Indigo Trio: Anaya (Rogue Art - 2009)

A force de jouer ensemble, Nicole Mitchell (flutes, piccolo), Harrison Bankhead (contrebasse, violoncelle) et Hamid Drake (percussions), auront fini par composer cet Indigo Trio dont Anaya est le premier enregistrement.
Ouvert sur un air efficace de great black music œcuménique (Sho Ya Right), Anaya nuance ensuite son propos : à coups de combinaisons d’impressions magnétiques et de tourmentes soudaines (A Child’s Curiosity) ou d’épreuves d’une musique intense pour être née de l’accord de trois concentrations (Song for Ma'at (Ma-ah-t)).
Lorsqu’elle ne se laisse pas dépasser par l’art de ses partenaires (l’association se montre alors capable de tiédeur sur Anaya with the Moon ou Beloved’s Reflection), Mitchell se montre inspirée comme rarement auparavant : son lyrisme habituel transcendé par l’allure qu’elle a ici d’un oiseau emporté par les courants contraires et pourtant chantant juste : Wheatgrass et Anaya with the Sunlight en guise de meilleures preuves. Voilà pourquoi Anaya aura gagné le statut de référence de la discographie de la flûtiste.
CD: 01/ Sho Ya Right 02/ A Child's Curiosity 03/ Anaya with the Sunlight 04/ Song for Ma'at (Ma-ah-t) 05/ Beloved's Reflection 06/ Wheatgrass 07/ Anaya with the Moon 08/ Affirmation of the One >>> Indigo Trio - Anaya - 2009 - Rogue Art.
William Parker: Petit oiseau (AUM Fidelity - 2008)

Troisième référence de la discographie de ce qu’il est maintenant possible d’appeler le quartette classique de William Parker – là : le saxophoniste et clarinettiste Rob Brown, le trompettiste Lewis Barnes et le percussionniste Hamid Drake –, Petit oiseau en atteste, en plus, les progrès.
Tirées de ses rêves, de sa poésie, voire, d’un idéalisme sur lequel il bâtit son espoir, les compositions de Parker font le terreau idéal à l’entente du quartette sur un post-bop réfléchi (Petit oiseau), une pièce atmosphérique rêveuse (Dust from a Mountain) ou quelques insistances véhémentes profitant de l’inspiration de Brown. En musicien révérant, le contrebassiste rend aussi quelques hommages (au contrebassiste Malachi Favors ou au trompettiste Alan Shorter), se souvient pour avoir compris, retenu, et pouvoir réinventer toujours.
CD: 01/ William Parker Quartet 02/ Talaps Theme 03/ Petit Oiseau 04/ The Golden Bell 05/ Four for Tommy 06/ Malachi’s Mode 07/ Dust From a Mountain 08/ Groove Sweet >>> William Parker - Petit Oiseau - 2008 - AUM Fidelity. Distribution Orkhêstra International.
Guy Girard: Sainkho Namtchylak (La Huit - 2008)

Dans le film que consacre le réalisateur Guy Girard à Sainkho Namtchylak – à l’occasion du concert qu’elle donna en 2004 au festival Banlieues Bleues –, la chanteuse explique souvent ne rien ressentir lorsqu’elle chante. L’explication, refusant le poncif, emboîte ainsi le pas à une pratique vocale hors-norme, que Namtchylak interroge seule, s’échauffant, ou accompagnée : ici, par William Parker et Hamid Drake.
Entre un aller et un retour fantasmés de concert (plan fixe la retenant en taxi), Sainkho Namtchylak ferme les yeux sur scène, semble se laisser happer par le vide, pour donner quelques preuves de vérité que ses partenaires se chargeront d’encadrer. Pendus aux lèvres de la chanteuse, Parker et Drake osent quelques accents, imaginent la suite à venir et parfois la précèdent, se montrent, comme à leur habitude, sensés et délicats. De répétitions enivrantes en discussions découses, l’avant-garde improvisée et nouvelle, jusqu’au développement d’une musique sans frontières et encore convaincante : William Parker à la flûte, Hamid Drake au tabla, Sainkho Namtchylak seule avec eux.
Guy Girard - Sainkho Namtchylak - 2008 - La Huit, collection Freedom Now.
Frode Gjerstad: On Reade Street (FMR - 2008)

Sur On Reade Street – enregistré à New York en 2006 –, Frode Gjerstad, William Parker et Hamid Drake remettent ça : improvisation dont l'imagination débordante de qui la mène aide à l'édification d'un free jazz ne s'interdisant ni recours au swing (Drake, en force sur The Street) ni subtiles digressions latines (The People).
A l'alto en ouverture et fermeture, Gjerstad passe à la clarinette sur The Houses, pièce à la noirceur instable changée bientôt en tranquilité infaillible, qui finit de diversifier le propos d'un échange toujours aussi – voire, plus – inspiré.
CD: 01/ The Street 02/ The Houses 03/ The People >>> Frode Gjerstad with William Parker & Hamid Drake - On Reade Street - 2008 - FMR.
William Parker : Double Sunrise Over Neptune (AUM Fidelity, 2008)

En 2007, au Vision Festival de New York, William Parker emmenait un ensemble de seize musiciens au son des mouvements d’un Double Sunrise Over Neptune plaidant la cause d’une réconciliation universelle à provoquer en musique.
Des musiciens affiliés au jazz (le trompettiste Lewis Barnes, les saxophonistes Rob Brown, Sabir Mateen et Dave Sewelson, le guitariste Joe Morris ou les percussionnistes Gerald Cleaver et Hamid Drake), quelques cordes (dont le violon de Jessica Pavone) et la chanteuse indienne Sangeeta Bandyopadhyay emboîtent ainsi le pas à Parker, qui, intervenant au doso n’goni, laisse la contrebasse aux soins de Shayna Dulberger : chargé d'ouvrir Morning Mantra, pièce appelée à prendre de l’ampleur qui mêle musique classique indienne à des dissonances arabo-andalouses.
Ailleurs, Parker se donne des airs de gnawa et soulève un autre fantasme d’amalgame musical avec une conviction efficace : lyrisme insistant des instruments à vent sur répétitions entêtantes : Lights of Lake George et Neptune’s Mirror, qui enrichissent encore l’exposé altier de musiques du monde réinventées par William Parker, excusant à lui seul des décennies de pauvres tentatives faites par d'autres dans le même domaine.
William Parker, Morning Mantra (extrait). Courtesy of AUM Fidelity.
William Parker : Double Sunrise Over Neptune (AUM Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2007. Edition : 2008.
CD : 01/ Morning Mantra 02/ Lights of Lake George 03/ O’Neal’s Bridge 04/ Neptune’s Mirror
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Steve Swell: Swimming in a Galaxy of Goodwill and Sorrow (Rogue Art - 2007)

Pour le bien de Swimming in a Galaxy of Goodwill and Sorrow, Steve Swell enregistrait en studio avec une autre de ses formations : Fire Into Music, dans laquelle prennent place le saxophoniste alto Jemeel Moondoc, le contrebassiste William Parker et le batteur Hamid Drake.
Plus performante encore, la section rythmique accueille toujours avec pertinence les dialogues éclairés de Moondoc et Swell : imposant à leurs entrelacs les vociférations d’un archet angoissé (Manhattan Dreamweavers) ou les changements d’allure – du swing inévitable de Planet Hopping on a Sunday Aftrenoon et du Lalo Schiffrinien (malgré la dédicace) For Grachan à l’impression mouvante de For Arthur Williams, tous morceaux interrompus par quelques déconstructions appuyées.
Sur Blu Coo, enfin, entendre le groupe dérailler un peu sur un bop presque électrique et plus démonstratif dans sa forme, seul véritable bémol de la démonstration altière de Fire into Music.
Steve Swell, For Grachan. Courtesy of Steve Swell.
CD: 01/ Manhattan Dreamweavers 02/ For Grachan 03/ Blu Coo 04/ Swimming in a Galaxy of Goodwill and Sorrow 05/ For Arthur Williams 06/ Planet Hopping on a Thursday Afternoon
Steve Swell’s Fire into Music - Swimming in a Galaxy of Goodwill and Sorrow - 2007 - Rogue Art.
Drake, Gahnold, Parker: The Last Dances (Ayler Records - 2007)

La rencontre de William Parker, Hamid Drake et Anders Ganhold, en Suède, en 2002, avait donné lieu à la sortie d’un premier album : … And William Danced. Cinq ans plus tard, Ayler Records propose en téléchargement les beaux restes de l’enregistrement.
Le temps pour le trio d’interpréter d’autres danses : Slow Dance – lente progression de jazz désaxé – et Bow Dance – sur lequel le saxophoniste profite de l’appui de la section rythmique, rassurante malgré les changements qu’elle impose au déroulement du thème. En guise d’introduction et de conclusion, le swing altier d’Oh Shit, prêt à recevoir toutes formes de solos, et l’exposé de laminage mélodique discret de Dusk.
Comme sur … And William Danced, le trio redit l’efficacité de la rencontre, sur l’ingéniosité d’un contrebassiste et d’un batteur accueillis en Suède par Ganhold, qui ne cesse de diluer le discours d’Albert Ayler en potions personnelles et vertueuses.
Téléchargement: 01/ Oh Shit 02/ Slow Dance 03/ Bow Dance 04/ Dusk
Hamid Drake, Anders Ganhold, William Parker - The Last Dances - 2007 - Ayler Records. Téléchargement.
William Parker: Corn Meal Dance (AUM Fidelity - 2007)

Deuxième album enregistré par William Parker à la tête de son Raining Moon Ensemble, Corn Meal Dance donne à entendre la chanteuse Leena Conquest auprès de musiciens d'ordinaire inspirés : Parker, donc, mais aussi Eri Yamamoto (piano), Rob Brown (saxophone alto), Lewis Barnes (trompette) et Hamid Drake (batterie).
Touchés peut être par un chant qui, pour être apprêté n’en distribue pas moins avec générosité des effets galvaudés et ses manières épaisses, les musiciens ne peuvent pas grand chose pour relever le niveau de l'ensemble - Brown et Barnes capables, même, de céder aux avances clinquantes de phrases rococo. Ici ou là, quand même, le groupe fait mieux, et dessine des impressions plus réussies : Tutsi Orphans ou Old Tears. Les ressources de William Parker sont connues et empêchent de douter qu’il mette bientôt la main sur un essai autrement remarquable, qui saura annuler ce précédent.
CD: 01/ Doctor Yesterday 02/ Tutsi Orphans 03/ Poem for June Jordan 04/ Soledad 05/ Corn Meal Dance 06/ Land Song 07/ Prayers 08/ Old Tears 09/ Gilmore’s Hat
William Parker / Raining On The Moon - Corn Meal Dance - 2007 - AUM Fidelity. Distribution Orkhêstra International.
Rob Wagner: Trio (Valid Records - 2007)
Familier du jeu en trio, le saxophoniste et clarinettiste Rob Wagner convoquait deux nouveaux partenaires - le percussionniste Hamid Drake et le bassiste Nobu Ozaki – pour enregistrer en décembre 2005, à la Nouvelle Orléans, une session hantée par l'ouragan Katrina.
Par l'inertie des autorités à avoir suivie, aussi, à en croire Desoparia, lamentation rageuse sur laquelle Wagner fait part, au soprano, de ses motivations premières sur le mode oriental défendu par la section rythmique. S'ensuit une série d'impressions inspirées: colère sourdant à travers quelques dérives free (Childhood Memory), recueillement profond (La Madrugada, Plutino, Freedumb), angoisse lentement révélée (Shock, Awe, Sham, Shame) ou états d'âme contraires que réussit à réconcilier le drame (Where Is Home?).
Plaidoyer pour un retour au bon sens, politique autant que musical, Trio allie avec élégance fond et forme, et en profite pour fustiger l'intérêt aléatoire aloué aux catastrophes selon l'endroit du monde où elles tombent.
CD: 01/ Desoparia (They handed out $12 billion cash in Iraq and couldn't even give New Orleans drinking water 02/ Plutino 03/ Where Is Home? 04/ Shock, Awe, Sham, Shame 05/ Childhood Memory 06/ La Madrugada 07/ Freedumb (Aren't you glad to vote in America?) 08/ Penumbria
Rob Wagner - Trio - 2007 - Valid Records.
Hamid Drake, Albert Beger, William Parker: Evolving Silence, Vol. 2 (Earsay Records - 2006)
Appelé à rejoindre le Pyramid Trio de Roy Campbell en clôture d’un concert donné au Festival de Jazz de Tel Aviv en 2005, le saxophoniste israélien Albert Beger rencontrait Hamid Drake et William Parker. Quelques heures après, les trois hommes enregistraient en studio quelques compositions signées Beger.
Témoins de cette rencontre, deux volumes ont déjà paru. En introduction du second, la section rythmique installe un décorum complexe et chaleureux sur lequel le saxophone entre prudemment, avant de révéler, plus nonchalant, un goût pour la redite, le tout rappelant les manières de Ken Vandermark (Evolving Silence).
Passé à la flûte, Beger peine ensuite à se montrer capable d’audaces sur un Duo #3 qu’il improvise en compagnie du contrebassiste. Revenu au ténor, il se laisse heureusement porter par le jeu de Drake sur Funky Lacy, pour sublimer enfin, motivé par l’insistance avec laquelle ses partenaires l’invitent à dérailler, une composition un brin dramatique, Skies of Israel.
Sur Evolving Silence, Vol.2, Albert Beger parvient donc à oublier sa politesse, et se permet quelques interventions convaincantes, quand Parker et Drake donnent d’autres preuves de leur talent, ajoutant à leur créativité coutumière une habileté salvatrice.
CD: 01/ Evolving Silence 02/ Duo #3 03/ Funky Lacy 04/ Skies of Israel
Hamid Drake, Albert Beger, William Parker - Evolving Silence, Vol. 2 - 2006 - Earsay Records.

































