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Le son du grisli
1 janvier 2012

Sam Rivers, Dave Holland : Vol. 1 & 2 (IAI, 1976)

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Ce texte est extrait du deuxième volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Ces deux volumes réalisés en duo, et à parts égales par Sam Rivers et Dave Holland, représentent une oasis de relative tranquillité au milieu de l’œuvre du premier dans les seventies. Probablement qu’aucun autre saxophoniste à la même époque que Sam Rivers incarne la synthèse parfaite de préoccupations parfois et hâtivement jugées antinomiques. Par exemple la spontanéité inhérente au free jazz n’exclut en rien l’introspection. Sans compter que la véhémence peut gagner à être cadrée dans des formes savamment élaborées. De même qu’une phrase aux contours tranchants peut très bien s’accommoder d’une certaine fluidité. De pareils contrastes naît ici un charme indubitablement insidieux. 

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Avec tout ce qui l’a nourri (notamment Lester, Bird, Ben Webster, Coltrane, Rollins), que ce soit au ténor comme au soprano, Sam Rivers a toujours dialogué, ce qu’il fit en d’incessants allers-retours, mis à jour au travers d’intervalles singuliers, et au fil du temps de plus en plus distendus. L’énergie sollicitée au cours de cette mis en œuvre n’est jamais dépensée en pure perte, mais bien plutôt constamment placée sous contrôle dynamique.

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Certains critiques, autrefois, insistèrent à juste titre sur la lisibilité irréprochable du discours de Sam Rivers, éminemment paradoxale quand elle s’avère encore patente au milieu d’un déluge de notes torrentiel. Au contraire de la clarté dont s’émerveillaient donc certains, d’autres crurent percevoir chez lui une véritable part de nuit qu’il se serait évertué à traverser afin d’en arracher quelque mystère. Les uns et les autres avaient, chacun à leur façon, pointé la même vérité. A savoir que chez Sam Rivers les schèmes harmoniques servent la patte afin d’en aiguiser les qualités – dont cette fameuse clarté. Au point d’ailleurs que les éboulements du phrasé – bien qu’imprévisibles – finissent toujours par ondoyer : virevoltants, chatoyants – irrésistibles. 

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En ces duos, le lyrisme s’insinue donc de manière perverse – basée sur le refus buté de toute facilité mélodique comme du swing. Sam Rivers et Dave Holland conversent dans l’élan d’une échappée qu’aucun accident de parcours ne saurait contrarier, exigeant de leur liberté vécue à deux qu’elle interroge sans cesse ce qui s’accomplit, mais sereinement – et quelque soit le degré de volubilité ayant cours. Car équilibre et harmonie priment tout au long des quatre faces que les deux hommes gravèrent sur ces deux LP, où saxophone ténor, soprano, piano puis flûte de l’un, vingt minutes durant à chaque fois, répondent à la contrebasse de l’autre.

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L’on a pu aussi entendre chez Sam Rivers le juste mélange entre l’ivresse d’un Coltrane et la lucidité d’un Rollins : ce n’est pas faux non plus. De fait, à aucun moment, pas même au piano ou à la flûte, Sam Rivers ne paraît se complaire dans quelque rumination que ce soit, tant sa pudeur ordonne la tempête couvant à chaque seconde, jusqu’à retenir l’explosion définitive de tous contours. Dans un même souffle Sam Rivers semble tout donner et reprendre tout aussi vite, ce dont jouira l’amateur de ce genre d’ordonnancement – là quasi méthodique. Quelque soit l’instrument sollicité, les vagabondages serpentins de Sam Rivers, suivis pas à pas par Dave Holland, ne se satisfont d’aucun autre repos que nécessaire à de nouveaux départs vers d’inédites aventures – et cela sans répit du début à la fin.

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11 octobre 2014

Daniel Menche : Marriage of Metals (Editions Mego, 2013)

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La première face, c’est une sorte de tonalité de téléphone qui passe en boucle alors que (ce qui semble être) des guitares se font de plus en plus présentes. Menche a encore frappé, se dit-on : faire du beau bruit avec tout ce qui lui passe sous les doigts… en l’occurrence, des gongs de gamelan.

Pas des guitares, donc ! N’empêche que Menche branche ses percussions sur un effet fuzz que ne renierait pas la plus tordante des pédales. Et mine de rien, ce sont deux javanaises qu’il a écrites avec ce système : une qui sature et s’entortille lentement autour de ses fréquences et l’autre qui vous endort sur un crescendo de distorsions tout en vous faisant craindre le choc du réveil (or, ce sera un larsen diplomate). Surprenant.



Daniel Menche : Marriage of Metals (Editions Mego / Metamkine)
LP : A/ Marriage of Metals 1 B/ Marriage of Metals
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
Pierre Cécile © Le son du grisli

6 octobre 2014

Tony Malaby : Somos Agua (Clean Feed, 2014)

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Agrippant le cri, l’enrobant d’une substance rauque et  enrouée, le ténor de Tony Malaby plonge, comme à son habitude, dans une franche périphérie microtonale. De disque en disque, les convictions s’affichent. De concert en concert, les doutes se taisent. Mais il reste toujours – au ténor surtout – ces passages en roue libre et où se postent des lyrismes balbutiants : circonstances délicates dans lesquelles les accompagnateurs du saxophoniste jouent un rôle crucial de relance et de soutien.

Ici, ce sont William Parker et Nasheet Waits  – le premier au jeu espacé, le second au drumming serré – qui se chargent de remettre Malaby dans le cercle. Cercle brûlant où se tordent les convulsions d’un ténor acéré et d’un soprano aux fortes senteurs de hautbois. Ainsi, d’une ligne que l’on imaginait claire et évolutive, l’instable pointe son nez. Et c’est, précisément, ce que l’on aime chez Malaby : sa facilité à enjamber les nombreux nids-de-poule passant à sa portée.



Tony Malaby’s Tamarindo : Somos Agua (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Mule Skinner 02/ Loretto 03/ Matik-Matik 04/ Can’t Find You 05/ Bitter Dream 06/ Little Head 07/ Somos Aqua
Luc Bouquet © Le son du grisli

22 mai 2014

Akio Suzuki, Aki Onda : ma ta ta bi (ORAL, 2014)

akio suzuki aki onda ma ta ta bi

Trois heures durant, Akio Suzuki et Aki Onda ont, le 30 juin 2013, arpenté ce qu’il reste d’une usine désaffectée de la banlieue de Bruxelles. A leurs instruments traditionnels (Analapos et pierres pour le premier, radios, ampli et walkmans pour le second), ils ajoutèrent quelques outils trouvés sur place : clous, planches de bois, bouteilles vides… Enregistrée, la performance est aujourd’hui rendue, réinventée aussi.

Dans la brochure d’une vingtaine de pages qui accompagne (renferme, même) le disque, une conversation est retranscrite. Les deux hommes se souviennent là de cet environnement particulier qu’il s’agissait de révéler par le son, hostile – pollution industrielle – mais confident, et disent l’importance de l’écho dans leur pratique sonore.

Sur disque, maintenant. Dans le même temps qu’il interroge l’acoustique de l’endroit, le duo recueille et parfois transforme ce que ce même endroit a à dire ; à ses captures, mêle ensuite ses propres respirations : inventions in-situ et inspirations « sur place ». Comme la trace sonore laissée au sol par le passage d’un avion, le chant de l’Analapos, le bruit de gestes concrets ou la voix de mystérieuses cassettes, prennent alors place sur un air de fabuleuse cantilène : ma ta ta bi.

écoute le son du grisliAkio Suzuki, Aki Onda
ma ta ta bi (extraits)

Akio Suzuki, Aki Onda : ma ta ta bi (ORAL / Metamkine)
Enregistrement : 30 juin 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ ta bi no ha zi ma ri 02/ do ko ka ra 03/ ma ta ta bi 04/ do ko e 05/ fu ta ta bi 06/ ta bi no ha te
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

18 avril 2014

ENOUGH!!! (Monotype, 2013)

enough!!!

Mais que trouve-t-on derrière ces trois points d’exclamation ?... Très bien... Ce n’est pas un, non ce n’est pas deux, mais bien trois dark-bruitistes ambianceurs qui vont vous faire mettre genou à terre, j’ai nommés : CM von Hausswolff, Jason Lescalleet et Joachim Nordwall.

Inutile de donner un titre à la chose enregistrée (le 20 décembre 2011 à l’Issue Project Room), les trois musiciens ont trop à faire. Ils nourrissent par exemple des aigus pour qu’ils persistent, concoctent des mini phases rythmiques, mettent le dernier tour d’écrou à un monstre de métal qui prend tout l’espace de la salle des machines… Soudain, la machine se met à léviter, elle se grippe et crache des bruits concrets. Mais l’expérience d’Hausswolff, Lescalleet et Nordwall fait que tout rentre dans l’ordre. Et même si, individuellement, les bidouilleurs se sont montrés plus efficaces (à mon sens : Mater Transfer pour le premier, The Pilgrim pour le deuxième et Soul Music pour le dernier), j’ai pris mes airs de bonimenteur pour vous convaincre qu’ENOUGH!!! vaut quand même farouchement le coup.

écoute le son du grisliENOUGH!!!
(extrait)

ENOUGH!!! : - (Monotype)
Enregistrement : 20 décembre 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ -
Pierre Cécile © Le son du grisli

17 avril 2014

Rodrigues, Guerreiro, Wolfarth, Gauguet : All About Mimi / Early Reflections (Creative Sources, 2013 / 2014)

ernesto rodrigues ricardo guerreiro christian wolfarth all about mimi

Si le tandem que forment Ernesto Rodrigues (alto, par ailleurs aux commandes du label) et Ricardo Guerreiro (ordinateur) apparaît dans nombre de disques Creative Sources, intégré à de vastes ensembles ou dans des formations moyennes, il est moins fréquent de pouvoir l'écouter en trio, recevant un invité choisi (comme cela se pratiquait, mutatis mutandis, dans les jazz clubs mettant leur « section » locale à disposition du « soliste » voyageur). Dans cette configuration, les superbes Late Summer et Shimosaki de septembre 2012 avec Radu Malfatti avaient de quoi allécher...

En octobre, la même année, Christian Wolfarth (aux seules cymbales) fit lui aussi le voyage de Lisbonne et c'est en studio qu'il s'attela au travail collectif de filage du son : cordes et métaux, frottés arco – du râpeux au fluide soyeux – se couchent et s'imposent, en paysages obstinés (à la manière de ceux dont Nicolas Bouvier a pu dire qu'ils « convainquent absolument à force de répéter la même chose »). A leur surface, Rodrigues ou Guerreiro s'enhardissent à venir déposer de rares accrocs, quelques étincelles, jusqu'à remettre brièvement en cause l'esthétique du strict continuum qui sied tant à Wolfarth. Peut-être cette poétique de basse tension, si l'on ose dire (alors que le chant gagne une belle ampleur au fil de la progression des six pièces), ne recèle-t-elle guère de surprises mais j'y trouve pour ma part une dimension narcotique, qui rend assurément sensible le moindre rehaut ainsi fait relief, articulation ou même clôture...

Ernesto Rodrigues, Ricardo Guerreiro, Christian Wolfarth : All About Mimi (Creative Sources)
Enregistrement : 12 octobre 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ All about Mimi I 02/ All about Mimi II 03/ All about Mimi III 04/ All about Mimi IV 05/ All about Mimi V 06/ All about Mimi VI
Guillaume Tarche © Le son du grisli



ernesto rodrigues ricardo guerreiro bertrant gauguet early reflections

... À l'été 2013, en compagnie du saxophoniste alto Bertrand Gauguet, c'est une nouvelle variation sur les modes d'habiter l'espace (et d'y ménager... des espaces) qui s'invente : moins autarcique, plus ouverte vers l'extérieur et aux « silences », mais sans drame néanmoins, elle joue subtilement des plans, tenant compte de l'environnement (du studio en wood et du lieu de concert en stone) que viennent modeler et modifier chuintements, fuites ou exhalations. Dans leur fine plasticité, et parfois leur nudité, ces gestes impeccablement pensés et posés témoignent d'une acuité d'écoute qui finit par gagner l'auditeur ; les jeux de clapets et de tuyères, les perçantes ondes perchées, les brouillards de fréquences, font délicatement vibrer et osciller les horizons.

Ernesto Rodrigues, Ricardo Guerreiro, Bertrand Gauguet : Early Reflections (Creative Sources)
Enregistrement : 14 juillet 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Wood (studio) 02/ Stone (concert)
Guillaume Tarche © Le son du grisli

25 avril 2013

Leif Elggren, Joachim Nordwall : The Holy Cross Between Our Antlers (Firework Edition / iDEAL, 2009)

leif elggren joachim nordwall the holy cross between our anters

Si trois ans séparent l’enregistrement des deux pièces de ce trente-trois tours – Leif Elggren sur la première face, Joachim Nordwall sur la seconde –, il semblerait que l’une ne puisse aller sans l’autre, d’autant qu’elles forment depuis 2009 l’étrange diptyque dont The Holy Cross Between Our Antlers est le nom.

Sous l’autorité du Baron de Münchhausen, les deux hommes ont en effet signé un pacte qui rapproche enfin deux façons de penser la création sonore : anciens discours gonflés de larsens et bruits concrets qu’Elggren met au service d’un pacifisme apocalyptique ; drones nourris mais aussi déformés sans cesse par lesquels Nordwall anesthésiera l’auditeur sonné. Complémentaire, donc.

Leif Elggren, Joachim Nordwall : The Holy Cross Between Our Antlers (Firework Edition / iDEAL)
Enregistrement : A/ 2005 B/ 2008. Edition : 2009.
LP : A/ Leif Elggren : The Upper Corridor and the Lower (Oh God It’s Too Early!) – B/ Joachim Nordwall : I Am The Shadow in Every Unspoken Curse
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

28 mars 2014

Tysmfyh : That Weather for Meeting You Again (Bruise on Silence, 2014)

tysmfyh that weather for meeting you again

Sandrine Verstraete et Jean De Lacoste, de Charleroi, Belgique, forment Tysmfyh. Si chacun prononcera le nom du groupe à sa façon, nous entendrons tous la même chose sur That Weather for Meeting You Again… En l’occurrence, quatre petits morceaux (c’est un E.P.) d’ambient-noise triturée où la basse grésille, un moteur ronronne, des field recordings ou des bouts de CD sont collés les uns aux autres, etc.

Sur cette musique expérimentale anxiogène, la dame et le monsieur peuvent parler (en anglais de Charleroi, Belgique), d’une voix d’alien, de Roswell, ou qui crache un peu. L’effet cherche peut-être à ajouter au mystère, mais le ci-devant mystère manque de consistance et s’en tient à un canevas plutôt old school et brouillon. Mais ce n’est là qu’un premier essai et, comme le duo ne démérite pas non plus, je ne voudrais pas étouffer leur ambient-noise dans l’œuf. Soit : attendons l'oeuf, avant de faire l'omelette ! 

Tysmfyh : That Weather for Meeting You Again (Bruise on Silence)
Edition : 2014.
CD : 01 : Cradle 02/ Home 03/ Reversed Room 04/ Escape I Am
Pierre Cécile © Le son du grisli

vecteur charleroi lee ranaldo

Le 1er avril, Tysmfyh assurera la première partie d'un Lee Ranaldo attendu au Vecteur de Charleroi, Belgique. 

18 février 2014

John Butcher, Leonel Kaplan, Christof Kurzmann : Shortening Distance (L’innomable, 2013)

john butcher shortening distance

En concert en avril 2012 à l’Ulrichsberger Kaleidophon Festival, John Butcher, Leonel Kaplan et Christof Kurzmann, firent œuvre de « réduction » jusqu’à revendiquer leur droit à la portion congrue : Shortening Distance.

L’exercice est nocturne, qui oblige au rapprochement de trois arts délicats. Au ppooll, Kurzmann dessine des lignes qui, en suspension, délimiteront le terrain de jeu dont les souffleurs avaient plus tôt retourné la terre – sous leurs chants, une faune miniature a fui. Réagissant avec une inspiration discrète à l’électronique, saxophone (en feedback, parfois) et trompette étendus osent une sensible expression « en retrait ». A Kurzmann, de suivre alors Butcher et Kaplan, en prenant bien soin de conserver la distance qui les sépare et les a férocement inspirés.

John Butcher, Leonel Kaplan, Christof Kurzmann : Shortening Distance (L’innomable)
Enregistrement : 27 avril 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ A Shortening Distance
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

24 novembre 2013

Werner Dafeldecker, Boris D. Hegenbart : Eis 9 (Grob)

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Cette chronique est l'une des cinq qui illustrent le portrait de Werner Dafeldecker dans le hors-série papier à paraître mardi (26 novembre) : sept basses.

C’est drôle comme on entend bien la contrebasse de Werner Dafeldecker sur Eis 9 : explorée de bas en haut et de haut en bas, de l’intérieur comme de l’extérieur, etc. Drôle car pour son duo avec l’énigmatique Boris D. Hegenbart (lui est aux electronics et au sampler), Dafeldecker n’a pas pris la peine de trimballer sa contrebasse…

Non, il préfère à l’occasion de ce rendez-vous improviser avec des percussions, un PowerBook et des guitares (acoustiques ou électriques) aux cordes plus ou moins bien tendues. Mais avec leur instrumentarium, Daefldecker et son Eis 9 nous trompent ! Car c’est bien une contrebasse que je suis sûr d’avoir entendu craquer, ailleurs ses graves qui ronflaient, là-bas son manche qui crépitait… et n’a-t-elle pas répondu plusieurs fois aux devices bactériens ou encore cherché à éradiquer par un gimmick arpégé bien senti un nuisible électronique ???

D’ailleurs, contrebasse ou pas, hallucination ou pas, qu’importe (qui de Dafeldecker, de moi, de l’œuf ou de la poule, est coupable ?), Eis 9 est bel et bien un disque de contrebassiste. D’un contrebassiste privé de son instrument et qui fait avec ce qu’il a (PowerBook, percussions et guitares) absolument tout pour remettre la main dessus. Optimiste, je dis pour ma part qu’il a réussi !

Werner Dafeldecker, Boris D. Hegenbart : Eis 9 (Grob)
Edition : 2001.
CD : 01/ Ei 02/ Is 03/ Si 04/ Es 05/ Ie 06/ Se 07/ 9
Pierre Cécile © Le son du grisli

20 septembre 2012

TBC : Insecta: The Birth of Gods (Monochrome Vision, 2012)

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Des habitants d’Hambourg doivent se souvenir être allé écouter Thomas Beck dans les années 80. Il officiait alors dans un groupe au nom de chiffres et de lettre : H64. Aujourd’hui, Beck bouge toujours et son patronyme n’est plus que de lettres : TBC.

Insecta: The Birth of Gods rêve comme son nom l’indique de mettre en place un nouveau Panthéon auxquels se plieraient tous les amateurs de noise, d’indus et de dada. Dans l’œil du cyclone, notre homme créé pour son délire créateur une bande-annonce électro-claustro, d’un expétimental old-school qui ne manquera pas de réveiller les habitants d’Hambourg qui pourraient se souvenir de lui... Thomas Beck ! Mais pour ce qui est de la jeunesse d’aujourd’hui, ou des vieux moins vieux que ceux qui étaient du public d’H64, la question se pose…

TBC : Insecta: The Birth of Gods (Monochrome Vision / Metamkine)
Edition : 2012.
CD : 01-04/ Part 01-Part 04
Pierre Cécile © Le son du grisli

31 janvier 2019

Akio Suzuki, Aki Onda : Ke I Te Ki (Room40, 2018)

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De la collaboration qu’Akio Suzuki et Aki Onda ont entamée voici cinq ans, le label Oral avait rapporté Ma ta ta bi, souvenir d’une promenade « à l’écoute » faite par le duo dans une usine désaffectée de la banlieue de Bruxelles. C’est ici un environnement moins hostile que les deux hommes ont eu, à l’automne 2015, à cœur de faire chanter : Emily Harvey Foundation, loft de New York ayant jadis abrité George Maciunas.

Puisqu’il n’est donc pas celui d’un oiseau, il faudra déterminer l’origine du sifflement qui ouvre Ke i te ki, terme qui désigne en japonais le son d’une alarme ou un sifflet utilisé pour alerter, explique Aki Onda. C’est là un signal qui indique qu’après s’y être préparé une journée durant, les musiciens ont commencé leur exploration : à l’écoute encore et répondant cette fois aux conditions du concert devant un petit comité, ils composent trois pièces qui épousent et l’heure et l’endroit.

Sous ce premier sifflement, étrangement musical, Akio Suzuki et Aki Onda déposent bientôt une basse continue : alors l’aigu est passé en machine tandis que des enregistrements de terrain – les micros sont partout, pour augmenter les sons archivés – sont projetés à la volée. Les musiciens eux-mêmes volettent maintenant, puis tourbillonnent au son d’une électronique importune et parmi le chant d’une pierre, le froissement d’un papier, les cris d’un bestiaire éparpillé… Ils font du beau avec du « là », et saisissent à force de qui-vive.

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Akio Suzuki, Aki Onda : Ke i te ki
Room40
CD : 01/ Ke I Te Ki 02/ Yo Ru No To Ba Ri 03/ Hi Ka Ri
Edition : 2018.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

25 novembre 2013

Evan Parker, Barry Guy, Paul Lytton : Live at Maya Recordings Festival (NoBusiness, 2013)

evan parker barry guy paul lytton live at maya recordings festival

Fin septembre 2011, Barry Guy * et Maya Homburger fêtaient à Winterthour, Suisse, les vingt ans de Maya Recordings. L’occasion pour le trio – trentenaire, lui – que le contrebassiste compose avec Evan Parker et Paul Lytton de poursuivre ses efforts d’improvisation. Quatre pièces naîtront de cette nouvelle rencontre, sur lesquelles Parker passe de ténor en soprano (passablement réverbéré entre les murs du Theater am Gleis) et que Guy et Lytton détaillent à coups d’archet ou de baguettes saillants.

Guy, pour tout dire, dirige l’essentiel des débats : sur Chert, le voici atténuant la volubilité du soprano pour imposer une approche plus sensible d’un art instrumental partagé ; sur Gabbro, il ajoute aux graves du ténor d’autres qu’il va chercher au plus profond de sa contrebasse. Ailleurs, l’association navigue sans plus de tuteur, arrangeant sur l’instant brefs coups d’éclat (frappe sèche de Lytton) et inventions parallèles (apnéiques de Parker contre harmoniques de Guy). S’il paraît sur NoBusiness (auquel Guy a déjà offert quelques belles références) et non sur Maya, impossible de taire les grandes qualités de ce Live at Maya Recordings Festival.

écoute le son du grisliEvan Parker, Barry Guy, Paul Lytton
Gabbro

Evan Parker, Barry Guy, Paul Lytton : Live at Maya Recordings Festival (NoBusiness).
Enregistrement : 25-27 septembre 2011. Edition : 2013.
CD / LP : 01/ Obsidian 02/ Chert 03/ Gabbro 04/ Scoria
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

19 novembre 2013

Didier Lasserre : La mémoire (Entre deux points, 2013)

didier lasserre la mémoire

Si Didier Lasserre a La mémoire courte (vingt-cinq minutes, en deux temps), elle n'en est pas moins vive, et même alerte. Seul, sur « batterie ancienne », il va ici chercher un lot de souvenirs qu’il drape de résonances et puis fait remonter.

Le premier coup porté, l’expérience de remembrance (papier calque dont il faut délicatement débarrasser ce bel objet Entre deux points) commande patience et obstination – Lasserre, on le sait, se frotte à l’une comme à l’autre avec un naturel saisissant. Levée de graves, caisse claire habilement sondée et cymbales vibrant par contrecoup : chacun des éléments de son « vieil » instrument est ainsi appelé à émettre des hypothèses, à donner en somme sa version des faits.

Alors, une histoire composée d’infinis détails – qu’on entende, à la réécoute, tout autrement l’un ou l’autre de ceux-là et La mémoire donnera innocemment dans l’uchronie – accapare notre attention pour la suspendre au moindre geste d’un batteur qui interroge : « comment mettre en scène (en son) le moment prochain ? » Or, Didier Lasserre fera sans jamais laisser entendre « comment », et ainsi captivera une autre fois, une fois de plus, en conteur sensualiste.

écoute le son du grisliDidier Lasserre
La mémoire

Didier Lasserre : La mémoire (Entre deux points)
Enregistrement : 21 mai 2013. Edition : 2013.
CDR : 01/ La mémoire 02/ Le signe
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

25 juin 2013

Osvaldo Coluccino : Oltreorme (Another Timbre, 2013)

osvaldo coluccino oltreorme

Quelqu’un s'en serait-il rendu compte du plagiat ? Si j’avais écrit d’Oltreorme ce qui avait été écrit d’Atto ? Je copie & je colle, Héctor, pour dire à mon tour qu’Osvaldo Coluccino ne joue d’objets comme personne. D’ailleurs, il ne joue pas. Non, il examine, secoue, voit ce que ça donne, cherche, trouve ou ne trouve pas, creuse ou abandonne…

J’aurais aimé dire aussi que nous ne devons pas chercher quel est l’objet, qu'il faut laisser faire l’imagination qui trotte et qui galope, le disque qui invite à l’imagination… Mais Atto n’est pas Oltreorme, dont le titre est un néologisme qui nous lance sur la piste d’ « outre-empreintes ». Plus que sur son prédécesseur, les objets questionnent le silence. Plus que sur son prédécesseur, Coluccino réinvente la musique concrète en la rendant élusive. Même dans le concret, il est important de se distinguer. Et Osvaldo Coluccino a su le faire.

Osvaldo Coluccino : Oltreorme (Another Timbre)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01-05/ Oltrorme 1-5
Pierre Cécile © Le son du grisli

12 août 2013

Tom Johnson : Questions (World Edition, 2012)

tom johnson questions

Dois-je – au mépris de tous les tabous – donner mon âge et dire que j’ai passé vingt-neuf années (les vingt-neuf premières, nous verrons pour la suite) à répondre à des questions ? Et soudain, Tom Johnson m’aménage une pause. Juste le temps d’un quartier libre intitulé Questions.

Une voix de femme (Carol Robinson), qui semble s’intéresser de près à la musique (mais n’est-elle pas musicienne ?), pose, n’arrête plus de poser des questions. Cette fois, les cloches de Johnson répondent à ma place avec une nonchalance qui m'est, à moi, inconnue. « Est-il plus facile pour vous d’écouter la musique ou les questions ? » Moi qui pensais pouvoir trouver un peu de repos, la voix m'interroge maintenant en même temps que Johnson. « Le canard », m’a conseillé une amie. D’autant que les cloches et la voix sont alliées : c’est l’auditeur que l’on presse maintenant de répondre. Je fais le canard, puisque c’est le conseil qui m’a été donné.

Pressé de questions, vingt-trois minutes durant, j’ai réussi à écouter et à me taire. Mais ensuite la même voix (celle de Carol Robinson) m’introduit au cor de basset (celui de Carol Robinson) et ensuite au piano (celui de Dante Boon). Les pièces de Johnson datent de différentes époques (1988, 1993, 2004) mais sont construites sur des séries de questions posées par notre interlocutrice au parfum de robot. Le contemporain est expérimental au point (c’est dire) de rappeler des jazzmen (Monk, Lacy, Braxton…) quand œuvre le cor et quelques classiques (Prokofiev, Satie, Gurdjieff…) ou minimalistes (Glass, Monk…) quand surgit le piano. Etrange, ce monde de questions. Mais n’est-ce pas celui de Tom Johnson ? Passionnant en plus d'être étrange, donc, surtout quand on a choisi de ne plus jamais répondre, à rien.

Tom Johnson : Questions (World Edition)
Edition : 2012.
CD : 01/ Music and Questions 02/ Music with Mistakes
03/ Same or Different
Héctor Cabrero © Le son du grisli

25 avril 2013

Antoine Beuger : 24 petits préludes pour la guitare (Edition Wandelweiser, 2013)

antoine beuger 24 petits préludes pour la guitare

Ces 24 petits préludes pour la guitare interprétés par Cristián Alvear Montecino inscrivent l’art d’Antoine Beuger dans un champ réduit de cordes.

De la guitare, classique, fuient des notes espacées de peu, qui, sur le propos musical, prennent un certain recul pour établir plutôt, à distance les unes des autres, une communication autrement sonnante. Le volume changeant, la dynamique parfois hésitante, l’arpège même pas interdit : les notes attendent le moment – pas forcément « le bon », mais en tout cas « le leur » – qui annoncera leur terme.

Des questions se posent alors : sur la nature de ce que chacune d’elles laisse dans son sillage et sur l’étrange permission que toutes offrent à leurs suivantes de dire à leur tour, voire à leur place. La berceuse défaite que composent ces préludes n’apportera bien sûr pas de réponse. Son bouquet de chants éphémères suffit à notre attention.

EN ECOUTE >>> II

Antoine Beuger, Cristián Alvear Montecino : 24 petits préludes pour la guitare (Edition Wandelweiser / Metamkine)
Edition : 2013.
CD : 01-24/ I-XXIV
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

26 mars 2013

Jasper TX : An Index of Failure (Handmade Birds, 2013)

jasper tx an index of failure

Uniquement disponible en format vinyle, An Index Of Failure marque une fin de cycle pour Jasper TX, dont nombre de précédentes sorties ont trouvé un écho plus que favorable, notamment ses très appréciés Black Sheep et The Quiet Season.

En parlant de calme, les cinq tracks de son indice de l’échec s’étirent parfois dans une semi-langueur étrange – et pas toujours captivante. Entre circonvolutions ambient et souvenirs shoegaze, hybride méconnaissable de Fennesz et Slowdive, l’univers de Dan Rosenqvist refuse de choisir son camp et, malgré tout, ne parvient guère à se créer une identité propre. Non que ça soit mal torché entre deux portes, juste qu’on a du mal à rester branché sur la durée totale de l’objet.

Jasper TX : An Index Of Failure (Handmade Birds)
Edition : 2013.
LP : A1/    Abandon A2/ In All Your Blinding Lights A3/ Rivers Flow B1/ A New Language B2/ Days Above The Tide
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

28 décembre 2016

Alan Courtis, Cyrus Pireh : Coils on Malbec (Shinkoyo, 2016)

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Sur la table que se partagent Alan Courtis et Cyrus PirehCoils on Malbec est le souvenir de leur rencontre, le 6 octobre 2013, à Buenos Aires : échange enregistré puis revu et, même, composé –, on trouve une console, un Zoom et un walkman, quelques fils rouge et blanc, enfin, des bobines électroniques et du vin d’Argentine. Le Malbec a été versé dans de petits récipients de métal que les générateurs, assoiffés peut-être, approchent déjà.  

De la miniaturisation des instruments et d’une expression abrégée – mais non pas diminuée –, Courtis et Pireh ont su faire un handicap inspirant. De leur association informelle, aussi d’ailleurs. Ainsi, les remous et les rumeurs que font naître les maigres (certes, mais insistants) éclairs, les troubles-sons (froufroutements, infimes dérapages, aigus tremblants…) et les bruits-intrus (parasites, buzzs, boucles…) battent la mesure de ces deux pièces de longueur égale.

Et la mesure ici importe, qui éloigne le duo des bruits faciles et des exercices entendus, rappelant à l’Argentin – le « ramenant », presque, à – cette Buenos Aires Tape qu’il enregistra jadis avec Günter Müller et Pablo Reche dans le même temps qu’il atteste l’intérêt du multi-instrumentiste américain pour les gestes comptés autant que chargés.

Qui, après avoir tourné et retourné le vinyle rouge, étourdi par ces chants d’instruments qui n’en sont pas, en chercherait naïvement la clef, devra s’en remettre à un seul et unique espoir : s’essayer à Uritorco, performance enregistrée quelques jours plus tard par les mêmes au Casa América, qui peut être trouvée sur cassette DumpsterScore.


alan courtis cyrus pireh

Alan Courtis, Cyrus Pireh : Coils on Malbec
Shinkoyo
Enregistrement : 6 octobre 2013. Edition : 2016.
LP : A/ Coils on Malbec – B/ Malbec on Coils
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

24 février 2012

Le Quatuor de Jazz Libre du Québec : 1973 (Tenzier, 2011)

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Il faudra renvoyer à cette présentation pour « introduire » le Quatuor de Jazz Libre du Québec. A sa lecture, on comprend que la formation à entendre ici (LP Tenzier, que l’on appellera 1973) est sur sa fin – efficiente l’année suivante. Yves Charbonneau (trompette de poche) et Jean Préfontaine (saxophone ténor et flûte), figures dirait-on historiques sinon d'origines, soutenus, en studio, par Yves Bouliane (contrebasse) et Jean-Guy Poirier (batterie).

Puisque ce n’est là que raccourci, se fier au disque en question : l’entrée est tonitruante, imposante même (Sans Titre), et sa suite semble se souvenir d’écoutes répétées du Machine Gun de Peter Brötzmann : à coup de mitraillettes, on rejoue la Guerre de Sept Ans, mais l’armistice ne tarde pas. L’archet de Bouliane embrasse en effet de sa profondeur toutes les revendications et exclamations possibles, tandis que des morceaux d’Internationale contraignent les virulences amélodiques. En conséquence, le Quatuor n’adapte pas le free jazz de son voisin du Sud, puisqu’il est en avance d’un siècle.

EN ECOUTE >>> Sans Titre >>> Les retrouvailles

Le Quatuor de Jazz Libre du Québec : 1973 (Tenzier)
Enregistrement : 13 mai 1973. Edition : 2011.
LP : 01/ Sant Titre 02/ Une minute de silence 03/ Studio 13, le 13 mai 1973 04/ Les retrouvailles
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

9 mars 2013

Radu Malfatti, Ernesto Rodrigues, Ricardo Guerreiro : Shimosaki (B-Boim, 2013)

ricardo guerreiro radu malfatti ernesto rodrigues shimosaki

Après un été finissant (Late Summer), Radu Malfatti, Ernesto Rodrigues et Ricardo Guerreiro, peignent les quarante (premières, peut-être) minutes d’un hiver qui commence (Shimosaki). Enregistrée en concert à Lisbonne le 20 septembre 2012, la pièce improvisée prône en conséquence l’oubli de l’automne.

C’est que l’instant et l’urgence qu’il commande se passent ici très bien d’intermédiaires – de saisons, donc, et puis de sons, de gestes – et même de toute chronologie (puisque Shimosaki fut enregistré avant Late Summer). A leur place, trouver quarante autres minutes de retenues, d’évocations plutôt que d’invocations, de réflexions troublées par une envie de tout dire dans la ligne, sinon dans l’effleurement. De là se laisse entendre une difficulté à être pleinement (le grave de Malfatti file en douce, l’alto de Rodrigues réagit dans un pincement, les larsens de Guerreiro s’interdisent tout attaque). Or, qu’ils semblent se répondre ou se fuient rondement, les sons que l’on attrape au vol composent un murmure qui, à force de dévisser, révèle l’étrange nature des mystères qu’il recèle. 

Ricardo Guerreiro, Radu Malfatti, Ernesto Rodrigues : Shimosaki (B-Boim / Metamkine)
Enregistrement : 20 septembre 2012. Edition : 2013.
CD-R : 01/ Shimosaki
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

15 février 2013

Ircha Clarinet Quartet : Watching Edvard (Kilogram, 2011)

ircha watching edvard

Quatre clarinettes (Mikołaj Trzaska, Michał Górczyński, Paweł Szamburski, Wacław Zimpel), en vacances de timidité, affichent, ensemble, leurs éclats : être tour à tour aurore des mélancolies puis crépuscule frigorifiant. Entre ces deux pôles, elles vont s’innerver en unissons perçants, tirer des feux d’artifices en plein soleil, devenir souffle-paquebot, s’ébrouer en des marches imprévues.

Conciliant l’amertume et les douceurs, les voici cris d’orfraie ici, routardes de souffles flottants ailleurs. Mais la plupart du temps, partenaires et solidaires, elles ne quittent que très peu l’horizon qu’elles fixent et enfantent avec gourmandise. Et ainsi, savent se convaincre et nous convaincre que le collectif n’est en rien l’ennemi du particulier.

Ircha Clarinet Quartet : Watching Edvard (Kilogram Records / Instant Jazz)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Upper Trias Caspian Fugue 02/ Ross Omak Attack 03/ Dream Analyzer 04/ No Smoking in Hell 05/ Climbing and Siding 06/ Small Dictators 07/ Kresto 08/ Re Constructive De Constructive 09/ Monastery Monsters 10/ Prince of Fiasco 11/ Builderblock.pampin 12/ Cenozoic Kenobi 13/ Watching Edward 14/ Invitation to Anorak Party 15/ Tender Dictator 16/ Last Turn Around the Room
Luc Bouquet © Le son du grisli

10 février 2013

John Stevens, Paul Rutherford, Evan Parker, Barry Guy : One Four and Two Twos (Emanem, 2012)

john stevens evan parker paul rutherford barry guy one four and two twos

Après View et Konnex, c’est au tour d’Emanem d'éditer (et d’augmenter) ce 4.4.4., disque qu’improvisa un quartette de musiciens rares : John Stevens, Paul Rutherford, Evan Parker et Barry Guy.

One Four : la réunion se tint à Londres, le 31 août 1978. On sait les méthodes mises en place par Stevens pour mener à la baguette toutes sortes de formation : l’envergure de ses partenaires – qu’il recruta plus tôt dans son Spontaneous Music Ensemble (Withdrawal) – n’y changera rien. Rutherford au trombone intérieur et Parker aux ténor et soprano extérieurs, Guy de pizzicatos en électronique minimale, signent quand même : l’urgence n’interdisant pas la cohérence, la cohérence n’évitant pas les bousculades. L’improvisation à quatre est leste et même enlevée. Two Twos : ce sont-là deux duos : Rutherford et Guy enregistrés en 1979 – inédit et loin d’être anecdotique, l’enregistrement donne à entendre le premier passer le second en machine électronique, et vice-versa, le temps de perles électroacoustiques surprenantes ; Stevens et Parker, enregistrés en 1992 – inédit lui aussi, l’enregistrement documente la relation fantasque d’un soprano démonstratif et de baguettes remontées.

Dans les notes de pochette, Martin Davidson cite Evan Parker : « These pieces were the sound check for a recording that never happened. We went to the pub and never got back. » S’il fallait encore une preuve – ainsi l’alcool rendrait lucide ? – pour attester que certaines balances ou répétitions valent davantage que les concerts ou enregistrements qui les avaient commandées, One Four and Two Twos serait celle-là, définitive.

John Stevens, Paul Rutherford, Evan Parker, Barry Guy : One Four and Two Twos (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1978, 1979, 1992. Edition : 2012.
01/ 1.4.4 02/ 2.4.4 03/ 3.4.4. 04/ 4.4.4. 05/ 5.4.4. 06/ 1.3.2. 07/ 2.3.2. 08/ 3.3.2 09/ 1.2.2. 02/ 2.2.2.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

19 janvier 2013

Neil Carlill, Charles-Eric Charrier : 5 Little Elephants (Twindaisies, 2012)

neil carlill charles-eric charrier 5 little elephants

Acteur à part de la scène indépendante française, on le connaît entre autres sous le pseudonyme d’Oldman, Charles-Eric Charrier n’a guère froid aux yeux quand il se lance dans l’agitation de traviole. Après un excellent Silver paru len 2011 sur la passionnante maison Experimedia, où il complotait du jazz sous ombre post-rock, mais aussi après avoir tranché les intrigues blues de son spoken word enfumé sur Oldman, le Nantais s’associe au songwriter anglais Neil Carlill, homme aux multiples collaborations du haut de ses 45 ans, tel un rappel acoustique de la très réussie rencontre entre Christophe Bailleau et Neal Williams.

Après un début qui évoque sans broncher l’œuvre bricolo de Pascal Comelade, et qui donne l’occasion de se familiariser au chant revêche de l’ex-membre de Lodger, 5 Little Elephants s’oriente dans une direction folk étonnamment foldingue – où toute ligne droite est proscrite. Autant la démarche peut surprendre, voire rebuter, dans les premiers instants, autant ses montagnes russes dadaïstes achèvent de convaincre au fil des minutes et des écoutes. A une condition toutefois, oublier toutes ses certitudes trop ancrées dans un monde sans aspérités ni angoisses.

Neil Carlill & Charles-Eric Charrier : 5 Little Elephants (Twin Daisies)
Edition : 2012.
CD / Téléchargement : 5 Little Elephants
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli 2013

16 avril 2012

L'Ocelle Mare : Serpentement (Souterrains-Refuges, 2012)

ocelle mare serpentement

Sous le nom de L’Ocelle Mare, Thomas Bonvalet fait désormais pousser des plantes inquiétantes – fleurs sauvages arrangées en bosquet auquel mène ce Serpentement. Elles nécessitent peu de lumière mais demandent qu’on les soigne en musique : des morceaux épars de guitares désormais en miettes et un harmonica fuyant les phrases longues feront leur affaire.

Avec patience, Bonvalet reprend donc ses travaux là où il les avait laissés – cet Engourdissement plus abstrait que ne le fut jamais son discours. De zones de turbulence en silences impérieux, il compose à coups de progressions mélodiques interdites et d’ombres portées, de tremblements de cordes et de bourdons las, d’harmoniques et de soudains retours d’amplis, appelant là au déraillement d’un train de rouilles, imaginant ici une flore disparate que menacent les combats auxquels se livrent tiges nouées et épines menaçantes. Le souvenir du tic tac d’une montre entendu en ouverture , et voici que vingt-et-une minutes ont passé. C’est déjà l’heure de l’échappée.

EN ECOUTE >>> Serpentement 1

L’Ocelle Mare : Serpentement (Souterrains-Refuges / Murailles Music)
Enregistrement : Novembre 2011. Edition : 2012.
CD : Serpentement
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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