Canalblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le son du grisli
28 avril 2009

Metalycée : It Is Not (Mosz, 2009)

Metalysli

Fomenté par deux membres de Thilges 3 (Armin Steiner et Nik Hummer), Metalycée signe aujourd'hui la troisième référence de sa discographie : It Is Not, ouvrage d'un métal extirpé de ses codes et porté – enfoncé, aussi, parfois – par le souffle de Melita Jurisic.

Le ton est grave, qui rappelle ici Patti Smith, ailleurs se glisse en atmosphères que ne renieraient pas Nick Cave ou Loren Connors : le décorum d'un folk ténébreux consistant en trames vaporeuses élevées à coups de claviers électriques et de guitare basse, de drones et de précipitations de tambours inspirés – ceux de Bernhardt Breuer.

Quelques fois, l'ensemble applique avec génie des noirceurs au format de chansons progressant sur boucles instables (Satisfy My Soul) ; d'autres, il change ses complaintes en développements stricts, capables de se laisser gagner puis se perdre par d'imposants effets sonores (It Is Not, You Promized Me). Et si le groupe en fait quelques fois trop (The Itch, hymne bouffon de chauve-souris à l'anémie viennoise), on n'oubliera pas d'avoir entendu partout ailleurs une originalité indéniable sortie de sous les ombres.


Metalycée, Satisfy My Soul. Courtesy of Mosz.

LP: A01/ Cordelia..s Song A.02/ Satisfy My Soul A.03/ It Is Not A.04/ Spiders on Toast A.05/ The Itch B.01/ Something Sick B.02/ Donal Og B.03/ You Promised Me B.04/ Jezebel >>> Metalycée - It Is Not - 2009 - Mosz.

11 avril 2006

Stéphane Spira: First Page (Bee Jazz - 2006)

spira

Dans la jungle inégale des jeunes jazzmen français, Stéphane Spira fait figure d’original. Jadis partenaire du pianiste Michel Graillier (qui collabora aussi avec Steve Lacy, Chet Baker ou Pharoah Sanders), le saxophoniste a dirigé son premier enregistrement studio sans chercher une seule fois à vouloir faire moderne. Quand la plupart de ses collègues s’engouffrent dans le piège d’une électronique qu’ils ne savent pas estimer – et donc, ringarde – ou rêvent, pacificateurs superbes, d’embrasser des us et coutumes qui les dépassent sous prétexte de croiser chaque jour une foule cosmopolite dans les couloirs du métro, Spira a préféré construire un disque de facture classique, certes, mais à l’intelligence devenue rare.

Encouragé par les gimmicks efficaces du piano d’Olivier Hutman (Five Times a Day) ou de la contrebasse de Gilles Naturel (Bric à Broc), Spira déroule son phrasé infaillible, évoquant ici au ténor le Coltrane de Blue Train (L’excès à petites doses), rappelant sur Nazza Cannonball Adderley, ou appliquant sur R.V. Bossa, auprès de l’invité au bugle Stéphane Belmondo, la sérénité rassurante de Stan Getz.

Amateur de contrastes délicats, Spira dépose toute sa sensibilité le temps d’un standard (The Peacocks) après avoir évolué avec agilité sur le rythme capricieux de la batterie de Philippe Soirat (L’excès à petites doses) et avant d’échanger à nouveau avec Belmondo un swing plus qu’efficace gonflé par un recours réfléchi à la répétition du piano et de la contrebasse (Then He Knows).

Bien sûr, à ne pas donner dans les erreurs que propage son époque, Stéphane Spira risque de se voir refuser clefs institutionnalisées, bons points critiques, et avec eux l’écoute du public déficient, qui ne cessera jamais de bâfrer où on lui montre. L’anticonformisme véritable jamais salué sur le moment, compter sur les retardataires pour louer ensuite plus haut que les autres leur amour des premières heures pour l’artiste passé pourtant sans eux. Ce serait oublier qu’il existe une autre possibilité : qui consiste à écouter aujourd’hui First Page, même si le nom de Stéphane Spira est encore ignoré des faussaires culturels, dispersés en salles de concerts où l’on parle et se montre bien plus que l’on écoute.

CD: 01/ Bric à broc 02/ Five Times A Day 03/ R.V. Bossa 04/ L’excès à petites doses 05/ The Peacocks 06/ The He Knows
07/ Angel 08/ Nazza 09/ Babeth 10/ Luiza

Stéphane Spira - First Page - 2006 - Bee Jazz. Distribution Abeille Musique.

11 avril 2006

Terry Day: Interruptions (Emanem - 2006)

terrydaygrisli

Ayant investi, dès les années 1960 au sein de People Band, ou ensuite d’Alterations, le champ musical improvisé de manière plus qu’acharnée, Terry Day remettait ça en solo entre 1978 et 1981. Usant à l’envi du re-recording, passant d’un instrument à l’autre, il fabrique selon une méthode aléatoire une trentaine de piécettes braques et insouciantes.

Inaugurant sa sélection par un morceau de bravoure lyrique pour piano détourné (Piano 1), Day décide de concilier l’expérimentation revendicatrice (Drums / Altos / Balloons, Theme Continued 2), l’exécution musicale frénétique et expiatoire (Bamboo Solo, Alto With English Plastic Reed, Alto / Cello / Drums), et les plages récréatives.

Au compte de celles-ci, un jeu extravagant de chansons déraisonnables : Be A Good Boy (en compagnie du guitariste Peter Cusack), rengaine punk plaidant la cause de l’enfance, It Ain’t My Cup of Tea, blues rock enragé qui rappelle certains morceaux de Daniel Johnston et devine le sort que destinera Eugene Chadbourne à la chanson country, ou Eaters (aux côtés du saxophoniste Davey Payne), qui résume presque à lui seul l’ensemble des peu sérieuses intentions d’Interruptions, au son de « Hello, Hello, Hello, Hello, And Goodbye Quick ».

Répéter le même enthousiasme à n’en faire qu’à sa tête, avant de tourner rapidement les talons. Or, Terry Day compte aussi sur l’assouvissement apaisé d’Oriental Theme 1, le charme complexifié d’Oriental Theme 2, l’incantation déconstruite d’Imperfection, ou la grâce ramassée d’un concert de flûtes et de violoncelle sur Eric, pour aménager à destination de l’auditeur des plages reposantes. Indispensables à une meilleure compréhension de la folie ambiante autant que liants efficaces d'un projet solo plus que licencieux.

CD: 01/ Piano 1 02/ Toy Ensemble 03/ Straight Bamboo Pipe Duet 04/ Bamboo Solo 05/ Drums / Altos / Balloons 06/ Alto with English Plastic Reed 07/ Alto With American Bari Reed 08/ One and Two Cellos 09/ Oriental Theme 1 10/ One and Three Cellos 11/ Oriental Theme 2 12/ Two Cello Fragments 13/ Bottleneck Mandolin 1 14/ Be A Good Boy 15/ Theme Continued 1 16/ Theme Continued 2 17/ Theme Continued 3 18/ The Found Chord 19/ Alto / Cello / Drums 20/ It Ain’t My Cup of Tea 21/ Alto & Cello 22/ Piano 2 23/ Drums & Mandolin 24/ Imperfection 25/ What a Lovely Day 26/ Eaters 27/ Soprano 1 & 2 28/ Crackle Box & Altos 29/ Crackle & Bamboo 30/ Spliced Balloons 31/ Bottleneck Mandolin 2 32/ Eric

Terry Day - Interruptions - 2006 - Emanem. Distribution Orkhêstra International.

27 mars 2008

Roy Campbell: Akhenaten Suite (AUM Fidelity - 2008)

CampbellAkhenGrisli

Au Vision Festival de 2007, Roy Campbell emmenait une formation peu commune : lui, seul souffleur, auprès du violon de Billy Bang, du vibraphone de Bryan Carrott, de la contrebasse d’Hilliard Greene et de la batterie de Zen Matsuura

Investissant une autre Egypte hallucinée, Campbell attise forcément des convoitises orientalisantes qu’il partage avec Bang : le duo s’appliquant à rendre à l’unisson, approximatif mais réjouissant, le grand swing d’Akhenaten ou le lyrisme d’Aten and Amarna, ou ébauchant sur le vif quelques solos brillants (Pharaoh's Revenge Intro Part 2, sur lequel Campbell passe à l’arghul, double flûte datant de l’Ancienne Egypte, puis au bugle).

Plus tôt, Pharaoh's Revenge Part 1 avait emporté l’ensemble : jazz libre et plus appuyé profitant des entrelacs flamboyants de la trompette, du violon et du vibraphone, qui contraste avec les deux derniers titres donnés ce jour-là, récréations cette fois latines et plus anecdotiques. Ecart de langage dû peut être à la fatigue, qui n’enlève rien à la persuasion du premier propos. 

CD: 01/ Akhenaten (Amenophis, Amenhotep IV) 02/ Aten and Amarna 03/ Pharaoh's Revenge Intro Part 1 04/ Pharaoh's Revenge Part 1 05/ Pharaoh's Revenge Intro Part 2 06/ Pharaoh's Revenge Part 2 07/ Sunset On The Nile

Roy Campbell Ensemble - Akhenaten Suite - 2008 - AUM Fidelity. Distribution Orkhêstra International.

3 mars 2008

Hélène Labarrière: Les temps changent (Emouvance - 2007)

labarrieregrisli

Les temps changent. Auprès d’Hélène Labarrière : le saxophoniste François Corneloup (au baryton), le guitariste Hasse Poulsen et le batteur Christophe Marguet, ouvrent comme l’on s’y attendait sans qu’on y trouve à redire : Soizig, progression cyclique faite de grincements, qui plante le décors avant l’implacable crescendo (Un jour plus tôt) et le développement contrarié de Regard suspendu, rattrapé à grands coups de duos éclairés.

Et puis, le contraste terrible, entre le folk trop gentil de Good Boy – sur lequel un Poulsen aux arpèges clairs ne donnera pas de suite aux dissonances glissées sur le tard – et le retour à une pratique plus expérimentale qui met aux commandes un laisser-aller racé sur la Complainte de la Butte ou une fièvre bienfaitrice sur Histoire de collection.

Exposé ramassé, la conclusion oscille entre The Ex et Akosh S., et Les temps changent auront passés. Les compositions de Labarrière, aussi brillantes que sont investis les quatre musiciens.

CD: 01/ Soizig 02/ Un jour plus tôt 03/ Regard suspendu 04/ September The Bass 05/ Good Boy 06/ Une cure d’inefficacité 07/ Histoire de collection 08/ Une femme sous influence 09/ La complainte de la butte 10/ Donde estan ustedes

Hélène Labarrière - Les temps changent - 2007 - Emouvance. Distribution Abeille musique.

30 novembre 2007

Elliott Sharp: Tectonics - ERRATA / SyndaKit / Larynx (Neos - 2007)

sharpgrisli2

En rééditant trois albums d’Elliott Sharp, le label Neos révèle le parcours singulier d’un guitariste peu enclin à faire avec les contingences, et incapable de choisir entre élucubrations rock, expérimentations électroacoustiques et tentatives rapportées au champ des musiques nouvelles.

Au moyen d’une basse et de guitares électriques, mais aussi d’une clarinette basse, de saxophones et de synthétiseurs divers, Sharp édifiait en 1998 Tectonics – ERRATA, projet mené en solitaire qui combine des progressions instrumentales toujours dérangées – par les interventions virulentes de chacun des instruments ou l’enrayement impromptu des machines – et des plages de constructions à l’imaginaire pétri de références à l’indus et à la no-wave, au funk et au free jazz.

En compagnie, cette fois – celle de l’Orchestra Carbon, ensemble instable composé à chaque fois d’une dizaine de musiciens –, Sharp enregistrait à dix ans d’intervalle deux œuvres sourcilleuses : Larynx, d’abord, datant de 1987, composée de six pièces soumises à un bruitisme répétitif mal maîtrisé ; et SyndaKit – enregistrée en 1998 – qui trouvera la solution aux questionnements maladroits de Larynx. En quatre parties, SyndaKit révèle en effet sa musique inquiétante au son d’arrangements soignés, qui décident d’insistances mélodiques ou de déconstructions bientôt rattrapées par les charmes d’un rythme à peine éclos, pour prendre, au final, des allures de pièce majestueuse, symphonie minimale fantasmant la rencontre de Terry Riley et Glenn Branca.

Ces trois volumes de Neos Elliott Sharp Edition donnent ainsi les preuves de l’inspiration bonne conseillère avec laquelle peut faire Elliott Sharp, quand pi:k se chargeait récemment d’en attester l’endurance.

Tectonics – ERRATA, CD : 01/ Spliny Thicket 02/ In Tongues 03/ City of Sand 04/ Which Delta 05/ Calle siete 06/ Hotfoot 07/ Noospheric 08/ Goomy 09/ Kargyraa 10/ Errataka - SyndaKit, CD : 01/ SyndaKit Part 1 02/ SyndaKit Part 2 03/ SyndaKit Part 3 04/ SyndaKit Part 4 - Larynx, CD : 01/ Larynx 1  02/ Larynx 2  03/ Larynx 3  04/ Larynx 4  05/ Larynx 5  06/ Larynx 6

Elliott Sharp - Tectonics - ERRATA / SyndaKit / Larynx - 2007 - Neos Music. Distribution Codaex.

30 octobre 2007

Sunny Murray : Sunny Murray (ESP, 2007)

sunnymusli

Sorti par ESP en 1966, voici Sunny Murray réédité. Sur lequel on entend, entre deux extraits d’interview, évoluer une formation rare, composée de Jacques Coursil, Jack Graham, Byard Lancaster et Alan Silva.

Lentement, Murray commande d’abord à ses partenaires de porter haut leurs interventions – saxophones gémissant et trompette impérieuse – quand il se charge d’organiser ses cortèges d’accents, enfoncés sous les gestes larges qu’appellent, insatiables, ses imprécations vocales. Convaincus aussi, Coursil, Graham et Lancaster, imbriquent leurs solos exaltés ou rivalisent de morgue pour mieux explorer les possibilités permises par la conduite du batteur.

Déjà déstabilisante, la section rythmique ploie encore sous les interventions de Silva : grand archet organique ou pizzicatos appuyés, qui portent les efforts communs à leur point culminant. Plus qu’indispensable, Sunny Murray

Sunny Murray : Sunny Murray (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1966. Réédition : 2007.
CD :
01/ Early History / The New Music 02/ Sunny Murray 03/ Phase 1.2.3.4. 04/ Hilariously 05/ Angels and Devils 06/ Giblet 07/ Recap Session 08/ Musicians and Magic
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

16 septembre 2011

George John Larson : Testosterone / And Also (Larson, 2010)

georgegrislison

Tout comme les êtres, il est des disques que l’on n’attend pas. Ceux de George John Larson, par exemple : Testosterone (non, ne cédez pas encore au découragement) et And Also. George John Larson est guitariste et chanteur et autoproduit ses disques. Il a d’ailleurs raison de le faire, car sinon : qui oserait ?

Qui oserait par exemple sortir ce Testosterone aux chansons plus courtes les unes que les autres ? Des ritournelles foutraques, des paroles folles, des cris, un bootleneck jamais fatigué de glisser. En un mot : un folk d’homme fou dont les cousins auraient pour noms Daniel Johnston, Robert Wyatt ou Phil Minton.

And Also quant à lui ne contient que des instrumentaux. La guitare est électrique, branchée en direct, et débite autant de moments ineptes que de pépites saugrenues. L’art de la six cordes est débridé au possible et le rendu de l’ensemble laissé au je-m’en-foutisme d’un artiste du brut à la folie contagieuse, et qu’on n’attendait pas !

EN ECOUTE >>> 6 titres sur le site de George John Larson

George John Larson : Testosterone (George John Larson / CD Baby)
Edition : 2010.
CD : 01/ First Song 02/ Lustful Thinking 03/ Would You 04/ Aggressively Submissive 05/ Miscreate 06/ Vague Contact 07/ Sweet Death 08/ The Essence 09/ Restraint 10/ Exuberance 11/ Love or Convenience 12/ Soul Control 13/ Only Good For 14/ One-Night Stand 15/ Glint 16/ Testosterone 17/ Pousse 18/ Likwita
George John Larson : And Also (George John Larson CD Baby)
Edition : 2010.
CD :  01/ Finally 02/ Marken Crying 03/ Willen 04/ Skinny Petite 05/ Donut 06/ Riverbend Apprehension 07/ Empty Hoop 08/ Roof Truck
Pierre Cécile © Le son du grisli

6 avril 2022

Joe McPhee, Dave Rempis, Tomeka Reid, Paal Nilssen-Love : Of Things Beyond Thule (Aerophonic, 2020)

A l'occasion (et jusqu'à) la parution, à la fin du mois d'avril 2022, de l'anthologie du Son du grisli aux éditions Lenka lente, nous vous offrons une dernière salve de chroniques récentes (et évidemment inédites). Après quoi, ce sera la fermeture. 

thule rempis mcphee reid nilssen-love

16 décembre 2018, Hungry Brain de Chicago : une même soirée et deux disques pour la raconter – un vinyle (vol 1) et un CD (vol. 2).

Joe McPhee, Dave Rempis, Tomeka Reid et Paal Nilssen-Love : quatre musiciens pour un flipper. La première bille claque, le reste est question d’intuition et de savoir-faire : le saxophone dans les hauteurs, déjà, échappe aux cinglants coups d’archets de Reid ; la trompette laisse faire, fabrique à distance un antivenin pour ouvrir ensuite la marche.

Dans la forêt de cordes qu’élève avec délicatesse la violoncelliste, Nilssen-Love s’occupe de faire tomber des branches ; malgré les obstacles, McPhee et Rempis jouent de notes longues et de souffles filés. Quand le premier passe au saxophone ténor, l’envie d’en découdre revient, auquel le quartette s’adonne avant de s’en défendre : voilà le « faire ce qu’il me plaît, avec les gens que j’apprécie » dont parlait Joe McPhee.

 

le son du grisli couv twitter

11 mars 2021

Naoto Yamagishi : Toyomu (Maruhachi Yabuki, 2020)

naoto yamagichi toyomu le son du grisli

On a récemment entendu le batteur Naoto Yamagishi dans cet Ochibonoame qui l’associe au saxophoniste Makoto Kawashima et au bassiste Luis Inage. Nourrissant son art musical de ce même quotidien qui l’oblige, Yamagishi s’est exprimé en compagnie de musiciens (sur disques : Ernesto & Guilhermo Rodrigues, Anton Mobin, Rhys Butler…) et aussi des danseurs, poètes, calligraphes…

Mais Naoto Yamagishi est ici seul (pour la deuxième fois sur disque) : quatre pièces, enregistrées toutes le 7 janvier 2018, à entendre le temps d’une heure à peine. Le disque ne donne pas le nom des instruments de Yamagishi ; alors, outre ces éléments de batterie qu’on est en droit d’attendre, il nous faudra imaginer.

C’est qu’à la grosse caisse qu’on pense caressée puis déplacée comme un meuble lourd, à la caisse claire que l’on soupçonne amplifiée, aux toms qui tonnent, aux cymbales qui sinussent… on pourrait préférer ce bout de métal qui grince, les voix d’un au-delà qui chante et enfin ce monstre hirsute qui paresse en faisant grand bruit. L’art de Naoto Yamagishi est une construction de papier dont les faces délivrent plus de sons que l’oreille n’en demande. Le problème étant qu’ensuite l’oreille en demande davantage.

microjapon125

Naoto Yamagishi : Toyomu
Edition : 2020
Maruhachi Yabuki
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

Image of A paraître : Micro Japon de Michel Henritzi

12 mars 2021

Phew, Oren Ambarchi, Jim O’Rourke : Patience Soup (Black Truffle, 2019)

phew oren ambarchi jim orourke le son du grisli

Le disque qui tourne délivre une première rumeur électrique. Avec le mouvement, celle-ci épaissit et puis s’effeuille, se délite même, au contact de la voix de Phew. La Japonaise parle un langage insaisissable – celui que l’on imaginerait d’une poupée fragile enfermée dans une boîte –, que sa musique épouse.

Oren Ambarchi (guitare électrique) et Jim O’Rourke (claviers divers) la suivent, s’ils ne la précèdent. Car c’est là une rencontre – datée : 4 novembre 2015 ; située : Kitakyushu Performing Arts Center. La voix de Phew est précieuse, rarement enregistrée s’il faut tenir des comptes et nourrir les comparaisons. Elle est ici portée par ses partenaires jusqu’aux portes d’Indeed, morceau de choix de leur discographie partagée.

Patience Soup sera désormais un morceau de choix de la discographie de Phew, d’Ambarchi, d’O’Rourke. Les ondes provoquées par les ricochets de ces trois instruments-là inventent chacun un nouveau paysage qui, subtilement, vient se fondre dans le précédent. Que, violemment, le suivant perturbe pour mieux venir s’y fondre, etc. Combien de parasites, de cris rentrés, de lignes vacillantes ? Qui espérait la confrontation baisse la garde devant l’entente ; qui rêvait d’osmose reprend le flambeau d’une garde inutile. L’enjeu de Phew, d’Ambarchi, d’O’Rourke, tenait de la domestication de tous les bruits : des consonances, des dissonances, et de leur multiplication.

microjapon125

Phew, Oren Ambarchi, Jim O’Rourke : Patience Soup
Edition : 2019.
Black Truffle : 2019.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

Image of A paraître : Micro Japon de Michel Henritzi

10 mars 2021

Ochibonoame : Ochibonoame (Homo Sacer, 2021)

ochibonoame le son du grisli

Ici chroniqué il y a quelques jours, Ochibonoame a sa place dans la sélection de 10 disques japonais récents à écouter d'urgence qu'a établie Michel Henritzi à l'occasion de la parution de son livre, Micro Japon... 

Nouveau projet de Makoto Kawashima qui regarde vers la free music, qui ne se veut pas une répétition scolaire, mais son prolongement, peut-être son dépassement. Louis Inage (Majutsu No Niwa) y tient la basse, Naoto Yamagishi les drums. On ne peut s'empêcher de penser à Kaoru Abe, sa façon de creuser dans le son des squelettes de mélodies fissurées, là où Yamagishi et Inage installent des ambiances polyrythmiques désarticulées.

Il ne faudrait pourtant pas réduire leur musique à celle de leurs aînés, à celle des Masahiko Togashi, Motoharu Yoshizawa… même si on peut y entendre une mélancolie de cette free music, il joue bien aujourd'hui en 2021, à Tokyo, dans ce réel angoissant, dans l'urgence et le cri. Les mains plongées dans la matière sonore, à tordre, assembler, désassembler, fracturer, lisser, caresser, aimer. Un geste d'amour.

microjapon125

Ochibonoame : Ochibonoame
Edition : 2021.
Homo Sacer / An'archives
Michel Henritzi © Le son du grisli

20 décembre 2020

Masayoshi Urabe : Mobilis In Mobili (an'archives, 2020)

urabe grisli mobilis in mobili

D’autres auraient mis moins de soin à célébrer Masayoshi Urabe. Mais il s’agit là d’An’archives, label d’excellence qui consacre au saxophoniste – vocaliste, flûtiste, harmoniciste… – une boîte renfermant trois vinyles, trois impressions signées Alan Sherry, un jeu de six cartes sous enveloppe, un portrait en noir et blanc et des notes signées Michel Henritzi.

Celui-ci connaît Masayoshi Urabe pour l’avoir notamment pratiqué. De ce partenaire rare avec lequel il enregistra jadis Ecstasy Of the Angels, Henritzi rappelle les origines (autodidacte bouleversé par Kaoru Abe et Albert Ayler) et les contours (iconoclaste transi et même heureux d’ajouter ses propres bruits à tous les bruits du monde – Mobilis In Mobili, arborait ainsi le Nautilus).

The Snake Decides (déjà pris) aurait pu convenir aussi. C’est qu’il faut suivre Urabe : de 2016 à 2018, en six temps et quatre endroits. Toujours sinueuse, l’expression est moins guidée par un rythme que par une pulsation, moins dictée par son trait que par l’intensité de son marquage. Une phrase n’est dite que pour irrémédiablement dévier, un sifflement perce pour rebattre les cartes, un cri jaillit pour tout remettre en question. Quel que soit l’instrument – saxophone, voix, harmonica… –, Urabe clame avec une même franchise et une même force l’intensité de son art : celui d’une révélation sur l’instant, d’une invention de chaque instant.

a2523572210_10

Masayoshi Urabe : Mobilis In Mobili
An’archives
Enregistrement : 2016-2018. Edition : 2020
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Image of A paraître : Micro Japon de Michel Henritzi

10 octobre 2020

Véronique Vilhet, Dominique Grimaud : J'aime tout ce que le ciel fait à n'importe quel moment (InPolySons, 2020)

vilhet grisli grimaud

C’est, en titre, une citation de Richard Brautigan : J’aime tout ce que fait le ciel à n’importe quel moment. Le disque, quant à lui, renferme des interprétations par Véronique Vilhet et Dominique Grimaud de chants divers et variés : « traditionnel », rengaine minimaliste, chanson française et même hymne indien.

Le disque commence par un blues – Faut pas t’en aller, conseille Vilhet a capella ou presque – et finit sur une promesse – Le temps des cerises, auquel on pourrait maintenant croire ? Sur l’un et sur l’autre, la voix diffuse sa propre poésie avec un naturel confondant : plus que Brigitte Fontaine, c’est Colette Magny, Tamia et Susana Baca confondues qu’elle évoque.

Do Your Thing, enjoint ensuite Moondog au couple de musiciens : les programmations de Grimaud enveloppent alors la voix de motifs tournants qui ici ajoutent un peu d’étrange à son jeu (Travailler c’est trop dur), là augmentent sa fantaisie effrontée (VV5 Boucles, l’une des trois chansons originales du disque), ailleurs encore l’assistent dans son patient travail d’hypnose…

C’est d'ailleurs à ces moments que Vilhet et Grimaud, déjà convaincants, passionnent le plus : au son de l’inquiétante comptine préraphaélite qu’est Metamorphoses, de l’air d’un impertinent Charlie qui joue des épaules ou de l’entêtant Vande Mataram soudain privé de frontières. Le seul reproche que l’on puisse faire au duo, c’est lorsqu’il explique : « Ce nouveau disque est basé sur la voix et le format chanson, mais toujours dans une affirmation expérimentale. »

C’est qu’Etienne Souriau, dans son Vocabulaire d’esthétique, nous avait prévenu : La chanson est une chose qui se répand et qui est faite pour se répandre. Une chanson réussie est une chanson, si l’on peut dire, contagieuse. Comme l’époque est à la contagion, pourquoi alors refuserait-on celle-ci ?

petitvilhet

Véronique Vilhet, Dominique Grimaud : J’aime tout ce que le ciel fait à n’importe quel moment
InPolySons
Edition : 2020.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Image of A paraître : Le Martien de Charles Pennequin & Jean-François Pauvros

4 septembre 2020

Birgit Ulher, Franz Hautzinger : Kleine Trompetenmusik (Relative Pitch, 2020)

birgit hautzinger grisli

On ne redira pas ici la longue expérience de Birgit Ulher ni celle de Franz Hautzinger en matière d’improvisation et de confection de bruits inattendus. L’invitation à jouer ensemble faite par la première au second augmente bien sûr et l’une et l’autre, mais les conforte surtout.

A Hambourg, dans l’appartement d’Ulher, le 28 mai 2018, les deux trompettistes composent une musique « de peu » prête à rivaliser avec combien de grosse. La fenêtre est ouverte – qui permet aux oiseaux d’intervenir ici ou là dans l’échange – et avale les franches expressions une fois fait le tour de la pièce : notes extraites avec prudence, longues ou tremblantes ; alarmes autoritaires ou projections hasardeuses ; souffles brefs ou rafales imposantes.

« Trompeter », dit Le Robert, est aussi « pousser son cri, en parlant de l’aigle. » Ulher et Hautzinger en sont ainsi deux de plus qui, de l’envolée à l’atterrissage, jouent d’orientations multiples et même de dérapages saisissants.

Birgit Ulher, Franz Hautzinger : Kleine Trompetenmusik
Relative Pitch
Edition : 2020.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

jackie mclean guillaume belhomme lenka lente 2020

7 janvier 2020

OOIOO : Nijimusi (Thrill Jockey, 2020)

nijimusi ooioo

Depuis le milieu des années 1990, OOIOO dispense une musique dans laquelle ses quatre membres – KayaN (guitare, voix), AyA (basse, voix) et Mishina (batterie) emmenées par YoshimiO (guitare, voix), déjà batteuse de Boredoms – fourrent diverses influences. Le début de Nijimusi, leur huitième album, atteste par exemple qu’elles auraient pu faire leur affaire de noise, oui mais voilà.

Voilà l’exercice chassé par d’autres envies et c’est au son des gestes d’une folle kagura que les quatre musiciennes inventent sans se soucier de genre : la danse provoquant des remous capables de distance, voici convoqués Can et Stereolab, Acid Mothers Temple et Björk, Tortoise et évidemment Shonen Knife… Les pulsations de ces sorcières sont insatiables, leurs cris réjouissants et leur bonheur endémique. Et quand elles se perdent en digressions instrumentales, leur art de la guitare (que ce disque met particulièrement en valeur) se déploie avec plus de liberté encore.  

OOIOO : Nijimusi
Thrill Jockey
Edition : 2020.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

couv

20 décembre 2019

Eugene Chadbourne : The Lost Eddie Chatterbox Session / The Guitar Trio in Calgary 1977

eugene chadbourne the guitar trio 1977

La photo de couverture est belle, qui montre Duck Baker (dont Emanem avait mis en lumière voici trois ans au son d’Outside), Randy Hutton et Eugene Chadbourne en action. Sur cette référence Emanem, on entendra les trois guitaristes en 1977 en concert au Parachute Center for Cultural Affairs de Calgary puis en studio – c’est la huitième et dernière piste du CD, qui fut jadis la première du vinyle sorti par... Parachute sous le titre Eugene Chadbourne: Volume Three: Guitar Trios.  

Le concert, lui, est inédit. Mieux, d’un intérêt indéniable. Le son (lointain) de ces trois guitares acoustiques ajoute peut-être aux charmes du document : reste que ces compositions partagées ravissent aujourd’hui, plus de quarante ans après leur enregistrement. KJ is a DS, par exemple, sur lequel les musiciens se repassent un motif de guitare, sinon le mettent à mal en tirant fort sur leurs cordes. So Long, Mom, aussi, dont la marche lente contraste avec le pseudo standard de jazz réduit à sa substantifique moëlle de Two Peafowl… (concert version).

Quelques mois avant l’enregistrement de The Lost Eddie Chatterbox Session, Chadbourne réinvente aussi le blues et le jazz en belle compagnie : ainsi Mary Mahoney voit-il ses interprètes passer d’unissons tordues en fantaisies bon enfant quand Cards et Ornette Mashup célèbrent les influences que sont, pour les trois guitaristes, et Roscoe Mitchell et Ornette Coleman. A chaque fois, quand l’un lit la partition ou récite l’air entendu, l’autre improvise quitte à faire dérailler le premier, quand ce n’est pas agacer le troisième. C’est ici un disque aussi créatif que récréatif : jubilatoire, donc, à double titre.

eugene chadbourne the lost

Ici, un document qui dépasse d’une tête – c’est-à-dire aussi d’une largeur – combien de nouveautés déjà obsolètes. Un disque d’une trentaine de plages enregistrées fin 1977 par Eugene Chadbourne à San Francisco et publiées une première fois sur cassette une dizaine d’années plus tard. Un disque qui, pour résumer, prouve – à qui ne le savait déjà – que Chadbourne n’est pas le fou que l’on croyait.

Non parce qu’il sait « son » jazz – ses thèmes de bop, pour l’essentiel : une douzaine de relectures de Monk et trois de Parker contre une de Coltrane et une autre d’Ornette – que parce qu’il se montre capable d’inventer par-dessus. Le tout enregistré (avec les moyens du bord) en un jour, comme d’autres font des tartes. Ainsi, l’instrument est toujours le même. Oui, mais lequel ? Une guitare à quatre cordes ? Un luth d’extraction récente ? Une vahila de contrefaçon ?... Indécision, puisque la sonorité est (là encore) lointaine au point de rappeler les premières heures du blues.

Nous miserons sur l’instrument guitare – derrière lequel, presque toujours, traîne une voix de batteur. Le jeu est intéressé, qui tient de l’exercice : impliqué donc forcément tendu, tendu donc parfois fauteur de trouble. Or, c’est justement sur le trouble – qu’il a dû ressentir au moment d’interpréter ces standards ou d’oser rendre ses propres chansons sans paroles – que Chadbourne bâtit son œuvre. En improvisateur libertaire, le voici fleurissant de glissandi Scrapple From the Apple, de notes précipitées Brilliant Corners ou approximatives 52nd Street Theme, de sorties sans issue Central Park West, de gestes free l’introduction de Smoke Gets In Your Eyes

Quant aux folies récréatives que signe Eugene Chadbourne, elles sont de taille à prendre place entre deux standards sans qu’on y trouve à redire, soit : ne déparaient pas dans un paysage qu’il faut remonter en trente stations et qui, enfin, vous « scotche » (modernité oblige, chacun sa croix). A l’occasion d’une interview, en 2008, j’avouais au musicien en question que le disque que je passais le plus souvent des siens était Old Time Banjo. Réponse, sarcastique : « Ça doit être parce que je n’y joue pas de guitare. » Depuis The Lost Eddie Chatterbox Session, mon avis a changé. Est-ce pour la guitare ? Pour le luth ? La vahila ?... Ou pour (mieux vaut tard que jamais) lui donner raison.

Eugene Chadbourne, Duck Baker, Randy Hutton : The Guitar Trio In Calgary 1977
Emanem / Orkhêstra International
Edition : 2019.

Eugene Chadbourne : The Lost Eddie Chatterbox Session
Corbett vs Dempsey / Orkhêstra International
Edition : 2017
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

couv

23 mai 2018

Kent Carter & German Friends : Berlin, Aufsturz, le 14 avril 2018

kent carter berlin 14 avril 2018 le son du grisli

Parfois, rarement, la présence de la musique est telle que son écho résonne bien plus longtemps que ce que voudraient les lois de l'acoustique. Ce soir d'avril à Berlin, de la contrebasse de Kent Carter jaillirent certains de ces sons qui continuent à vivre dans l'esprit de celui qui les a entendus. Au sous-sol d'un bar parmi tant d'autres de l'ancien Berlin Est gentrifié, une petite foule est rassemblée pour entendre le contrebassiste entouré de « German Friends » : le batteur Günter "Baby" Sommer, le pianiste Ulrich Gumpert et le saxophoniste Friedhelm Schönfeld.

La musique, entièrement improvisée, s'organise autour de la basse qui vibre au centre de l'estrade. Par l'écoute, l'espace s'emplit progressivement. L'amplificateur de Carter semble volontairement bas, comme pour imposer le seul critère d'une écoute attentive au bon déroulement de la soirée. L'écoute, mais aussi le regard. Regards de Sommer et Gumpert, qui savent que la clarinette basse de Schönfeld et la basse de Carter suffiront à cet instant précis. Regards du public qui observe la danse qui s'exécute avec précision sur le manche de l'instrument.

Kent Carter par Olivier Ledure

Si une chose est claire ce soir, c'est que Kent Carter est un maître-musicien, porteur de tant de sons que, si nécessaire, quelques notes suffiront. Le jazz joué est libre, libre de devenir un long blues. L'écoute, le regard, et le rire. Sommer utilise l'humour d'une manière pleinement dosée, brisant certains élans introspectifs pour pousser la musique encore plus loin. Mais, au-delà de ses interventions, le rire du public se prolonge. Tout simplement parce que la musique, d'ordinaire, ce n'est pas ça. Parce qu'il est évident que quelque chose se passe ce soir. Sommer se dédouble dans le miroir du bar. Gumpert rentre à l'exact bon moment lors d'un solo de basse. Schönfeld le suit avec une justesse tout aussi grande.
 
La boule à facettes du Aufsturz ne tourne pas, mais sa présence rappelle que la musique n'a besoin d'aucun contexte particulier pour exister quand elle est assez forte. Trop de choses ont déjà été jouées, le rappel se perd dans la nuit de Berlin. Le grand musicien quitte la petite estrade. Il est attendu.

Kent Carter par Olivier Ledure bis

Pierre Crépon © Le son du grisli
Photos : Olivier Ledure

lsdg4

30 novembre 2016

Paul Dunmall : Underground Underground (Slam, 2016)

paul dunmall underground underground

En juillet 2015, avec l’inséparable Tony Bianco, Paul Dunmall s’essayait une autre fois au quartette. Sur Undergound Underground, on trouvera Howard Cottle (ancienne connaissance du Moksha Big Band) au ténor – saxophone auquel intervient exclusivement Dunmall sur ce disque – et Olie Brice à la contrebasse.

Les six compositions sont de Dunmall. A vive allure, le morceau-titre déroule un jazz sur lequel bataillent – se cherchent, se piquent, se relancent – les saxophonistes. A force de chicane, les voilà d’ailleurs emboîtés et obligés de faire avec : comment les différencier alors sur The Innert Silence Was Too Loud ? comment ne pas applaudir, aussi, au formidable test d’effort que constitue cette suite de franches cavalcades que marque la batterie ? Dont elle a fait sa chose, voire : à tel point qu'à l'entendre, cet Underground Undeground pourrait, de Paul Dunmall, être le Crescent.  

underground underground

Paul Dunmall Quartet : Underground Underground
Slam / Improjazz
Enregistrement : 21 juillet 2015. Edition : 2016.
01/ Underground Underground 02/ The Inner Silence Was Too Loud 03/ Sun Up 04/ Timberwolf 05/ Hear No Evil, Play No Evil 06/ Sacred Chant
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

4 novembre 2016

Alfredo Costa Monteiro : Trois replis de solitude et un oubli (Rhizome.s, 2016)

alfredo costa monteiro trois replis

Alfredo Costa Monteiro parle, je crois, toutes les langues et il ne faut pas voir dans ce titre en français une coquetterie ni un impératif imposé par le label qui l’héberge – soit : un musicien sous ou derrière Rhizome.s, Bruno Duplant. Non, ce sont bien là trois replis (sixième, troisième et puis premier) suivis d’un oubli (du même nom).

C’est au son, surtout, de l’accordéon que le musicien dit de quoi retourne et les uns et l’autre : son instrument a parfois des airs de saxophone double, qui va et puis vient ; ses notes sont les mêmes ou quasiment les mêmes, qu’elles soient soufflées ou qu’elles soient aspirées. Mais entre deux souffles ou deux aspirations, c’est presque à chaque fois un jeu d’équilibre mis en difficulté : s’il réclame ici à Alfredo Costa Monteiro un aigu un peu plus haut, là le secours d’une cymbale qui résonne, le voilà malgré tout qui bascule. Mais, aussi, emporte la mise en plus de ces trois replis et de l’oubli qui leur est attaché.

70726f647563742f32303136303830355f6161323739302e6a7067003330300000660066

Alfredo Costa Monteiro : Trois replis de solitude et un oubli
Rhizome.s
Edition : 2016.
CD-R : 01/ Sixième repli 02/ Troisième replis 03/ Premier replis 04/ Un oubli
Guillaume Belhomme © Le son du grisil

21 novembre 2016

Check Out : Check Out (Hornschaft, 2016)

check out check out

Un site internet bien (et bien propre) nous donne des images de l’objet Check Out = un mélange de mots (très peu), d’images (une trentaine) et de sons (deux plages de 33 tours 25 cm) que l’on doit au duo d'artistes sonores Alessandro Incorvaia et Girodano Simoncini.

Passons les explications primesautières et tournons les pages du livre ensemble : le duo nous fait suivre une jeune-femme (son réveil, un matin de neige, une promenade en pleine nature…) avant de nous trimballer dans l’espace et dans le temps en enfilant de beaux clichés couleurs. Bien. Beau. Bien beau. 

A la musique maintenant. Avec ses accords pincés de guitare électrique sous chorus et son électricité qui grésille, l’ambient (puisque d’ambient il s’agit) verse dans une veine Fennesz / Belong / Library Tapes. Les A et B du vinyle sont les deux faces d’une même médaille, la seconde étant cependant moins soumise aux effets et au ressac des waves. Comme on en a entendu d’autres dans le genre, on est charmés mais pas subjugués par le travail des deux Italiens... mais on demande quand même à voir : à quoi ressemblera la suite de leur collaboration ?

check-out-3-BAJA-281x250

Check Out : Check Out
Hornschaft
Edition : 2016.
Livre + CD : Check Out
Pierre Cécile © Le son du grisli

27 septembre 2016

Music as Dream: Essays on Giacinto Scelsi (Scarecrow Press, 2013)

music as dream essays on giacinto scelsi

L’ouvrage est collectif et a pour sujet Giacinto Scelsi. Bien, mais lequel ? Car derrière la possibilité d’un compositeur (« méditateur », préférait-il) dont l’aura dépasse celui de tous les autres, il y aurait – il y a – d’autres figures. Celles de Cage, Sciarrino, Bussotti ou encore celle des compositeurs de la Nuova Consonanza… que l’on entend dans ce livre, d’abord ; celles de ses « collaborateurs », ensuite.

Car Scelsi avait un goût pour le mystère, et un autre pour le partage, même en composition. Des bribes rapportées de sa correspondance avec Walter Klein disent l’importance de ce dernier dans son œuvre. Avant lui il y eut Giacinto Sallustio, et après, peut-être, ce Richard Falk sur lequel l’un des rédacteurs du livre a sérieusement enquêté. Passée l’influence sur la musique de Scelsi de l’expressionnisme américain et dépassée la question de la paternité de ses œuvres, reste une évidence : la difficulté qu’on éprouve à en faire l’analyse, à saisir une respiration qui leur est propre, à interpréter aussi une musique qui a été « dictée » – lire la brillante contribution de Sandro Marrocu, « The Art of ‘’Writing’’ Sound ».

Passionnant en conséquence, l’ouvrage ne fait cependant qu’approfondir le mystère en question. Non, Scelsi n’était pas cette figure à part, ce créateur isolé ; plutôt plusieurs figures en une, plusieurs créateurs isolés en un. « Notre art est fait de mystère, et ce n’est de l’art qu’à cette condition », écrivait, bien avant Giacinto Scelsi, Puvis de Chavannes.

tumblr_nffphhspPV1rb47qeo3_1280

scelsi

Franco Sciannameo, Alexandra Carlotta Pellegrini : Music as Dream. Essays on Giacinto Scelsi
Scarecrow Press
Edition : 2013.
Livre : Music as Dream. Essays on Giacinto Scelsi
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

17 juin 2016

Matthias Müller, Matthias Muche : MM Squared Session (Creative Sources, 2015)

matthias müller matthias muche mm squared session

Dans un espace restreint, deux trombonistes installent leurs souffles. Souffles déclinés en quatre plages aux directives soigneusement respectées. Souffles jamais perdus. Dans un trop plein de glissandi, en duels et en joutes, entre virages et lacets, ils instaurent une symétrie jamais effilochée.

Les unissons sont célébrés, l’horizontalité reste modulante, jamais trouble, jamais troublée. Dans les sas de compression-décompression qu’ils viennent de générer, s’élève la tentation du circulaire. Et de nouveau, l’unisson de se refaire une santé. Ainsi se positionnent en héritiers des Rutheford, Christmann ou Malfatti : Matthias Müller et Matthias Muche, trombonistes au mimétisme avoué.



mm squared

Matthias Müller, Matthias Muche : MM Squared Session
Creative Sources / Metamkine
Enregistrement : 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Mü 02/ Mu 03/ Ma 04/ Tti
Luc Bouquet © Le son du grisli

28 avril 2016

Stefan Rusconi, Tobias Preisig : Levitation (Qilin, 2016)

stefan rusconi tobias preisig levitation

Une église gothique, quelque part en Suisse. Un havre d'évasion spirituelle, en marge du temps. Où, au sein du tabernacle, s'élève l'esprit de Stefan Rusconi & Tobias Preisig. L'un est organiste, le second violoniste. On est pourtant loin du gentillet concert du dimanche, mi-champêtre mi-pépère.

Attendre de voir passer les trois premières minutes, donner du temps à l'instant. Se plonger dans les atmosphères ralentissimes, un voile de Ligeti transperce les travées de la nef. Touche-t-on au divin ? La méditation se veut-elle spirituelle ? Où s'arrête la musique dite savante? Ou débute le secteur appelé non-classique ? Un regain de Tuxedomoon dévoile une partie du secret, il tend à chaque seconde un peu plus vers la tonalité, il laisse au pied du bénitier une ambient paresseuse.

La quête se veut profonde et intime. Elle l'est. On s'envole vers une destinée inconnue, la vie a-t-elle toujours un sens après la vie ? Où sont les morts ? Jonchés sur une branche d'olivier, au sommet du mont, ils nous contemplent. Nous observent nous poser mille questions. Celles de ce très beau et bien nommé Levitation.



levitation

Stefan Rusconi, Tobias Preisig : Levitation
Qilin Records
Edition : 2016
CD / LP : 01/ Béatrice 02/ Gilliane 03/ Marie 04/ Angie 05/ Mme Tempête 06/ Chantal 07/ Fiona 08/ Mme Chapuis 09/ Pour l’orgue
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

25 février 2016

Jamie Drouin : Attraction (Rhizomes, 2016)

jamie drouin attraction

Derrière Attraction – je cite : « an audio work intended for repeat playback in a room with two speakers positioned at least 5 feet (1,5 meters) apart » –, Jamie Drouin compose dans un espace-partenaire, qui lui renvoie son premier matériau.   

Et c’est une suite de sons tenus qu’il fait naître, qu’il entretient et berce, qu’il sculpte et arrange enfin – alors les longues lignes tremblent, les signaux se distancent lorsqu’ils ont fini de se chevaucher – avec une vigilance qui met au jour l’intérêt qu’il porte au son. Plus encore qu’attractive, sa démonstration est accaparante.



attraction

Jamie Drouin : Attraction
Rhizome∙s
Edition : 2016.
CDR : 01/ Attraction
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Newsletter