Le son du grisli

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Oğuz Büyükberber, Simon Nabatov, Gerry Hemingway : Live at the Bimhuis (TryTone, 2015)

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Tensions, détentes, crescendos, decrescendos : comment en sortir ? En trente et une petites minutes, un trio (jeune de deux années) désire aller plus loin, plus profond que la fois précédente. Quoi de plus logique ?

Le clarinettiste Oğuz Büyükberber impose lacets et tension en début d’improvisation. Le chemin est accepté à mi-notes par ses deux partenaires. Mais la porte d’entrée se dérobe. S’entament des amorces, s’essayent des couleurs. On sentirait presque batteur et pianiste gênés par ce début d’improvisation en roue libre.

Tous bataillent pourtant. Resserrant le mouvement, Gerry Hemingway pénètre un rythme bancal et néanmoins rassembleur. Voici donc la clé. Simon Nabatov peut maintenant convulser sans retenue. Duo piano-batterie puis solo de clarinette basse : le faux pas est écarté. Le naturel se porte large. Une marche de guingois peut même surgir sans que l’on crie au blasphème. Fin.

Oğuz Büyükberber, Simon Nabatov, Gerry Hemingway : Live at Bimhuis (Trytone)
Enregistrement : 2012.  Edition : 2015.  
CD : 01/ 21-9-12
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Gratkowski : All at Once, Le vent et la gorge, Fo(u)r Alto, Vermilon Traces/Donaueschingen (Relative Pitch, 2013 / Leo, 2012)

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FPR : All at Once (Relative Pitch, 2013) 
Au jeu des acronymes rovesque, Frank Gratkowski s’est plié : avec Jon Raskin (alto et baryton) et Phillip Greenlief (alto et ténor), le voici formant FPR. Enregistré entre 2007 et 2010, All at Once donne à entendre le trio de saxophones (et clarinette) servant des compositions de ses trois membres : unissons déviants, connivence et embardées, encombrements attendus, bourdonnements saisissants, notes prises au bond, et voici le trio rappelant le quartette (ROVA, donc) sans rien gagner ni beaucoup perdre à la comparaison. [gb]

le vent et la gorge

Frank Gratkowski Quartet : Le vent et la gorge (Leo, 2012)
En une suite de trente-huit minutes (har-oh-nie) alternant unissons-glissandi et pilonnage intensif, le quartet de Frank Gratkowski (Wolter Wierbos, Dieter Manderscheld, Gerry Hemingway) dévoile ce que sera Le vent et la gorge : une œuvre laissant peu de place à l’aléatoire mais distillant quelques hauts sommets. Longs travellings salivaires ou duels de souffles, Gratkowkski se permet même de faire entrer en concurrence clarinette basse survoltée et alto soyeux. Et signe, de fait, un disque captivant. [lb]

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Fo(u)r Alto : 4 Compositions by Frank Gratkowski (Leo, 2012)
Ici, d’autres horizons, d’autres unissons. Frank Gratkowski compose pour quatre saxophones altos (lui-même et Florian Bergmann, Benjamin Weidekamp, Christian Weidner) et les dissonances y trouvent leur(s) chemin(s). Parfois, on frôle les souffles (ce disque aurait pu, lui aussi, s’intituler Le vent et la gorge). Le reste du temps, on se refuse à répudier une microtonalité prégnante. Témoin, ce Sound 1, pièce d’une trentaine de minutes, entre drone et drame, et où se transfusent et s’évaporent des souffles presque braxtoniens. [lb]
 

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Frank Gratkowski, Chris Brown, William Winant, Gerhard E.Winkler : Vermilion Traces / Donaueschingen 2009 (Leo, 2012)
S’inspirant des paysages jadis détroussés par Cage ou Feldman (ce dernier surtout), Frank Gratkowski, Chris Brown, William Winant et Gerhard E.Winkler (ce dernier sur une plage seulement) interpellent un dense horizon où l’improvisation se croit composition. Dans ces quasi-silences percés de scintillements, il n’y a aucune coupe ou interruption mais un continuum de la forme. Ailleurs (sur le deuxième CD surtout), sidérurgie et balayages expriment fougues et colères, frottent jusqu’au sang la chair infectée. Et distillent un alphabet du désagréable qui emballera de façon certaine les initié(e)s. Votre serviteur, surtout. [lb]

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Marilyn Crispell, Mark Dresser, Gerry Hemingway : Play Braxton (Tzadik, 2012)

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A la manière d’Old and New Dreams et de VSOP – groupes d’anciens partenaires d’Ornette Coleman et Miles Davis qui célébrèrent en son absence le répertoire du jadis meneur et pour toujours maître – Marilyn Crispell, Mark Dresser et Gerry Hemingway revenaient à Anthony Braxton le temps d’un hommage rendu le 19 avril 2010 – soit : à la veille de son soixante-cinquième anniversaire.

Aux membres encore alertes – davantage peut-être qu’Old and New Dreams et ô combien plus que VSOP en leur temps –, le trio allait au son de compositions lui laissant un peu de champ d’expression propre : fougue inventive de Crispell (certes, le son du piano brille un peu), archet leste et tambours remontés, ne peuvent toutefois rivaliser avec l’art du quartette classique de Braxton (1985-1994) – blanches et silences sont rares ; les secondes y sont en effet parfois longues.   

Marilyn Crispell, Mark Dresser, Gerry Hemingway : Play Braxton (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 19 avril 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ Composition 116 02/ Composition 23C 03/ Composition 108C/110/69Q 04/ Composition 69B [8.2] 05/ Composition 40N/40B
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Sylvie Courvoisier - Mark Feldman Quartet : Hôtel du Nord (Intakt, 2011)

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Dans Hôtel du Nord se côtoient compositions (de la pianiste ou du violoniste) et improvisations. Des premières, on retiendra et admirera une évidente unité de temps et de structure. Entre attente et suspension, émerge un violon rasant (Hôtel du Nord) ou s’incruste un motif obsessionnel (Dunes). Dans ces eaux stagnantes, le surgissement de formes inopinées crée une tension supplémentaire, gommant ainsi la notion de solo au profit d’un axe collectif, ici remarquablement unifié.

Des secondes, on retiendra la diversité des formes : travail sur la matière sonore ici (craquements, hymnes souterrains et à demi-avortés in Little Mortise) ou, ailleurs, la réminiscence d’un jazz impulsif, incisif (Inceptions). Soit pour Sylvie Courvoisier, Mark Feldman, Thomas Morgan et Gerry Hemingway la poursuite d’une aventure, trouvant ici, l’un de ses plus intenses chapitres.



Sylvie Courvoisier, Mark Feldman Quartet : Hôtel du Nord (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Hôtel du Nord 02/ Dunes 03/ Plan A 04/ December 2010 05/ Little Mortise 06/ Inceptions 07/ Gowanus
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Gerry Hemingway, Jin Hi Kim : Pulses (Auricle, 2010)

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Jin Hi Kim est Coréenne et joue du komungo / geomungo, une cithare de là-bas dont la sonorité rappelle celle du koto. Gerry Hemingway est lui plus connu et a invité Jin Hi Kim à s’essayer au duo. Un de plus qu’il produit sur son label, Auricle – un simple tour sur le site d’Auricle vous dira combien le batteur aime le jeu à deux.

Respectueux, l’hôte laisse beaucoup d’espace à son invitée. De son côté, la Coréenne donne dans la cavalcade ou peint de grands paysages, des panoramas évoqués d’un geste bref à l’aquarelle. Quelques fois, il arrive qu’on ne distingue plus la nature de son instrument. Les micros (l’instrument peut être électrique) le transforment et tombent alors des pluies irréelles ou un air de... guimbarde.

Mais Pulses recèle aussi des passages plus vains, des échanges trop gentils pour être enthousiasmants, des discrétions en manque de sens ou d’histoire à raconter. Comme en balade, l’auditeur balance donc. Aux amateurs de Codona et de Vasconcelos en particulier, nul doute quand même que Pulses saura plaire entièrement. Aux autres, pourrait s'offrir la saveur d'un nouvel instrument.

Gerry Hemingway, Jin Hi Kim : Pulses (Auricle / Instant Jazz)
Edition : 2010.
CD : 01/ Double Portraits 02/ Windtails 03/ Rain Dance 04/ Pale Blue Dot 05/ Deimos & Phobos 06/ Saturn's Ring 07/ Quick Step 08/ Return 09/ Pulses
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Ivo Perelman, Gerry Hemingway : The Apple in the Dark (Leo, 2010)

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On le savait aussi violoncelliste. On le découvrira peut-être un jour tromboniste. Ici, il demeure le saxophoniste hurleur qu’il a toujours voulu être. Et, nouveauté, on le découvre également pianiste.

Ainsi, le duo ténor-batterie impulsé par Ivo Perelman et Gerry Hemingway n’a rien de surprenant dans la forme. Le cri est rude, puissant, maîtrisé jusque dans l’excès. C’est un cri que l’on connaît et accueille sans réserve. Ivo Perelman, pianiste, est, lui, plus énigmatique (parce qu’inédit ?). A l’errance de la première plage en duo (A Maca No Escuro) répond les martelages fougueux de The Path. En quelques minutes, Perelman bouscule sa propre timidité et inonde une horizontalité toute ceciltaylorienne. Prenant le parti du rythme, Gerry Hemingway, peu à peu, réduit le tissu rythmique en une peau de chagrin et redouble de couleurs vives, cassées puis aussitôt réparées. La diversité des effets percussifs chez le batteur éblouit : ici, la baguette s’écrase sur la peau ; là, elle laisse toute latitude au rebondissement.

Plus impressionnant encore est l’inépuisable flux que s’offrent ténor et batterie : une même soif d’en découdre, une même attache, une même profusion, une endurance à toute épreuve. Et ici, Hemingway propose souvent, parfois impose et ne lâche jamais rien du roulis rythmique qu’il vient de débusquer. Un des disques les plus aboutis d’Ivo Perelman me semble-t-il. Et qu’importe que cet enregistrement soit sous la haute influence d’un roman de Clarice Lispector autour du dialogue intérieur d’un criminel ; il peut se résumer ici en deux seuls mots : parfaite entente.

Ivo Perelman, Gerry Hemingway : The Apple in the Dark (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2010.   
CD : 01/ The Apple in the Dark 02/ Lispector 03/ A Maca No Escuro 04/ Sinful 05/ Vicious Circle 06/ The Path 07/Green Settings 08/ Wrestling 09/ Indulgences 10/ Lisboa
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Sylvie Courvoisier, Mark Feldman : To Fly to Steal (Intakt, 2010)

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En ouvrant grandes nos oreilles et en évitant le petit jeu des comparaisons (inutiles ?), on pourrait presque se dire qu’Oblivia (Tzadik / Orkhêstra) est l’exact opposé de To Fly to Steal. Duo pour l’un, quartet pour l’autre. Continuum résolu pour l’un, cassures franches et nettes pour l’autre. Ici, le jazz s’y retrouve parfois (The Good Life), s’entête et crépite en des chaos millimétrés (Fire, Fist & Bestial Wail). Ici, le violon serait presque soliste et le piano presque d’accompagnement. Presque car tout est bien plus compliqué et alléchant que cela.

Alléchantes sont ces collisions de timbres, cette liberté de croiser les fluides et d’assouvir des combinaisons inouïes. Alléchantes, cette batterie (Gerry Hemingway) et cette contrebasse, accouchant de lignes aux rebonds vifs et tranchants (on m’excusera, ici, d’épingler la trop grande discrétion et le jeu de peu d’ampleur de Thomas Morgan). Oui, un disque alléchant et sans la moindre froideur. Et à nouveau, je signe et persiste.

Sylvie Courvoisier, Mark Feldman Quartet : To Fly to Steal (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010. 
CD : 01/ Messiaenesque 02/Whispering Glades 03/ The Good Life 04/ Five Senses of Keen 05/ Fire, Fist & Bestial Wail  06/ Coastines  07/ To Fly to Steal
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Gerry Hemingway : Demon Chaser (HatOLOGY, 2009)

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Enregistré en 1993, Demon Chaser donne à entendre Gerry Hemingway en leader charismatique aux côtés de musiciens de choix : Michael Moore (saxophone alto, clarinettes), Wolter Wierbos (trombone), Ernst Reijseger (violoncelle) et Mark Dresser (contrebasse).

Avec plus d’aplomb que jamais, le batteur pousse ses partenaires dans leurs derniers retranchements, en prenant pour prétexte la défense d’un bop de fin de siècle. Alors, sur Slamadam, les grands écarts du trombone de Wierbos et de la clarinette basse de Moore rivalisent de présence avec les reliefs du morceau-titre : thème sauvage sur lequel Moore et Reijseger interviennent en voltigeurs.

Ailleurs, les atmosphères changeantes d’Holler Up (composition précieuse rattrapée par la maîtrise des musiciens), More Struttin’ With Mutton (défilé de solos remarquables sur bop straight), Buoys (seul véritable écueil, et relatif, de l’enregistrement) et, surtout, d’A Night in Tunisia : thème dissous en arrangements subtils et réformateurs, mécanique à l’équilibre fragile sans cesse sublimé par la puissance de feu des musiciens. Alignés de telle façon, ceux-là ne pouvaient faire autrement.

Gerry Hemingway : Demon Chaser (HatOLOGY / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 1993. Edition : 2009.
CD : 01/ Slamadam 02/ A Night in Tunisia 03/ Buoys 04/ Holler Up 05/ Demon Chaser 06/ More Struttin’ With Mutton
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Archives Gerry Hemingway

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Maybe Monday : Unsquare (Intakt, 2008)

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Monté il y un peu plus de dix ans par Fred Frith, Miya Masaoka et Larry Ochs, le projet Maybe Monday enregistrait l’année dernière son troisième album, et invitait pour l’occasion quelques musiciens efficients, parmi lesquels le batteur Gerry Hemingway, la harpiste Zeena Parkins et l’électronicienne Ikue Mori.

Improvisé, forcément déconstruit, Unsquare installe des pratiques expérimentales complémentaires, révélant quelques fois un lyrisme inattendu (violon de Clarla Kilhestadt, notamment) mais le plus souvent attirées par ce genre d’intensité que l’on découvre sur le vif. Alors, voici assemblées le japonisme soigné de Parkins, les expériences toujours ludiques de Frith, les couacs et à peu-près sonores d’Ochs aux sopranino et ténor.

Hemingway, pour faire tenir l’ensemble : indispensable lorsque Mori, Frith et Ochs commandent une pièce magistrale d’abstraction bruitiste, bientôt consolidée par l’archet frénétique de Kilhestadt : Unturned, qui referme ce recueil de musique électroacoustique extravagante.

Maybe Monday : Unsquare (Intakt / Orkhêstra International)
Edition : 2008. 
CD : 01/ G 02/ Nitrogen 03/ Saptharishi Mandalam 04/ Septentrion 05/ Unturned
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Joe Fonda : Loaded Basses (CIMP, 2006)

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Distribuant quelques accrocs à sa discrétion au gré des sorties régulières d’albums presque à chaque fois impeccables, le contrebassiste Joe Fonda dresse en 2006 une stèle imposante aux graves : Loaded Basses.

Auprès du saxophone baryton de Claire Daly, du tuba de Joe Daley, de la clarinette basse de Gebhard Ullman et du basson de Michael Rabinowitz, enfin, porté par la science percussive de Gerry Hemingway, Fonda tire d’un gimmick soutenu une composition sourcilleuse mais charmante, qui fait aussi bien avec l’unisson des notes allongées des instruments à vent qu’avec les digressions individuelles – tenant d’un free mesuré ou d’un apaisement nécessaire prôné par le basson (Bottoms Out/Gone Too Soon).

Emporté ensuite dans une ronde jouant des contretemps et des prédispositions au solo de chacun des musiciens (Breakdown), le sextette profite pleinement des possibilités graves de ses instruments sur Rocks In My Head : lentes, rampantes, les phrases investissent un sillon d’où Daley voudra s’extraire, pour emmener bientôt ses partenaires sur la voie d’une ballade soul et lâche, dans laquelle on instille des périodes de flottement. Pour conclure, le duo Fonda / Hemingway lance une marche fantasque, prétexte pour l’ensemble à feindre l’épuisement, avant de servir un swing rageur. Et de conclure dans un chaos allègre ce concert donné en 2005 au Spirit Room de New York, et cette nouvelle preuve offerte sur disque du don du Bottom's Out de Joe Fonda.

Joe Fonda's Bottoms Out : Loaded Basses (CIMP)
Enregistrement : 2006. Edition : 2006.
CD :
01/ Bottoms Out/Gone Too Soon 02/ Breakdown 03/ Rocks In My Head 04/ Brown Bagging It
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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