Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Skuggorna Och Ljuset : Would Fall from the Sky, Would Wither and Die (Another Timbre, 2015)

magnus granberg would fall from the sky, would wither and die

Peut-être croirait-on les percussions malhabiles si on ne les savait subtilement agitées par Erik Carlsson. C’est donc à Magnus Granberg, compositeur de Would Fall from the Sky, Would Wither and Die, qu’il faut attribuer l’équilibre précaire de cette pièce de trois quarts d’heure.

Sur ces marches découpées, la clarinette – instrument de Granberg – tentera plusieurs fois le rétablissement. Lente mais joueuse, elle invitera trois autres instruments qu’elle à s’y essayer : violon d’Anna Lindal, violoncelle de Leo Svensson Sander et piano préparé de Kristine Scholz. C’est dans le piano, d’ailleurs, que l’on mettra nos espoirs de voir empêchée cette énième litanie feldmanienne. Or, le piano se résout vite au laisser-aller charmant d’un discours qui hésite, cherche à s’affiner mais, finalement, s'écaille. Lunatique à défaut d’être originale, Would Fall from Sky… est une jolie pièce de peu d’empreinte. Or, l’empreinte est ce qui marque.

Magnus Granberg : Would Fall from the Sky, Would Wither and Die (Another Timbre)
Enregistrement : 16 avril 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Would Fall from the Sky, Would Wither and Die
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Atolón, Chip Shop Music : Public Private (Another Timbre, 2013) / Atolón : Concret (Intonema, 2012)

atolon chip shop music public private

La rencontre barcelonaise d’Atolón (Ruth Barberán, Alfredo Costa Monteiro et Ferran Fages) et de Chip Shop Music (Erik Carlsson, Martin Küchen, David Lacey et Paul Vogel) date du 3 février 2012 et s’est faite en deux temps : avec public, et puis sans.

Avec, ce sont près de trois quart d’heure d’improvisation nocturne – Dans le noir, nous verrons clair, mes frères ! –, qui cherche d’abord à occuper l’espace à coups de propositions timides : tintement répété, souffle grave, frottements et craquements, maintenant aigus. Dans le labyrinthe, nous trouverons la voie droite ! – Pièces-modules imbriquées et, aux croisements, des coups portés (de rage ? d’impatience ?) aux instruments par simple principe offensif – Carcasse, où est ta place ici, gêneuse, pisseuse, pot cassé ?

Sans public, c’est un peu plus de vingt minutes et davantage d’allant. L’accordéon sur deux notes, l’électronique perçant et les techniques rentrées des instruments à vent dressent une inquiétante machine à son – Poulie gémissante, comme tu vas sentir les cordages tendus des quatre mondes ! – que fuit un bestiaire forcené – Comme je vais t’écarteler !

Est-ce la radio de Martin Küchen qui, en interférences, a craché des morceaux de Michaux : Contre !, pour dire tout l’inverse.  

Atolón, Chip Shop Music : Public Private (Another Timbre)
Enregistrement : 3 février 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Public 02/ Private
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

atolon concret

Ce Concret, enregistré le 15 janvier 2011, trouve d’abord ses marques en deux notes d’accordéon. Lentes à renier leur origine, celles-ci font face aux plaintes d’objets rayés et à quelques grincements. Au mitan de l’enregistrement long de vingt-cing minutes, le trio commence à intéresser : une trompette tremblante attire à elle des morceaux de ferraille que l’on traîne et dont on entend jusqu’à la rouille. L’accordéon peut conclure.

écoute le son du grisliAtolón
Concret

Atolón : Concret (Intonema)
Enregistrement : 15 janvier 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Concret
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Skogen : Ist Gefallen in den Schnee (Another Timbre, 2012)

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S'il s'avère difficile – et sûrement inutile – de partager ce qui relève du « semi-composé » et ce qui tient du « semi-improvisé » dans la passionnante heure que dure cette pièce délicate, au moins faut-il reconnaître à Magnus Granberg (piano) d'avoir réussi à élaborer par ses propositions, mises en œuvre avec l'ensemble Skogen à Stockholm durant l'automne 2010,  un environnement envoûtant et un véhicule propice à la contemplation.

Débarrassée de son titre et de sa pochette (l'un et l'autre au demeurant charmants pour ce Winterreise suédois), la musique tient par elle-même, élégante, de l'ordre du rêve dans sa suspension, et c'est Feldman qui bientôt apparaît entre les pupitres d'Angharad Davies (violon), Anna Lindal (violon), Leo Svensson Sander (violoncelle) et John Ericksson (vibraphone). La fine tension électrique qu'apportent Erik Carlsson (percussion), Henrik Olsson (bols & verres), Petter Wästberg (objets, micros, table de mixage) et Toshimaru Nakamura (table de mixage « bouclée », véritable cage à insectes vrombissants et perçants) confère à ces halos, gouttes et comètes lentes, une autre qualité de mystère encore.

Bien qu'ayant étendu son effectif (depuis ses travaux pour le label Bombax bombax), l'ensemble Skogen touche ici à un merveilleux équilibre : parcimonieux, nuancé, mais toujours consistant. Bravo !

Skogen : Ist gefallen in den Schnee (Another Timbre)
Enregistrement : 12 novembre 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ Ist gefallen in den Schnee
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Erik Carlsson : The Bird and the Giant (Creative Sources, 2011) / Chip Shop Music : You Can Shop Around... (Homefront, 2010)

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Oserais-je dire qu’Erik Carlsson est un batteur lo-fi ? Sans le regretter. Au contraire, ce côté lo-fi ferait partie de sa personnalité. Il rehausserait même les morceaux de The Bird and The Giant.

La musique de ce solo de percussionniste est lente, on la dirait parfois jouée à l’aveugle. Pourtant elle est d’une précision épatante. On la dirait concrète ici (Heavy Rest) expérimentale ailleurs (Hope, Perhaps Feelings). On pourrait plus rapidement dire qu’elle peut tout se permettre : de remuer des clochettes, d’éclater de larsens, de faire des noeuds avec des harmoniques...

Qui ne connaît pas encore Erik Carlsson, Suédois qui a joué auprès d’autres Suédois (Mats Gustafsson, Martin Küchen…) devrait saisir cette deuxième carte de visite qu’il a fait éditer. Car ses contrastes disent tout de sa grande personnalité.

Erik Carlsson : The Bird and The Giant (Creative Sources / Metamkine)
Edition : 2011.
CD : 01/ Could Be Emotional 02/ Heavy Rest 03/ Hope, Perhaps Feelings 04/ The Dead Spirit 05/ Something Else Somewhere
Pierre Cécile © Le son du grisli

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L’année dernière, paraissait sur Homefront le second enregistrement de Chip Shop Music, l’association de Martin Küchen (saxophone alto, radio), Paul Vogel (clarinette, ordinateur), Erik Carlsson (percussions, électronique) et David Lacey (percussions, électronique).

Ce sont trois temps enregistrés à Dublin en 2009. Sur ceux-là, courent des notes au déploiement aussi intensif que délicat : leurs origines sont diverses mais elles ont le soupçon en commun. C’est une musique en perpétuelle ébauche qui peine à faire aussi bien que Looper – projet de Küchen aux vues smilaires – mais dont les espoirs évanouis parviennent à faire trembler quelques rumeurs et remonter à la surface un lot de moments capiteux.

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Bridges (Machinefabriek, 2011)

bridges

Il faudra dire comme les couleurs de ces quatre faces tournent, n’en formant plus qu’une par moments. Et aussi parler des sons qu’expulsent de la surface du vinyle la rotation choisie : 33 tours par minute pour le double disque qu’est Bridges.

Les « ponts » en question sont ceux que Gerco Hiddink a photographié (photographies découpées ensuite) pour confectionner ces deux picture-discs. Auprès de ces mêmes ponts, Rutger Zuydervelt (Machinefabriek) a recueilli des field recordings auxquels réagiront enfin une sélection d’improvisateurs. Arrangés par couples, ce sont Jim Denley et Espen Reinertsen, Burkhard Beins et Jon Mueller, Mats Gustafsson et Nate WooleyErik Carlsson et Steven Hess, que ces éléments d’environnement inspirent.

Le premier duo élabore ainsi une miniature atmosphérique jouant du vent et de chants d’oiseaux et d’abeilles ; le second lève une imposante pièce rythmique ; le troisième dépose une pièce constructiviste sur quelques chocs sourds ; le dernier évolue en souterrain sujet à courants d’airs monstres. Pour finir, DJ Sniff résumera l’ensemble en une poignée de minutes à télécharger sur internet. Rien à redire.

Jim Denley, Espen Reinertsen, Burkhard Beins, Jon Mueller, Mats Gustafsson, Nate Wooley, Erik Carlsson, Steven Hess, DJ Sniff : Bridges (Machinefabriek)
Edition : 2011.
LP1 : A/ Jim Denley, Espen Reinertsen : Bergerslagbroek B/ Burkhard Beins, Jon Mueller : Netterden Channel – LP2 : A/ Mats Gustafsson, Nate Wooley : Rhine B/ Erik Carlsson, Steven Hess : Waal
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Mats Gustafsson : Swedish Azz - Jazz Pa Svenska (Not Two, 2010)

JazzPaGrisli

On sait la ferveur avec laquelle Mats Gustafsson collectionne les disques vinyles. Pour attester de ce prégnant rapport à la chose ancienne autrement qu’au sein des Diskaholics Anonymous, il anime maintenant un projet qui l'expose auprès de Per-Ake Holmlander (tuba), Erik Carlsson (batterie) et dieb13 (platines) et qui voit paraître aujourd'hui son premier disque. Un vinyle, il va sans dire, dont l’aspect rappelle celui de plus anciens (diamètre inférieur aux 33 tours communs et rond central d'un bordeaux « voix de son maître ») et qui célèbre le répertoire de deux Suédois occupés hier par le jazz : Lars Werner (1934-1992) et Lars Gullin (1928-1976).

Trois titres, alors : Drottningholm Ballad (Werner), servie sur swing old school par Gustafsson (alto) et Holmlander à l’unisson avant qu’en soit extrait un motif – de ceux dont se servait Komeda pour imposer son art – qui finira par s’effacer au profit d’une plage d’électrobruitiste commandée par le même Gustafsson (live electronics) ; Danny’s Dream et Silhouette (Gullin), ensuite : ce dernier titre passant, lui, de râles expérimentaux en mélodie déposée par Gustafsson (baryton) pour retrouver l’inquiétude née de l’alliance de boucles et d’autres parasites sur un investissement de dieb13. L'ensemble, mené avec subtilité, plaide en faveur de la poursuite du projet et donc d'autres airs anciens réinventés.

Swedish Azz : Jazz På Svenska (Not Two / Instant Jazz)
Edition : 2010.
LP : A01/ Drottningholm Ballad A02/ Danny’s Dream B01/ Silhouette
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Area C: Haunt (Last Visible Dog - 2007)

areagrisliA coups de farfisas, guitares et boîtes à rythmes, Erik Carlson et Jeff Knoch - soit : Area C - élèvent un grand disque de pop sous influences expérimentales.

C’est aux minimalistes américains que le duo fait le plus souvent référence : dès Outside the Flaming Body, sur lequel les orgues imposent leurs cercles envoûtants, ou sur Circle Attractor, Part II, plus discret, qui rappelle un Terry Riley parti en terre indienne à la recherche de l’hypnose.

Ailleurs, Area C taille au couteau un rythme sur le drone tremblant de Names of Places, donne dans une pop gentille avec Circle Attractor, Part I ou estime, à la suite de Fennesz, l’intensité de digressions parasites à appliquer à Haunt. Plus décevant sur Star Names, Carlson et Knoch ne s’en seront pas moins montré pertinents, à la hauteur d’influences hautes et capables de singularité encourageante.

CD: 01/ Outside the Flaming Body 02/ Haunt 03/ Star Names 04/ Names of Places 05/ Circle Attractor, Part I 06/ Circle Attractor, Part II

Area C - Haunt - 2007 - Last Visible Dog.

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