra International)
Edition : 2009.
CD : 01-09/ Engourdissement
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

ic

L'Ocelle Mare donnera un concert ce lundi 1er mars aux Instants Chavirés (Montreuil). Au programme le même soir : Radikal Satan et Api Uiz.

8 février 2010

FOURM, Shinkei, Luigi Turra : Clean Forms (Dragon’Eye Recordings, 2009)

grisliforms

BG Nichols (aka FOURM), David Sani (aka Shinkei) et Luigi Turra présentent sur Clean Forms un travail sonore chacun, qu'ils dédient à des plasticiens chéris.

L'art qui est célébré ici est un art abstrait illustré par les compositions des trois musiciens : des lignes blanches déposées sur des partitions métalliques de la part de FOURM, des craquements électroniques et des enregistrements de la nature encadrés par Shinkei, des dessins à l'encre sympathique pour Luigi Turra. Minimaliste et pastel, la réunion d'artistes produit sans projeter de manifeste commun, et c'est de cette manière qu'elle arrive à séduire.

FOURM, Shinkei, Luigi Turra : Clean Forms (Dragon’Eye Recordings)
CD-R : 01/ FOURM : Seagram Series (for mark Rothko) 02/ Shinkei : Nokori (for Ken Nakazawa) 03/ Luigi Turra : Alluminium Zinc
Edition : 2009. 
Pierre Cécile © Le son du grisli

12 janvier 2010

Rob Young : The Wire Primers : A Guide to Modern Music (Verso, 2009)

wiresli

L’une des rubriques phares du magazine Wire recense les disques essentiels d’un groupe ou d’un genre musical. The Primer (son nom) fait aujourd’hui l’objet d’un livre : The Wire Primers : A Guide to Modern Music.

Quatre grands thèmes découpent cette compilation d’articles et permet à Rob Young, son concepteur, de distribuer les musiciens :  Avant-Rock (Captain Beefhart ou The Fall se retrouvent là, mais aussi Sonic Youth et Zappa ou des dossiers consacrés à la Noise avec Sudden Infant, Merzbow et John Wiese, ou au tropicalisme – un bémol pour le contenu de celui-ci) ; Funk, Hip Hop & Beyond (de James Brown à Fela Kuti en allant jusqu’à aborder le turntablism de Grand Zero) ; Jazz & Improv (d’Ornette à Sun Ra pour le premier et de l’AMM à Derek Bailey pour le second) ; Modern Composition, pour finir (John Cage et Morton Feldman, Pierre Henry, Pierre Schaeffer, François Bayle, Karlheinz Stockhausen et Iannis Xenakis).

Les méthodes des journalistes de Wire ne sont plus à présenter : les chroniques (toutes très accessibles s’il nous est donné de lire l’anglais) se succèdent après une brève présentation ou un recadrage « historique ». A la fois ouvrage de vulgarisation et guide de curiosités musicales, The Wire Primers : A Guide to Modern Music va permettre aux amateurs du journal d’arrêter de tenir ce carnet dans lequel étaient classés par ordre alphabétique les noms de groupes auxquels étaient accolés les numéros de revues et de pages les concernant. Quoi que... On peut encore trouver du plaisir à ce genre de loisir...

Rob Young : The Wire Primers A Guide to Modern Music (Verso)

Edition : 2009.

Pierre Cécile © Le son du grisli

26 décembre 2009

John Cage : Sculptures musicales (Ogreogress, 2008)

ogregrisless

Sous l’impulsion du percussionniste Glenn Freeman, quatre pièces tardives de John Cage refont ici surface, servies par les savoirs-faires de Freeman lui-même et de Christina Fong (violon), Karen Krummel (violoncelle) et Michael Crawford (contrebasse), et puis ceux des vents de l’Orchestre de Prague et du Chance Operations Collective.

En exergue, une citation du compositeur affirme qu’aujourd’hui le silence a presque partout le bruit du trafic. Les quatre compositions, de révéler de manière assez surprenante la place grandissante faite au bruit par John Cage à la fin de sa vie. Aller entendre ainsi des sculptures musicales qui font toute la place aux injonctions de souffles grandioses puis à de grandes plages de silence, portées d’abord par un art percussif frôlant l’indus, rattrapées ensuite par les remous provoqués par une section de cordes en déroute puis en perdition.

Mais le silence, encore et enfin, pour tout salut : l’Orchestre de Prague qui sert le projet de Glenn Freeman s’en tient là : chassé par des vents contraires, voit emmenées ses dissonances et la fureur adéquate au propos de Cage dont il aura bercé les dernières et grandiloquentes illusions. 

John Cage : Sculptures musicales… (OgreOgress)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
DVD Audio : 01/ Sculptures musicales 02/ Twenty-Six with Twenty-Eight 03/ Twenty-Six with Twenty-Eight & Twenty-Nine 04/ Eighty
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

10 septembre 2009

Franz Koglmann : Lo-lee-ta, Music on Nabokov (Col Legno, 2009)

lo_lee_sli

D’Auster à Joyce, on ne compte plus les rencontres manquées entre littérature et jazz – et tout particulièrement lorsqu’elles se fondent davantage sur une « inspiration » (ou un vague fumet ; et avec la matière romanesque, le risque semble encore plus grand qu’avec la forme poétique) que sur un véritable corps à corps, voire une étreinte syllabique (on passe alors parfois de la déjà rare jazzpoetry ou litt-jazz à un lit-jazz, littéralement « allumé », pour reprendre le mot de Steve Lacy).

Franz Koglmann* (trompette, bugle) réussit néanmoins ici à trouver la bonne distance en prenant précisément ses distances avec le prétexte (il l’avait déjà brillamment fait dans le chambriste et décalé About Yesterdays Ezzthetics de 1987, pour Hat ART, « about » George Russell, Irving Berlin ou Jerome Kern, comme ce Lo-lee-ta est « on » Vladimir Nabokov) : c’est tout un art du détachement, d’un certain désenchantement et du maintien du lien par l’intention…

Laisser tourner plusieurs fois cet enregistrement permet d’en libérer l’arôme qui reste léger, brumisé comme ces brouillards d’embouchure dont Koglmannn a le secret. En quatorze morceaux brefs – six duos avec Wolfgang Mitterer (piano, electronics) s’intercalant dans les huit pièces du Monoblue Quartet : FK, Tony Coe (clarinette, saxophone alto), Ed Renshaw (guitare), Peter Herbert (contrebasse) – et autant de petits pas de danse, saynètes et entrelacs, l’a priori de l’auditeur dubitatif peut être levé.


* Portrait de Franz Koglmann

Franz Koglmann : Lo-lee-ta, Music on Nabokov (Col Legno / Amazon)
CD : 01/ Love Theme from Lolita 02/ Hereafter n°1 03/ Montreux Palace 04/ Hereafter n°2 05/ A Day’s Work 06/ Hereafter n°3 07/ Ada and Van 08/ Vadim Vadimovich N. 09/ Hereafter n°4 10/ Laura 11/ Hereafter n°5 12/ Just half a Shade 13/ Hereafter n°6 14/ Martha Dreyer
Edition : 2009.
Guillaume Tarche © Le son du grisli

9 septembre 2009

Seth Nehil : Flock & Tumble (Sonoris, 2009)

sethgrislil

Artiste sonore entendu notamment aux côtés de Michael Nortam ou Brendan Murray, Seth Nehil donne sur Flock & Tumble un aperçu de sa pratique musicale en solitaire.

Diverse, celle-ci : qui combine fields recordings et élans percussifs jetés en d’étranges paysages intérieurs (Tew), oppose des voix blanches à d'éloquents silences (Whuilp) ou impose à ces mêmes voix une inconstance capable d’anéantir tout vocabulaire (The Sun) ; pour se faire ailleurs moins obscur : larsen et superpositions de notes longues obéissant à une ligne presque claire (Tew 2) ou rafale de percussions aux dégâts changés en fiers éléments d’esthétique (Blackhole).

Ainsi, la musique expérimentale de Nehil se rapproche en certains endroits de celle de Gunther Rabl (Plait pour tout exemple, sur lequel Nehil brille en terrible animateur de bruits) pour aller voir ailleurs du côté d’une ambient ténébreuse ou d’un bruitisme sournois. Le grand mérite de Seth Nehil, étant de savoir convaincre quel que soit le domaine qu’il investit.


Seth Nehil, Blackhole (extrait). Courtesy of Sonoris.

Seth Nehil : Flock & Tumble (Sonoris / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Tew 02/ Whuilp 03/ Plait 04/ Tew 2 05/ Grave 06/ The Sun 07/ Blackhole
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

30 juin 2009

Discographie de Dave Rempis

rempisdisc2

Dave_Rempis_Quartet___Out_Of_SeasonDave Rempis Quartet : Out Of Season
Label: 482 Music / Cat. #: 482-1021
Format: CD
Release date: 2004



Dave_Rempis___Tim_Daisy___Back_To_The_CircleDave Rempis & Tim Daisy : Back To The Circle
Label: Okka Disk / Cat. #: ODL10008
Format: CD
Release date: 2005




As The Rempis Percussion Quartet (w/ Tim Daisy, Anton Hatwick, Frank Rosaly)

circularlogicCircular Logic
Label: Utech Records . Cat. #: UR-011
Format: CD-R
Release date: 2005



The_Rempis_Percussion_Quartet___Rip_Tear_CrunchRip Tear Crunch
Label: 482 Music / Cat. #: 482-1046
Format: CD
Release date: 2006



The_Rempis_Percussion_Quartet___Hunter_GatherersHunter-Gatherers
Label: 482 Music / Cat. #: 482-1056
Format: CD
Release date: 2007



The_Rempis_Percussion_Quartet___The_Disappointment_Of_ParsleyThe Disappointment Of Parsley
Label: Not Two Records/ Cat. #: MW 811-2
Format: CD
Release date: 2009




As Triage (w/ Jason Ajemian, Tim Daisy)


Triage___Premium_PlasticPremium Plastics
Label: Solitaire Records / Cat. #: SR003
Format: CD
Release date: 2001



Triage___Twenty_Minute_CliffTwenty Minute Cliff
Label: Okka Disk / Cat. #: OD12045
Format: CD
Release date: 2003



Triage___American_MythologyAmerican Mythology
Label: Okka Disk / Cat. #: OD12052
Format: CD
Release date: 2004



staggerStagger
Label: Utech Records / Cat. #: UR-031
Format: 2xCD-R
Release date: 2006




As The Vandermark 5

The_Vandermark_5___SimpaticoSimpatico
(w/ Jeb Bishop, Kent Kessler, Tim Mulvenna, Ken Vandermark)
Label: Atavistic / Cat. #: ALP107CD
Format: CD
Release date: 1999


burn_20the_20incline_125Burn The Incline
(w/ Jeb Bishop, Kent Kessler, Tim Mulvenna, Ken Vandermark)
Label: Atavistic / Cat. #: ALP121CD
Format: CD
Release date: 2000


acoustic_20machine_125Acoustic Machine
(w/ Jeb Bishop, Kent Kessler, Tim Mulvenna, Ken Vandermark)
Label: Atavistic / Cat. #: ALP128CD
Format: CD
Release date: 2001


free_20jazz_20classic_201_20__202_125Free Jazz Classics Vols. 1 & 2
(w/ Jeb Bishop, Kent Kessler, Tim Mulvenna, Ken Vandermark)
Label: Atavistic / Cat. #: ALP137CD
Format: 2xCD
Release date: 2001


The_Vandermark_5___Airports_For_LightAirports For Light
(w/ Jeb Bishop, Tim Daisy, Kent Kessler, Ken Vandermark)
Label: Atavistic / Cat. #: ALP140CD
Format: CD
Release date: 2003


elements_20of_20style_125Elements Of Style, Exercises In Surprise
(w/ Jeb Bishop, Tim Daisy, Kent Kessler, Ken Vandermark)
Label: Atavistic / Cat. #: ALP150CD
Format: CD
Release date: 2004


color_20of_20memory_125The Color Of Memory
(w/ Jeb Bishop, Tim Daisy, Kent Kessler, Ken Vandermark)
Label: Atavistic/ Cat. #: ALP166CD
Format: 2xCD
Release date: 2005


free_20jazz_20classic_203_20__204_125Free Jazz Classics Vols. 3 & 4
(w/ Jeb Bishop, Tim Daisy, Kent Kessler, Ken Vandermark)
Label: Atavistic/ Cat. #: ALP170CD
Format: 2xCD
Release date: 2005


The_Vandermark_5___AlchemiaAlchemia
(w/ Jeb Bishop, Tim Daisy, Kent Kessler, Bartlomiej Brat Oles, Marcin Oles, Ken Vandermark)
Label: Not Two Records / Cat. #: MW 750-2
Format: 12xCD
Release date: 2005

eehA Discontinuous Line
(w/ Tim Daisy, Kent Kessler, Fredrick Lonberg-Holm, Ken Vandermark)
Label: Atavistic/ Cat. #: ALP173CD
Format: CD
Release date: 2006


four_20side_20to_20the_20story_125Four Sides To The Story
(w/ Tim Daisy, Kent Kessler, Fredrick Lonberg-Holm, Ken Vandermark)
Label: Not Two Records/ Cat. #: MW 775-1
Format: LP
Release date: 2006


The_Vandermark_5___Beat_ReaderBeat Reader
(w/ Tim Daisy, Kent Kessler, Fredrick Lonberg-Holm, Ken Vandermark)
Label: Atavistic / Cat. #: ALP184CD
Format: CD
Release date: 2008



As Territory Band 

transatlantic_20bridge_125Territory Band 1 : Transatlantic Bridge
w/ Jim Baker, Jeb Bishop, Axel Dörner, Kent Kessler, Fred Lonberg-Holm, Paul Lytton, Tim Mulvenna, Ken Vandermark
Label: Okka Disk / Cat. #: OD12040
Format: CD
Release date: 2000

atlas_125Territory Band 2 : Atlas
w/ Jim Baker, Jeb Bishop, Axel Dörner, Kevin Drumm, Per-Ake Holmlander, Kent Kessler, Fred Lonberg-Holm, Paul Lytton, Fredrik Ljungkvist , Tim Mulvenna, Ken Vandermark
Label: Okka Disk / Cat. #: OD12050
Format: CD
Release date: 2002

map_20theory_125Territory Band 3 : Map Theory
w/ Jim Baker, Jeb Bishop, Axel Dörner, Kevin Drumm, Per-Ake Holmlander, Kent Kessler, Fred Lonberg-Holm, Paul Lytton, Fredrik Ljungkvist , Paal Nilssen-Love, Ken Vandermark
Label: Okka Disk / Cat. #: OD12060
Format: 2xCD
Release date: 2004

company_20switch_125Territory Band 4 : Company Switch
w/ Jim Baker, Jeb Bishop, Axel Dörner, Kent Kessler, Fred Lonberg-Holm, Paul Lytton, Fredrik Ljungkvist , Lasse Marhaug, Paal Nilssen-Love, Ken Vandermark
Label: Okka Disk / Cat. #: OD12070
Format: 2xCD
Release date: 2005

new_20horse_20for_20the_20white_20house_125Territory Band 5 : New Horse For The White House
w/ Jim Baker, Johannes Bauer, Axel Dörner, Per-Ake Holmlander, Kent Kessler, Fred Lonberg-Holm, Paul Lytton, Fredrik Ljungkvist , Lasse Marhaug, Paal Nilssen-Love, Ken Vandermark
Label: Okka Disk / Cat. #: OD12080
Format: 3xCD
Release date: 2006

collide_125Territory Band 6 with Fred Anderson : Collide
w/ Fred Anderson, Jim Baker, Axel Dörner, Per-Ake Holmlander, Kent Kessler, Fred Lonberg-Holm, Paul Lytton, Fredrik Ljungkvist , Lasse Marhaug, Paal Nilssen-Love, David Stackenäs, Ken Vandermark
Label: Okka Disk / Cat. #: OD12090
Format: CD
Release date: 2007

As The Engines (w/ Jeb Bishop, Tim Daisy, Nate McBride)

The_Engines___The_EnginesThe Engines
Label: Okka Disk / Cat. #: OD12057
Format: CD
Release date: 2007




Appears on

borIngebrigt Håker Flaten Quintet : The Year Of The Boar
Label: Jazzland / Cat. #: 1761764
Format: CD
Release date: 2008



Ken_Vandermark___ResonanceKen Vandermark : Resonance
Label: Not Two Records / Cat. #: MW 800-1
Format: LP
Release date: 2008




Tracks appear on

2018VV.AA. - CHICAGO 2018... It's Gonna Change
as Ken Vandermark 5
Label: Clearspot / Cat. #: cs031
Format: 2xCD, 2xLP
Release date: 2000
track: Distance

VVVV.AA. - Morton Feldman Jazz Tributes
Label: Villars Edition / Cat. #: ve01
Format: CD
Release date: 2004
track: Ken Vandermark - Hbf 1

9 juin 2009

Soft Machine : Third (Columbia, 1970)

SoftMachineThird

While it is difficult (impossible?) to choose one's favorite record - I do have my desert island list - one of my faves and most important records was Soft Machine Third. And this almost goes beyond just the amazing music. I remember seeing the ad for this LP in probably Downbeat in 1970 when it came out sitting waiting for my guitar lesson (my teacher was more a jazz guy) - and just being oddly attracted to the record. Sadly I did not actually buy the record for another few years. This also is chose as the record to write about that I have been recently listening in close succession to some of the live Soft Machine releases (mostly on Cuneiform) that have the various different lineups (quartet, quintet, septet) playing the works from that LP. It was quite an interesting take that the Softs kept approaching those pieces with live - I couldn't get this almost funky, metalish Hugh Hopper bass line on (I think it was live on BBC recording) Facelift. And then some of the horn parts integrated. Ok - enough - this record as they say is the shit (le merde?).

Soft Machine : Third (Columbia)
Enregistrement : 1970. Edition : 1970
CD : 01/ Facelift 02/ Slightly All the Time 03/ Moon in June 04/ Out Bloody Rageous
Al Margolis © Le son du grisli

favegrisliMusicien américain, Al Margolis anime notamment le projet If, Bwana et dirige le label Pogus. Favorite Encores est son dernier disque paru à ce jour. 

 

Newsletter