Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Polwechsel : Untitled (N°7) (GOD, 2015)

polwechsel untitled n°7

Sans plus d’invité – mais c’était déjà le cas sur son précédent disque, Traces of Wood –, Polwechsel retournait en 2012 à son art délicat. Dont le support change, puisque c’est sur vinyle que l’on retrouve aujourd'hui Michael Moser, Werner Dafeldecker, Burkhard Beins et Martin Brandlmayr.

Comme l’illustrent les lignes serrées de la pochette du disque : sous les profondeurs, c’est bien l’azur que trouvera la formation. Quatre percussionnistes qui, d’abord, envisagent à fond de cale – presque en secret – l’étendue de nouvelles possibilités : les coups sont nombreux, pour la plupart retenus mais endurants aussi, et les mécanismes travaillés interrogent sans cesse l’équilibre commun.

Est-ce pour que l’ouvrage n’échappe pas aux fondateurs Dafeldecker et Moser ? Si, dans le deuxième des trois temps du disque, les frappes de Beins et Brandlmayr sont plus volontaires, les cordes déposent quelques harmoniques et puis d’épais bourdons qui font impression. C’est alors que Polwechsel gagne les hautes sphères, avec autant d’obstination que de finesse. Mais c’est devenu une habitude.



Polwechsel : Untitled (N°7) (GODrec)
Enregistrement : août 2012. Edition : 2015.  
LP : 01/ Unx 02/ Uny 03/ Unz
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Festival Météo [2015] : Mulhouse, du 25 au 29 août 2015

météo 2015

Cette très belle édition du festival Météo vient de s'achever à Mulhouse. Petit florilège subjectif.

Le grain de voix. Rauque, granuleuse, grave, éructante, crachant tripes et boyaux, poilue. C'est la voix d'Akira Sakata, monument national au Japon, pionnier du free jazz dans son pays. Ce septuagénaire est peu connu en France. C'est un des génies de Météo que de faire venir de telles personnalités. Au saxophone, Akira Sakata oscille entre la fureur totale et la douceur d'un son pur et cristallin. A la clarinette, il est velouté. Et, quand il chante, on chavire. Il y a du Vyssotski dans cette voix, en plus sauvage, plus théâtral. On l'a entendu deux fois à Mulhouse : en solo à la chapelle Saint-Jean et lors du formidable concert final, avec le puissant batteur Paal Nilssen-Love et le colosse contrebassiste Johan Berthling. Ils forment le trio Arashi, qui veut dire tempête en japonais. Une météo qui sied au festival.

La brosse à poils durs. Andy Moor, guitariste de The Ex, brut de décoffrage, fait penser à un ouvrier sidérurgiste sur une ligne de coulée continue. En guise de plectre, il utilise parfois une brosse à poils durs, comme celles pour laver les sols. Un outil de prolétaire. Son complice, aux machines, est Yannis Kyriakides (un des électroniciens les plus convaincants de cette édition de Météo). Il lance et triture des mélodies de rebétiko. Des petites formes préméditées, prétextes à impros en dialogue. Un bel hommage à ces chants des bas-fonds d'Athènes, revisités, qui gagnent encore en révolte.

L'archet sur le saxophone. Lotte Anker a joué deux fois. Dans un beau duo d'improvisateurs chevronnés, avec Fred Frith, lui bidouillant avec des objets variés sur sa guitare, elle très inventive sur ses saxophones, jouant même par moment avec un archet, frottant le bord du pavillon, faisant résonner sa courbure. Elle s'est aussi produite en solo à la bibliothèque, dans la série des concerts gratuits pour enfants (encore une idée formidable de Météo), sortant également son archet, et accrochant les fraîches oreilles des bambins.

frith anker 260   le quan ninh 260

Le naufrage en eaux marécageuses. Les trois moments ci-dessus sont des coups de cœur, vous l'aurez entendu. Affliction, par contre, lors du deuxième concert de Fred Frith, en quartet cette fois, le lendemain, même heure, même endroit (l'accueillant Noumatrouff). Et – hélas –, mêmes bidouillages que la veille, en beaucoup moins inspiré, sans ligne directrice, sans couleur, si ce n'est les brumes d'un marécage. Barry Guy, farfadet contrebassiste qu'on a eu la joie d'entendre dans trois formations, a tenté de sauver l'équipage de ce naufrage moite.

Les percussions du 7e ciel. La chapelle Saint-Jean, qui accueille les concerts acoustiques (tous gratuits), est très souvent le cadre de moments musicaux de très haute tenue, sans concession aucune à la facilité. Pour le duo Michel Doneda, saxophone, et Lê Quan Ninh, percussions, la qualité d'écoute du public était à la hauteur du dialogue entre les deux improvisateurs. La subtilité, l'invention sans limite et la pertinence de Lê Quan Ninh forcent l'admiration. D'une pomme de pin frottée sur la peau de sa grosse caisse horizontale, de deux cailloux frappés, il maîtrise les moindres vibrations, et nous emporte vers le sublime.

Et aussi... Le batteur Martin Brandlmayr, avec sa batterie électrique : son solo était fascinant. Le quartet Dans les arbres (Xavier Charles, clarinette, Christian Wallumrød, piano, Ingar Zach, percussions, Ivar Grydeland, guitare), totalement extatique. Le quartet d'Evan Parker, avec les historiques Paul Lytton, batterie, et Barry Guy, contrebasse, plus le trompettiste Peter Evans, qui apporte fraîcheur, vitalité et une sacrée présence, sous le regard attendri et enjoué de ses comparses. La générosité de la violoncelliste coréenne Okkyung Lee, qu'on a appréciée trois fois : en duo furieux avec l'électronique de Lionel Marchetti, en solo époustouflant à la chapelle, et dans le nonet d'Evan Parker : elle a été une pièce maîtresse du festival, animant aussi un des quatre workshops, pendant une semaine. Les quatre Danoises de Selvhenter, enragées, toujours diaboliquement à fond et pire encore, menées par la tromboniste Maria Bertel, avec Sonja Labianca au saxophone, Maria Dieckmann au violon et Jaler Negaria à la batterie. Du gros son sans finesse, une pure énergie punk. Et, dans le même registre, les Italiens de Zu : Gabe Serbian, batteur, Massimo Pupillo, bassiste et Luca Tommaso Mai, saxophone baryton : un trio lui aussi infernal, qui provoque une sévère transe irrésistible.

Festival Météo : 25-29 août 2015, à Mulhouse.
Photos : Lotte Anker & Fred Frith / Lê Quan Ninh
Anne Kiesel @ le son du grisli

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eRikm, Martin Brandlmayr : Ecotone (Mikroton, 2014)

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Tout commence sous la pluie. Mais il est possible de s’abriter vite fait sous une cloche. C’est la première image qui m’est venue d’Ecotone d’eRikm et Martin Brandlmayr, ou la rencontre (non pas d’un parapluie, etc., mais...) de sons bankâblés et d’une simple batterie.

Des bidouilleurs électroniques (ou assimilés), Brandlmayr a une grande expérience. C’est peut-être ce qui explique qu’il fait de ses fûts et de ses caisses des paratonnerres. C’est le cas dès le début du CD & l’effet est direct car le duo développe ensuite une forme musicale qui accouche des petits bruits hirsutes (oui, c’est bien le terme), de modules rythmiques, de drones satellites, de dérapages sonores et de négociations. Bref, d’une électroacoustique qui plaît parce qu’elle impressionne sans être le fruit de showmen ni d’experts en abstraction. En tout cas jusqu’au final, qui pourrait bien vous exploser en pleine oreille.

eRikm, Martin Brandlmayr : Ecotone (Mikroton / Metamkine)
Edition : 2014.
CD : 01/ L’Hinterhof 02/ Pneuma 03/ Répercussion 04/ Tumbleweed 05/ Palmanova 06/ Underdense
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Polwechsel : Traces of Wood (HatOLOGY, 2013)

polwechsel traces of wood

Sans plus de souffle – même si le violoncelle singe parfois l’orgue –, Polwechsel enregistrait en mars 2010 et janvier 2011 ce Traces of Wood ayant valeur de tournant : « Faire moins de bruit, c’était se taire », explique Michael Moser. Alors, Polwechsel passe commande à ses quatre éléments de partitions qu’il fleurira d’improvisations.

Sur Adapt/Oppose, Burkhard Beins fait des archets l’instrument principal (sur contrebasse, violoncelle et cymbales), qui lentement vont ensemble avant de se répondre, comme d’une vallée à l’autre et sur peaux frottées : les combinaisons sonores, minuscules, forment un corps fragile qui basculera pour démontrer son adhérence. Les archets seront distants, sur l’ouverture de Grain Beinding #1, de Moser. La composition est plus nette, dramatique au fond, qui peu à peu focalise les quatre voix avec un art plus fabriqué.

Nia Rain Circuit, respecte, lui, les courants usages de son auteur, Martin Brandlmayr. La pièce échapperait pourtant au répertoire de Trapist ou de Radian pour jouer de nombreuses pauses et de redirections tranchées avant de convoquer des archets unanimes sur les résonances d’un vibraphone. Les coordonnées de l’endroit du monde où Werner Dafeldecker enregistra le blizzard qu’il injecte à sa composition donnent à celle-ci son titre : S 64°14’’ W 56°37’’. Plus effacé, mais perturbé d'autant, le groupe lutte contre les éléments à coups d’éclats et de drones qui laissent en effet des traces. Trois, au moins. Et tenaces.

Polwechsel : Traces of Wood (HatOLOGY)
Enregistrement : 2010-2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Adapt/Oppose 02/ Grain Bending #1 03/ Nia Rain Circuit 04/ S 64°14’’ W 56°37’’
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Trapist : The Golden Years (Staubgold, 2012)

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Avec son premier disque (Highway My Friend), sorti chez Hat en 2002, Trapist m'avait emballé, dans le genre : nonchalant, concret et un peu poisseux – en tout cas moins pompeux que The Necks, moins « branché » que Radian, dans une forme de cousinage avec Mersault peut-être.

Plus léché, produit ou explicite, le deuxième enregistrement du groupe (Ballroom, paru en 2004 sur Thrill Jockey) décevait franchement... et c'est avec quelque appréhension que j'ai écouté les quarante minutes du nouvel album, « recorded during the golden years ».

Je ne saurais dire exactement quel « âge d'or » Martin Siewert (guitares, electronics), Joe Williamson (contrebasse, trackerball) et Martin Brandlmayr (batterie, percussion, vibraphone, piano) pensaient ressusciter ici – d'autant plus que rien n'indique précisément quand ces quatre morceaux ont été gravés... bien que Pisa doive remonter à un concert de 2007 – mais il faut reconnaître que le trio retrouve ce pouls lancinant sur lequel, comme dans une sorte de raga, les arpèges de guitare (d'un Loren Connors à Paris-Texas) viennent se poser. Frôlant parfois d'inutiles joliesses atmosphériques, le groupe ne s'y enferre pas et arrive à garder le cap d'une musique certes accessible, homogène & réverbérée, mais intéressante, délicatement corrodée & faite main (à ce titre, le travail de Brandlmayr – aux balais, par exemple – vaut le détour).

Il semble bien que Trapist soit de retour...

Trapist : The Golden Years (Staubgold)
Edition : 2012.
CD / LP : 01/ The Gun That's Hanging On The Kitchen Wall 02/ The Spoke And The Horse 03/ Pisa 04/ Walk These Hills Lightly
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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El Infierno Musical : El Infierno Musical (Mikroton, 2011)

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Sur les mots d’Alejandra Pizarnik, poétesse argentine, Christof Kurzmann a pensé son propre Infierno Musical. Le Prince des Enfers de Bosch, coiffé de son chapeau-chaudron, préside à la rencontre de Kurzmann et d’invités de choix : Ken Vandermark, Eva Reiter, Clayton Thomas et Martin Brandlmayr. L’idée est la même que celle qui anime The Magic I.D. : faire appel à l’imagination d’improvisateurs souvent inspirés pour servir (voire améliorer) des chansons d’une pop expérimentale.

Créateurs d’atmosphères convaincants, ceux-là n’arrivent pourtant pas à contrecarrer les maladresses de Kurzmann : lorsqu’il récite (la prosodie rappelle David Sylvian, Mark Hollis ou David Byrne), sa nonchalance maniérée peine à convaincre ; lorsqu’il dirige, ses arrangements sont souvent naïfs quand ce n’est pas branlants ; ailleurs encore, il installe un folk qui en appelle à la soul ou se contente d’improvisations bridées pour espérer convaincre de l'originalité de son propos. Au-delà de deux ou trois courts moments appréciables, El Infierno Musical évolue loin de toutes fureurs, entre minauderies et fadeur.

El Infierno Musical : El Infierno Musical (Mikroton / Metamkine)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD / LP : 01/ El Infierno Musical 02/ Ashes I 03/ Dianas Tree 04/ Para Janis Joplin 05/ Cold In Hand Blues 06/ Ashes II
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Otomo Yoshihide, Axel Dörner, Sachiko M, Martin Brandlmayr : Allurements of the Ellipsoid (NEOS, 2010)

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Ces allurements, autrement dit attirances, concerneraient des musiques expérimentales envisagées à Berlin pour l’une, à Vienne pour l’autre, à Tokyo pour les dernières. Non pas nationales, mais géographiques, réunies en 2005, et trois jours durant, à Donaueschingen (latitude : 47.9594, longitude : 8.4989).

Sorte de jumelage concrétisé en terrain d’entente, ces Allurements of the Ellipsoid sont quatre qui célébrèrent autant de pratiques instrumentales délicates – si l’on compte pour une et une seule celle d’Otomo Yoshihide qui manie ici électronique, platines et guitare, et à qui le présent quartette aurait dû emprunter le nom. Ses trois autres éléments : Sachiko M (ondes sinus), Axel Dörner (trompette) et Martin Brandlmayr (batteries et percussions).

Tous engins de pressions intiment à l’instant de former sa musique à partir de souffles blancs, de frottements sur caisse claire ou de métal en résonance, de ronflements et d’aigus courts ou longs. Parmi l’ensemble et tout en l’augmentant sans cesse, les musiciens parviennent à faire œuvre de cohésion. Les éléments les plus concrets – la frappe régulée de Brandlmayr, les cordes lasses dans lesquelles bute Yoshihide – n’affaiblissent pas l’abstraction du propos mais l’encadrent et l’ennoblissent, la parachèvent.

Dörner, en débiteur de courant d’air ou en soliste monomaniaque, et Sachiko M, en projeteuse d’aigus et de microcontacts, agissent davantage en perturbateurs nécessaires : il faut que sonne l’heure des luttes pour provoquer l’invention et faire que ses formes varient.  La fin sera d’ailleurs ténébreuse : la guitare s’y lèvera pour geindre avant que le calme l’emporte : sa trajectoire est une dernière ellipse.

Otomo Yoshihide, Axel Dörner, Sachiko M, Martin Brandlmayr : Allurements of the Ellipsoid (NEOS / Codaex)
Enregistrement : 10-12 octobre 2005. Edition : 2010.
CD1 : 01/ Allurement 1 02/ Allurement 2 – CD2 : 01/ Allurement 3 02/ Allurement 4
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Radian : Chimeric (Thrill Jockey, 2009)

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La feuille de presse l’affirme sans ambages – et  pour une fois, nous ne pouvons qu’acquiescer, Chimeric est un disque oublié des bancs de polissage. Brut et malfaisant, ce qui ne veut nullement dire qu’il est nourri de malfaçons, le nouvel effort de Radian se livre à un exercice d’automutilation d’une délicate facture noise. Evocation lointaine, mais très réelle, du très radical – et génial – Flame Desastre du trio Sister Iodine, le son des Autrichiens débauche des percussions martiales et des guitares tordues sans coup férir (Git Cut Noise). La tornade épuisée, des instants de repos chavirés embrassent l’horizon des magnifiques Kapital Band 1, rappel essentiel du rôle proéminent que joue Martin Brandlmayr aux fûts des deux formations viennoises. Meilleur morceau de ce troisième opus, ce très acoustique Feedbackmicro / City Lights est à vivre et à rappeler séance tenante.

Relativement peu travaillé à l’électronique, Chimeric ne rappelle que par instants épars la connexion quasi naturelle entre Stefan Németh et les manipulations sonores. Au mitan de l’esprit des labels Thrill Jockey et Mosz, voire Editions Mego, un titre tel que l’intrigant Git Cut Derivat évite toutefois les compromissions trop faciles. A l’instar du médian Chimera, dépassement ambigu entre calme jazztronica précaire et revendication noise rock, les paysages louvoient entre improvisations maîtrisées à l’extrême (est-ce de trop ?) et déclinaisons noircies au feutre de Till The Old World's Blown Up And A New One Is Created (vs Tortoise, on est sur Thrill jockey, que diable). Un chouia de relâchement en sus et tout eut été parfait.

Radian : Chimeric (Thrill Jockey / Amazon)
Edition : 2009.
CD : 01/ Git Cut Noise 02/ Feedbackmicro / City Lights 03/ Git Cut Derivat 04/ Chimera 05/ Kinetakt 06/ Subcolors
Fabrice Vanoverberg © le son du grisli

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Polwechsel, John Tilbury : Field (HatOLOGY, 2009)

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Ah, voilà un de ces disques qu’on repère avant sa sortie, qu’on prie son disquaire de commander, qu’on se prépare à écouter avec l’envie de « reconnaître » (un son de groupe façonné, une géologie unique) et de « découvrir » ; il faut avouer que, d’album en album, Polwechsel a su créer, par les ajustements de son effectif et la documentation de ses évolutions esthétiques, un désir chez l’auditeur avide de « l’épisode suivant »…

Cette sixième* publication marque, à plusieurs égards, une importante étape dans l’histoire de l’orchestre après la récente intégration des percussionnistes Burkhard Beins et Martin Brandlmayr aux côtés des membres fondateurs Werner Dafeldecker (contrebasse) et Michael Moser (violoncelle) : saxophoniste soprano & ténor du groupe depuis dix ans, John Butcher a choisi de le quitter après cet enregistrement. L’invitation faite, pour ce disque, à John Tilbury, signale également un infléchissement musical et confère à sa contribution une portée significative ; le pianiste n’apporte pas cette suspension caractéristique d’AMM – écoutez-le avec Prévost et justement Butcher, dans Trinity, sur Matchless – mais plutôt un art somptueux du « placer & déposer » les objets sonores. Les deux compositions de Moser et Dafeldecker y gagnent une belle ampleur, dans une sorte de dépassement de l’austère ascétisme (qui culminait sur le disque Durian et se formalisait chez Erstwhile) par une rêverie nouvelle qui n’est pas sans rappeler certaines options des premiers scénarios du groupe. Séquences & jeux de structures, alternances & bascules de polarités, élégance & obstination, c’est tout Polwechsel, mais taillé dans des tissus plus piqués, frotté dans des essaims d’une autre légèreté…


Polwechsel, John Tilbury, Place (extrait). Courtesy of HatOLOGY.


Polwechsel, John Tilbury, Field (extrait). Courtesy of HatOLOGY.

*après Polwechsel (hat[now]ART 112), Polwechsel 2 (hat[now]ART 119), Polwechsel 3 (Durian 016-2), Wrapped Islands (avec Fennesz, Erstwhile 023), Archives of The North (hatOLOGY 633)

Polwechsel, John Tilbury : Field (HatOLOGY / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 2007. Edition : 2009.

CD : 01/ Place / Replace / Represent 02/ Field

Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Fennesz, Dafeldecker, Brandlmayr: Till the Old World's Blown Up and a New One Is Created (Mosz - 2008)

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A coups d’improvisations réarrangées, Christian Fennesz et deux membres de Polwechsel (le contrebassiste Werner Dafeldecker et le percussionniste Martin Brandlmayr) profitent de leur association sur Till the Old World's Blown Up and a New One Is Created, disque d’une musique électroacoustique reposée.

Sur transport lent, des arpèges de guitare claire et une poignée de notes sorties d’un vibraphone ouvrent ainsi un espace que revendique bientôt une série de charges vociférant. Or, c’est une pop atmosphérique qui prendra le dessus, rassurée ici par un archet de contrebasse, là par la cadence timide qu’imposent des balais sur caisse claire. Ailleurs encore – sur un mini cd accompagnant le principal –, par quelques structures rythmiques plus cadrées supportant trois morceaux plus courts et plus fades, qui contrastent avec la musique déroutante déposée jusque-là par le trio.

CD1: 01/ Till the Old World's Blown Up and a New One Is Created - CD2: 01/ Tau 02/ Jets 03/ Me Son >>> Fennesz, Dafeldecker, Brandlmayr - Till the Old World's Blown Up and a New One Is Created - 2008 - Mosz.

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