Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Gilles Aubry : The Amplification Of Souls (Adocs, 2014)

gilles aubry the amplification of souls

Gilles Aubry est tenu en très haute estime pour son s6t8r et ses toujours surprenants field recordings d’une friche industrielle berlinoise ouverte à tous les vents. Cinq ans plus tard, l’artiste suisse met le cap sur les églises du Renouveau Charismatique de Kinshasa sur The Amplification Of Souls, où le CD se double d’un livre de 80 pages (que nous n’avons pas reçu).

En deux pistes d’une trentaine de minutes chacune, l’homme basé à Berlin fait pratiquement œuvre d’ethnologue sonore et, ô divine surprise, on se croirait en plein trip africain à la Chris Watson. Le premier morceau (sans nom) nous procure un trip totalement fascinant, entre offices religieux d’une incroyable ferveur, tentative de désenvoûtement (enfin, on imagine), extraits de films en français et chant du coq, le tout hors de toute tentative pseudo-exotique mal fagotée. Le second track est marqué encore davantage par le spirituel et la tension extatique qui en ressort est carrément bluffante d’énergie, même si elle ne rassurera pas totalement ceux qui vouent aux gémonies la moindre expérience religieuse.

Gilles Aubry : The Amplification Of Souls (Adocs Verlag)
Edition : 2014
CD : 1/ L'Amplification Des Âmes (The Amplification Of Souls) 2/ Les Âmes Amplifiées (Amplified Souls)
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Gilles Aubry : And Who Sees the Mystery (Corvo, 2016)

gilles aubry and who sees the mystery

Derrière l’épais rideau dessiné sur la couverture d’And Who Sees the Mystery, Gilles Aubry cache une nouvelle composition faite de sons glanés en voyage – cette fois au Maroc, qu’il a sillonné en 2013 et 2014 avec Zouheir Atbane. C’est donc, après ceux de The Amplifications of Souls et Les écoutis Le Caire, une autre impression d’Afrique qu’il livre sur vinyle.  

Aubry, c’est d’abord une oreille à l’affût, celle d’un voyageur qui cherche à découvrir ce qu’un paysage pourrait bien avoir à lui dire par les sons qui font son quotidien ; ensuite, ce sont des preuves d’une réalité à réinventer comme à distance, qui prendront les atours d’une abstraction à énigmes. Si elle révèle quelques constantes (feedbacks et sifflements d’origine électronique, présences d’animaux et de mécaniques, irruption d’un air de folklore…), la pratique sonore du Suisse ne lasse pas de surprendre : ici, au son d’instruments singuliers (voix, flûtes, cordes, percussions… qu’agitent des musiciens dont les notes de pochette donnent les noms) ; là, sous les effets de « halos » (d’enveloppes, presque) qui accompagnent la sélection de témoignages plus tôt saisis par les micros.

Alors, dans le même temps qu’il donne l’impression – peut-être n’est-ce qu’une impression, une fausse idée voire un fantasme d’auditeur n’ayant pas fait le voyage, en tout cas pas ce voyage-là – d’avoir traîné en atelier ou approché une fantasia, le musicien brouille les pistes (puisqu’il il s’agit bien ici de re-recording) et enrichit les nouveaux usages que l’on peut faire du monde – pour évoquer un de ses compatriotes, Nicolas Bouvier, qui voyagea beaucoup équipé de son Nagra. De sa nouvelle errance, Gilles Aubry a ainsi fait deux (sur)faces pleines et ravissantes.

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Gilles Aubry : And Who Sees the Mystery
Corvo Records
Enregistrement : juin 2013 - mars 2014. Edition : 2017.
LP : And Who Sees the Mystery
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

guillaume belhomme daniel menche d'entre les morts

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Gilles Aubry, Stéphane Montayon : Les écoutis Le Caire (Gruenrekorder, 2010)

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Entre deux plaques de carton gris, Gilles Aubry et Stéphane Montavon ont dissimulé Les écoutis Le Caire. Avec, il y a aussi un poster-poème « moderne » conçu par Montavon dans l’idée des calligrammes, c'est donc à dire : beaucoup moins « moderne » qu’il n’y paraît. Beaucoup moins « moderne » que le disque de field recordings qu’il cache en tout cas.

Sur ce disque, il y a inévitablement des bruits. Des bruits de la ville qu’est Le Caire aujourd’hui (tentaculaire, étendue, inembrassable d’un coup d’un seul, que ce soit du regard ou de l'oreille). L’auditeur que nous sommes tombe sur une allée au trafic dense ou sur un chantier certainement ralenti par la chaleur. Plus loin, c’est le bruit que font des machines ou des radios qui vomissent des voix ou crachent des mélodies insensées. Et puis tout à coup, une douce musique prend le dessus sur ce fatras magnifique, elle le transforme, le rythme. On ne sait trop comment Gilles Aubry et Stéphane Montavon ont agencé toutes ces preuves de réalité. Mais elles se trouvent là, sur un partition musicale surprenante, et même très belle.

Gilles Aubry, Stéphane Montavon : Les écoutis Le Caire (Gruenrekorder)
Edition : 2010.
CD : 01/ Les écoutis Le Caire
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Gilles Aubry : s6t8r (Winds Measure Recordings, 2009)

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La musique de Gilles Aubry est comme un souvenir que l'on traîne : ce souvenir n'est pas le nôtre, mais le sien. La musique de Gilles Aubry est donc un souvenir que l’on traîne derrière lui.

S'y accrochent ceux qui croient qu’il est des vies analogues à la leur, des existences qui habiteraient les mêmes endroits et qui en viendraient aux mêmes conclusions qu'eux. Ceux qui croient faire face au chef-d’œuvre dès qu’il se pourrait qu’une part de sa conception leur est allouée. La lecture de s6t8r, par exemple (les field recordings agencés par Gilles Aubry ne sont-ils pas ceux d’une pluie sous laquelle nous sommes nous aussi passés, d’atmosphères dans lesquelles il nous est arrivé de nous assoupir ou des bruits de générateurs multiples que nous rencontrons partout ?).

Sans doute est-ce pourquoi les souvenirs lancinants vous assaillent à l’écoute de ce disque. Vous regrettez déjà d'avoir ouvert la boîte et l'oreille, mais au même moment vous foncez dans le bruit : infrabasses et dérapages, dans la nuit avance un carrosse à clochettes. La rumeur de la mer aussi, semble-t-il, encore qu’il faudrait demander au Suisse expatrié où il trouve la mer en plein cœur de Berlin.

Parce que s6t8r est une composition réalisée à partir d’enregistrements faits dans les pièces d’un immeuble de la ville dans lequel on programmait (hier encore) beaucoup de concerts de musique expérimentale. Aujourd’hui, on n’y entend plus de musique. Mais reste le souvenir – celui-là ou un autre – auquel l’auditeur ne manquera pas de se raccrocher.

Gilles Aubry : s6t8r (Winds Measure Recordings)
Enregistrement : 2007. Edition : 2009.
CD : 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Gilles Aubry: Berlin Backyards (Cronica Electronica - 2008)

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Suisse aujourd’hui installé à Berlin, Gilles Aubry enregistra là, en 2006, le matériau de Berlin Backyards : field recordings modelés ensuite pour mieux révéler l’immatériel rencontré partout à la périphérie de la ville.

Changé en réalité de l’artiste, donc : grain traînant parmi la structure d’une mécanique à l’allure presque toujours égale, aigus perçants parmi la rumeur d’une cour d’école à son heure, souffles de bandes butant sur le flanc d’un oiseau, et puis quelques pas résonnant peu avant que se fasse entendre le bruit d’une source que l’on imagine opaque. Au gré des minutes, le souvenir infuse ; jusqu’à ce que la réalité, réinventée, compte autant de preuves que contient de charmes l’abstraction avec laquelle on l’avait d’abord confondue.

CD: 01-08/ Berlin Backyards >>> Gilles Aubry - Berlin Backyards - 2008 - Cronica Electronica.

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