Le son du grisli

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Paul Bley (1932-2016)

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Lorsqu’il quitte son pays pour les États-Unis, Oscar Peterson désigne un autre Canadien capable de lui succéder à l’Alberta Lounge : Paul Bley, jeune pianiste qui finira lui aussi par passer la frontière pour suivre les cours de la Julliard School of Music. De New York à Montréal, Bley multiplie les collaborations – avec Jackie McLean, Donald Byrd, Lester Young, Louis Armstrong ou Charlie Parker, au côté de qui il se produit en 1953 à la télévision canadienne – jusqu’à ce que Charles Mingus lui propose de diriger sa formation, puis produise son premier disque : Introducing Paul Bley. Célébré à New York, le pianiste gagne Los Angeles où il joue en compagnie de Chet Baker avant d’obtenir une résidence à l’Hillcrest Club : là, se consacre à l’art du trio en compagnie de Charlie Haden et Billy Higgins, partenaires qui le convainquent bientôt d’employer Ornette Coleman et Don Cherry. Laissant le quartette évoluer sans lui, Bley retrouve ensuite New York où il fréquente Roland Kirk et Oliver Nelson puis intègre le trio du clarinettiste Jimmy Giuffre, avec lequel il s’envole pour l’Europe en 1961. Deux ans plus tard, il fait un passage par le quartette de Sonny Rollins avant de mener un trio qui l’associe au contrebassiste Gary Peacock et au batteur Paul Motian. Membre de la Jazz Composers’ Guild – association fondée par le trompettiste Bill Dixon fédérant beaucoup de musiciens d’avant-garde –, Bley poursuivra ses expérimentations en se consacrant, à la fin des années 1960, aux possibilités offertes par les synthétiseurs. Revenu au piano, il ne cessera plus d’interroger sa pratique aux côtés de musiciens aventureux (John Gilmore, Steve Lacy, Dave Holland, John Surman, Evan Parker, Barre Phillips) et reviendra sur son parcours au gré de retrouvailles avec Giuffre et Baker. Guillaume Belhomme, Giant Steps, Jazz en 100 figures, Le mot et le reste, 2009.

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Annette Peacock : I Belong to a World That’s Destroying Itself (Ironic, 2014)

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Puisque toute réédition (ou presque) mérite une explication, voilà pour I Belong to a World That’s Destroying Itself : c’est en fait Revenge, qui était sorti au début des années 1970 sous le nom du Bley-Peacock Synthesizer Show (+/- 1969) & qu’il faut désormais considérer comme le premier album solo d’Annette Peacock (non, ce n’est plus I’m the One) puisque Paul Bley n’y apparaît que sur 3 titres et que 8 - 3 = 5 et que 5 c’est suffisant pour un solo. Trêve de précisions, ajoutons qu’on aura pris soin d’agrémenter Revenge de deux morceaux supplémentaires (Flashbacks et Anytime with You).

Ce qu’il y a d’étonnant dans I Belong to a World That’s Destroying Itself (qui est aussi le titre du troisième morceau) c’est qu’il y est presque plus question de voix (celle d’Annette, trafiquée, modifiée…) que de synthétiseurs et d’expés postjazz (en plus de Paul Bley, ont participé à l’enregistrement Gary Peacock, Laurence Cook, Perry Robinson ou Mark Whitecage). Un album de chansons un peu spéciales, il faut bien le reconnaître, parce qu’il racole (mai dans le bon sens du terme = stylistiquement ou genriquement parlant, du côté des protopunk / punkofunk / funkoblues /  bluesypop / poprélofi…) même si pas toujours sur le bon trottoir.  

Enfin, oui, si le son est un peu sale, c’est normal. Et d’ailleurs ça ajoute aux charmes de la chose qui ne nous vient pas d’une autre époque mais d’une autre planète. Une planète qu’accosteront bientôt (c’est du futur régressif) Soft Machine, Carla Bley ou même (quoi ? qui ?) Astrud Gilberto. De quoi quand même intriguer, et faire à Revenge Nouvelle Formule une belle place dans sa discothèque.

Annette Peacock : I Belong to a World That’s Destroying Itself (Ironic)
Enregistrement : 1968-1969. Ediiton (sous le nom de Revenge) : 1971. Réédition : 2014.
CD / LP : 01/ A Loss or Consciousness 02/ The Cynic 03/ I Belong to a World That’s Destroying Itself 04/ Climbing Aspirations 05/ I’m the One 06/ Joy 07/ Daddy’s Boat (A Lullaby) 08/ Dreams (If Time Weren’t)
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Pharoah Sanders : In the Beginning (ESP, 2012)

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Racler les fonds de tiroir peut amener quelque heureuse surprise. Ainsi, Bernard Stollman, désirant boucler un coffret de Pharoah Sanders, période ESP, déniche-t-il ici quelques précieuses pépites.

Avec le quintet de Don Cherry (Joe Scianni, David Izenzon, J.C. Moses), Pharoah coltranise sa propre timidité. Avec le quartet de Paul Bley (David Izenzon, Paul Motian) et seul souffleur à bord, le saxophoniste fait flamboyer quelques vibrantes harmoniques, avoisine la convulsion et découvre ce qu’il deviendra demain : un ténor hurleur et tapageur.

Pas question de timidité aujourd’hui (27 septembre 1964) : Pharoah Sanders enregistre pour ESP son premier disque en qualité de leader (Pharoah’s First). Au sein d’un quintet (Stan Foster, Jane Getz, William Bennett, Marvin Pattillo) engagé dans un bop avisé, le saxophoniste tourne à son avantage quelques traits coltraniens, énonce une raucité vacillante et phrase la rupture sans sourciller. Accompagné, ici, par une Jane Getz particulièrement inspirée (suaves et volubiles chorus), s’entrevoit pour la première fois l’art multiforme – et souvent teigneux – d’un saxophoniste nommé Pharoah Sanders.

Avec Sun Ra, Pharoah Sanders peine à remplacer John Gilmore. Si Sun Ra exulte en solitaire et si les tambours sont à la fête (Clifford Jarvis, Jimmhi Johnson), les souffleurs (Sanders, Marshall Allen, Pat Patrick) ne s’imposent pas au premier plan en cette soirée du 31 décembre 1964. Qu’importe, un certain John Coltrane a déjà remarqué le ténor…mais ceci est une toute autre histoire.

Pharoah Sanders : In the Beginning 1963-1964 (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1963-1964.  Edition : 2012.
CD1 : 01/ Pharoah Sanders Interview 02/ Cocktail Piece I 03/ Cocktail Piece II 04/ Studio Engineer Announcement 05/ Cherry’s Dilemma 06/ Studio Engineer Announcement 07/ Remembrance 08/ Meddley : Thelonious Monk Compositions 09/ Don Cherry Interview 10/ Don Cherry Interview 11/ Paul Bley Interview 12/ Generous I 13/ Generous II 14/ Walking Woman I 15/ Walking Woman II 16/ Ictus 17/ Note After Session Conversation – CD2 : 01/ Pharoah Sanders Interview 02/ Bernard Stollman Interview 03/ Seven By Seven 04/ Bethera 05/ Pharoah Sanders Interview – CD3 : 01/ Pharoah Sanders Interview 02/ Dawn Over Israel 03/ The Shadow World 04/ The Second Stop Is Jupiter 05/ Discipline #9 06/ We Travel the Spaceways – CD4 : 01/ Sun Ra Interview 02/ Gods on Safari 03/ The Shadow World 04/ Rocket #9 05/ The Voice of Pan I 06/ Dawn Over Israel 07/ Space Mates 08/ The Voice of Pan II 09/ The Talking Drum 10/ Conversation with Saturn 11/ The Next Stop Mars 12/ The Second Stop Is Jupiter 13/ Pathway to Outer Known 14/ Sun Ra Interview 15/ Pharoah Sanders Interview 16/ Pharoah Sanders Interview 17/ Pharoah Sanders Interview
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Paul Bley : Improvisie (America, 1971)

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Ce texte est extrait du premier volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Très tôt dans sa vie et au milieu de la bohème new-yorkaise, poussée par ses compagnons Gary Peacock puis Paul Bley comme par l’immense Albert Ayler, Annette Peacock a cherché sa vérité, en quête des nouvelles formes de liberté qu’autorisait alors le free jazz, en pleines sixties. « Albert Ayler était mon héros, se plait-elle à souligner : j'ai appris grâce à lui que l'on peut trouver sa propre voie, il m'a convaincue que j'en étais capable. »  C'est donc en autodidacte, et pour Paul Bley, qu'elle a d'abord donné naissance à un impressionnant corpus de compositions, préfigurant certaines des atmosphères popularisées plus tard par le label ECM, entourée de musiciens ignorants des virtuosités vaines, tels le bassiste Steve Swallow et les batteurs Barry Altschul ou Paul Motian. A leurs côtés, la pondération, la nuance et la retenue d'Annette Peacock ont fait merveille, fortifiant tout un art de la suggestion, de l’ellipse et de l’implicite, à l'origine d'ambiances en demi-teintes et toutes en langueurs.

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Cet univers à l'aura fantomatique, déjà très sensuel, plein de tensions et troué de silences, Annette Peacock l'a peaufiné quelques mois durant à la prestigieuse Juilliard School of Music afin de perfectionner sa maîtrise des modes et des accords. Après ces expériences acoustiques pourtant achevées, curieusement, l’électricité et l’électronique seront sollicités, au sein du Synthesizer Show dans un premier temps, autour de 1969, en compagnie de Paul Bley, enrichissant encore la palette de sons : c'est ainsi que grâce à un prototype du légendaire synthétiseur Moog offert par son inventeur, Annette Peacock invente alors un système permettant de trafiquer sa voix, la transformant en un instrument nouveau, différent et mutant. 

« J'ai tout de suite adoré le synthétiseur, découvert sur un disque de Walter Carlos. C'était un nouvel instrument, je n'arrêtais pas d'en parler à Paul Bley qui n'était guère enthousiaste. L'idée était de créer de la musique avec, plutôt que de l'utiliser comme un instrument tout juste bon à reproduire des mélodies existantes : nous voulions lui donner la dignité et le respect qui lui étaient dus. Nous avons passé beaucoup de temps dessus à faire des réglages afin de retrouver les sons que nous cherchions, j'ai aussi inventé un moyen d'y faire passer ma voix. Notre premier concert avec synthétiseur eut lieu au Village Vanguard. »

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A ces libertés directement connectées au free, succéderont rapidement des envies plus « pop » qu'Annette Peacock couchera sur des disques pervertissant les lois du genre. Premier véritable album sous son nom, quel qu'en soit d'ailleurs et comme le souligne Annette Peacock le crédit quelque peu abusif apporté à Paul Bley alors qu'elle s'avère, seule, responsable des compositions, des arrangements et de la production, Revenge: The Bigger The Love The Greater The Hate annonce clairement le suivant et mythique I'm The One, enfin orné de la seule signature de sa génitrice.

Pour l'heure, Improvisie et son frère jumeau sur Milestone (The Paul Bley Synthesizer Show), le premier surtout, en trio avec le percussionniste Han Bennink, offre le meilleur de ce free jazz à base d'électronique. Assez peu sauront se montrer aussi créatifs en pareille environnement synthétique : entre autres Anthony Braxton avec Richard Teitelbaum, Joe McPhee avec John Snyder, Bruce Ditmas avec Joan LaBarbara ou encore George Lewis en hommage improbable à Charlie Parker.

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Paul Bley, Kresten Osgood : Florida (Ilk, 2010)

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A trop frôler la joliesse, on peut s’y laisser prendre. Mais ici, le mal serait moindre. Moindre que l’accompagnement de peu de personnalité de Kresten Osgood face au résonnant Paul Bley.

On comprend l’appréhension du batteur danois face à la statue du commandeur canadien. Alors, on excuse et on se prend à rêver d’un percussionniste rentrant dans le cœur de la musique du pianiste, quitte à bousculer, à heurter. En lieu et place d’un vrai dialogue, la timidité gagne du terrain et s’incruste durablement. Ici, une monotonie – bizarrement absente des pièces solos de l’un et de l’autre –  qui s’oublie le temps d’un All The Things You Are musclé et aventureux. Oasis reconquise en ce désert glacé, la composition de Jerome Kern nous fait regretter que les deux musiciens ne soient restés que trop souvent dans la seule périphérie.

Paul Bley, Kresten Osgood : Florida (Ilk / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2007.  Edition : 2010.
CD : 01/ Darkness 02/ Light 03/ Fluid Head 04/ Arches 05/ The Beaten Track 06/ Told You So 07/ Meeting of the Minds 08/ All the Things You Are 09/ True Blue & Gold 10/ Backslash
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Paul Bley : About Time (Justin Time, 2008)

aboutgrisliEnregistré à la fin du mois de mai 2007, About Time donne à entendre Paul Bley, seul au piano, donner un aperçu d’une pratique instrumentale riche, inclassable parce que délestée du souci de prouver quoi que ce soit.

Alors, sur le morceau-titre, se bousculent notes expédiées à la hâte et silences insistants, répétitions timides au point de s’éteindre vite et évocations musicales diverses – Maurice Ravel et Jelly Roll Morton, Erik Satie et Earl Hines – mais délicates, toutes, pour ne jamais tomber dans la démonstration. Soudain, une mélodie en filigrane évoque One More Time de Mal Waldron, son intensité implacable et sa densité fière, une existence lourde de vérités mais ravie des conclusions possibles. En guise de distraction, un second titre : Pent-Up House, composition de Sonny Rollins que Bley sert avec mesure, mélodie répétée mais s’essoufflant à chaque fois, diluée en interrogations subites menant en chemins de traverses surprenants.

Ces jours-ci, le label ESP réédite l’excellent Barrage enregistré en 1964 par le pianiste aux côtés, notamment, de Marshall Allen et de Milford Graves. Ici, la musique n’est pas la même – là, revendique, et fort –, mais prouve qu’en quarante ans, Paul Bley ne se sera pas perdu, servant toujours un propos musical indispensable.

Paul Bley : About Time (Justin Time / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 2007. Edition : 2008.
CD : 01/ About Time 02/ Pent-Up House
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Mario Pavone : Trio Arc (Playscape, 2008)

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De 1968 à 1972, Mario Pavone fut le contrebassiste du trio de Paul Bley, pianiste qu’il invite aujourd’hui à improviser en sa compagnie et celle du batteur Matt Wilson.

Trio Arc,  d’être formé d’expériences différentes qui s’entendent sur l’instant : dialogue interrogatif commandé par les retrouvailles (Hello Again), déconstruction inspirée sur laquelle Bley ose une mélodie de rien (Miro) ou discours auto-rénégéné capable de mauvais conseils, qu’il arrive au pianiste de suivre, quitte à lasser un peu à force de vouloir trop en faire (Slant).

Les erreurs, inévitables mais rarement imputables à Pavone, qui a usé ses cordes auprès d’improvisateurs convaincus (Bill Dixon, Anthony Braxton, Wadada Leo Smith, Tony Malaby), et sait quand ménager les pauses et les expérimentations – fantasme des allées et venues d’un métronome sous les cordes étouffées de Lazzi – pour le bien de l’ensemble.

CD: 01/ Slant 02/ Hello Again 03/ Quest 04/ Miro 05/ Lazzi 06/ Sweet 07/ Solo Bley >>> Mario Pavone - Trio Arc - 2008 - Playscape Recordings. Distribution Orkhêstra International.

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