Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Roy Nathanson : Nearness And You (Clean Feed, 2016)

roy nathanson nearness and you

Au Stone, entre le 2 et le 6 juin 2015, Roy Nathanson conviait ses amis en dialogue profond, cherchait et trouvait proximité et écoute, s’amourachait à cinq reprises d’une Nearness of You qu’il ne voyait que tendre et lumineuse.

La plupart du temps en duo, rarement en trio, il variait les angles, exposait son alto serpentin aux délices de l’instant. Le baryton chuchotait à l’oreille de Marc Ribot avant de crépiter de toutes ses clés. L’alto s’époumonait face au placide trombone de Curtis Fowkles. Ce même alto faisait jeu égal avec le piano du grand Chico O’Farrill. Son soprano papillonnait autour du clavier d’Anthony Coleman avant d’effectuer avec celui-ci un très convaincant numéro de derviche tourneur. Et si Nathanson, devenu pianiste le temps de quelques minutes, se raidissait, c’était pour mieux border Ida Lupino (Carla Bley) de sa tendresse rentrée avant de s’initier aux denses arabesques de dame Melford. Au Stone, entre le 2 et le 6 juin, Roy Nathanson trouvait la route de l’intime pour ne jamais la quitter.

roy nathanson

Roy Nathanson : Nearness and You
Clean Feed / Orkhêstra International
Enregistrement : 2-6 juin 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ The Nearness of You 02/ The Low Daze 03/ Indian Club 04/ What’s Left 05/ The Nearness of Ewes 06/ The Nearness of You 07/ The Nearness of Jews 08/ What? Shoes? 09/ Ludmilla’s Lament 10/ Ida Lupino 11/ An Other’s Landscape 12/ And Then Some 13/ A Surprisingly Pastoral Moment 14/ The Nearness of You Too
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Ceramic Dog : Your Turn (Yellow Bird, 2013)

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-    Moins performant, Marc Ribot, sur ce nouvel opus de Ceramic Dog ?
-    Possible !

La raison serait une triple perte sèche : d’humour (alors que le trio que le guitariste forme avec Ches Smith et Shahzad Ismaily pensait en avoir un minimum), de repères (à force de multiplier les clins d’œil, d’Hendrix à T-Rex, et les resucées, de la pop indé sous-Morphine au power rock en passant par la reprise du Take 5 de Dave Brubeck) et surtout, surtout, de distance avec son sujet : la musique.

Car Ribot et ses comparses (que rejoignent à l’occasion Arto Lindsay à la guitare, Eszter Balint à la voix, Dan Willis au hautbois ou Keefus Ciancia aux samples) donnent l’impression de s’amuser entre eux sans vraiment chercher à lier contact avec nous. On e-bowe et on fuzze, on gimmicke à foison, on déroule du free solo au mètre ou on singe une musique exotique : rien n’y fait…

-    Dispensable ce nouvel opus de Ceramic Dog ?
-    Ôuch que oui !

Ceramic Dog : Your Turn (Yellow Bird)
Edition : 2013.
CD : 01/ Lies My Body Told Me 02/ Your Turn 03/ Masters of the Internet 04/ Ritual Slaughter 05/ Avanti Populo 06/ Ain’t Gonna Let Them Turn Us Round 07/ Bread and Roses 08/ Prayer 09/ Mr. Pants Goes to Hollywood 10/ The Kid is Back! 11/ Take 5 12/ We Are the Professionnals 13/ Special Snowflake
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Marc Ribot Trio : Live at the Village Vanguard (PI, 2014)

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Dans les années 1960, le Village Vanguard accueillit parfois Trane ou Ayler. L’histoire se poursuit-elle aujourd’hui, quand le mythique club new-yorkais invite Marc Ribot, Henry Grimes (qui n’y avait plus joué depuis décembre 66) et Chad Taylor ? A  vrai dire, la question est stupide et je m’en voudrais presque de l’avoir posée...

Ce que je sais et entends ici, c’est que ces Messieurs n’ont pas abandonné l’idée de faire parler quelques poudres noires et soniques. Coltrane se voit célébré par une chaude et précise interprétation de Sun Ship (on sera plus réservé sur Dearly Beloved qui ouvre cet enregistrement). Quant à Ayler, on pourra s’étonner d’entendre son Wizard mâtiné à la sauce country-rock, mais on n’aura pas d’autre choix que de se rendre aux délices, loopings, crochets et ricochets contenus dans Bells.  Et quand la guitare de Ribot associe Hendrix au grand Albert (Bells toujours), on se dit que ces trois-là n’ont pas fait fausse route.

Marc Ribot Trio : Live at the Village Vanguard (PI Recordings / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2014.  
CD : 01/ Darly Beloved 02/ The Wizard 03/ Old Man River 04/ Bells 05/ I’m Confessin’ 06/ Sun Ship
Luc Bouquet © Le son du grisli

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John Zorn : Enigmata (Tzadik, 2011)

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Interprétées par un alto et un violoncelle, les compositions d’Enigmata, ici fortifiées par les guitares saturantes de Marc Ribot et de Trevor Dunn, paraitraient-elles si nouvelles ? Quelles tournures prendraient-elles ? Quels seraient les effets et les portées de ces excès soniques ?

John Zorn explique ainsi Enigmata : « c’est une nouvelle musique, une musique au-delà des genres. Ces nouveaux outils ont besoin d’être étudiés ». On peut souscrire à son analyse (après tout, c’est lui – et lui seull – le compositeur de cette oeuvre) mais on peut aussi convoquer certains souvenirs : tel arpège obsessionnel n’a-t-il pas déjà parcouru la guitare de Fred Frith ? Telle saturation n’a-t-elle pas animée une certaine Naked City ? Zorn ferait-il du neuf avec du vieux ? A vrai dire la question est idiote tant cette musique, trop vite rejetée par certains, n’est pas sans atouts : vivacité, nervosité et épaisseur d’une forme, peut-être voilée (ou dévoilée – et c’est peut-être sa seule finalité) par l’instrumentarium proposé ici.

John Zorn : Enigmata (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ One 02/ Two 03/ Three 04/ Four 05/ Five 06/ Six 07/ Seven 08/ Eight 09/ Nine 10/ Ten 11/ Eleven 12/ Twelve
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Tom Waits : Bad As Me (Anti, 2011)

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Bad As Me ne bouleversera sans doute pas la discographie de Tom Waits mais il en est un bon élément. Un CD de rocaille, de folk et le blues, de rock pris aux racines…

Parfois quand même, c’est la grosse cavalerie (Chicago) et on peut frôler la chanson de marin (les Pogues ne sont pas loin sur Pay Me). Pour se rattraper, Waits se déguise en diva post-Billie (Kiss Me touche au cœur sous ses allures de My Man) ou, au contraire, distribue des claques comme lui seul sait le faire (comme Screamin’ Jay Hawkins savait le faire en son temps, sur des canevas aux vapeurs enivrantes).

Sur un disque de chansons, on peut souvent imaginer le chanteur seul et unique interprète ; or Tom Waits est, là encore, un cas à part. Il sait s’entourer. Pour preuve : Marc Ribot à la guitare (et parfois Keith Richards), Gino Robair aux percussions ou encore Clint Maedgen aux saxophones (dont un baryton qu’aurait sûrement embauché sur le champ Little Richard). Avec tout ça, on se dit que si la chanson est aussi bonne que Tom Waits prétend être mauvais (Bad As Me), alors on a bien le droit d'y revenir !

Tom Waits : Bas As Me (Anti / Pias)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Chicago 02/ Raised Right Men 03/ Talking at the Same Time 04/ Get Lost 05/ Face to the Highway 06/ Pay Me 07/ Back in the Crowd 08/ Bad As Me 09/ Kiss Me 10/ Satisfied 11/ Last Leaf 12/ Hell Broke Luce 13/ New Year’s Eve
Pierre Cécile © Le son du grisli

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John Zorn : Interzone (Tzadik, 2010)

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N’ayant que faire des file cards et autres games pieces - l’image étant absente ici -, le chroniqueur se bornera à décrire quelques-uns des nombreux fourmillements contenus dans l’Interzone zornienne.

Cette Interzone est peuplée de riches individualités (Marc Ribot, Cyro Baptista,Ikue Mori, Kenny Wollesen, John Medeski, Trevor Dunn) et de blocs indépendants, aménagés et ménagés sans transition. En vrac et dans le désordre, la casbah propose : rythmes éberlués, rock démembré, douceur et muzak, farces et attrapes, éclats de drums et d’alto survoltés, jazz et free jazz, éclairs blancs et brumes épaisses, latineries décapantes…

L’endroit d’où nous parle John Zorn n’est sans doute pas l’Interzone de Burroughs (ce dernier y retrouverait-il ses seringues ?) mais, entre tiraillements amers et mélodies rassurantes, un même et unique territoire que Zorn semble avoir du mal à quitter depuis une petite décennie. Du savoir faire et des émotions fortes (ce n’est déjà pas si mal !) mais pour le festin radical, on repassera.

John Zorn : Interzone (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2010.
CD : 01/ I 02/ II 03/ III 04/ IV
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Marc Ribot's Ceramic Dog: Party Intellectuals (Yellowbird - 2008)

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En chien de faïence, Marc Ribot promène le bassiste Shahzad Ismaily et le batteur Ches Smith au son d’un bouillon de culture plus ou moins malin, mais efficient quand même.

D’un blues rock passablement déconstruit à un morceau suintant de musiques du monde, d’une version punitive de Break On Through à une électropop indigeste, Ribot investit l’exercice avec difficulté, rendant stérile le produit de ses tentatives. Et puis, l’allure de Party Intellectuals change, l’ironie se fait plus redoutable avec l'arrivée soudaine d'une bassstation et l’élucubration électronico-dansante de Fuego.

Toujours plus chanceux, le guitariste imbrique maintenant une mélodie de rien décorée de field recordings (Digital Handshake) et une pièce d’un minimalisme arty (When We Were Young and We Were Freaks), emporte son trio au rythme d’une no wave adolescente et drôle (Girlfriend) ou d’expériences rappelant celles de DNA (C=). Ainsi, en appliquant un no future au domaine de la pop universaliste et brouillonne, Ribot finit quand même par convaincre, dans le même temps qu'il relativise l’importance de l’essai transformé.

CD: 01/ Break On Through 02/ Party Intellectuals 03/ Todo el mundo 04/ When We Were Young and We Were Freaks 05/ Digital Handshake 06/ Bateau 07/ For Malena 08/ Fuego 09/ Girlfriend 10/ Midost 11/ Shhh Shhh 12/ C= >>> Marc Ribot’s Ceramic Dog - Party Intellectuals - 2008 - Yellowbird. Distribution Harmonia Mundi.

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Marc Ribot: Exercises in Futility (Tzadik - 2008)

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Sur Exercices in Futility, Marc Ribot s’adonne sur guitares de bois à l’art de l’impromptu. Le temps de 14 études et d’une passade jouant en faveur du motif répété.

Quelques techniques éprouvées – hammers, tirandos, pickings – et une pratique plus singulière – faite de notes soudainement précipitées et de cordes étouffées – emportent alors le guitariste, qui frôle souvent une mélodie pour mieux s’en éloigner, transforme en leçon de chose récréative l’interprétation d’une phrase à peine perçue.

Quelques clins d’œil, aussi : à une country expérimentale ou à la gamme pentatonique, blues plusieurs fois investi, comme pour contrecarrer les amas de dissonances et d’harmoniques cassant le rythme de l’entraînement auquel on veut nous faire croire. Et puis, une ode plutôt lâche à la répétition, rengaine entêtante aux notes distendues et distanciées, qui conclut l'heure convaincante du concept changeant et décisif.

CD: 01/ Etude #1 Five Gestures 02/ Etude #2 Morton 1 03/ Etude #3 Elvis 04/ Etude #4 Bombasto 05/ Etude #5 Lame 06/ Etude #6 Cowboy 07/ Etude #7 Ballad 08/ Etude #8 Groove ? 09/ Etude #9 Morton 2 10/ Etude #10 Min 11/ Etude #11 Ascending 12/ Etude #12 Mirror 13/ Etude #13 Wank 14/ Etude #14 Event on 10th Avenue 15/ The Joy of Repetition

Marc Ribot - Exercises in Futility - 2008 - Tzadik. Distribution Orkhêstra International.

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Marc Ribot: La corde perdue / The Lost String (La Huit, 2007)

marc ribot the lost string la corde perdue

En suivant le guitariste Marc Ribot dans les rues de New York, la réalisatrice Anaïs Prosaïc signe le portrait sobre et efficace d’un guitariste en quête d’expériences différentes.

Pas toujours heureuses, d’ailleurs, tant Ribot semble chercher davantage à multiplier les interrogations qu’à mettre la main sur une solution définitive. L’effet du doute, sûrement, mis en images : archives datant des années 1990 (tentatives inquiètes sur la scène de la Knitting Factory), témoignages d’anciens partenaires (Arto Lindsay), ou extraits de concerts auprès des Cubanos Postizos.

Ailleurs, le guitariste raconte ses origines familiales, donne tous les gages du père anxieux mais attentif, interroge la capacité de la musique à répondre efficacement à la marche du monde, enfin, ballade ses inquiétudes d’un continent à l’autre, sur lesquels il donne en représentations autant de gestes adroits que d’hésitations formelles. Comme en 2003, à Pau, où Prosaïc aura filmé l’interprétation de quatre morceaux en solo, pour n’oublier aucune des nécessités imposées par son sujet, et achever son film saisissant.

Anaïs Prosaïc : Marc Ribot. La corde perdue / The Lost String (La Huit)
Edition : 2007. Réédition : 2015.
DVD : La corde perdue / The Lost String
Guillaume Belhomme @ le son du grisli (2007 / 2015)

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