MMM Quartet : Live at the Metz' Arsenal (Leo, 2012)

La mise en relation fut de courte durée, les questions de timidité ayant été résolues depuis longtemps. Néanmoins, s’espère, s’attend et se guette l’élément déclencheur ; celui qui, fugace et vite oublié par toute (Joëlle Léandre) et tous (Fred Frith, Alvin Curran, Urs Leimgruber) ouvrira le chemin. Le piano jouera ce rôle. Mais ceci est sans importance.
Maintenant, l’improvisation avance, trouve son territoire. Des electronics généreux brouillent le cercle, empêchent que s’ouvrent les espaces. Mais de lutte, il n’y aura point : lentement, une harmonie se trouve, se déploie. Il y aura une lenteur entretenue, des cordes raclées, des souffles volés et plus jamais les lignes ne seront encombrées. Au fil des minutes, chacun va gagner en autonomie et, ainsi, enrichir le collectif. Et faire de cette improvisation un moment rare et précieux.
EN ECOUTE >>> Live at the Metz' Arsenal (extrait)
MMM Quartet : Live at the Metz' Arsenal (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2012.
CD: 01/ Part One 02/ Part Two
Luc Bouquet © Le son du grisli

Fred Frith, Annie Lewandowski : Long as in Short, Walk as in Run (Ninth World, 2011)

On sait comme Fred Frith aime les duos. Il le prouve encore, en concert avec Annie Lewandowski (que je découvre avec ce CD) et qui (ai-je appris) a un groupe de pop appelé Powerdove, a joué avec Xiu Xiu et improvise au piano et à l’accordéon (dans le London Improvisers’ Orchestra, par exemple). Enfin, qu'elle a aussi joué au Café Oto avec Frith et Evan Parker (voir ci-dessous).
Il en résulte que Long as in Short, Walk as in Run est ce qu’on pourrait appeler un disque d’improvisation pop. Plutôt convaincante d'ailleurs : quand Frith frappe sa guitare, Lewandowski titille son piano de façon plus timide. Le seul bémol vient de ce qu’ils ont un peu de mal à convaincre lorsqu’ils jouent des mélodies à l’arpège et des notes claires. Mais on ne compte qu’un bémol à Long as in Short, Walk as in Run !
Fred Frith, Annie Lewandowski : Long as in Short, Walk as in Run (Ninth World)
Enregistrement : 4 mai 2010. Edition : 2011.
CD : Long as in Short, Walk as in Run
Pierre Cécile © Le son du grisli

Drouet, Frith, Sclavis : Contretemps etc. (In Situ, 2011)

A approcher tant de climats, à se délester ainsi, à humer le chaos, à planer et tournoyer sans centre, à désactiver leurs tics, à pulvériser tous les filets protecteurs ; ils ne pouvaient que gagner ou se perdre dans un grand fourre-tout superflu.
Et bien sûr, ils gagnent. Ils gagnent en poussant le trait à fond. Ils gagnent à arpenter ainsi ces paysages composites et déviants. Les récifs leur sont familiers. Ils sont libres comme une eau de spasme, indemnes de toutes les tempêtes. Guerre et paix chez eux, alarmes et fracas. Mais surtout : une improvisation qui ne ressemble à aucune autre. Un miracle ?
Jean-Pierre Drouet, Fred Frith, Louis Sclavis : Contretemps etc… (In Situ / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2007. Edition : 2011.
CD : 01/ Premier mouvement 02/ Deuxième mouvement 03/ Troisième mouvement 04/ Quatrième mouvement 05/ Cinquième mouvement 06/ Sixième mouvement
Luc Bouquet © Le son du grisli

Fred Frith, Thomas Dimuzio, Chris Cutler : Golden State (ReR, 2010)

Le bel'LP blanc a à peine commencé de tourner et je suis déjà obnubilé. Par son mouvement d’abord et après par les extraits de concerts qu’il contient : rock expérimental west coast, querelle sonores auxquelles se livrent les guitares de Fred Frith et la batterie de Chris Cutler – les deux se mesurent encore même s’ils se connaissent d’Henry Cow – et les samples-cicatrices de Thomas Dimuzio.
Les joutes ont pour décor une citadelle de sons imprenables. Les solos héroïques sont étouffés dans le donjon et les flots électriques font trembler les tours. La clarinette de Beth Custer, invitée sur un titre, est réduite au grognement. On pourrait dire de Golden State qu’il est l’œuvre d’un rock atmosphérique découpé par des éclairs ; on pourrait le traiter d’avant-rock aux circuits inversés ; on pourrait encore tout simplement le conseiller une fois, et puis deux, et puis trois...
Chris Cutler, Thomas Dimuzio, Fred Frith : Golden State (ReR / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1999-2002. Edition : 2010.
LP : A1/ [beehive] B1/ Φ B2/ ħ B3/ [circle with dot]
Pierre Cécile © Le son du grisli

John Zorn, Fred Frith : Late Works (Tzadik, 2010)

Il y a longtemps que John Zorn et Fred Frith se tutoient, se mesurent, se cherchent, etc. Faisant fi de ce long temps là, John Zorn et Fred Frith se surpassent sur Late Works, ce qui était aussi espéré qu'inattendu.
Une guitare électrique (Frith) et un saxophone alto (Zorn) réunis pour faire naître des rythmiques technoïdes, des effets sonores impressionnants, des moments de calme auxquels on ne croit pas longtemps (la mélodie de western de The Fourth Mind est peut-être la seule exception à la règle) et des duos des duos des duos fous à faire pâlir le plus frappé des rockeurs (vraiment frappé ou faisant mine de l'être) excentriques. Late Works est donc un superbe disque : non pas de jazz mais de rock mal dans ses baskets, et d'improvisation mal dans son rock. Le bâtard nec plus ultra, quoi !
John Zorn, Fred Frith : Late Works (Tzadik / Orkhêstra International)
Edition : 2010.
CD : 01/ Foetid Ceremony 02/ Mosquito Slats 03/ Horse Rehab 04/ Legend of the Small 05/ Baffle Hats 06/ Movement of Harried Angels 07/ The Fourth Mind 08/ Creature Comforts 09/ Slow Lattice 10/ Ankle Time
Pierre Cécile © Le son du grisli

Fred Frith : Impur Part II (ReR, 2009)

Répondant à une commande de l’Ecole Nationale de Musique de Villeurbanne, Fred Frith compose et dirige, entre 1994 et 1996, le projet Impur.
Pour le concert de clôture de sa résidence, Fred Frith et ses musiciens occupent chaque pièce du bâtiment de l’école de musique. La musique est écrite ou composée et le public déambule dans l’enceinte du bâtiment. Ceci pour Impur I. Pour Impur II, exécuté dans la salle de concert de l’école, le public non averti de l’événement, s’installe peu à peu. Ce n’est malheureusement pas cette performance que nous écoutons aujourd’hui mais un concert organisé avec les mêmes musiciens un an plus tard au RamDam lyonnais.
Entouré d’une vingtaine de complices, Fred Frith dirige une œuvre multiforme, complexe et labyrinthique. Le zapping naturel de Frith, s’il est moins éprouvant que celui de Zorn, n’en est pas moins aussi vertigineux. Mais, admirable metteur en sons, Frith trouve toujours lien et correspondance entre les différents blocs orchestraux, pour que s’évite tout risque de cassure ou rupture de l’oeuvre. Ainsi, vont s’installer, grignoter et s’agripper quelques formes distinctes : une valse ici, un chaos sonique là, un soprano insistant ailleurs. Soit une partition attachante, alliant complicité et fluidité puisque avec Fred Frith tout est toujours possible.
Fred Frith : Impur Part II (ReR / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1997. Edition : 2009.
CD : 01/ Invitation-invocation 02/ Affront national 03/ Dead Sea 04/ Waiting for God 05/ Danses avec les rats 06/ Nueve 07/ Now We Know 08/ Gaga-Kun 09/ Don’t’ Say 10/ Cuts Up 11/ Le sursis 12/ Ses habits du dimanche 13/Finger on the Pulse 14/ La dernière valse (pour Mie)
Luc Bouquet © Le son du grisli

Fred Frith: Still Urban / The Big Picture (Intakt - 2009)

Auprès de l’Arte Quartett (saxophones ténor, alto, soprano et baryton, d’Andrea Formenti, Sascha Armbruster, Beat Hofstetter et Beat Kappeler), Fred Frith enregistrait en janvier 2008 la matière de deux disques : Still Urban et The Big Picture.
Sur le premier, le guitariste joue une autre fois avec les références qui ont confectionné son esthétique : rumeur urbaine et déconstructions anguleuses, intérêts bruitistes tout à coup emportés par la mélancolie d’une mélodie servie avec délicatesse (par le soprano d’Hofstetter sur Landscape With or Without Edges ou de l’entier quartette sur Nervous When I Turned). Ainsi, établit un rapport charmant entre musique de chambre expérimentale et vocabulaire du jazz – celui du World Saxophone Quartet, notamment, sur Everywhere Hastily We Followed.
Avec les mêmes, et puis la pianiste Katharina Weber et le percussionniste Lucas Niggli, Frith révéla The Big Picture, œuvre moins inspirée malgré ses avantages (arrangements, notamment). Là, une suite de vignettes donne à entendre le guitariste investir le champ d’un minimalisme clair, avant qu’une autre suite (Freedom in Fragments, écrite à l'origine pour le Rova Saxophone Quartet) combine dans la soie de rares interventions provocantes et quelques airs timides d’influence vraisemblablement irlandaise. Selon ses intérêts (musique retorse ou policée), à l’auditeur de définir sa priorité.
CD: Still Urban : 01/ Part 1: Landscape With or Without Edges 02/ Part 2: Door Won’t Open, Door Won’t Close 03/ Part 3: Nervous When I Turned 04/ Part 4: Family Ties 05/ Part 5: Science to Someone Living 06/ Part 6: Glass and Mirror Cut to Size 07/ Part 7: Everywhere Hastily We Followed 08/ Part 8: Two Blinkings of an Eyelid 09/ Part 9: Near Future Faith >>> Fred Frith - Still Urban - 2009 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.
CD: The Big Picture : 01/ The Big Picture Part 1 02/ The Big Picture Part 2 03/ The Big Picture Part 3 04/ The Big Picture Part 4 05/ The Big Picture Part 5 06/ The Big Picture Part 6 07/ Introduction: The Power of Prayer 08/ Some Assembly Required 09/ Hopscotch (for John Zorn) 10/ Confess 11/ Song and Dance 12/ Void Where Prohibited 13/ Rosali’s Song 14/ Red Rag 15/ Significant Restrictions Apply 06/ Boyan’s Problem 17/ Kick It 18/ Nostalgia 19/ Batteries Not Included 20/ T. Square Park Lark (for Frank Zappa) 21/ The Power of Prayer: Coda >>> Fred Frith - The Big Picture - 2009 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.
Fred Frith déjà sur grisli
Pas de deux (Ambiances magnétiques - 2008)
Back to Life (Tzadik - 2008)
The Art of Memory II (Rèr Recommended - 2008)
The Stone : Issue 2 (Tzadik - 2007)
The Compass, Log and Lead (Intakt - 2005)
Interview

Fred Frith, Danielle Palardy Roger: Pas de deux (Ambiances magnétiques - 2008)

Faisant de l’enregistrement de deux concerts donnés ensemble le matériau de base avec lequel bâtir Pas de deux, la percussionniste Danielle Palardy Roger et le guitariste Fred Frith élaborent un objet sonore aussi charmant que dérangé.
De râles autrement découpés en relectures faites à l’envers, d’usages instrumentaux en décalages en exercices de style bruitistes et répétitifs, le duo met au jour un psychédélisme las qui aurait échangé son envie d’en imposer contre le détachement altier à opposer à tout idéal insaisissable : alors, sous l’expérimentation, d’heureuses découvertes.
CD: 01/ Dernier cri 02/ Arpeggio’s Dreamscape 03/ Sala Rossa 04/ L’auberge des quatre vents 1 05/ L’auberge des quatre vents 2 06/ Sala Nera 07/ Jeux de l’oblivion 08/ Adieu Jonquière >>> Fred Frith, Danielle Palardy Roger - Pas de deux - 2008 - Ambiances magnétiques. Distribution Orkhêstra International.

Fred Frith, John Zorn: The Art of Memory II (Rèr Recommended - 2008)

Sorti dans les années 1990 sur le label de Derek Bailey, le premier volume de The Art of Memory attendait une suite. Désormais publiée, celle-ci revient sur la pratique improvisée à laquelle s'adonnaient déjà dans les années 1980 John Zorn et Fred Frith (qui abandonne ici sa guitare pour une série d'instruments inventés). Stridents, les morceaux font autant référence au free jazz qu'au rock bruitiste de l'époque, mélangeant même l'une et l'autre influence avec une insolence rare. Pas toujours décisif, mais de nombreuses fois quand même.
CD: 01/ Heaven 02/ Wood 03/ Standard 04/ Wheel 05/ Painter >>> Fred Frith, John Zorn - The Art of Memory II - 2008 - Rèr Recommended. Distribution Orkhêstra International.

Maybe Monday : Unsquare (Intakt, 2008)

Monté il y un peu plus de dix ans par Fred Frith, Miya Masaoka et Larry Ochs, le projet Maybe Monday enregistrait l’année dernière son troisième album, et invitait pour l’occasion quelques musiciens efficients, parmi lesquels le batteur Gerry Hemingway, la harpiste Zeena Parkins et l’électronicienne Ikue Mori.
Improvisé, forcément déconstruit, Unsquare installe des pratiques expérimentales complémentaires, révélant quelques fois un lyrisme inattendu (violon de Clarla Kilhestadt, notamment) mais le plus souvent attirées par ce genre d’intensité que l’on découvre sur le vif. Alors, voici assemblées le japonisme soigné de Parkins, les expériences toujours ludiques de Frith, les couacs et à peu-près sonores d’Ochs aux sopranino et ténor.
Hemingway, pour faire tenir l’ensemble : indispensable lorsque Mori, Frith et Ochs commandent une pièce magistrale d’abstraction bruitiste, bientôt consolidée par l’archet frénétique de Kilhestadt : Unturned, qui referme ce recueil de musique électroacoustique extravagante.
Maybe Monday : Unsquare (Intakt / Orkhêstra International)
Edition : 2008.
CD : 01/ G 02/ Nitrogen 03/ Saptharishi Mandalam 04/ Septentrion 05/ Unturned
Guillaume Belhomme © Le son du grisli























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