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Le son du grisli
26 juin 2015

Interview d'Ellery Eskelin

interview ellery eskelin juin 2015 le son du grisli

Il reste des musiciens avares, de confidences et donc de disques. Ellery Eskelin, saxophone ténor de Baltimore installé à New York depuis 1983, est de ceux-là. Quelques leçons de Dave Liebman et le voici multipliant les collaborations : Andrea Parkins et Jim Black, Gerry Hemingway, Han Bennink, Sylvie Courvoisier, Dennis González… Cette année, c’est pourtant seul qu’il revient : ce dont Solo Live at Snugs atteste.



… Mon premier souvenir de musique, c’est ma mère jouant de l’orgue. Elle était musicienne professionnelle à Baltimore lorsque j’étais enfant. En l’écoutant jouer, j’ai appris beaucoup de chansons et j’ai forgé mon sens du rythme.  

Tu vois éditer aujourd’hui Solo Live at Snugs, qui n’est que ton second enregistrement solo…Oui, Premonition était le premier, Solo Live at Snugs est le second. Vingt-trois années les séparent.

Qu’est-ce qui a changé dans ta pratique instrumentale, et dans ta façon de t’exprimer, entre ces deux époques ? Lorsque j’ai commencé à développer mon projet de saxophone solo en 1992, je voulais que le saxophone agisse d’une autre manière, musicalement parlant. A travers le phrasé et d’extrêmes juxtapositions de texture sonore, j’ai essayé d’imaginer le saxophone comme s’il était tout sauf un saxophone. Après des années passées à envisager l’instrument de cette manière, je m’intéresse aujourd’hui au principe même qui fait qu’un saxophone est un saxophone. Ce que j’obtiens est toujours basé sur la texture et le phrasé mais j’essaye de jouer du plus profond de l’instrument, d’en trouver le cœur.

Tu as beaucoup joué en duos, est-ce la formule que tu préfères ? En solo, la musique a tendance à évoluer assez lentement dans le temps (en tout cas, pour moi) et je ne ressens pas le besoin de la documenter jusqu’à ce que quelque chose ait assez changé pour en faire état. Avec un partenaire, la musique est tout de suite différente, puisqu’elle dépend de la personnalité de celui-ci et de notre interaction.  

Dans un souci de préservation peut-être, de nombreux musiciens ont tendance à consigner le moindre de leurs enregistrements sur disque. Dois-tu forcément ressentir le genre de « changement » dont tu parles pour envisager de faire paraître un nouveau disque ? Je pense que chaque musicien est différent à cet égard. Moi, j’essaye de travailler une chose après l’autre. J’aime constater le développement d’un projet dans le temps, les changements qu’il peut connaître. Certains projets peuvent bouger plus vite que d’autres. Je pense que le solo se développe plus progressivement, d’autant qu’il est comme mon vocabulaire de base. Selon le projet auquel il est appliqué, ce langage peut dire différentes choses, ce qui aura pour conséquence que tel ou tel projet sera plus souvent documenté.

Tu as récemment travaillé avec de jeunes musiciens (Harris Eisenstadt et Angelica Sanchez sur September Trio, Christian Weber et Michael Griener sur Jazz Festival Willisau…). Comment les rencontres-tu et qu’apportent-ils à ta musique ?  Ce n’est pas difficile de rencontrer des musiciens à New York. Ils sont partout. Et il est important pour moi d’écouter les nouvelles choses qui se font en matière de musique, en tout cas autant qu’explorer ce qui s’est fait par le passé.

Enseignes-tu ? Oui, je donne des cours privés. J’aime beaucoup ça. Surtout en ce moment, d'autant que les programmes universitaires enseignent le jazz d’une manière qui me motive à proposer quelques nuances, notamment sur l’aspect créatif de la chose.

De quelle façon choisis-tu les musiciens avec lesquels tu veux enregistrer ? Je les choisis sur l’idée que je me fais de notre possible association – de ce qu’elle donnera au son. Surtout lorsque nos approches dépassent un certain seuil de contraste. Il y a des chances pour que cela donne un « instantané musical » plus ouvert.

Tes projets de groupes respectent-ils tous ce vœu ? Ils suivent le même chemin, que trace l’idée que je me fais de ce que pourrait être ma rencontre avec telle ou telle personnalité. Il doit y avoir des points communs aux joueurs, qu'il faudra relier les uns aux autres. Et aussi des différences entre les musiciens afin de rendre notre musique plus ample.  

Tu enregistres souvent avec des partenaires que l'on dirait réguliers. Est-il aisé de dire de « nouvelles choses » avec des musiciens que tu fréquentes depuis tant d’années ? Ce n’est pas si difficile. A partir du moment où ces musiciens évoluent aussi en tant qu’individus, nous pouvons envisager ensemble d’exprimer quelque chose de nouveau.

Tes partenaires ne développent cependant peut-être pas leur pratique de la même manière que toi, et peut-être leurs attentes sont-elles différentes… Est-il alors question d’accorder vos intérêts ou, sinon, de jouer sans se soucier de rien d’autre ? Il faut d’abord que nous soyons d’accord pour faire avec nos sonorités et nos approches respectives, et alors nous entendre pour faire de la musique ensemble, l’un avec l’autre.

J’ai toutefois l’impression (je peux me tromper) que les musiciens disent davantage de leur art en solo – que ce soit en concert ou sur disque… Oui, peut-être. Mais il n’y a nulle part où fuir. Et, d’un autre côté, une bonne part du travail d’un musicien et de sa personnalité est révélée dans son interaction avec d’autres musiciens…  

Qu’est-ce qu’un exercice comme le solo apporte alors de différent ? Un enregistrement solo m’offre la chance d’expérimenter un peu plus intimement le point de vue d’un interprète (performer), afin d’entendre de quelle manière tous les éléments musicaux sont liés dans son esprit.

Quelle est la part d’improvisation dans ce dernier solo enregistré ? Quelle est ton point de vue sur l’improvisation libre – je me souviens par exemple de Figures of SpeechSolo Live at Snugs a été entièrement improvisé. Dans mon esprit, l’ « improvisation libre » veut dire libre de jouer ce qui nécessite d’être joué, et non pas libre des conventions qui peuvent être consciemment évitées. De mon côté, je n’écarte aucune possibilité et m’efforce d’être capable de jouer ce que mon esprit peut imaginer. Mon premier disque solo, Premonition, était lui aussi improvisé mais contenait quelques processus déterminés à l’avance.

Y a-t-il des disques d’autres musiciens de jazz enregistrés en solo que tu apprécies particulièrement ? J’apprends toujours quelque chose de chacun d’eux.

Ellery Eskelin, propos recueillis en juin 2015.
Photos : Benjamin Constable & Dragan Tasic
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

27 mai 2015

Sigtryggur Berg Sigmarsson : So Long (Helen Scarsdale Agency, 2015)

sigtryggur berg sigmarsson so long

Et un exercice de prononciation, un, avec Sigtryggur Berg Sigmarsson, qu’on connait mieux en tant que collaborateur de BJ Nilsen et Evil Madness et, surtout, moitié du duo expérimental – on s’accroche aux loudpspeakersStilluppsteypa. Auteur d’une discographie aussi discrète qu’abondante (une quinzaine de titres), l’Islandais imprime à son So Long un vent glacial qui fera baisser la température de votre casque Sennheiser de vingt bons degrés.

Transpercés d’un blizzard sonore qu’interrompt un bourdonnement marin, mais aussi insectivore, au flux et reflux d’une marée assoupie, les sons de l’initial Eight Hour Delay invitent à l’attente dans un recoin d’une salle de transit, quelque part entre Narvik et Bergen. Intervient alors un bourdonnement vivace, est-ce une corne de brume détraquée où l’envoi d’une nouvelle ligne sidérurgique ?, au travers d’un calme fuyant et lointain, à la frontière du liturgique (The Trip et son orgue troublant), avant qu’un ultime non-assaut ne dépeigne un paysage en pleine recomposition glaciaire, entre matin blanc et renoncement frigorifié (Late Night Arrival).

Sigtryggur Berg Sigmarsson : So Long (Helen Scarsdale Agency)
Edition : 2015
CD : 01/ Eight Hour Delay 02/ The Trip 03/ Late Night Arrival
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

8 mai 2015

Reinhold Friedl : Golden Quinces-Earthed For Spatialised Neo-Bechstein (Bocian, 2014)

reinhold frield golden quinces

Chef principal des émérites Zeitkratzer, dont la réputation n’est plus à faire, Reinhold Friedl a longtemps tardé à nous convaincre en position solo. Vous l’avez deviné, son petit dernier Golden Quinces, Earthed For Spatialised Neo-Bechstein est d’un tout autre acabit.

Jouée, son nom l’indique, sur un Neo-Bechstein, soit le premier piano électrique du XXe siècle, l’unique pièce de cinquante-cinq minutes voit le quinqua berlinois à son meilleur, là où son art des plus subtils recherche des familiarités entre György Ligeti et… Eyes Like Saucers.

Profondément angoissante, l’œuvre ne se limite toutefois pas à un catalogue trouillométrique à zéro. Si on y ressent également le vent glacial s’engouffrer dans la friche industrielle berlinoise explorée en son temps par Gilles Aubry (The Amplification of Souls), un registre grave et tourmenté à la Deaf Center offre un contrepoint bienvenu aux répétitions, qui ne le sont qu’en apparence. Et si on tenait là un des premiers grands disques de 2015 ?

Reinhold Friedl : Golden Quinces-Earthed For Spatialised Neo-Bechstein (Bocian Records)
Edition : 2015
CD : 1/ Golden Quinces, Earthed
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

14 avril 2015

eRikm, Martin Brandlmayr : Ecotone (Mikroton, 2014)

erikm martin brandlmayr ecotone

Tout commence sous la pluie. Mais il est possible de s’abriter vite fait sous une cloche. C’est la première image qui m’est venue d’Ecotone d’eRikm et Martin Brandlmayr, ou la rencontre (non pas d’un parapluie, etc., mais...) de sons bankâblés et d’une simple batterie.

Des bidouilleurs électroniques (ou assimilés), Brandlmayr a une grande expérience. C’est peut-être ce qui explique qu’il fait de ses fûts et de ses caisses des paratonnerres. C’est le cas dès le début du CD & l’effet est direct car le duo développe ensuite une forme musicale qui accouche des petits bruits hirsutes (oui, c’est bien le terme), de modules rythmiques, de drones satellites, de dérapages sonores et de négociations. Bref, d’une électroacoustique qui plaît parce qu’elle impressionne sans être le fruit de showmen ni d’experts en abstraction. En tout cas jusqu’au final, qui pourrait bien vous exploser en pleine oreille.

eRikm, Martin Brandlmayr : Ecotone (Mikroton / Metamkine)
Edition : 2014.
CD : 01/ L’Hinterhof 02/ Pneuma 03/ Répercussion 04/ Tumbleweed 05/ Palmanova 06/ Underdense
Pierre Cécile © Le son du grisli

27 mars 2015

Bertrand Gauguet : Shiro (Herbal International, 2014)

bertrand gauguet shiro

On ignore si les huit pièces de Shiro, travail engagé par Bertrand Gauguet en 2011 alors qu’il était en résidence à la Villa Kujoyama de Kyôto, forment un tout – c’est-à-dire : une cohérence – ou si elles sont les relevés emblématiques – mais disparates – de l’assimilation dynamique des chants d’un instrument acoustique et de ceux du même instrument amplifié.

S’il est affaire de balance, Shiro basculerait au moment de Sabi, cinquième plage d’intonations saturant qu’un ampli de guitare crache en machine bruitiste. De part et d’autre, c’est en diplomate ou en créateur méditatif (« Je travaille quotidiennement et, en un sens, cela peut s’approcher d’une forme de méditation », confiait Gauguet en 2011) que le saxophoniste consigne un exercice butchérien. Souffles introvertis, lignes sinueuses mesurées souvent à l’aune de feedbacks ou notes endurantes mais réservées, fuient alors les impasses de l’exercice improvisé (si ce n’est sur Yūgen qui, à force de trop approcher l’impasse, s’y oubliera) au son de polyphonies vaporeuses.

Bertrand Gauguet : Shiro (Herbal International / Metamkine)
Enregistrement : 19 juillet 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Le temps de sable fin chante dans mes bras 02/ Shiro 03/ Yūgen 04/ Bloc noir 05/ Sabi 06/ Jo-ha-kyū 07/ Kuro 08/ Anitya
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

20 novembre 2014

Tom Chant, John Edwards, Eddie Prévost : All Change (Matchless, 2014)

tom chant john edwards eddie prévost all change

Sous Waterloo Station, Tom Chant (saxophoniste jadis noyé dans le Core Anode d’Otomo Yoshihide), John Edwards et Eddie Prévost improvisèrent le 13 juin 2012. Sur la couverture du disque – qui succède à Touch, The Virtue In If et The Blackbird’s Whistle, du même trio sur le même label –, l’évocation d'un chemin de fer ; au dos, trois rails prêts à se passer de traverses.

L’allusion saisie (parallèles difficiles et possible accident), on soupçonne l’accrochage envisagé, et même convoité. C’est qu’il faut désormais malmener l’équilibre d’une improvisation pour qu’on ne l’accuse d’être trop prévisible dans ses recours et même ses inventions. Funambule, Chant ira alors au ténor puis au soprano sur l’indiscipline de la paire rythmique : que Prévost cingle ou se retienne, qu’Edwards projette ou ramage, le saxophoniste met au jour le liant qui permet au trio de battre le fer et la ligne – ligne dont l’instabilité assure la force du mouvement –, soit : de bel et bien se passer de traverses.  

Tom Chant, John Edwards, Eddie Prévost : All Change (Matchless Recordings)
Enregistrement : 13 juin 2012. Edition : 2014.
CD : 01/ All Change – Part 1 02/ All Change – Part 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

10 novembre 2014

Loren Connors : Portrait of a Soul (Alara, 2014)

loren connors portrait of a soul 2014

Portrait of a Soul (sorti en 2000 mais réédité aujourd’hui en vinyle et en digital) est certainement l’une des plus belles réussites de Loren Connors.

Car c’est un disque qui flaire bon l’introspection et qui a saisi à jamais l’électricité si particulière de la guitare et l'âme du MazzaCane. Un léger delay et l’Américain suit le cours d’une pensée et le fil d'une imagination merveilleuses toutes les deux. Poignant de simplicité (derrière elle se cache la vérité de Loren Connors), il multiplie les pistes mélodiques dans un embranchement qui évoque ces lignes de chemin de fer le long desquelles on l’a toujours imaginé vagabonder, guitare sur le flanc droit. Ses glissandos et ses pickings l’accrochent à la ferraille, la rouille atteint son instrument et cette couleur particulière donne tout son caractère à ce portrait d’une âme qu’il aurait été dommage en effet de ne pas rééditer.

écoute le son du grisliLoren Connors
Portrait of a Soul

Loren Connors : Portrait of a Soul (Alara Music)
Réédition : 2014.
LP / Téléchargement : 01-14/ Day 1-Day 14 15—19/ Evening 1-Evening 5 20-23/ Night 1-Night 4 24-26/ Dawn 1-Dawn 3
Pierre Cécile © Le son du grisli

11 septembre 2013

Rishin Singh : Three Weevils (Avant Whatever, 2013) / Ulrich Krieger : Up & Down 23 (B-Boim, 2009)

rishin singh three weevils le son du grisli

Partenaire de Jim Denley et Sam Pettigrew dans le projet Embedded ou intervenant auprès de Jason Kahn sur Open Space, Rishin Singh dit « essayer de ne pas imposer son propre son aux sons qui l'environnent ». Three Weevils, enregistrement solo que publie aujourd'hui Avant Whatever, brouille pourtant les cartes.

En guise de repère, reste alors le son d'une corne de brume (le trombone de Singh, en vérité) arrivant d'un lointain dont les vagues conservent une mystérieuse force de chant : c'est Ablute, et un peu plus de trois minutes. Au-delà, ce sera le vacarme d'une rafale de grisailles dont l'intensité n'aménage le moindre espace à la musique : c'est Kambah, sur six minutes et demi.

Entre les deux plages, vingt minutes durant, Vinyl joue de craquements attendus sur lesquels se poseront, délicates et à distance, de longues notes de trombone. L'art est patient et l'épreuve habile, qui rappelle, à un autre instrument, le passage d'Ulrich Krieger chez B-Boim (Up & Down 23) et engage l'auditeur à en apprendre davantage sur ce trombone des antipodes.

EN ECOUTE >>> Trois extraits

Rishin Singh : Three Weevils (Avant Whatever)
Edition : 2013.
CD : 01/ Ablute 02/ Vinyl 03/ Kambah
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

ulrich krieger up & down 23

Enregistré en janvier 2005, Up & Down 23 donne à entendre Ulrich Krieger prendre un peu de distance avec le minimalisme qui l'a beaucoup occupé. Etonnant passage de relais entre notes de (jusqu'à quatre) saxophones soprano qui font cas de silence et d'harmonie, la longue pièce installe une polyphonie défaite capable d'insistances autant que d'abandons. Le livret avait prévenu : « This is instrumental electronic music ». Les réécoutes attestent quant à elles : une référence dans le domaine.

Ulrich Krieger : Up & Down 23 (B-Boim)
Enregistrement : 2005. Edition : 2009.
CD : 01/ Up & Down 23
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

8 septembre 2014

Taiga Remains : Works for Cassette (Helen Scarsdale Agency, 2014)

taiga remains works for cassette

Si les sorties du label The Helen Scarsdale Agency nous parviennent à doses homéopathiques, le souvenir vivace de quelques disques bien torchés (dont le Kreiselwelle de irr. app. (ext.) en 2009) fait toujours ressortir le fol espoir d’une découverte majeure.Si Works for Cassette d'Alex Cobb, alias Taiga Remains,ne révolutionnera rien, il serait bien ridicule de laisser de côté son apparente inoffensivité.

Taillée sur mesure pour les thuriféraires de la William Basinski connection, l’œuvre de l’homme de Cincinnati imprime un évident savoir-faire, qui rime totalement avec talent et conviction. Tel un tailleur de soundscapes hypnotiques où les drones sereins explorent le calme apparent du paysage pour mieux sublimer ses angoisses, Cobb multiplie les contre-champs et les détours, tout en restant fidèle à un schéma conducteur très au-delà des tristes langueurs monotones du quotidien. Oui, monsieur.

Taiga Remains : Works For Cassette (Helen Scarsdale Agency)
Edition : 2014.
LP : A1/ Sup Pralad A2/ There's Nothing A3/ Skin, Leaves B1/ Winter Tai-Tung B2/ Spring Shan-Lin-Shi
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

1 septembre 2014

Janek Schaefer : Lay-by Lullaby (12k, 2014)

janek schaefer lay-by lullaby

Légende de l’ambient et des field recordings, Janek Schaefer déboule – enfin – sur la maison-mère du genre, l’infatigable maison new-yorkaise 12k.

Pour ceux qui ont déjà abordé l’œuvre du bonhomme, qu’il soit en solo ou aux côtés de Stephan Mathieu ou Philip Jeck, l’effet de surprise ne jouera guère, même si Lay-by Lullaby invite clairement à la méditation et se veut un exact contrepoint au furieux Asleep At The Wheel de 2010 (dont quelques échos routiers nous rappellent son essentielle présence).

Ici, tout n’est clairement que tendresse ambient avant de se laisser dorloter dans les thermes (quitte à roupiller dix minutes) et de siroter un cocktail de fruits frais dans un fauteuil en rotin. C’est bien sûr cliché mais dans la vie, ça fait aussi un rude bien de compter sur des valeurs sures.

Janek Schaefer : Lay-by Lullaby (12k)
Edition : 2014
CD : 1/ Radio 101 FM 2/ Radio 102 FM 3/ Radio 103 FM 4/ Radio 104 FM 5/ Radio 105 FM 6/ Radio 106 FM 7/ Radio 107 FM 8/ Radio 108 FM 9/ Radio 109 FM 10/ Radio 110 FM 11/ Radio 111 FM 12/ Radio 112 FM
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

31 août 2014

John Zorn : In the Hall of Mirrors (Tzadik, 2014)

john zorn in the hall of mirrors

Un auditeur ne connaissant pas l’astuce trouverait en Stephen Gosling un pianiste téméraire et à l’imagination débordante. Un auditeur connaissant l’astuce n’aurait d’autre choix que d’admettre la fulgurance de cette musique.

L’astuce, la voici : John Zorn a composé six pièces (oublions la première, sorte de muzak d’un autre âge) et a rédigé la complexe partition de piano pour Stephen Gosling, lequel se charge d’en être l’interprète, et seulement l’interprète. Greg Cohen (contrebasse) et Tyshawn Sorey (batterie) disposent, eux, de la liberté d’improviser à leur guise autour de la partition de Zorn.

Le résultat est convaincant. Le malin (pour ne pas dire plus) Zorn jette de l’huile sur le feu en renvoyant dos à dos improvisation et écriture. Ce n’est pas la première fois, ce ne sera pas la dernière. Reste qu’ici ses choix compositionnels, adoptés des codes de l’improvisation, des musiques contemporaines ou sérielles, font toujours bon ménage. Oui, malin ce Zorn qui putréfie la ballade (In Lovely Blueness), lui offre un sonique-solide cluster avant d’égrener quelques lumineuses gymnopédies. Malin comme un Zorn, pourrait-on même écrire.

John Zorn : In the Hall of Mirrors (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2014. Edition : 2014.
CD : 01/ Epode 02/ Maldoror 03/ Tender Buttons 04/ In Lovely Blueness 05/ Illuminations 06/ Nightwood
Luc Bouquet © Le son du grisli

28 août 2014

Roscoe Mitchell, Tony Marsh, John Edwards : Improvisations (OTOroku, 2013)

roscoe mitchell tony marsh john edwards improvisations

Il faut du tempérament pour « soutenir » Roscoe Mitchell, c'est à dire le suivre sans trop en démontrer ni respectueusement s’effacer. John Edwards et Tony Marsh (dont c’est-là le dernier enregistrement) en avaient assez – certes, nous n'en doutions pas.

Enregistré le premier des deux soirs que Mitchell passa au Café Oto début mars 2012, Improvisations en retient quatre, qui – à vive allure pour la première et la troisième, plus paisiblement pour les deux autres – témoignent de l'entente du trio, inédit jusque-là.

Les saxophones et flûtes qui tournent ou dévalent les degrés des constructions anguleuses que Mitchell imagine sur l'instant, Edwards les souligne, développe ou provoque, à l'archet comme aux doigts, tandis que Marsh fleurit l'improvisation de chants miniatures et de ponctuations franches. Pour avoir fait oeuvres d'à-propos et de cohésion, les accompagnateurs peuvent conclure, ajoutant à la démonstration de Mitchell un supplément d'âme.  

Roscoe Mitchell, Tony Marsh, John Edwards : Improvisations (OTOroku)
Enregistrement : 9 mars 2012. Edition : 2013.
2 LP / DL : A-D/ Improvisations
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

festival météo 100

John Edwards jouera ce jeudi 28 août, dans le cadre du festival Météo, au Sud de Bâle, en compagnie de Virginia Genta, Mette Rasmussen et Chris Corsano.

26 août 2014

Nate Wooley, Hugo Antunes, Chris Corsano : Malus (NoBusiness, 2014)

nate wooley hugo antunes chris corsano malus

Après avoir donné ensemble les fières expérimentations de Seven Storey Mountain, Nate Wooley et Chris Corsano se retrouvaient fin mai 2012 associés au contrebassiste Hugo Antunes : le 27 en présence de Giovanni Di Domenico et Daniele Martini (Posh Scorch, disque Orre) ; les 28 et 29 en trio (Malus, disque NoBusiness, qui nous intéresse).

La trompette ouvre en lyrique : l’heure est encore au service d’un jazz en équilibre sur d’impétueux roulements de tambour, qui pourra rappeler celui que pratique Dennis González. A sa suite, ce sont des airs plus lâches qui interrogent instruments et amplis – école Trumpet/Amplifier oblige – au son de phrases courtes (ou même osées du bout des lèvres), de motifs (phrases ou larsens) développés dans l’ombre et de turbulentes questions-réponses.

Défaite d’allure, l’expérimentation qui a peu à peu pris le contrôle du jeu met en valeur une autre forme de l’entente du trio : ainsi Wooley et Corsano parsèment-ils de trouvailles et d’habiles audaces une simple improvisation à la contrebasse (Seven Miles from the Moon) quand les amplis ne prétendent pas cracher quelques solos remarquables (Sewn). Et le coup marche, à tel point que Wooley (en sourdine), Antunes et Corsano, se payeront le luxe de conclure ce bel enregistrement plus « simplement ». Etait-ce là, et enfin, le Malus promis ?

écoute le son du grisliNate Wooley, Hugo Antunes, Chris Corsano
Gentleman of Four Outs

Nate Wooley, Hugo Antunes, Chris Corsano : Malus (NoBusiness)
Enregistrement : 28-29 mai 2012. Edition : 2014.
LP : A1/ Gentleman of Four Outs A2/ 4 Cornered A3/ Sawbuck – B1/ Seven Miles from the Moon B2/ Sand-bagged B3/ Sewn B4/ Gentleman of Three Inns
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

festival météo 100

Chris Corsano apparaîtra deux fois cette année au festival Météo : seul, le mercredi 27 août, à la chapelle Saint-Jean de Mulhouse ; accompagné (de John Edwards, Virginia Genta et Mette Rasmussen), le lendemain, au Sud de Bâle.

24 août 2014

Cindytalk : TouchedRAWKISSEDsour (Handmade Birds, 2014)

cindytalk touchedrawkissedsour

Trente ans de catalogue après ses débuts sous l’ambigu pseudonyme Cindytalk, l’ex-punk écossais Gordon Sharp continue un chemin sans concession ni demi-mesure avec un neuvième opus, TouchedRAWKISSEDsour.

S’il n’atteint pas le degré de maîtrise absolu de The Crackle Of My Soul (2009, décidément une sacrée année), Sharp parvient à l’intérieur de chaque titre à multiplier les fausses pistes noise pour s’orienter vers une musique noire quasiment spectrale – et à chaque écoute, on se plaît à redécouvrir une porte qu’on n’avait pas jugé bon d’ouvrir la fois d’avant. Par moments, ça fout même une sacrée trouille et on se réjouit d’avance de vous la faire partager.



Cindytalk : touchedRAWKISSEDsour (Handmade Birds)
Edition : 2014.
CD : 01/ Dancing On Ledges 02/ Fire Recalling Its Nature 03/ Mouth Of My Sky (Open Up And Swallow Me) 04/ Reversing The Panopticon 05/ E Quindi Uscimmo A Riveder Le Stelle 06/ Yūgao 07/ Mystery Sings Out
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

28 décembre 2015

John Dikeman, William Parker, Hamid Drake : Live at la Resistenza (El Negocito, 2015)

john dikeman william parker hamid drake live at la resistenza

Quelque chose survient ici, qui devrait nous mettre la puce à l’oreille : le très prévisible duo William Parker / Hamid Drake le devient nettement moins. Il faut dire que les phrasés de rocailles et d’escarres de John Dikeman ne sont pas ceux de tout le monde. Ce sont des phrasés de force et de colère. Ce sont des phrasés qui rugissent. Ce sont des phrasés qui ne demandent qu’à être captés et étendus. Ce ne sont pas des phrasés insaisissables, mais des phrasés en attente d’amis.

Donc : les cris, les convulsions, les lamentations et ce vieux free jazz qui bouge encore. J’en vois qui s’en lassent. J’en vois qui se réjouissent. Je m’adresse donc à la deuxième catégorie : ouvrez les oreilles, mes amis, car un nouveau trio vient de naître. En choisissant de jouer avec  la paire Parker / Drake, Dikeman savait qu’il ne pouvait compter que sur lui seul. Le pari est gagné : ces trois-là s’écoutent, se comprennent, se complètent, s’amuseraient presque. Et oui, ce qui n’aurait pu n’être qu’un gig de plus cède la place à un concert vif, sans flottement, sans encombrements. C’est à suivre, me semble-t-il.



John Dikeman, William Parker, Hamid Drake : Live at la Resistenza (El Negocito Records)
Enregistrement : 5 mai 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Gratitude 02/ Invocation 03/ Bad Uncle John! 04/ WY Funk
Luc Bouquet © Le son du grisli

15 décembre 2015

John Cage, Morton Feldman : Radio Happenings (Allia, 2015)

john cage morton feldman radio happenings

Il est des préfaces qui valent toutes les introductions, chroniques... Celle que Christian Wolff a écrite pour ces retranscriptions de conversations entre John Cage et Morton Feldman (Radio WBAI, New York, 1966-1967) est de celles-là – et, puisqu’elle est courte, il faudra aller la lire.

A John Cage, Morton Feldman fait remarquer : « On dirait que les seules fois où nous avons la chance de nous parler, c’est à la radio ». A Feldman, Cage avoue : « C’est une forme de plaisir de converser en fait sur n’importe quel sujet. » Et les sujets de ces Radios Happenings ne manquent pas : de souvenirs en anecdotes et d’explications en impressions, les deux compositeurs badinent dans le même temps qu’ils dévoilent un pan de leur imaginaire. Dans leurs conversations se glissent alors les silhouettes d’autres grands compositeurs (Satie, Varèse, Stockhausen…), d’écrivains (Mallarmé, Whitman...) ou de peintres (De Kooning, Guston…), perce un aveu (ce difficile rapport de Feldman au « parasite sonore », qui l’oppose à l’idée de Cage selon laquelle tous les bruits peuvent s’entendre) ou quelque regret même (de ne pas voir les étudiants en musique aussi curieux que ceux en arts, par exemple, pour Cage). Ce sont là deux intelligences – en résumé : l’humour de Feldman et le rire de Cage – qui se stimulent et s’accordent.

Reste maintenant à regretter quelques lourdeurs dans la traduction et une mise en page qui peut fatiguer l’œil tant elle abuse des illustrations : nombreux portraits d’artistes reproduits là peut-être pour remplir l’espace laissé vacant par des notes quasi inexistantes – elles, auraient pu expliquer pourtant, même brièvement comme c’est le cas pour Lukas Foss, qui était Teitaro Suzuki ou pourquoi Feldman traite à l’époque de ces entretiens son ancien ami Philip Guston de « peintre conventionnel », ou aussi donner le nom de cette pièce écrite pour « quelques violoncelles, environ seize » évoquée par Cage. Et puis, sous la reproduction de la pochette d’un disque, c’est souvent une approximation – rien que pour For Christian Wolff : les labels Hat Hut et hat ART ont été confondus quand l’année de la composition de la pièce passe pour celle de la publication du disque… Plus loin, c’est le label Mode qui n’est pas cité sous la pochette de String Quartet N°1 ou la réédition sur CD de The Piano Music of Henry Cowell que l’on date de… 1963 ; plus loin encore, c’est toute annotation qui a été jugée inutile sous la couverture du Piano and String Quartet par Vicki Ray et l'Eclipse Quartet paru chez Bridge… Ce sont là des détails mais on sait (d’autant qu’il y en a d’autres) que le diable s'y cache : qu’importe, pour goûter aux brillantes conversations de John Cage et de Morton Feldman, on acceptera d'en passer par là.

John Cage, Morton Feldman : Radio Happenings (Allia)
Edition : 2015.
Livre (français) : Radio Happenings. Traduction de Jérôme Orsoni.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



25 novembre 2015

Frank Bretschneider : Isolation (LINE, 2015)

frank bretschneider isolation

Qu'est-ce qui peut bien motiver l’Isolation de Frank Bretschneider ? Eh bien, pas grand-chose de neuf, à en croire l’écoute (parfois une suffit, mais j’admets qu’elle peut tromper !) que j’ai faite du disque.

L’entrée en matière était plutôt engageante, avec son infrabasse et son aigu en piste. Mais après, Bretschneider (erreur de frappe google : un Franck Bret habiterait Perpignan) nous fera le coup de la dislocation : l’infrabasse revient seul, ou alors c’est l’aigu qui revient seul, et quand ils reviennent seuls mais ensemble (un buzz de masse et un aigu théréminant) l’effet n’est plus le même. Moins rythmique que d'habitude, le Bretschneider, sur ces cinq titres qui s’écoutent, mais qui ne m’ont pas perpignanisé non plus. Tchus.

Frank Bretschneider : Isolation (LINE)
Edition : 2015.
CD : 01/ White Light 02/ Neon Night 03/ Cycle/Circle 04/ Vertical Time 05/ Oscillation/Feedback
Pierre Cécile © Le son du grisli

29 juillet 2014

Anne-F Jacques, Tim Olive : Dominion Mills (845 Audio, 2014)

anne-f jacques tim olive dominion mills

Compte-tenu de la rapidité avec laquelle il autoproduit ses enregistrements sur 845 Audio, on saura gré à Tim Olive de ne pas verser dans l’enregistrement facile, c’est-à-dire : de trop. Après Alfredo Costa Monteiro (33 Bays), Katsura Mouri (Various Histories) et Jason Kahn (Two Sunrise), c’est avec sa compatriote Anne-F Jacques qu’il forme ce nouveau duo qui intéresse.

Aux « rotating devices » – petits moteurs électriques modifiés et amplifiés – de Jacques, Olive répond en faisant usage de « magnetic pickups » – sortis d’une guitare électrique monocorde. En trois temps, la paire dompte des râles qu’elle dépose ensuite à distance sur les sillons de plateaux (systèmes ou plaques) qu’elle fait tourner. Bercés par le mouvement et sur écho léger, ces râles deviennent alors des rumeurs à la force de persuasion de laquelle il est bientôt impossible de résister. Et donc, d'applaudir.

Anne-F Jacques, Tim Olive : Dominion Mills (845 Audio)
Enregistrement : juillet 2013. Edition : 2014.
CD : 01-03/ Dominion Mills
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

27 juin 2014

Peter Brötzmann, Fred Van Hove, Han Bennink : Brötzmann/Van Hove/Bennink (FMP, 1973)

brötzmann van hove bennink

L'un de mes albums préférés de Brötzmann est Brötzmann/Van Hove/Bennink (FMP 130), enregistré en studio en 1973. Il se compose de dix pièces plutôt courtes et aérées privilégiant d'insolites et délicates collisions de timbres et de couleurs. Dans l'atmosphère ouatée du studio, chaque musicien semble prendre son temps, Brötzmann a le loisir de pouvoir s'approcher et s'éloigner à son aise du micro et de jouer avec le souffle et le velouté, de plus on entend (enfin) pleinement le piano (et le célesta !) de Van Hove en très grande forme. Un album lumineux qui aborde avec élégance et délectation des relations singulières avec la mélodie, le rythme et la forme.

Peter Brötzmann, Fred Van Hove, Han Bennink : Brötzmann/Van Hove/Bennink (FMP)
Enregistrement : 25 février 1973. Edition : 1973. Réédition : 2003 (CD Atavistic)
LP : A1/ For Donaueschingen Ever A2/ Konzert Für 2 Klarinetten A3/ Nr.7 A4/ Wir Haben Uns Folgendes Überlegt A5/ Paukenhändschen Im Blaubeerenwald A6 / Nr.9 - B1/ Gere Bij B2/ Nr.4 B3/ Nr.6 B4/ Donaueschingen For Ever
Gérard Rouy © Le son du grisli

27 juin 2014

Peter Brötzmann, Han Bennink : Schwarzwaldfahrt (FMP, 1977)

peter brötzmann han bennink schwarzwaldfahrt

Le groupe de Peter Brötzmann que je préfère reste le trio qu’il formait avec Han Bennink et Fred Van Hove, mais mon album préféré est cet enregistrement en duo avec Han, Schwarzwaldfahrt. C’est un document qui mêle improvisations, art sonore et field recordings, et aussi le portrait de deux artistes au sommet de leur art, un mystérieux collage de mystères et de faits réels. Il n’y a rien eu de tel avant, ni depuis.



My favorite band of Peter Brötzmann's is still his trio with Han Bennink and Fred Van Hove, but my favorite album is his duo recording with Han, Schwarzwaldfahrt.  A document of improvisations, sound art, and field recordings, it's a portrait of two artists at their creative height, a beautiful collage of mysteries and facts. There has been nothing like it before or since

Peter Brötzmann, Han Bennink : Schwarzwaldfahrt (FMP)
Enregistrement : 9-11 mai 1977. Edition : 1977. Réédition : 2005 (CD Atavistic) / 2012 (LP Cien Fuegos)
LP : A1/ Aufen Nr. 1 A2/ Aufen Nr. 2 A3/ Aufen Nr. 3 A4/ Aufen Nr. 4 A5/ Aufen Nr. 5 – B1/ Schwarzenbachtalsperre Nr. 6 B2/ Schwarzenbachtalsperre Nr. 7 B3/ Schwarzenbachtalsperre Nr. 8 B4/ Schwarzenbachtalsperre Nr. 9 B5/ Schwarzenbachtalsperre Nr. 10
Ken Vandermark © Le son du grisli

2 juin 2014

David Berezan : Allusions sonores (Empreintes DIGITALes)

david berezan allusions sonores

David Berezan est un compositeur de musique acousmatique, souvent récompensé. Allusions Sonores est le premier disque que j’entends de lui. Attention, rien à voir avec le Berezan de mon immeuble, qu’on ne me soupçonne pas de conflit d’intérêt !

Sur Empreintes DIGITALes, ce Berezan là remplit tout l’espace du CD d' « allusions sonores » qui font référence à des bruits divers et variés ( bouées de navigation maritime, lamellophone balinais, field recordings de plusieurs continents…). Bien, très bien même… Et là-dessus, il jette des reverses, des tintements et des sons acoustico-moléculaires qui épateraient plus d’un marin revenu sourd de Badlands... Bref, de quoi réjouir le terrien adepte de musique de grand large que je suis !

écoute le son du grisliDavid Berezan
Allusions sonores

David Berezan : Allusions sonores (Empreintes DIGITALes)
Edition : 2014.
CD : 01/ Buoy 02/ Thumbs 03/ Badlands 04/ Galungan 05/ Nijo
Pierre Cécile © Le son du grisli

12 mai 2014

In Memory of Bahru Kegne (Terp, 2013)

In Memory of Bahru Kegne

Si les refrains avaient la valeur du pétrole, Total ou Shell auraient, croyez-moi, fort foré en Ethiopie ! Or, c’est à Terp, filiale de The Ex, que l’on doit cette rétrospective des productions de Bahru Kegne : In Memory Of. The Cassette Years 1988-1996.

C’est drôle, l’effet de la cassette sur le son (plonge ta cassette dans un liquide, et il en ressortira un CD vintage !). Je me souviens avoir succombé aux charmes des premiers Youssou N’Dour en banlieue de Dakar (c’était sur cassette, impossible de trouver ces « premiers » morceaux aux basses bien présentes sur CD). Amateur d’Ethiopiques, voilà que je découvre maintenant Bahru Kegne, chanteur et joueur de … masinko. Critique musical sûr de son fait, je vous avouerais avoir toujours connu le masinko. C’est comme ça, y’a des instruments qu’on connaît depuis toujours, sans jamais les avoir entendus. Mais que dire de la voix du chanteur ? Il est des voix qui viennent d’une autre planète, et c’est le cas de sa voix à lui.

Le premier morceau du CD vous fait l’effet d’une claque : ainsi il existait une autre planète que la mienne à quelques centaines de kilomètres d’où je vis ? Le refrain fébrile, la fragilité instrumentale, le swing saxophoné de Derbabaye, le Mela Mela excentricisé (« excentricisé », j’ai bien dit), la valse chaloupée (Nil oblige) de Ye Gebere Leza, et même l’expérimental de Tew Tew… Mon coin de France ou de Belgique ne pourra plus faire sans ce coin d’Ethiopie qui gagne depuis quelque temps le monde entier. Des « légendes » comme celles-là, j’en redemande !

Bahru Kegne : In Memory of Bahru Kegne (Terp)
Enregistrement : 1988-1996. Edition : 2013.
CD : 01/ Sela Beyligne 02/ Ambassel 03/ Yegebere Leza 04/ Tezetaye 05/ Endet New Gedawo 06/ Bati 07/ Mela Mela 08/ Tew Tew 09/ Derbabaye 10/ Shemounmoun 11/ Yehuna 12/ Tenayewa
Pierre Cécile © Le son du grisli

14 mai 2014

Itaru Oki : Chorui Zukan (Improvising Beings, 2014)

itaru oki chorui zukan

Le souffle infiltre le silence. La trompette d’Itaru Oki cueille la  mélodie (lumineux Misterioso & 'Round Midnight), se recueille devant ces histoires si souvent contées (I’m Getting Sentimental Over You, I Wish I Knew). Ici, ce ne sont plus des standards mais de neuves mélodies, crées il y a quelques secondes seulement.

Ailleurs, la trompette du japonais improvise et l’appel n’en est que plus pressant. Bill Dixon avait déjà tutoyé ces étranglements, cette réverbération salivaire, ces grondements zébrés. Itaru Oki lui offre un nouveau moteur, un autre mystère. Parfois les souffles se dédoublent, parfois le blues s’installe et tous les repères historiques et géographiques se perdent. Ou bien, est-ce le contraire. Ce disque solo suffira-t-il à nous convaincre de l’intrépide et singulier talent d’Itaru Oki ? On espère la réponse positive.

Itaru Oki : Chorui Zukan (Improvising Beings)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Janomecho 02/ I’m Getting Sentimental Over You 03/ Oogamadara 04/ I Wish I Knew 05/ Asagimadara 06/ Midorishijimi 07/ Misterioso 08/ You Are Too Beautiful 09/ Karasuageha 10/ I Wish I Knew 11/ Shimokita Blues 12/ Smiling Mr. Nanri 13/ Suminagashi 14/ ’Round Midnight
Luc Bouquet © Le son du grisli

13 mai 2014

Christoph Korn, Lasse-Marc Riek : Series Invisible Collection 2 (RADIX, Gruenrekorder, 2013)

christoph korn lasse-marc riek series invisible collection 2

A leur collection de field recordings inaudibles mais quand même retranscrits sur papiers (date d’enregistrement et localisation, date d’effacement et localisation, enfin, durée de la chose effacée), Christoph Korn et Lasse-Marc Riek ajoutent aujourd’hui un second tome : Series Invisible Collection 2.

Comme hier – le premier volume peut être consulté ici –, un petit livre noir atteste la brève existence d’une cinquantaine de captations interdites de conservation : un CD, qui aurait pu être vierge, aurait-il donné la preuve qu’il n’y avait désormais là – c’est-à-dire près de la mer à Cascais ou à la Baie des Trépassés, dans un appartement privé de Düsseldorf ou sur la tombe de Kafka à Prague… – plus rien à entendre, même pas la preuve de ce rien-là ?

Alors, les traces de ces sons perdus sont d’encre, et si Barthes et Sebald servent au duo à expliquer son geste, on osera, pour excuser leurs vains transports, le Beckett de Cap au pire : « A force de long vouloir / Tout vouloir envolé ».

Christoph Korn, Lasse-Marc Riek : Series Invisible Collection 2 (RADIX, Gruenrekorder)
Edition : 2013.
Livre : Series Invisible Collection 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

7 mai 2014

Peter Brötzmann, Steve Noble : I Am Here Where Are You (Trost, 2013)

peter brötzmann steve noble i am here where are you

La ballade que Peter Brötzmann s’autorisa au creux du concert qu’il donna avec Steve Noble à Bruxelles en janvier 2013 est une parenthèse et une respiration. Partout ailleurs, non pas sous l’influence de Noble mais parfois remotivé par son effervescence, il agite, voire étrangle, son instrument (saxophones alto ou ténor, clarinette ou tarogato) comme s’il lui fallait dire à la fois pour lui-même et pour un John Edwards absent (…the worse the better).

Avec la même urgence, Brötzmann et Noble déboîtent donc, attrapent dans leur course un premier hymne, le font tourner pour l’enrichir, le posent et le finissent sur leur métier commun. Passé au tarogato, Brötzmann gagne des aigus qui rendent Noble exotique – d’un exotisme renfrogné, toutefois. De quoi retourner plusieurs fois les Ateliers Claus, à Bruxelles, par où la tornade a passé.  

Peter Brötzmann, Steve Noble : I Am Here Where Are You (Trost)
Enregistrement : 19 janvier 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ I Am Here Where Are You 02/ If Find Is Found 03/ Mouth on Moth 04/ No Basis 05/ A Skin Falls Off
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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