Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Isabelle Duthoit, Franz Hautzinger, Matija Schellander, Petr Vrba : Esox Lucius (Corvo, 2015)

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Sous le signe du brochet – The International Nothing (Less Action, Less Excitement, Less Everything) ou Axel Dörner et Toshimaru Nakamura (Vorhernach) n’ont-ils pas, dans le genre improvisé, déjà démontré l’inspiration discrète du poisson ? –, Isabelle Duthoit (clarinette, voix), Matija Schellander (synthétiseur modulaire), Franz Hautzinger et Petr Vrba (trompettes, enceintes) improvisaient en 2012 à la radio tchèque.

En guise de transmetteur, un brochet, donc, même si une carpe aurait pu faire l’affaire : presque secrète, la conversation est en effet faite de strates dessinées par quatre pratiques instrumentales « rentrées ». L’abstraction musicale n’en est pas moins saisissante : un souffle peut ici perturber la surface des choses, une somme d’aigus la percer comme il arrive à la lumière de pénétrer l’eau d’un lac et ainsi d’en révéler quelques mystères.

Jouant d’un code morse inédit ou embrassant les instruments à vent à coups de graves profonds, Schellander manipule son instrument en prenant soin de ne pas trop provoquer l’art assuré de ses partenaires : peut-être est-ce ce qui donne à cette électroacoustique son caractère double, puisque deux mondes y évoluent en miroir avec une grâce confondante.

Isabelle Duthoit, Franz Hautzinger, Matija Schellander, Petr Vrba : Esox Lucius (Corvo Records)
Enregistrement : 2012. Edition : 2015.
LP : A1/ Drop Shot A2/ Sonnenblum A3/ Esox Lucius – B1/ Check Radio B2/ Precise Party
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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LHZ+H : Scope (Monotype, 2011)

lhzh scope

Du synthétiseur de Thomas Lehn partent des projectiles sonores faits (et j’ose le dire sûrement pensés) pour nous abattre. Et ce dessein, Carl Ludwig Hübsch, Philip Zoubek et Franz Hautzinger le font leur sur ce CD du groupe-initiales LHZ+H.

Scope est sans doute le nom de code de l’attaque. Coups de piano préparé et cris de sirènes sont les éléments du chaos lent de la première piste. De là à la deuxième, les instruments vrillent et les échanges plus énergiques composent avec pertes et fracas (le tuba ne cesse malgré cela de sonner la charge). Puisque nous sommes protégés par la distance qui nous sépare des musiciens, ce n’est pas pour l’auditeur qu’il faut craindre. La preuve dans la conclusion : cette électroacoustique là abat des murs de sons dont la chute anéantira même les instruments. C’est bien fait !  

LHZ+H : Scope (Monotype)
Edition : 2011.
CD : 01/ Zoom 02/ Scope 03/ Lesn 04/ Hal
Pierre Cécile © le son du grisli

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Charles, Gross, Hautzinger, Marchetti : Tsstt! (Monotype, 2012) / Zea : Bourgeois Blues (OOCCII, 2012)

charles hautzinger gross marchetti tssst

Tsstt ! Bzzz ! Wooshhhh ! Clkt ! En cinq pièces courtes et moins d'une demi-heure, à coups de zips, de zaps et de sulfateuses portatives, l'association de Xavier Charles (clarinette), Franz Hautzinger (trompette quart de ton), Jean-Philippe Gross (dispositif électroacoustique) et Lionel Marchetti (magnétophone Revox B77, radio), relève le défi de maintenir l'attention de l'auditeur sans lasser. Si cela tient, à n'en pas douter, à l'heureuse brièveté de ce disque enregistré en janvier 2010 à Metz, il faut également l'imputer à la variété des climats créés.

Busy & buzzy, le groupe (qu'un Thomas Lehn ne déparerait pas – on ne peut non plus s'empêcher de penser à Jérôme Noetinger ou eRikm pour la section des « machines ») évite l'asphyxie de la seule course aux effets, aux scratches ou aux pétarades de flipper ; des nappes d'attente, crénelées de stridences, savent se bâtir et quand la bâche de la pochette se soulève, une bribe dixie, oui, s'échappe, un mécanisme s'emboucle, un jet de vapeur fuse... Sans renverser les codes de ce genre d'électrimpro mixte, le quartet déploie un bel art de l'espace et une intelligente effervescence.

Xavier Charles, Jean-Philippe Gross, Franz Hautzinger, Lionel Marchetti : Tsstt ! (Monotype)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.
CD : 01-05/ 01-05
Guillaume Tarche @ Le son du grisli

zea xavier charles bourgeois blues

On retrouve Xavier Charles sur un 45 tours que publie Zea (Arnold de Boer) : Bourgeois Blues. Sous le blues promis par ce titre de Lead Belly dont Mark E. Smith retoucha les paroles, trouver des chansons en anglais qui oscillent entre pop et folk : Charles y intervient en effronté qui ornemente et assure de son soutien une guitare (folk ou électrique) obnubilée par les rythmes d’Afrique. Pour la seconde face, surtout.

EN ECOUTE >>> Bourgeois Blues

Zea, Xavier Charles : Bourgeois Blues (OCCII)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
45 tours : A/ Bourgeois Blues B1/ It’s Quiet B2/ Insecurity Expert
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Zeitkratzer : John Cage (Zeitkratzer, 2010)

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Inaugurant avec ce John Cage – et un autre disque consacré : James Tenney – une série de disques intitulée Old School, le pianiste Reinhold Friedl s'empare de grandes pièces de musique contemporaine pour conduire autrement son Zeitkratzer – à paraître : Alvin Lucier et Morton Feldman

Si Zeitkratzer a plusieurs fois déjà servi Cage, le programme est cette fois exclusif, qui reprend Four6, Five et Hymnkus, pour se les approprier :  longues pièces d'ouverture et de conclusion aux usages harmoniques établissant des ponts avec les manières de Phill Niblock et qui profitent d'un Zeitkratzer fait prisme singulier – auprès de Friedl, notamment, la trompette de Franz Hautzinger, la contrebasse d'Uli Philipp, les percussions de Maurice de Martin ou les clarinettes de Frank Gratkowski. Les couleurs à sortir des interventions des neuf membres de l'ensemble naissent alors des effets du passage de claires oscillations en résonances caverneuses (de Four6 en fin d'Hymnkus). Five mis à part – piano rébarbatif mais sur miniature de seulement cinq minutes –, la lecture est d'abord surprenante, assez remarquable ensuite. 

Zeikratzer : John Cage (Zeitkratzer)
Enregistrement : 2006. Edition : 2010.
CD : 01/ Four6 02/ Five 03/ Hymnkus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Gauguet, Lehn, Hautzinger : Close Up (Monotype, 2009)

closeSli

Entendu aux côtés de Michel Doneda ou parmi de nombreux autres invités sur Compendium Malificarum, le saxophoniste (alto et soprano) Bertrand Gauguet profite de deux concerts donnés avec Franz Hautzinger (trompette, électronique) et Thomas Lehn (synthétiseur analogique) pour composer Close Up.

Dans l’air du temps, remarquer ici d’autres paquets de souffles perturbés, filtrant de l’instrument parfois à peine, parfois à grands coups de projections qui opposeront leur virulence à celle des assauts d’aigus et de larsens programmés par Hautzinger. Toujours démonstrative, l’improvisation peut se satisfaire aussi bien de mouvements séparés, imperceptibles presque, que de grondements soudains, qui s’entendront pour défendre une esthétique convulsive : après une mise en place entendue, Close Up 03 pour exemple le plus frappant. 


Gauguet, Lehn, Hautzinger, Close Up 02 (extrait). Courtesy of Monotype.

Bertrand Gauguet, Franz Hautzinger, Thomas Lehn : Close Up (Monotype Records)
Enregistrement : 2007-2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Close Up 01 02/ Close Up 02 03/ Close Up 03

Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Zeitkratzer, Keiji Haino : Electronics 3 (Zeitkratzer Records, 2008)

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Parti au son d’une combinaison sans nuance d’un lyrisme pseudo-contemporain et d’une simple musique post-industrielle, cet enregistrement d’un concert donné à Berlin par Zeitkratzer et Keiji Haino – dernier volume d’une série de trois collaborations motivées par le groupe de Reinhold Friedl – doit attendre quelques minutes pour convaincre ; et puis : s’imposer.

Après s’être laissé aller à une pratique expérimentale sur thérémin et saxophone, Haino abandonne l’espace sonore au développement d’un long tableau au sujet inquiet : cortèges de spectres engouffrés en tunnels, prêts à tout pour s’en sortir. Pour tout référent, l’intervention d’une note de clarinette basse, l’espoir d’une sirène à suivre, et, soudain, l’apparition d’un rythme implacable, remonté et endurant. Alors, l’ensemble peut céder sous les coups portés qui finissent de mettre au jour un univers véritable, à l'intensité désormais enfermée sur disque. 

Zeitkratzer, Keiji Haino : Electronics 3 (Zeitkratzer Records)
Edition : 2008.
CD : 01/ Ari I 02/ Aria II 03/ Sinfonia 04/ Drum Duo
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Zeitkratzer: Volksmusik (Zeitkratzer Records - 2008)

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Enregistré en concert par un ensemble de musiciens composé notamment du pianiste Reinhold Friedl, du trompettiste Franz Hautzinger et du percussionniste Maurice de Martin – pour beaucoup dans la création d'un projet inspiré de séjours en Roumanie et en Bulgarie –, Volksmusik révèle l'idée que Zeitkratzer se fait du folklore musical.

Personnel, celui-ci, et donc fiévreux : inauguré par quelques coups d'archet révélateurs pour donner à entendre ensuite les complaintes d'une armée d'ombres dissonantes. Improvisations ou adaptations d'airs folkloriques commandent ainsi la direction de pièces répétitives (Bouchimich) ou de morceaux sortis des bruyantes recherches sonores auxquelles Zeitkratzer a fini par s'habituer (Cowbells). Faible, quand le folklore défendu là pourrait bien exister vraiment ; valable, lorsqu'il se laisse gagner par une folie intrusive.

Zeitkratzer : Volksmuzik (Zeitkratzer / Metamkine)
Edition : 2008.
CD : 01/ Batuta 02/ Jodler 03/ Picior 04/ Mountain 05/ Bouchimich 06/ Holzlerruf 07/ Cowbells 08/ Lirica 09/ Hora 10/ Sirba 11/ Waltz
Guillaume Belhomme © Le son du grisli 

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Reinhold Friedl : Xenakis [a]live! (Asphodel Records, 2007)

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Ancien   élève   d'Alexander  Von  Schlippenbach, le  pianiste Reinhold Friedl dirige son bruyant Zeitkratzer, orchestre de chambre d'accord avec le fait de se faire régulièrement électroniquement traiter, dans le but de réinvestir quelques oeuvres anciennes (Metal Music Machine de Lou Reed) ou de défendre des impressions plus personnelles, comme ce Xenakis [a]live!, hommage appuyé au compositeur grec.

Ayant collaboré avec Lee Ranaldo ou Merzbow, Friedl éprouve autant d’intérêt pour la scène rock bruitiste que pour une musique plus écrite et généralement sourcilleuse. Ménageant l’une et l’autre, il érige ici un univers de métal, oscillant, sifflant de mille façons, sujet à toutes déflagrations avancées par les musiciens qu’il dirige. Musique industrielle soumise à des pressions diverses, grondements et larsens ayant peu de goût pour l’accalmie, Xenakis [a]live! est un oiseau de feu parti sur les traces d'Icare, avec le même zèle, le condamnant à la même fin.

D’abord persuasif, le discours perd en effet peu à peu de sa saveur, traîne sur la longueur d’un développement impressionniste manquant de diversité et évacuant les possibilités d’une remise en question à laquelle Friedl aurait bien fait de céder un peu. Pour aider le curieux à tenir, un DVD propose une création du vidéaste Lillevan, mise en images de Xenakis [a]live!, diversion en noir et or d’un exposé trop éprouvant sans elle.

CD + DVD : 01/ Xenakis [a]live!

Reinhold Friedl - Xenakis [a]live! - 2007 - Asphodel Records.

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Gene Coleman: Concert in St. Louis (Grob - 2005)

stlouisgrisliIl arrive que le clarinettiste Gene Coleman s’échappe de son bel Ensemble NoAmnesia. Pour preuve implacable, le disque que publie aujourd’hui le label Grob, enregistrement d’un concert qu’il donna en quartette à Saint Louis, USA, le 27 octobre 2002. Une heure de musique, divisée en deux parties qu’on s’est abstenu d’intituler.

Le jeu singulier de Coleman, tirant bénéfice des impuretés et des accrocs, évolue d’abord en triade et se mesure aux expérimentations de Sachiko M, qui choisit, pour commencer, de traiter ses micros de façon peu intrusive. L’atmosphère est sobre et changeante, évoquant une musique indigène quasi-perdue, perceptible ou non selon l’effet des vents.

Lorsque Otomo Yoshihide intervient, c’est pour interroger les dérivations des notes de sa guitare. La clarinette basse suit des parcours cloutés de graves, Franz Hautzinger dévoile des contrastes en confrontant les aigus de sa trompette aux 6 cordes à peine effleurées, tandis que Sachiko M confectionne malignement ses larsens. Et voilà que la tension, sourde jusqu’alors, anime à elle seule le morceau tout entier.

Progressive, parfaitement jaugée, elle amène ensuite Gene Coleman à déposer des phrases acides sur les résonances longues auxquelles se consacrent les basses de la guitare. Adaptant son souffle à loisirs, il en expérimente les moindres effets, tant sur la première plage du disque que sur la seconde. La pause est courte, d’ailleurs, qui en distingue les deux parties. Et c’est sans ménagement que l’on entame les dix dernières minutes du set.

Là, Yoshihide déploie et déstructure des artifices sur fond de grésillements. Tout juste suggéré, un Caruso anéanti interprète pour un temps un laborieux air d’opéra. Coleman, lui, préfère reprendre ses expériences et nomme rapidement interruptions et saccades maîtres de la partition. Pendant plus d’une heure, des formes de chaos se sont superposées, tandis que nous cherchions la sortie d’un labyrinthe de tubes. L’espoir datait d’avant la fonte.

CD: 01/ (51:33) 02/ (09:19)

Gene Coleman - Concert in St. Louis - 2005 - Grob.

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