Le son du grisli

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Quinzaine Agitée : Chants de FranceA la question : Harutaka MochizukiEn librairie : Ci-gît d'Antonin Artaud et Nurse With Wound

Camizole : Camizole / Camizole + Lard Free (Souffle Continu, 2018)

camizole souffle continu

Dans le premier volume d’Agitation Frite, Dominique Grimaud se souvient des débuts de Camizole : « Nous étions une bande de hippies qui s’ennuyait ferme au pied de la cathédrale de Chartres. Jacky nous a entraînés dans une première performance très inspirée par le Living Theatre, qu’il avait probablement vu à l’American Center. Nous n’avions aucun instrument ou objet, ce fut juste un long silence pour commencer, puis des souffles, des cris, des râles s’extirpant de nos corps. Nous étions tout de même une vingtaine, d’abord assis sagement par terre, puis tout s’est terminé dans une mêlée violente et totalement anarchique. Rien n’avait été répété, ni même prévu, sauf par Jacky qui nous dirigeait. Ce soir-là, très exalté, il nous a dit : Il faut absolument que l’on crée un groupe de free jazz ».

Le groupe imaginé par Jacky Dupéty accueillera de nombreux musiciens – la couverture du disque en retient quatre, dont sont avec lui Françoise Crublé (saxophone, guitare), Dominique Grimaud et Jean-Luc Dupéty (batterie, trompette, tuba) – et s’essayera à d’autres expériences sonores (notamment électroniques) sous l’impulsion d’un Grimaud obnubilé par le krautrock. Plusieurs fois enregistré jusqu’à sa disparition, en 1978, Camizole attendra la fin du siècle pour voir publié son premier disque dont cette intégrale Souffle Continu reprend évidemment le contenu.

Le « Z » de camizole aurait pu être celui de zozos si les autodidactes qui le composèrent s’étaient montrés moins inspirés, les extraits de concerts et l’enregistrement studio (c’est la même année, 1977) que l’on trouve ici attestant en effet un art du déboîtement plutôt particulier. Parce qu’il commande aux musiciens l’expression d’un free jazz sans méthode ou l’élaboration d’un folk martial mais amusé, les pousse aux frontières d’une patiente recherche sonore sur des instruments parfois minuscules et de temps à autre préparés ou à l’élaboration d’un théâtre provocateur dont le décor peut faire siens les sifflets du public, Camizole adapte ses envies aux intérêts et aux conditions du moment : bref, fanfaronne.

Si Grimaud regrette que Camizole soit resté un groupe local, celui-ci s’est trouvé quelques frères d’armes dans ce que Philippe Robert appelle l’ « underground français » : Red Noise, et puis Etron Fou Leloublan et Lard Free. En 1978, le groupe de Gilbert Artman (dont l’Urban Sax fera une place à Jacky Dupéty et Françoise Crublé) improvise plusieurs fois avec Camizole, au point de « fusionner ». Le verbe n’est pas choisi par hasard car sur un autre disque et deux autres faces, Camizole + Lard Free, c’est une autre expérience encore : le quartette augmenté d’Artman (orgue, vibraphone et batterie) et Philippe Bolliet (saxophone et basse) donne le 30 juillet 1978 près de Montpellier un concert hallucinant.

Mêlant free jazz et krautrock, l’association met au jour une musique des hauts plateaux qui, lentement, dévisse : un montage de différentes séquences sur lesquelles les instruments à vent rugissent à loisir quand la basse et puis l’orgue rivalisent de feulements. Lard Free à cette époque a publié trois disques, et Artman est là qui encourage la ferveur opérante de Camizole : mais Camizole + Lard Free est aussi, pour les deux groupes, le chant du cygne. Un chant que Souffle Continu a consigné sur un disque qui, avec la double rétrospective Camizole, a de quoi consoler Dominique Grimaud : « Il y a eu, durant les huit années d’existence du groupe, plusieurs opportunités discographiques qui n’ont pas abouti, ce qui explique cette découverte, c’est vrai, plutôt a posteriori. »

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Camizole : Camizole
Camizole / Lard Free : Camizole + Lard Free
Enregistrement : 1977-1978. Edition : 2018.
Souffle Continu Records
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

RENDEZ-VOUS - VENDREDI 30 NOVEMBRE A SOUFFLE CONTINU, PARIS

Tir groupé pour la sortie du livre : Agitation Frite 3 de Philippe Robert !
Agitation Frite 3 (Philippe Robert & Guillaume Belhomme / Lenka Lente) proposent une rencontre en invitant à jouer Pepe Wismeer avec Thierry Müller et Marc Sens, pour la sortie du troisième volume d'Agitation Frite... Ainsi que Frédéric Acquaviva (également dans le livre) qui se greffera sur l'événement pour présenter ses nouvelles parutions.

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Véronique Vilhet, Dominique Grimaud : Îles (In-Poly-Sons, 2017)

A l’occasion de la parution d’Agitation Frite, livre de Philippe Robert consacré à l’underground musical français de 1968 à nos jours, le son du grisli publie cette semaine une poignée de chroniques en rapport avec quelques-uns des musiciens concernés en plus de deux entretiens inédits tirés de l’ouvrage...

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La lecture de l’Atlas des Îles abandonnées de Judith Schalansky – dans la très recommandable, mais pas infaillible, série de l’éditeur Arthaud qui mêle géographie et imaginaire (cités rêvées ou perdues, lieux maudits…) – a inspiré à Véronique Vilhet et Dominique Grimaud leur second album, après AAHH !! en 2015. Un carnet de voyage, en quelque sorte, qui les transporte de Rapa Iti à l’île fantôme de Sandy, de Tromelin à l’Île de l’Ascension…

Réels ou inventés, ces morceaux de terre émergée ne sont évidemment qu’un prétexte capable d’aménager au duo autant de plages sur lesquelles déposer ses bagages. Parce que, à l’intérieur de ceux-là, il trouvera de quoi faire : batterie et percussions, Fender Stratocaster et synthy AKS, mais aussi guimbarde, épinette, balafon, harmonica, ukulélé… Etoffé, l’instrumentarium n’oblige pourtant pas Vilhet et Grimaud : c’est avec une légèreté qui leur assure de passer sans encombre d’une île à l’autre qu’ils l’envisagent au contraire une douzaine de fois.  

Alors, quand ce n’est pas le chant d’un vent de synthy, ce sont quelques accords ouverts de guitare (Grimaud cite ici Peter Finger et Michael Hedges, mais on pense aussi parfois à Henry Flynt ou au camarade Pierre Bastien) ou le rythme lent de tambours qui suffisent à la création d’une musique d’atmosphère minimaliste et souvent saisissante. A force de courir, la ligne claire de la guitare électrique – les effets sont comptés – rattrape toutes les trajectoires possibles : engagées, bouclées, soupçonnées même : sur l’Île de la Solitude, Véronique Vilhet et Dominique Grimaud peuvent alors achever leur course, si ce n’est la suspendre un temps.

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Véronique Vilhet, Dominique Grimaud : Îles
In-Poly-Sons
Enregistrement : 2013-2015. Edition : 2017.
LP : 01-12/ Îles
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

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