Le son du grisli

Jazz, musiques expérimentales et autres










[Expéditives] : Fred Lonberg-Holm & Christoph Erb

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erb_lonberg_holm_sackChristoph Erb, Fred Lonberg-Holm, Jason Roebke, Frank RosalySack (Veto, 2011)
Le 2 mai 2011 à Chicago, Christoph Erb embouchait saxophone ténor et clarinette basse en grande compagnie : Fred Lonberg-Holm (violoncelle et guitare), Jason Roebke (contrebasse) et Frank Rosaly (batterie, électronique). Le groupe investit le domaine d’une improvisation aux tensions vives où fleurissent les références (jazz, minimalisme, noise…). Erb brille lorsqu’il répète un motif et le fait vriller, Lonberg-Holm lorsqu’il exalte le collectif, à coups d’archet ou de médiator.

erb_aloneChristoph Erb : Alone (Veto, 2011)
A Chicago déjà, Erb enregistrait un peu plus tôt Alone. Au ténor et à la clarinette basse, enregistrant parfois plusieurs fois pour une même plage, il s’adonnait à l’exercice en solitaire en expressionniste. Dans les pas d’Evan Parker au ténor (évocation de Chicago Solo, que publia Okka Disk), Erb invente dans le même temps qu’il vibrionne, voire s’affole : à bout de souffle, il envisagera encore l’instrument en l’astiquant.

erb_lonbergChristoph Erb, Fred Lonberg-Holm : Screw and Straw (Veto, 2012)
La clarinette basse est remontée, l’archet la contre avant de l’agacer davantage : les premières minutes de Screw and Straw, duo improvisé le 23 juin 2011, peignent Erb et Lonberg-Holm en querelleurs inquiets des coups qu’ils pourraient prendre. Plus loin, Lonberg-Holm passe à la guitare et part à l’assaut des répétitions du clarinettiste. L’opposition, dans un brouillard électronique, finit par impressionner – sur le neuvième temps notamment.

lonberg_zarzutzkiFred Lonberg-Holm, Aaron Zarzutzki : Feminization of the Tassel (Peira, 2011)
Si cette rencontre Fred Lonberg-Holm / Aaron Zarzutzki commence chichement, elle saura prendre de la hauteur. Lancé par des machines expressives (le violoncelle en est une, ce « no-input turntable » une autre), raclements et tiraillements s’entendent sur une improvisation éclatée à en devenir singulière : certes parfois creuse, mais encourageante (qu’il faudra creuser, donc)…

lonberg_stridFred Lonberg-Holm, Raymond Strid : Discus and Plumbing (Peira, 2012)
Autre référence Peira,  cette improvisation (non datée) oppose Lonberg-Holm à Raymond Strid. Le batteur, qui a appris à plus d’un musicien de quoi retourne le respect, oblige l’archet à plus de concentration. Contrant les coups secs et prenant appui sur les résonances, Lonberg-Holm élabore attaques franches et mouvements de fuite qui font de ces conversations de sensibles  échanges. Aux frileux : les coups pleuvent.



Tarfala Trio : SYZYGY (NoBusiness, 2011)

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Si l’entrée en matière est discrète, ce n’est pas qu’il faille à Mats Gustafsson faire preuve de prudence : le Tarfala Trio l’expose en effet depuis 1992 (sous ce nom) auprès de partenaires à qui il fait confiance : Barry Guy et Raymond Strid. C’est peut être davantage que la discrétion est permise en guise d’introduction, puisque le Tarfala a ici le temps de deux 33 tours augmenté de celui d’une face de 45. Sur celle-ci, trouver le morceau qui donne son titre à l’ensemble : SYZYGY.

Autant commencer par là : SYZYGY est un microcosme d’improvisation compactant une somme fantastique d’emportements dans lequel Guy taille à l’archet des formes qui le réorganisent sans jamais le déranger. Le tout est ensuite de développer le thème sur deux grands disques. En concert à Hasselt en 2009, les membres du Tarfala prirent les traits d’expressifs apaisés. Ici, ils divaguent sur commandes ; là, laissent libre cours à une suite d’inventions individuelles ; ailleurs encore, s’adonnent de concert à des exercices de style (swing, ballade…) transformés à chaque fois en aires de récréation.

Plus loin, les effets de Guy et Strid (archet harmonique, déboîtements soudains) mettent en action une machine à tisser des allusions suggestives qui déroutent Gustafsson : le ténor est sans cesse écarté de la rive d’où proviennent les promesses de confort des sirènes mélodiques – ailleurs qu’en Tarfala, faudra-t-il qu'il leur cède ? Le saxophoniste, de trouver alors dans ce rapport entre confiance et opposition le moyen d’inventer en baguenaudant. Ses phrases sont courtes et filées, les dérapages nombreux. Plus qu’une simple confiance puisque, l’âge aidant, le Tarfala Trio semble ne s’être jamais aussi bien porté.

EN ECOUTE >>> Lapilli Fragments

Tarfala Trio : SYZYGY (NoBusiness)
Enregistrement : 14 novembre 2009. Edition : 2011.
2 LP + 1 7” : A/ Broken by Fire B/ Lapilli Fragments C/ Cool in Flight D/ Tephra E/ SYZYGY
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Pat Thomas, Raymond Strid, Clayton Thomas : Wazifa (Psi, 2011)

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En Suède, le 7 mars 2009, Pat Thomas (piano et quelques pincées de synthétiseur), Raymond Strid (percussions) et Clayton Thomas (contrebasse), s’engageaient à tout dévoiler de leur extravagance. Celle d’être ici et ailleurs, de choyer les contraires et de n’en faire qu’un.

Par exemple : détrousser la tension initiale au profit d’une courte mais nécessaire confrontation des timbres. Puis, retourner en une périphérie sonique et, au final,  ne rien taire d’un jazz venu d’on ne sait quel trouble-mémoire (Perceptive).

Mais aussi : ne pas craindre qu’un piano caricature sa propre mélancolie tout en la striant de cluster féroces (Preceptive). Et pour conclure : tenailler un trait obsessionnel et ne jamais le lâcher. Retrouver la tension du début, ici splendidement amorcée par une sauvage contrebasse, et laisser agir les forces obscures (Perspective). Oui, un disque de belles extravagances !

Pat Thomas, Raymond Strid, Clayton Thomas : Wazifa (Psi / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Perceptive 02/ Preceptive 03/ Perspective
Luc Bouquet © Le son du grisli

Joëlle Léandre, François Houle, Raymond Strid : Last Seen Headed (Ayler, 2010)

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« Musique libre, ça ne veut rien dire, on n’est pas libre », dit Joëlle Léandre ci-dessous. Alors, quelles sont les « choses » qui changent l’improvisation ? Les partenaires ? Joëlle Léandre a déjà rencontré François Houle (clarinettes) et Raymond Strid (batterie). Les moments ? Ces 9 anciens s’opposeraient-ils vraiment à ceux de ces Last Seen Headed ? Les gestes de chacun et leurs conséquences ? Les combinaisons auxquelles l’instant les oblige ?

Peut-être que l’improvisateur n’est pas libre et peut-être qu’un moment ne diffère pas tellement d’un autre, même si plusieurs mois les sépare. Restent alors le souvenir sur disque : ici, les clarinettes de François Houle adoptant d’autres langages (parallèles établis avec les sonorités du soprano ou de flûtes, diphonie, mirages folkloriques parfois entendus, abstractions diaphanes) ; là, l’archet plongeant de Joëlle Léandre, sa propension à chasser le mièvre qui menace d’un grincement de cordes puis à trouver toujours de nouveaux espaces à investir à trois ; par-dessus, les coups secs de Raymond Strid règlent l’allure ou rétablissent l’équilibre, la ponctuation étouffée pour se montrer efficace en toute discrétion lie la clarinette volage à la contrebasse balayant. Si l’improvisateur n’est pas libre, preuve est donnée ici que sa musique peut encore être différente, même attaché à d'anciens partenaires et même s’il passe avec eux un simple moment de plus devant un public ressemblant.


Joëlle Léandre, François Houle, Raymond Strid, Last Seen Headed I (extrait). Courtesy of Ayler Records.

Joëlle Léandre, François Houle, Raymond Strid : Last Seen Headed (Ayler Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 24 janvier 2009. Edition : 2010.
CD : 01/  Last Last Seen Headed I 02/ Last Seen Headed II 03/ Last Seen Headed III 04/ Last Seen Headed IV 05/ Last Seen Headed V 06/ Last Seen Headed VI 07/ Last Seen Headed VII
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Houle, Léandre, Strid: 9 moments (Red Toucan - 2007)

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Après Hasse Poulsen et George Graew (tous enregistrements produits par Red Toucan), c’était au tour du percussionniste Raymond Strid de se frotter à la paire Houle / Léandre : rencontre en 9 moments.

Plus ou moins longs, ceux-là, et forcément différents : angoissé, lorsque le trio amasse les effets d’un archet emporté et les plaintes de la clarinette (Moment calme) ; sophistiqué : la clarinette et ses lignes claires, maintenant, face aux pizzicatos réputés de Léandre (Moment final) ; monumental, deux fois, sur des pièces plus longues : Moment tendu, qui voit Strid convaincre ses partenaires de suivre son allure changeante, et Moment grave, tour de force déconstruit capable d’invectives lyriques plus que singulières.

Souvent discret, toujours réfléchi, Raymond Strid aura donc su bien relever le défi, se sera montré à la hauteur des exigences de la rencontre, occasionnelle et redoutable.

CD : 01/ Moment premier 02/ Moment grave 03/ Moment calme 04/ Moment tendu 05/ Moment à deux 06/ Moment clé 07/ Moment spatial 08/ Moment donné 09/ Moment final

François Houle, Joëlle Léandre, Raymond Strid - 9 moments - 2007 - Red Toucan.

Martin Küchen Trio: Live at Glenn Miller Café (Ayler Records - 2007)

kucsliEchappé d’Exploding Customer, le saxophoniste Martin Küchen jouait en 2006 aux côtés du contrebassiste Per Zanussi et du batteur Raymond Strid, section rythmique bi générationnelle mettant davantage en valeur les qualités de son leader.

Rugueux, rappelant par certains côtés Hamiet Bluiett, Küchen dépose d’abord une lente et judicieuse progression mélodique (The Indispensable Warlords), avant de mener son groupe à l’assaut d’un free jazz sans artifices, emporté (Strid Comes) ou habilement dissimulé pour mieux gagner ensuite en présence (No. 8).

Servant aussi une déconstruction plus sombre (No. 6), le trio aura mis en place au Glenn Miller Café un jazz d’embrouilles altières et concrètes, dont l’infaillibilité redore les blasons de Küchen et Zanussi, dans le même temps qu’il confirme la stature de Strid.

CD: 01/ The Indispensable Warlords 02/ Zanussi Times 03/ No. 6 04/ Strid Comes 05/ No. 8

Martin Küchen Trio - Live at Glenn Miller Café - 2007 - Ayler Records. Téléchargement.

The Electrics: Live at Glenn Miller Café (Ayler - 2006)

elecgrisliEnergique quartette germano-scandinave, The Electrics profite de passages éclairés sur scène pour alimenter leur discographie. Après Chain of Accidents, enregistré en 2000 au Copenhagen Jazz House, voici Live at Glenn Miller Café, datant d’octobre 2005.

Eclatants dès l’ouverture, les musiciens estiment les libertés (saxophone ténor de Sture Ericson) et limites (trompette d’Axel Dörner) de leur pratique, progressant au son d’expérimentations osées à peine mais signifiantes (Electrips, Electrance). Ailleurs, le groupe soumet son improvisation à quelques postures de jazz érudit (swing sur Electroots, free sur Electrash).

Passé à la clarinette basse, Ericson ouvre enfin Electraps, sur lequel l’intervention exaltée de Raymond Strid sur percussions et celle, grinçante, du contrebassiste Ingebrigt Håker Flaten, imposent une charge rugueuse - heavy jazz obligeant Dörner et Ericson à trouver des solutions qu’ils n’avaient pas soupçonnées jusqu’alors.

Autrement dire qu’au Glenn Miller Café, The Electrics persistent, signent, et outrepassent les qualités dévoilées sur leur premier enregistrement. Pour concevoir leur évolution en tant que progrès.

CD: 01/ Electrips 02/ Electrance 03/ Electrash 04/ Electroots 05/ Electraps

The Electrics - Live at Glenn Miller Café - 2006 - Ayler Records. Distribution Orkhêstra International. 

Gush: Norrköping (Atavistic - 2006)

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Comptant dans ses rangs trois des plus vertueux représentants de la scène improvisée suédoise, Gush expose sur Norrköping trois manières de gérer les gestes intuitifs. Autant d’alternatives pour l’auditeur.

Lentement mis en place, Handpicked prend les allures d’une construction élevée sur le hard bop insinué par la batterie de Raymond Strid, accepté bientôt par le piano de Sten Sandell et le saxophone ténor de Mats Gustafsson – qui impose toutefois quelques écarts bienvenus de free récréatif. Le temps de quelques pauses, le trio réfléchit aux directions à suivre : élans répétitifs du piano et du saxophone avant quelques solos distribués.

Infiltrant sur Sava de nombreux silences, les trois hommes choisissent d’y exposer un parti pris différent : déposée, la musique est faite des longues notes tenues par le soprano, avant d’être rattrapée (et convaincue) par la fougue du piano. De retour, la tension dramatique s’exprime toutefois différemment, comme réfléchie davantage. Sur le mouvement lent d’une danse macabre, Gush investit Rhomb, qui convoque lui aussi les tentations free du saxophone avant de commander à Sandell l’amas d’arpèges déliés, à Gustafsson le choc des clefs, à Strid la présence discrète. Passé au baryton, le saxophoniste ouvre la deuxième partie du morceau, qui fera se succéder relâchements faussement paisibles et emballements bruitistes grandiloquents. Le chaos s’en ira étouffé. Comme si le trio voulait faire croire qu’il avait tenu à l’assagir, quant il l’envisageait avec intelligence pour l’imposer bien mieux.

CD: 01/ Handpicked 02/ Sava 03/ Rhomb >>> Gush - Norrköping - 2006 - Atavistic. Distribution Orkhêstra International.

Barry Guy: Oort-entropy (Intakt - 2005)

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S’adonnant avec ténacité au mélange des genres (jazz, musique improvisée, contemporain), restait au contrebassiste Barry Guy à régler la question du nombre. Chose faite, sur Oort-entropy, dernier album en date, pour lequel il aura dû conduire neuf musiciens au sein d’un New Orchestra idéal.

Sur un traité de décomposition oscillant sans cesse entre l’unisson d’intervenants choisis et l’amalgame de décisions individuelles en réaction, l’auditeur n’a d’autre choix que de dresser la liste des atouts remarquables - options irréprochables du batteur Paul Lytton, couleurs fauves que le tromboniste Johannes Bauer distille à l’ensemble. Volée d’attaques incandescentes, Part I connaît aussi quelques pauses, convalescences prescrites par Guy et AgustÍ Fernández, pianiste imposant un romantisme inédit.

Les notes inextricables du duo Parker / Guy inaugurent ensuite Part II, pièce envahie par des nappes harmoniques sur lesquelles se greffent des souffles en transit, la flamboyance du trompettiste Herb Robertson, ou encore, l’étrange musique d’un monde de métal (coulissant, grinçant, résonant). Un hurlement de Mats Gustafsson règlera le compte des indécisions, ouvrant la voie au chaos instrumental, mené jusqu’aux flammes par la batterie de Raymond Strid.

Si Part I déployait en filigrane l’influence de Berio, Part III joue plus volontiers des tensions dramatiques d’opéras plus anciens. Majestueux, Evan Parker déroule des phrases derrière lesquelles tout le monde attend, fulgurances aigues sur énergie qui ne faillit pas. Dévalant en compagnie de Fernández les partitions en pente, le soprano mène une danse implacable, malheureusement mise à mal par l’intervention de Strid, qui vient grossièrement perturber l’évolution de la trame, jusqu’à la rendre trouble.

Si cette erreur de dosage n’avait été, Guy se serait montré irréprochable dans la conduite d’un microcosme en désagrégation, mis en reliefs par une palette irréprochable de musiciens en furie. Abrasif à la limite du délictueux et production léchée, il faudra aussi voir en Oort-entropy une référence indispensable à qui veut s’essayer à la cosmogonie des conflits de Barry Guy.

CD: 01/ Part I 02/ Part II 03/ Part III

Barry Guy New Orchestra - Oort-entropy - 2005 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.



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