eRikm, Michel Doneda : Razime (Monotype, 2012) / eRikm, Norbert Möslang : Stodgy (Mikroton, 2011)

La collaboration date de mars 2009 : concert qui peint Michel Doneda et eRikm en musiciens-inventeurs souvent empêchés par des trucs et astuces de représentation. Alors, à l’intérieur du soprano, un souffle passe puis une note tremble, dont eRikm teste la résistance aux perturbations de toutes sortes (parasites, scratchs, samples…) et de diverses qualités.
Certes, ses interventions pullulent et son implication est nette, mais eRikm confond là vitesse et précipitation. Si le catalogue dans lequel il se sert est celui d’artifices souvent datés, il peut néanmoins receler des surprises : ainsi arrive-t-il qu’un grave nourri avec patience tombe à point contre un souffle descendant : le duo se reprend alors, et temporise avec ingéniosité (sur Rain).
Après quoi, la folie reprend, ainsi que le spectacle léger d’un petit théâtre expérimental d'allure : un morceau d’émission sportive captée par la radio de Doneda, d’autres souffles en peine, et l’attention s’endort. L’incandescence n’est pas toujours promesse de flamme.
EN ECOUTE >>> Rain
eRikm, Michel Doneda : Razime (Monotype)
Enregistrement : mars 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Raz 02/ Rain 03/ Azine
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
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Avec Norbert Möslang – aux cracked everyday-electronics, comme jadis en Voice Crack et, avec eRikm déjà, en poire_z –, guère mieux. Collection d’enregistrements datant de 2002 à 2005, Stodgy enfile ainsi trois pièces électroniques furieuses : à la réécoute, plus folâtres que fertiles. L’ardeur du dialogue, fracassante, aurait-elle amputé un peu de la réflexion ? Des étincelles encore, mais de flamme toujours pas.
eRikm, Norbert Möslang : Stodgy (Mikroton)
Enregistrement : 2002-2005. Edition : 2011.
CD : 01/ Stinger 02/ Aérolithe 03/ Micelle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Doneda, Kocher, Schiller : /// grape skin (Another Timbre, 2011) / Doneda, Kocher : Action mécanique (Flexion, 2011)

Le 23 juin 2010, Michel Doneda improvisa en compagnie de l’accordéoniste Jonas Kocher et du joueur d’épinette Christoph Schiller.
Ainsi ///grape skin conserve-t-il le souvenir de cette réunion : consigne des lignes sinueuses s’emmêlant et des bruits qui tournent en satellites au-dessus de l’association. A force de mouvements, ce sont deux membranes qui sont ici créées. La première adopte la ligne d’un chant monacal et, sur le cadre de l’instrument à cordes, dépose les longs aigus de sopranos et les graves tenaces de l’accordéon. La seconde est faite de moments différents intelligemment imbriqués : l’homme y scie ou y souffle, y affirme ou y tremble, dans des instruments qu’il a voulu d’un autre âge (c'est à dire en avance sur son temps). De ces deux membranes de formes différentes filtrent alors cet ouvrage de cohérence, cette affaire d’osmose qu’est ///grape skin.
EN ECOUTE >>> /// grape skin (extrait)
Michel Doneda, Jonas Kocher, Christoph Schiller : ///grape skin (Another Timbre / Metamkine)
Enregistrement : 23 juin 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ First Membrane 02/ Second Membrane
Guillaume Belhomme © le son du grisli

D’un concert donné à Sofia un peu plus tôt (27 novembre 2009), Doneda et Kocher ramenèrent de quoi permettre au second d’inaugurer le catalogue de son propre label, Flexion. Sur cet Action mécanique, le duo va, toujours dans l’urgence, de paraphrases en déconstructions. Fait d’interventions brèves, le dialogue gagne en rondeurs au point de rassurer Doneda qui laissera en conséquence libre cours à une invention plus individualiste. Le changement de cap, d’augmenter et même de compléter cet autre exercice d'improvisation convaincante.
EN ECOUTE >>> Action mécanique (extrait)
Michel Doneda, Jonas Kocher : Action mécanique (Flexion / Metamkine)
Enregistrement : 27 novembre 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Action mécanique
Guillaume Belhomme © le son du grisli
Alessandra Rombolá, Michel Doneda : Overdeveloped Pigeons (Con-V, 2011)

L’une et l’autre avaient signé jadis un solo sur le label Sillon. Aujourd’hui (en fait 20 avril 2008), ils se penchent ensemble sur le cas d’Overdeveloped Pigeons.
Alessandra Rombolá (flûtes et objets) et Michel Doneda (saxophones soprano et sopranino, radio, objets) partis donc à la découverte d’oiseaux rares dont le souffle fait l’élan : volatiles plaintifs, expressifs voire disant, ou gibier plus commun qui, s’il ne joue pas un peu les surdéveloppés bravaches, s’en fait oublier d’autant. En guise de chants, qui se succèdent semble-t-il selon le développement artificiel de ladite espèce (de fragments de pigeons en pigeons gonflés à bloc) : respirations en partage, sifflements hauts et râles confondants, notes enquillées par la flûte et déraillements du soprano, et même quelques coups de plumes portés à des objets – lorsque ceux-ci ne sont pas plutôt traînés à terre.
C’est d’ailleurs au son des plaintes de ces choses que le duo maltraite qu’il lui arrive de gagner en originalité : pour cela – condition sine qua none ? – il aura dû perdre en assurance.
Alessandra Rombolá, Michel Doneda : Overdeveloped Pigeons (Con-V)
Enregistrement : 20 avril 2008. Edition : 2011.
CD : 01/ O.V. 02/ E.R. 03/ D.E.V. 04/ P.I.G.E. 05/ O.N.S.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Tatsuya Nakatani, Michel Doneda : White Stone Black Lamp (Kobo, 2011)

Escorté de deux autres enregistrements – avec Rombola sur le label Con-V ; en compagnie de Kocher & Schiller chez Another Timbre – publiés en ce printemps et qui témoignent de l’activité de Michel Doneda (saxophones soprano & sopranino), ce disque gravé en septembre 2007 avec Tatsuya Nakatani (percussion) est une véritable aventure.
Aventure de matières, de son, d’écoute ; aventure de haute énergie, de haute altitude, de haute attitude ; aventure distincte de celle que les musiciens ont commencé à dessiner avec Jack Wright sur les deux disques de From Between ; aventure qui ne ramène pas plus au duo du souffleur avec Lê Quan Ninh, qu’à celui du percussionniste avec Assif Tsahar…
Aventure donc, d’un engagement complet dans une action d’une corporéité et d’un raffinement inouïs : scories dont il faut se défaire, crachées dans la dépense, dans les déboulés, jusqu’à l’acide, métaux et grandes peaux dont Nakatani use en leviers rauques, bien raclés, primordiaux. On s’épaule, on se fraie un passage ; agile, on se tient dans le sillage l’un de l’autre ou l’on s’écarte, attentif, disponible, actif, élargissant ces espaces mentaux, physiques, vibrants, où l’auditeur a sa place.
Tastuya Nakatani, Michel Doneda : White Stone Black Lamp (Kobo)
Enregistrement : 2007. Edition : 2011.
CD : 01/ You Come with All the Insects 02/ Circle Lamp 03/ Butterfly Hesitant 04/ Fagot 05/ Moon Is A Nail 06/ The Bee Is Short
Guillaume Tarche © le son du grisli
Michel Doneda : Kirme, The Cigar That Talks, Fragment of the Cadastre, Miettes


Michel Doneda, Taavi Kerikmäe : Kirme (Improtest, 2010)
La première moitié de ce disque offre trois pièces gravées en studio (2008) par le sopraniste en compagnie du pianiste estonien Kerikmäe : une belle tension s’y accumule, riche d’insectes, avant de trouver à s’épancher en concert (2009), dans la seconde partie. Les deux hommes, les mains dans le son, auscultant les viscères d’un piano de précision, interrogeant le creux actif du saxophone, se meuvent sans obstruction, le long de filons d’énergie. Une aventureuse tannerie de sonorités.

Michel Doneda, John Russell, Roger Turner : The Cigar That Talks (Collection PiedNu, 2010)
Fort bien enregistré, ce trio intriqué commence par fureter assez longuement dans les échardes anglaises et récolte de douces éraflures ; les escarbilles montent ensuite et c’est aiguillonné par leurs bouffées qu’on traverse de splendides buissons électrisés, ardents, et de fins rideaux d’herbes bruissantes. Un groupe extrêmement vivant, détenteur d’un « élémentaire sonore » qu’on aimerait aussi écouter en plein air ! Quant au cigare qui parle… Smoke it !

Michel Doneda, Rhodri Davies, Louisa Martin, Phil Minton, Lee Patterson : Fragment of the Cadastre (Another Timbre, 2010)
Capté à Leeds la veille de l’enregistrement de Midhopestones (par les mêmes musiciens et pour le même label), ce précieux live – tiré à 150 exemplaires – rend compte de la première réunion d’un quintet fascinant. Dès les premiers instants se déploie, tissée et vibrante, une longue poésie nocturne… Somptueuse musique onirique, contrôlée et respirable, habitée !

Michel Doneda : Miettes (Mômeludies, 2010)
Recueillies durant plusieurs années par le travailleur du son (« égratignure faite dans l’air ») qu’est Doneda, ces miettes ne constituent pas un pain : réflexions articulées ou bribes aphoristiques, elles témoignent d’une pensée et d’une pratique vives. Eclairantes, troublantes, elles résonnent, s’oublient puis reviennent, accompagnant le lecteur, l’auditeur, le musicien. « Les sons que nous improvisons sont des totems de paille, de brindilles ramassées ici et très loin. »
Michel Doneda, Olivier Toulemonde, Nicolas Desmarchelier : Le terrier (Monotype, 2009)

Après les Dos d’ânes dernièrement parus chez Ronda, on pouvait se demander à quel type de relief Michel Doneda (saxophones soprano & sopranino) s’attacherait dans Le Terrier, entouré d’Olivier Toulemonde (objets amplifiés) et de Nicolas Desmarchelier (guitare)…
Succédant à l’enregistrement de l’hiver 2002 intitulé Revermont (pour le label Ektic), cette session du printemps 2005 a été captée à Vandœuvre ; filons affleurant puis courant sous la surface, les sons y sourdent du sol, rauques, libérés de leur gangue par la lame d’une fine bêche. Les jonctions se faisant, un maillage délicat se développe : de galerie en galerie, c’est tout un réseau de feulements (de l’effrangé jusqu’à la pleine densité) que ces travailleurs du son – Héphaïstos minuscules, sapeurs micro-chtoniens – inventent. Pareil exercice appelle une écoute intégrale (dévouée) et délivre, d’instant en instant, une expérience passionnante.
Michel Doneda, Olivier Toulemonde, Nicolas Desmarchelier : Le terrier (Monotype)
Enregistrement : 2005. Edition : 2009.
CD : 01/ Galerie 1 02/ Galerie 2 03/ Galerie 3 04/ Galerie 4 05/ Galerie 5 06/ Galerie 6 07/ Galerie 7
Guillaume Tarche © Le son du grisli
Jérôme Noetinger, Michel Doneda, eRikm : Dos d'ânes (Ronda, 2009)

Ça ripe, ça zappe, ça zippe et ça dérape : dans cette « réorganisation » (pour le support phonographique) d’extraits de concerts donnés sur différentes scènes françaises en 2007, Michel Doneda (saxophones soprano & sopranino), eRikm (CD-J, electronics) et Jérôme Noetinger (dispositif électroacoustique) déploient un bruissant gymkhana sans esbroufe et, pour être tout à fait franc, une grosse ambiance s’en dégage !
Point celle de baston touffue que souffleur et platiniste développèrent avec Montera il y a dix ans pour le disque intitulé Not (label Victo), ni celle d’abrasion rotative créée par Noetinger et eRikm dans leur disque paru chez Erstwhile ; plutôt celle d’un riche carnet de voyage… On est sur la route, voies rapides texturées d’enrobé drainant, nuées d’éphémères dans les phares, départementales défoncées de nids-de-poule ; braque, vire, contourne, saute : dos-d’âne(s) – en désordre dans le coffre, c’est l’anagramme de Doneda… Ça injecte, ça pulse, ça crisse, ça déjante !
Jérôme Noetinger, Michel Doneda, eRikm, Nervures (extrait). Courtesy of Ronda.
Jérôme Noetinger, Michel Doneda, eRikm : Dos d'ânes (Ronda / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Dos d’ânes : grandeur nature 02/ Il fait nuit dans la tête 03/ Nervures
Guillaume Tarche © Le son du grisli
Rhodri Davies, Michel Doneda, Louisa Martin, Phil Minton, Lee Patterson : Midhopestones (Another Timbre, 2009)

J’aime beaucoup, dans la langue anglaise, le mot « pace » qui désigne à la fois une allure, une sorte de pas ou de pouls, comme le pacemaker l’entend – littéral « faiseur d’allure » – et je trouve à ce disque certaines de ces qualités : mesure, flux, ressac. Au-delà, il est même un véritable réinventeur ou redimensionneur d’espace, il laisse une sorte de creux dans l’air, un sillage, un halo persistant dans son évanouissement.
En une heure et quatre pièces délicates mais toujours consistantes, Rhodri Davies (harpes), Michel Doneda (saxophone soprano – anche de sable & branchies rouges), Louisa Martin (laptop), Phil Minton (voix – qui trouve ici une place utilement discrète) et Lee Patterson (objets amplifiés) tirent de longues gerbes de fuseaux frissonnant vers un plateau quasiment pastoral – bien que l’enregistrement ait eu lieu dans une église près de Sheffield, début janvier 2009 – de petites sonnailles et de bourdons voletant. Un continuum organique, impeccablement cardé (non pas rempli mais densément ondulatoire, riche de crépitements fondus), crêpé, souvenir cornant à peine, en lambeaux, dans les brumes. Une pépite de plus pour le label !
Davies, Doneda, Martin, Minton, Patterson, Midhopestones. Courtesy of Another Timbre.
Rhodri Davies, Michel Doneda, Louisa Martin, Phil Minton, Lee Patterson : Midhopestones (Another Timbre)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Strines 02/ Crow Edge 06/ Wharncliffe Side 04/ Deepcar
Guillaume Tarche © Le son du grisli
From Between : No Stranger to Air (Sprout, 2006)

Profitant d'un concert donné le 1er Mars 2005 au Havre, From Between - trio formé par les saxophonistes Jack Wright et Michel Doneda, et le batteur Tatsuya Nakatani - expose sur No Stranger to Air l'actualité de sa pratique de l'improvisation.
Forcément expérimentale, au regard des personnalités présentes et de ce qu'elles ont déjà prouvé dans le domaine. Pas extrême, toutefois. Toujours, les coups vifs portés par le batteur et les plaintes polyformes sorties des saxophones surgissent d'une mesure imposée par l'expérience. Distribuant les souffles courts et les grincements, investis souvent dans l'élaboration des sifflements, Doneda (au soprano et sopranino) et Wright (au soprano et à l'alto) insinuent des parallèles le plus souvent aigus, et subitement déviés dans l'espoir de provoquer des rencontres à propos.
Interrogeant la retenue nécessaire lorsqu'il s'agit d'aborder l'improvisation expérimentale, le trio est aussi capable de suivre la voie d'une forme musicale moins opaque - Nakatani réussissant à convaincre les saxophonistes de respecter, l'espace d'une à deux minutes, le rythme qu'il dépose sur tom bas. Souvenir d'un concert convaincant, No Stranger to Air expose avec délicatesse une musique à la densité ramassée. Qui rend impossible toute explication pour être faite de failles insoupçonnables.
From Between : No Stranger to Air (Sprout)
Enregistrement : 1er mars 2005. Edition : 2006.
CD : 01 - 02/ -
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Michel Doneda : Solo las planques (Sillon, 2005)

Impalpables, les preuves données par Michel Doneda d’une musique qui se refuse. Contribuant encore à assombrir un propos, voici le saxophoniste français inaugurant le catalogue d’un nouveau label, Sillón, qui ne s’occupera que de tirages limités à 500 exemplaires. C’est que la conception expérimentale des choses est ici jusqu’au-boutiste, définitive ; autoritaire, voire.
Il faut connaître bien les rouages du saxophone soprano pour repérer qu’il s’agit de cela sur Solo Las Planques. Distribuant les décharges de souffles différemment selon l’intensité, la trajectoire choisie ou une entière confiance en l’imprévu, Doneda s’en tient à des estimations de vitesse (DZ-DZZ), à une contemplation de vents en fuite (DZ). Obtenant enfin une note en mal de s’imposer, il envisage plutôt le grain des résidus (Endémique #1).
Jusqu’à ce que l’opiniâtreté trouve satisfaction dans des harmoniques appuyées par l’écho ; dans des sirènes demandant des comptes sur un espace sonore qu’il faudrait envahir entièrement (Veilles). Alors, une ronde de courants d’air peut mettre un terme aux velléités (La planche), et Doneda d’étoffer son discours au gré de quelques plaintes parties vite en fumées (DND).
Solo Las Planques est un disque abstrait comme un objet rare. Le reportage photographique d’un colloque de spectres tenu en plein désert. Les preuves apportées sont faibles, certes, mais promettent si bien. Et puis, en tendant un peu l’oreille, on soupçonne sans faiblesse une présence en rafales, allée et venue selon le flux et les soupirs. Impalpable, mais bel et bien passée.
Michel Doneda : Solo las planques (Sillon)
Edition : 2005.
CD : 01/ DZ 02/ DZ-DZZ 03/ Endémique #1 04/ Endémique #2 05/ Veille 06/ La planche 07/ DND
Guillaume Belhomme © Le son du grisli












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