Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Loren Connors, Suzanne Langille : Strong & Foolish Heart / Blue Ghost Blues (Tanuki, 2016)

loren connors suzanne langille tanuki

Ça fait drôle de relire une de ses chroniques quelques années après son écriture. C’est donc parce que le label Tanuki sort ces jours-ci un 33 tours (de la taille d’un 45) de Loren Connors / Suzanne Langille que j’ai relu le texte que j’avais écrit à propos de I Wish I Didn’t Dream

Quelques semaines après la sortie de ce CD, le couple était programmé au Counterflows Festival d’où proviennent ces deux chansons (une composition de Langille et une reprise de Lonnie Johnson). Si je ne m’étais grillé en introduction à cette nouvelle chronique, j’aurais pu me contenter d’y mettre des bouts de l’autre pour ensuite touiller le tout. Or, bien mal m’en aurait pris car si l’on retrouve sur ces deux faces de vinyle la même méthode (le guitariste joue encore mou loin derrière et Langille susurre ou chante de front) et la même « black poésie », l’incantation est cette fois bien plus efficace.

En effet la voix de Langille interdit (presque) la comparaison avec Patti Smith au profit d’une autre avec Beth Gibbons et la guitare électrique tout en trémolos redonne des couleurs au bluesman de légende… Voilà donc que je change d’avis à propos de la paire Langille / Connors ? Ca m’apprendra à être honnête !

Loren Connors, Suzanne Langille : Strong & Foolish Heart / Blue Ghost Bluessuzanne langille loren connors
Tanuki Records
Enregistrement : 2013. Edition : 2016.
33 tours (7’’) : A/ Strong & Foolish Heart – B/ Blue Ghost Blues
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Loren Connors : Portrait of a Soul (Alara, 2014)

loren connors portrait of a soul 2014

Portrait of a Soul (sorti en 2000 mais réédité aujourd’hui en vinyle et en digital) est certainement l’une des plus belles réussites de Loren Connors.

Car c’est un disque qui flaire bon l’introspection et qui a saisi à jamais l’électricité si particulière de la guitare et l'âme du MazzaCane. Un léger delay et l’Américain suit le cours d’une pensée et le fil d'une imagination merveilleuses toutes les deux. Poignant de simplicité (derrière elle se cache la vérité de Loren Connors), il multiplie les pistes mélodiques dans un embranchement qui évoque ces lignes de chemin de fer le long desquelles on l’a toujours imaginé vagabonder, guitare sur le flanc droit. Ses glissandos et ses pickings l’accrochent à la ferraille, la rouille atteint son instrument et cette couleur particulière donne tout son caractère à ce portrait d’une âme qu’il aurait été dommage en effet de ne pas rééditer.

écoute le son du grisliLoren Connors
Portrait of a Soul

Loren Connors : Portrait of a Soul (Alara Music)
Réédition : 2014.
LP / Téléchargement : 01-14/ Day 1-Day 14 15—19/ Evening 1-Evening 5 20-23/ Night 1-Night 4 24-26/ Dawn 1-Dawn 3
Pierre Cécile © Le son du grisli

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McPhee, Moore, Nace : Last Notes (Open Mouth, 2013) / Moore, Connors : The Only Way to Go... (Northern Spy, 2013)

joe mcphee thurston moore bill nace last notes

Ainsi le passage par Roulette l’année dernière de Joe McPhee, Thurston Moore et Bill Nace, aura-t-il donné un disque : Last Notes – pour être exact, il s’agit là du premier set du concert, le second pouvant être téléchargé via l’utilisation d’un code fourni avec le vinyle. Comme hier avec Paul Flaherty (s/t) ou Mats Gustafsson, les guitaristes (duo Northampton Wools) y interrogent l’adéquation de leur art électrique avec un souffle à l’imagination considérable.

Pour McPhee, c’est encore l’histoire d’un chant intérieur qu’il faut (et qu’il parvient à) extérioriser puis adapter aux préoccupations mais aussi à l’écoute, attentive et alerte, de ses partenaires. Affûtés, Moore et Nace ne forcent jamais le trait, fomentant plutôt à force de gestes indolents des nappes qui donneront à l’alto aspiration et élan, et des caches dans lesquelles il pourra se replier à l’envi. C’est d’ailleurs là que le trio décidera de la forme à donner au fracas inéluctable.

Après lequel un retour au « calme » sera opéré. La suite n’est pas calquée, sa rumeur tirant sa substance d’arabesques, de grésillement d’amplis et de dérapages à la véhémence anéantie par une distension autrement sonnante. Butant sur un paquet de notes, le saxophoniste finira quand même par provoquer ses partenaires, qui mitrailleront en conséquence, le pousseront à bout, et gagneront ainsi leur propre déroute.

Joe McPhee, Bill Nace, Thurston Moore : Last Notes (Open Mouth)
Enregistement : 31 mai 2012. Edition : 2013.
LP : A-B/ Last Notes
Guillaume Belhomme © le son du grisli

thurston moore loren connors the only way to go is straight threw

Sous prétexte de Record Store Day, voici la paire Thurston Moore / Loren Connors publiée sur vinyle Northern Spy : The Only Way to Go Is Straight Through rassemble deux sets d’une vingtaine de minutes chacun. Donné le 14 juillet au Stone de New York, le premier défend une suite atmosphérique sous effets multiples, frottements et vibrato nonchalants, arpèges comptés. Datant du 17 octobre 2012, le second, enregistré au Public Assembly, peint avec moins d’embrouille mais aussi moins d’ampleur un paysage pourtant plus accaparant encore.

Thurston Moore, Loren Connors : The Only Way to Go Is Straight Through (Northern Spy)
Enregistrement : 14 juillet & 17 octobre 2012. Edition : 2013.
LP : A/ The Stone B/ Public Assembly
Guillaume Belhomme © le son du grisli

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Loren Connors, Suzanne Langille : I Wish I Didn’t Dream (Northern Spy, 2012)

loren connors suzanne langille i wish i didn't dream

Si selon moi les plus beaux disques de Loren Connors sont ceux qu’il enregistre seul, c’est guilleret quand même que je me rue sur ce nouveau CD du guitariste et de sa partenaire de longue date Suzanne Langille (qui l’accompagne notamment dans Haunted House). Grand mal m’en a pris : hors les murs de leur « maison hantée », le duo file encore plus la frousse…

Il y a quelques années, le couple nous révélait sur The Enchanted Forest son goût particulier pour les contes à double-face, ceux dans lesquels un train de merveilles cache forcément un plus grand train d’effroi. Pas sorti de leur lecture d’Alice (en cuir clouté) au Pays des Merveilles, Connors et Langille reviennent à leur black poésie, le premier déclinant des arpèges de blues-rock fourbu et la seconde lisant des textes  sur un ton qui donnerait le frisson à la plus épaisse des plus laineuses créatures venues du froid.

Le hic n’est pas tant ce romantisme de pacotille – pourtant Langille se complaît dans un sadomasochisme adolescent : « comme je suis perdue en ce monde… monde dont j’ignore tout… tout qui confère au rien… ô béatification de ma peine et esclavagisme de ma souffrance » (voilà à peu de choses près comment on pourrait adapter sa littérature) – mais plutôt l’emphase avec laquelle la récitante surjoue (alors que Connors joue mou loin derrière) et surréagit au point de faire passer Lydia Lunch et Patti Smith pour des maîtresses du self-control. Bien qu'écorchée vive – on l’aura compris –, Langille ordonne à son partenaire de lui asséner des coups de guitare-tronçonneuse : la somme des agressions n’est pas belle à entendre.

Loren Connors, Suzanne Langille : I Wish I Didn’t Dream (Northern Spy)
Edition : 2012.
CD : 01/ My Skin Is A Membrane [wd4825] 02/ La Belle Dame Sans Merci [wd4632] 03/ Come With Me [wd4878] 04/ [wd4942] 05/ Come On Come On [wd4864] 06/ Shenandoah [wd4652] 07/ Just Find Your Shoes [wd4572] 08/ I Wish I Didn’t Dream [wd4523] 09/ I Don’t Know [wd4642] 10/ Gotta Work [wd4499] 11/ Still Bound [wd4735] 12/ It Will Only Continue [wd4856] 13/ Cease To Do Evil [wd4769] 14/ Keep Breathing [wd4949]
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Derek Bailey : Play Backs (Bingo, 1998)

backslis

Le 19 mars 1998, Derek Bailey improvisait à la guitare électrique ou acoustique sur matériel préenregistré par une sélection de musiciens : Darryl Moore, Henry Kaiser, Casey Rice, John Herndon, Tied + Tickled Trio, Bundy K. Brown, John French, Ko Thein-Jones, Sasha Frere-Jones, John Oswald, Jim O’Rourke, Loren Connors.

Dans le dos, parfois, des machines et/ou programmations datées contre lesquelles inventer autrement. Quand ce n’est pas le cas, ce sont des ententes impromptues agissant entre jazz (avec les Allemands de Tied + Tickled Trio) et No Wave (sur Resigned avec Casey Rice). Mais Play Backs contient surtout cette pièce que John Oswald composa à partir d’enregistrements de Derek Bailey : J.O. Complete, ou cinq minutes fantastiques que le guitariste passera à ne pas intervenir : « Oswald’s effected such an improvement on how my stuff usually sounds, I thought it better to leave it alone. »

Derek Bailey : Play Backs (Bingo)
Enregistrement : 19 mars 1998. Edition : 1998.
CD : 01/ Darryl Moore : D For D 02/ Henry Kaiser : HK D&B 03/ Casey Rice : Resigned 04/ John Herndon : Please Smile 05/ Tied & Tickled Trio : Tickled 3 06/ Bundy K. Brown : BKB Mix 07/ John French : CLB Drums 08/ Casey Rice : Resigned 2 09/ Casey Rice : CLB Drums 10/ Sasha Frere-Jones : Sasha 11/ John Oswald : J.O. Complete 12/ Jim O'Rourke Loren, Loren Mazzacane Connors : George  
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

sgsli

Cette chronique est tirée du deuxième hors-série papier du son du grisli, sept guitares. Elle illustre le portrait de Derek Bailey.

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Loren Connors: The Curse of Midnight Mary (Family Vineyard - 2009)

Marygrisli

Une cassette retrouvée l’année dernière – son sale et satisfait – délivra un ancien enregistrement de Loren Connors : particulier, celui-ci donne à entendre le guitariste se laisser aller au blues sur la tombe de Mary E. Hart – ou Midnight Mary –, cimetière de New Heaven, en 1981.

Bravant la malédiction qui voudrait que tout importun passé près de la stèle après minuit commence à profiter aussitôt de la poignée de minutes d’existence à lui rester encore, Connors s’installe et parcourt d’une main molle une guitare passablement défaite. Inadapté courant derrière quelques rengaines d’un folk qu’il interrogera ensuite avec Kath Bloom et Tom Hanford, le guitariste élève une suite d’airs las et désenchantés qu’il entonne d’une morosité plaidant en faveur d'une absence de raison : caressant ici un hymne minuscule et obséquieux, dosant là son langage d’envoûté à la suite de l’exemple donné par Robert Johnson.

Aux deux-tiers de l’enregistrement, la voix avale de plus en plus les notes de guitare, oblige la musique à davantage de distance et réduit l’ensemble au témoignage actif de l’art brut d’un simili possédé : yodelant chant des stèles.

CD: 01/ Chant 1 02/ Chant 2 03/ Chant 3 04/ Chant 4 05/ Chant 5 06/ Chant 6 07/ Chant 7 08/ Chant 8 09/ Chant 9 >>> Loren Connors - The Curse of Midnight Mary - 2009 - Family Vineyard. Distribution Differ-ant.

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