Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Radu Malfatti, Ernesto Rodrigues, Ricardo Guerreiro : Shimosaki (B-Boim, 2013)

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Après un été finissant (Late Summer), Radu Malfatti, Ernesto Rodrigues et Ricardo Guerreiro, peignent les quarante (premières, peut-être) minutes d’un hiver qui commence (Shimosaki). Enregistrée en concert à Lisbonne le 20 septembre 2012, la pièce improvisée prône en conséquence l’oubli de l’automne.

C’est que l’instant et l’urgence qu’il commande se passent ici très bien d’intermédiaires – de saisons, donc, et puis de sons, de gestes – et même de toute chronologie (puisque Shimosaki fut enregistré avant Late Summer). A leur place, trouver quarante autres minutes de retenues, d’évocations plutôt que d’invocations, de réflexions troublées par une envie de tout dire dans la ligne, sinon dans l’effleurement. De là se laisse entendre une difficulté à être pleinement (le grave de Malfatti file en douce, l’alto de Rodrigues réagit dans un pincement, les larsens de Guerreiro s’interdisent tout attaque). Or, qu’ils semblent se répondre ou se fuient rondement, les sons que l’on attrape au vol composent un murmure qui, à force de dévisser, révèle l’étrange nature des mystères qu’il recèle. 

Ricardo Guerreiro, Radu Malfatti, Ernesto Rodrigues : Shimosaki (B-Boim / Metamkine)
Enregistrement : 20 septembre 2012. Edition : 2013.
CD-R : 01/ Shimosaki
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ernesto Rodrigues, Radu Malfatti, Ricardo Guerreiro : Late Summer (Creative Sources, 2012)

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Naturellement, le fait de retrouver le tromboniste Radu Malfatti entouré des cordes d'Ernesto Rodrigues (alto) et de l'ordinateur de Ricardo Guerreiro remet en tête le fameux trio que le souffleur formait il y a quinze ans avec Durrant et Lehn sur les disques Beinhaltung et Dach ; pourtant le rapprochement, s'il n'est pas complètement vain – davantage que la fine pyrotechnie de Lehn, le  travail de tramage qu'opère Guerreiro, par exemple, évoquerait celui de Klaus Filip (dans Imaoto ou Building Excess) – atteint vite ses limites...

C'est à Lisbonne, au lendemain d'un concert commun et lors de deux sessions consécutives (les 21 et 22 septembre), dans deux studios distincts, que le trio s'est retrouvé : les deux disques qui rendent compte de ces séances d'enregistrement recèlent chacun, avec une qualité toute paysagère, quarante minutes de la discrète rumeur d'un monde. Le silence habité qui règne, ni aride ni crispé, est celui de l'attention – nocturne, minutieuse, d'une certaine sensualité lente, comme perméable au climat de cet été finissant et aux sons extérieurs.

Posément réparties, les interventions des musiciens opèrent en rehauts, en respirations, et si la présence de Malfatti (paradoxale dans son retranchement) agit comme une influence, le groupe n'en est pas plus tétanisé que l'auditeur qui trouve où circuler, silencieux, en chaussettes...

Est-ce pieds nus que l'on écoutera le live du 20 septembre au Musica Viva Festival ? Le label du tromboniste, B-Boim, l'a conservé sous le titre Shimosaki.

Ernesto Rodrigues, Radu Malfatti, Ricardo Guerreiro : Late Summer (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 21 et 22 septembre 2012. Edition : 2012.
CD1 : 20120921 – CD2 : 20120922
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Axel Dörner, Jassem Hindi : Waterkil (Corvo, 2012) / Dörner, Rodrigues, Moimême, Guerreiro : Fabula (Creative Sources, 2012)

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Réunies sous le nom de Waterkil : deux pièces récemment improvisées en concerts à Stockholm et Berlin par Axel Dörner et Jassem Hindi (musicien plus discret sur disque, entendu en duo déjà avec Jakob Riis sur Trunking). Le quarante-cinq tours a la taille d’un trente-trois.  

Il ne faudra donc pas oublier de vérifier la vitesse sélectionnée quand partira le disque. La première face, de poussières tournant en anneaux, attire à elles craquements et déflagrations, sons de principe allant déclinant, notes parallèles de trompette, d’électronique ou d’objets, enfin, qui s’entendent sur un art instinctif de la synchronisation.

Plus virulente, la seconde face est celle de réactions en chaîne qui en démontrent individuellement : son instrument, Dörner le tord et le contraint pour mieux supporter les assauts d’Hindi ; ses machines, Hindi les brique pour soigner l’acidité de leur chant. Deux faces d’une même rencontre dont l’instabilité est gage de réussite.

Axel Dörner, Jassem Hindi : Waterkil (Corvo Records)
LP : A/ Caol: B/ Able:
Enregistrement : 6 octobre 2011 & 11 juin 2011. Edition : 2012.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

dörner fabula

Enregistré le 3 décembre 2011, Fabula donne à entendre Axel Dörner en compagnie d’Ernesto Rodrigues, Abdul Moimême et Ricardo Guerreiro. Sur paysage lunaire – si l’on s’accorde à attribuer à la lune lignes grêles et râles profonds, sifflements et larsens, suspension de bruits – le trompettiste progresse en discret. C’est une présence expérimentée en champ de mines que jalonnent des instruments détournés. Un monochrome, enfin, qui tient parfois de l’atmosphère.

Axel Dörner, Ernesto Rodrigues, Abdul Moimême, Ricardo Guerreiro : Fabula (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 3 décembre 2011. Edition : 2012.
CD :
Guillaume Belhomme © le son du grisli

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Rodrigues, Guerreiro, Wolfarth, Gauguet : All About Mimi / Early Reflections (Creative Sources, 2013 / 2014)

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Si le tandem que forment Ernesto Rodrigues (alto, par ailleurs aux commandes du label) et Ricardo Guerreiro (ordinateur) apparaît dans nombre de disques Creative Sources, intégré à de vastes ensembles ou dans des formations moyennes, il est moins fréquent de pouvoir l'écouter en trio, recevant un invité choisi (comme cela se pratiquait, mutatis mutandis, dans les jazz clubs mettant leur « section » locale à disposition du « soliste » voyageur). Dans cette configuration, les superbes Late Summer et Shimosaki de septembre 2012 avec Radu Malfatti avaient de quoi allécher...

En octobre, la même année, Christian Wolfarth (aux seules cymbales) fit lui aussi le voyage de Lisbonne et c'est en studio qu'il s'attela au travail collectif de filage du son : cordes et métaux, frottés arco – du râpeux au fluide soyeux – se couchent et s'imposent, en paysages obstinés (à la manière de ceux dont Nicolas Bouvier a pu dire qu'ils « convainquent absolument à force de répéter la même chose »). A leur surface, Rodrigues ou Guerreiro s'enhardissent à venir déposer de rares accrocs, quelques étincelles, jusqu'à remettre brièvement en cause l'esthétique du strict continuum qui sied tant à Wolfarth. Peut-être cette poétique de basse tension, si l'on ose dire (alors que le chant gagne une belle ampleur au fil de la progression des six pièces), ne recèle-t-elle guère de surprises mais j'y trouve pour ma part une dimension narcotique, qui rend assurément sensible le moindre rehaut ainsi fait relief, articulation ou même clôture...

Ernesto Rodrigues, Ricardo Guerreiro, Christian Wolfarth : All About Mimi (Creative Sources)
Enregistrement : 12 octobre 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ All about Mimi I 02/ All about Mimi II 03/ All about Mimi III 04/ All about Mimi IV 05/ All about Mimi V 06/ All about Mimi VI
Guillaume Tarche © Le son du grisli



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... À l'été 2013, en compagnie du saxophoniste alto Bertrand Gauguet, c'est une nouvelle variation sur les modes d'habiter l'espace (et d'y ménager... des espaces) qui s'invente : moins autarcique, plus ouverte vers l'extérieur et aux « silences », mais sans drame néanmoins, elle joue subtilement des plans, tenant compte de l'environnement (du studio en wood et du lieu de concert en stone) que viennent modeler et modifier chuintements, fuites ou exhalations. Dans leur fine plasticité, et parfois leur nudité, ces gestes impeccablement pensés et posés témoignent d'une acuité d'écoute qui finit par gagner l'auditeur ; les jeux de clapets et de tuyères, les perçantes ondes perchées, les brouillards de fréquences, font délicatement vibrer et osciller les horizons.

Ernesto Rodrigues, Ricardo Guerreiro, Bertrand Gauguet : Early Reflections (Creative Sources)
Enregistrement : 14 juillet 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Wood (studio) 02/ Stone (concert)
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Abdul Moimême, Rocardo Guerreiro : Knettanu (Creative Sources) / Diatribes, Abdul Moimême : Complaintes de marée basse (Insub.)

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Abdul Moimême (guitares électriques jouées simultanément et parfois préparées) et Ricardo Guerreiro (interactive computing platform) se connaissent assez bien pour que le premier ait accepté de faire de ses sons improvisés le matériau de départ des jeux de transformation du second.

C’est ce que raconte Knettanu sur l’air d’une musique qui hésite sans cesse entre délicatesses et expressions exacerbées. Ici, le chant est raisonnable : la guitare est gentiment frappée, mais l’ordinateur la retourne et change ses murmures en munitions qu’elle projette par salves. L’exercice connaît quelques longueurs, mais la dernière pièce, bruyante, vacille avec furie au point qu’on ne peut regretter s’être déplacé jusque-là.  

Abdul Moimême, Rocardo Guerreiro : Knettanu (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 19 juin 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ #26 02/ #34 03/ #30 04/ #29.1 05/ #29.2 06/ #29.3 07/ #36
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Plus tôt, à Lisbonne, le même Abdul Moimême et Diatribes ont enregistré Complaintes de marée basse. La guitare préparée côtoie là les laptop et objets de D’incise et les percussions et frêles percussions de Cyril Bondi. La musique est rampante, jouant de bourdons épais, puis, à mi-parcours, la batterie se permet un rythme auquel se mesureront les intervenants avec plus d’intensité. Le mirage d’une pâle rencontre Keith Rowe / Ingar Zach s’efface alors, au profit d’un ouvrage plus original qui vaut bien qu’on l’écoute. D'autant qu'Insubordinations le met librement à disposition.

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