Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Inscription à la newsletter du son du grisli
suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

A paraître : le son du grisli #2Sortir : Festival Bruisme #7le son du grisli sur Twitter
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Interview de Théo Jarrier (Souffle Continu)

souffle continu théo jarrier

Après six années de boutique (Le Souffle Continu, Paris), Bernard Ducayron et Théo Jarrier ont lancé un label du même nom (Le Souffle Continu Records, Paris). A son catalogue, déjà : trois rééditions sur 45 tours (Richard Pinhas en Schizo et Heldon) et deux sur 33 (Sarcelles-Lochères de Red Noise et With (Junk-Saucepan) when (Spoon-Trigger) de Mahogany Brain). Partiellement publié dans la revue Tohu Bohu 303 en novembre dernier, cet entretien de Théo Jarrier (à droite sur la photo) avec Christophe Taupin explique les motivations d’une (sérieuse autant que prometteuse) entreprise de rééditions.



En tant que disquaire et passionné de musiques, as-tu senti très nettement la recrudescence du phénomène de réédition musicale ces dernières années ? Comment ce phénomène est-il perçu par les acheteurs de disques et a-t il, selon toi, modifié les attentes et les envies des plus gros consommateurs ou des mélomanes les plus exigeants ? Oui, il y a une très nette recrudescence du phénomène de réédition musicale ces dernières années, je dirais même que le phénomène s’est accru depuis 7/8 ans environ. Les raisons sont multiples… La première serait que des labels, voire des majors, ont délaissé petit à petit des catalogues entiers de grands classiques ou de moins grands classiques sous prétexte de mauvaises rentabilités commerciales pour l’époque, pariant plutôt sur la constance de nouveaux artistes, de nouveaux groupes. La seconde serait sans doute la surproduction de nouveaux talents / nouveaux groupes, qui ont inondé le marché de la musique, avec des projets parfois éphémères, peu aboutis et sans direction artistique, ou sans suivis commercial : distributions et mises en place aléatoires. De nombreuses productions se sont donc retrouvées totalement noyées dans la masse et, très vite, l’offre de nouveaux produits est devenue beaucoup plus importante que la demande. Au-delà du fait que le mode de consommation a été bouleversé ces dernières années avec le téléchargement, l’auditeur s’est malgré tout un peu perdu dans ses choix. La troisième raison, peut-être, serait artistique : des courants musicaux qui s’essoufflent et paradoxalement un problème de visibilité de courants ou d’artistes qui émergent… J’ajouterais à cela le réel besoin de l’auditeur curieux et éclectique de repositionner la musique dans un contexte plus historique, avec des repères temporels afin de se faire une culture musicale cohérente. Tout ceci fait que, du « gros consommateur aux mélomanes les plus exigeants », l’auditeur, qui fut un temps submergé de propositions musicales, s’est globalement un peu lassé de ce qu’on lui servait… Au-delà du fait de remettre sur le marché des disques qui étaient fatalement ou momentanément indisponibles, la réédition permet de revaloriser un répertoire parfois méconnu, de faire découvrir des choses obscures et de replacer la musique dans une histoire, un contexte historique avec ses repères, ses pères et ses fondateurs. Certains labels l’ont compris et on commence à assister aujourd’hui à un phénomène inéluctable, celui d’une vraie et grande tendance de l'industrie du disque à la réédition. Mais attention, si les majors s’emparent aujourd’hui de ce phénomène, c’est aussi pour nous revendre des disques qu’ils ont eux-mêmes fait en sorte de rendre indisponibles pendant un temps, pour mieux nous les servir de nouveau. Des disques que nous avons parfois déjà dans notre discothèque, mais cette fois remplis de bonus, de posters ou de tee-shirt … Ils ont toujours procédé de la sorte, calculé pour nous faire acheter dix fois le même disque sans prendre aucun risque, il faut donc rester très vigilent et ne pas tout avaler !

Penses-tu que cette vague de réédition a amené les gens qui avaient un temps boudé les supports musicaux physiques à racheter des vinyles, par exemple ? Oui, clairement, certains auditeurs qui boudaient les supports musicaux physiques se mettent à acheter des vinyles aujourd’hui et pas uniquement grâce aux rééditions d’ailleurs, mais plutôt grâce au support… D’autres qui avaient abandonné le CD se remettent à acheter du vinyle… ça correspond davantage à des tranches d’âges, plutôt trentenaire ou quadragénaire. Des gens plus âgés, qui ont vendu toute leur collection de vinyles pour n’acheter que du CD, il y a une quinzaine d’année, ne sont pas du tout prêts à racheter du vinyle aujourd’hui, réédition ou pas… La réédition, qu’elle soit sur support CD ou vinyle, va juste permettre de remettre dans le circuit des œuvres indisponibles aujourd’hui, pour un réseau de fans qui s’intéressent vraiment à la musique.

Qu'est-ce qu'une bonne réédition, selon toi ? Pour une bonne réédition, il doit y avoir un certain nombre de critères. Tout d’abord, je dirais la rareté du disque, le fait qu’il soit indisponible depuis un certain temps est important, ou alors disponible mais à un prix défiant toute concurrence, ce qui reviendrait à dire qu’il est quelque part indisponible. Ensuite, la pertinence du propos, que la réédition ait à priori un réel intérêt artistique, mais c’est souvent assez subjectif tout ça. Si le disque est impérissable, il doit retrouver une seconde vie, une seconde jeunesse et doit donc trouver tout son sens à être de nouveau disponible, soit grâce au label d’origine qui se veut culte, soit grâce à l’artiste ou au groupe qui n’a pas su trouver son public à l’époque, pour des raisons qui nous échappent parfois (avoir été en avance sur son temps, par exemple). En tant que disquaires, nous faisons des découvertes et des redécouvertes en permanence. La réédition doit permettre de faire cette sorte de focus sur un disque oublié ou totalement inconnu du public. Pour conclure, je dirais qu’il doit être un bel objet, celui que l’on aurait envie de conserver, mis en valeur par un habillage classieux si possible (impression de qualité, cartonnage un peu épais, sticker avec des informations, obis, etc.…). Certains labels font de la sérigraphie et s’occupent eux-mêmes des pochettes et de l’artwork. Il y a aussi aujourd’hui tout un tas de nouvelles options proposées aux labels : vinyles de couleurs, picture-discs, code MP3 pour avoir l’album aussi en numérique, etc. Il faut parfois faire attention à ne pas trop dépenser en option non plus. Il faut trouver le juste milieu…

La gestion des droits musicaux et la source sonore utilisée comme base de la réédition (qu'il y ait ou non remasterisation) sont les deux mamelles de la réédition. Y a-t il beaucoup de labels qui, selon toi, ne voient pas les choses de cette façon ? Effectivement, la gestion des droits musicaux et la source sonore utilisée sont bien les deux mamelles. En ce qui concerne la gestion des droits musicaux, ce sont presque exclusivement des contrats de licences, qui s’adaptent à chaque fois différemment selon les personnes (musiciens, producteurs…). Certains labels prennent le risque de ne pas chercher à savoir qui détient les droits, pour des tas de raisons (lorsque les musiciens sont morts, par exemple, et qu’il n’y a pas d’ayant droit, ce sont des sacs de nœuds invraisemblables). Cela s’appelle dans la majorité des cas du piratage, mais c’est parfois plus complexe qu’il n’y parait. La source sonore utilisée est parfois remasterisée (souvent si le disque en question a déjà fait l’objet d’une édition en CD), parfois elle ne l’est pas… Il arrive aussi que la source soit sous un format analogique et passer de l’analogique au numérique peut coûter cher, ce qui peut ne plus être rentable commercialement. Il faut parfois refaire un mastering en studio. Bref, il faut faire face à tout un tas de petits inconvénients qui vont déterminer la décision finale de faire ou de ne pas faire la réédition, lorsque le coût est trop élevé. Chacun se débrouille et s’arrange avec ses moyens financiers… Les labels font avec les moyens du bord et le résultat est plus ou moins réussi. Je crois qu’il est nécessaire, pour un label de réédition, d’avoir des avis et des conseils extérieurs de clients potentiels. Ils peuvent contribuer à déterminer nos choix, c’est évident.

Je suis assez surpris de voir que Superior Viaduct ressort les albums de Fontaine avec Areski et quelques enregistrements de Pinhas et Heldon. Steve Viaduct a t-il un réseau de malades ou se permet-il des choses que d'autres n'osent pas ? Après avoir bien ratissé dans tous les sens leur propre territoire, le potentiel des rééditons aux Etats-Unis s’est un peu essoufflé. Les américains et anglo-saxons ont réédité des catalogues entiers de groupes majeurs ou plus mineurs. Ils se rendent compte aujourd’hui du potentiel que peuvent fournir certains pays, notamment européens, le fait qu’il existe aussi des choses plus transgenres avec une autre culture derrière et qui peut trouver son public aux Etats-Unis. L’exotisme européen véhiculé par tout un pan de musiques obscures : la musique allemande des années 70 par exemple, ou des pays scandinaves, la Belgique, les Pays-Bas, etc., avec toutes sortes de groupes psyche, prog, folk, kraut, free-rock, jazz improvisé ou électro-acoustique barré… Ou encore, l’Italie, avec tous ses compositeurs de musiques de films et toutes sortes de music libraries, à cheval entre le psyche, l’expérimentation électro-acoustique, le jazz et la musique contemporaine, toutes ces merveilles, peu ou mal réédités ! Que les américains s’attaquent aujourd’hui à la réédition d’artistes français n’est donc pas très surprenant. De Fontaine avec Areski à Pinhas avec Heldon, il y a tout un champ de la musique française, on peut dire underground, à rééditer et Superior Viaduct ouvre la voix avec d’autres, Wah Wah, Finders Keepers en Europe. Certains le font déjà un peu ici en France, mais ce ne sont pas strictement des labels de rééditions : Heavenly Sweetness, Desire, Rotorelief, Born Bad… Superior Viaduct a non seulement un vrai réseau, mais ils osent aussi ce que d’autres ne tentent pas forcement sur leur propre territoire.

Quels sont, à tes yeux, les labels de rééditions les plus pertinents, et quelles récentes rééditions affectionnes-tu le plus ? Superior Viaduct bien sûr, mais aussi dans des styles très divers : Wah Wah, Finders Keepers, Honest Jon’s, Guerssen, Pharaway Sounds, Mississippi, Light in the Attic, Soul Jazz, Strut, Soundway, Sublime Frequencies, Trunk, Lion Productions, Bo’ Weavil, Cien Fuegos, Alga Marghen, Bureau B, Vinyl on Demand, Dark Entries, Medical, Recollection GRM (une antenne de Mego)… La plupart d’entre eux ne font que de la réédition. Ce serait réducteur de ne choisir que quelques titres parmi ces nombreux labels… mais nous avons nos préférences bien sûr !

Le Label Souffle Continu a sorti ses trois premières productions il y a quelques semaines. Pourquoi Richard Pinhas et pourquoi ces œuvres ? Chaque réédition est souvent accompagnée d'une petite histoire, y en a-t il une pour ce premier triptyque de 7 pouces ? Quels sont enfin les projets à suivre ? L’aventure du label de rééditions Souffle Continu Records a débuté par nécessité de survie et pour élargir le spectre de notre activité de disquaire, Bernard Ducayron et moi-même avons eu le désir de l’activer. C’est aussi une aventure plaisante et humaine, avec des gens que l’on apprécie et dont on estime le travail. Créer un label de rééditions pour un disquaire devient presque une évidence aujourd’hui par son mode de fonctionnement et il amène une certaine légitimité sur le marché de la musique. Il ya du sens à rééditer des disques qui nous tiennent à cœur et que nous aimerions, en tant que clients, trouver dans les bacs. Pour l’aspect plutôt commercial, le fait que l’on soit disquaire nous permet également de développer un système d’échanges en direct avec des labels et des distributeurs, ce qui change le rapport de la marge commerciale. Le vinyle est peut-être de retour, mais les volumes de vente sur le marché mondial restent toujours assez bas, même s’ils sont en légère augmentation, il ne faut pas rêver. C’est avant tout la passion qui nous habite… Nous entretenons de bons rapports avec Richard Pinhas et cela depuis quelques années, puisque Bernard le côtoyait auparavant. Il se trouve que lorsque nous avons ouvert notre boutique, il y a bientôt six ans, Richard est venu le jour de notre crémaillère témoigner sa sympathie et son soutien pour notre activité. Nous y avons été sensibles ! Plus tard, Richard est venu jouer à la boutique pour la sortie du disque Vents Solaires sur le label Versatile, en duo avec Etienne Jaumet. Nous avons alors évoqués ensemble l’idée que nous pouvions inaugurer le label avec la réédition de ces trois pépites quasi indisponibles aujourd’hui et qui ont marqué toute une époque, tant musicale que politique. Nous l’avons donc fait, en série limité à 700 exemplaires chacun et sous une couleur différente pour chaque. Nous aurions aimé approfondir encore davantage la discographie de Richard, mais les labels Wah Wah et Superior Viaduct ont déjà bien commencé le travail en rééditant les albums studios de Heldon. Mais nous allons sans doute poursuivre quand même l’aventure avec lui avec l’édition d’un live parisien de 1975-76, jamais édité en vinyle. Pour la suite des projets, nous avons signé un contrat de licence avec Gérard Terronès pour rééditer une dizaine de références de son mythique label Futura. Les titres sont Sarcelles-Lochères de Red NoiseWith (Junk-Saucepan) when (Spoon-Trigger) de Mahogany Brain, On n’a pas fini d’avoir tout vu de Triode, Se taire pour une femme trop belle de Fille qui mousse, Voici la nuit tombée de Travelling, Essais de Semool, Gestation sonore de Horde catalytique pour la fin, Tacet de Jean Guérin, La Guêpe de Bernard Vitet, Musiq Musik de Jac Berrocal… D’autres titres du label suivront sans doute… Nous avons également lancé plusieurs pistes de travail avec d’autres labels et musiciens mais c’est assez lent, on réactive parfois malgré nous de veilles histoires pas toujours évidentes à gérer, des problèmes d’égaux aussi parfois… Il faut dire que les contrats de l’époque ont été souvent rédigés de façon aléatoire, lorsqu’il y en avait.

Le Souffle Continu sera-il exclusivement un label de rééditions ? Le fait de rééditer des œuvres d'un artiste quasi-culte comme Richard Pinhas donne une visibilité immédiate au label. J'imagine qu'il est bien plus facile de vendre ces premières productions plutôt que si vous aviez sorti le premier album d'un artiste peu connu ; pour autant, sortir du vinyle en 2014 et le distribuer correctement n'est peut-être pas si évident. Comment as-tu vécu le début de cette aventure ? Souffle Continu Records sera exclusivement un label de rééditions. La production ne demande pas du tout le même travail, investissement, ni suivi sur le terrain avec la promotion, les concerts, etc. Nous n’avons pas le temps, ni l’énergie de nous lancer là-dedans. Mais, par le biais de la boutique, nous soutenons tous les labels qui continuent de produire aujourd’hui, c’est bien évidement vital qu’il y ait de nouvelles propositions, de nouveaux groupes, de nouvelles choses à écouter. C’est presque plus important que la réédition, qui n’est en réalité qu’un travail d’archivistes, même si cela nous permet de réhabiliter certaines vieilleries qui nous tiennent à cœur… Nous ne sommes ni nostalgiques, ni passéistes, donc vive la nouveauté ! Pour un label de rééditions, la visibilité immédiate est presque obligatoire, sinon ça devient compliqué ensuite d’affirmer une collection de plusieurs titres et d’affirmer un esprit musical. Il faut donc commencer par des artistes un peu porteurs et une réalisation attractive graphiquement. L’idée du 45 tours fonctionne bien, car c’est un joli format, pas imposant et qui sous-entend une suite (on réédite rarement juste trois 45 tours et on s’arrête ensuite). Notons aussi que nous avons la chance d’avoir un excellent graphiste avec nous depuis l’ouverture de la boutique et qu’il nous pose les bonnes problématiques afin d’être vraiment précis sur les éventuelles retouches à réaliser sur l’artwork original, pour un rendu efficace. Nous vivons donc ce tout petit début d’aventure formidablement bien, malgré cette lenteur inéluctable…

Théo Jarrier, propos recueillis en septembre 2014.
Christophe Taupin @ Tohu Bohu 303 / Le son du grisli

50Toute la journée de ce samedi 27 décembre, tchattez en direct avec les gars du Souffle Continu. Pour ce faire, un seul numéro de téléphone : 01 40 24 17 21.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Akira Sakata : Dance (Enja, 1981)

akira_sakata_dance_enja_1981

Ce texte est extrait du deuxième volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Avant Thurston Moore, Akira Sakata est arrivé jusqu’à Brigitte Fontaine par le biais de l’Art Ensemble of Chicago (augmenté de Leo Smith). Le document qui le prouve a pour nom Dance, enregistrement d’un concert donné à Munich en 1981 qu’Enja publia sans attendre. Sakata (saxophone alto, clarinette et voix), Hiroshi Yoshino (basse) et Nobuo Fujii (batterie), y interprètent trois titres du meneur augmenté de Comme à la radio, chanson d’Areski Belkacem que Fontaine enregistra en 1969 aux côtés de Joseph Jarman, Roscoe Mitchell, Leo Smith, Malachi Favors et Areski aux percussions lointaines.  Voilà pour l’anecdote. Car la reprise est en effet plutôt anecdotique, à peine recommandable si ce n’est pour l’art qu’a Sakata de vibrionner sur les plaintes d’une contrebasse vagabonde, en tout cas loin de l’intensité de l’originale capturée au studio Saravah.

a

Ce que Dance a de notoire est donc à trouver ailleurs. Avant tout dans cette faculté qu’a le trio en place, formé l’année précédente, de ne pas faire tourner à vide des inventions d’une autre époque – peut-on dire aujourd’hui que les années 1980 ont été d’un « freecide » féroce, mélangeant sans mesure cris de liberté feinte et espoirs réchauffés de fusion ? Le free jazz des origines avait pris ses premiers coups à la fin des années 1960 ; Sakata tenta de le soigner un peu aux côtés du pianiste Yosuke Yamashita dans les années 1970 avant de demander qu’on l’assomme la décennie suivante dans Last Exit aux côtés de Peter Brötzmann et Sonny Sharrock (The Noise of Trouble). A force de mélanges – Sakata commença à travailler à leurs proportions au nom d’un groupe appelé Wha-ha-ha –, la tête vous tourne et la musique peut vous échapper : Mooko fut enregistré en 1987 avec deux membres de ce même Last Exit, Bill Laswell et Ronald Shannon Jackson. Ainsi il arriva que Sakata n’échappât pas à son époque : à la fin des années 1980 ou au début d’un nouveau siècle qui profitera du rapprochement de musiciens de générations et d’origines différentes : le « free jazz » tournant « free rock » et quelques fois « noise », pour utiliser des termes choisis, au son des collaborations du saxophoniste et clarinettiste avec Jim O’Rourke, Chris Corsano et Darin Gray (le duo a pour nom Chikamorachi).

sakata_d

Tout aussi recommandable que les références de ces dernières associations, Dance a ce plus fantastique : le 11 juin 1981, Sakata a en effet repéré une brèche dans l’espace-temps et s’y est engouffré. C’est ce que dit en tout cas Right Frankenstein in Saigne-Legier, ballade au swing « lynchien » qui dérivera sous les effets d’un goût prononcé qu’a Sakata pour le théâtre. Ici, il déclame en possédé ; sur The Tale of the Heike, solo publié trente ans plus tard par Doubt Music, il récitait encore. Le rythme est plus soutenu sur  Strange Island et Inanaki, 2nd : l’alto y ricoche sans cesse, esquintant cordes et tambours sans autre inquiétude que celle, terrible, de bel et bien faire. En 1981, Jim O’Rourke fêta ses douze ans, Chris Corsano ses six, tandis qu’Akira Sakata travaillait déjà à la forme à donner à leur future collaboration. 

sakata_e

Commentaires [0] - Permalien [#]
>