Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Inscription à la newsletter du son du grisli
suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Hera, Hamid Drake : Seven Lines (Multikulti Project, 2013)

hera hamid drake seven lines

Il ne suffit pas de mélanger les essences pour faire sens. Témoin ce Seven Lines d’intérêt plus que moyen. Si l’on comprend et adhère à la quête du clarinettiste Wacław Zimpel, il faut bien reconnaître que l’échec rôde. Celui qui savait si bien s’acoquiner aux souffles forts de Ken Vandermark ne fait ici que répéter des schémas mélodramatiques, maintes fois rabâchés ailleurs.

Ainsi, telle mélopée japonaise ou telle chanson traditionnelle russe, n’a d’autre choix que le méditatif ou la transe. En figeant ainsi cette musique – tout en pensant le contraire – Hera ne doit son salut qu’à quelques surgissements bienvenus. Excluons d’emblée le duo percussif entre Paweł Szpura et Hamid Drake, très vite dressé en barricades sportives, pour retenir un saxophoniste (Paweł Postaremczak) inspiré et conquérant. C’est bien peu.

Hera : Seven Lines (Multikulti Project)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.  
CD : 01/ Sounds of Balochistan 02/ Roots of Kyoto 03/ Temples of Tibet 04/ Afterimages 05/ Recalling Russia
Luc Bouquet © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Made To Break : Provoke (Clean Feed, 2013) / Resonance : What Country Is This? (Not Two, 2012)

made to break provoke

Dans le texte imprimé à l’intérieur de Provoke, Ken Vandermark explique les origines de son nouveau (2011) projet, Made To Break : méthodes de composition développées au sein de FME et The Frame Quartet – pour plus de précision : influence de Nate McBride, est-il écrit – associé à un goût pour le funk qu’avait déjà révélé le souffleur en Spaceways Inc. ou Powerhouse Sound.

Enregistré à l’occasion des concerts organisés à Lisbonne pour le dixième anniversaire de la maison Clean Feed, Provoke expose des patchworks aux pièces disparates : la présence de Devin Hoff n’étant pas celle de McBride, il arrive au groupe de pâtir d’une rusticité contre laquelle l’électronique de Christof Kurrzmann, pourtant astucieuse, ne peut rien. Alors, le saxophone se contente, à sa façon, de rebondir sous les coups que Tim Daisy porte à sa batterie.

Mais au mitan – et pour un tiers de concert quand même –, l’harmonie point. Sur une boucle lente dont l’allure entraîne la clarinette basse, Hoff est invité à plus de discrétion et voici le funk étouffé. La musique gagne en envergure et son atmosphère est maintenant inquiète et pénétrante. Malheureusement, de passage seulement ; on ne doute cependant pas que Made to Break puisse mieux faire…  

Made To Break : Provoke (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 17 & 19 novembre 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Further (For John Cage) 02/ Presentation (For Buckminster Fuller) 03/ Of The Facts (For Marshall McLuhan)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

resonance what country is this

Un peu plus tôt en 2011 Vandermark emmenait une autre fois Resonance. Enregistré à Chicago – et pour la première fois aux Etats-Unis –, l’orchestre évoque sur What Country Is This? le rapport de son meneur… à la Pologne. Sur la ligne de front, Vandermark, Rempis, Trzaska, Zimpel, Holmlander, Broo et Swell (dont le trombone à contre-courant n’est pas pour rien dans la réussite de ce disque) passent d’unisson amusés en solos intrépides avec, conjuguées, la force de Brötzmann et la délicatesse de Giuffre. Baroque.

Resonance : What Country Is This? (Not Two)
Enregistrement : 7 mars 2011. Edition : 2012.
Cd : 01/ Fabric Monument (for Czeslaw Milosz) 02/ Acoustic Fence (for Witold Lutoslawski) 03/ Open Window Theory (for Fred Anderson)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Ircha Clarinet Quartet : Watching Edvard (Kilogram, 2011)

ircha watching edvard

Quatre clarinettes (Mikołaj Trzaska, Michał Górczyński, Paweł Szamburski, Wacław Zimpel), en vacances de timidité, affichent, ensemble, leurs éclats : être tour à tour aurore des mélancolies puis crépuscule frigorifiant. Entre ces deux pôles, elles vont s’innerver en unissons perçants, tirer des feux d’artifices en plein soleil, devenir souffle-paquebot, s’ébrouer en des marches imprévues.

Conciliant l’amertume et les douceurs, les voici cris d’orfraie ici, routardes de souffles flottants ailleurs. Mais la plupart du temps, partenaires et solidaires, elles ne quittent que très peu l’horizon qu’elles fixent et enfantent avec gourmandise. Et ainsi, savent se convaincre et nous convaincre que le collectif n’est en rien l’ennemi du particulier.

Ircha Clarinet Quartet : Watching Edvard (Kilogram Records / Instant Jazz)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Upper Trias Caspian Fugue 02/ Ross Omak Attack 03/ Dream Analyzer 04/ No Smoking in Hell 05/ Climbing and Siding 06/ Small Dictators 07/ Kresto 08/ Re Constructive De Constructive 09/ Monastery Monsters 10/ Prince of Fiasco 11/ Builderblock.pampin 12/ Cenozoic Kenobi 13/ Watching Edward 14/ Invitation to Anorak Party 15/ Tender Dictator 16/ Last Turn Around the Room
Luc Bouquet © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Undivided : Moves Between Clouds (Multikulti, 2011)

undividesli

De ce quintet qui fait corps, évoquons tout d’abord les membres. Aux côtés du jeune leader,  le clarinettiste polonais Waclaw Zimpel, on trouvera son compatriote Mark Tokar à la contrebasse et l’allemand Klaus Kugel à la batterie. Avec eux, deux  vétérans américains du plus fier des free jazz : le pianiste Bobby Few (ancien compagnon de Steve Lacy et Albert Ayler) et le souffleur Perry Robinson (que l’on entendit aux côtés d'Archie Shepp, Henry Grimes ou encore Rashied Ali).

Dès les premières mesures et leurs lentes précipitations de notes, on sait que l’on nous offre ici un disque (leur second) d’importance. Les cinq hommes délivrent une musique resserrée et intense telle une flamme vivace qui percerait la nuit. Petite armée obstinée, elle avance sûrement et la première excursion solitaire, celle du piano de Bobby Few, propose les premiers moments d’exception. Ses amples vagues emporteront tout sur leur passage. Telles celles d’un Cecil Taylor, les notes de Bobby Few percutent l’auditeur pour ensuite l’assaillir avec douceur, tendresse presque, vertige toujours.

Alors, le disque, recueil de trois longs morceaux livrés par le 5tet lors d’un concert à Varsovie, fera montre d’une intensité jamais relâchée. Le cœur du disque, sa plus belle pulsation, est assurément le second titre, Moves Between Clouds. Après ce moment d’une grâce étonnante (fausse légèreté, vraie solennité), on ne pourra que regretter les égarements d’un troisième morceau qui aura tendance à se perdre parfois dans des divagations verbeuses. Mais faisons fi de ce bémol prononcé de fine bouche, et revenons au cœur. Les entrelacs hésitants des souffles de Perry Robinson et Waclaw Zimpel ne se feront pas de sitôt oublier, et les paysages traversés dans leur sillage ne demanderont qu’une chose : être arpentés encore, par leurs marges, en de sinueux détours que seuls ces cinq-là semblent pouvoir emprunter.

Undivided : Moves Between Clouds, Live in Warsaw (Multikulti Project)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Hoping Between Clouds 02/ Moves Between Clouds 03/ What A Big Quiet Noise
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Reed Trio : Last Train to the First Station (Kilogram, 2011)

lastgrislitothefirstgrisli

Profitant d’un concert à Gdansk, Ken Vandermark consigne en Last train to the First Station son entente avec deux épais souffleurs de Pologne qu’il emploie notamment en Resonance : Mikolaj Trzaska (saxophones alto et baryton, clarinette basse) et Waclaw Zimpel (clarinette, clarinette basse et tarogato).

Au ténor, au baryton et à la clarinette, Vandermark conduit là des pièces indolentes qui changent au gré des combinaisons qui les inventent : de rondos impétueux en miniatures free, d’improvisations invertébrées en stances quiètes, le trio compose un ouvrage étonnant de musique de chambre aux références éclatées. Une alternative quasi minimaliste aux grands travaux de Resonance.

Reed Trio : Last Train to the First Station (Kilogram / Instant Jazz)
Enregistrement : 27 avril 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ When Tulips Were Gold 02/ In Between Chairs 03/ Sitting on Warm Stone 04/ Crossroads and Cosmic Ray 05/ Anthology Moves 06/ Two Man Talk Trough a Wind 07/ The Distance That Becomes Y 08/ Bed of Brass 09/ It’s Here and It’s Gone 10/ All the Glasses Were Upside 11/ The Wates Sea
Guillaume Belhomme © le son du grisli

meteo11Ken Vandermark jouera à Mulhouse le 25 août, dans le cadre du festival Météo, au sein du Brass Unbound qui accompagnera The Ex sur scène. 

Commentaires [0] - Permalien [#]

Zimpel, Posteremczak, Wójciński, Szpura : Hera (Multikulti, 2010)

zimpelsli

Avec peut-être en tête une hypothétique Eurovision des souffles épais, la Pologne entraîne dans l’ombre un lot d’instrumentistes capables avec autant de zèle que la Chine met à entretenir son parc de beaux mais courts gymnastes de demain.

Sur Hera, c’est Waclaw Zimpel qui en démontre à la clarinette, clarinette basse, tarogato et fujara (ou longue flûte slovaque), mais aussi Paweł Posteremczak aux saxophones ténor et soprano. Soutenus par le contrebassiste Ksawery Wójciński et le batteur Paweł Szpura, le duo peint des paysages siciliens avec un pugnacité rare. Monreale pris pour décor d’une joute opposant clarinette basse et ténor avant réconciliation sur hard bop ; Cefalu dont les rues en pentes attirent toutes circonvolutions habiles ; Palermo aux mélodies nonchalantes et déstabilisées par les écarts du soprano et de la clarinette ; Segesta, enfin, plus décousue pour être improvisée, mais valant le détour tout autant.

En conclusion, une lecture de Sometimes I Feel Like A Motherless Child annonce le retour au bercail. L’air traditionnel que le quartette s’approprie racontant l’impossible ailleurs total, puisque l’ailleurs change selon l’instant et ce que l’on en fait.

Waclaw Zimpel, Pawel Posteremczak, Ksawery Wójciński, Pwael Szpura : Hera (Multikulti / Instant Jazz)
Edition : 2010.
CD : 01/ Monreale 02/ Cefalu 03/ Palermo 04/ Segesta 05/ Sometimes I Feel Like A Motherless Child
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Dave Rempis, The Engines, Vandermark 5, Resonance

rempislitives

rempis475The Rempis Percussion Quartet : Montreal Parade (482 Music, 2011)
En janvier 2010, The Rempis Percussion Quartet enregistrait en studio ce Montreal Parade. Accueillant le contrebassiste Ingebrigt Håker Flaten, Dave Rempis (alto, ténor, baryton) et sa paire de batteurs (Tim Daisy et Frank Rosaly) redonnaient des preuves d'invention commune sur d'autres structures roulantes : This Is Not a Tango et If You Were a Waffle and I Were a Bee. Ici, le saxophoniste dépose des notes longues pour amortir les chocs nombreux ; là, en esquive d'autres, les maîtrise à force d'introspections puis fête la réconciliation au son d'une conclusion furieuse. [sortie : 22 mars]

engines75The Engines : Wire and Brass (Okka Disk, 2010)
Suite des aventures mécaniques de Dave Rempis, Jeb Bishop (trombone), Nate McBride (contrebasse) et Tim Daisy (batterie), Wire and Brass délivre deux autres compositions du saxophoniste et puis trois signées McBride ou Daisy. Tandis que ces dernières (Trouble Distribution, Next Question, Red Cage) taillent en pointes tous reliefs, les compositions de Rempis (Four Fleet of Slush, Free Range) distribuent les solos pour mieux s'en nourrir. Exhubérant partout, l'alto peut rappeler celui d'Ornette Coleman des origines ou progresser en roue libre davantage encore – déstabilisant alors à coups d'inventions brutes le swing léger qui inspire depuis toujours The Engines.

v575The Vandermark 5 : The Horse Jumps and The Ship Is Gone (Not Two, 2010)
Sous le titre The Horse Jumps and The Ship Is Gone, deux disques reviennent sur autant de soirées de concerts donnés à Chicago en juin 2009 par un Vandermark 5 passé à sept pour avoir intégré le trompettiste Magnus Broo et le pianiste Havard Milk. Alternant grandes plages de musique climatique et écarts fiévreux, le groupe parvient à faire preuve de cohésion (sur Cadmium Orange, par exemple) si le piano de Milk ne le lui interdit pas pour pêcher par excès de facilité voire de convention. Rempis à l'alto et au baryton (New Weather) ne cesse, lui, de redire son entente avec Ken Vandermark.

resonance75Resonance : Kafka in Flight (Not Two, 2011)
Enregistré à Gdansk à l’automne 2009, The Resonance Ensemble traitait trois pièces de son meneur, Ken Vandermark. En élément assuré d’une formation d’exception – autres présences affichées dans l’ordre alphabétique : Magnus Broo, Tim Daisy, Per-Ake Holmlander, Steve Swell, Mark Tokar, Mikolaj Trzaska, Michael Zerang et Waclaw Zimpel –, Rempis servait au ténor et à l’alto une pièce de swing aux envies déconstruites (The Pier), un air pour brass band en patiente décomposition (Rope) et une composition hybride aux prises de becs hallucinés (Coal Marker). Suite logique et autre gage de qualité estampillée Resonance, dont le titre est Kafka in Flight

Commentaires [0] - Permalien [#]

Tim Daisy, Wacław Zimpel : Four Walls (Multikulti, 2008)

zimpelsli

Sur Four Walls, Wacław Zimpel – soit : le plus vandermarkien des clarinettistes polonais – échange avec Tim Daisy – soit : le plus vandermarkien des percussionnistes vandermarkiens. Sur deux titres, la paire est augmentée de Dave Rempis et Mark Tokar.

Brute, la clarinette sert d'abord une mélodie saillante et graduée (Wood and Wire, qui sera repris plus tard en quartette) ; changeante, la clarinette basse donne ensuite dans des circonvolutions graves et puis choisit l'option méditative, Zimpel apaisé sans doute par la maîtrise quiète de Daisy (Red Door). Sur le morceau-titre, c'est d'ailleurs Daisy qui l'emporte : le dialogue net est celui qu'il commande, la concentration partagée capable de découpages convaincants est presque de son seul fait.

Et puis, sur Ladder Song, Zimpel dépose une autre mélodie mince et choisit de vociférer : soudain rebelle à toute autorité percussive, il agit avec force mais la poursuite s'engage, Daisy le poussant dans ses derniers retranchements – faux airs, déjà, de Basement of Joy. Avec Rempis et Tokar, le duo fait oeuvre de linéarité jouant d'unisson avant que naissent de beaux reliefs sous l'actions de solos à se succéder. Rien à redire, là non plus : Four Walls à entendre.

Tim Daisy, Waclaw Zimpel : Four Walls (Multikulti Projekt)
Edition : 2008.
CD : 01/ Wood and Wire 02/ Red Door 03/ Four Walls 04/ Ladder Song 05/ Chorale 06/ Basement of Joy 07/ Wood and Wire
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

>